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		<title>Le Carmel en France</title>
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		<title>Historique de la r&#233;forme th&#233;r&#233;sienne</title>
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		<dc:creator>Fr. Antoine-Marie</dc:creator>


		<dc:subject>PasDansQuoiDeNeuf</dc:subject>

		<description>Do&#241;a Teresa de Ahumada avait vingt ans lorsqu'elle entra &#224; l'Incarnation d'Avila. Les fr&#233;quentes visites des s&#233;culiers, l'absence de cl&#244;ture et la grande pauvret&#233; y avaient fait na&#238;tre bien des abus, ce qui n'emp&#234;chait pas, cependant, la pr&#233;sence d'un bon noyau de religieuses ferventes. D'embl&#233;e, Th&#233;r&#232;se en fit partie, m&#234;me si pendant de longues ann&#233;es, elle r&#233;sista &#224; Dieu. Dans sa quaranti&#232;me ann&#233;e, une gr&#226;ce puissante lui donna la force de se d&#233;cider pour lui seul. Cette femme, &#233;minemment dou&#233;e humainement et (...)

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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;span class='spip_document_493 spip_documents spip_documents_left' style='float:left; width:243px;'&gt; &lt;img src='http://www.carmel.asso.fr/sites/carmel.asso.fr/local/cache-vignettes/L243xH350/teresab5-afce4.jpg' width='243' height='350' alt=&quot;Th&#233;r&#232;se&quot; style='height:350px;width:243px;' /&gt; &lt;/span&gt;
Do&#241;a Teresa de Ahumada avait vingt ans lorsqu'elle entra &#224; l'Incarnation d'Avila. Les fr&#233;quentes visites des s&#233;culiers, l'absence de cl&#244;ture et la grande pauvret&#233; y avaient fait na&#238;tre bien des abus, ce qui n'emp&#234;chait pas, cependant, la pr&#233;sence d'un bon noyau de religieuses ferventes. D'embl&#233;e, Th&#233;r&#232;se en fit partie, m&#234;me si pendant de longues ann&#233;es, elle r&#233;sista &#224; Dieu. Dans sa quaranti&#232;me ann&#233;e, une gr&#226;ce puissante lui donna la force de se d&#233;cider pour lui seul. Cette femme, &#233;minemment dou&#233;e humainement et spirituellement, &#233;tait pr&#234;te &#224; entreprendre l'&#339;uvre que Dieu lui destinait.&lt;/p&gt; &lt;p&gt; Th&#233;r&#232;se avait conscience que l'id&#233;al premier du Carmel n'&#233;tait pas int&#233;gralement v&#233;cu dans son couvent. Sa soif de pri&#232;re, de silence, de solitude allait grandissant. D'autre part, en 1560, un appel de Philippe II lui avait fait conna&#238;tre les plaies inflig&#233;es &#224; l'&#201;glise par la r&#233;forme protestante. &#171; J'aurais volontiers sacrifi&#233; mille vies pour une seule de ces &#226;mes qui se perdaient ! &#187;, s'&#233;crie-t-elle. Que faire pour que ce d&#233;sir intense d'une vie &#224; la fois purement contemplative et pleinement apostolique devienne r&#233;alit&#233; ? Une conversation fortuite fit na&#238;tre dans l'esprit de la sainte l'id&#233;e de fonder un monast&#232;re de religieuses d&#233;chauss&#233;es o&#249; serait observ&#233;e dans toute sa rigueur la r&#232;gle &#171; primitive &#187; de l'Ordre.&lt;/p&gt; &lt;p&gt; Dieu lui ayant fait comprendre qu'il voulait cette fondation, Do&#241;a Teresa se mit &#224; l'&#339;uvre de toute son ardeur. Pr&#233;voyant l'opposition du provincial des carmes, elle suivit la recommandation de ses conseillers eccl&#233;siastiques : en grand secret et par l'interm&#233;diaire d'amis s&#251;rs, elle s'adressa au Saint Si&#232;ge afin d'obtenir pour son carmel un rescrit qui la placerait sous la juridiction de l'&#233;v&#234;que du lieu et le privil&#232;ge de la pauvret&#233; absolue. Ce document lui ayant &#233;t&#233; accord&#233; le 7 f&#233;vrier 1562, Don Alvaro de Mendoza, &#233;v&#234;que d'Avila, accepta de prendre le futur monast&#232;re sous son ob&#233;dience. D&#233;j&#224; la fondatrice avait achet&#233; et fait am&#233;nager une petite maison avec l'aide de sa s&#339;ur Juana, de son beau-fr&#232;re Juan de Ovalle et de son amie Do&#241;a Guiomar de Ulloa. Le 24 ao&#251;t, tout &#233;tant pr&#234;t, Th&#233;r&#232;se de J&#233;sus ainsi qu'elle se nommera d&#233;sormais va s'enfermer avec quatre novices dans son tout petit monast&#232;re d&#233;di&#233; &#224; saint Joseph. Il n'en fallait pas plus pour d&#233;clencher un violent orage contre le nouveau couvent et sa fondatrice.&lt;/p&gt; &lt;p&gt; Le jour m&#234;me, la prieure de l'Incarnation ordonna &#224; Th&#233;r&#232;se de r&#233;int&#233;grer sa communaut&#233;. Sans h&#233;siter, la carm&#233;lite ob&#233;it. Le lendemain, on soumit son cas au provincial, Ange de Salazar, qui fut conquis par son humilit&#233;. Il lui promet de la laisser rentrer &#224; San Jos&#233;, si la fondation subsiste. Car dans la ville, on s'&#233;tait jur&#233; de faire dispara&#238;tre ce monast&#232;re fond&#233; sans rentes. La temp&#234;te s'&#233;tant calm&#233;e, Th&#233;r&#232;se y retourna en d&#233;cembre 1562. Peu &#224; peu, elle organise la vie conventuelle et r&#233;dige ses constitutions, chef-d'&#339;uvre d'&#233;quilibre humain et spirituel.&lt;/p&gt; &lt;p&gt; Ayant appris par un missionnaire, en 1566, La grande mis&#232;re spirituelle des Indiens du Nouveau Monde, elle supplie le Seigneur de lui donner d'attirer des &#226;mes &#224; son service. Elle re&#231;ut cette r&#233;ponse : &#171; Tu verras de grandes choses ! &#187;. La promesse divine devait se r&#233;aliser sans tarder. Lors de sa visite canonique &#224; Avila l'ann&#233;e suivante, le prieur g&#233;n&#233;ral Rubeo ne se contenta pas d'approuver l'&#339;uvre de la Madre. Il lui donna des patentes pour fonder dans les provinces de Nouvelle et Vieille Castille d'autres monast&#232;res en nombre illimit&#233; et soumis &#224; la juridiction imm&#233;diate du P&#232;re G&#233;n&#233;ral. Quant &#224; l'&#233;rection de couvents de carmes d&#233;chaux, le p&#232;re de l'Ordre se montra moins empress&#233;. Mais Th&#233;r&#232;se parvint &#224; vaincre ses r&#233;ticences et, par lettre du 10 ao&#251;t 1567, il lui donna licence de fonder deux maisons de &#171; carmes contemplatifs &#187; qui devront rester perp&#233;tuellement soumises &#224; la province de Castille.&lt;/p&gt; &lt;p&gt; La m&#234;me ann&#233;e, un deuxi&#232;me monast&#232;re de carm&#233;lites fut &#233;rig&#233; &#224; Medina del Campo. La fondatrice y rencontra les deux premiers carmes qui embrasseront la r&#233;forme : le prieur du couvent de cette m&#234;me ville, Antoine de Heredia, et un jeune &#233;tudiant carme, Jean de Saint-Mathias, qui allait devenir Jean de la Croix. En 1568, deux autres fondations de moniales furent r&#233;alis&#233;es &#224; Malagon et Valladolid, suivies, le 28 novembre, par la fondation dans la plus grande pauvret&#233;, d'un premier et minuscule couvent de carmes d&#233;chaux &#224; Duruelo. Antoine de J&#233;sus, Jean de la Croix et le diacre fr&#232;re Joseph firent leur nouvelle profession selon la r&#232;gle &#171; primitive &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt; Avec la b&#233;n&#233;diction de Rubeo, la r&#233;forme continua de s'&#233;tendre rapidement : entre 1570 et 1574, le prieur g&#233;n&#233;ral donna des patentes pour la fondation de sept couvents de d&#233;chaux, leur interdisant toutefois, &#224; une exception pr&#232;s, de fonder en Andalousie. Une d&#233;rogation &#224; cette d&#233;fense allait susciter une temp&#234;te contre eux.&lt;/p&gt; &lt;p&gt; Les rois d'Espagne s'&#233;taient arrog&#233; des privil&#232;ges tr&#232;s &#233;tendus : proposer des candidats pour les si&#232;ges &#233;piscopaux ; relever de toutes peines eccl&#233;siastiques, y compris l'excommunication ; soumettre la publication des d&#233;crets pontificaux au placet royal. Un ministre de Philippe II disait, non sans raison : &#171; En Espagne, il n'y a pas de pape. &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt; Voulant r&#233;former tous les Ordres religieux d'Espagne, le roi chercha &#224; obtenir pleins pouvoirs du Saint Si&#232;ge, qui se r&#233;cusa sous pr&#233;texte que le concile de Trente traiterait de cette r&#233;forme. Le 2 d&#233;cembre 1563 fut promulgu&#233;, en effet, le d&#233;cret conciliaire De regularibus qui confiait le renouvellement des instituts religieux &#224; leurs sup&#233;rieurs respectifs. Pour tenter d'obtenir mainmise au moins sur l'Ordre du Carmel, dont le chapitre g&#233;n&#233;ral &#233;tait proche, Philippe II tenta de faire nommer, par le pape et le nouveau prieur g&#233;n&#233;ral, un vicaire g&#233;n&#233;ral pour l'Espagne. Rubeo r&#233;agit avec une prudence consomm&#233;e : il fixa les pouvoirs de l'hypoth&#233;tique vicaire g&#233;n&#233;ral et annon&#231;a &#224; Philippe II qu'il viendrait en personne introduire la r&#233;forme du concile de Trente dans les provinces du royaume. Ayant obtenu un bref pontifical &#224; cet effet, Rubeo arriva &#224; Madrid en juin 1566 pour se munir du placet royal et rencontrer Philippe II, qui le re&#231;ut aimablement.&lt;/p&gt; &lt;p&gt; Le g&#233;n&#233;ral commen&#231;a sa visite par l'Andalousie, o&#249; il constata de nombreux abus et des divisions tenaces, dus surtout aux agissements du provincial, Gaspard Nieto, de ses fr&#232;res Melchior et Balthasar et de leurs partisans. Il punit s&#233;v&#232;rement les fauteurs de d&#233;sordre et promulgua au cours du chapitre final ses Institutions et ordonnances, r&#233;elles constitutions conformes aux d&#233;crets tridentins. Mais &#224; peine Rubeo s'&#233;tait-il &#233;loign&#233; de cette province, que les carmes ch&#226;ti&#233;s et excommuni&#233;s se mirent &#224; intriguer odieusement contre lui &#224; la cour royale, o&#249; ils furent relev&#233;s de leurs peines. Le g&#233;n&#233;ral poursuivit sa visite canonique par le Portugal, &#171; province b&#233;nie, exemplaire quant &#224; la vie commune et de grande observance &#187; dira-t-il. Il la termina par la Castille, l'Aragon et la Catalogne dont l'&#233;tat &#233;tait assez bon malgr&#233; le petit nombre des religieux.&lt;/p&gt; &lt;p&gt; Pendant ce temps, des n&#233;gociations se poursuivaient en grand secret entre la cour de Madrid et la curie romaine. Philippe II voulait pousser plus loin la r&#233;forme et finit par obtenir deux brefs (d&#233;cembre 1566 et avril 1567) qui, pour le renouveau, soumettaient les Ordres religieux d'Espagne aux &#233;v&#234;ques. Mais &#224; la suite de plaintes multiples, saint Pie V choisit d'autres visiteurs et nomma pour le Carmel, le 20 ao&#251;t 1569, trois dominicains : Pierre Fernandez en Castille, Michel de Hebrera en Catalogne et Aragon, et Fran&#231;ois de Vargas en Andalousie. Pour le temps de la visite, leur autorit&#233; primait sur celle du pouvoir ordinaire du g&#233;n&#233;ral. Il leur &#233;tait pratiquement donn&#233; carte blanche pour tout ce qui regardait la r&#233;forme et leurs pouvoirs pouvaient &#234;tre d&#233;l&#233;gu&#233;s &#224; d'autres dominicains ou &#224; des carmes. Certaines impr&#233;cisions, des interpr&#233;tations divergentes du document de nomination des dominicains et surtout le fait que Rubeo avait conserv&#233; les m&#234;mes droits de commissaire apostolique allaient provoquer de graves litiges entre chauss&#233;s et d&#233;chaux.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='spip_document_494 spip_documents spip_documents_right' style='float:right; width:241px;'&gt; &lt;img src='http://www.carmel.asso.fr/sites/carmel.asso.fr/local/cache-vignettes/L241xH350/teresab4-d9b79.jpg' width='241' height='350' alt=&quot;Transverb&#233;ration de Th&#233;r&#232;se&quot; style='height:350px;width:241px;' /&gt; &lt;/span&gt; Le P. Fernandez mit des d&#233;chaux &#224; la t&#234;te de plusieurs couvents de l'antique observance en Castille, afin de les r&#233;former conform&#233;ment au d&#233;sir du roi. Pour organiser les maisons des d&#233;chaux, il nomma vicaire provincial Balthasar de J&#233;sus (Nieto) qui s'&#233;tait joint &#224; eux. Et en 1571, le visiteur envoya Th&#233;r&#232;se de J&#233;sus &#224; l'Incarnation d'Avila en qualit&#233; de prieure, afin d'amener les religieuses &#224; une vie plus r&#233;guli&#232;re. Malgr&#233; le m&#233;contentement caus&#233; par ces dispositions parmi certains chauss&#233;s, la visite de Fernandez fut un succ&#232;s : Rubeo d&#233;cida, en 1575 au chapitre de Plaisance, que ses d&#233;crets devaient &#234;tre mis en pratique. En Andalousie, la situation &#233;tait bien plus grave. La visite du P. de Vargas, dont le jugement n'&#233;tait pas &#224; la hauteur de la t&#226;che, n'y eut pas plus d'effet que celle du prudent et v&#233;n&#233;rable p&#232;re g&#233;n&#233;ral. Le seul moyen efficace pour la r&#233;forme de cette province lui sembla l'introduction des d&#233;chaux, malgr&#233; l'interdiction formelle de Rubeo. Il embarqua ainsi la jeune r&#233;forme dans une situation juridique inextricable. M&#234;me si, l&#233;galement, la d&#233;cision du visiteur pouvait se d&#233;fendre, elle fut un d&#233;sastre pour l'Ordre tout entier. Apr&#232;s avoir remis, en novembre 1572, le couvent de Saint-Jean-du-Port &#224; deux religieux d&#233;chaux descendus fortuitement en Andalousie, le visiteur fit venir de Castille, l'ann&#233;e suivante, le P. Balthasar de J&#233;sus pour la fondation de Grenade et le P. Gabriel de la Conception pour celle de la Penuela. Ce sont donc d'anciens chauss&#233;s rebelles et gravement sanctionn&#233;s par Rubeo, qui firent les premi&#232;res fondations de d&#233;chaux en Andalousie.&lt;/p&gt; &lt;p&gt; Le 28 avril 1573, Vargas nomme Balthasar de J&#233;sus sup&#233;rieur des trois couvents et lui d&#233;l&#232;gue ses propres pouvoirs de visiteur pour les chauss&#233;s et les couvents de d&#233;chaux fond&#233;s ou &#224; fonder en Andalousie. Il lui enjoint aussi d'&#233;tablir une nouvelle maison &#224; S&#233;ville. Cependant, le 4 ao&#251;t de la m&#234;me ann&#233;e, Balthasar Nieto transmet ses pouvoirs &#224; un jeune d&#233;chaux, frais &#233;moulu du noviciat, tr&#232;s brillant mais manquant totalement d'exp&#233;rience : J&#233;r&#244;me-Gratien de la M&#232;re de Dieu. Sous pr&#233;texte d'accompagner Ambroise Mariano, un autre d&#233;chaux, qui devait se rendre en Andalousie pour affaires, il quitta la province de Castille sans bruit. Lorsque son provincial le rappela, Vargas prit la d&#233;fense de Jer&#244;me Gratien. En octobre, celui-ci rendit la maison de Saint-Jean-du-Port aux carmes chauss&#233;s et, en janvier 1574, ouvrit un nouveau couvent de d&#233;chaux &#224; S&#233;ville. Il en informa le P. Rubeo qui lui &#233;crivit une lettre s&#233;v&#232;re, l'accusant d'avoir &#171; agi contrairement &#224; l'ob&#233;issance alors qu'il &#233;tait &#224; peine un novice. &#187; Gratien, convaincu que ses pouvoirs apostoliques &#233;taient sup&#233;rieurs &#224; ceux du g&#233;n&#233;ral, ne lui &#233;crivit jamais plus, malgr&#233; les instances de Th&#233;r&#232;se de J&#233;sus.&lt;/p&gt; &lt;p&gt; Le 13 juin de la m&#234;me ann&#233;e, Vargas alla plus loin en nommant Gratien vicaire provincial des &#171; carmes, primitifs comme non primitifs &#187; d'Andalousie, lui ordonnant d'accepter sous peine d'excommunication et de rebellion. De plus en plus irrit&#233;, Rubeo obtint de Gr&#233;goire XIII, par un motu proprio du 13 ao&#251;t 1574, la r&#233;vocation des visiteurs dominicains, &#224; condition que soit maintenu ce qu'ils avaient d&#233;cr&#233;t&#233;. Les carmes seraient visit&#233;s dor&#233;navant par leur prieur g&#233;n&#233;ral ou ses d&#233;l&#233;gu&#233;s. Le nonce Ormaneto conservait pourtant ses pouvoirs apostoliques pour la r&#233;forme des Ordres religieux. Ne jugeant pas achev&#233;e celle des carmes, il la prit personnellement en mains et, le 22 septembre, nomma Vargas et Gratien solidairement visiteurs d'Andalousie. En r&#233;alit&#233;, la visite allait reposer presque exclusivement sur les jeunes &#233;paules du d&#233;chaux.&lt;/p&gt; &lt;p&gt; Th&#233;r&#232;se de J&#233;sus &#233;tait enchant&#233;e des progr&#232;s de ses fils en Andalousie, tout en regrettant le d&#233;plaisir du prieur g&#233;n&#233;ral. Elle avait repris ses fondations avant la fin de son priorat &#224; l'Incarnation : le monast&#232;re de S&#233;govie fut &#233;rig&#233; en 1574. Puis, lib&#233;r&#233;e de sa charge, elle se rendit &#224; Beas qu'elle ne croyait pas &#234;tre en Andalousie. Beas l'&#233;tait pourtant et la Madre se trouvait ainsi soumise &#224; la juridiction de Gratien, qu'elle n'avait encore jamais vu. C'est &#224; Beas qu'ils allaient se rencontrer. La fondatrice, bien plus &#226;g&#233;e que Gratien, fut tellement charm&#233;e par le brillant jeune carme qu'elle lui donna imm&#233;diatement toute sa confiance. Belle preuve que cette grande mystique avait su conserver intacte toute sa f&#233;minit&#233;. En mai 1575, &#224; la demande de Gratien, elle part fonder &#224; Seville, persuad&#233;e de la sup&#233;riorit&#233; des pouvoirs de Gratien sur ceux de Rubeo.&lt;/p&gt; &lt;p&gt; Cette fondation co&#239;ncidait, &#224; quelques jours pr&#232;s, avec l'ouverture du chapitre convoqu&#233; par le prieur g&#233;n&#233;ral &#224; Plaisance pour le 21 mai 1575. La r&#233;vocation des visiteurs dominicains fut lue officiellement. Les d&#233;crets du chapitre g&#233;n&#233;ral interdisent aux &#171; contemplatifs &#187; de former une province ou congr&#233;gation s&#233;par&#233;e de la province de Castille ; ceux qui ont ouvert des maisons contre la volont&#233; du g&#233;n&#233;ral devront &#234;tre d&#233;pos&#233;s de leurs charges ; les couvents de Grenade, S&#233;ville et La Pe&#241;uela doivent &#234;tre abandonn&#233;s dans les trois jours. Le verdict &#233;tait s&#233;v&#232;re&#8230; L'une des d&#233;cisions du chapitre ne fut pas rendue publique, mais communiqu&#233;e directement &#224; Th&#233;r&#232;se de J&#233;sus : elle se voyait assign&#233;e &#224; r&#233;sidence dans un monast&#232;re de son choix. La Madre se d&#233;cida pour Tol&#232;de.&lt;/p&gt; &lt;p&gt; Le 3 ao&#251;t 1575, le nonce Ormaneto donna &#224; Gratien des patentes de visiteur de tous les chauss&#233;s et d&#233;chaux d'Andalousie et des d&#233;chaux de Castille. Fort de ces pouvoirs et s'appuyant sur le d&#233;sir, exprim&#233; verbalement par le nonce, Gratien se crut en droit d'&#233;riger, par lettre du 3 ao&#251;t 1576, &#171; une province et congr&#233;gation &#187; soumise imm&#233;diatement au prieur g&#233;n&#233;ral laquelle comprendrait toutes les maisons de d&#233;chaux, fond&#233;es ou &#224; fonder, afin qu'ils puissent vivre de mani&#232;re uniforme. En m&#234;me temps (28 ao&#251;t), le visiteur convoquait un chapitre des d&#233;chaux &#224; Almodovar, o&#249; ils se trouv&#232;rent r&#233;unis le premier septembre. Il parait clair que, dans ce cas, Gratien outrepassa ses droits.&lt;/p&gt; &lt;p&gt; La guerre ouverte ne tarda pas &#224; &#233;clater. Le 5 ao&#251;t 1576, le P. Jer&#244;me Tostado, d&#233;l&#233;gu&#233; de Rubeo pour l'application des d&#233;crets de Plaisance, arrive en Espagne, mais va tout d'abord visiter le Portugal : le 18 juin 1577, le protecteur des d&#233;chaux, le nonce Ormaneto, meurt. Son successeur, M&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;gr&lt;/sup&gt; Sega, arrive le 29 ao&#251;t, pr&#233;venu contre eux. Le m&#234;me mois, Tostado est &#224; Madrid. Le nouveau nonce interdit &#224; Gratien de poursuivre la visite. Le d&#233;chaux se soumet, s'attendant au pire. Tostado intervient &#224; l'Incarnation d'Avila, o&#249; les s&#339;urs veulent r&#233;&#233;lire Th&#233;r&#232;se de J&#233;sus, qui de fait n'&#233;tait plus &#233;ligible. Le provincial des carmes pr&#233;side l'&#233;lection qui fut orageuse. Le 3 d&#233;cembre, Jean de la Croix et son compagnon, chapelains du couvent, sont emmen&#233;s de nuit comme des malfaiteurs. Apr&#232;s avoir gouvern&#233; lui-m&#234;me les d&#233;chaux jusqu'au 16 octobre, Tostado les pla&#231;a sous la juridiction des provinciaux de Castille et d'Andalousie.&lt;/p&gt; &lt;p&gt; Le 5 septembre 1578, le grand Rubeo avait rendu son &#226;me &#224; Dieu. En apprenant la nouvelle, Th&#233;r&#232;se de J&#233;sus est dans le plus grand chagrin. Si on avait eu recours &#224; lui, toutes les difficult&#233;s seraient aujourd'hui aplanies, &#233;crit-elle, sans doute avec raison.&lt;/p&gt; &lt;p&gt; Le premier avril 1579, le prudent et bienveillant P. Ange de Salazar &#233;tait nomm&#233; Vicaire G&#233;n&#233;ral des d&#233;chaux. Apr&#232;s avoir examin&#233; &#224; fond le conflit qui divisait les carmes, le nonce engagea Philippe II &#224; s'adresser au pape pour obtenir l'&#233;rection d'une province s&#233;par&#233;e des fils de sainte Th&#233;r&#232;se. Gr&#233;goire XIII r&#233;pondit favorablement par le bref du 22 juin 1580. Au premier chapitre des d&#233;chaux, tenu en mars 1581 &#224; Alcal&#224;, J&#233;r&#244;me Gratien fut &#233;lu provincial.&lt;/p&gt; &lt;p&gt; Th&#233;r&#232;se, bien que &#171; vieille et cass&#233;e &#187;, fonda, en 1580, les monast&#232;res de Villanueva de La Jara et Palencia, et l'ann&#233;e suivante celui de Soria. En 1582, La Madre fundadora &#233;rigea &#224; Burgos son dernier carmel au prix de grandes &#233;preuves. La m&#232;re du Carmel r&#233;form&#233; mourut &#224; Alba de Torm&#232;s le 4 octobre 1582. On comptait alors 15 couvents de d&#233;chaux et 17 de carm&#233;lites d&#233;chauss&#233;es.&lt;/p&gt; &lt;p&gt; A la fin du provincialat de Gratien, le chapitre de Lisbonne (1585) lui donna pour successeur, sur sa proposition, le P. Nicolas de J&#233;sus-Marie Doria, un G&#234;nois aust&#232;re qui mettait l'accent moins sur la contemplation d&#233;bordant en apostolat que sur l'observance r&#233;guli&#232;re. Il se proposait avant tout l'enti&#232;re s&#233;paration des d&#233;chaux d'avec les chauss&#233;s. Deux ans d&#233;j&#224; apr&#232;s son &#233;lection, il obtient un bref du pape &#233;rigeant les d&#233;chaux en congr&#233;gation ind&#233;pendante, soumise imm&#233;diatement au prieur g&#233;n&#233;ral et gouvern&#233;e par un vicaire g&#233;n&#233;ral. L'ann&#233;e suivante, Nicolas de J&#233;sus-Marie est &#233;lu &#224; cette charge. Sans tarder, il institua un nouveau gouvernement sur le mod&#232;le des J&#233;suites et des Congr&#233;tations sans Chapitres G&#233;n&#233;raux, la Consulta, form&#233;e par le vicaire g&#233;n&#233;ral et son conseil &#224; laquelle sont remis tous les pouvoirs.&lt;/p&gt; &lt;p&gt; Les carm&#233;lites craignaient que Doria me touch&#226;t aussi &#224; leurs lois. La prieure de Madrid, Anne de J&#233;sus, &#224; l'insu de Doria, s'adresse alors a Sixte-Quint et obtient un bref confirmant les constitutions des moniales approuv&#233;es &#224; Alcal&#224;, du vivant de Th&#233;r&#232;se de J&#233;sus. Le vicaire g&#233;n&#233;ral se f&#226;che &#224; outrance et menace d'abandonner le gouvernement des carm&#233;lites. Saint Jean de la Croix proteste contre cette r&#233;solution et contre le dessein de Doria de chasser Gratien de l'Ordre. Tomb&#233; en disgr&#226;ce, le docteur du Carmel sort du chapitre de Madrid sans charge aucune. Il se rend, serein, &#224; La Penuela, puis &#224; Ubeda, o&#249; apr&#232;s de grandes souffrances physiques et morales, il meurt dans la joie le 13 d&#233;cembre 1591. Le sort de Gratien fut tragique : apr&#232;s un proc&#232;s inique, Doria le chassa du Carmel r&#233;form&#233; en 1592. Vingt-deux ans plus tard, le collaborateur de sainte Th&#233;r&#232;se mourut paisiblement chez les grands carmes de Bruxelles.&lt;/p&gt; &lt;p&gt; Le sup&#233;rieur des d&#233;chaux se voyait enfin libre d'agir selon ses vues, puisque les r&#233;sistants avaient disparu. La r&#233;forme suivrait d&#233;sormais ses propres chemins. Au chapitre g&#233;n&#233;ral de Cr&#233;mone, en 1593, Doria fit pr&#233;senter une supplique demandant &#171; pour le bien de la paix, de la tranquillit&#233; et de l'augmentation de tout l'Ordre, comme de la congr&#233;gation des d&#233;chaux, leur s&#233;paration totale d'avec l'antique observance en vue de former un Ordre ind&#233;pendant. Le chapitre r&#233;pondit par un vote favorable, confirm&#233; le 20 d&#233;cembre de la m&#234;me ann&#233;e, au moyen de la bulle &#171; Pastoralis officii &#187;, par Cl&#233;ment VIII, qui nomma Doria premier pr&#233;pos&#233; g&#233;n&#233;ral de l'Ordre des carmes d&#233;chaux. L'ann&#233;e suivante, le &#171; Lion du Carmel &#187; mourut &#224; l'&#226;ge de 55 ans. On lui a fait dire : &#171; M&#234;me apr&#232;s ma mort, mes os, s'entrechoquant dams la tombe, crieront encore : observance, observance&#8230; &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt; S&#233;par&#233;es juridiquement, les deux branches du Carmel restent n&#233;anmoins unies par leurs origines et leur patrimoine spirituel communs. D'ailleurs, comme par une ironie de l'histoire, Th&#233;r&#232;se de J&#233;sus et Jean de la Croix &#233;taient morts au sein de l'ancien Carmel indivis.
&lt;span class='spip_document_495 spip_documents spip_documents_center'&gt; &lt;img src='http://www.carmel.asso.fr/sites/carmel.asso.fr/local/cache-vignettes/L350xH244/teresab10-486ae.jpg' width='350' height='244' alt=&quot;Mort de Ste Th&#233;r&#232;se&quot; style='height:244px;width:350px;' /&gt; &lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Au 16e si&#232;cles en Espagne</title>
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		<description>Pourquoi s&#339;ur Teresa de J&#233;sus a-t-elle quitt&#233; son couvent de l'Incarnation d'Avila ? Nous voici maintenant en Espagne, plus particuli&#232;rement dans la ville d'Avila, &#171; terre des pierres et terre des saints &#187;, en l'ann&#233;e 1562. C'est le 24 Ao&#251;t. Une religieuse du monast&#232;re des Carm&#233;lites de l'Incarnation a quitt&#233; son couvent et inaugure ce jour-l&#224; un nouveau mode de vie carm&#233;litaine en donnant un pauvre habit de bure &#224; quatre novices dans un tout petit monast&#232;re appel&#233; &#171; Saint-Joseph &#187;. Cette religieuse va (...)

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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&quot;spip&quot;&gt;Pourquoi s&#339;ur Teresa de J&#233;sus a-t-elle quitt&#233; son couvent de l'Incarnation d'Avila ?&lt;/h2&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='spip_document_484 spip_documents spip_documents_left' style='float:left; width:312px;'&gt; &lt;img src='http://www.carmel.asso.fr/sites/carmel.asso.fr/local/cache-vignettes/L312xH329/fondations-2-f3354.jpg' width='312' height='329' alt=&quot;Fondations en Espagne&quot; style='height:329px;width:312px;' /&gt; &lt;/span&gt; Nous voici maintenant en Espagne, plus particuli&#232;rement dans la ville d'Avila, &#171; terre des pierres et terre des saints &#187;, en l'ann&#233;e 1562. C'est le 24 Ao&#251;t. Une religieuse du monast&#232;re des Carm&#233;lites de l'Incarnation a quitt&#233; son couvent et inaugure ce jour-l&#224; un nouveau mode de vie carm&#233;litaine en donnant un pauvre habit de bure &#224; quatre novices dans un tout petit monast&#232;re appel&#233; &#171; Saint-Joseph &#187;. Cette religieuse va devenir c&#233;l&#232;bre dans le monde entier. Elle s'appelle pour l'instant Do&#241;a Teresa de Ahumada.&lt;/p&gt; &lt;p&gt; L'Ordre des Carm&#233;lites n'appara&#238;t qu'au milieu du XV&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, donc deux si&#232;cles et demi apr&#232;s celui des Carmes. Le Bienheureux Jean Soreth qui &#233;tait alors Prieur G&#233;n&#233;ral de l'Ordre d&#233;sirait ardemment qu'il y e&#251;t une branche f&#233;minine du Carmel, puisque celui-ci avait &#233;t&#233; fond&#233; pour la gloire et la louange de la Vierge Marie. C'est ainsi qu'un Carmel f&#233;minin avait &#233;t&#233; fond&#233; en Avila vers la fin du XV&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle. Do&#241;a Teresa de Ahumada, brillante et belle jeune fille de la noblesse castillane, y entre &#224; l'&#226;ge de 20 ans en 1535. A cette &#233;poque, le monast&#232;re compte une soixantaine de religieuses. Puis leur nombre va augmenter selon une proportion vertigineuse en l'espace de quelques ann&#233;es, au point de tripler, lorsqu'en 1562, Do&#241;a Teresa quitte son monast&#232;re. Pourquoi cet accroissement ? La raison est simple : les filles des bonnes familles de la ville ne trouvent pas &#224; se marier. Les gar&#231;ons partent en tr&#232;s grand nombre pour la conqu&#234;te de ce que l'on appelle alors &#171; les Indes occidentales &#187; et aujourd'hui l'Am&#233;rique latine. Tel est le cas de la famille m&#234;me de Th&#233;r&#232;se puisque tous ses fr&#232;res y sont partis ou vont y partir.&lt;/p&gt; &lt;p&gt; Il est facile de comprendre dans ce contexte qu'un certain nombre de religieuses n'avaient pas vraiment la vocation. Cela entra&#238;nait des cons&#233;quences faciles &#224; imaginer en ce qui concerne le degr&#233; de ferveur des religieuses. Le monast&#232;re vivait de ses &#171; rentes &#187;. Mais celles-ci n'avaient pas augment&#233; en fonction du nombre des entr&#233;es : la communaut&#233; &#233;tait &#224; peine capable d'assurer le minimum vital &#224; chaque s&#339;ur. Chacune s'en tirait donc comme elle pouvait. Cela veut dire qu'elle se voyait tr&#232;s souvent dans l'obligation de sortir de son couvent et de demander parfois pour quelques mois l'hospitalit&#233; aux membres de sa famille, tout simplement pour ne pas mourir de faim. Et pourtant le monast&#232;re n'&#233;tait pas des plus rel&#226;ch&#233;s, mais il y r&#233;gnait une effervescence, une inqui&#233;tude qui n'&#233;taient favorables ni au silence, ni &#224; la contemplation, ni &#224; la ferveur. De plus, cette absence d'organisation entra&#238;nait des in&#233;galit&#233;s criantes entre les s&#339;urs.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='spip_document_486 spip_documents spip_documents_right' style='float:right; width:281px;'&gt; &lt;img src='http://www.carmel.asso.fr/sites/carmel.asso.fr/local/cache-vignettes/L281xH350/teresac2-2-a3585.jpg' width='281' height='350' alt=&quot;Transverb&#233;ration de Th&#233;r&#232;se&quot; style='height:350px;width:281px;' /&gt; &lt;/span&gt; Or Do&#241;a Teresa s'&#233;tait sentie appel&#233;e tr&#232;s t&#244;t &#224; l'absolu d'une vie toute donn&#233;e &#224; Dieu. D&#232;s 1538, ann&#233;e de sa grave maladie, elle avait d&#233;couvert la pratique de l'oraison mentale qui lui permettait de vivre sa relation au Christ comme une amiti&#233; exigeante. Cela &#233;tait devenu particuli&#232;rement patent &#224; partir de 1554, ann&#233;e de ce qu'elle appelle sa &#171; conversion &#187;. Bref, le genre de vie qui &#233;tait le sien au monast&#232;re de l'Incarnation ne la satisfaisait plus du tout ; elle recherchait quelque chose de plus authentique, de plus radical. Un beau jour (c'&#233;tait en 1560), elle r&#233;unit un groupe de jeunes filles dans son petit appartement. L'une d'entre elles lance l'id&#233;e d'une fondation carm&#233;litaine o&#249; l'on essaierait de vivre dans son int&#233;grit&#233; la R&#232;gle &#171; primitive &#187; du Carmel. Ainsi est n&#233;e l'id&#233;e du monast&#232;re de Saint-Joseph d'Avila. un ange transperce d'amour le c&#339;ur de Th&#233;r&#232;se&lt;/p&gt; &lt;h2 class=&quot;spip&quot;&gt;Que voulait-elle vivre &#224; Saint-Joseph d'Avila ?&lt;/h2&gt; &lt;p&gt; Ce qu'il faut souligner en premier lieu et qui constitue une sorte de nouveaut&#233; pour un monast&#232;re contemplatif de femmes, c'est l'orientation nettement apostolique, eccl&#233;siale et m&#234;me missionnaire de la toute r&#233;cente fondation de Saint-Joseph. Comment celle-ci est-elle n&#233;e dans le c&#339;ur de Th&#233;r&#232;se ? Par la prise de conscience suraigu&#235; des maux dont souffre l'&#201;glise de son temps, la division des chr&#233;tiens, le rel&#226;chement des ordres religieux, l'infid&#233;lit&#233; de tant de pr&#234;tres, et, &#224; partir d'une certaine &#233;poque, la &#171; vue de ces millions d'&#226;mes qui se perdent &#187;, en Am&#233;rique ou ailleurs, faute d'&#234;tre &#233;vang&#233;lis&#233;es. Th&#233;r&#232;se voudrait faire quelque chose pour arr&#234;ter ces maux. Mais &#224; l'&#233;poque il n'y a de vocation possible pour la femme que dans le mariage ou la vie religieuse clo&#238;tr&#233;e. Th&#233;r&#232;se est Carm&#233;lite. Elle comprend soudain que si elle est une Carm&#233;lite selon le c&#339;ur de Dieu, c'est-&#224;-dire si elle suit sa R&#232;gle dans toute sa rigueur, elle sera une authentique disciple et &#171; amie &#187; du Christ et que cette vie offerte dans le silence et la contemplation peut &#234;tre d'un tr&#232;s grand prix pour le salut du monde. Son intention est m&#234;me plus pr&#233;cise. Elle comprend aussi le r&#244;le fondamental que jouent dans l'&#201;glise les pr&#234;tres, les th&#233;ologiens, les missionnaires. La saintet&#233; de l'&#201;glise d&#233;pend en grande partie de leur saintet&#233; &#224; eux. Voil&#224; pourquoi la Carm&#233;lite, selon le c&#339;ur de Th&#233;r&#232;se, doit &#234;tre &#171; l'ap&#244;tre des ap&#244;tres &#187;, non pas au sens o&#249; elle aurait &#224; leur faire la le&#231;on, mais au sens o&#249; sa vie enti&#232;re est offerte &#224; Dieu pour la saintet&#233; des ministres de l'&#201;glise. Un peu comme sainte Marie-Madeleine qui reste tr&#232;s pr&#233;sente &#224; l'esprit de Th&#233;r&#232;se et qui constitue comme son &#171; mod&#232;le &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt; Tout d&#233;coule de l&#224;. Il s'agit d'&#234;tre une vraie Carm&#233;lite, c'est-&#224;-dire une vraie contemplative. Tout est donc centr&#233; sur la pri&#232;re, une pri&#232;re v&#233;cue comme une &#171; vie d'intimit&#233; et d'amiti&#233; &#187; avec le Seigneur ressuscit&#233;. C'est ce que Th&#233;r&#232;se appelle &#171; l'oraison &#187;. Celle-ci conna&#238;t, bien s&#251;r, des moments privil&#233;gi&#233;s, mais elle est surtout une vie, c'est-&#224;-dire qu'elle tend &#224; devenir continuelle, car, comme dit la sainte, &#171; le v&#233;ritable amant aime partout son bien-aim&#233; et ne perd jamais son souvenir &#187;. C'est pour cette raison que Th&#233;r&#232;se est si attach&#233;e &#224; la solitude et &#224; la cl&#244;ture, ainsi qu'au silence, afin que rien ne distraie ses s&#339;urs de la recherche du Seigneur. Leur vie doit ressembler le plus possible &#224; celle de leur Ma&#238;tre, s'alignant sur les &#171; conseils &#187; que celui-ci donna jadis &#224; ses disciples, sp&#233;cialement ceux de la pauvret&#233;, du d&#233;tachement et de l'humilit&#233;. Le tout est couronn&#233; par l'amour fraternel grandement favoris&#233; par le fait que les communaut&#233;s th&#233;r&#233;siennes ne sont jamais nombreuses et qu'elles veulent ressembler au &#171; petit coll&#232;ge du Christ &#187; o&#249; l'on s'aime dans la joie et la simplicit&#233;. D'o&#249; l'importance toute particuli&#232;re des &#171; r&#233;cr&#233;ations &#187;.&lt;/p&gt; &lt;h2 class=&quot;spip&quot;&gt;Pourquoi a-t-elle fond&#233; tant de monast&#232;res ?&lt;/h2&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='spip_document_487 spip_documents spip_documents_left' style='float:left; width:282px;'&gt; &lt;img src='http://www.carmel.asso.fr/sites/carmel.asso.fr/local/cache-vignettes/L282xH350/teresac3-2-94ebf.jpg' width='282' height='350' alt=&quot;Couronnement de Th&#233;r&#232;se&quot; style='height:350px;width:282px;' /&gt; &lt;/span&gt;
Nous trouvons la r&#233;ponse &#224; cette question dans la &#171; Relation &#187; du 9 f&#233;vrier 1570 o&#249; Th&#233;r&#232;se raconte une faveur divine re&#231;ue au Carmel de Malag&#243;n. Un jour apr&#232;s la communion, elle &#171; voit &#187; le Christ recouvert non d'une couronne d'&#233;pines mais d'une couronne resplendissante. Le Seigneur lui fait comprendre la signification de cette &#171; vision &#187;. Compar&#233;es aux souffrances qu'il subit actuellement dans son corps qui est l'&#201;glise, celles qu'on lui infligea lors de sa passion ne sont pas grand'chose. La r&#233;action d'une amie du Christ de la qualit&#233; de Th&#233;r&#232;se ne nous surprend pas : &#171; Mais que puis-je faire, Seigneur, pour rem&#233;dier &#224; tant de maux ? Je suis pr&#234;te &#224; tout &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt; La r&#233;ponse du Christ ne se fait pas attendre. &#171; Ce n'est pas le temps de te reposer ; h&#226;te-toi de fonder ces monast&#232;res ; ma joie est d'&#234;tre pr&#232;s des &#226;mes qui les habitent &#187;. On peut donc dire que le motif qui pousse Th&#233;r&#232;se &#224; fonder ses monast&#232;res est celui de la &#171; compassion &#187; pour le Christ qui souffre actuellement dans son &#201;glise. A une &#233;poque o&#249; le myst&#232;re de la Pr&#233;sence r&#233;elle du Christ dans l'Eucharistie est particuli&#232;rement rejet&#233; et bafou&#233;, elle n'a de cesse de voir s'&#233;lever de nouvelles &#233;glises o&#249; la Pr&#233;sence r&#233;elle du Christ dans le Saint Sacrement deviendra la source d'un rayonnement v&#233;ritablement missionnaire sur les populations environnantes. Nous voyons d&#233;j&#224; poindre une id&#233;e qui sera plus tard si ch&#232;re au P&#232;re de Foucauld. &#171; Autant que je puis m'en souvenir, dit Th&#233;r&#232;se, je n'ai jamais omis une fondation par crainte de travail&#8230; ; je consid&#232;re celui pour la gloire de qui je travaille ; je songe que dans la nouvelle fondation le Seigneur sera fid&#232;lement servi, et que le tr&#232;s Saint Sacrement y r&#233;sidera &#187;.&lt;/p&gt; &lt;h2 class=&quot;spip&quot;&gt;Quelle &#233;tait la situation spirituelle de l'Espagne &#224; cette &#233;poque ?&lt;/h2&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='spip_document_488 spip_documents spip_documents_right' style='float:right; width:271px;'&gt; &lt;img src='http://www.carmel.asso.fr/sites/carmel.asso.fr/local/cache-vignettes/L271xH350/teresac5-2-f341d.jpg' width='271' height='350' alt=&quot;St Pierre d&amp;#39;Alcantara&quot; style='height:350px;width:271px;' /&gt; &lt;/span&gt; Il se d&#233;veloppe en Espagne un mouvement de &#171; r&#233;forme &#187; qui a pris naissance au si&#232;cle pr&#233;c&#233;dent principalement dans les milieux &#171; franciscains &#187;. Ce mouvement va faire tache d'huile sur toutes les couches de la chr&#233;tient&#233; espagnole. Les franciscains adoptent un nouveau style de vie religieuse caract&#233;ris&#233; par l'appellation de fr&#232;res &#171; D&#233;chaux &#187;, ainsi appel&#233;s parce qu'ils marchent pieds nus. Leur volont&#233; est d'imiter saint Fran&#231;ois dans le &#171; radicalisme &#187; de sa pauvret&#233;, de sa vie p&#233;nitente et de sa contemplation.&lt;/p&gt; &lt;p&gt; La deuxi&#232;me r&#233;alit&#233; issue du r&#233;formisme franciscain espagnol est un mouvement de spiritualit&#233; qui, tout en s'apparentant &#224; ce que l'on a appel&#233; la &#171; d&#233;votion moderne &#187; venue des pays nordiques poss&#232;de une forte note d'originalit&#233; ; c'est un mouvement qui insiste beaucoup sur la n&#233;cessit&#233; du &#171; recueillement &#187; et de l'oraison mentale, d'o&#249; le nom de &#171; recueillis &#187; (&#171; recogidos &#187;) donn&#233; &#224; ses adeptes. Ce mouvement est d'abord consid&#233;r&#233; avec m&#233;fiance par les autorit&#233;s eccl&#233;siastiques qui redoutent &#8212; non sans quelque motif &#8212; les d&#233;viations de l'&#171; illuminisme &#187; et du subjectivisme. Certains th&#233;ologiens se montrent hostiles, parfois m&#234;me jusqu'au ridicule, &#224; la pratique de la pri&#232;re silencieuse par les femmes.&lt;/p&gt; &lt;p&gt; Th&#233;r&#232;se s'est trouv&#233;e au confluent de ces deux cr&#233;ations du g&#233;nie mystique espagnol. Le trait d'union a &#233;t&#233; pour elle le fondateur d'une branche de Franciscains D&#233;chaux et l'auteur de petits livres de spiritualit&#233; sur l'oraison. Avec sa gr&#226;ce personnelle, elle s'en est inspir&#233;e pour introduire ce nouveau mode de vie carm&#233;litaine qu'est un monast&#232;re de Carm&#233;lites D&#233;chauss&#233;es. Bien s&#251;r, elle a re&#231;u d'autres influences venant notamment des Dominicains et des J&#233;suites. Ces Ordres religieux connaissent alors en Espagne un essor magnifique.&lt;/p&gt; &lt;h2 class=&quot;spip&quot;&gt;Comment est-il possible qu'une femme &#224; cette &#233;poque ait pu faire tout cela ?&lt;/h2&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='spip_document_489 spip_documents spip_documents_left' style='float:left; width:302px;'&gt; &lt;img src='http://www.carmel.asso.fr/sites/carmel.asso.fr/local/cache-vignettes/L302xH360/teresac4-2-67f94.jpg' width='302' height='360' alt=&quot;Th&#233;r&#232;se et La Vierge Marie&quot; style='height:360px;width:302px;' /&gt; &lt;/span&gt; La situation de la femme en Espagne, &#224; cette &#233;poque, n'est pas tr&#232;s enviable. Assez curieusement, la vie religieuse peut repr&#233;senter pour certaines, une forme d'&#233;mancipation par rapport &#224; l'homme. Au monast&#232;re de l'Incarnation, les s&#339;urs ne se laissaient pas mener facilement par les hommes, comme en t&#233;moigne l'histoire mouvement&#233;e de leur communaut&#233;. Th&#233;r&#232;se a re&#231;u un charisme tout &#224; fait exceptionnel car elle a r&#233;alis&#233; des choses &#233;tonnantes pour une femme de cette &#233;poque et l'on trouve souvent dans ses &#233;crits une critique de l'antif&#233;minisme forcen&#233; de certains th&#233;ologiens de son temps qui voulaient interdire aux femmes l'oraison.&lt;/p&gt; &lt;p&gt; Il serait certainement exag&#233;r&#233; de voir en Th&#233;r&#232;se la premi&#232;re &#171; f&#233;ministe &#187; des temps modernes, mais il est incontestable qu'elle a jou&#233; un r&#244;le non n&#233;gligeable dans la naissance de ce ph&#233;nom&#232;ne &#224; la fois culturel et spirituel. Par son action, par sa pens&#233;e mais plus encore par sa vie elle-m&#234;me, elle a contribu&#233; &#224; la prise de conscience de la mission et de la dignit&#233; de la femme dans l'&#201;glise et dans la soci&#233;t&#233;. &#201;tant donn&#233; les circonstances dans lesquelles elle a v&#233;cu et qui &#233;taient peu favorables &#224; cette prise de conscience, il faut voir en elle une manifestation toute sp&#233;ciale de l'action de l'Esprit-Saint parlant aux &#201;glises. Au reste, ce n'est pas pour rien que le Pape Paul VI l'a proclam&#233;e &#171; Docteur de l'&#201;glise &#187; il y a une quinzaine d'ann&#233;es. Avec Catherine de Sienne, elle est la premi&#232;re femme ayant re&#231;u pareille dignit&#233; dans l'&#201;glise.&lt;/p&gt; &lt;h2 class=&quot;spip&quot;&gt;Quel r&#244;le a eu Jean de la Croix dans cette aventure ?&lt;/h2&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='spip_document_490 spip_documents spip_documents_right' style='float:right; width:254px;'&gt; &lt;img src='http://www.carmel.asso.fr/sites/carmel.asso.fr/local/cache-vignettes/L254xH350/jean3-2-9b45d.jpg' width='254' height='350' alt=&quot;Jean de la Croix&quot; style='height:350px;width:254px;' /&gt; &lt;/span&gt; Dans la province de Castille, il y avait non seulement des Carm&#233;lites, mais aussi des Carmes. Lorsque la premi&#232;re rencontre entre les deux grands saints du Carmel a lieu en 1567, Th&#233;r&#232;se a cinquante-deux ans et Jean de la Croix, vingt-cinq. A l'&#233;poque, il s'appelle Jean de Saint- Mathias et il est Carme de la province de Castille. Il vient tout juste d'&#234;tre ordonn&#233; pr&#234;tre &#224; Salamanque o&#249; il termine ses &#233;tudes de th&#233;ologie. Il vient passer ses vacances au couvent de Medina del Campo. Th&#233;r&#232;se se trouve pr&#233;cis&#233;ment en cette ville pour y r&#233;aliser une fondation de Carm&#233;lites (la deuxi&#232;me apr&#232;s Saint-Joseph d'Avila). Le P&#232;re Rubeo, Prieur G&#233;n&#233;ral de l'Ordre, de passage &#224; Avila lors du Car&#234;me de cette m&#234;me ann&#233;e, lui a donn&#233; l'autorisation de &#171; fonder autant de monast&#232;res de Carm&#233;lites qu'elle avait de cheveux sur la t&#234;te &#187;. Bien entendu, elle jubile. Mais elle est femme, &#171; charg&#233;e de patentes &#187; certes, c'est-&#224;-dire de toutes les autorisations voulues.&lt;/p&gt; &lt;p&gt; Cependant, elle se sent tellement d&#233;munie. Et puis, elle d&#233;sire travailler au salut des &#226;mes. C'est alors qu'il lui vient une id&#233;e g&#233;niale : obtenir l'autorisation de fonder des couvents de Carmes &#171; contemplatifs &#187; (bient&#244;t, on les appellera eux aussi &#171; Carmes D&#233;chaux &#187;) afin que ces derniers puissent lui apporter leur aide si n&#233;cessaire pour toutes les d&#233;marches requises par la fondation de ses propres monast&#232;res et surtout pour la direction de ses s&#339;urs. Vivant de la m&#234;me mani&#232;re que les Carm&#233;lites, ils pourront mieux les comprendre et, de plus, ils auront la possibilit&#233; de s'adonner au minist&#232;re apostolique, alors que les s&#339;urs ne peuvent travailler au salut du monde que par leurs pri&#232;res.&lt;/p&gt; &lt;p&gt; Qui va commencer ce nouveau genre de vie parmi les Carmes ? Il faut des hommes sur qui l'on puisse vraiment compter. Tel est le cas de ce jeune Fr&#232;re Jean de Saint-Mathias dont on a dit tant de bien &#224; la M&#232;re Th&#233;r&#232;se. Il est tellement d&#233;sireux d'une vie fervente qu'il a d&#233;j&#224; obtenu de ses sup&#233;rieurs la permission, &#224; titre personnel, de suivre la R&#232;gle primitive des Carmes dans toute sa rigueur. On dit m&#234;me que, d&#233;&#231;u par le manque de ferveur des religieux de sa province, pourtant consid&#233;r&#233;e comme &#171; r&#233;form&#233;e &#187; au niveau de l'Ordre, il a con&#231;u le projet de se faire Chartreux. La M&#232;re Th&#233;r&#232;se veut le rattraper au vol. Elle lui demande s'il accepte d'&#234;tre le premier Carme de la nouvelle observance. Jean de Saint-Mathias accepte, mais &#224; une condition que cette fondation intervienne sans tarder. C'est ce qui va se passer. Un peu plus d'un an apr&#232;s l'entrevue c&#233;l&#232;bre de Medina del Campo, sera inaugur&#233; le premier couvent de la R&#233;forme des Carmes, dans un pauvre village de Castille, Duruelo. Ce sera le 28 novembre 1568.&lt;/p&gt; &lt;p&gt; Jean de Saint-Mathias changera de nom ce jour-l&#224;. Il s'appellera d&#233;sormais Jean de la Croix. Il est donc le premier D&#233;chaux. Plus tard il exercera des charges importantes dans la R&#233;forme, mais son r&#244;le a &#233;t&#233; avant tout celui de P&#232;re spirituel des Carmes et des Carm&#233;lites. Il a exerc&#233; ce charisme en premier lieu par le rayonnement de son exemple, et par son enseignement oral. Mais peu &#224; peu ses &#233;crits commencent &#224; circuler dans les couvents et les fr&#232;res et s&#339;urs en sont &#233;blouis. Tel a &#233;t&#233; le vrai r&#244;le de Jean de la Croix.&lt;/p&gt; &lt;h2 class=&quot;spip&quot;&gt;Comment se pr&#233;sentait le couvent de Duruelo ?&lt;/h2&gt; &lt;p&gt; Th&#233;r&#232;se dit tout, avec son talent inimitable, en comparant le nouveau couvent &#224; &#171; l'&#233;table de Bethl&#233;em &#187;. Au Car&#234;me de l'ann&#233;e 1569, elle vient rendre visite au P&#232;re Jean et au P&#232;re Antoine, son compagnon et sup&#233;rieur. Elle nous en a laiss&#233; le r&#233;cit dans un passage de ses &#171; Fondations &#187;. Mieux vaut lui laisser la parole.&lt;/p&gt; &lt;p&gt; &#171; Je n'oublierai jamais, dit-elle, une petite croix de bois plac&#233;e au b&#233;nitier et sur laquelle &#233;tait coll&#233;e une image en papier repr&#233;sentant le Christ. Elle me donnait vraiment plus de d&#233;votion que si elle e&#251;t &#233;t&#233; d'une mati&#232;re artistement travaill&#233;e. L'ancien galetas servait de ch&#339;ur ; comme il &#233;tait &#233;lev&#233; vers le milieu, on y pouvait r&#233;citer les heures, mais on devait se baisser beaucoup pour y entrer&#8230; aux deux angles de ce ch&#339;ur donnant sur l'&#233;glise, se trouvaient deux petits ermitages o&#249; l'on ne pouvait se tenir que couch&#233; ou assis&#8230; L&#224; les p&#232;res avaient deux pierres en guise d'oreiller.. J'appris qu'apr&#232;s Matines (c'est-&#224;-dire l'office du milieu de la nuit) ils n'allaient point prendre de repos&#8230; Leur oraison &#233;tait tellement &#233;lev&#233;e qu'en se rendant &#224; Prime (l'office du matin), ils se trouvaient partout couverts de neige sans avoir rien senti &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt; Ce qui la comble de joie c'est de voir aussi &#224; quel point ces deux p&#232;res sont pr&#233;occup&#233;s par la vie spirituelle des pauvres paysans du voisinage. Ils font beaucoup de bien autour d'eux, &#224; tel point qu'en tr&#232;s peu de temps ils sont l'objet d'une v&#233;ritable v&#233;n&#233;ration de la part des habitants. Ceux-ci leur apportent tout ce qui est n&#233;cessaire &#224; leur subsistance ; eux se contentent de peu et m&#234;me de tr&#232;s peu. Ils s'adonnent au travail, &#224; la pri&#232;re, &#224; la pr&#233;dication et aux confessions. Pour ce qui est de la nourriture, Dieu y pourvoira !&lt;/p&gt; &lt;p&gt; Un point seulement inqui&#232;te la M&#232;re Th&#233;r&#232;se : la rigueur de leurs p&#233;nitences lui semble vraiment excessive ; elle craint pour leur sant&#233;. Elle leur en fait la remarque, mais ils ne semblent gu&#232;re l'&#233;couter Ce sera le point faible de la nouvelle r&#233;forme des Carmes. Certains d'entre eux seront bien d&#233;pourvus de l'&#233;quilibre sup&#233;rieur si caract&#233;ristique du g&#233;nie th&#233;r&#233;sien. Quant &#224; Jean de la Croix, disons simplement qu'il est encore un peu jeune. Un peu d'exp&#233;rience lui fera comprendre &#224; la fois la n&#233;cessit&#233; d'une vie mortifi&#233;e et celle de la mod&#233;ration dans ce domaine.&lt;/p&gt; &lt;h2 class=&quot;spip&quot;&gt;Pourquoi Jean de la Croix a-t-il &#233;t&#233; emprisonn&#233; ?&lt;/h2&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='spip_document_491 spip_documents spip_documents_left' style='float:left; width:273px;'&gt; &lt;img src='http://www.carmel.asso.fr/sites/carmel.asso.fr/local/cache-vignettes/L273xH350/jean2-2-3b3e8.jpg' width='273' height='350' alt=&quot;Jean de la Croix&quot; style='height:350px;width:273px;' /&gt; &lt;/span&gt; Il nous faut maintenant franchir d'un bond une dizaine d'ann&#233;es. La R&#233;forme de Th&#233;r&#232;se prend de l'extension, qu'il s'agisse des couvents des s&#339;urs ou de ceux des fr&#232;res. Malheureusement, des tensions et m&#234;me des affrontements commencent &#224; surgir entre les Carmes et Carm&#233;lites de la nouvelle Observance et ceux de l'ancienne. En 1571, Th&#233;r&#232;se est nomm&#233;e Prieure de son ancien monast&#232;re de l'Incarnation. Elle comprend imm&#233;diatement que le point cl&#233; de la r&#233;forme de ce monast&#232;re se trouve dans le choix des confesseurs. Jusqu'&#224; pr&#233;sent les confesseurs attitr&#233;s des s&#339;urs de l'Incarnation &#233;taient leurs fr&#232;res du couvent tout proche des Carmes de l'ancienne observance. Th&#233;r&#232;se n'a pas gard&#233; un tr&#232;s bon souvenir de leur direction spirituelle.&lt;/p&gt; &lt;p&gt; Elle pense tr&#232;s vite &#224; les remplacer par d'autres confesseurs, selon son c&#339;ur. Elle conna&#238;t la valeur du fr&#232;re Jean de la Croix et elle va obtenir sans tarder qu'il soit nomm&#233; confesseur du monast&#232;re de l'Incarnation, ce qui se r&#233;alise &#224; l'&#233;t&#233; de 1572. Il va d&#233;sormais habiter dans une maisonnette situ&#233;e dans les parages du monast&#232;re et exercer son minist&#232;re de confesseur et de directeur spirituel des s&#339;urs pour leur plus grand bien.&lt;/p&gt; &lt;p&gt; Mais cela n'est pas du go&#251;t de ses fr&#232;res de l'ancienne observance qui lui en veulent de les avoir supplant&#233;s. Ils sont bless&#233;s par l'attachement m&#234;l&#233; de v&#233;n&#233;ration que lui portent les moniales de l'Incarnation. Bref, apr&#232;s plusieurs escarmouches, ils le font appr&#233;hender dans sa maison le 3 d&#233;cembre 1577 et le m&#232;nent au couvent de Tol&#232;de o&#249; r&#233;side le provincial de Castille pour que celui-ci puisse le juger tout &#224; loisir. En attendant, il est condamn&#233; &#224; la prison comme &#171; rebelle &#187;. Il va rester pendant neuf mois environ dans ce qu'il appellera plus tard, non sans humour, &#171; le ventre de la baleine &#187;. Il y est trait&#233; avec une rigueur parfois inhumaine et qui ne peut &#234;tre jug&#233;e avec &#233;quit&#233; que si l'on tient compte du contexte passionnel dans lequel se d&#233;roule alors le conflit entre les Carmes de l'ancienne observance et les D&#233;chaux. Toujours est-il que Jean de la Croix, cet homme doux, humble et pacifique, vit alors une exp&#233;rience extr&#234;mement douloureuse et crucifiante qui le m&#232;ne jusqu'au sommet de l'exp&#233;rience mystique. C'est dans la prison de Tol&#232;de qu'il compose son immortel &#171; Cantique spirituel &#187;. Durant l'Octave de l'Assomption 1578, il r&#233;ussit &#224; s'enfuir de sa prison entre deux et trois heures du matin et il trouve refuge dans le monast&#232;re des Carm&#233;lites D&#233;chauss&#233;es de la ville.&lt;/p&gt; &lt;h2 class=&quot;spip&quot;&gt;Quelles &#233;taient les relations entre Teresa et Juan ?&lt;/h2&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='spip_document_492 spip_documents spip_documents_center'&gt; &lt;img src='http://www.carmel.asso.fr/sites/carmel.asso.fr/local/cache-vignettes/L400xH199/juanteresa2-2-8069c.jpg' width='400' height='199' alt=&quot;Jean et Th&#233;r&#232;se&quot; style='height:199px;width:400px;' /&gt; &lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ils ont v&#233;cu ensemble &#224; certaines p&#233;riodes de leur vie. Tout d'abord pendant les deux mois de l'&#233;t&#233; finissant de 1568 o&#249; elle le prend avec elle &#224; Valladolid pour l'initier au genre de vie du Carmel r&#233;form&#233;. Puis pendant deux ans et demi environ au monast&#232;re de l'Incarnation d'Avila dont elle est prieure et lui confesseur. C'est surtout pendant cette p&#233;riode qu'ils ont eu le loisir de faire connaissance et de s'entretenir tr&#232;s souvent. En dehors de ces deux p&#233;riodes, ils ne se rencontrent que de mani&#232;re &#233;pisodique. Ils ont d&#251; s'&#233;crire tr&#232;s souvent. Malheureusement, saint Jean de la Croix a br&#251;l&#233; par d&#233;tachement toutes les lettres que lui avait envoy&#233;es la M&#232;re Th&#233;r&#232;se. C'est en novembre 1581 que les deux saints se voient pour la derni&#232;re fois. Jean de la Croix vient demander &#224; Th&#233;r&#232;se de participer personnellement &#224; la fondation du monast&#232;re des Carm&#233;lites de Grenade. Celle-ci se voit oblig&#233;e de lui refuser cette gr&#226;ce, non seulement en raison de son &#226;ge et de ses infirmit&#233;s qui lui interdisent d'entreprendre un si long voyage (d'Avila jusqu'&#224; Grenade), mais surtout parce qu'elle est engag&#233;e dans la fondation du monast&#232;re de Burgos qui sera sa derni&#232;re.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Entre les deux saints existait une affection et une admiration mutuelles. On ne peut toutefois imaginer deux g&#233;nies plus diff&#233;rents. Th&#233;r&#232;se est la vie en expansion. Jean de la Croix est tout int&#233;rioris&#233;, peu expansif, quoique tr&#232;s affable. La mystique de Th&#233;r&#232;se est celle de la lumi&#232;re. Celle de Jean de la Croix serait plut&#244;t celle de la t&#233;n&#232;bre, bien qu'il ne faille rien exag&#233;rer.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='spip_document_485 spip_documents spip_documents_right' style='float:right; width:279px;'&gt; &lt;img src='http://www.carmel.asso.fr/sites/carmel.asso.fr/local/cache-vignettes/L279xH400/teresac1-2-4588a.jpg' width='279' height='400' alt=&quot;Th&#233;r&#232;se&quot; style='height:400px;width:279px;' /&gt; &lt;/span&gt; Dans quelle mesure se sont-ils influenc&#233;s r&#233;ciproquement ? Cela reste difficile &#224; dire. Toutefois le fait m&#234;me de cette influence r&#233;ciproque ne peut &#234;tre ni&#233;. Un mot r&#233;sume tout. Th&#233;r&#232;se appelait affectueusement Fr&#232;re Jean &#171; mon petit S&#233;n&#232;que &#187; et il lui arrivait de le taquiner gentiment sur son s&#233;rieux. Rien ne refl&#232;te mieux la profondeur de ses sentiments &#224; son &#233;gard que la lettre qu'elle &#233;crit &#224; sa fille Anne de J&#233;sus, juste apr&#232;s sa derni&#232;re entrevue avec le saint : &#171; Vous m'amusez, ma fille, de vous plaindre sans raison, alors que vous avez l&#224;-bas mon P&#232;re Fray Juan de la Cruz, qui est un homme c&#233;leste et divin ; je vous le dis, ma fille, apr&#232;s son d&#233;part, je n'en ai pas trouv&#233; un comme lui dans toute la Castille, ni qui communique une telle ferveur pour s'acheminer vers le ciel. Vous ne sauriez croire en quelle solitude il m'a laiss&#233;e. Songez-y bien, vous avez en ce saint un grand tr&#233;sor&#8230; Je vous le certifie, j'estimerais avoir par ici mon P&#232;re Fray Juan de la Cruz, il est vraiment le p&#232;re de mon &#226;me, et l'un de ceux dont l'entretien me fut le plus profitable &#187;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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