Prenons la main de Marthe et de Marie… (Homélie 21 juillet 2019)

donnée au couvent d’Avon

Textes liturgiques : Gn 18, 1-10a ; Ps 14 (15) ; Col 1, 24-28 ; Lc 10, 38-42

Un mot traverse les lectures entendues ce dimanche : l’hospitalité. Il accompagne les démarches d’Abraham, de Marthe et de Marie, en passant par l’apôtre Paul. Qu’en est-il aujourd’hui de notre volonté d’accueillir, de recevoir, d’ouvrir notre cœur autant que notre porte ? Efforçons-nous, à la lecture de ces textes, de revisiter son usage dans notre vie, et notamment notre vie chrétienne.

Dès le premier Livre de la Bible – la Genèse - l’attitude d’Abraham, père des croyants, est significative. Bien sûr nous y percevons une qualité de l’Orient, où l’étranger est reçu avec délicatesse et joie. Par lui, c’est Dieu qui visite. Ainsi Abraham s’efforce-t-il de retenir les trois hommes aperçus non loin de sa tente et les prie de prendre un repas et du repos. Attitude généreuse, mais plus encore, ouverture d’âme et de cœur. Son discours s’adresse cependant à une seule personne : « Mon seigneur, si j’ai pu trouver grâce à tes yeux, ne passe pas sans t’arrêter près de ton serviteur. ». Trois personnes, un seul Seigneur : la Tradition chrétienne n’a pas hésité à relire ce texte dans la lumière de sa foi en la Trinité. Et l’icône d’Andreï Roublev immortalisera cette rencontre. Ne serait-ce pas déjà une invitation, notée dès les premiers pages de la Bible, que tout accueil serait alors accueil de Dieu ? A travers celui ou celle que je rencontre, qui frappe à ma porte, qui appelle…c’est Dieu que je rencontre, qui sollicite un peu de temps, qui s’invite dans le déroulement de ma journée. Souvenons-nous dans le grand chapitre de l’Evangile de Matthieu, appelé le Jugement dernier, Jésus affirme « tout ce que vous avez fait à l’un de ses plus petits, qui sont mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait ! » (Mt 25,40). Il y a donc un lien entre l’accueil de l’autre et l’accueil de Dieu. Et Paul dans la lettre aux Colossiens, entendue en 2e lecture, n’a pas peur d’affirmer : « Le Christ est parmi vous, lui, l’espérance de la gloire ! ». Voilà un résumé de tout l’Évangile, qui n’est ni une philosophie, ni un corps de doctrines, ni une morale, mais une personne, Jésus. Dieu ne serait-il pas Celui qui frappe à ma porte comme l’exprime le livre de l’Apocalypse, qui sollicite de chacun de nous une réponse, une attitude d’ouverture libre et généreuse, sans peur ou crainte : « Je me tiens à la porte et je frappe. Si quelqu’un entend ma voix et ouvre la porte, j’entrerai chez lui et je prendrai mon repas avec lui et lui avec moi. » (Ap. 3,20). Alors nourris de ces quelques réflexions nous pouvons mieux entrer dans le texte de l’Évangile et prendre la main de Marthe et de Marie. L’une et l’autre ont alors quelque chose à nous partager de leur rencontre avec Jésus. Souvent leurs attitudes différentes ont été l’occasion de dissertations sur la vie contemplative, exprimée par Marie, et de regarder l’empressement à bien faire de Marthe comme une femme d’action se permettant d’exprimer à Jésus son besoin d’aide de sa sœur. Notre Mère Sainte Thérèse d’Avila n’a pas peur d’affirmer : « Croyez-moi, pour donner l’hospitalité à notre Maître, pour le retenir chez soi, pour le bien traiter et le nourrir comme il convient, il faut que Marthe et Marie se joignent ensemble. ». Entrons alors dans le domaine de la complémentarité pour recevoir notre Maître Jésus, et quittons toute tendance à opposer les deux sœurs, ce serait une voie sans issue. Il nous faut commencer par noter que Jésus entrant dans un village une femme nommée Marthe le reçut. Voilà le premier point d’ancrage : Marthe reçoit Jésus : elle l’accueille. Toute réflexion sur la suite ne peut que s’appuyer sur ce simple fait : tout commence par un accueil. Marthe offre l’hospitalité à Jésus. A-t-elle voulu trop faire, peut-être, mais ne nous trompons pas. Si Marie est attentive aux paroles de Jésus, c’est grâce à sa sœur qui a favorisé cette rencontre. Et si Jésus interpelle Marthe avec sa fatigue, ne serait-ce pas pour l’alerter sur le « trop bien faire » qui risque toujours de ternir la relation et de tendre celui ou celle qui s’efforce de trop faire et ainsi louper la relation, la rencontre…

Alors que pouvons-nous retenir de ces lectures dominicales ? L’hospitalité n’est pas une option à choisir ou à laisser : elle est au cœur de notre vie chrétienne. « Qui vous accueille, m’accueille moi-même, et qui m’accueille, accueille Celui qui m’a envoyé » (Mt 10,40) affirmera Jésus. « Une seule chose est nécessaire. » affirme Jésus. Mais qu’elle est donc cette chose nécessaire sinon celle de se tenir en disciple, accueillant Dieu et le prochain ? Dans l’hôte que j’accueille, c’est toujours Dieu qui me visite. Vivons l’hospitalité. Elle est faite de petites choses à notre disposition : un bonjour, un sourire, une main tendue, une visite… Mais n’oublions pas que l’autre, assis à mes côtés dans cette chapelle, vient comme moi ce dimanche rencontrer Dieu, et ensemble nous pouvons prier. Quelle chance ! Mais notre prière a un développement pour lui comme pour moi. On n’en n’a pas fini avec l’hospitalité. Elle a encore de beaux jours si nous acceptons de la revisiter et de lui donner toujours plus de sens. A chacun de nous d’y travailler ! L’Esprit Saint nous aidera, soyons confiants.

Fr. Didier-Joseph, ocd - (couvent d’Avon)