Un coeur fragile (Homélie 8° dim. TO)

donnée au couvent d’Avon

(03/03/19) - Textes liturgiques (année C) : Si 27, 4-7 ; Ps 91 (92) ; 1 Co 15, 54-58 ; Lc 6, 39-45

Comment dire ? En préparant cette homélie, j’aurais bien aimé ne pas aborder l’actualité religieuse de ces dernières semaines qui semblent nous donner l’impression d’un : « Tous pourris ». Les lectures de l’Écriture de ce jour ne nous aident pas tellement à sortir par le haut, à ne pas nous lamenter sur nous-mêmes en nous demandant : « qu’est-ce que j’ai fait au bon Dieu ? » Le cœur de l’homme est malade, il l’a été, il l’est et il le sera s’il ne trouve pas une issue qui ne peut venir de lui-même.

Nous ne pouvons pas passer notre temps à critiquer notre monde, à conspuer notre classe politique – les élections européennes ne sont pas loin, comment allons-nous nous y intéresser ?, à nous affliger sur nos dirigeants, à voir la paille qui est dans l’œil du voisin et ne pas voir, refuser obstinément de voir la poutre qui est dans le nôtre. Quand on sait que le moindre grain de poussière nous empêche de voir clair, qu’est-ce que ce doit être de cette poutre ? C’est toujours plus facile de trouver ce qui ne va pas chez l’autre sans se remettre tant soit peu en question. Eh bien, nous avons dans notre malheur, si l’on peut parler ainsi, nous avons de la chance, le calendrier non pas électorale cette fois mais bien liturgique, nous en offre un précieux moyen : le Carême. Mercredi prochain, ce sera le mercredi des Cendres, le Seigneur nous invite tous à la conversion, une conversion en Église mais avant tout une conversion personnelle, occasion à ne pas rater pour véritablement entrer dans l’écoute de la Parole de Dieu, un moment de grâce à saisir pour découvrir la poutre qui nous empêche d’avancer et de suivre le Christ sur le rude chemin de l’Évangile.

Car oui le chemin est rude, oui le chemin est semé d’embûches, si le guide n’est pas sûr nous tomberons dans un trou et non pas seul mais avec celui qui nous accompagne. Ne nous méprenons-pas, Jésus ne nous a jamais vendu une vie peinte en rose, l’Évangile n’a jamais été pour les tièdes bien au contraire, il vient nous déranger, il vient nous sortir de nos habitudes qui nous enferment et nous replient sur nous-mêmes. La seule issue, la seule solution, la seule voie de sortie c’est la sainteté. C’est en répondant à l’appel du Christ, c’est en mettant nos pas dans ses pas, c’est en choisissant le chemin étroit de l’Évangile que nous pourrons répondre aux appels du monde et que ce dernier pourra changer. Ce n’est pas en nous lamentant sur nous-mêmes, ce n’est pas en nous désespérant sur notre condition que quelque chose changera et que le monde pourra recevoir la vérité de l’Évangile. Car c’est bien cela qui est en jeu : la vérité de l’Évangile, est-ce que l’Évangile peut changer et transformer nos vies, est-ce que l’Évangile a encore quelque chose à dire à notre monde et à nos contemporains ?

« Le disciple n’est pas au-dessus du maitre », voilà qui nous indique la voie à suivre. La semaine dernière, les frères des différents couvents de notre Province religieuse, nous sommes partis en retraite et le moine qui nous enseigna au cours de ces jours prit chaque jour un personnage biblique. Derrière chacun de ces personnages, que ce soit Adam, Abraham, Jacob, Pierre et même Judas, il y a (ou pas) cette relation personnelle à Dieu. Être disciple, c’est accepter d’avoir un maître, un guide, et c’est accepter que ce maître, en confiance, nous conduise à cause de la clarté de son regard sur nous et sur les choses du monde. Si le maître, c’est nous, si nous croyons que nous allons pouvoir nous mener seul sur le chemin de la vie et en emmener d’autres à notre suite, nous courons à notre perte ! Seul celui qui est racheté, qui a fait l’expérience du pardon du Christ, peut annoncer le salut. Dieu veut que l’autre, que nous autres vivions dans la pleine lumière, dans la pleine compréhension de ce qu’il est lui-même : un Dieu de salut, pour que nous puissions nous-mêmes recevoir et vivre de l’effet de sa Miséricorde qui est d’être sauvés.

Oui, nous sommes boiteux, oui nous sommes fragiles, oui nous ne sommes pas parfaits mais nous avons un maître : le Christ. Cette humilité est une condition nécessaire pour vivre avec ce maître qu’est pour nous le Christ. Le disciple, c’est celui qui a bien suivi ce qui lui est demandé, celui qui a pris soin d’écouter la Parole, c’est celui qui fait comme son maître, qui est à l’image et à la ressemblance de son maître. Si le Christ n’est pas au centre de notre cœur, nous avons alors une fausse image de l’Église et des membres qui la constituent. Donc celui qui se met à l’école de Jésus-Christ, celui qui le suit avec la profondeur du cœur, celui-là est capable d’être comme son maître, de pouvoir connaître le Chemin, la Vérité et la Vie et d’être aussi bienveillant et miséricordieux que son maître puisque Jésus est venu non pas pour juger ou condamner le monde mais bien pour le sauver. Amen.

Fr. Christophe-Marie, ocd - (couvent d’Avon)