Veillez et priez en tout temps ! (Homélie 1er Dim. de l’Avent )

Un nouveau cycle commence, une nouvelle année liturgique s’ouvre, voici le temps de l’Avent qui se présente à nous, temps de préparation, temps de conversion, temps d’attente à la naissance du Sauveur. Tout ici n’est qu’une question de temps. Mais allons-nous prendre ce temps qui nous est offert, un temps de grâce, un temps d’avènement, un temps d’enfantement ? On a coutume de couper le temps, de disséquer le temps, de le présenter comme un passé, un présent et un futur, mais qu’en est-il exactement ? Le temps passé n’existe plus si ce n’est par une construction personnelle que j’en fais : mes souvenirs dans lesquels ma mémoire les range, les trie, les fabrique au gré de mes besoins, de ma sensibilité et de la vie. Ce temps est passé comme archivé. Le temps futur, lui il n’existe pas plus si ce n’est que comme une autre construction : ce que j’aimerais que les choses soient, mes projets les plus fous, mes désirs insolites ou tout simplement un monde meilleur. L’actualité récente de ce samedi (les gilets jaunes et les Champs Élysées) nous montre bien que les français souhaitent un monde meilleur, qui n’en voudrait pas d’un monde où plus de justice puisse être vécu dans une nation où trop d’injustices se font jour ? Visiblement tout le monde n’est pas d’accord sur les moyens à employer, la violence n’étant jamais une solution à une quelconque situation. La première lecture, comme en écho à notre actualité, par la bouche du prophète Jérémie, emploie par trois fois le mot justice, elle associe même l’exercice du pouvoir avec le droit et la justice. Oui aspirons à un monde plus juste comme Jérémie en son temps fut un défenseur de la justice sociale. Déjà on peut dire avec Jérémie que le bonheur ne consiste pas en la recherche égoïste de son bien-être, du prestige, de la gloire, au détriment du bien du prochain ou de la pratique du droit et de la justice. Le bonheur, c’est la bénédiction que le Seigneur accorde à celui qui obéit à ses exigences, en particulier en matière de justice sociale. Brûlante actualité…

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Nous entrons maintenant dans ce temps de l’Avent, qui dit Avent dit attente, alors oui attendre, mais attendre quoi et attendre comment ? En fait, il y a deux manières de vivre le temps de manière générale et ce temps de l’Avent en particulier : la première manière, certainement la plus spontanée parce qu’elle est naturelle, est de vivre le temps avec tous les aléas, toutes les surprises, aussi bien bonnes que mauvaises qui ne manquent pas de survenir. C’est le temps de l’homme tel qu’il le vit tant bien que mal depuis le début de l’humanité. C’est le temps auquel on ne peut vraiment pas grand-chose, inch’allah ! Pourquoi tout à coup telle catastrophe, pourquoi tout à coup arrive tel ou tel malheur qui nous frappe nous ou notre voisin ? Eh bien, nous n’en savons fichtre rien. Et d’une certaine manière nous sommes terriblement décontenancés, déboussolés par cela. On prend ce qui nous arrive de plein fouet, en pleine figure et parfois cela fait mal, très mal. C’est de cela dont Jésus parle dans la première partie de notre Évangile de ce dimanche. Jésus les avertit, Jésus nous avertit et nous met en garde face à ce déchainement de violence qui parfois s’abat sur tel ou tel pays, telle ou telle société ou groupe au gré des aléas de l’histoire. Chacun alors essaie dans son coin de sauver les meubles mais au bilan, quel désastre, quel échec !

La seconde manière : si l’on regarde les 20 siècles d’histoire depuis le début de l’histoire du christianisme, on voit bien que Jésus n’est pas venu changer l’histoire en tant que tel. On s’aperçoit d’ailleurs qu’il a lui-même subi l’histoire à travers les souffrances de sa Passion et de sa mort sur la Croix. Ce qu’a fait Jésus, par contre, c’est qu’il a changé notre attitude vis-à-vis de l’histoire. Désormais, on ne peut réduire l’histoire à une succession presqu’ininterrompue d’événements de toutes sortes que nous ne maîtrisons pas. Le secret de l’histoire maintenant, c’est la vigilance, c’est le fait de veillez et de prier en tout temps car le Seigneur vient à notre rencontre. Et cela change tout, certes pas l’histoire humaine telle qu’elle se déroule mais l’histoire humaine selon ce que chaque homme vit en profondeur. L’histoire, le temps, prend une densité sans commune mesure. Le temps a un sens, il a un but ; veiller et prier pour nous tenir debout devant le Fils de l’homme. Notre histoire, l’histoire de notre pays, l’histoire du monde a un sens. Oui, il vient dans nos vies, il vient dans nos cœurs, il vient à notre rencontre. Faisons de ce temps de l’Avent, un temps pour l’accueillir. Amen.

Fr. Christophe-Marie, ocd - ([https://www.carmes-paris.org/couvent-davon/])