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		<title>T&#233;moignage de l'auteur de cette pr&#233;sentation de Louise de France</title>
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		<dc:date>2006-04-10T18:52:55Z</dc:date>
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&lt;p&gt;La relecture du parcours effectu&#233; par Madame Louise depuis ses premi&#232;res ann&#233;es &#224; la Cour jusqu'&#224; ses derniers instants m'a rappel&#233; l'expression selon laquelle le P&#232;re Dominique Poirot aime &#224; &#233;voquer &#171; l'unit&#233; royale &#187; de cette vie. &#192; y bien regarder, la rupture a-t-elle &#233;t&#233; si radicale entre les ann&#233;es o&#249; la princesse a su mener, malgr&#233; ses obligations, une vie effac&#233;e vou&#233;e &#224; la pri&#232;re et &#224; la m&#233;ditation et celles o&#249; la carm&#233;lite, investie de charges qu'elle soup&#231;onnait lui avoir &#233;t&#233; (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.carmel.asso.fr/-Temoignages,197-.html" rel="directory"&gt;T&#233;moignages&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;La relecture du parcours effectu&#233; par Madame Louise depuis ses premi&#232;res ann&#233;es &#224; la Cour jusqu'&#224; ses derniers instants m'a rappel&#233; l'expression selon laquelle le P&#232;re Dominique Poirot aime &#224; &#233;voquer&lt;strong&gt; &#171; l'unit&#233; royale &#187;&lt;/strong&gt; de cette vie. &#192; y bien regarder, la rupture a-t-elle &#233;t&#233; si radicale entre les ann&#233;es o&#249; la princesse a su mener, malgr&#233; ses obligations, une vie effac&#233;e vou&#233;e &#224; la pri&#232;re et &#224; la m&#233;ditation et celles o&#249; la carm&#233;lite, investie de charges qu'elle soup&#231;onnait lui avoir &#233;t&#233; confi&#233;es en raison de son origine, se vit sollicit&#233;e maintes fois pour intervenir dans quelque affaire ou l'int&#233;r&#234;t de l'Ordre ou de l'&#201;glise &#233;tait en jeu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi de chacun d'entre nous qui sommes souvent conduits &#224; renoncer &#224; ce que nous aurions id&#233;alement voulu qu'il adv&#238;nt de notre vie, pour &lt;strong&gt;nous mettre &#224; l'&#233;coute de la seule volont&#233; du Seigneur&lt;/strong&gt; dans la quotidiennet&#233; la plus incarn&#233;e de nos existences d'hommes et de femmes du XXI&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle. &#201;lev&#233;s par la gr&#226;ce du bapt&#234;me &#224; la dignit&#233; de fils et filles de Dieu, ne sommes nous pas appel&#233;s &#224; assumer &#224; chaque instant &#171; Ici et maintenant &#187; l'appel qui nous a saisis, en tout ce que nous sommes, pour nous faire avec J&#233;sus Christ, pr&#234;tres proph&#232;tes et rois.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;I - Princesse et carm&#233;lite&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Tout au long des ann&#233;es qu'elle a d&#251; patienter &#224; Versailles, Madame Louise s'est trouv&#233;e devant cette question. Serait-elle un jour vraiment carm&#233;lite ou resterait-elle toujours princesse, prisonni&#232;re des cha&#238;nes dor&#233;es en lesquelles sa naissance l'avait enferm&#233;e ? Sa pri&#232;re &#224; Sainte-Th&#233;r&#232;se &#224; la veille de quitter le ch&#226;teau, au bout de dix huit ann&#233;es de patience, disait l'ardeur de son d&#233;sir de se voir lib&#233;r&#233;e d&#233;finitivement de sa condition pour se donner toute &#224; Dieu.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;Ne suis-je pas assez &#233;prouv&#233;e, ne connaissez-vous pas &#224; fond le v&#339;u de mon c&#339;ur apr&#232;s tant d'ann&#233;es de constance ? Doutez-vous de ma r&#233;solution, m'avez-vous vue varier un seul instant, ne m'avez-vous pas toujours aper&#231;ue toute tourn&#233;e vers la voix qui m'appelle, tendant &#224; elle de toutes mes pens&#233;es, de tous mes d&#233;sirs et de toutes mes forces ?&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Au lendemain de sa prise de voile, son action de gr&#226;ce exprimait bien le soulagement de se voir enfin admise en ce lieu devenu pour elle une &lt;strong&gt;Terre promise&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;Ce que j'ai quitt&#233; n'est rien, et ce que j'ai trouv&#233; ici est tout, puisque c'est vous que j'y ai trouv&#233;. &#212; mon Dieu, mon tout !&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Comparant son sacrifice &#224; celui de ses compagnes elle disait :&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;Toutes mes s&#339;urs ont plus sacrifi&#233; &#224; Dieu que moi, car elles lui ont fait le sacrifice de leur libert&#233;, au lieu que j'&#233;tais esclave &#224; la Cour, et mes cha&#238;nes pour &#234;tre plus brillantes, n'en &#233;taient pas moins des cha&#238;nes.&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Cette radicalit&#233; qui lui a fait, m&#234;me au milieu des fastes de la Cour, rechercher le plus grand effacement en se retirant seule d&#232;s que ses devoirs le lui permettaient la poussa &#224; d&#233;sirer instamment &#234;tre oubli&#233;e, perdue aux yeux des hommes pour ne plus vivre que sous le regard de Dieu :&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;Ne craignez pas que je me rappelle jamais ce que j'ai &#233;t&#233;, je veux oublier jusqu'&#224; mon nom. &lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Or d&#232;s son entr&#233;e &#224; Saint Denis, ce saint et pieux d&#233;sir ne s'av&#233;ra-t-il pas vain ? E&#251;t-elle pu rester en cl&#244;ture en renvoyant sa suite si elle n'avait pris la pr&#233;caution de pr&#233;senter ce billet &#233;crit de la main m&#234;me du roi :&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;Les dames qui suivront ma fille Louise, lors de son d&#233;part pour le couvent o&#249; elle d&#233;sire se retirer avec mon agr&#233;ment et permission, lui ob&#233;iront ainsi que l'officier de mes Gardes et les gardes du corps et &#233;cuyers, sur tout ce qu'elle leur commandera, comme si c'&#233;tait moi-m&#234;me qui le leur disait.&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Il lui fallut donc bien se pr&#233;valoir de l'autorit&#233; de son p&#232;re pour qu'on la laiss&#226;t. On peut s'imaginer l'&#233;tonnement des religieuses, apprenant par leur Sup&#233;rieur, l'abb&#233; Bertin, que la princesse serait d&#233;sormais des leurs. L'une d'elles, quand la communaut&#233; menac&#233;e d'&#234;tre dispers&#233;e par la Commission des r&#233;guliers avait fait une neuvaine pour recevoir une novice, n'avait-elle pas dit : &lt;em class=&#034;spip&#034;&gt;Il nous faudrait au moins une fille de roi !&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'habituer &#224; l'&#226;pre vie du Carmel ne fut sans doute pas chose facile, mais &lt;strong&gt;tous les petits sacrifices de sa sensibilit&#233; lui furent doux&lt;/strong&gt;. D'ailleurs, pour &#234;tre rude la bure de sa nouvelle tenue &#233;tait-elle tellement plus inconfortable que les roides soieries, les dentelles raides d'amidon dont elle devait se parer &#224; Versailles ? La jeune Marie-Antoinette quand elle lan&#231;a la mode des tissus l&#233;gers et vaporeux ne le fit pas seulement par coquetterie, mais pour se sentir plus libre dans ses mouvements. Sans doute descendre seule l'escalier du couvent, quand on n'a jamais fait un pas sans &#234;tre accompagn&#233;e d'un page, chausser des alpargates, alors que l'on est habitu&#233;e aux talons hauts et que les cheville gonflent au bout de quelques heures : voil&#224; bien quelques petites mortifications accept&#233;es et vite surmont&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le plus difficile fut de se faire reconna&#238;tre comme une carm&#233;lite ordinaire.&lt;/strong&gt; Quand il s'agit de lui choisir un nouveau nom elle se contenta de dire : &lt;em class=&#034;spip&#034;&gt;Tous les noms me sont &#233;gaux pourvu qu'on ne me donne ni celui de Marie ni celui de Louise : il faut faire oublier ce que j'ai &#233;t&#233;.&lt;/em&gt; Elle accepta donc de bon c&#339;ur celui qui lui fut propos&#233;, rappelant toujours avec insistance : &lt;em class=&#034;spip&#034;&gt;La s&#339;ur Th&#233;r&#232;se de Saint-Augustin ou une autre carm&#233;lite c'est la m&#234;me chose, &#224; la diff&#233;rence pr&#232;s qu'elle est la moins vertueuse de toutes&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ne plus s'entendre appeler &#171; Madame &#187;, tel &#233;tait bien son souhait. N'obtenant pas satisfaction, spontan&#233;ment, elle se tourna vers son p&#232;re pour qu'il demande que cessent tous ces &#233;gards. La r&#233;ponse de Louis XV fut toute simple et pleine de bon sens. L'ob&#233;issance ne consistait-elle pas aller jusqu'&#224; accepter humblement de ne pas &#234;tre mise tout de suite au m&#234;me rang que les autres : &lt;em class=&#034;spip&#034;&gt;Si vous &#234;tes venue pour faire votre volont&#233;, on vous les &#244;tera [les m&#233;nagements ] par respect &#224; vos ordres, mais si vous &#234;tes venue pour ob&#233;ir on vous les laissera parce que je les ai ordonn&#233;s.&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Madame Louise, en v&#233;rit&#233;, ne put jamais obtenir que l'on oubli&#226;t totalement son origine. Le faste de la c&#233;r&#233;monie de la prise de voile qu'elle re&#231;ut des mains de la jeune Marie-Antoinette le confirme. D'ailleurs sa seule venue &#224; Saint-Denis changea compl&#232;tement le sort de la communaut&#233;. La pension accord&#233;e par le roi permit non seulement de r&#233;gler les dettes du couvent et d'y faire des travaux n&#233;cessaires mais aussi de venir en aide &#224; d'autres maisons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'entr&#233;e de Madame Louise &#224; Saint-Denis eut aussi un effet d'entra&#238;nement : le noviciat se repeupla. Au lendemain de sa prise de voile elle fut nomm&#233;e ma&#238;tresse des novices. Nouvelle faveur ? Ou plut&#244;t choix judicieux, tenant compte de l'exp&#233;rience du monde de cette femme de trente quatre ans qui avait su pers&#233;v&#233;rer dans sa vocation au milieu d'une soci&#233;t&#233; o&#249; tout aurait pu l'inciter &#224; se laisser aller &#224; la douceur de vivre. Surmontant son scrupule de n'avoir &#233;t&#233; d&#233;sign&#233;e qu'en raison de sa dignit&#233;, d&#233;passant l'appr&#233;hension de ne pas &#234;tre &#224; la hauteur de la t&#226;che, S&#339;ur Th&#233;r&#232;se de Saint-Augustin, s'appliqua &#224; faire de celles qui lui &#233;taient confi&#233;es de vraies filles de Sainte Th&#233;r&#232;se. D&#233;pass&#233;es ses premi&#232;res craintes, elle ne cessa de rendre gr&#226;ce et de s'&#233;merveiller :&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;Je ne puis voir mes novices sans me sentir encourag&#233;e au service du Seigneur. Leur ferveur s'&#233;l&#232;ve sans cesse contre mes l&#226;chet&#233;s. Je rends gr&#226;ce &#224; la divine Providence d'avoir environn&#233; ma faiblesse de ce petit groupe d'anges qui ne respirent que le pur amour de Dieu, et qui en faisant ma confusion, font cependant aussi ma joie&#8230;. Je regarde mes novices comme autant de ma&#238;tresses que le Seigneur m'a donn&#233;es dans sa mis&#233;ricorde pour m'apprendre &#224; &#234;tre humble, mortifi&#233;e, courageuse, p&#233;nitente et fervente.&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Ses filles lui rendaient bien la m&#234;me estime et les conseils qu'elle leur prodigua, tant pendant les deux ans o&#249; elle fut investie de cette charge que lorsqu'elle devint &#224; trois reprises leur prieure, t&#233;moignent de l'&#233;quilibre, du bon sens avec lequel elle les guidait. Rapport&#233;s au proc&#232;s de b&#233;atification leurs t&#233;moignages furent r&#233;unis dans un recueil publi&#233; &#224; la suite des &#8220;&lt;strong&gt;M&#233;ditations eucharistiques&lt;/strong&gt;&#8221; sous le titre de &#8220;&lt;strong&gt;Testaments spirituels&lt;/strong&gt;&#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;Je ne sais qu'une chose, c'est de faire la R&#232;gle de mon mieux, et de la faire faire aux autres de son mieux aussi, mais avec beaucoup de charit&#233;, de condescendance pour les faibles, sans tomber dans la faiblesse.&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Ainsi d&#233;finissait-elle sa &#171; m&#233;thode &#187; p&#233;dagogique fond&#233;e avant tout sur l'exemple. Aucun laxisme, aucune rigueur, une grande humanit&#233;, un brin d'humour, une sinc&#233;rit&#233;, une spontan&#233;it&#233; qui lui faisaient dire sans d&#233;tour sa pens&#233;e. Au quotidien une attention toujours en &#233;veil la rendait soucieuse des moindres besoins de ses compagnes. Mais elle veillait aussi &#224; une discr&#233;tion n&#233;cessaire qui perm&#238;t non seulement d'&#233;viter entre elles tout attachement particulier mais aussi de divulguer quelque confidence qu'elle aurait re&#231;ue de l'une d'elles :&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;Il y a une infinit&#233; de choses qu'elles [les sup&#233;rieures] ne doivent pas communiquer parce que c'est le secret des c&#339;urs.&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Sa pi&#233;t&#233; &#233;tait simple, aussi &#233;loign&#233;e du Qui&#233;tisme que du Jans&#233;nisme, et &#224; mille lieues des pens&#233;es des Philosophes. Mais elle n'entra pas vraiment dans les d&#233;bats id&#233;ologiques de son temps. Son seul souci :&lt;strong&gt; pr&#233;server la puret&#233; de la foi et ramener les &#226;mes &#233;gar&#233;es vers leur unique Pasteur&lt;/strong&gt; ; voir rentrer au bercail les brebis &#233;gar&#233;es dont elle croyait sinc&#232;rement qu'elles allaient &#224; leur perte. D'o&#249; les efforts d&#233;ploy&#233;s pour que la S&#339;ur Marthe revenue &#226;g&#233;e et impotente &#224; Saint-Denis apr&#232;s en avoir fui au moment de la crise jans&#233;niste adh&#233;r&#226;t &#224; la bulle Unigenitus. D'o&#249; sa consternation en apprenant que son neveu le roi Louis XVI avait sign&#233; l'&#233;dit de Tol&#233;rance. D'o&#249; aussi sa r&#233;ticence &#224; l'id&#233;e de toute s&#233;cularisation, moyen commode en ce si&#232;cle de caser les cadet(te)s de famille tout en leur permettant une vie facile. Elle r&#234;va m&#234;me peut-&#234;tre de contribuer &#224; r&#233;tablir une plus stricte observance au sein de l'Ordre. Son enthousiasme l'entra&#238;na en cela &#224; agir inconsid&#233;r&#233;ment en saisissant directement le Pape Cl&#233;ment XIV du projet de r&#233;forme des Carmes de Charenton d&#233;sireux de revenir &#224; plus de fid&#233;lit&#233; &#224; la R&#232;gle primitive. Envisageant que l'exemple p&#251;t se propager, elle saisit Rome par l'interm&#233;diaire du cardinal de Bernis en &#171; court-circuitant &#187;, il faut bien le dire, le provincial des Carmes. Peut-on en conclure pour autant, &#224; l'instar de Marie-Antoinette qu'elle fut &#171; la petite carm&#233;lite la plus intrigante du royaume ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;&#034;En entrant ici j'ai renonc&#233; au bonheur de faire des heureux&#034;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Vu son &lt;strong&gt;caract&#232;re entier&lt;/strong&gt;, Madame Louise n'a pu prononcer ces paroles sans penser s'y tenir. Mais &#224; l'&#233;preuve des circonstances, entre le d&#233;sir de se retirer du monde et d'en &#234;tre oubli&#233;e et la tentation d'user de ses relations familiales pour servir l'&#201;glise, quelle a donc &#233;t&#233; r&#233;ellement son attitude ? A y regarder de plus pr&#232;s, on constate qu'elle agit toujours, avec pragmatisme, souvent sur un coup de c&#339;ur, parfois avec maladresse, mais toujours avec une grande sinc&#233;rit&#233;. Refusant syst&#233;matiquement toute intervention dans une affaire de privil&#232;ge ou d'honneur, elle se laissait toucher d&#232;s lors qu'il s'agissait de favoriser une vocation sinc&#232;re, de promouvoir l'Ordre mais aussi de &lt;strong&gt;d&#233;fendre les valeurs auxquelles elle &#233;tait sinc&#232;rement attach&#233;e&lt;/strong&gt;. S'agissait-il de la fondation d'un nouveau couvent &#224; Alen&#231;on, elle se d&#233;pensa sans compter. S'agissait-il d'encourager la vocation d'une jeune fille d&#233;sireuse de prendre le voile, elle s'entremettait pour lever le veto familial ou pour faire payer sa dot si l'obstacle ne venait que d'un manque de moyens. Ainsi obtint-t-elle la protection de la Reine pour Madame Lidoine qui prit par reconnaissance le m&#234;me nom qu'elle en religion. L'h&#233;ro&#239;que sacrifice de celle qui, devenue prieure du carmel de Compi&#232;gne, fut la derni&#232;re &#224; monter &#224; l'&#233;chafaud apr&#232;s avoir soutenu le courage de ses filles, donne &#224; penser de quelle trempe &#233;tait les religieuses form&#233;es pourrait on dire &#171; &#224; l'&#233;cole de Madame Louise. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En toute chose, on reconna&#238;t bien le temp&#233;rament fougueux et la franche spontan&#233;it&#233; qui lui feront de la m&#234;me fa&#231;on s'adresser avec tant de vivacit&#233; &#224; Mique, l'architecte de Marie-Antoinette pour se plaindre de la lenteur des travaux pour la construction de la nouvelle &#233;glise du carmel.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;Je suis d&#233;sesp&#233;r&#233;e Monsieur, notre &#233;glise n'avance point, toutes les fois que je veux presser les ouvriers&#8230; ils me r&#233;pondent qu'ils attendent vos ordres et vous ne venez ni ne les envoyez. On m'a dit derni&#232;rement que vous &#233;tiez enrhum&#233;, mais vous ne l'&#234;tes pas depuis trois mois !&#8230;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Elle suivit attentivement le chantier ; refusant que l'on y travaill&#226;t le dimanche, elle ne s'en laissa pas conter sur la fa&#231;on dont il devait &#234;tre conduit : &lt;em class=&#034;spip&#034;&gt;ce temps ci on devrait travailler d&#232;s cinq heures du matin ; et on ne peut pas nous tromper l&#224;-dessus, car on entend bien de notre ch&#339;ur si on travaille ou ne travaille pas&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette v&#233;h&#233;mence a peut-&#234;tre parfois pouss&#233; Madame Louise &#224; se d&#233;partir de sa r&#233;serve au point d'&#234;tre consid&#233;r&#233;e comme la t&#234;te du parti d&#233;vot. R&#233;sistance spirituelle &#224; l'image du z&#232;le ardent qui enflammait le proph&#232;te Elie ? Elle n'&#233;tait pourtant pas toujours si libre qu'on peut le croire, du fait m&#234;me de sa position. Le meilleur exemple qui en soit est celui de l'accueil &#224; Saint-Denis des carm&#233;lites des Flandres. Chass&#233;es de leurs couvents par l'&#233;dit de Joseph II, qui ne voulait plus dans ses &#233;tats de congr&#233;gations qui ne fussent vou&#233;es &#224; quelque &#339;uvre &#171; utile &#187;, les religieux et religieuses contemplatifs se voyaient condamn&#233;s &#224; s'exiler ou &#224; retourner dans le si&#232;cle. Les carm&#233;lites &#233;taient &#233;videmment au premier titre frapp&#233;es par cette mesure. Madame Louise en fut touch&#233;e mais ne fut pourtant pas la premi&#232;re &#224; leur ouvrir son couvent. Pour elle l'affaire, in&#233;vitablement, se tournait en affaire de famille. Joseph II n'&#233;tait-il pas le fr&#232;re de la Reine ! Quand elle l'avait re&#231;u &#224; Saint-Denis quelques ann&#233;es auparavant, alors qu'il &#233;tait en visite en France sous le nom de comte de Falkenstein, il avait manifest&#233; son peu d'enthousiasme pour la vie men&#233;e au couvent : &lt;em class=&#034;spip&#034;&gt;Vraiment Madame, j'aimerais mieux &#234;tre pendu que vivre ici comme vous vivez !&lt;/em&gt; Ce &#224; quoi elle avait r&#233;pondu : &lt;em class=&#034;spip&#034;&gt;Croyez ma double exp&#233;rience : je suis en droit de prononcer que la carm&#233;lite est plus heureuse dans sa cellule que la princesse dans son palais.&lt;/em&gt; Il n'en avait &#233;videmment pas &#233;t&#233; convaincu !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais comment obtenir de Louis XVI qu'il invit&#226;t officiellement les religieuses vivant sur les &#233;tats de son beau fr&#232;re &#224; venir se r&#233;fugier en France sans que cela par&#251;t une provocation, un d&#233;fi, une ing&#233;rence pourrait-on dire dans l'exercice du pouvoir de ce prince ? La prudence de Madame Louise au commencement de cette affaire s'explique donc. Toute carm&#233;lite qu'elle f&#251;t, elle restait tenue par son devoir d'&#233;tat qui, eu &#233;gard au jeu des alliances de la France dans le concert europ&#233;en, l'obligeait &#224; tenir compte de la raison d'&#233;tat ! Mais d&#232;s lors que son neveu e&#251;t autoris&#233; la venue des religieuses clo&#238;tr&#233;es en son royaume, M&#232;re Th&#233;r&#232;se de Saint-Augustin laissa libre cours &#224; son naturel. Saint-Denis devint la plaque tournante par laquelle les moniales &#233;trang&#232;res passaient avant d'&#234;tre redirig&#233;es vers d'autres couvents. A certain moment les effectifs y atteignirent la soixantaine ! Rien ne fut &#233;pargn&#233; surtout pour accueillir et garder les treize s&#339;urs du carmel de Bruxelles. Il fallut d'abord vaincre leurs r&#233;ticences : le climat, la nourriture, mais, aussi les usages du Carmel fran&#231;ais o&#249; la R&#232;gle n'&#233;tait pas appliqu&#233;e comme &#171; chez elles &#187;. L'abb&#233; Consolin, confesseur de Saint-Denis d&#233;p&#234;ch&#233; aupr&#232;s d'elles, finit par les rassurer. Elles arriv&#232;rent avec lui en juin 1783, re&#231;ues chaleureusement elles s'int&#233;gr&#232;rent dans leur nouvelle communaut&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis, fatal retournement de l'histoire, quand &#233;clata la R&#233;volution elles quitt&#232;rent la France. Bient&#244;t celles-l&#224; m&#234;me qui les y avaient accueillies durent &#224; leur tour abandonner le couvent pour se cacher dans leurs familles ou s'exiler. Madame Louise, morte en 1787, ne connut pas le d&#233;ferlement qui balaya la monarchie. Dans la biographie qu'elle lui consacr&#232;rent au XIX&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, ses h&#233;riti&#232;res du carmel d'Autun pr&#233;tendirent qu'elle avait &#233;t&#233; victime d'un complot des &#171; ennemis de la religion &#187;. Il n'en est rien bien s&#251;r, mais l'on ne peut leur reprocher d'avoir voulu embellir l'histoire pour que la princesse p&#251;t elle aussi &#234;tre d&#233;clar&#233;e martyre. L'ouvrage de M&#232;re Tourel ne fait qu'emprunter au style hagiographique courant &#224; son &#233;poque pour mettre en valeur celle qui &#233;tait rest&#233;e un exemple de saintet&#233; dans la plupart des communaut&#233;s reconstitu&#233;es apr&#232;s la R&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En v&#233;rit&#233;, frapp&#233;e par la maladie, Madame Louise a expir&#233; au milieu de ses filles. Ses derni&#232;res paroles furent pieusement recueillies : &lt;em class=&#034;spip&#034;&gt;Au galop, au galop, au paradis !&lt;/em&gt; Et l&#224; on la reconna&#238;t bien &#224; l'imp&#233;tuosit&#233; qu'elle mit en toute chose. Elle voyait s'ouvrir enfin les portes du royaume, et c'est bien d'une allure princi&#232;re qu'elle y courait ! Elle qui avait tant voulu &#234;tre oubli&#233;e ne le fut m&#234;me pas par ceux-l&#224; qui, en 1793, profan&#232;rent les tombes des Bourbons dans la basilique de Saint-Denis. Se rappelant que la princesse dormait non loin de l&#224;. Ils y vinrent chercher ses restes, enterr&#233;s comme ceux des autres religieuses autour du clo&#238;tre, pour les jeter avec ceux de sa famille dans la fosse commune. Ainsi rejoignait-elle les siens. Peut-&#234;tre le fallait-il pour qu'elle les entra&#238;na &#224; sa suite. L'un de ses v&#339;ux les plus chers exprim&#233; au moment de quitter Versailles n'avait il pas &#233;t&#233; &lt;em class=&#034;spip&#034;&gt;Moi carm&#233;lite, le roi, tout &#224; Dieu et toute ma famille dans le chemin du ciel.&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a quelques ann&#233;es, le souvenir de Madame Louise a de nouveau resurgi de l'ombre o&#249; il semblait qu'elle e&#251;t fini par entrer au d&#233;but de ce si&#232;cle. Il a resurgi en ce lieu m&#234;me o&#249; elle avait voulu s'enfouir, devenu apr&#232;s bien des avatars Mus&#233;e des arts et d'histoire de Saint-Denis. Tandis qu'au rez-de-chauss&#233;e se trouvent pr&#233;sent&#233;s les vestiges arch&#233;ologiques de la ville, au premier &#233;tage, dans les anciennes cellules, sont expos&#233;s les souvenirs du passage de Louise de France au carmel, alors qu'au second, sont &#233;voqu&#233;s les &#233;v&#233;nements de la Commune. Providentielle rencontre en ces lieux o&#249; se sont pos&#233;es sans les accaparer les traces de divers courants de notre histoire. Comment ne pas redire les mots que Madame Louise ne pronon&#231;ait peut-&#234;tre que pour elle-m&#234;me mais qui prennent ici une signification presque proph&#233;tique : &lt;strong&gt;&#8220;Travailler au grand ouvrage de notre r&#233;conciliation&#8221;&lt;/strong&gt;. Cela peut-&#234;tre, s&#251;rement m&#234;me, a commenc&#233; &#224; se produire l&#224;-m&#234;me o&#249; une municipalit&#233; communiste a contribu&#233; activement &#224; pr&#233;server ces b&#226;timents de l'avidit&#233; des promoteurs pour en faire un lieu de m&#233;moire ; l&#224; m&#234;me o&#249; vivent aujourd'hui des hommes venus de toutes les nations, &#224; l'ombre de la basilique des rois de France tout pr&#232;s de l'endroit o&#249; beaucoup, s'ils n'y p&#233;n&#232;trent, ignoreront toujours que v&#233;cut la fille de Louis XV.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Brigitte-Marie L. B. (ocds)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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