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		<title>Carmel en France</title>
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		<title>Th&#233;r&#232;se d'Avila - Quand l'Amour transforme</title>
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		<dc:subject>Sommaire</dc:subject>

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&lt;p&gt;Nous marcherons avec la Th&#233;r&#232;se en voie de conversion (1515-1556), de son enfance &#224; sa pleine d&#233;couverte de l'amour du Christ &#224; l'&#226;ge de 39 ans. I - Ouvrir la grotte de son c&#339;ur A - Th&#233;r&#232;se d'Avila : son contexte de vie Voici une femme du XVI&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle espagnol &#224; la jonction de deux &#233;poques, dont le premier est le Moyen-&#194;ge avec la vision classique de l'homme. L'&#234;tre humain est au centre du monde, tandis que Dieu est repr&#233;sent&#233; au ciel. Cette vision du cosmos &#233;clate &#224; l'&#233;poque de (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.carmel.asso.fr/-Meditations-du-Frere-Yannick-.html" rel="directory"&gt;M&#233;ditations du Fr&#232;re Yannick&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.carmel.asso.fr/+-Sommaire-+.html" rel="tag"&gt;Sommaire&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Nous marcherons avec la Th&#233;r&#232;se en voie de conversion (1515-1556), de son enfance &#224; sa pleine d&#233;couverte de l'amour du Christ &#224; l'&#226;ge de 39 ans.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;I - Ouvrir la grotte de son c&#339;ur&lt;/h2&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;A - Th&#233;r&#232;se d'Avila : son contexte de vie&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Voici une femme du XVI&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle espagnol &#224; la jonction de deux &#233;poques, dont le premier est le Moyen-&#194;ge avec la vision classique de l'homme. L'&#234;tre humain est au centre du monde, tandis que Dieu est repr&#233;sent&#233; au ciel. Cette vision du cosmos &#233;clate &#224; l'&#233;poque de Th&#233;r&#232;se. Non seulement l'homme n'est plus au centre, mais Dieu n'est plus en haut ; la terre tourne autour du soleil et elle n'est plus plate mais ronde. C'est toute une vision du monde, de l'homme et de Dieu qui est alors remise en question. Le cosmos a-t-il un centre ? La stabilit&#233; du monde et la place de Dieu sont boulevers&#233;es. C'est aussi une fracture au sein de l'&#201;glise avec la controverse protestante. C'est enfin la d&#233;couverte du Nouveau Monde, de ses richesses fabuleuses. L'or et l'argent arrivent par centaines de tonnes en Espagne et au Portugal. Nous entrons dans l'&#233;poque moderne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Th&#233;r&#232;se n'est pas pour rien la s&#339;ur de conquistadors mais elle ne se lancera pas avec eux &#224; la d&#233;couverte de ce nouveau continent. Elle a trop soif de ce qui est &#233;ternel. &lt;strong&gt;&#171; Pour toujours, toujours &#187;&lt;/strong&gt; sera son cri d'enfant alors qu'elle part avec son fr&#232;re pour mourir martyre (Vie 1,4). Elle a alors sept ans et sait d&#233;j&#224; communiquer son ardeur pour l'&#233;ternit&#233; puisqu'elle convainc son fr&#232;re de la suivre. Ce n'est pas l'or des Indes qui l'int&#233;resse, ni la conqu&#234;te d'immenses espaces. C'est la vie de son &#226;me et Celui qui s'y r&#233;v&#232;le. Voil&#224; le nouveau continent que Th&#233;r&#232;se souhaite conqu&#233;rir : son int&#233;riorit&#233; habit&#233;e par Dieu.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;&#171; Il ne faut pas nous imaginer que nous sommes vides &#224; l'int&#233;rieur de nous-m&#234;mes&#8230; car il y a, au-dedans de nous, une autre chose plus pr&#233;cieuse &#8211; sans comparaison &#8211; que celle que nous voyons au-dehors. &#187; (Chemin de perfection 28,10)&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Th&#233;r&#232;se va se faire le chantre de &lt;strong&gt;l'amiti&#233; avec J&#233;sus par le chemin de l'oraison&lt;/strong&gt;. En compagnie de cet ami, Th&#233;r&#232;se va ouvrir la grotte de son c&#339;ur. Un immense espace d'amour s'ouvre &#224; elle. La grande sainte qu'elle est devenue s'est d'abord appel&#233;e Th&#233;r&#232;se de Ahumada y de Cepeda. Elle est n&#233;e dans une famille espagnole o&#249; son p&#232;re Alonso Sanchez de Cepeda r&#233;gnait. Homme noble et g&#233;n&#233;reux, certainement adul&#233; par Th&#233;r&#232;se, il tenait dans une main l'&#233;p&#233;e et de l'autre le chapelet. C'est l'id&#233;al du noble chevalier. Apr&#232;s le d&#233;c&#232;s de sa femme Catalina avec qui il a eu deux enfants, Don Alonso &#233;pouse en 1509 B&#233;atrice de Ahumada. Il a alors trente ans et B&#233;atrice quinze de moins. Ils auront ensemble dix enfants : apr&#232;s deux gar&#231;ons, Th&#233;r&#232;se na&#238;t le 28 mars 1515 &#224; Avila en Castille.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;B - Se convertir ? &lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Th&#233;r&#232;se a d&#233;couvert la haute dignit&#233; de notre &#226;me en laquelle Dieu demeure. Elle nous invite &#224; faire de m&#234;me en nous tournant vers Dieu par l'oraison, c'est-&#224;-dire la pri&#232;re silencieuse. L&#224; est le c&#339;ur de la pri&#232;re. En effet la pri&#232;re n'est pas une suite de mots, mais &lt;strong&gt;le d&#233;sir de s'ouvrir &#224; une relation fondamentale&lt;/strong&gt;, de communiquer avec Dieu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'agit en fait de se convertir &#224; la r&#233;alit&#233; de notre humanit&#233;, humanit&#233; que J&#233;sus vient assumer. Mais aussi de s'ouvrir &#224; la venue de Dieu sur la terre des hommes, dans notre chair, et ce d&#232;s l'instant de la conception humaine. La conversion n'est pas le fruit d'un mouvement volontariste, mais l'ouverture du c&#339;ur &#224; l'Amour de Dieu Sauveur. La grande tentation de l'&#234;tre humain est de croire que pour &#234;tre aim&#233;, il faut le m&#233;riter, il faut montrer que l'on est aimable ; dans la relation &#224; Dieu comme avec les autres. Or l'amour ne peut se poss&#233;der, il est ouverture du c&#339;ur au don de Dieu, dans un libre choix.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Laissons-nous gu&#233;rir de tous nos manques d'amour, de nos blessures qui se sont ouvertes d'avoir mal &#233;t&#233; aim&#233;s et qui ne sont pas encore referm&#233;es. Apprenons aussi &#224; demander pardon d'avoir mal aim&#233; &#224; notre tour. Sur ce chemin, &lt;strong&gt;&#171; il ne s'agit pas de craindre, mais de d&#233;sirer &#187;&lt;/strong&gt; (Vie 8,5) dirait Th&#233;r&#232;se. Nous avons notre effort &#224; faire, mais quant au salut nous ne le recevrons que de Dieu. Il n'est pas &#224; la port&#233;e de notre humanit&#233;, mais il est don de Dieu. &lt;strong&gt;&#171; C'est par gr&#226;ce que nous sommes sauv&#233;s &#187;&lt;/strong&gt; (Ep 2,5), ce que Th&#233;r&#232;se d'Avila d&#233;couvrira peu &#224; peu, quand la puissance de la gr&#226;ce se manifestera dans son humanit&#233; fragile.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;II - Choisir de vivre&lt;/h2&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;A &#8211; Recevoir J&#233;sus dans notre humanit&#233;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Accueillir J&#233;sus c'est en m&#234;me temps accueillir notre humanit&#233;&lt;/strong&gt;, la vraie, pas celle id&#233;alis&#233;e. C'est &#224; un chemin d'incarnation que nous convie J&#233;sus. Il a assum&#233; notre humanit&#233; tout enti&#232;re, il en a accept&#233; la fragilit&#233;, la faiblesse, jusqu'&#224; la d&#233;rision, jusqu'&#224; la mort pour l'offrir &#224; la puissance de r&#233;surrection de l'amour. Par son incarnation, J&#233;sus prend notre vie &#224; contre-pied. Depuis toujours, l'homme se r&#234;ve : &#171; Vous serez comme des dieux &#187; lit-on au ch. 2 de la Gen&#232;se. Dieu, lui, &#8216;r&#234;ve' de l'homme dans la r&#233;alit&#233; de son &#234;tre. Nous croyons que la toute-puissance va nous lib&#233;rer et faire de nous des &#234;tres heureux, libres de toute contrainte. Ainsi J&#233;sus fait face &#224; notre toute-puissance humaine, elle qui ne conna&#238;t ni ne comprend la puissance &#233;ternelle de l'Amour. &lt;strong&gt;Car il n'y a de vrai pouvoir que celui de l'amour.&lt;/strong&gt; En effet aujourd'hui nous nous fa&#231;onnons des corps qui se voudraient &#233;ternels, indestructibles et la fragilit&#233; nous r&#233;volte. Nous avons peur de la souffrance et la fuyons co&#251;te que co&#251;te. Nous avons peur de nos limites et nous nous les cachons, en pensant : &#171; Ah ! Si les gens que je c&#244;toie me voyaient tel que je suis, ils ne m'aimeraient pas ! &#187; Et cependant nous ne pouvons pas toujours nous mentir, passer &#224; c&#244;t&#233; de nous-m&#234;mes. La r&#233;alit&#233; de notre humanit&#233; nous rattrapera un jour ou l'autre et alors que se passera-t-il ? De quelle drogue aurons-nous besoin pour assumer notre vie ? Th&#233;r&#232;se nous propose un chemin, celui de l'oraison (pri&#232;re silencieuse), pour entrer en dialogue avec le Christ et devenir son ami.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;B - Un Ami qui nous gu&#233;rit &lt;/h3&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;&#171; L'oraison n'est rien d'autre, &#224; mon avis, qu'un &#233;change d'amiti&#233; o&#249; on s'entretient souvent et intimement avec Celui dont nous savons qu'il nous aime. &#187; (V 8,5)&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Rencontrer les saints dans leur fragilit&#233; humaine peut nous aider et nous donner espoir. Nous avons h&#233;las peu de traces de la jeunesse de Th&#233;r&#232;se, de ses combats, hors de ce qu'elle nous en a laiss&#233;. Nous pourrons cependant trouver mati&#232;re &#224; nous y reconna&#238;tre et &#224; nous laisser entra&#238;ner comme elle par l'amour mis&#233;ricordieux de J&#233;sus. Car c'est l'amour qui nous aide &#224; nous d&#233;passer, &#224; nous relever et &#224; marcher avec nos fr&#232;res et s&#339;urs en humanit&#233;. Si Dieu vient nous rejoindre en J&#233;sus, s'il se fait proche, c'est pour que nous apprenions &#224; le recevoir. Il ne faut pas attendre d'&#234;tre saints pour commencer, car nous n'y arriverons jamais !&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;&#171; Le Dieu qu'il est, je vis qu'il est Homme, qu'il ne s'&#233;tonne point des faiblesses des hommes, qu'il comprend notre mis&#233;rable nature, sujette &#224; tomber souvent, du fait du premier p&#233;ch&#233; qu'il est venu r&#233;parer. Bien qu'il soit Seigneur, je puis le traiter en ami, je comprends qu'il n'est pas comme ceux que nous prenons ici-bas pour des seigneurs. &#187; (V37,5)&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;C'est cette proximit&#233; de J&#233;sus qui a aid&#233; Th&#233;r&#232;se &#224; grandir. Se laisser aimer tel que l'on est sous le regard de Dieu : c'est un chemin de gu&#233;rison. Th&#233;r&#232;se l'a d'abord v&#233;cu concr&#232;tement dans sa relation &#224; sa m&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La m&#232;re de Th&#233;r&#232;se &#233;tait une femme douce et pieuse, donn&#233;e &#224; ses enfants. Th&#233;r&#232;se a d'abord eu la chance d'avoir une famille o&#249; elle a d&#233;couvert l'amour, o&#249; elle a re&#231;u une riche &#233;ducation, ce qui &#233;tait rare &#224; l'&#233;poque pour une fille. Voici ce qu'elle &#233;crit &#224; propos de sa m&#232;re :&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;&#171; Elle aimait les livres de chevalerie, sans faire de ce passe-temps le mauvais usage que j'en fis, car elle n'en n&#233;gligeait pas son travail ; elle nous permettait de les lire, n'y cherchant peut-&#234;tre que l'oubli de ses grandes souffrances, une mani&#232;re d'occuper ses enfants et d'&#233;viter qu'ils ne se dissipent. Mon p&#232;re en &#233;tait si f&#226;ch&#233; que nous devions &#233;viter qu'il nous v&#238;t. Je pris l'habitude de les lire ; ce petit d&#233;faut surpris chez ma m&#232;re refroidit peu &#224; peu mes aspirations et je me mis &#224; n&#233;gliger tout le reste ; je ne croyais pas que ce f&#251;t mal, alors que je perdais bien des heures, jour et nuit, &#224; ce vain exercice, en cachette de mon p&#232;re. Je m'y absorbais si totalement que lorsque je n'avais pas un livre nouveau, je ne prenais plaisir &#224; rien. &#187; (V 2,1)&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;En ces quelques lignes, nous percevons un peu du temp&#233;rament de Th&#233;r&#232;se, passionn&#233;e par la lecture, peut-&#234;tre comme les jeunes d'aujourd'hui par les diverses applications des smartphone&#8230; En fait elle recherche son petit espace priv&#233;, &#224; l'abri du regard des parents, de mani&#232;re un peu espi&#232;gle !&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;C - Face &#224; la mort &#8230;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Tout semblait aller pour le mieux pour Th&#233;r&#232;se qui se r&#234;vait &#224; la lecture des romans de chevalerie. Mais la mort de sa maman vient briser les r&#234;ves de son adolescence. Malgr&#233; l'aide de nombreux domestiques, B&#233;atrice mourra d'&#233;puisement vers l'&#226;ge de 33 ans. &#171; Elle garda dans la mort un visage si calme que ses enfants la croyaient endormie. Teresa ne comprit pas imm&#233;diatement l'&#233;tendue de sa d&#233;tresse : elle ignorait encore le vide que la mort signifie pour les survivants. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Marcelle Auclair, La vie de Th&#233;r&#232;se de Ste Th&#233;r&#232;se d'Avila, Seuil 1960, p. 28&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voici ce qu'elle en dit alors qu'elle a quatorze ans (et non douze) :&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;&#171; Je me rappelle que lorsque ma m&#232;re est morte j'avais plus ou moins douze ans. Lorsque je compris ce que j'avais perdu, j'allai, tout afflig&#233;e, devant une image de Notre-Dame, et je la suppliai d'&#234;tre ma m&#232;re, avec beaucoup de larmes. Il me semble que bien que j'aie agi na&#239;vement, ce me fut une aide, car il est visible que j'ai toujours trouv&#233; cette Vierge souveraine chaque fois que je l'ai invoqu&#233;e, et elle m'a enfin ramen&#233;e &#224; elle &#187; (V 1,7)&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;En perdant sa m&#232;re, c'est une compagnie, un mod&#232;le et un rep&#232;re qui dispara&#238;t. Elle est probablement elle-m&#234;me assez perdue : elle a besoin d'une m&#232;re pour la guider dans ce monde familial plut&#244;t masculin o&#249; elle doit pourtant trouver sa place. Que faire quand le sol se d&#233;robe ? Le danger du repli sur soi la menace. Heureusement elle a cette ressource qui pourrait sembler na&#239;ve, mais qui est d'une grande importance. Un chemin de confiance s'ouvre &#224; elle : &lt;strong&gt;prendre Marie pour m&#232;re&lt;/strong&gt;. Il lui suffit d'&#233;lever les yeux pour ne pas se retrouver seule. Ce geste simple que la foi rend possible lui permet de rester en relation avec la vie. Cela est vital pour elle comme pour nous. Th&#233;r&#232;se aurait pu, &#224; cet instant-l&#224;, cesser de grandir int&#233;rieurement. Elle choisit de rester en vie face &#224; la mort. Cependant cela n'emp&#234;che pas Th&#233;r&#232;se de sentir la br&#251;lure de l'absence et le poids des jours pendant des mois ou des ann&#233;es. Th&#233;r&#232;se fr&#244;lera d'ailleurs elle-m&#234;me la mort &#224; l'&#226;ge de 24 ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ces moments graves, c'est le danger du repli sur soi qui, avec Th&#233;r&#232;se, nous guette. D'autant que ce repli conduit au risque de nous durcir, de refuser de grandir et d'&#234;tre fix&#233;s affectivement &#224; cette p&#233;riode de notre vie. Ce genre d'exp&#233;rience laisse des traces et a probablement fait r&#233;fl&#233;chir Th&#233;r&#232;se sur le sens de sa vie.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;D - Le choix de la vie&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Th&#233;r&#232;se a choisi de se laisser rejoindre par Marie dans son &#233;preuve. En prenant Marie pour m&#232;re, Th&#233;r&#232;se d&#233;cide de sortir d'elle-m&#234;me et de sa souffrance. L'effort de la main tendue pour en appeler une autre est un r&#233;flexe de survie. Tendre la main par la pri&#232;re, appeler, laisser l'autre, ici Marie, entrer dans le c&#339;ur et pouvoir y d&#233;verser le sien, &lt;strong&gt;pouvoir passer de sa souffrance &#224; la pr&#233;sence de la Vierge&lt;/strong&gt;, voil&#224; le chemin de vie qui se pr&#233;sentait &#224; Th&#233;r&#232;se. Puis Marie la conduit peu &#224; peu &#224; la rencontre de son Fils. &lt;strong&gt;Th&#233;r&#232;se d&#233;couvre alors l'amiti&#233; de J&#233;sus&lt;/strong&gt;, quelqu'un avec qui parler simplement, de tout.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;&#171; Je ne savais pas comment faire oraison ni comment me recueillir&#8230; Comme le Seigneur m'avait d&#233;j&#224; accord&#233; le don des larmes, et que j'aimais la lecture, je me mis &#224; rechercher les moments de solitude, &#224; me confesser fr&#233;quemment, et &#224; m'engager dans cette voie, avec ce livre &lt;em class=&#034;spip&#034;&gt;Francisco de Osuna, Le recueillement mystique. Troisi&#232;me ab&#233;c&#233;daire spirituel.&lt;/em&gt; pour ma&#238;tre&#8230; Je t&#226;chais autant que possible de vivre en gardant en moi la pr&#233;sence de J&#233;sus-Christ, notre Bien et Seigneur, et c'&#233;tait l&#224; mon mode d'oraison &#187; (V 6,7)&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Ce chemin de conversion permet &#224; Th&#233;r&#232;se de ne pas se crisper sur ses forces de survie et de ne pas s'enfermer en elle-m&#234;me derri&#232;re des carapaces. Ce serait se couper du monde en se r&#233;fugiant dans un autre monde, imaginaire. Aussi Dieu vient-il en nos vies pour nous aider &#224; nous relever afin que notre &#234;tre reste de plain-pied avec la vie. Encore faut-il l'accueillir ! Th&#233;r&#232;se a fait ce choix : elle vient &#224; Dieu comme elle est, sans attendre d'&#234;tre parfaite, sans formules toutes faites. Ce qu'elle d&#233;couvre, c'est un &#233;change spontan&#233; et simple entre Dieu et elle, cet &#171; &lt;strong&gt; entretien d'amiti&#233; &lt;/strong&gt; &#187; entre eux deux. Voil&#224; le premier &#233;l&#233;ment de ce qui va constituer sa vie d'oraison : elle nous invite &#224; faire de m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;&#171; Dans les affaires, les pers&#233;cutions, les &#233;preuves, lorsqu'on n'est pas dans la paix coutumi&#232;re, aux heures de s&#233;cheresse, c'est un tr&#232;s bon ami que le Christ, car nous voyons l'Homme en lui, nous voyons ses faiblesses, ses &#233;preuves et il nous tient compagnie ; si on en prend l'habitude, il nous est tr&#232;s facile de le trouver pr&#232;s de nous. &#187; (V 22, 10)&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Exer&#231;ons-nous &#224; vivre avec le Christ dans les petits choix du quotidien. Quand la fermeture de c&#339;ur nous guette, d&#233;cidons de sortir de nous-m&#234;me vers le large !&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;III - Aller &#224; la source de l'amour&lt;/h2&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;A - Quand l'amour encha&#238;ne&#8230;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Dieu est Amour et puisqu'il est amour, il se trouve au c&#339;ur de toute relation et il s'y cache. Mais parfois nos relations sont trop centr&#233;es sur nous-m&#234;mes de telle sorte que nous y sommes encha&#238;n&#233;s et que nous y encha&#238;nons les autres. L'amour n'est plus alors relation, il est possession de l'autre pour soi. Dans ce cas, ce n'est pas l'autre que l'on aime, c'est plut&#244;t soi &#224; travers l'autre. Mais qu'en est-il de la libert&#233; ? Qu'en est-il du droit d'autrui &#224; vivre sa vie, &#224; &#234;tre &#224; l'&#233;coute de ses d&#233;sirs ? Une telle relation ne peut plus grandir et risque au contraire de devenir destructrice : de la libert&#233;, on est pass&#233; &#224; la captation. On peut percevoir cette probl&#233;matique dans la relation de Th&#233;r&#232;se avec son p&#232;re. Si Th&#233;r&#232;se a perdu sa m&#232;re, il lui reste un p&#232;re admir&#233;, voire id&#233;alis&#233;. Pour sa part, le p&#232;re n'a plus d'&#233;pouse &#224; aimer, mais il lui reste ses enfants et surtout Th&#233;r&#232;se avec sa jeunesse et son charme. Celle-ci a une vive conscience de l'attachement de son p&#232;re &#224; son &#233;gard.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;&#171; J'&#233;tais la pr&#233;f&#233;r&#233;e de mon p&#232;re. &#187; (V1,3) &#171; Mon p&#232;re avait pour moi un amour si excessif&#8230; &#187; (V2,7) &#171; Je lisais les &#201;p&#238;tres de saint J&#233;r&#244;me, elles me fortifi&#232;rent &#224; tel point que je d&#233;cidai de tout dire &#224; mon p&#232;re (de mon d&#233;sir de vie religieuse), ce qui &#233;tait pour moi comme prendre l'habit ; j'&#233;tais si attach&#233;e &#224; l'honneur que j'estimais ne pouvoir revenir sur ce que j'avais dit. Mon p&#232;re m'aimait tant que je ne pus rien obtenir de lui, pas plus que l'insistance des personnes &#224; qui je demandai de lui parler. J'obtins seulement qu'il m'accord&#226;t de faire ce que je voudrais apr&#232;s sa mort&#8230; &#187; (V3,7)&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Th&#233;r&#232;se, aussi, aimait &#233;norm&#233;ment son p&#232;re et leur relation avait peut-&#234;tre quelque chose de fusionnel. La qu&#234;te de l'amour fusionnel n'est-elle pas l'expression du d&#233;sir inconscient de s'accaparer l'autre pour se rassurer, par peur de l'abandon ? Cette intensit&#233; de la relation entre eux deux fut exacerb&#233;e par la distance lorsque Th&#233;r&#232;se aura le courage de se vaincre et d'entrer au monast&#232;re de l'Incarnation &#224; l'&#226;ge de 20 ans.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;&#171; Je me rappelle, et c'est me semble-t-il la v&#233;rit&#233;, que lorsque je sortis de la maison de mon p&#232;re [pour entrer au monast&#232;re] je souffris tant que je ne crois pas que ce puisse &#234;tre pire quand je mourrai ; on e&#251;t dit que chacun de mes os se s&#233;parait des autres ; comme je n'&#233;prouvais pas cet amour de Dieu qui d&#233;tache de l'amour pour le p&#232;re et les proches, je me fis en toutes choses si grande violence que, si le Seigneur ne m'e&#251;t aid&#233;, mes consid&#233;rations n'eussent pas suffi &#224; me faire aller de l'avant. Il me donna le courage de me vaincre, et me permit d'agir. &#187; (V4,1)&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Quelle intensit&#233; du combat pour aller l&#224; o&#249; la Vie appelle ! Ici c'est la vie religieuse, pour d'autres ce sera l'engagement dans le mariage qui marque une rupture avec les parents. Il faut &#224; Th&#233;r&#232;se une grande force de volont&#233; pour se dominer et rompre ses cha&#238;nes en d&#233;cidant de quitter la maison de son p&#232;re. C'est un acte qui lui a co&#251;t&#233; car, comme elle l'&#233;crit, elle ne sentait pas en son c&#339;ur l'amour sensible de Dieu. Dieu agit en nos vies, mais cela ne se fait pas sans nous !&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;B - Mettre de l'air dans nos relations&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;On per&#231;oit ici que l'amour comporte deux dimensions. Une dimension &#171; passive &#187;, l'amour re&#231;u, l'amour qui meut le c&#339;ur et puis cette autre dimension &#171; active &#187; de l'amour, l'engagement de la volont&#233;. C'est ce que Th&#233;r&#232;se vient de vivre. Elle remarque qu'il faut l'aide du Seigneur pour se d&#233;passer, pour se d&#233;gager des liens non ajust&#233;s et &#234;tre capable d'un choix libre. Mais c'est au prix d'une mort, d'un sacrifice personnel qui touche le plus profond de l'&#234;tre. En effet c'est &#224; ce niveau que nous vivons en v&#233;rit&#233;, que nos choix se font, que nos engagements se tiennent, que notre &#233;lan de vie prend racine. En ce lieu-l&#224; il y a un d&#233;sir d'&#234;tre infiniment aim&#233;. Nos amiti&#233;s, nos amours viennent nourrir ce lieu, sans jamais le combler. C'est un &#8216;lieu' qui appelle et vise &#224; l'infini. Si nous sommes cr&#233;&#233;s &#224; l'image de Dieu, c'est parce qu'il y a un espace au-dedans de nous qui est de l'ordre du divin. C'est notre c&#339;ur profond. La grandeur de notre &#234;tre se manifeste l&#224; par un appel &#224; l'infini de l'amour, de la beaut&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne s'agit pas de s'arracher &#224; nos amours, au sens de les renier, de s'en couper et ne plus aimer. Th&#233;r&#232;se n'abandonne pas son p&#232;re, elle ne lui tourne pas le dos. Mais, paradoxalement, en prenant de la distance avec lui, elle va pouvoir le faire grandir &#224; la mesure de son c&#339;ur fait pour aimer et &#234;tre aim&#233;. Ainsi nous avons &#224; mettre de l'air dans nos relations pour les laisser vivre, grandir, pour laisser &#224; l'autre sa libert&#233;. Ce qui pi&#232;ge souvent nos relations, c'est notre peur de la solitude, de nous sentir abandonn&#233; : cette peur engendre bien des crispations inutiles.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;C - Un pas vers la source de la vie&lt;/h3&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;&#171; J'aimais tant mon p&#232;re que je d&#233;sirais pour lui tout le bien que je croyais obtenir en faisant oraison. Rien en cette vie ne me semblait sup&#233;rieur &#224; l'oraison ; ainsi, avec bien des d&#233;tours, comme je le pus, j'entrepris de l'y amener. &#187; (V 7,11)&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le c&#339;ur, en s'ouvrant &#224; la vie divine qui coule au fond de lui, devient encore plus capable d'aimer, car il s'abreuve alors &#224; la Source de tout amour. Il suffit que les deux c&#339;urs soient tourn&#233;s dans la m&#234;me direction. Th&#233;r&#232;se va d&#233;sormais s'y employer. Elle y r&#233;ussit si bien que son p&#232;re d&#233;couvre &#224; son tour l'espace de sa propre libert&#233;. Le p&#232;re et la fille s'aimaient d&#233;j&#224; tous les deux : cela &#233;tait bon mais avait besoin d'&#234;tre &lt;strong&gt;purifi&#233;&lt;/strong&gt;. Ils devaient d&#233;couvrir en fait que cet amour partag&#233; ne venait pas d'eux, mais de Dieu et qu'il conduisait vers un amour encore plus grand. Il en est de m&#234;me pour nous : nous sommes appel&#233;s &#224; faire cette m&#234;me d&#233;couverte pour aimer en v&#233;rit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;&#171; Mon p&#232;re, avec l'opinion qu'il avait de moi et l'amour qu'il me portait, crut tout ce que je lui disais, il me plaignait m&#234;me [d'avoir abandonn&#233; l'oraison]. Mais il avait atteint un &#233;tat si &#233;lev&#233; qu'&#224; partir de ce moment il s'attarda moins aupr&#232;s de moi, &#224; peine m'avait-il vue qu'il s'en allait pour ne pas perdre son temps, disait-il. &#187; (V 7,13)&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Cette attitude n'est pas insensibilit&#233; ou ind&#233;licatesse : &lt;strong&gt;le c&#339;ur continue &#224; aimer m&#234;me si l'autre est &#224; distance&lt;/strong&gt;. Par la pratique de l'oraison, le p&#232;re de Th&#233;r&#232;se a d&#233;couvert la libert&#233; de son c&#339;ur. Il a exp&#233;riment&#233; la proximit&#233; de Dieu, la puissance de sa r&#233;surrection. Il a pu &#233;largir son besoin d'aimer et d'&#234;tre aim&#233;. Son amour avait besoin d'&#234;tre transform&#233; avant de go&#251;ter l'immense paix et la libert&#233; de l'amour v&#233;ritable.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;&#171; A cette &#233;poque, mon p&#232;re fut atteint de la maladie dont il mourut en quelques jours. J'allai le soigner, plus malade dans mon &#226;me qu'il ne l'&#233;tait dans son corps, au milieu des vanit&#233;s (&#8230;). Sa maladie fut pour moi une grande &#233;preuve ; ce que les miennes m'avaient fait subir m'aida &#224; le soutenir. Malade comme je l'&#233;tais, je me surmontais, et sachant que s'il me manquait, tout mon bien et tout mon bonheur me manqueraient, car pour moi il &#233;tait tout cela, je m'armai de courage pour ne pas lui montrer ma peine et para&#238;tre insensible jusqu'&#224; sa mort, alors qu'il me semblait, en le voyant s'&#233;teindre, qu'on m'arrachait l'&#226;me, tant je l'aimais. &#187; (V 7,14)&lt;/div&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;D - La pacification du besoin d'aimer&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;On ne peut s'emp&#234;cher d'aimer, et c'est dire aussi qu'on ne peut s'emp&#234;cher de souffrir. Parfois pour nous c'est trop dur, trop difficile, peut-&#234;tre parce que l'amour de Dieu n'est pas suffisamment &#233;tabli en notre c&#339;ur, comme le dit souvent Th&#233;r&#232;se. Il nous est alors plus facile de nous fermer &#224; l'amour et aux autres en nous durcissant. Pourquoi ne pas plut&#244;t nous mettre en route comme l'a fait le p&#232;re de Th&#233;r&#232;se, ouvrir notre solitude et nos peurs &#224; l'infinie mis&#233;ricorde de Dieu, &#224; sa douce et si proche pr&#233;sence ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'oraison se pr&#233;sente pour Th&#233;r&#232;se comme un chemin de pacification de son amour expansif. M&#234;me si elle reste toujours sensible &#224; son entourage, elle n'est plus d&#233;pendante de l'amour des autres. L'ouverture du c&#339;ur de Th&#233;r&#232;se &#224; l'action de Dieu a peut-&#234;tre aussi pu la gu&#233;rir de sa peur d'&#234;tre abandonn&#233;e. Cette exp&#233;rience de l'abandon lors de la mort de sa maman a d&#251; laisser des traces tr&#232;s profondes en son c&#339;ur. Au-del&#224; de cette hypoth&#232;se, cette r&#233;flexion veut souligner un des enjeux de l'oraison.&lt;strong&gt; &lt;em class=&#034;spip&#034;&gt; &#171; En J&#233;sus Dieu nous a tout donn&#233;. Qui nous s&#233;parera de son amour ? &#187;&lt;/em&gt; &lt;/strong&gt; Cette affirmation de saint Paul doit, non seulement nous faire r&#233;fl&#233;chir, mais surtout nous encourager. Cependant, ne nous leurrons pas : si notre c&#339;ur profond se situe au niveau des racines de notre &#234;tre, les blessures li&#233;es &#224; des &#233;v&#232;nements majeurs de notre vie ne cicatriseront pas en un instant. Puisque ces zones sont souvent profond&#233;ment enfouies dans notre m&#233;moire, il faudra du temps pour gu&#233;rir, donc de la patience et de l'esp&#233;rance. Et aussi, parfois, alors qu'on s'y attend le moins, il faudra l'intervention du Seigneur.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;IV - Lib&#233;rer sa capacit&#233; d'aimer&lt;/h2&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;A - &#171; On m'aimait beaucoup &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Th&#233;r&#232;se a une volont&#233; de fer, m&#234;l&#233;e &#224; beaucoup de fiert&#233; ; elle a pu s'y appuyer pour traverser des moments difficiles, se lancer dans la vie. Mais elle a aussi une grande sensibilit&#233;, et une non moins grande affectivit&#233;. Avec ses talents naturels de charme physique et intellectuel, elle sait s'attirer l'amiti&#233;, se mettre au centre. Elle l'exprime en &#233;voquant son passage dans un couvent d'Augustines o&#249; elle est &#233;duqu&#233;e avec d'autres jeunes filles :&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;&#171; Mon inqui&#233;tude &#233;tait telle qu'au bout de huit jours, et peut-&#234;tre moins, j'&#233;tais beaucoup plus contente que dans la maison de mon p&#232;re. Toutes mes compagnes l'&#233;taient de moi, car le Seigneur me faisait cette gr&#226;ce ; partout o&#249; j'&#233;tais, je satisfaisais tout le monde, on m'aimait donc beaucoup. &#187; (V 2,8)&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;La coquetterie aidant, le besoin de s'attirer de l'affection va ainsi la poursuivre pendant de longues ann&#233;es sans qu'elle puisse arriver &#224; prendre de la distance :&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;&#171; Je consid&#233;rais le bon plaisir de ma sensualit&#233; et ma vanit&#233; plut&#244;t que ce qui convenait &#224; mon &#226;me &#187;. (V 3,2)&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Th&#233;r&#232;se est comme nous : elle cherche le bonheur, elle cherche &#224; plaire, &#224; aimer.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;B - Apprendre &#224; aimer&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Dieu vient faire sa demeure parmi nous pour que nous fassions notre demeure en Lui. Ce faisant, il ne vient pas restreindre nos relations, mais leur donner sens et profondeur. En venant dans notre c&#339;ur, le Seigneur vient en fait &lt;strong&gt;lib&#233;rer notre capacit&#233; d'aimer&lt;/strong&gt;. Ce chemin de lib&#233;ration se fait progressivement. Comme pour Th&#233;r&#232;se, nous avons &#224; prendre de la distance avec nos passions captatrices pour d&#233;couvrir l'amour v&#233;ritable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'agit en compagnie de J&#233;sus d'aller plus avant, sans renier nos besoins d'&#234;tre aim&#233;. L'enjeu est d'apprendre &#224; aimer l'autre pour lui-m&#234;me. Voil&#224; la condition pour cro&#238;tre dans l'amour et laisser son c&#339;ur respirer aux dimensions de l'infini pour lequel il est fait. Cela comporte un long chemin de maturation affective ! En effet le monde nous attire et notre d&#233;sir d'&#234;tre aim&#233;s nous met parfois dans des situations d&#233;licates : il nous encha&#238;ne plus qu'il ne nous lib&#232;re. Th&#233;r&#232;se a certes d&#251; se faire violence pour corriger la relation d'amour avec son p&#232;re. Mais il lui a fallu encore plus de temps pour conna&#238;tre la lib&#233;ration de son c&#339;ur &#224; un niveau plus profond, dans sa relation avec Dieu comme avec les hommes.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;C - Le besoin de plaire &lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Th&#233;r&#232;se entre au monast&#232;re parce que Dieu l'y attire en profondeur, mais aussi avec des motivations qui peuvent laisser songeur. Comme elle l'&#233;crit &#224; propos de cette d&#233;cision, elle est marqu&#233;e par la peur de l'enfer (V 3,6). Il faut bien s&#251;r replacer cette peur dans son contexte : la question du salut &#233;tait souvent pr&#233;sent&#233;e de mani&#232;re terrorisante avec un Dieu d&#233;crit comme un Juge intraitable. Ainsi Th&#233;r&#232;se n'est pas tant tourn&#233;e vers Dieu, que vers elle, vers sa propre peur. De plus, Th&#233;r&#232;se ne se voit pas m&#232;re de famille comme la sienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant si Th&#233;r&#232;se a quitt&#233; le monde, le monde la rejoint avec ses soucis, ses joies et ses peines. Beaucoup de personnes viennent au monast&#232;re de l'Incarnation pour converser aupr&#232;s d'elle. Dans toutes ces confidences son c&#339;ur maternel y trouve son compte. Avec les confidences elle retrouve toutes les joies et les peines du c&#339;ur humain, toute l'humanit&#233;. Elle peut ainsi consoler et &#234;tre indirectement consol&#233;e. Cette consolation peut avoir sa part positive et cependant demande &#224; &#234;tre transform&#233;e. Une question nous est adress&#233;e, comme &#224; Th&#233;r&#232;se : &lt;strong&gt;pour quoi ou pour qui agissons-nous quand nous cherchons &#224; faire le bien ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Th&#233;r&#232;se avait une soif intense d'amiti&#233; et peut &#234;tre m&#234;me de se trouver au centre de ces amiti&#233;s. La petite fille et la jeune femme aim&#233;e de son p&#232;re a gard&#233; en effet ce besoin d'&#234;tre aim&#233;e, et aussi de plaire.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;&#171; Sur notre chemin habitait un fr&#232;re de mon p&#232;re. Il voulut me garder chez lui quelques jours. La lecture de bons livres en castillan l'occupait uniquement, et son sujet de conversation &#233;tait presque toujours Dieu et la vanit&#233; du monde. Il me demanda de lui faire la lecture, et bien que cela ne me pl&#251;t point, je montrai le contraire ; car j'ai toujours extr&#234;mement aim&#233; &#224; faire plaisir aux gens, m&#234;me lorsque cela m'ennuyait ; &#224; tel point que ce qui e&#251;t &#233;t&#233; vertu en quelqu'un d'autre fut chez moi une grande faute, car cela m'incita souvent &#224; manquer de prudence. &#187; (V 3,4)&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Ce besoin de plaire va l'accompagner longtemps et l'orienter vers d'autres relations.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;&#171; J'avais un tr&#232;s grand d&#233;faut qui me nuisit gravement ; d&#232;s que je sentais que quelqu'un avait de l'inclination pour moi, s'il me plaisait, j'avais tant d'affection pour lui que ma m&#233;moire lui demeurait fortement attach&#233;e ; sans intention d'offenser Dieu, j'&#233;tais pourtant heureuse de le voir, de penser &#224; lui et aux bonnes choses que je voyais en lui. C'&#233;tait si n&#233;faste que mon &#226;me en &#233;tait tout &#233;gar&#233;e. Apr&#232;s avoir vu la grande beaut&#233; du Seigneur, personne, en comparaison, ne me sembla bien, ni digne de m'occuper.&#8230; Il me suffit de me rappeler un petit peu ce Seigneur pour retrouver ma libert&#233;. &#187; (V 37,4-5)&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Apparemment il n'y a rien de malhonn&#234;te en ces attachements. Et cependant cette tendance r&#233;v&#232;le une trace de&lt;strong&gt; d&#233;pendance affective&lt;/strong&gt;. Il est n&#233;cessaire que la gu&#233;rison descende plus profond&#233;ment dans le c&#339;ur de Th&#233;r&#232;se pour qu'elle d&#233;couvre un espace encore inconnu de libert&#233; et de f&#233;condit&#233;. Ce sera la gr&#226;ce du chemin qui va s'ouvrir en elle au moyen de l'oraison : l&#224; va vivre et se d&#233;ployer une profonde amiti&#233; avec le Christ.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;D - L'oraison &#233;largit le c&#339;ur&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;D'abord c'est la d&#233;couverte de l'oraison :&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;&#171; Je ne savais pas comment faire oraison ni comment me recueillir. Je me mis &#224; rechercher les moments de solitude, &#224; me confesser fr&#233;quemment, et &#224; m'engager dans cette voie, avec (un) livre pour ma&#238;tre. Je t&#226;chais autant que possible de vivre en gardant en moi la pr&#233;sence de J&#233;sus-Christ, notre Bien et Seigneur, et c'&#233;tait l&#224; mon mode d'oraison. &#187; (V 4,7)&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le Seigneur l'accompagne sur ce chemin pour l'encourager, car elle est un peu perdue dans son affectivit&#233;. Elle traverse vingt ann&#233;es d&#233;chirantes jusqu'&#224; un moment d&#233;cisif :&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;&#171; Mon &#226;me donc, &#233;tait d&#233;j&#224; lasse, mais, malgr&#233; mon d&#233;sir, mes mis&#233;rables habitudes ne la laissaient pas en repos. Il arriva qu'un jour, en entrant dans l'oratoire, je vis une statue rang&#233;e l&#224; ; on l'avait apport&#233;e pour certaine f&#234;te qu'on c&#233;l&#232;bre dans la maison. Elle repr&#233;sentait un Christ tout couvert de plaies, et elle inspirait tant de d&#233;votion que sa vue me troubla toute, car elle repr&#233;sentait bien ce qu'Il a souffert pour nous. J'&#233;prouvais un tel regret d'avoir montr&#233; si peu de reconnaissance pour ses plaies que je crus que mon c&#339;ur se brisait et je me jetai devant lui en versant des torrents de larmes, le suppliant de me fortifier une fois pour toutes afin de ne plus l'offenser&#8230; &#187; (V 9,1)&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Th&#233;r&#232;se lit &#224; la m&#234;me &#233;poque la conversion de saint Augustin dans ses Confessions [Saint Augustin, Confessions, livre VIII, ch. 12]. Apr&#232;s un long combat int&#233;rieur, Dieu rejoint Augustin au plus profond de son d&#233;sarroi et ouvre son c&#339;ur. Th&#233;r&#232;se se sent comprise et d'une fa&#231;on indirecte, nous livre l&#224; son propre combat et son incapacit&#233; &#224; le mener seule. Ce combat va pourtant durer encore. Face l'avis de personnes qui ne comprenaient pas son chemin, Th&#233;r&#232;se va pers&#233;v&#233;rer dans l'oraison (V 23,16-17). Comme pour St Augustin, il lui faudra l'intervention du Christ qui lui dit : &#171; Je ne veux plus que tu converses avec les hommes&#8230; &#187; (V 24,5). Et c'est ce qui advient en effet : &lt;strong&gt;elle arrive enfin &#224; prendre de la distance avec des relations encombrantes !&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'incapacit&#233; de Th&#233;r&#232;se &#224; s'arracher aux affections a &#233;t&#233; le creuset n&#233;cessaire de sa conversion radicale au seul amour de Dieu. La parole d&#233;finitive du Christ lui communique une &#233;nergie nouvelle, indomptable.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;&#171; A partir de ce jour-l&#224;, j'eus le courage de tout quitter pour Dieu. &#187;. (V 24,7-8)&lt;/div&gt;
&lt;p&gt; La Parole de Dieu r&#233;alise ce qu'elle dit : elle procure force et paix.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;&#171; Cela s'est bien r&#233;alis&#233;, car jamais plus je n'ai pu fonder une amiti&#233;, ni recevoir des consolations, ni &#233;prouver un amour particuli&#232;rement vif, qu'il ne s'agisse de personnes dont j'entends bien qu'elles aiment Dieu de cette fa&#231;on et cherchent &#224; le servir ; ce me fut impossible, et peu m'importe qu'il s'agisse de parents ou d'amis. &#187; (V 24,6)&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Tr&#232;s clairement, Th&#233;r&#232;se attribue cette transformation affective &#224; l'action de Dieu dans l'oraison :&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;&#171; Le Seigneur m'a enseign&#233; une mani&#232;re d'oraison qui me fait avancer davantage, qui me d&#233;tache beaucoup plus des choses de cette vie, me donne plus de courage et de libert&#233;. &#187; (Relation 2,2)&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Th&#233;r&#232;se est devenue enfin libre pour aimer. Il a fallu du temps pour qu'elle en arrive l&#224; et ce peut &#234;tre une source de consolation pour nous et d'esp&#233;rance en nos vies. En donnant notre c&#339;ur &#224; Dieu, nous ne le perdons pas, mais nous le retrouvons transfigur&#233;. C'est ce qu'illustre cette citation attribu&#233;e &#224; St Augustin :&#171; &lt;em class=&#034;spip&#034;&gt; Dieu en faisant attendre, &#233;tend le d&#233;sir ; en faisant d&#233;sirer, il &#233;tend l'&#226;me ; en &#233;tendant l'&#226;me, il la rend capable de recevoir. D&#233;sirons donc, mes fr&#232;res parce que nous devons &#234;tre combl&#233;s&lt;/em&gt; &#187;.*Saint Augustin, 63&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; trait&#233; sur St Jean, ch.13, 31&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;V - Devenir humble&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Dieu n'a pas envoy&#233; son Fils pour juger le monde, mais le sauver (Jn 3,14-21). C'est par gr&#226;ce que nous sommes sauv&#233;s : cela ne vient pas de nous mais du don de Dieu (Ep 2,4-10). Accueillir le salut en J&#233;sus suppose d'avoir compris que &lt;strong&gt;nous ne pouvons pas nous sauver par nous-m&#234;mes&lt;/strong&gt;. En effet nous ne sommes pas les auteurs de notre vie mais nous la recevons de Dieu ; il en est de m&#234;me pour le salut. Il n'est pas &#224; prendre mais &#224; recevoir gratuitement. Le chemin du salut est donc une voie d'humilit&#233; o&#249; nous apprenons &#224; marcher &#224; la suite du Christ doux et humble de c&#339;ur.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;A - Dieu veut nous sauver&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Notre amour doit &#234;tre lib&#233;r&#233; de toute pr&#233;tention. &#171; Dieu n'a pas envoy&#233; son fils pour juger le monde, mais pour le sauver. &#187; Il nous faut apprendre &#224; entrer dans la logique de l'amour, dans la logique du Dieu de Vie qui se r&#233;v&#232;le &#234;tre Amour. Or si Dieu est Vie, il ne peut donner la mort : &#171; Dieu n'a pas fait la mort &#187; (Sg 1,13). Le Seigneur ne peut donner ce qui peut nous d&#233;truire : sur ce dernier point, nous nous suffisons &#224; nous-m&#234;mes. En ce qui concerne la jalousie, l'orgueil, la haine, la rancune, nous n'avons pas besoin de Dieu. Nous sommes h&#233;las suffisamment habiles &#224; nous punir les uns les autres. De m&#234;me, si nous ne sommes pas &#224; l'origine de notre vie, nous pouvons tr&#232;s bien l'&#234;tre en ce qui concerne notre mort. Il suffit d'ouvrir les pages de nos journaux pour voir ce qu'il se passe lorsque nous sommes livr&#233;s &#224; nous-m&#234;mes.
&lt;strong&gt;Dieu est Vie&lt;/strong&gt;, il ne peut rien donner d'autre que la Vie. Mais il ne peut, ni ne veut, au nom de l'amour et du respect qu'il nous doit, enfreindre notre libert&#233;. Si nous le refusons, si nous nous refusons &#224; toute relation, il ne pourra entrer dans notre c&#339;ur. &#171; &lt;em class=&#034;spip&#034;&gt;C'est moi, le Seigneur, ton Dieu, qui t'ai fait monter de la terre d'Egypte ; ouvre large ta bouche, et je l'emplirai. Mon peuple n'a pas &#233;cout&#233; ma voix, Isra&#235;l ne s'est pas rendu &#224; moi ; je les laissai &#224; leur c&#339;ur endurci, ils marchaient ne suivant que leur conseil. Ah ! si mon peuple m'&#233;coutait, si dans mes voies marchait Isra&#235;l, en un instant j'abattrais ses adversaires. &lt;/em&gt; &#187; (Ps 81,11-15) Dieu donne la vie, il donne son amour. A nous donc de ne pas craindre, mais de d&#233;sirer cet amour. L'accueil de son amiti&#233; nous sauvera de nous-m&#234;mes, de nos d&#233;sarrois, et de nos peurs.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;B - Le pi&#232;ge de la fausse humilit&#233;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;C'est bien souvent la peur, la honte qui nous &#233;loigne de l'amour de nos semblables comme du reste, de l'amour de Dieu. Th&#233;r&#232;se en a fait l'exp&#233;rience, jusqu'au pi&#232;ge d'arr&#234;ter de faire oraison en raison de ce qu'elle pensait &#234;tre de l'humilit&#233; :&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;&#171; Je commen&#231;ai, de passe-temps en passe-temps, de vanit&#233; en vanit&#233;, d'occasion en occasion, &#224; m'exposer &#224; de si grands dangers, mon &#226;me se laissa ravager par de telles vanit&#233;s, que j'eus d&#233;sormais honte de me rapprocher de Dieu dans l'&#233;troite intimit&#233; de l'oraison ; d'autant plus qu'&#224; mesure que croissaient mes p&#233;ch&#233;s, le go&#251;t des choses vertueuses vint &#224; me manquer. Je voyais tr&#232;s clairement, mon Seigneur, que cela me faisait d&#233;faut parce que je vous faisais d&#233;faut, &#224; Vous. Le d&#233;mon me tendit l&#224; ses plus dangereuses emb&#251;ches, sous apparence d'humilit&#233; : voyant mon &#233;garement, je me mis &#224; craindre de faire oraison. &#187; (V 7,1)&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Th&#233;r&#232;se &#233;prouve un sentiment de culpabilit&#233; et de honte en exp&#233;rimentant son indignit&#233; en m&#234;me temps que son impuissance &#224; faire le bien. Elle s'enferme dans ce cercle dangereux qui consiste &#224; se punir soi-m&#234;me de son indignit&#233;. L'un des ressorts de ce mouvement int&#233;rieur est de croire qu'en se punissant on va pouvoir faire son salut, en quelque sorte balayer sa propre faute et retrouver son innocence. En se d&#233;tournant de Dieu on se retourne en r&#233;alit&#233; sur soi, comme si par-l&#224; on pouvait avoir acc&#232;s de nouveau &#224; sa vie. C'est croire que l'on est &#224; l'origine de sa propre existence. Il faut bien du temps pour s'arracher &#224; soi-m&#234;me et se tourner &#224; nouveau vers Dieu. Peut-&#234;tre parfois, a-t-on besoin de &#171; toucher le fond &#187; pour comprendre que le salut ne se trouve point en soi, mais en Dieu ?&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;C - Se laisser vaincre par l'amour&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Il y a besoin que des fissures apparaissent dans notre carapace d'orgueil pour que la lumi&#232;re de Dieu puisse s'y infiltrer. On passe alors progressivement de ce cri pr&#233;tentieux &#171; moi tout seul &#187; &#224; cet autre cri, &lt;strong&gt;&#171; Seigneur, j'ai besoin de ton amour pour vivre. &#187;&lt;/strong&gt; Th&#233;r&#232;se le dit &#224; sa fa&#231;on en &#233;voquant comment les sermons l'&#233;clair&#232;rent sur elle-m&#234;me :&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;&#171; D'une part les sermons m'apportaient un grand r&#233;confort, d'autre part ils me tourmentaient ; je comprenais alors que je n'&#233;tais pas celle que j'aurais d&#251; &#234;tre, sous beaucoup d'aspects. Je suppliais le Seigneur de m'aider ; mais &#224; ce qu'il me semble maintenant, je devais avoir le tort de ne pas mettre toute ma confiance en Sa Majest&#233; et de ne pas perdre toute celle que j'avais en moi. Je cherchais un rem&#232;de, je faisais des efforts ; mais je ne comprenais pas que tout cela ne sert pas &#224; grand-chose si, repoussant enti&#232;rement la confiance en nous-m&#234;mes, nous ne la reportons pas sur Dieu. Je d&#233;sirais vivre, comprenant bien que je ne vivais point, mais que je luttais avec une ombre de mort ; il n'y avait toutefois personne pour me donner la vie, et je ne pouvais la prendre moi-m&#234;me. &#187; (V 8,12)&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;C'est un combat entre la mort et la vie pour Th&#233;r&#232;se ! Peut-&#234;tre cette crispation, ce repli sur soi, sont-ils le fruit d'une fausse compr&#233;hension de l'humilit&#233; ? Face &#224; ce cercle vicieux, il n'y a qu'un seul rem&#232;de : se laisser vaincre par l'amour. Les ap&#244;tres se sont affront&#233;s au m&#234;me combat. Pierre ne refuse-t-il pas que J&#233;sus, lui, le ma&#238;tre et Seigneur s'agenouille devant lui pour laver ses pieds ? (Jn 13) C'est par humilit&#233; qu'il semble refuser&#8230; De la m&#234;me fa&#231;on que nous nous prot&#233;geons parfois de l'amour. Quelle erreur faisons-nous ainsi ! Il s'agit au contraire de faire confiance &#224; l'Amour, de d&#233;poser les armes devant Lui, de quitter nos habitudes de mort pour recevoir la Vie ! Ne nous appuyons plus sur nos suffisances, fions-nous en Dieu !&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;D - Devenir humble pour accueillir la vie&lt;/h3&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;&#171; Gardez-vous, mes filles, d'une certaine humilit&#233; faite d'une grande inqui&#233;tude de la gravit&#233; de nos p&#233;ch&#233;s que sugg&#232;re le d&#233;mon ; il trouve ici bien des fa&#231;ons d'oppresser les &#226;mes, jusqu'&#224; les &#233;loigner de la communion et de la pratique personnelle de l'oraison ; elles ne le m&#233;ritent point, leur sugg&#232;re le d&#233;mon. Elles en arrivent &#224; se croire si abandonn&#233;es de Dieu, &#233;tant donn&#233; ce qu'elles sont, qu'elles doutent presque de sa mis&#233;ricorde. (&#8230;). Je connais cela pour y &#234;tre pass&#233;e. L'humilit&#233; n'inqui&#232;te pas, elle ne trouble pas, elle n'agite pas l'&#226;me, si grande soit-elle, mais elle s'accompagne de paix, et d'une savoureuse tranquillit&#233;. Au contraire, elle la dilate et la rend apte &#224; servir Dieu davantage. &#187; (C 39,1-2)&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;A travers le propos de Th&#233;r&#232;se on comprend l'origine et le ressort de la v&#233;ritable humilit&#233;. Elle n'est pas une vertu que l'on se donne, que l'on se construit, mais, comme l'amour, elle est le &lt;strong&gt;fruit d'une relation&lt;/strong&gt;. De la m&#234;me fa&#231;on que devant l'immensit&#233; de la nature, &#224; la mer, &#224; la montagne on est progressivement saisi, pris de vertige. Puis peu &#224; peu on commence &#224; se quitter soi-m&#234;me, &#224; laisser les soucis s'en aller, tellement le paysage prend toute la place. On per&#231;oit alors tr&#232;s bien notre n&#233;ant, sans en &#234;tre pour autant &#233;cras&#233;s, car en un m&#234;me mouvement, l'&#226;me s'ouvre &#224; l'espace qui se profile et peu &#224; peu l'accueille. L&#224; est le paradoxe : on s'ouvre &#224; son n&#233;ant, lorsque nous sommes mis devant l'immensit&#233;. C'est alors la gr&#226;ce qui passe : nous nous dilatons &#224; la mesure de ce que nous contemplons. C'est bien une gr&#226;ce, le don de la Cr&#233;ation &#224; notre &#226;me. Il en est ainsi de notre relation &#224; Dieu lorsque nous quittons tous les bruits de notre amour propre.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;&#171; Quand l'Esprit de Dieu agit en nous, nul besoin n'est de chercher le fond des choses pour en tirer humilit&#233; et confusion ; l'humilit&#233; que le Seigneur lui-m&#234;me nous inspire est bien diff&#233;rente de celle que pourraient nous valoir nos pauvres petites consid&#233;rations ; cela n'est rien compar&#233; &#224; la v&#233;ritable et clairvoyante humilit&#233; que le Seigneur nous r&#233;v&#232;le ici. (&#8230;) Nous rejetons bient&#244;t de notre &#226;me la crainte servile. Une crainte d'ami fid&#232;le, beaucoup plus &#233;lev&#233;e, la remplace. On voit na&#238;tre un amour de Dieu enti&#232;rement d&#233;sint&#233;ress&#233; ; on d&#233;sire des moments de solitude pour mieux jouir de ce bien. &#187; (V 15,14)&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Ce bien, c'est la pr&#233;sence du Christ,&lt;strong&gt; l'intimit&#233; avec le Christ&lt;/strong&gt;. Par sa venue parmi nous, il est venu chercher notre amiti&#233;. Or l'ami ne punit pas, il cherche le bien. Dieu est le Cr&#233;ateur de tout cet univers qui se d&#233;couvre &#224; chaque g&#233;n&#233;ration plus gigantesque encore. Il pourrait &#234;tre craint s'il n'&#233;tait venu nous manifester sa pr&#233;sence, nous faire le don de sa personne :&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;&#171; Tr&#234;ve aux timidit&#233;s que certaines personnes confondent avec l'humilit&#233;. Non, l'humilit&#233; ne consiste pas &#224; refuser une faveur que vous fait le roi, mais &#224; l'accepter en comprenant combien vous en &#234;tes indigne, et &#224; vous r&#233;jouir de cette gr&#226;ce. Jolie humilit&#233;, lorsque l'Empereur du ciel et de la terre est venu tout expr&#232;s dans ma maison, me donner une marque de sa faveur et se r&#233;jouir en ma compagnie, que de refuser par humilit&#233; de lui r&#233;pondre, de rester pr&#232;s de lui de prendre ce qu'il me donne, mais, au contraire, de le laisser seul ; et lorsqu'il m'invite &#224; lui demander ce dont j'ai besoin, qu'il m'en prie m&#234;me, de rester pauvre par humilit&#233;, et m&#234;me le laisser repartir d&#233;&#231;u de voir que je tarde &#224; me d&#233;cider. N'ayez cure, mes filles, de ces humilit&#233;s-l&#224;, mais traitez-le en p&#232;re, en fr&#232;re, en ma&#238;tre, en &#233;poux, tant&#244;t d'une mani&#232;re et tant&#244;t de l'autre ; il vous enseignera lui-m&#234;me ce que vous devez faire pour le contenter. &#187; (C 28,3)&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;VI - Prendre le large &lt;/h2&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;A - De la peur &#224; l'audace&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;J&#233;sus vient nous r&#233;v&#233;ler l'attente de Dieu vis-&#224;-vis de nous : cette attente est exprim&#233;e d&#232;s le livre de la Gen&#232;se. Adam et Eve &#171; entendirent le pas du Seigneur Dieu qui se promenait dans le jardin &#224; la brise du jour. L'homme et sa femme se cach&#232;rent devant le Seigneur Dieu parmi les arbres du jardin. Le Seigneur Dieu appela l'homme : &#034;O&#249; es-tu ?&#034; dit-il. &#187; (Gen&#232;se 3,8-9) Dieu cherche l'homme, recherche sa pr&#233;sence. Il l'appelle avec amour : &#171; o&#249; es-tu, o&#249; te caches-tu ? Je suis proche de toi et toi loin de moi. Pourquoi te caches-tu loin de moi ?' En m&#234;me temps il l'interpelle en lui disant &#8216;o&#249; en es-tu de ta vie ?', comme pour l'inviter &#224; faire le point. &#171; O&#249; en es-tu de ta vie ? &#187; Cette question r&#233;sonne jusqu'&#224; nous aujourd'hui. Comment y r&#233;pondons-nous ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dieu est en qu&#234;te de l'humanit&#233; ! L'homme et la femme se cachent par peur. Quel paradoxe ! Mais de qui faut-il avoir peur ? De Dieu ou de nous-m&#234;mes ? Car nous avons vu que le Dieu qui se pr&#233;sente &#224; nous est un Dieu de vie, non pas de mort. Il veut nous faire passer&lt;strong&gt; de la peur &#224; la confiance &lt;/strong&gt; et m&#234;me &#224; l'audace. Th&#233;r&#232;se a os&#233; aller plus loin en &#233;coutant la voix de son c&#339;ur et en se tournant vers l'infini. Cette po&#233;sie en t&#233;moigne :&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;&#171; O Beaut&#233; qui surpassez toutes les beaut&#233;s !
Sans blesser vous causez douleur
et sans douleur vous d&#233;faites l'amour des cr&#233;atures.
O n&#339;ud qui unissez ainsi deux choses si in&#233;gales
vous unissez celui qui n'a pas d'&#234;tre
avec l'Etre qui est sans fin.
Sans rien avoir &#224; aimer, vous aimez,
vous grandissez notre n&#233;ant. &#187; (Po&#233;sie 6).&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;N'est-ce pas ces moments de pl&#233;nitude que nous cherchons ? Avec Th&#233;r&#232;se, voulons-nous oser prendre le large ? Allons-nous oser faire ne serait-ce qu'un petit pas, notre petit pas ? Nous n'allons pas &#171; planer &#187;, mais au contraire mieux assumer l'&#234;tre que nous sommes.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;B - Cultiver les grands d&#233;sirs&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Dieu vient pour nous donner acc&#232;s &#224; de larges espaces ! N'est-ce pas un appel &#224; la confiance ? Sur ce chemin, il ne s'agit pas tant d'avoir confiance en soi, en ses capacit&#233;s ou ses valeurs. Ce n'est pas d'une construction seulement humaine qu'il s'agit, mais d'un &#233;difice spirituel. Il s'agit d'accueillir pas moins que Dieu. En fait ce serait m&#234;me un danger que de compter sur ses propres forces. Trop s'appuyer sur soi montrerait que l'on se conna&#238;t bien mal, manifester une certaine pr&#233;somption. T&#244;t ou tard nous serons confront&#233;s &#224; nos limites, aussi puissants soyons-nous. Ici, tout en s'engageant totalement, il s'agit d'apprendre &#224; vivre dans la foi et &#224; se laisser saisir par un amour plus grand :&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;&#171; Ayons une grande confiance, car il convient beaucoup de ne pas minimiser nos d&#233;sirs, mais, comme Dieu nous l'a dit, croire que si nous prenons courage, nous obtiendrons peu &#224; peu, m&#234;me si cela n'est pas imm&#233;diat, ce que de nombreux saints atteignent avec Sa faveur ; car si jamais ils ne s'&#233;taient d&#233;termin&#233;s &#224; le d&#233;sirer et, peu &#224; peu, &#224; se mettre &#224; l'&#339;uvre, ils n'auraient pas atteint un &#233;tat si &#233;lev&#233;. Sa Majest&#233; veut des &#226;mes courageuses. Elle est leur amie, &#224; condition qu'elles vivent dans l'humilit&#233;, sans nulle confiance en elles-m&#234;mes. &#187; (V 13, 2)&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;C'est justement lorsque l'&#226;me fatigue qu'elle est invit&#233;e &#224; se tourner encore plus vers le Seigneur. Il n'est pas un ma&#238;tre exigeant qui attend que nous soyons parfaits. Il vient &#224; nos devants pour nous aider &#224; continuer le chemin. Dieu ne nous demande pas d'&#234;tre invincibles, mais d'&lt;strong&gt;apprendre &#224; compter sur lui, &#224; compter avec lui, &#224; avoir confiance en lui&lt;/strong&gt;. Th&#233;r&#232;se nous encourage &#224; ne pas limiter nos d&#233;sirs dans leurs &#233;lans et &#224; les laisser s'accomplir en Dieu. Il s'agit de d&#233;sirer l'infini au sein de nos limites et d'affronter les peurs qui s'y opposent. La r&#233;solution de cette tension se fera dans l'ouverture progressive de notre c&#339;ur &#224; l'action de Dieu en nous, &#224; Son &#339;uvre.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;C - Dieu &#224; l'&#339;uvre&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;D'une part Th&#233;r&#232;se nous exhorte &#224; nous engager en vue de lib&#233;rer en nous le d&#233;sir d'aimer avec les &#339;uvres qui l'accompagnent. D'autre part elle a nettement conscience que cette dynamique de la fid&#233;lit&#233; ne peut qu'&#234;tre l'&#339;uvre de Dieu en nos c&#339;urs.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;&#171; J'ai eu souvent pr&#233;sent &#224; l'esprit ce que dit Saint Paul, que nous pouvons tout en Dieu (Ph 4,13) ; je comprenais bien que par moi-m&#234;me je ne pouvais rien. Cela me fut tr&#232;s utile, avec ce que dit saint Augustin : &#8216;Donne-moi, Seigneur ce que tu m'ordonnes, et ordonne-moi ce que tu veux.'(Saint Augustin, Confessions X, ch. 29) Je me rappelais souvent que saint Pierre n'a rien perdu &#224; se jeter &#224; la mer, malgr&#233; la peur qu'il eut ensuite. Ces premi&#232;res r&#233;solutions sont une grande chose, bien qu'&#224; ce premier degr&#233; d'oraison il soit n&#233;cessaire de cheminer plus lentement et de suivre les avis de prudence d'un ma&#238;tre ; mais il faut veiller &#224; ce que ce ma&#238;tre soit tel qu'il n'enseigne pas &#224; imiter les crapauds et ne se contente point de ne former l'&#226;me qu'&#224; la chasse aux l&#233;zards. L'humilit&#233; doit toujours aller la premi&#232;re pour nous apprendre que les forces dont nous avons besoin ne viendront pas de nous-m&#234;mes. &#187; (Vie 13,3)&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Pour Th&#233;r&#232;se, &lt;strong&gt;l'audace ne s'oppose pas &#224; l'humilit&#233;&lt;/strong&gt; mais au contraire : en se risquant avec audace, Th&#233;r&#232;se va de l'avant et grandit dans l'humilit&#233;, comprenant peu &#224; peu que c'est Dieu qui &#339;uvre en elle. Son appui est l'amiti&#233; du Christ qui la lib&#232;re des appuis affectifs ali&#233;nants :&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;&#171; J'ai reconnu que le vrai moyen de ne pas tomber, c'est de s'attacher &#224; la croix et de mettre sa confiance en Celui qui a daign&#233; s'y &#233;tendre. Je le regarde comme l'Ami v&#233;ritable, et depuis, je me sens si puissante, que si l'aide de Dieu ne me manquait pas, je r&#233;sisterais, me semble-t-il, au monde entier soulev&#233; contre moi. Avant de comprendre clairement cette v&#233;rit&#233; je d&#233;sirais beaucoup qu'on me porte de l'affection ; &#224; pr&#233;sent je ne m'en soucie plus. &#187; (Relation 3, 1-2)&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Il en est de m&#234;me pour nous. C'est la pr&#233;sence de l'amour sauveur de Dieu en nous qui nous permettra d'avancer sur ce chemin et de nous affranchir de notre ego. Le Seigneur pourrait nous dire : &lt;em class=&#034;spip&#034;&gt;&#171; La saintet&#233;, ce n'est pas une vertu, ce n'est pas toutes tes vertus. La saintet&#233;, ce n'est pas tes qualit&#233;s les plus &#233;minentes, ce n'est pas tes sacrifices les plus h&#233;ro&#239;ques, ce n'est pas ta perfection. La saintet&#233;, c'est Moi, Dieu, en toi, l'homme. &#187;&lt;/em&gt; Marie No&#235;l, Notes intimes, Stock, 1988, p. 61. Il nous faut changer de rep&#232;res pour acc&#233;der au large !&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;D - Changer de rep&#232;res&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Ce chemin vers le large nous invite &#224; compter sur Dieu plus que sur nous-m&#234;me. L'oraison, en nous ouvrant &#224; la pr&#233;sence int&#233;rieure du Dieu d'amour, cr&#233;e en nous un autre espace et d'autres rep&#232;res. Th&#233;r&#232;se parle de cette exp&#233;rience d'une vie nouvelle apr&#232;s sa conversion d&#233;j&#224; &#233;voqu&#233;e :&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;&#171; A partir d'ici, c'est un nouveau livre, ou plut&#244;t une nouvelle vie : celle dont j'ai fait le r&#233;cit &#233;tait ma vie ; celle que j'ai v&#233;cue depuis que j'ai commenc&#233; &#224; parler de ces choses de l'oraison est celle de Dieu vivant en moi, &#224; ce qui me semblait ; car je comprends qu'il m'e&#251;t &#233;t&#233; impossible autrement de perdre en si peu de temps de si mauvaises habitudes et de renoncer &#224; de si mauvaises actions. Lou&#233; soit le Seigneur qui m'a d&#233;livr&#233;e de moi-m&#234;me. Lorsque j'eus commenc&#233; &#224; fuir les occasions et &#224; m'adonner davantage &#224; l'oraison, le Seigneur commen&#231;a &#224; m'accorder ses faveurs comme s'il e&#251;t d&#233;sir&#233;, semblait-il, que je veuille bien les recevoir. &#187; (Vie 23,1)&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Une telle nouveaut&#233; peut d&#233;contenancer au d&#233;but. Nous avions telle fa&#231;on d'&#234;tre avec les autres et m&#234;me avec soi-m&#234;me, telle fa&#231;on de r&#233;agir aux conflits par la peur, le m&#233;pris ou l'anxi&#233;t&#233;. Et pourtant peu &#224; peu certains plis, certains d&#233;fauts, disparaissent. Les autres peuvent le percevoir et nous le faire remarquer, &#224; notre surprise ! Ils peuvent eux-m&#234;mes &#234;tre interpell&#233;s quand ils nous voient prendre patience, pardonner, &#234;tre plus &#224; l'&#233;coute qu'auparavant. Tout ce changement int&#233;rieur peut nous troubler. Il faut alors s'appuyer sur les rep&#232;res ext&#233;rieurs que nous avons afin de continuer sans angoisse le chemin int&#233;rieur. Ces rep&#232;res sont le plus souvent les rythmes li&#233;s &#224; notre travail, &#224; nos obligations familiales ou engagements divers. Ces cadres ext&#233;rieurs nous aident &#224; g&#233;rer ce changement de rep&#232;res int&#233;rieur : quand la Vie de Dieu s'invite, cela peut nous d&#233;stabiliser ! Prendre le large, larguer les amarres ne veut pas dire n&#233;cessairement changer tout de suite de cadre de vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un point particulier sera le changement de notre rapport au temps, signe d'autres d&#233;placements int&#233;rieurs. Notre ancrage dans le monde se situera dans la profondeur de notre &#234;tre, &#224; distance de l'instantan&#233;it&#233; et des urgences pas si urgentes. Nous pourrons apprendre &#224; r&#233;sister &#224; la fr&#233;n&#233;sie de nous tenir au courant des derniers scoops ou avoir moins besoin de nous situer par rapport au nombre d'amis sur les r&#233;seaux sociaux. Certes au d&#233;but cela peut nous faire peur, peur de tomber dans le vide, de croire que l'on sera moins en prise avec la vie. Cependant sans s'en apercevoir le c&#339;ur se pacifie, se fortifie. &lt;strong&gt;Ce qui se perd en surface, se gagne en profondeur.&lt;/strong&gt; Le fait de prendre du recul nous donne plus d'assurance. Et lorsque l'adversit&#233; survient, nous aurons plus de force pour la traverser et lui donner sens.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;VII - Se livrer &#224; l'amour de J&#233;sus&lt;/h2&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;A - J&#233;sus se livre pour nous&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Lors de la semaine sainte, nous contemplons la semaine d&#233;cisive de la vie de J&#233;sus sur terre. Elle s'ouvre par la f&#234;te des Rameaux o&#249; J&#233;sus est acclam&#233; comme roi. Mais J&#233;sus surprend nos attentes humaines en se pr&#233;sentant &#224; dos d'&#226;ne. Ce n'est pas un roi puissant chevauchant sa monture guerri&#232;re mais un roi pacifique qui s'avance vers J&#233;rusalem. On l'accueille comme un roi, on &#233;tend des manteaux et des rameaux sous ses pieds, selon un geste qui manifeste l'all&#233;geance. Pourtant quelques jours plus tard les m&#234;mes personnes lui cracheront au visage. Malheur aux vaincus, &#224; l'homme sans pouvoir, sans prestance. Surtout malheur &#224; celui qui trompe les attentes humaines. Malgr&#233; tout J&#233;sus s'avance vers sa destin&#233;e, libre des regards pos&#233;s sur lui. Il s'avance &#224; mains nues car son message est tout autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'est-ce qui pousse ainsi le Christ &#224; s'offrir ? Th&#233;r&#232;se a compris par exp&#233;rience que c'&#233;tait son amour pour l'humanit&#233;. Ce n'est pas un amour g&#233;n&#233;ral et vague qui en d&#233;finitive ne s'adresserait &#224; personne. C'est son amour pour chacun de nous. Christ vient ressusciter notre c&#339;ur pour y d&#233;ployer sa vie et il le r&#233;v&#232;le &#224; Th&#233;r&#232;se :&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;&#171; Sa Majest&#233; l'a dit ainsi &#224; la C&#232;ne : &#8216;J'ai d&#233;sir&#233; avec ardeur' (Lc 22,15). Comment, Seigneur, n'avez-vous pas envisag&#233; la douloureuse mort dont vous alliez mourir, si p&#233;nible, si effrayante ? &#8216;Non, car mon grand amour, mon d&#233;sir du salut des &#226;mes, surpassent incomparablement ces peines ; celles, immenses, que j'ai endur&#233;es et que j'endure depuis que je suis sur terre sont assez grandes pour que les autres soient n&#233;ant en comparaison.' &#187; (5D 2,13)&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Trois figures de l'&#233;vangile et Th&#233;r&#232;se vont nous aider &#224; entrer dans le myst&#232;re du don.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;B - Avec Marie de B&#233;thanie : accompagner J&#233;sus&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re est la femme de B&#233;thanie, identifi&#233;e &#224; Marie dans l'&#233;vangile de saint Jean 12. Elle a compris l'amour de J&#233;sus et l'exprime au cours d'un geste insens&#233; pour les convives d'alors :&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;&#171; Comme il se trouvait &#224; B&#233;thanie, chez Simon le l&#233;preux, alors qu'il &#233;tait &#224; table, une femme vint, avec un flacon d'alb&#226;tre contenant un nard pur de grand prix. Brisant le flacon, elle le lui versa sur la t&#234;te. Or il y en eut qui s'indign&#232;rent entre eux : &#034;A quoi bon ce gaspillage de parfum ? Ce parfum pouvait &#234;tre vendu plus de 300 deniers et donn&#233; aux pauvres.&#034; Et ils la rudoyaient. Mais J&#233;sus dit : &#034;Laissez-la ; pourquoi la tracassez-vous ? C'est une bonne &#339;uvre qu'elle a accomplie sur moi. Les pauvres, en effet, vous les aurez toujours avec vous et, quand vous le voudrez, vous pourrez leur faire du bien, mais moi, vous ne m'aurez pas toujours. Elle a fait ce qui &#233;tait en son pouvoir : d'avance elle a parfum&#233; mon corps pour l'ensevelissement. &#187; (Mc 14,3-8)&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Marie a l'intuition de ce qui va se passer et rien ne peut l'emp&#234;cher d'aller au-devant du d&#233;sir de J&#233;sus, pas m&#234;me les regards des convives. Elle est dans la relation, eux dans l'efficacit&#233;. Son geste leur semble insens&#233; et maladroit : il y avait mieux &#224; faire. Pourtant ils ne se doutent pas qu'ils passent &#224; c&#244;t&#233; de Celui qui s'est fait pauvre pour eux, eux qui semblent avoir souci des pauvres. Elle, elle a manifest&#233; son amour avec ce qu'elle avait, avec tout son &#234;tre. En versant le parfum, &lt;strong&gt;c'est elle-m&#234;me qui se donne&lt;/strong&gt;. Elle est &#224; l'&#233;coute du c&#339;ur de J&#233;sus et a devanc&#233; son geste en se donnant elle-m&#234;me, &#224; sa fa&#231;on. C'est ce qui a touch&#233; J&#233;sus. Deux c&#339;urs se sont rencontr&#233;s, se sont ouverts &#224; une relation plus large, plus fondamentale. Il n'en va pas de l'efficacit&#233; humaine, comme de la logique de l'amour. Th&#233;r&#232;se, tr&#232;s marqu&#233;e par la figure de Marie de B&#233;thanie chante avec elle&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;&#171; Cette divine prison,&lt;br class='manualbr' /&gt;de l'Amour avec lequel je vis,&lt;br class='manualbr' /&gt;a fait mon Dieu captif&lt;br class='manualbr' /&gt;et libre mon c&#339;ur ;&lt;br class='manualbr' /&gt;Mais voir mon Dieu prisonnier&lt;br class='manualbr' /&gt;Cause en moi une telle passion&lt;br class='manualbr' /&gt;Que je meurs de ne pas mourir. &#187; (Po&#233;sie 1)&lt;/div&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;C - Contrairement &#224; Judas, esp&#233;rer&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Un des convives r&#233;agira autrement, sans doute d&#233;&#231;u par la personne de J&#233;sus. Le Christ ne vient-il pas de dire qu'il va mourir ? Tr&#232;s probablement cet homme a d&#233;&#231;u Judas. Judas, tromp&#233; en son espoir ne croit plus en J&#233;sus. Il pense avoir march&#233; avec un doux illumin&#233;. Il n'a pu, pas su, plonger dans l'&#226;me de J&#233;sus, percevoir la puissance de l'amour &#224; l'&#339;uvre dans la fragilit&#233; de ce corps. Quand Marie livre un vase de parfum, Judas livre un homme, l'Homme. Judas a peut-&#234;tre cru faire une bonne &#339;uvre &#224; sa fa&#231;on, comme Marie. Mais son intention n'est pas aimante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; comment d&#233;bute cette semaine d&#233;cisive : par une trahison. Cela ne va pas pour autant arr&#234;ter l'&#339;uvre de J&#233;sus, ni son esp&#233;rance de sauver m&#234;me Judas.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;&#171; Le soir venu, J&#233;sus arrive avec les Douze. Et tandis qu'ils &#233;taient &#224; table et qu'ils mangeaient, J&#233;sus dit : &#034;En v&#233;rit&#233;, je vous le dis, l'un de vous me livrera, un qui mange avec moi.&#034; Ils devinrent tout tristes et se mirent &#224; lui dire l'un apr&#232;s l'autre : &#034;Serait-ce moi ?&#034; Il leur dit : &#034;C'est l'un des Douze, qui plonge avec moi la main dans le m&#234;me plat. &#187; (Mc 14,17-20)&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;A la mani&#232;re des proph&#232;tes, J&#233;sus ne vient pas condamner mais avertir Judas ; et par l&#224; il esp&#232;re son repentir.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;&#171; Et tandis qu'ils mangeaient, il prit du pain, le b&#233;nit, le rompit et le leur donna en disant : &#034;Prenez, ceci est mon corps.&#034; Puis, prenant une coupe, il rendit gr&#226;ces et la leur donna, et ils en burent tous. &#187; (Mc 14,22-23)&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Marie a tout donn&#233; en versant le parfum sur la t&#234;te de J&#233;sus. J&#233;sus se donne totalement &#224; Judas au cours du repas. Il donne son amiti&#233; avec la paix, il donne son amour avec le vin qui deviendra son sang. Avertissement ultime. Judas s'enfonce dans la nuit&#8230; et nous peut-&#234;tre avec lui&#8230; &lt;strong&gt;Qui est J&#233;sus pour nous ?&lt;/strong&gt; Voil&#224; plusieurs ann&#233;es que nous essayons de marcher sur ses pas, autant que possible, que nous avons essay&#233; de faire oraison. Et puis nous avons trouv&#233; peut-&#234;tre s&#233;cheresse et difficult&#233;s &#224; avancer. Il y a aussi les &#233;preuves de la vie familiale ou professionnelle. O&#249; est J&#233;sus dans nos &#233;preuves ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N'oublions pas que Th&#233;r&#232;se aussi a eu la tentation d'abandonner le Christ. Certes l'oraison &#233;tait l'espace qui s'ouvrait en elle &#224; la rencontre de son amiti&#233;. Elle pouvait ainsi converser avec J&#233;sus, lui confier ses difficult&#233;s et peu &#224; peu, passant de ses soucis &#224; cette pr&#233;sence aim&#233;e, son &#226;me se pacifiait. Mais au monast&#232;re, forte de son succ&#232;s, de sa capacit&#233; de s&#233;duire, des entretiens r&#233;p&#233;t&#233;s avec les galants, Th&#233;r&#232;se s'&#233;loigna de son Seigneur. Voici comment elle relit cette exp&#233;rience qu'elle qualifie de &#8216;trahison' :&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;&#171; Je restai pr&#232;s de vingt ans au milieu de cette mer orageuse, tombant, me relevant, imparfaitement sans doute, puisque je retombais encore. (&#8230;) Oui, je peux le dire, c'est une des existences, les plus p&#233;nibles qu'il soit possible d'imaginer. Je ne jouissais pas de Dieu, et je ne trouvais pas de satisfaction dans le monde. Etais-je au milieu des jouissances frivoles, la pens&#233;e de ce que je devais &#224; Dieu venait y m&#234;ler l'amertume ; &#233;tais-je avec Dieu, les affections mondaines jetaient le trouble dans mon &#226;me. C'est l&#224; une guerre si cruelle, que je ne sais comment j'ai pu la soutenir, je ne dis pas tant d'ann&#233;es, mais un mois seulement. Et malgr&#233; tout, je vois tr&#232;s bien que le Seigneur usa envers moi d'une grande mis&#233;ricorde en me laissant, tout engag&#233;e que j'&#233;tais dans le monde, la hardiesse de faire oraison. Je dis la hardiesse. Y a-t-il, en effet, une hardiesse comparable &#224; celle d'un sujet qui trame une trahison contre son roi, qui sait que sa trahison lui est connue, et qui, n&#233;anmoins, se tient sans cesse en sa pr&#233;sence ? Nous sommes tous sous le regard de Dieu, mais ceux qui s'adonnent &#224; l'oraison s'y trouvent, me semble-t-il, d'une fa&#231;on sp&#233;ciale. Ils voient que Dieu les consid&#232;re, tandis que les autres passent quelquefois plusieurs jours sans m&#234;me se rappeler qu'il a les yeux fix&#233;s sur eux. &#187; (V 8,2)&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Si le terme de trahison peut nous &#233;tonner, il faut le prendre au s&#233;rieux dans la bouche de Th&#233;r&#232;se : elle reconna&#238;t avoir trahi son Ami, ou du moins l'avoir reni&#233; comme Pierre lors de la Passion.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;D - Comme Pierre, attendre la Mis&#233;ricorde&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Tentation de trahir J&#233;sus d'un c&#244;t&#233; parce qu'il ne tient pas ses promesses, tentation de se renier soi-m&#234;me de l'autre c&#244;t&#233; parce qu'on a honte de soi et du coup, tentation de se punir en laissant le ma&#238;tre de la vie de c&#244;t&#233;. Il n'y a alors plus d'esp&#233;rance et nous sommes livr&#233;s &#224; nous-m&#234;mes. A la suite de J&#233;sus, mille tentations nous assaillent qui viennent saper notre esp&#233;rance, atti&#233;dir notre foi. Le rocher sur lequel nous nous sommes appuy&#233;s semble faire d&#233;faut. Aux heures ultimes de nos engagements humains, nous sommes comme Pierre qui vacille en voyant cet homme, cet ami, se laisser bousculer, humilier sans r&#233;agir. J&#233;sus n'a m&#234;me pas cherch&#233; &#224; se d&#233;fendre, &#224; prendre l'&#233;p&#233;e, &#224; tenir t&#234;te : Pierre ne peut plus suivre. Pierre fait d&#233;faut &#224; J&#233;sus parce que J&#233;sus fait d&#233;faut &#224; son attente. Il voyait en J&#233;sus le h&#233;ros, et ce n'est qu'un mis&#233;rable qu'il semble avoir sous les yeux. Apr&#232;s son triple reniement, le souvenir de la parole de J&#233;sus lui percera pourtant le c&#339;ur :&lt;em class=&#034;spip&#034;&gt; &#171; Pierre se mit &#224; jurer avec force impr&#233;cations : &#034;Je ne connais pas cet homme dont vous parlez.&#034; Et aussit&#244;t, pour la seconde fois, un coq chanta. Et Pierre se ressouvint de la parole que J&#233;sus lui avait dite : &#034;Avant que le coq chante deux fois, tu m'auras reni&#233; trois fois.&#034; Et il &#233;clata en sanglots. &#187;&lt;/em&gt; (Mc 14,66-72)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pierre entend au fond de son c&#339;ur l'avertissement que J&#233;sus lui avait fait &#224; propos de son reniement. Il s'est lanc&#233; comme un fanfaron &#224; la suite de J&#233;sus, promettant de donner sa vie pour lui. Il s'aper&#231;oit de sa l&#226;chet&#233; et pleure maintenant de honte. Pourtant, par-del&#224; son d&#233;pit, et &#224; la diff&#233;rence de Judas, &lt;strong&gt;Pierre reste en relation&lt;/strong&gt;. C'est l&#224; que l'attendra J&#233;sus &#224; la r&#233;surrection pour lui dire qu'il est pardonn&#233;, que l'amour en lui est vainqueur de sa mis&#232;re. Alors l'esp&#233;rance renait, mais dans une autre dimension de la vie, celle d'une autre vie plus grande, la vie de Dieu en nos c&#339;urs.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;
&#171; &#212; bont&#233; infinie de mon Dieu, il me semble vous voir et me voir ainsi ! &#212; d&#233;lice des anges, quand je vois cela, je voudrais tout enti&#232;re m'an&#233;antir d'amour pour vous ! Qu'il est donc vrai que vous supportez celui qui ne supporte pas votre pr&#233;sence ! &#212; quel bon ami vous faites, mon Seigneur, comme vous le choyez, comme vous le supportez, comme vous attendez qu'il se fasse &#224; votre nature, tout en supportant, Vous, la sienne ! Vous tenez compte, mon Seigneur, des moments o&#249; il vous aime, et il suffit d'un grain de repentir pour que vous oubliiez combien il vous a offens&#233;. Je l'ai vu clairement par moi-m&#234;me, et je ne comprends pas, mon Cr&#233;ateur, pourquoi tout le monde ne tenterait pas de se rapprocher de vous dans cette intime amiti&#233;&#8230; &#187; (V 8,6)&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;IIV - Port&#233;s par l'amour&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vers la lumi&#232;re de P&#226;ques !&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;&#201;vangile selon saint Marc 16, 1-8&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&#8220;Quand le sabbat fut pass&#233;, Marie de Magdala, Marie, m&#232;re de Jacques, et Salom&#233; achet&#232;rent des aromates pour aller oindre le corps. Et de grand matin, le premier jour de la semaine, elles vont &#224; la tombe, le soleil s'&#233;tant lev&#233;. Elles se disaient entre elles : &#034;Qui nous roulera la pierre hors de la porte du tombeau ?&#034; Et ayant lev&#233; les yeux, elles virent que la pierre avait &#233;t&#233; roul&#233;e de c&#244;t&#233; : or elle &#233;tait fort grande. &#201;tant entr&#233;es dans le tombeau, elles virent un jeune homme assis &#224; droite, v&#234;tu d'une robe blanche, et elles furent saisies de stupeur. Mais il leur dit : &#034;Ne vous effrayez pas. C'est J&#233;sus le Nazar&#233;nien que vous cherchez, le Crucifi&#233; : il est ressuscit&#233;, il n'est pas ici. Voici le lieu o&#249; on l'avait mis. Mais allez dire &#224; ses disciples et &#224; Pierre, qu'il vous pr&#233;c&#232;de en Galil&#233;e : c'est l&#224; que vous le verrez, comme il vous l'a dit.&#034; Elles sortirent et s'enfuirent du tombeau, parce qu'elles &#233;taient toutes tremblantes et hors d'elles-m&#234;mes. Et elles ne dirent rien &#224; personne, car elles avaient peur&#8230;&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;A - Le tombeau ouvert&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Ce matin-l&#224; n'est pas un matin ordinaire, c'est un grand matin. C'est le lever du soleil, le moment o&#249; la lumi&#232;re dissipe les t&#233;n&#232;bres et quelles t&#233;n&#232;bres, celles de la mort. Trois femmes qui &#233;taient au pied de la croix lors de la mort de J&#233;sus s'avancent dans cette lumi&#232;re naissante avec une question : qui nous roulera la pierre ? Mais sur place, elles observent qu'elle a &#233;t&#233; roul&#233;e de c&#244;t&#233;. Le texte parle ici d'une grande pierre que ni les femmes, ni une garde romaine de seize hommes n'auraient pu rouler. Plus que les d&#233;tails sur le nombre de personnes n&#233;cessaires pour la rouler, cette tr&#232;s grande pierre renvoie &#224; ce qu'elle signifie. Elle renvoie &#224; la mort qui s&#233;pare les hommes de fa&#231;on implacable. Une pierre grande comme la mort ferme le tombeau. Par quelle force myst&#233;rieuse a-t-elle &#233;t&#233; d&#233;plac&#233;e ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Outre les trois femmes, le seul personnage pr&#233;sent est le jeune homme v&#234;tu d'une robe blanche assis &#224; l'int&#233;rieur. Les femmes &#233;taient donc pr&#233;c&#233;d&#233;es. Elles sont venues pour oindre un mort et c'est un jeune homme en blanc qu'elles trouvent ! Une vie plus forte que la mort les a pr&#233;c&#233;d&#233;es. Elles sont frapp&#233;es d'effroi, sans pouvoir aller plus loin. Leur &#233;lan vers le mort, vers la mort, est bris&#233;. Il leur faut la parole du jeune homme pour que la situation puisse progresser, car devant la situation, la compr&#233;hension est d&#233;faillante. Il manque quelque chose pour trouver le sens des &#233;v&#232;nements. Ce qui se passe l&#224;, d&#233;passe la raison : il faut une parole. La m&#233;moire des femmes est d&#233;faillante, paralys&#233;e. Ce que leur m&#233;moire conserve, c'est J&#233;sus de Nazareth, le Crucifi&#233;, celui qui est encore perc&#233; de clous. Et bien celui-l&#224; est ressuscit&#233; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Crucifixion et r&#233;surrection sont associ&#233;es en cette annonce. Il nous faut passer de l'une &#224; l'autre, de la nuit du tombeau &#224; la lumi&#232;re naissante. Le J&#233;sus de la croix, son cadavre, n'est pas ici, dans ce lieu de la m&#233;moire bless&#233;e. Car il y a un lien entre le tombeau et la m&#233;moire. Regardez le lieu o&#249; il n'est plus, regardez en vous, laissez votre m&#233;moire se gu&#233;rir de tout son savoir sur la vie et la mort, de tous les deuils qui ont laiss&#233; leurs traces et n'ont pas encore cicatris&#233;. Regardez et contemplez le jeune homme en blanc, assis. La pierre du tombeau est roul&#233;e, c'est un vivant qui fait face.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette lourde pierre, c'est peut-&#234;tre notre m&#233;moire, enferm&#233;e par le pass&#233;, qui ne l&#226;che pas prise. Or voil&#224;, il n'y a plus de cadavre ! Les femmes sont venues chercher un corps, elles repartent les mains vides avec une promesse. Voulons-nous bien choisir la vie, repartir avec elles ? &lt;strong&gt;Heureux qui croient sans avoir vu et qui laissent l'esp&#233;rance entrer dans leur c&#339;ur &lt;/strong&gt; ! Les femmes sont entr&#233;es dans un sanctuaire o&#249; d&#233;sormais le Seigneur de la vie r&#232;gne en toute libert&#233;. Elles ont touch&#233; un lieu saint et en tremblent de peur, de cette peur sacr&#233;e. Puis elles sont renvoy&#233;es &#224; leur quotidien. C'est l&#224; qu'il faut maintenant chercher la pr&#233;sence du Ressuscit&#233;.&lt;strong&gt; Seul J&#233;sus peut ouvrir nos tombeaux&lt;/strong&gt;, cette grande pierre de la tristesse qui accable. Seul J&#233;sus ouvre en nous le sens de la vie, d'une autre relation &#224; la vie et aux autres.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;B - D&#233;couvrir notre vie au large&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Th&#233;r&#232;se a eu une vie singuli&#232;re, riche de relations avec Dieu et tant de contemporains. La puissance de la vie divine a fait irruption dans son humanit&#233; fragile et Th&#233;r&#232;se s'est laiss&#233;e toucher, captiver. Le d&#233;sir de Dieu l'a saisie et elle est entr&#233;e dans ce d&#233;sir avec toute sa volont&#233; jusqu'&#224; &#234;tre combl&#233;e. Th&#233;r&#232;se a re&#231;u des gr&#226;ces singuli&#232;res qui l'ont pr&#233;par&#233; &#224; sa vocation, &#224; sa mission de fondatrice et de Docteur de l'Eglise. C'est son appel, sa vocation. Autres sont sans doute nos appels, nos d&#233;sirs, nos vocations. Justement Th&#233;r&#232;se n'est pas &#224; imiter ; elle est l&#224; pour nous inspirer. Elle a re&#231;u les gr&#226;ces dont elle avait besoin. A nous de d&#233;couvrir notre propre appel et d'accueillir le don de Dieu, de laisser notre d&#233;sir s'exprimer. L'important est de trouver notre centre, l'appel qui donnera sens &#224; notre vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme les femmes de l'&#233;vangile, nous pouvons tourner autour de notre vie, vivre notre quotidien dans une vie empreinte de trop de mort. Nos pas s'arr&#234;tent alors au tombeau. Ici la question des femmes &#171; qui nous roulera la pierre ? &#187; peut devenir en nous pri&#232;re. Nous pouvons exp&#233;rimenter parfois combien est lourde cette pierre qui obstrue la porte de notre c&#339;ur ou de notre intelligence. C'est la vie habituelle de celui qui n'a pas d&#233;couvert la vie de Dieu en son c&#339;ur et qui court apr&#232;s sa vie. Or &#171; &#224; quoi me sert-il que le Christ soit n&#233; une fois de Marie &#224; Bethl&#233;em, s'il ne na&#238;t pas aussi par la foi dans mon &#226;me ? &#187; (Orig&#232;ne, Commentaire de l'&#233;vangile de Luc, 22,3 (Sources Chr&#233;tiennes n&#176; 87, p. 302)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nos vies sont comme une pr&#233;paration &#224; l'&#233;v&#232;nement d'une nouvelle vie donn&#233;e &#224; la r&#233;surrection. Nous sommes invit&#233;s &#224; nous laisser saisir par l'inou&#239; de Dieu en laissant l&#224; les aromates de nos petits projets. C'est un appel &#224; s'ouvrir &#224; de nouveaux rep&#232;res, ceux d'une vie au large. Que l'esp&#233;rance ouverte par la R&#233;surrection bouscule notre quotidien !&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;C - Vivre notre quotidien avec le Ressuscit&#233;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Que l'on ne s'y trompe pas, nous restons dans le monde, dans notre quotidien.&lt;strong&gt; Ce qui change en nous, c'est notre fa&#231;on d'&#234;tre au monde, dans le monde.&lt;/strong&gt; Th&#233;r&#232;se est claire sur ce point. Elle nous invite &#224; vivre &#224; fond ce que nous avons &#224; vivre :&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;&#171; Il sera bon, mes s&#339;urs, de vous dire dans quel but le Seigneur accorde tant de faveurs en ce monde&#8230; Sa Majest&#233; ne peut nous accorder une plus grande faveur que de nous faire vivre dans l'imitation de la vie de son Fils tant aim&#233; ; j'ai donc la certitude que ces faveurs tendent &#224; fortifier notre faiblesse (&#8230;) Ne cherchez pas &#224; &#234;tre utiles au monde entier, mais &#224; celles qui vivent en votre compagnie ; votre action, ainsi, sera plus efficace, et c'est &#224; leur &#233;gard que vous avez le plus d'obligations&#8230; Ainsi, vous servirez le Seigneur non seulement abondamment, mais d'une mani&#232;re qui lui sera tr&#232;s agr&#233;able, c'est dans vos moyens, et ce que vous accomplirez ainsi montrera &#224; Sa Majest&#233; que vous pourriez faire beaucoup plus ; il vous r&#233;compensera donc autant que si vous lui gagniez beaucoup d'&#226;mes.(&#8230;) Enfin, mes s&#339;urs, voici ma conclusion : ne construisons pas de tour sans fondement, car le Seigneur consid&#232;re moins la grandeur des &#339;uvres que l'amour avec lequel on les fait ; et si nous faisons ce que nous pouvons, Sa Majest&#233; nous aidera &#224; faire chaque jour davantage si nous ne nous lassons pas, bient&#244;t&#8230; &#187; (7D 4,4.14.15)&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;C'est l'Amour qui veut nous conduire : laissons-nous donc mener par le Seigneur. L'oraison est pour Th&#233;r&#232;se le chemin par lequel nous pouvons le mieux suivre et servir notre Seigneur, nous ouvrir &#224; son amour. Et l'oraison bien conduite nous pousse &#224; accueillir l'&#234;tre que nous sommes et &#224; l'inscrire au quotidien de la vie, l&#224; o&#249; nous sommes plant&#233;s. &#202;tre dans le monde, mais le c&#339;ur en pr&#233;sence de Dieu, en pr&#233;sence de la joie profonde et de la paix. Le quotidien nous attend, cependant nous ne serons pas banals si notre c&#339;ur est port&#233; par l'amour. Le monde a besoin de notre esp&#233;rance. Bonne route !&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Marcelle Auclair, La vie de Th&#233;r&#232;se de Ste Th&#233;r&#232;se d'Avila, Seuil 1960, p. 28&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Th&#233;r&#232;se d'Avila : m&#233;ditation et contemplation</title>
		<link>https://www.carmel.asso.fr/Therese-d-Avila-meditation-et-contemplation.html</link>
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		<dc:date>2015-04-27T16:07:43Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		
		


		<dc:subject>Sommaire</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;&#171; Dans le ciel de notre &#226;me &#187; C 28,5 I - Entre m&#233;ditation et contemplation avec Th&#233;r&#232;se d'Avila Il y a une prise de conscience chez Th&#233;r&#232;se de la nature de son &#226;me, de son int&#233;riorit&#233;. Th&#233;r&#232;se parle de l'int&#233;riorit&#233; comme de la vie int&#233;rieure qui anime l'&#234;tre humain. Elle ne parle pas de psychologie des profondeurs, elle parle de l'&#226;me habit&#233;e par Dieu, de sorte que l'on pourrait dire avec elle que notre int&#233;riorit&#233;, ce n'est pas nous, c'est quel qu'Un ! Ce quelqu'Un, c'est le (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.carmel.asso.fr/-Meditations-du-Frere-Yannick-.html" rel="directory"&gt;M&#233;ditations du Fr&#232;re Yannick&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.carmel.asso.fr/+-Sommaire-+.html" rel="tag"&gt;Sommaire&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&#171; Dans le ciel de notre &#226;me &#187; C 28,5&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;I - Entre m&#233;ditation et contemplation avec Th&#233;r&#232;se d'Avila&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://www.carmel.asso.fr/Vid&#233;o m&#233;ditation : http:/www.youtube.com/watch?v=SnayxPMkxO4' class=&#034;spip_url&#034;&gt;Vid&#233;o m&#233;ditation : http://www.you...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a une prise de conscience chez Th&#233;r&#232;se de la nature de son &#226;me, de son int&#233;riorit&#233;.
Th&#233;r&#232;se parle de l'int&#233;riorit&#233; comme de la vie int&#233;rieure qui anime l'&#234;tre humain. Elle ne parle pas de psychologie des profondeurs, elle parle de l'&#226;me habit&#233;e par Dieu, de sorte que l'on pourrait dire avec elle &lt;strong&gt;que notre int&#233;riorit&#233;, ce n'est pas nous, c'est quel qu'Un ! &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce quelqu'Un, c'est le Christ.Tr&#232;s t&#244;t, elle va &#234;tre sous l'emprise de cette Pr&#233;sence. Elle goutera dans cette relation &#224; la foi un immense respect et une douce et savoureuse pr&#233;sence. Elle se laisse rejoindre autant qu'elle aspire &#224; &#234;tre connue et aim&#233;e. &lt;strong&gt;L'&#201;vangile&lt;/strong&gt; va lui servir de base pour s'approcher du Christ, pour m&#233;diter sur sa vie. Rapidement, elle sentira en elle sa pr&#233;sence et se laissera visiter, instruire, conduire jusqu'&#224; la plus haute union avec Dieu. C'est &#224; une double activit&#233; que nous assistons en la lisant, celle de son &#226;me qui essaie de s'ouvrir &#224; la pr&#233;sence de son Dieu en son c&#339;ur, d'unifier son esprit, en m&#233;ditant la vie de J&#233;sus, (phase active).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis, on percevra tr&#232;s rapidement &lt;strong&gt;l'action en son c&#339;ur&lt;/strong&gt; du Dieu Vivant, phase (passive). Avec cette pr&#233;sence de Dieu en son c&#339;ur qui l'attire &#224; un amour plus grand, elle entre dans une autre forme d'oraison o&#249; elle laisse Dieu agir au plus profond d'elle-m&#234;me. Tout absorb&#233;e par l'Amour qui l'investit, elle entre dans une &lt;strong&gt;contemplation de plus en plus simple du myst&#232;re de Dieu&lt;/strong&gt; en elle, c'est cette seconde phase qu'elle appelle contemplative.Elle commence le &lt;em class=&#034;spip&#034;&gt;livre des Demeures&lt;/em&gt; en rappelant l'&#226;me &#224; sa vocation profonde et son immense dignit&#233; :&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;1D1,1 : &#034; Car &#224; bien y songer, mes s&#339;urs, l'&#226;me du juste n'est rien d'autre qu'un paradis o&#249; Dieu dit trouver ses d&#233;lices. Donc, comment vous-repr&#233;sentez-vous la chambre o&#249; un Roi si puissant, si sage, si pur, si empli de tous les biens, se d&#233;lecte ? Je ne vois rien qu'on puisse comparer &#224; la grande beaut&#233; d'une &#226;me et &#224; sa vaste capacit&#233;. Vraiment, c'est &#224; peine si notre intelligence, si aigu&#235; soit-elle, peut arriver a le comprendre, de m&#234;me qu'elle ne peut arriver &#224; consid&#233;rer Dieu, puisqu'il dit lui-m&#234;me qu'il nous a cr&#233;&#233;s &#224; son image et &#224; sa ressemblance.&#034;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Dans ce livre, elle s'adresse &#224; chacun et chacune de nous en nous. Elle nous renvoie &#224; notre responsabilit&#233; et notre libert&#233; :&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;1D1,2 &#171; Il est bien regrettable et confondant que, par notre faute, nous ne nous comprenions pas nous-m&#234;mes, et ne sachions pas qui nous sommes &#187;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le th&#232;me de la&lt;strong&gt; connaissance de soi&lt;/strong&gt; est un th&#232;me fondamental chez Th&#233;r&#232;se, non pas introspection, mais &lt;strong&gt;compr&#233;hension&lt;/strong&gt;, dans la foi, de la &lt;strong&gt;grandeur de l'&#226;me&lt;/strong&gt; parce qu'habit&#233;e par la majest&#233; divine. L'&#226;me est faite pour &#234;tre embellie par l'Amour infini de Dieu. Elle ne fait l&#224; que nous renvoyer au myst&#232;re eucharistique par lequel &lt;strong&gt;Dieu vient faire sa demeure en nous&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce myst&#232;re ne s'ouvre que dans une vie de foi, de relation au Dieu Vivant. Cette relation intime, elle l'appelle la pri&#232;re d'&lt;strong&gt;oraison&lt;/strong&gt;. L&#224; le d&#233;sir de l'&#226;me et celui de Dieu se rencontrent. L'&#226;me essaye de se mettre &#224; l'&#233;coute du Dieu vivant en elle en se recueillant. &lt;strong&gt;L'oraison est une ouverture progressive &#224; la pr&#233;sence du Dieu Vivant&lt;/strong&gt;, en soi, c'est une relation entre l'&#226;me et Dieu. Elle est symbolis&#233;e par la rencontre que fait la Samaritaine de J&#233;sus en Jean 4.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;II - Les diff&#233;rents termes employ&#233;s pour parler de l'oraison&lt;/h2&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; A - Recueillement actif = contentements = m&#233;ditation, c'est la part de l'&#226;me, fruit de son agir.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; B - Recueillement passif, c'est un don que Dieu fait &#224; l'&#226;me. Elle se met &#224; l' &#187;&#233;coute &#187; de ce qui se passe en elle, de Celui qui commence &#224; agir en elle.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; C - Dans la m&#234;me dynamique : Oraison de qui&#233;tude = plaisirs de Dieu = contemplation, c'est l'&#339;uvre de Dieu dans l'&#226;me, il aide l'&#226;me en l'ouvrant &#224; sa Pr&#233;sence.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Nous trouverons aussi ce vocabulaire :
Les Puissances, les Puissances de l'&#226;me (entendement, m&#233;moire, volont&#233;)&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;A - recueillement actif&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;C'est ce que Th&#233;r&#232;se entend par &lt;strong&gt;m&#233;ditation&lt;/strong&gt;. Il y aurait une confusion &#224; utiliser ce terme dans la culture chr&#233;tienne selon son acception orientale. La m&#233;ditation vise alors &#224; arr&#234;ter toute action du mental. En occident chr&#233;tien, la m&#233;ditation est plut&#244;t une pens&#233;e, une r&#233;flexion profonde sur un sujet donn&#233;. C'est une application de la pens&#233;e, de la m&#233;moire, de l'imagination, de l'intelligence pour comprendre et approfondir un aspect :&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;&#171; car leur entendement (intelligence, compr&#233;hension) est presque toujours en action, elles l'emploient &#224; r&#233;fl&#233;chir, &#224; m&#233;diter &#187;(4D1,6)&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;&#171; Pour en revenir &#224; ce que je disais, nous nous mettons &#224; m&#233;diter sur un myst&#232;re de la passion, disons le Seigneur &#224; la Colonne. L'entendement cherche &#224; comprendre ce qu'Il nous sugg&#232;re ainsi, les grandes douleurs et peines de Sa Majest&#233; dans cette solitude, et beaucoup d'autres choses que peut en tirer l'intelligence, si elle est active, ou savante &#187; (Vie 13,12)&lt;/div&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;1) La m&#233;ditation &#224; pour vis&#233;e de nous aider &#224; nous recentrer, &#224; unifier notre pens&#233;e.&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Voyons plus pr&#233;cis&#233;ment comment Th&#233;r&#232;se se positionne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans son &#339;uvre,&lt;em class=&#034;spip&#034;&gt;Le Chemin de la Perfection&lt;/em&gt; (&#233;dit Escoriale), chapitre 46,1-3, alors qu'elle commente le Notre P&#232;re, elle suit de pr&#232;s l'enseignement que donne l'&#233;vang&#233;liste St Matthieu au ch 6. C'est-&#224;-dire se retirer dans sa chambre, fermer sur soi la porte et l&#224; prier le P&#232;re qui est dans le secret. &lt;strong&gt;Elle nous invite &#224; consid&#233;rer &lt;/strong&gt; (mirar), &#224; penser, &#224; r&#233;fl&#233;chir &#224; cette v&#233;rit&#233;, &#224; propos de la phrase &#171; notre p&#232;re qui &#234;tes aux cieux &#187;. Elle ajoute que &#171; &lt;em class=&#034;spip&#034;&gt;c'est une fa&#231;on propice &#224; fixer les pens&#233;es, et &#224; aider l'&#226;me &#224; se recueillir &lt;/em&gt; &#187;. &#171; &lt;em class=&#034;spip&#034;&gt;elle n'a pas besoin d'ailes pour aller le chercher, elle n'a qu'&#224; se mettre dans la solitude, regarder au-dedans d'elle-m&#234;me, et ne pas s'&#233;tonner d'y trouver un si bon h&#244;te ; qu'en toute humilit&#233; elle lui parle comme &#224; un p&#232;re, qu'elle lui adresse ses demandes comme &#224; un p&#232;re, qu'elle se r&#233;conforte aupr&#232;s de lui comme aupr&#232;s d'un p&#232;re.&lt;/em&gt; &#187;
&lt;strong&gt;Elle invite &#224; chercher Dieu en nous et &#224; entrer en relation avec lui, &#224; lui parler.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; d&#233;j&#224; pour Th&#233;r&#232;se le but de la m&#233;ditation. Elle ne la voit pas comme une technique, une m&#233;thode, mais essentiellement comme une fa&#231;on d'&#234;tre en relation avec le Dieu int&#233;rieur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; Concentration &#187;, oui, mais sans crispation&lt;/strong&gt;, surtout, mise en pr&#233;sence et relation avec le Seigneur. C'est en se laissant toucher par l'amour de J&#233;sus, &lt;strong&gt;c'est en se mettant en sa pr&#233;sence, que l'&#226;me s'unifie&lt;/strong&gt;. La &#171; concentration &#187; est la suite logique de l'approche de la vie du Christ. La relation est premi&#232;re, c'est avant tout un mouvement du c&#339;ur.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;C50&lt;br class='manualbr' /&gt;1 - &#171; Comme je ne parle que de la mani&#232;re de r&#233;citer convenablement la pri&#232;re vocale, point n'est besoin de tant en dire. Tout ce que je pr&#233;tends est que nous voyions qui est celui &#224; qui nous parlons, et que nous demeurions avec lui sans lui tourner le dos (nous ne faisons pas autre chose quand nous parlons &#224; Dieu et avons l'esprit fix&#233; sur toutes sortes de vanit&#233;s). Tout le mal vient du fait que nous ne comprenons pas vraiment qu'il est pr&#232;s de nous, et que nous l'imaginons loin ; et combien loin, si nous allons le chercher au ciel ! Comment se fait-il donc, Seigneur, que nous ne regardions pas votre visage alors qu'il est si pr&#232;s de nous ? Il nous semble, quand nous parlons aux hommes, que ceux-ci ne nous entendent pas si nous ne voyons pas qu'ils nous regardent. Et nous fermons les yeux pour ne pas voir que vous nous regardez ? Comment pouvons-nous alors savoir si vous avez entendu ce que nous disons ? Tout ce que je voudrais vous faire comprendre, c'est que pour nous accoutumer petit &#224; petit &#224; assurer peu &#224; peu et facilement notre esprit, afin que nous puissions comprendre ce que nous disons et r&#233;aliser avec qui nous parlons, nous devons&lt;strong&gt; recueillir nos sens ext&#233;rieurs au-dedans de nous-m&#234;mes&lt;/strong&gt;, et leur donner un sujet d'occupation ; le ciel n'est-il pas &#224; l'int&#233;rieur de nous-m&#234;mes, puisque le Seigneur est en nous ? &#187;
&lt;p&gt;_2 - &#171; &#8230; et si nous devions r&#233;citer plusieurs fois le Paternoster pour &#234;tre entendues, il nous entendra maintenant d&#233;s la premi&#232;re fois. Il aime beaucoup &#224; nous &#233;pargner de la fatigue, et m&#234;me si dans l'espace d'une heure nous ne disons qu'une fois le Paternoster, cela suffit pourvu que nous comprenions que nous sommes avec lui, que nous sachions ce que nous lui demandons (quel d&#233;sir il a de nous exaucer - enfin, comme un p&#232;re -, quel plaisir il a de se trouver avec nous), et que nous nous r&#233;jouissions avec lui ; il n'aime pas que nous nous rompions la t&#234;te. C'est pourquoi, mes s&#339;urs, pour l'amour de Dieu, accoutumez-vous &#224; r&#233;citer le Paternoster avec le recueillement dont je parle ; vous verrez bien vite le b&#233;n&#233;fice que vous en tirerez. C'est une m&#233;thode de pri&#232;re qui habitue rapidement l'&#226;me &#224; ne pas divaguer, et les puissances &#224; ne pas s'inqui&#233;ter ; le temps vous le fera d&#233;couvrir (je vous supplie seulement de vous y essayer, m&#234;me si cela vous co&#251;te un peu, comme il arrive pour tout ce dont nous n'avons pas l'habitude) ; je vous assure cependant que vous serez bien vite consol&#233;es en voyant que, sans avoir &#224; vous fatiguer pour chercher le saint P&#232;re que vous priez, vous le trouvez en vous. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Elle force notre audace en nous invitant en toute humilit&#233; et libert&#233; et simplicit&#233; &#224; nous adresser &#224; Dieu comme &#224; un p&#232;re, &#224; quelqu'un, de tr&#232;s proche, en nous m&#233;fiant bien de toute fausse humilit&#233; qu'elle appelle pusillanimit&#233;.&lt;strong&gt; Avec Th&#233;r&#232;se audace et humilit&#233; vont de pair.&lt;/strong&gt;
Sur ce chemin de la m&#233;ditation, il faudra d'abord &lt;strong&gt;avancer dans la nuit&lt;/strong&gt;, faire acte de foi en la pr&#233;sence de Dieu, car il reste d'abord bien silencieux :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#233;diter, c'est donc se retirer en soi en compagnie du Christ, c'est s'isoler du bruit ambiant, ainsi que de celui des pens&#233;es, mais c'est peu &#224; peu apprendre &#224; faire de Dieu notre compagnon et c'est donc en fait &#233;veiller en nos c&#339;urs l'amour de Dieu :&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;V12,2 &#171; Nous pouvons nous repr&#233;senter nous-m&#234;mes devant le Christ, nous exercer &#224; vivement nous &#233;prendre de son Humanit&#233; sacr&#233;e, vivre en sa pr&#233;sence, lui parler, lui demander ce dont nous avons besoin, nous plaindre &#224; lui de nos peines, nous r&#233;jouir avec lui de nos joies, et ne pas l'oublier pour autant, sans chercher des pri&#232;res appr&#234;t&#233;es, mais des mots conformes &#224; nos d&#233;sirs et &#224; nos besoins. C'est une excellente fa&#231;on de faire de tr&#232;s rapides progr&#232;s ; ceux qui s'efforcent ainsi &#224; vivre en cette pr&#233;cieuse compagnie, &#224; beaucoup en profiter, &#224; &#233;prouver un amour v&#233;ritable pour ce Seigneur, &#224; qui nous devons tant, je les tiens pour avanc&#233;s. &#187;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Pour autant, elle nous invite &#224; ne pas trop nous presser en cette mati&#232;re. Sous l'influence d'autres &#233;coles de pri&#232;re, nous pourrions ou voudrions tr&#232;s rapidement nous dispenser de toute image et nous retrouver dans le silence int&#233;rieur. Th&#233;r&#232;se nous avertit qu'il y a l&#224; une pr&#233;somption dangereuse pour notre avanc&#233;e spirituelle :&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;Vie12,5 : &#171; Quand je dis que nous ne devons pas nous &#233;lever sans que Dieu nous &#233;l&#232;ve, je parle le langage de l'esprit ; ceux qui en ont une certaine exp&#233;rience me comprendront. Je ne puis m'exprimer autrement, si je n'arrive pas &#224; me faire entendre ainsi. Dans la th&#233;ologie mystique dont j'ai commenc&#233; &#224; parler, l'entendement cesse d'agir, car Dieu le suspend, comme je l'expliquerai mieux par la suite si j'en suis capable avec Son aide. Pr&#233;tendre ou penser &#224; le suspendre nous-m&#234;mes, voil&#224; ce que je demande de ne point faire ; il ne faut pas non plus cesser de l'utiliser, sous peine de devenir froid, stupide, et de ne rien obtenir ; car quand le Seigneur suspend et arr&#234;te notre entendement, il lui donne de quoi l'&#233;merveiller et l'occuper, et sans raisonnement, le temps d'un credo, il lui fait comprendre plus de choses que ne l'obtiendrait en beaucoup d'ann&#233;es toute notre application terrestre. Utiliser les puissances de l'&#226;me et croire les immobiliser, c'est de la folie. Je r&#233;p&#232;te que, m&#234;me sans nous en douter, nous ne montrons pas ainsi une grande humilit&#233;, pas par notre faute, mais nous aurons, oui, la peine d'avoir travaill&#233; en vain ; l'&#226;me en con&#231;oit une petite contrari&#233;t&#233;, comme une personne pr&#234;te &#224; sauter qu'on retiendrait par derri&#232;re ; elle garde l'impression d'avoir us&#233; sa force sans effet ; au peu de profit qu'on en tire, on distingue, en y regardant bien, le tout petit manque d'humilit&#233; dont j'ai parl&#233;. Car cette vertu a ceci d'excellent que jamais action qu'elle accompagne ne laisse du d&#233;plaisir dans l'&#226;me. &#187;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Ce qui a &#233;t&#233; fondateur pour elle, c'est de savoir qu'il faut s'ouvrir &#224; la pr&#233;sence de Dieu demeurant en chacun de nous.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;
C 28 &#171; De l'oraison de recueillement et de quelques moyens d'en acqu&#233;rir l'habitude.
&lt;p&gt;1 - Consid&#233;rez maintenant ce que dit votre Ma&#238;tre : Qui &#234;tes aux cieux. Pensez-vous que peu nous importe de savoir ce qu'est le ciel, et o&#249; vous devez chercher votre P&#232;re sacr&#233; ? Or je vous dis que pour des esprits distraits, il importe beaucoup non seulement de croire qu'Il est l&#224;, mais de t&#226;cher de le comprendre par l'exp&#233;rience ; c'est l'une des choses les plus propres &#224; lier l'entendement et &#224; recueillir l'&#226;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2 - Vous savez que Dieu est partout, or on dit &#233;videmment que l&#224; o&#249; est le Roi se trouve aussi la cour ; enfin, l&#224; o&#249; est Dieu, c'est le ciel. Vous ne pouvez en douter, l&#224; o&#249; est Sa Majest&#233;, l&#224; est aussi toute la gloire.&lt;strong&gt; Consid&#233;rez donc ce que dit saint Augustin qui le cherchait partout, et le trouva au-dedans de lui-m&#234;me&lt;/strong&gt;. Pensez-vous qu'il importe peu &#224; une &#226;me distraite de comprendre cette v&#233;rit&#233;, de voir qu'elle n'a pas besoin d'aller au ciel pour parler &#224; son P&#232;re &#233;ternel, ni pour se d&#233;lecter avec lui, et qu'il n'est pas n&#233;cessaire qu'elle lui parle &#224; grands cris ? &lt;strong&gt;Si bas qu'elle parle, il est si pr&#232;s de nous qu'il nous entend ; elle n'a pas non plus besoin d'ailes pour aller le chercher, mais de chercher la solitude pour le regarder au-dedans d'elle-m&#234;me, sans s'&#233;tonner d'y trouver un si bon h&#244;te&lt;/strong&gt; ; en grande humilit&#233;, qu'elle lui parle comme &#224; un p&#232;re, qu'elle lui dise ses besoins comme &#224; un p&#232;re, qu'elle lui conte ses peines, qu'elle lui demande d'y rem&#233;dier, en entendant bien qu'elle n'est pas digne d'&#234;tre sa fille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3 - &lt;strong&gt;Tr&#234;ve aux timidit&#233;s que certaines personnes confondent avec l'humilit&#233;. Non, l'humilit&#233; ne consiste pas &#224; refuser une faveur que vous fait le roi, mais &#224; l'accepter en comprenant combien vous en &#234;tes indigne, et &#224; vous r&#233;jouir de cette gr&#226;ce.&lt;/strong&gt; Jolie humilit&#233;, lorsque l'Empereur du ciel et de la terre est venu tout expr&#232;s dans ma maison, me donner une marque de sa faveur et se r&#233;jouir en ma compagnie, que de refuser par humilit&#233; de lui r&#233;pondre, de rester pr&#232;s de lui de prendre ce qu'il me donne, mais, au contraire, de le laisser seul ; et lorsqu'il m'invite &#224; lui demander ce dont j'ai besoin, qu'il m'en prie m&#234;me, de rester pauvre par humilit&#233;, et m&#234;me le laisser repartir d&#233;&#231;u de voir que je tarde &#224; me d&#233;cider. N'ayez cure, mes filles, de ces humilit&#233;s-l&#224;, mais traitez-le en p&#232;re, en fr&#232;re, en ma&#238;tre, en &#233;poux, tant&#244;t d'une mani&#232;re et tant&#244;t de l'autre ; il vous enseignera lui-m&#234;me ce que vous devez faire pour le contenter. &#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4 - Cette mani&#232;re de prier, ne serait-elle que vocale, est la plus prompte &#224; recueillir l'esprit, c'est une forme d'oraison qui comporte de grands bienfaits. On l'appelle recueillement, car &lt;strong&gt;l'&#226;me y recueille toutes ses puissances et rentre en elle-m&#234;me avec son Dieu ; son Divin Ma&#238;tre est plus prompt &#224; venir l'instruire et &#224; lui donner l'oraison de qui&#233;tude que par tout autre moyen.&lt;/strong&gt; Car ainsi enferm&#233;e en elle-m&#234;me elle peut penser &#224; la Passion, se repr&#233;senter le Fils en elle, et l'offrir au P&#232;re sans se fatiguer l'esprit &#224; le chercher sur le Mont Calvaire, au jardin des Oliviers et &#224; la Colonne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5 - Celles qui pourraient s'enfermer ainsi dans ce petit ciel de notre &#226;me avec Celui qui l'a fait comme il a fait la terre, prendre l'habitude de ne pas regarder autour d'elles, ne pas demeurer l&#224; o&#249; les sens ext&#233;rieurs sont distraits, croyez-les en excellente voie ; elles ne manqueront pas de parvenir &#224; boire l'eau de la source, car elles feront beaucoup de chemin en peu de temps. Ainsi, &lt;strong&gt;celui qui voyage sur un navire, pour peu qu'il ait bon vent, atteint le terme du voyage en quelques jours, alors que ceux qui vont par voie de terre mettent plus de temps&lt;/strong&gt;.&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6 - Ceux-l&#224; sont d&#233;j&#224;, comme on dit, en mer, car bien qu'ils n'aient pas encore tout &#224; fait renonc&#233; &#224; la terre, ils font pour l'instant leur possible pour s'en d&#233;tacher en recueillant leurs sens en eux-m&#234;mes. On reconna&#238;t tr&#232;s bien le recueillement &#224; ses effets (je ne sais comment le faire comprendre, celles qui l'ont &#233;prouv&#233; m'entendront) : &lt;strong&gt;on dirait que l'&#226;me se retire du jeu, en voyant que les choses du monde ne sont que cela&lt;/strong&gt;. Elle se l&#232;ve au moment le plus favorable, comme qui entrerait dans un ch&#226;teau fort pour ne rien craindre de ses ennemis ; c'est retirer les sens de ces choses ext&#233;rieures et si bien s'en &#233;carter qu'&#224; notre insu nous fermons les yeux pour ne pas les voir, alors que les yeux de l'&#226;me acqui&#232;rent plus d'acuit&#233;. Donc, ceux qui suivent cette voie prient presque toujours les yeux ferm&#233;s ; cette habitude est admirable pour beaucoup de raisons, car c'est nous forcer &#224; ne pas regarder les choses d'ici-bas. Cela, au d&#233;but, mais &#231;a n'est plus n&#233;cessaire par la suite ; il faut faire alors un plus grand effort pour les ouvrir. &lt;strong&gt;Il semble qu'on comprenne que l'&#226;me se fortifie et s'arme de courage aux d&#233;pens du corps qu'elle laisse isol&#233; et affaibli, tandis qu'elle s'approvisionne pour lutter contre lui&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;7 - On ne comprend pas cela au commencement, car ce n'est pas aussi marqu&#233;, il y a des hauts et des bas dans ce recueillement ; mais si on s'y accoutume (cela co&#251;te au d&#233;but, car le corps r&#233;clame ses droits, sans comprendre qu'il se d&#233;capite lui-m&#234;me en ne se donnant pas pour vaincu), si on pers&#233;v&#232;re pendant quelques jours en se faisant violence, on en verra clairement les avantages ; on comprendra que d&#232;s qu'on se met en pri&#232;re les abeilles accourent &#224; la ruche, elles entrent y faire leur miel, sans que nous ayons &#224; nous en occuper. En &#233;change du temps qu'on lui a consacr&#233;, le Seigneur octroie cet empire &#224; l'&#226;me et &#224; la volont&#233;. Au premier signe de recueillement les sens ob&#233;issent &#224; l'&#226;me et se recueillent en &lt;strong&gt;elle&lt;/strong&gt;. Ils en sortent &#224; nouveau, mais c'est d&#233;j&#224; beaucoup qu'ils se soient soumis car ils sortent en captifs et en sujets, et ils ne sont pas aussi nuisibles que nagu&#232;re ; lorsque la volont&#233; les appelle, ils accourent plus promptement, jusqu'&#224; ce qu'apr&#232;s de nombreux retours le Seigneur leur permette de demeurer d&#233;sormais en contemplation parfaite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;9 - Imaginons donc qu'il y a en nous un palais d'une immense richesse, construit tout en or et en pierres pr&#233;cieuses, enfin, digne d'un tel Seigneur, et que la beaut&#233; de cet &#233;difice d&#233;pend de vous ; c'est vrai, car il n'est plus bel &#233;difice qu'une &#226;me pure et pleine de vertus ; plus elles sont grandes, plus les pierreries resplendissent ; dans ce palais habite ce grand Roi qui consent &#224; &#234;tre notre p&#232;re ; il se tient sur un tr&#244;ne de tr&#232;s haut prix, qui est votre c&#339;ur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;10 - &#8230; Ne nous voyons pas vides int&#233;rieurement, &#8230; car j'estime impossible que si nous prenions soin de nous rappeler quel h&#244;te habite en nous, nous accorderions tant d'importance aux choses du monde ; nous les verrions bien basses en comparaison de celles que nous poss&#233;dons en nous&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;11 - Peut-&#234;tre rirez-vous de moi et direz-vous que c'est fort clair, et vous aurez raison, mais ce fut obscur pour moi pendant un certain temps. Je comprenais bien que j'avais une &#226;me, mais ce que m&#233;ritait cette &#226;me, qui l'habitait, je ne le comprenais point ; mes yeux, pour ne pas voir, &#233;taient sans doute bouch&#233;s par les vanit&#233;s de la vie. Il m'est avis que si j'avais compris, comme je le fais aujourd'hui, qu'en ce tout petit palais qu'est mon &#226;me habite un si grand Roi, je ne l'aurais pas laiss&#233; seul si souvent, je me serais tenu de temps en temps aupr&#232;s de Lui, et j'aurais fait le n&#233;cessaire pour que le palais soit moins sale. Qu'il est donc admirable de songer que celui dont la grandeur emplirait mille mondes et beaucoup plus, s'enferme ainsi en une si petite chose ! &lt;strong&gt;A la v&#233;rit&#233;, comme il est le Ma&#238;tre il est libre, et comme il nous aime, il se r&#233;duit &#224; notre mesure&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;12 - Pour &#233;viter que l'&#226;me d&#233;butante ne se trouble &#224; l'id&#233;e que sa petitesse contient une si grande chose, &lt;strong&gt;Il ne se fait pas conna&#238;tre imm&#233;diatement mais il la dilate peu &#224; peu, jusqu'&#224; ce qu'elle puisse contenir ce qu'il d&#233;pose en elle&lt;/strong&gt;. C'est pourquoi je dis qu'il apporte avec lui la libert&#233; car il a le pouvoir d'agrandir ce palais. Le point essentiel est de le lui donner sans r&#233;serve, de le d&#233;barrasser afin qu'il puisse d&#233;garnir et garnir comme chez lui. Sa Majest&#233; a raison, ne lui refusons rien. Comme&lt;strong&gt; il ne veut pas violenter notre volont&#233;&lt;/strong&gt;, il prend ce que nous lui donnons, mais Il ne se donne enti&#232;rement &#224; nous que lorsque nous nous donnons enti&#232;rement &#224; Lui. C'est une certitude, et je ne vous le rappelle avec tant d'insistance que parce que c'est essentiel ;&lt;strong&gt; tant que l'&#226;me n'est pas toute &#224; lui, d&#233;blay&#233;e de tout, il n'agit pas en elle, et je ne sais comment il le pourrait : il aime l'ordre&lt;/strong&gt;. Mais si nous emplissons le palais de gens vulgaires et de camelote, comment le Seigneur y tiendrait-il avec sa cour ? C'est d&#233;j&#224; beaucoup qu'il consente &#224; passer quelques instants dans cet encombrement&lt;/em&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=l7qyBuUjDdA&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.youtube.com/watch?v=l7qyBuUjDdA&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et cependant, elle souligne qu'il ne s'agit pas de s'abrutir de paroles, d'images, voici ce qu'&#233;crit Th&#233;r&#232;se :&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;Vie ch 13 : &#171; 22 - &#8230; Car pour en revenir &#224; ce que je disais, il est bon de s'arr&#234;ter un moment pour m&#233;diter sur le myst&#232;re du Christ &#224; la Colonne, de penser aux peines qu'Il a subies, pourquoi il les a subies, qui &#233;tait Celui qui les a subies, et avec quel amour Il les a endur&#233;es. &lt;strong&gt;Mais ne nous fatiguons pas &#224; ne chercher toujours que cela, restons plut&#244;t aupr&#232;s de Lui, et imposons silence &#224; l'entendement&lt;/strong&gt;. Occupons-le si possible &#224; consid&#233;rer Celui qui nous regarde, tenons-lui compagnie, parlons-lui, sollicitons-le, humilions-nous ; d&#233;lectons-nous en sa pr&#233;sence, et rappelons-nous que nous ne m&#233;riterions pas d'&#234;tre l&#224;. Ceux qui en sont capables, ne serait-ce qu'au commencement de l'oraison, y trouveront grand profit, car cette mani&#232;re d'oraison fait beaucoup progresser ; du moins en fut-il ainsi pour mon &#226;me. &#187;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Th&#233;r&#232;se reprendra cet aspect pour le d&#233;ployer au &lt;em class=&#034;spip&#034;&gt;livre des quatri&#232;mes Demeures &lt;/em&gt; chapitre premier paragraphe cinq et suivant. Elle insistera pour nous avertir qu'il ne s'agit pas tant de penser, de m&#233;diter, de r&#233;fl&#233;chir, d'&#233;prouver des &#233;motions devant la passion de J&#233;sus que d'aimer. Et qu'il y a une distinction entre les &#233;motions, les pens&#233;es qui y sont associ&#233;es et l'union &#224; J&#233;sus :&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;
4D1, 5 - &#171; Les contentements dont j'ai parl&#233; ne dilatent pas le c&#339;ur, ils semblent m&#234;me &#224; l'ordinaire, le serrer un peu, bien qu'il soit tout content de voir ce qui se fait pour Dieu ; mais des larmes angoiss&#233;es jaillissent, qui semblent en quelque sorte caus&#233;es par la passion. Je ne sais pas grand-chose de ces passions de l'&#226;me, ma gaucherie est grande, sinon je me ferais peut-&#234;tre comprendre, je montrerais ce qui proc&#232;de de la sensualit&#233; et de notre nature ; je saurais m'expliquer, moi qui suis pass&#233;e par l&#224;, si je comprenais. A toutes fins, le savoir et l'instruction sont de grandes choses.
&lt;p&gt;6 -Je dis ce que je sais par exp&#233;rience de cet &#233;tat, de ces r&#233;gals et contentements dans la m&#233;ditation ; si la Passion commen&#231;ait &#224; me faire pleurer, j'&#233;tais incapable de m'arr&#234;ter jusqu'&#224; ce que j'en eusse la t&#234;te cass&#233;e ; de m&#234;me, si je pleurais mes p&#233;ch&#233;s Notre-Seigneur me faisait ainsi une fort grande faveur, mais je ne veux pas examiner pour le moment ce qui vaut le mieux, des contentements ou des plaisirs ; je voudrais seulement pouvoir dire quelle diff&#233;rence il y a entre eux. Ces larmes et ces d&#233;sirs sont souvent favoris&#233;s par la nature et la disposition du moment ; mais, enfin, comme je l'ai dit, quoi qu'il en soit, ils aboutissent &#224; Dieu. C'est hautement appr&#233;ciable, si l'humilit&#233; est l&#224; pour nous faire comprendre que nous ne sommes pas meilleurs pour cela ; nous ne pouvons pas comprendre si tous ces effets sont caus&#233;s par l'amour, mais s'il en est ainsi, c'est un don de Dieu. La plupart des &#226;mes &#233;prouvent cette sorte de ferveur dans les Demeures pr&#233;c&#233;dentes, car leur entendement est presque toujours en action, elles l'emploient &#224; r&#233;fl&#233;chir, &#224; m&#233;diter : elles sont en bonne voie, car on ne leur a pas accord&#233; davantage, mais elles feraient bien de se consacrer par moments &#224; accomplir des actes, &#224; louer Dieu, &#224; se r&#233;jouir de sa bont&#233;, &#224; le voir semblable &#224; Lui-m&#234;me, &#224; souhaiter son honneur et sa gloire : cela, de leur mieux, car c'est un excellent moyen d'&#233;veiller la volont&#233;. Et qu'elles veillent bien, lorsque le Seigneur leur donnera ces sentiments, &#224; ne pas les faire taire pour achever leur m&#233;ditation ordinaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;7 - Comme je me suis longuement &#233;tendue, ailleurs, sur ce sujet (Autobiographie, chap.12), je n'en parlerai pas ici. Je veux absolument que vous sachiez que pour beaucoup avancer sur ce chemin et monter aux Demeures que nous d&#233;sirons atteindre, &lt;strong&gt;il ne s'agit pas de beaucoup penser, mais de beaucoup aimer ; donc, tout ce qui vous incitera &#224; aimer davantage, faites-le&lt;/strong&gt;. Nous ne savons peut-&#234;tre pas ce que c'est qu'aimer, je n'en serais pas tr&#232;s &#233;tonn&#233;e ; or il ne s'agit pas de go&#251;ter le plus grand plaisir, mais d'&lt;strong&gt;avoir la plus forte d&#233;termination de d&#233;sirer toujours contenter Dieu, de chercher, autant que possible, &#224; ne pas l'offenser, de le prier de faire toujours progresser l'honneur et la gloire de son Fils&lt;/strong&gt;, et grandir l'&#201;glise Catholique. Telles sont les marques de l'amour, mais ne croyez pas qu'il s'agisse de ne pas penser &#224; autre chose, et que si vous &#234;tes un peu distraite, tout est &#171; perdu &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=i3PzVjnqn6s&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.youtube.com/watch?v=i3PzVjnqn6s&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;B - Entre m&#233;ditation et contemplation.&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Th&#233;r&#232;se en est dans ce texte aux premi&#232;res phases de cette dynamique et tout de suite elle nous invite &#224; passer de la m&#233;ditation, de ce travail de l'intelligence, de la m&#233;moire, de l'imagination &#224; la mise en pr&#233;sence de notre Seigneur. &lt;strong class=&#034;caractencadre-spip spip&#034;&gt;Pour la Th&#233;r&#232;se la pri&#232;re, sous quelque forme qu'elle se vive, est une mise en relation avec Dieu, un chemin d'amiti&#233; &#224; parcourir, un c&#339;ur &#224; c&#339;ur &#224; d&#233;couvrir.&lt;/strong&gt; Et puis, c'est l'affaire de Dieu dans l'&#226;me, de son appel. Th&#233;r&#232;se va nous entra&#238;ner sur ce chemin en faisant &#224; la foi preuve d'humilit&#233; et d'audace en osant exprimer devant Dieu la force de ses d&#233;sirs et vivre avec lui comme avec un compagnon, un ami, un p&#232;re, un fr&#232;re. Et Dieu r&#233;pondra aux d&#233;sirs de son &#226;me, aux d&#233;sirs d'amiti&#233; qui se noue et qui cherche &#224; s'approfondir.
Voici ce qu'elle &#233;crit au d&#233;but du chapitre XI du livre de la Vie, alors qu'elle va aborder un enseignement sur les diff&#233;rentes formes de pri&#232;re d'oraison et de l'union &#224; Dieu :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vie XI &lt;em class=&#034;spip&#034;&gt;&#171; 1 - Je vais donc parler maintenant de ceux qui commencent &#224; &#234;tre les serviteurs de l'amour ; nous ne sommes rien d'autre, ce me semble, lorsque nous d&#233;cidons de suivre sur ce chemin de l'oraison celui qui nous a tant aim&#233;s ; c'est l&#224; une si haute dignit&#233; que j'&#233;prouve &#224; y penser une joie extraordinaire, la peur servile s'&#233;limine bient&#244;t, si nous nous comportons comme nous le devons dans ce premier &#233;tat. &#212; Seigneur de mon &#226;me, mon Bien ! Pourquoi n'avez-vous pas voulu que l'&#226;me qui d&#233;cide de vous aimer et s'efforce de tout quitter afin de mieux se vouer &#224; cet amour de Dieu ait imm&#233;diatement la jouissance de s'&#233;lever jusqu'&#224; cet amour parfait ? Je m'exprime mal. J'aurais d&#251; dire en g&#233;missant que c'est nous qui ne le voulons pas ; &lt;strong&gt;car c'est uniquement par notre faute que nous ne jouissons pas tout de suite d'une si haute dignit&#233; ; lorsqu'on arrive &#224; ressentir parfaitement ce v&#233;ritable amour de Dieu, il apporte avec lui tous les biens&lt;/strong&gt;. Nous nous prisons si cher, nous sommes si lents &#224; nous donner totalement &#224; Dieu, que devant la volont&#233; de sa Majest&#233; de ne pas nous laisser jouir d'une chose si pr&#233;cieuse sans payer un grand prix, nous h&#233;sitons &#224; nous y disposer. &#187;&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; le t&#233;moignage que nous laisse Th&#233;r&#232;se pour nous parler de la suite du Christ selon son charisme. &lt;strong class=&#034;caractencadre-spip spip&#034;&gt;Il ne s'agit pas simplement de se mettre en pri&#232;re, mais de suivre le Christ l&#224; o&#249; lui-m&#234;me a march&#233;. Et par ce chemin de l'oraison, elle nous dit ni plus, ni moins que nous allons nous faire les serviteurs de l'amour&lt;/strong&gt;. Le programme est &#233;nonc&#233; ! Dieu est amour et par l'oraison nous nous mettons progressivement &#224; son service, nous en devenons les serviteurs.
Mais elle ajoute que &#171; &lt;em class=&#034;spip&#034;&gt; nous nous prisons si cher, nous sommes si lents &#224; nous donner&#8230; C'est de notre faute que nous ne jouissons pas tout de suite d'une si haute dignit&#233;.&lt;/em&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a un passage &#224; vivre de nous &#224; Lui pour en fin de compte d&#233;couvrir notre propre beaut&#233;. Servir l'amour, c'est d'abord se quitter, quitter ce moi narcissique autour duquel nous enroulons et enlisons, pour suivre le Christ. Cela prend du temps.&lt;strong class=&#034;caractencadre-spip spip&#034;&gt; Il serait illusoire que ce passage, dans le registre de la pri&#232;re, de la m&#233;ditation &#224; la contemplation soit l'affaire d'un instant.&lt;/strong&gt; Il n'est pas si facile que cela de prendre de la distance avec nous-m&#234;mes. Cela commence et aussi aboutit &#224; une d&#233;couverte : &lt;strong&gt;Dieu en Christ vient cheminer avec nous.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La beaut&#233; de cette relation, qui avec le temps prend de l'intensit&#233;, nous fait d&#233;couvrir en miroir la lumi&#232;re qui se refl&#232;te en nos c&#339;urs. C'est cette rencontre de la vraie beaut&#233; en nos c&#339;urs qui va peu &#224; peu nous transfigurer. Il faut donc se quitter, quitter son petit moi, pour s'ouvrir &#224; la source de la vraie vie et trouver son Moi, qui est la vie de Dieu en soi. Se quitter pour se d&#233;couvrir, pour d&#233;couvrir notre propre beaut&#233;, non celle fa&#231;onn&#233;e &#224; coup d'artifices, non celle qui vient pour un instant &#233;clairer la peau de l'ext&#233;rieur, mais celle qui monte du plus profond de l'&#234;tre et qui embrase tout, et le corps et le c&#339;ur.
&lt;strong&gt;Se donner&lt;/strong&gt; ici &lt;strong&gt;pour Th&#233;r&#232;se c'est se lib&#233;rer des fausses richesses, c'est se lib&#233;rer du point d'honneur, c'est se lib&#233;rer des affections d&#233;plac&#233;es&lt;/strong&gt;. Pour aller l&#224; o&#249; elle d&#233;sire aller, dans le c&#339;ur de Dieu, l'&#226;me doit lib&#233;rer son c&#339;ur, cesser les bruits int&#233;rieurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cette suite du Christ, Th&#233;r&#232;se ne se laisse pas emporter par des jeux de mots, par des distinctions verbales. Elle va &#224; l'essentiel et plus important que la distinction m&#233;ditation / contemplation dans laquelle on peut se perdre parce qu'on peut tr&#232;s bien perdre J&#233;sus du regard sous pr&#233;texte m&#234;me de le chercher, &lt;strong&gt;Th&#233;r&#232;se nous dit en fait qu'une &#226;me qui se donne totalement &#224; Dieu est contemplative&lt;/strong&gt;. Ce chemin de pri&#232;re est r&#233;ellement un chemin de la suite du Christ&lt;/strong&gt;, de la mise de nos pas dans les pas du Bien Aim&#233;, de ce grand Ami qu'est J&#233;sus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est &#224; une relation qu'elle nous convie en fait, une relation qui nous emporte loin de nous, et qui nous montre, pas apr&#232;s pas, notre identit&#233; profonde. Nous sommes cr&#233;&#233;s &#224; l'image de Dieu et ce n'est pas &#224; prendre &#224; la l&#233;g&#232;re chez Th&#233;r&#232;se :&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;1D1,1 : &#171; S'offrit &#224; moi ce qui sera, d&#232;s le d&#233;but, la base de cet &#233;crit : consid&#233;rer notre &#226;me comme un ch&#226;teau fait tout entier d'un seul diamant ou d'un tr&#232;s clair cristal, o&#249; il y a beaucoup de chambres, de m&#234;me qu'il y a beaucoup de demeures au ciel. Car &#224; bien y songer, mes soeurs, l'&#226;me du juste n'est rien d'autre qu'un paradis o&#249; Il dit trouver ses d&#233;lices. Donc, comment vous-repr&#233;sentez-vous la chambre o&#249; un Roi si puissant, si sage, si pur, si empli de tous les biens, se d&#233;lecte ? Je ne vois rien qu'on puisse comparer &#224; la grande beaut&#233; d'une &#226;me et &#224; sa vaste capacit&#233;. Vraiment, c'est &#224; peine si notre intelligence, si aigu&#235; soit-elle, peut arriver a le comprendre, de m&#234;me qu'elle ne peut arriver &#224; consid&#233;rer Dieu, puisqu'il dit lui-m&#234;me qu'il nous a cr&#233;&#233;s &#224; son image et &#224; sa ressemblance. &#187; &lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Elle nous &#233;crit cependant &#224; la fois pour avertir et nous encourager :&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;3D1, 6 : &#171; &#212; J&#233;sus ! Laquelle d'entre vous pr&#233;tendrait ne pas vouloir un si grand bien, surtout apr&#232;s &#234;tre pass&#233;e par ce qu'il y a de plus ardu ? Non, personne. Nous disons toutes que nous le voulons ; mais&lt;strong&gt; il faut bien davantage pour que le Seigneur poss&#232;de l'&#226;me tout enti&#232;re, il ne suffit pas de le dire, comme cela n'a pas suffi au jeune homme &#224; qui le Seigneur demanda s'il voulait &#234;tre parfaits&lt;/strong&gt; (Mt 19,16-22). J'y songe depuis que j'ai commenc&#233; &#224; parler de ces Demeures, car nous sommes ainsi, &#224; la lettre, et les grandes s&#233;cheresses dans l'oraison viennent habituellement de l&#224;, bien qu'il y ait aussi d'autres causes. Je ne dis rien des &#233;preuves int&#233;rieures, et elles sont intol&#233;rables, que bien des bonnes &#226;mes subissent sans &#234;tre moindrement coupables et dont le Seigneur les d&#233;livre toujours avec de grands b&#233;n&#233;fices, ni de celles qui souffrent de m&#233;lancolie, ou d'autres maladies. Enfin, en toutes choses, nous devons faire la part du jugement de Dieu. Quant &#224; moi, je crois que la cause la plus habituelle de la s&#233;cheresse est celle que j'ai dite ; car ces &#226;mes, qui voient que pour rien au monde elles ne commettraient un p&#233;ch&#233; mortel, ni m&#234;me souvent un v&#233;niel de propos d&#233;lib&#233;r&#233; et qui emploient bien leur vie et leur fortune, s'impatientent pourtant de voir se fermer devant elles la porte qui conduit &#224; l'appartement de notre Roi dont elles s'estiment les vassales, et elles le sont effectivement &#187;.&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;spip_document_ spip_document spip_documents spip_document_video ressource oembed oembed_video oembed_video oembed_youtube&#034; &gt; &lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;div class=&#034;oembed oe-video async clearfix&#034; style=&#034;max-width:533px;&#034;&gt; &lt;div class=&#034;rwd-video-container oe-play-button&#034; style=&#034;width:100%;height:0;padding-bottom:75.05%;background-image:url('https://i.ytimg.com/vi/xetf3CH2aDY/hqdefault.jpg');background-repeat:no-repeat;background-position:center;background-size:cover;&#034; data-content=&#034;%3Ciframe%20width%3D%22533%22%20height%3D%22400%22%20src%3D%22https%3A%2F%2Fwww.youtube-nocookie.com%2Fembed%2Fxetf3CH2aDY%3Ffeature%3Doembed%26autoplay%3D1%22%20frameborder%3D%220%22%20allow%3D%22accelerometer%3B%20autoplay%3B%20clipboard-write%3B%20encrypted-media%3B%20gyroscope%3B%20picture-in-picture%3B%20web-share%22%20referrerpolicy%3D%22strict-origin-when-cross-origin%22%20allowfullscreen%20title%3D%22No%20me%20mueve%20mi%20Dios%20para%20quererte%22%3E%3C%2Fiframe%3E&#034;&gt; &lt;button&gt;&lt;span class=&#034;oe-play-button_label&#034;&gt;Lecture&lt;/span&gt;&lt;/button&gt; &lt;/div&gt; &lt;style&gt;&lt;!--/**/.oe-video .loading {background-image:url(&#034;prive/themes/spip/images/searching.gif&#034;)!important;background-size:auto !important;}/**/--&gt;&lt;/style&gt;
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&lt;div class=&#034;spip_doc_titre&#034; style=&#034;max-width:533px;&#034;&gt;&lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=xetf3CH2aDY&#034; class=&#034;oe-title&#034;&gt;No me mueve mi Dios para quererte&lt;/a&gt; &lt;span class=&#034;oe-author&#034;&gt;&lt;br/&gt;&lt;span class=&#034;oe-author_par&#034;&gt;par &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/@levieldealfeo&#034; class=&#034;oe-author_name&#034;&gt;levieldealfeo&lt;/a&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;
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&lt;/figcaption&gt; &lt;div class=&#034;base64javascript20278276746a65c443523e67.79883853&#034; title=&#034;PHNjcmlwdD5qUXVlcnkoZnVuY3Rpb24oKXsgalF1ZXJ5KCcub2VtYmVkLm9lLXZpZGVvLmFzeW5jJykubm90KCcuZG9uZScpLmFkZENsYXNzKCdkb25lJykub24oJ2NsaWNrJywgJy5vZS1wbGF5LWJ1dHRvbicsZnVuY3Rpb24oZSl7dmFyICRtZSA9IGpRdWVyeSh0aGlzKSxjb250ZW50ID0gZGVjb2RlVVJJQ29tcG9uZW50KCRtZS5kYXRhKCdjb250ZW50JykpOyRtZS5yZW1vdmVDbGFzcygnb2UtcGxheS1idXR0b24nKS5hZGRDbGFzcygnbG9hZGluZycpLmh0bWwoY29udGVudCk7fSl9KTwvc2NyaXB0Pg==&#034;&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;pour le texte en espagnol
(&lt;a href=&#034;http://www.franciscanos.org/oracion/nomemueve.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.franciscanos.org/oracion/nomemueve.html&lt;/a&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et elle conclut le &lt;em class=&#034;spip&#034;&gt;livre des Demeures&lt;/em&gt; par cette quasi-injonction :&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;7D4, 9 &#171; Je r&#233;p&#232;te qu'il faut pour cela que vos fondations ne portent pas seulement sur la pri&#232;re et la contemplation, car si vous ne recherchez pas les vertus, si vous ne vous exercez pas &#224; les pratiquer, vous ne serez jamais que des naines ; et m&#234;me plaise &#224; Dieu qu'il ne s'agisse que de ne pas grandir, vous savez que celui qui ne cro&#238;t pas d&#233;cro&#238;t ; et j'estime impossible que l'amour l&#224; o&#249; il est, se contente d'&#234;tre toujours le m&#234;me. &#187;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Ce qu'elle souligne en fait, c'est que l'oraison, cette &lt;strong&gt;relation d'amiti&#233; qui s'initie entre Dieu et l'&#226;me et d'abord l'apprentissage de l'amour&lt;/strong&gt;, de la vie donn&#233;e et re&#231;ue. Puisque c'est d'amour que l'on parle, puisque c'est l'amour qui est partag&#233;, que c'est une relation d&#233;licate qui s'ouvre entre deux partenaires, il est important, au titre de la d&#233;licatesse de c&#339;ur et d'esprit, de se modeler aux exigences de cette relation. &lt;strong&gt;C'est &#224; une conversion progressive, ferme et d&#233;termin&#233;e, qu'elle nous convie&lt;/strong&gt;. Dieu s'est donn&#233; totalement &#224; nous en son Fils. Il nous invite &#224; nous donner &#224; notre tour totalement comme lui-m&#234;me s'est donn&#233;.
Et le passage des Demeures que l'on vient de citer (3D1) o&#249; elle prend en exemple l'&#233;vangile du jeune homme riche vient pr&#233;ciser en quoi consiste le don de l'&#226;me. Il y a bien s&#251;r la mise en route &#224; la suite de l'appel de J&#233;sus pour se convertir, ici la pratique des commandements, avec le Discours sur la Montagne (Mt 5-7), J&#233;sus donne une impulsion nouvelle au d&#233;calogue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, la mise en pratique des commandements ne suffit pas si elle n'est pas mise en perspective avec la pr&#233;sence de Dieu. &lt;strong&gt;Ce n'est pas la faute &#224; la g&#233;n&#233;rosit&#233; du jeune homme de l'&#201;vangile, c'est faute &#224; sa mauvaise compr&#233;hension de Dieu&lt;/strong&gt;. Lui s'appuie sur des pratiques, des observances, un faire. J&#233;sus voudrait l'emmener sur un autre registre,&lt;strong&gt; celui de la relation, de l'amour gratuit, de la suite de quelqu'un&lt;/strong&gt;. Mais l&#224;, plus aucun appui, sinon la pr&#233;sence de l'&#234;tre aim&#233;, ami ou amant, compagnon ou p&#232;re. Car au fond le salut n'est pas au bout de notre agir, de nos techniques, de notre ma&#238;trise, o&#249; il y aurait encore un peu de notre toute-puissance, de la recherche de notre s&#233;curit&#233;.&lt;strong&gt; Le salut c'est quel qu'Un&lt;/strong&gt;, notre s&#233;curit&#233;, c'est quelqu'un, c'est la rencontre de ce quelqu'un en qui je d&#233;pose ma confiance, &#224; qui je m'abandonne. Une rencontre, pour qu'elle s'ouvre &#224; la profondeur doit se faire dans la confiance et aboutir &#224; un certain l&#226;cher-prise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour le dire autrement on peut citer le P&#232;re Molini&#233; :&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;&#171; A l'amour totalitaire et v&#233;ritablement un peu fou que Dieu nous demande, nous prenons l'habitude de substituer une v&#233;n&#233;ration qui, tout en se prosternant devant lui, essaie tant bien que mal de le tenir plus ou moins &#224; distance. Au don absolu, nous pr&#233;f&#233;rons la soumission, plus triste et plus facile : tendre le dos au lieu d'offrir la poitrine. Et c'est dans cette attitude que nous faisons effort pour &#234;tre juste et rendre leur d&#251; &#224; Dieu et au prochain. Mais tant que cette justice n'est pas soulev&#233;e par l'esprit d'amour, elle ne d&#233;passe pas celle des scribes et des pharisiens. Essayer de se soumettre sans pour autant se donner totalement est un effort d&#233;sesp&#233;r&#233;. &lt;strong&gt;Un c&#339;ur qui ne se donne pas reste centr&#233; sur lui-m&#234;me&lt;/strong&gt;. &#187;&lt;/div&gt;&lt;h4 class=&#034;spip&#034;&gt;Th&#233;r&#232;se d'Avila, Po&#233;sie 5&lt;/h4&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;&#171; Heureux le c&#339;ur amoureux&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Qui sur Dieu seul a fix&#233; sa pens&#233;e,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Et pour lui renonce &#224; tout le cr&#233;&#233;.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Il vit insoucieux, m&#234;me de soi,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Car toutes ses intentions sont en Dieu,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Ainsi, joyeux, et fort heureux,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Il franchit les vagues de cette mer temp&#233;tueuse.&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Mais il faut &#234;tre au clair, c'est avant tout u&lt;strong&gt;n parcours d'humilit&#233;&lt;/strong&gt;, c'est-&#224;-dire de &lt;strong&gt;v&#233;rit&#233;&lt;/strong&gt; :&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;C 27 : &#171; il est tr&#232;s important de comprendre que Dieu ne nous conduit pas tous par le m&#234;me chemin, et celui qui croit marcher par le chemin le plus bas est peut-&#234;tre le plus haut aux yeux du Seigneur. Ce n'est pas parce que dans cette maison la coutume et la pratique de l'oraison sont observ&#233;es, que vous devez obligatoirement &#234;tre toutes contemplatives. C'est impossible, et celle qui ne le sera pas &#233;prouvera une vive contrari&#233;t&#233; si elle ne comprend pas cette v&#233;rit&#233;.&lt;strong&gt; La contemplation est un don de Dieu&lt;/strong&gt;. Et puisqu'elle n'est pas n&#233;cessaire au salut et que Dieu ne nous la demande pas comme condition de la r&#233;compense future, que cette religieuse ne s'imagine pas que quelqu'un d'autre l'exigera, ni qu'elle cessera pour autant d'&#234;tre tr&#232;s parfaite si elle met en pratique ce que j'ai &#233;crit ; au contraire, elle aura peut-&#234;tre beaucoup plus de m&#233;rite, parce qu'elle devra fournir davantage d'efforts ; le Seigneur la traite en &#226;me forte et lui r&#233;serve, pour les lui donner toutes &#224; la fois, les consolations dont elle n'aura pas joui sur la terre. &lt;strong&gt;Qu'elle ne se d&#233;courage donc pas, n'abandonne pas l'oraison et n'omette pas de faire comme les autres, car parfois le Seigneur vient tr&#232;s tard ; et, m&#234;me tard, il paye bien, et donne d'un seul coup autant qu'il a donn&#233; peu &#224; peu &#224; d'autres en plusieurs ann&#233;es&lt;/strong&gt; . &#187; &lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;Cela vient donc relativiser la distinction que l'on va faire entre m&#233;ditation et contemplation, non comme une marque de saintet&#233;, mais appel particulier de Dieu. A nous donc de reconna&#238;tre le don de Dieu et nous laisser entra&#238;ner par le d&#233;sir du c&#339;ur car c'est par l&#224; que Dieu agit en nous. C'est Dieu qui appelle, &#224; nous d'entendre et de r&#233;pondre &#224; la mesure de notre d&#233;sir&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;C 17,3 &#171; J'ai pass&#233; quatorze ans sans pouvoir jamais m&#233;diter autrement qu'avec un livre&#8230; &#187; Avec cet avertissement nous commen&#231;ons &#224; aborder en compagnie de Th&#233;r&#232;se le th&#232;me de la &lt;strong&gt;contemplation&lt;/strong&gt;, qu'elle nomme aussi &lt;strong&gt;Oraison de qui&#233;tude&lt;/strong&gt;.&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Cela se fera progressivement et commencera par ce qu'elle appelle le recueillement passif.&lt;/p&gt;
&lt;h4 class=&#034;spip&#034;&gt;Po&#233;sie 4&lt;/h4&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;&#171; &#8230;Ame, que veux-tu de moi ?&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Mon Dieu, rien d'autre que de te voir&#8230; &#187;&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est donc pas une question de mots, mais la mise en route de notre c&#339;ur &#224; la suite de Celui qui est venu nous en r&#233;v&#233;ler le chemin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est une autre sorte de recueillement o&#249; c'est plus l'&#339;uvre de Dieu que celle de l'&#226;me :
Th&#233;r&#232;se nous invite &#224; faire attention &#224;&lt;strong&gt;l'&#339;uvre de Dieu en nous&lt;/strong&gt;, &#224; nous mettre &#224; l'&#233;coute du sifflement du pasteur qui attire l'&#226;me &#224; l'int&#233;rieur (4D3.2), donc &#224; faire attention &#224; ce passage de la m&#233;ditation &#224; la contemplation. Elle parle du &lt;strong&gt;recueillement passif&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous nous retrouvons &#224; la 4&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; Demeure&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;4D3, &#171; 2-On dit que l'&#226;me entre en elle-m&#234;me : on dit aussi qu'elle monte au-dessus d'elle-m&#234;me. Je ne saurais &#233;clairer moindrement ce langage, j'ai le tort de penser que vous devez comprendre celui dans lequel je m'exprime alors que je ne parle peut-&#234;tre que pour moi. Estimons que ces sens et ces puissances dont j'ai d&#233;j&#224; dit qu'ils sont les habitants de ce ch&#226;teau, comparaison qui m'aide &#224; m'expliquer, sont sortis, et vivent depuis des jours et des ann&#233;es avec des &#233;trangers, ennemis de ce ch&#226;teau ; ils se voient perdus et ils s'en rapprochent, mais sans arriver &#224; s'y introduire, car l'habitude qu'ils ont prise est forte, mais ils ne sont plus des tra&#238;tres, et r&#244;dent aux alentours. Lorsqu'il voit leur bonne volont&#233;, le grand Roi qui habite ce ch&#226;teau veut les ramener &#224; Lui, dans sa grande mis&#233;ricorde, en bon pasteur ; par un sifflement si doux que c'est &#224; peine s'ils l'entendent, il cherche &#224; leur faire reconna&#238;tre sa voix afin qu'ils ne se croient plus perdus, mais retournent &#224; leur demeure. Et ce sifflement du pasteur a une telle puissance qu'ils abandonnent les choses ext&#233;rieures qui ali&#233;naient leur raison, et rentrent dans le ch&#226;teau.&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;3 Il semble ne l'avoir jamais mieux fait comprendre : quand nous cherchons Dieu en nous-m&#234;mes (on l'y trouve mieux et plus efficacement que dans les cr&#233;atures, comme le dit saint Augustin qui l'a trouv&#233; l&#224;, apr&#232;s l'avoir cherch&#233; en beaucoup d'endroits), cette gr&#226;ce, si Dieu nous la fait, nous est d'un grand secours. &lt;strong&gt;Ne songez pas que nous y parvenions &#224; l'aide de l'entendement, en nous appliquant &#224; penser que Dieu est en nous, ni &#224; l'aide de l'imagination, en l'imaginant en nous.&lt;/strong&gt; C'est l&#224; une bonne, une excellente mani&#232;re de m&#233;ditation, bas&#233;e sur la v&#233;rit&#233;, puisqu'il est vrai que Dieu est en nous-m&#234;mes ; cela, chacun de nous peut le faire, (bien entendu, comme toutes choses, avec la faveur du Seigneur), mais ce n'est pas de cela qu'il s'agit. Ce dont je parle est diff&#233;rent ; parfois, avant de commencer &#224; penser &#224; Dieu, ces gens sont d&#233;j&#224; dans le Ch&#226;teau ; sans que je sache o&#249; ni comment, ils ont entendu le sifflement de leur Pasteur ; ce ne fut pas par l'ou&#239;e, car on n'entend rien, mais on ressent tr&#232;s manifestement un doux recueillement int&#233;rieur ; ceux qui en ont l'exp&#233;rience le sauront, mais je ne puis l'expliquer plus clairement. Je crois avoir lu que le h&#233;risson ou la tortue rentrent ainsi en eux-m&#234;mes ; celui qui l'a &#233;crit devait bien comprendre ce dont il est question. Toutefois ces animaux rentrent quand ils le veulent, tandis que ce recueillement ne s'obtient pas &#224; volont&#233;, mais lorsque Dieu veut nous accorder cette gr&#226;ce. &#187;&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;Dieu se rend pr&#233;sent &#224; l'&#226;me par la douceur, par l'attention qu'il suscite au c&#339;ur. C'est comme si l'&#233;coute int&#233;rieure &#233;tait sollicit&#233;e. L'&#226;me doit donc &#234;tre disponible en elle-m&#234;me pour &#234;tre &#224; l'&#233;coute, se laisser recueillir. Dieu fait peu &#224; peu sentir sa pr&#233;sence. La m&#233;ditation ou tout autre support qui jusqu'&#224; maintenant aidaient l'&#226;me &#224; se recentrer ne sont plus autant n&#233;cessaires, ce qui peut &#234;tre troublant. Le fruit de la pri&#232;re est donn&#233;, il est l&#224;.&lt;strong&gt; Il suffit &#224; l'&#226;me d'&#234;tre &#224; l'&#233;coute et de se laisser attirer&lt;/strong&gt;. Il lui suffit de se laisser rejoindre, aimer. Cela n'est peut-&#234;tre pas si simple qu'il n'y para&#238;t, car l'affectivit&#233; profonde est sollicit&#233;e, le lieu le plus fragile en nous, la sph&#232;re de la relation. Dieu vient frapper &#224; la porte de notre c&#339;ur, mais nous ne sommes pas toujours pr&#234;ts &#224; nous laisser rejoindre l&#224;, dans cette simplicit&#233; d&#233;concertante, &#224; cette profondeur de notre &#234;tre. Cela peut demander du temps avant que nous puissions consentir &#224; nous laisser aimer gratuitement !&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Pour aller plus profond&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;C- -Le passage de la m&#233;ditation &#224; la contemplation ou oraison de qui&#233;tude.&lt;/h3&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;Vie 11,15 : &#171; Bien qu'il soit tr&#232;s important pour les d&#233;butants de commencer avec cette libert&#233; et cette d&#233;termination, malgr&#233; mon insistance, je ne dis pas tant cela pour eux que pour d'autres ; car il doit y en avoir beaucoup qui ont commenc&#233; depuis longtemps et n'en finissent pas de finir ; je crois surtout que cela vient de ce qu'ils n'ont pas embrass&#233; la croix d&#232;s le d&#233;but, et qu'ils vivent dans l'affliction, persuad&#233;s de ne rien faire. Ils ne peuvent souffrir que l'entendement cesse d'agir ; alors que d'aventure la volont&#233; s'amplifie et se renforce, ils ne s'en rendent pas compte. &#187; &lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Que remarque Th&#233;r&#232;se, c'est que l'on peut&lt;strong&gt; trouver sa joie dans la m&#233;ditation, une joie qui vient de notre effort&lt;/strong&gt;. Il y a l&#224; une sorte de notre ma&#238;trise dans la pri&#232;re. Or elle vient ouvrir un autre espace en nous aidant &#224; pointer vers une autre direction. Ici, l'effort consiste &#224; laisser faire, &#224; se mettre l'&#233;coute de Dieu en soi. Ici l'effort, est justement d'&lt;strong&gt;apprendre &#224; ne plus ma&#238;triser, mais de se mettre &#224; l'&#233;coute des pas de Dieu au fond de soi&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;Vie 14 : &#171; Initiation au second degr&#233; d'oraison, &lt;br class='manualbr' /&gt;1 - Nous savons donc d&#233;j&#224; combien il en co&#251;te d'arroser ce verger, lorsqu'on tire l'eau du puits &#224; la force du bras (m&#233;ditation Vie 13). Parlons maintenant de la seconde fa&#231;on de tirer l'eau que prescrit le Ma&#238;tre du verger : l'usage d'une noria &#224; godets permet de puiser l'eau avec moins d'efforts, et de se reposer, sans travailler continuellement. &lt;strong&gt;Je veux donc traiter maintenant de cette m&#233;thode appliqu&#233;e &#224; l'oraison qu'on appelle oraison de qui&#233;tude&lt;/strong&gt;.&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;2 - Ici l'&#226;me commence &#224; se recueillir, d&#233;j&#224; elle aborde le surnaturel, car elle ne peut en aucune fa&#231;on gagner cet &#233;tat, si diligemment qu'elle s'y emploie. Il est vrai, semble-t-il, qu'elle s'est fatigu&#233;e pendant un certain temps &#224; faire marcher la noria (m&#233;ditation), elle a travaill&#233; avec l'entendement, et empli les godets ; mais ici l'eau est plus haute, on peine donc beaucoup moins que lorsqu'il faut la tirer du puits. Je dis que l'eau est plus proche de nous, parce que la gr&#226;ce se fait conna&#238;tre plus clairement &#224; l'&#226;me. Cela consiste en un recueillement int&#233;rieur des puissances (m&#233;moire, intelligence, volont&#233;) pour mieux savourer ce bonheur ; mais on ne les perd pas et elles ne s'endorment point ; seule la volont&#233; est active, de telle fa&#231;on qu'on la captive sans qu'elle sache comment ;&lt;strong&gt;elle consent seulement &#224; se laisser captiver par Dieu, en personne qui sait bien qu'elle est captive de Celui qu'elle aime&lt;/strong&gt;. &#212; J&#233;sus mon Seigneur, de quel secours nous est ici votre amour ! Car dans cet &#233;tat, le n&#244;tre est si li&#233; au v&#244;tre qu'il ne nous laisse point libre d'aimer autre chose que Vous. &#187;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Se laisser captiver est cette qualit&#233; d'&#233;coute qui permet en quelque sorte de &lt;strong&gt;sentir la pr&#233;sence de Dieu au fond de soi&lt;/strong&gt;, de percevoir son amour, de se trouver bien en cette pr&#233;sence int&#233;rieure, sans avoir &#224; faire quel qu'efforts que ce soit. L'&#226;me n'est pas troubl&#233;e par les soucis, mais dans une sorte de silence int&#233;rieur qui lui permet de sentir la pr&#233;sence douce et d&#233;licate de Dieu.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;V 14, &#171; 3-Les deux autres puissances aident la volont&#233; &#224; mieux se disposer &#224; jouir d'un si grand bien, car m&#234;me lorsque la volont&#233; est en union avec elles, il leur arrive parfois de susciter des difficult&#233;s. Mais alors, n'en faites point cas, demeurez dans votre joie et dans votre qui&#233;tude ; si vous voulez les recueillir, la volont&#233; et ces deux puissances y perdront ; elles sont &#224; ce moment-l&#224; semblables &#224; des colombes qui, non contentes de ne faire aucun effort pour recevoir la becqu&#233;e du ma&#238;tre du colombier, vont ailleurs chercher &#224; manger, et s'en trouvent si mal qu'elles reviennent ; ainsi elles vont et viennent, dans l'espoir que la volont&#233; leur fera part de ce dont elle jouit. Si le Seigneur veut leur donner la becqu&#233;e, elles s'arr&#234;tent, et ne cherchent pas autre chose ; peut-&#234;tre se croient-elles utiles &#224; la volont&#233;, mais la m&#233;moire ou l'imagination lui font parfois du tort en lui montrant ce dont elle jouit. Qu'elle se comporte donc &#224; leur &#233;gard comme je vais le dire.&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;4 Tout ce qui se passe ici s'accompagne d'une immense consolation et de si peu de travail que l'oraison ne fatigue point, m&#234;me si elle se prolonge longtemps ; car l'entendement agit ici lentement, pas &#224; pas, et tire beaucoup plus d'eau qu'il n'en tirait du puits ; ici, les larmes que Dieu accorde sont m&#234;l&#233;es de joie ; on les sent couler sans les avoir recherch&#233;es.&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;5 - Ces grandes eaux des bienfaits et des gr&#226;ces que le Seigneur donne ici font cro&#238;tre les vertus, sans comparaison, beaucoup mieux que dans l'oraison pr&#233;c&#233;dente ; car d&#233;j&#224; l'&#226;me s'&#233;l&#232;ve au-dessus de sa mis&#232;re et il lui est accord&#233; de pressentir les plaisirs du ciel. Cela, je le crois, les aide &#224; mieux se d&#233;velopper, elles se rapprochent aussi de Dieu, la vrai vertu d'o&#249; toutes les vertus proc&#232;dent ; car Sa Majest&#233; commence &#224; se manifester &#224; cette &#226;me et veut lui faire sentir comment Elle se manifeste. D&#232;s que l'&#226;me en arrive l&#224;, la convoitise des choses d'ici-bas s'att&#233;nue en elle, &#224; peu de frais, puisqu'elle voit clairement qu'ici-bas on ne peut go&#251;ter un seul instant ce plaisir et que richesses, noblesse, honneurs, d&#233;lices, ne suffisent pas &#224; lui procurer un contentement semblable le temps d'un clin d'&#339;il, car il est r&#233;el, et on voit que ce contentement nous contente. Il me semble qu'ici-bas nous ne comprenons que par extraordinaire ce qu'est ce contentement, il s'y m&#234;le toujours un oui ou un non ; dans cet &#233;tat d'oraison de qui&#233;tude, tout est oui : le non vient plus tard, lorsqu'il a pris fin et qu'on ne peut le retrouver, ne sachant que faire ; car on a beau s'an&#233;antir &#224; force de p&#233;nitences, d'oraison, et tout le reste, cela ne sert pas &#224; grand-chose, si le Seigneur ne veut pas nous l'accorder. &lt;strong&gt;Dans sa grandeur, Dieu veut que cette &#226;me comprenne que Sa Majest&#233; est si pr&#232;s d'elle qu'elle n'a d&#233;j&#224; plus besoin de lui envoyer de messagers, elle peut lui parler elle-m&#234;me, et pas &#224; grands cris, car elle est d&#233;j&#224; si proche qu'il lui suffit de remuer les l&#232;vres pour &#234;tre comprise&lt;/strong&gt;.&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;6 - Il semble impertinent de parler ainsi, sachant que Dieu comprend toujours, et qu'il est avec nous. Nous ne pouvons douter ; mais cet Empereur Notre-Seigneur veut que nous comprenions qu'&#224; ce degr&#233; d'oraison il nous comprend, et nous faire sentir les effets de sa pr&#233;sence ; il veut sp&#233;cialement commencer &#224; agir dans l'&#226;me par la grande satisfaction int&#233;rieure et ext&#233;rieure qu'il lui procure ; ces d&#233;lices et ces contentements sont si diff&#233;rents de ceux d'ici-bas, comme je l'ai dit, qu'ils semblent combler le vide fait en notre &#226;me par nos p&#233;ch&#233;s. &lt;strong&gt;C'est au plus intime d'elle-m&#234;me que notre &#226;me ressent cette satisfaction, elle ne sait d'o&#249; elle lui vient ni comment, souvent m&#234;me elle ne sait que faire, ni quoi vouloir, ni quoi demander&lt;/strong&gt;. Il lui semble tout trouver &#224; la fois, sans savoir ce qu'elle a trouv&#233;, et je ne sais moi-m&#234;me comment le faire comprendre ; car dans bien des cas il me faudrait &#234;tre plus docte que je ne le suis&#8230;&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;7 - Je voudrais donc faire comprendre ce que sont ces faveurs, car ce n'est qu'un d&#233;but ; quand le Seigneur commence &#224; les accorder, l'&#226;me elle-m&#234;me ne les comprend pas et ne sait que devenir. Car si Dieu la conduit par la voie de la crainte, comme il l'a fait pour moi, elle est bien en peine si personne ne comprend son &#233;tat, et bien heureuse si elle se reconna&#238;t dans le portrait qu'on lui fait d'elle-m&#234;me ; elle voit alors clairement le chemin qu'elle suit. Elle a grand avantage &#224; savoir ce qu'elle doit faire pour b&#233;n&#233;ficier de chacun de ces &#233;tats, car j'ai beaucoup p&#226;ti et beaucoup perdu de temps faute de savoir que faire, j'ai grande piti&#233; des &#226;mes qui sont seules quand elles en arrivent l&#224; ; j'ai lu beaucoup de livres de spiritualit&#233; qui parlent de l'oraison de qui&#233;tude, mais ils l'expliquent fort peu, et m&#234;me s'ils l'expliquaient longuement, l'&#226;me qui n'est pas tr&#232;s exerc&#233;e aura bien du mal &#224; comprendre ce qui se passe en elle. &#187;&lt;/div&gt;&lt;h4 class=&#034;spip&#034;&gt;La contemplation ou oraison de qui&#233;tude&lt;/h4&gt;
&lt;p&gt;Qu'est-ce que la contemplation ? Elle va d'abord parler de la joie que l'&#226;me obtient par la m&#233;ditation, et qu'elle appelle les contentements&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;4D1, 4 &#171; Mais je vous ai dit que je parlerais ici de la diff&#233;rence entre les contentements qu'on trouve dans l'oraison, ou les plaisirs. &lt;strong&gt;Je crois qu'on peut appeler contentement ce que nous obtenons nous-m&#234;mes par la m&#233;ditation et nos pri&#232;res &#224; Notre-Seigneur&lt;/strong&gt;, cela proc&#232;de de notre nature, avec, tout de m&#234;me, l'aide de Dieu, car dans tout ce que je dis il faut comprendre que nous ne pouvons rien sans Lui ; mais le contentement proc&#232;de de l'acte vertueux m&#234;me que nous accomplissons, il nous semble l'avoir gagn&#233; par notre travail, et nous sommes contents, &#224; juste titre, de nous &#234;tre appliqu&#233;s &#224; ces choses. Mais tout bien consid&#233;r&#233;, bien des choses qui peuvent advenir sur terre peuvent nous causer le m&#234;me contentement. Ainsi, une grande fortune qui nous &#233;choit soudain, voir soudain une personne que nous aimons beaucoup, r&#233;ussir une affaire importante, une grande chose, que tout le monde approuve ; la femme, aussi, &#224; qui on a annonc&#233; la mort de son mari, de son fr&#232;re, ou de son fils, et qui le voit arriver, vivant. J'ai vu de grands contentements faire verser des larmes, cela m'est m&#234;me arriv&#233; quelquefois. Ces contentements sont naturels et il me semble qu'il en est de m&#234;me de ceux que nous inspirent les choses de Dieu ; ils sont seulement de plus noble lign&#233;e, sans toutefois que les autres soient mauvais. Enfin, ils partent de notre nature elle-m&#234;me et s'ach&#232;vent en Dieu. Les plaisirs partent de Dieu, notre nature les ressent, et elle en jouit autant que peuvent jouir les personnes dont j'ai parl&#233;, et beaucoup plus. &#212; J&#233;sus ! Que je voudrais pouvoir m'expliquer &#224; ce sujet ! Il me semble entendre qu'il y a l&#224; des diff&#233;rences certaines, et je n'ai pas la science de me faire comprendre ; plaise au Seigneur d'y pourvoir. &#187;&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;4D2,2 : &#171; Il en va tout autrement de ce que j'appelle les plaisirs de Dieu, et que j'ai nomm&#233; ailleurs oraison de qui&#233;tude, comme le comprendront celles d'entre vous qui y ont go&#251;t&#233;, par la mis&#233;ricorde de Dieu. Pour mieux comprendre, supposons que nous voyions deux fontaines qui emplissent d'eau deux bassins&#8230;&lt;br class='manualbr' /&gt;3 Ces deux bassins s'emplissent d'eau par des moyens diff&#233;rents ; pour l'un elle est amen&#233;e artificiellement de loin par de nombreux aqueducs, l'autre a &#233;t&#233; creus&#233; &#224; la source m&#234;me de l'eau, et il s'emplit sans bruit. Si la source est aussi abondante que celle dont nous parlons, lorsque le bassin est plein, il en d&#233;borde un grand ruisseau ; il n'y a pas besoin d'artifices, peu importerait la ruine de l'aqueduc, l'eau jaillit toujours du m&#234;me point. Telle est la diff&#233;rence : celle qui vient par les aqueducs s'assimile, ce me semble, aux contentements qu'on obtient par la m&#233;ditation ; nos pens&#233;es nous les procurent, en nous aidant des choses cr&#233;&#233;es pour m&#233;diter par un effort de l'entendement, et comme elle vient, enfin, de notre industrie, c'est avec bruit qu'elle r&#233;pand quelque chose de profitable dans l'&#226;me, comme je l'ai dit.
&lt;p&gt;4 Dans l'autre bassin, l'eau na&#238;t de la source m&#234;me, qui est Dieu ; donc, comme Sa Majest&#233; le veut quand Sa volont&#233; est d'accorder une faveur surnaturelle, elle &#233;mane avec une qui&#233;tude immense et paisible du plus intime de nous-m&#234;mes, je ne sais o&#249;, ni comment il se fait que ce contentement et cette d&#233;lectation ne se ressentent pas dans le c&#339;ur comme les joies d'ici-bas, du moins au d&#233;but, car ils finissent par tout inonder ; cette eau se r&#233;pand dans toutes les Demeures et toutes les puissances, elle atteint enfin le corps ; c'est pourquoi j'ai dit qu'elle commence en Dieu et finit en nous ; car vraiment, comme le verra quiconque l'&#233;prouvera, l'homme ext&#233;rieur tout entier jouit de ce plaisir et de cette douceur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5 Tout en &#233;crivant, je consid&#233;rais tout &#224; l'heure que le verset que j'ai cit&#233; : Dilatasti cor meum, dit que le c&#339;ur s'est dilat&#233; ; il ne me semble pourtant pas que cela prenne naissance dans le c&#339;ur, mais en un point encore plus int&#233;rieur, comme en quelque chose de tr&#232;s profond. Je pense que ce doit &#234;tre le centre de l'&#226;me, comme je l'ai compris depuis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6 Pour en revenir au verset, s'il peut &#233;clairer, ce me semble, ce que j'&#233;cris ici, c'est &#224; propos de cette dilatation ; car il appara&#238;t que lorsque cette eau c&#233;leste commence &#224; couler de la source dont je parle au plus profond de nous, on dirait que tout notre int&#233;rieur se dilate et s'&#233;largit, et on ne saurait exprimer tout le bien qui en r&#233;sulte, l'&#226;me elle-m&#234;me ne peut comprendre ce qui lui est donn&#233;. Elle respire un parfum, disons-le maintenant, comme s'il y avait dans cette profondeur int&#233;rieure un brasero sur lequel on jetterait des parfums embaum&#233;s : on ne voit pas la braise, on ne sait o&#249; elle est, mais sa chaleur et la fum&#233;e odorante p&#233;n&#232;trent l'&#226;me tout enti&#232;re, et m&#234;me, comme je l'ai dit, le corps en a fort souvent sa part. Attention, comprenez-moi, on ne sent pas de chaleur, on ne respire pas une odeur, c'est chose plus d&#233;licate que ces choses-l&#224;, mais cela peut vous aider &#224; comprendre, et les personnes qui n'en ont pas l'exp&#233;rience sauront que cela se produit vraiment ainsi, qu'on le comprend plus clairement que je ne l'exprime. Ce n'est pas un de ces cas o&#249; l'on puisse se faire illusion, puisque nos plus grands efforts ne pourraient rien obtenir ; cela m&#234;me nous prouve que &#231;a n'est pas d'un m&#233;tal courant, mais l'or infiniment pur de la sagesse divine. Ici, ce me semble, les puissances ne sont pas unies, mais ravies, et comme &#233;tonn&#233;es, elles consid&#232;rent tout cela. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Au paragraphe suivant, elle insiste bien pour que nous comprenions que ce n'est pas qu'une question de d&#233;sir de l'&#226;me de recevoir ces faveurs, mais que c'est l'&#339;uvre de Dieu en nous et ainsi que de nous &#233;lever &#224; cette dimension de la contemplation :&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;4D2,8 : &#171; Il me semble bien que la volont&#233; doive &#234;tre unie avec celle de Dieu d'une fa&#231;on ou d'une autre, mais c'est aux effets et aux &#339;uvres qui s'ensuivent qu'on reconna&#238;t la v&#233;rit&#233; de cette oraison ; il n'est meilleur creuset pour l'&#233;prouver. C'est une fort grande faveur de Dieu que de la reconna&#238;tre quand on la re&#231;oit, c'en est une tr&#232;s grande si on ne retourne pas en arri&#232;re. Vous voudrez donc, mes filles, chercher &#224; obtenir cette oraison, et vous avez raison, car, comme je l'ai dit, l'&#226;me ne pourra jamais mesurer les gr&#226;ces que le Seigneur lui accorde alors, et l'amour avec lequel il la rapproche encore de Lui ; vrai, vous voudriez bien savoir comment nous obtiendrons cette faveur. Je vais vous dire ce que j'ai compris &#224; ce sujet.
&lt;p&gt;9 Ne parlons pas de l'heure o&#249; le Seigneur consent &#224; l'accorder : c'est au gr&#233; de Sa Majest&#233;, uniquement. Elle a ses raisons, nous n'avons pas &#224; nous en m&#234;ler. Lorsque vous aurez fait tout ce qu'on accomplit dans les pr&#233;c&#233;dentes Demeures, de l'humilit&#233;, de l'humilit&#233; ! C'est elle qui persuade le Seigneur de nous accorder tout ce que nous attendons de lui ; vous reconna&#238;trez en tout premier lieu que vous la poss&#233;dez &#224; ce que vous ne croirez pas m&#233;riter ces faveurs et saveurs du Seigneur&#8230; Je veux dire que pour beaucoup que nous m&#233;ditions, pour beaucoup que nous nous pressurions jusqu'&#224; nous tirer des larmes cette eau ne vient pas de l&#224;. Dieu ne la donne qu'&#224; qui il veut et souvent au moment o&#249; l'&#226;me y pense le moins. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Elle donnera cinq crit&#232;res pour que nous entrions dans la volont&#233; de Dieu, et que nous prenions humblement patience si nous ne sommes pas &#233;lev&#233;s ces hauteurs.&lt;/p&gt;
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&lt;div class=&#034;spip_doc_titre&#034; style=&#034;max-width:533px;&#034;&gt;&lt;a href=&#034;http://www.youtube.com/watch?v=O6yeBqxfMrQ&#034; class=&#034;oe-title&#034;&gt;Santa Teresa de Avila (Ayes del destierro)&lt;/a&gt; &lt;span class=&#034;oe-author&#034;&gt;&lt;br/&gt;&lt;span class=&#034;oe-author_par&#034;&gt;par &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/@jhoana0987&#034; class=&#034;oe-author_name&#034;&gt;Maria. J. Alegre.&lt;/a&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;
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&lt;/figcaption&gt; &lt;div class=&#034;base64javascript20278276746a65c443523e67.79883853&#034; title=&#034;PHNjcmlwdD5qUXVlcnkoZnVuY3Rpb24oKXsgalF1ZXJ5KCcub2VtYmVkLm9lLXZpZGVvLmFzeW5jJykubm90KCcuZG9uZScpLmFkZENsYXNzKCdkb25lJykub24oJ2NsaWNrJywgJy5vZS1wbGF5LWJ1dHRvbicsZnVuY3Rpb24oZSl7dmFyICRtZSA9IGpRdWVyeSh0aGlzKSxjb250ZW50ID0gZGVjb2RlVVJJQ29tcG9uZW50KCRtZS5kYXRhKCdjb250ZW50JykpOyRtZS5yZW1vdmVDbGFzcygnb2UtcGxheS1idXR0b24nKS5hZGRDbGFzcygnbG9hZGluZycpLmh0bWwoY29udGVudCk7fSl9KTwvc2NyaXB0Pg==&#034;&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;On pourrait conclure cette &#233;tude par ces quelques lignes qu'elle &#233;crit au chapitre trois des quatri&#232;mes Demeures. Elle va bien insister que ce n'est pas en se procurant le silence int&#233;rieur par force, en s'&#233;loignant volontairement de la m&#233;ditation, que l'on avance. Il y avait tout un courant de pens&#233;e &#224; son &#233;poque qui rejoint nos questions : &#171; faut-il faire silence int&#233;rieurement pour s'approcher de Dieu ? &#187; Elle dira que ce qui conte est de faire la volont&#233; de Dieu en suivant J&#233;sus en sa vie et en la m&#233;ditant. L'effort ne consiste pas tant &#224; arr&#234;ter la pens&#233;e qu'&#224; aimer Dieu. Dieu est vivant en nous qui accomplit ses &#339;uvres. A nous d'&#234;tre attentifs &#224; ce qu'il fait en notre c&#339;ur. Nous pouvons aussi prolonger par la lecture du livre du Chemin de la perfection au chapitre 52.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;4D3, 3-7 : &#171; tandis que ce recueillement ne s'obtient pas &#224; volont&#233;, mais lorsque Dieu veut nous accorder cette gr&#226;ce. M'est avis que si Sa Majest&#233; l'accorde, c'est &#224; des personnes qui renoncent d&#233;j&#224; aux choses du monde. Je ne dis pas que ceux que leur &#233;tat retient dans le monde s'en &#233;loignent effectivement, ils ne le peuvent point, mais leur d&#233;sir, qui les invite particuli&#232;rement &#224; &#234;tre attentifs aux choses int&#233;rieures, s'en &#233;carte ; je crois donc que si nous voulons faire place &#224; Sa Majest&#233;, elle ne donnera pas que cela &#224; ceux qu'Elle appelle &#224; monter plus haut.
&lt;p&gt;4 Ceux qui d&#233;couvriront cela en eux loueront Dieu avec ardeur, et leurs actions de gr&#226;ces les disposeront &#224; recevoir de plus grandes faveurs. Cela les disposera &#224; &#233;couter, comme le conseillent certains livres, en s'effor&#231;ant de ne point r&#233;fl&#233;chir, mais &#224; &#234;tre attentifs &#224; ce que le Seigneur op&#232;re dans l'&#226;me ; toutefois, si Sa Majest&#233; n'a pas commenc&#233; &#224; nous absorber en Elle, je n'arrive pas &#224; comprendre comment la pens&#233;e peut s'arr&#234;ter sans plus de dommage que de profit ; ce fut toutefois un sujet de querelle fort discut&#233; entre quelques spirituels ; quant &#224; moi, je confesse mon manque d'humilit&#233;, car jamais je ne me suis ralli&#233;e aux raisons qu'ils m'ont donn&#233;es&#8230; on comprend que l'amour doit &#234;tre d&#233;j&#224; &#233;veill&#233;. Il se peut que je me trompe, mais voici mes raisons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5 La premi&#232;re : dans ce travail spirituel, celui qui pense le moins et veut le moins obtient plus ; ce que nous devons faire, c'est demander comme le font de pauvres n&#233;cessiteux devant un grand et riche empereur ; ensuite, baisser les yeux et attendre humblement. Quand par ses voies secr&#232;tes il semble nous faire comprendre qu'il nous &#233;coute, alors, il convient de nous taire d&#232;s lors qu'il nous permet de rester pr&#232;s de Lui, il n'est pas mauvais de t&#226;cher de ne pas agir avec l'entendement, si nous le pouvons, dis-Je. Mais si nous n'avons pas encore le sentiment que ce Roi nous &#233;coute, qu'il nous voit, nous n'allons pas rester l&#224;, tout nigauds, ce qui arrive souvent &#224; l'&#226;me forte quand elle s'est efforc&#233;e &#224; faire taire l'entendement ; elle se trouve dans une bien plus grande s&#233;cheresse, et d'aventure, l'imagination est plus inqui&#232;te quand elle s'est fait violence pour ne penser &#224; rien ; ce que veut le Seigneur, c'est que nous le priions et que nous consid&#233;rions que nous sommes en sa pr&#233;sence, il sait, lui, ce qui nous convient. Je ne puis me r&#233;soudre &#224; user de moyens humains en des choses o&#249; Sa Majest&#233; semble avoir impos&#233; des limites et qu'Elle semble vouloir se r&#233;server ; il en est toutefois beaucoup d'autres que nous pouvons pratiquer avec son aide, qu'il s'agisse de p&#233;nitences, d'&#339;uvres, d'oraison, autant que notre mis&#232;re nous le permet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6 Seconde raison : toutes ces &#339;uvres int&#233;rieures sont douces et pacifiques, et faire quelque chose de p&#233;nible fait plus de tort que cela ne cause de profit. J'appelle p&#233;nible toute violence que nous voudrions nous faire, comme ce le serait de retenir notre souffle ; que l'&#226;me s'abandonne donc dans les mains de Dieu, pour qu'il fasse d'elle ce qu'il veut, avec le moindre souci possible de ses int&#233;r&#234;ts, et le plus grand abandon &#224; la volont&#233; de Dieu. La troisi&#232;me raison est que le soin m&#234;me que nous avons de ne penser &#224; rien excitera peut-&#234;tre la pens&#233;e &#224; beaucoup penser. La quatri&#232;me est que Dieu, essentiellement, tient pour agr&#233;able que nous nous souvenions de son honneur et de sa gloire, et que nous nous oubliions nous-m&#234;mes, notre profit, notre bien-&#234;tre, notre bon plaisir. S'oublie-t-il lui-m&#234;me, celui qui, fort soucieux, n'ose remuer, qui ne permet m&#234;me pas &#224; son entendement ni &#224; ses d&#233;sirs d'&#234;tre mus du d&#233;sir d'une plus grande gloire de Dieu, ni de se r&#233;jouir de la gloire qui est la sienne ? Quand Sa Majest&#233; veut que l'entendement se taise, Elle l'occupe autrement, et projette sur nos connaissances des lumi&#232;res tellement au-dessus de ce que nous pouvons atteindre qu'il en est tout absorb&#233;, et, sans savoir comment, il se trouve bien mieux instruit que par tous les efforts que nous faisons pour l'an&#233;antir. Dieu nous a donn&#233; les puissances pour nous en servir, elles ont leur prix, nous n'avons pas &#224; les enchanter, mais &#224; les laisser faire leur office, jusqu'&#224; ce que Dieu leur en donne un autre, plus important.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;7 A ma connaissance, ce qui convient mieux &#224; l'&#226;me que le Seigneur a bien voulu introduire en cette Demeure, c'est de faire ce que j'ai dit ; sans violence et sans bruit, qu'elle cherche &#224; emp&#234;cher l'entendement de discourir, mais non &#224; le suspendre, et ainsi de la pens&#233;e ; sauf qu'il lui est bon de se rappeler qu'elle est devant Dieu, et qui est ce Dieu. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;spip_document_ spip_document spip_documents spip_document_video ressource oembed oembed_video oembed_video oembed_youtube&#034; &gt; &lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;div class=&#034;oembed oe-video async clearfix&#034; style=&#034;max-width:600px;&#034;&gt; &lt;div class=&#034;rwd-video-container oe-play-button&#034; style=&#034;width:100%;height:0;padding-bottom:56.33%;background-image:url('https://i.ytimg.com/vi/nORv4Hjm9OM/hqdefault.jpg');background-repeat:no-repeat;background-position:center;background-size:cover;&#034; data-content=&#034;%3Ciframe%20width%3D%22600%22%20height%3D%22338%22%20src%3D%22https%3A%2F%2Fwww.youtube-nocookie.com%2Fembed%2FnORv4Hjm9OM%3Ffeature%3Doembed%26autoplay%3D1%22%20frameborder%3D%220%22%20allow%3D%22accelerometer%3B%20autoplay%3B%20clipboard-write%3B%20encrypted-media%3B%20gyroscope%3B%20picture-in-picture%3B%20web-share%22%20referrerpolicy%3D%22strict-origin-when-cross-origin%22%20allowfullscreen%20title%3D%22Santa%20Teresa%20de%20Jes%C3%BAs%2C%20%26quot%3BVivo%20sin%20vivir%20en%20m%C3%AD%26quot%3B%20%28cantado%20x%20J%C3%A9sed%29%22%3E%3C%2Fiframe%3E&#034;&gt; &lt;button&gt;&lt;span class=&#034;oe-play-button_label&#034;&gt;Lecture&lt;/span&gt;&lt;/button&gt; &lt;/div&gt; &lt;style&gt;&lt;!--/**/.oe-video .loading {background-image:url(&#034;prive/themes/spip/images/searching.gif&#034;)!important;background-size:auto !important;}/**/--&gt;&lt;/style&gt;
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&lt;div class=&#034;spip_doc_titre oembed-source&#034;&gt;&lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=nORv4Hjm9OM&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.youtube.com/watch?v=nORv4Hjm9OM&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;
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&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Th&#233;r&#232;se et Jean de la Croix&lt;/strong&gt;
Th&#233;r&#232;se aborde le th&#232;me de la m&#233;ditation et de la contemplation de fa&#231;on moins syst&#233;matique que Jean de la Croix. Celui-ci traite ce th&#232;me dans trois de ses &#233;crits. On pourra se reporter &#224; l'adresse ci-jointe pour approfondir :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.carmel.asso.fr/Saint-Jean-de-la-Croix-Meditation-et-contemplation.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.carmel.asso.fr/Saint-Jean-de-la-Croix-Meditation-et-contemplation.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et on notera de singuli&#232;res diff&#233;rences dans l'approche de ce th&#232;me. Le passage de la m&#233;ditation &#224; la contemplation est d&#233;velopp&#233; de fa&#231;on plus subtile chez Jean de la Croix, il est plus proche de notre exp&#233;rience. On peut percevoir &#224; la lecture que l'on vient de faire en compagnie de Th&#233;r&#232;se qu'elle semble &#234;tre de fa&#231;on singuli&#232;re sous l'emprise de Dieu.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Th&#233;r&#232;se d'Avila invitation &#224; l'Oraison</title>
		<link>https://www.carmel.asso.fr/Therese-d-Avila-invitation-a-l-Oraison.html</link>
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		<dc:date>2014-12-09T13:20:48Z</dc:date>
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		<dc:subject>Sommaire</dc:subject>

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&lt;p&gt;I - L'&#233;poque Th&#233;r&#232;se d'Avila une femme du 16&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle espagnol &#224; la jonction entre deux univers, l'un tourn&#233; vers le Moyen- &#194;ge avec la vision classique de l'homme. Il est au centre du monde lui-m&#234;me domin&#233; par Dieu, la terre &#224; ses pieds. Cette vision du monde explose &#224; l'&#233;poque de Th&#233;r&#232;se. Non seulement l'homme n'est plus au centre, mais Dieu n'est plus en haut, et la terre tourne autour du soleil, la terre n'est pas plate, elle est ronde. C'est toute une vision du cosmos, de l'homme et (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.carmel.asso.fr/-Meditations-du-Frere-Yannick-.html" rel="directory"&gt;M&#233;ditations du Fr&#232;re Yannick&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.carmel.asso.fr/+-Sommaire-+.html" rel="tag"&gt;Sommaire&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;I - L'&#233;poque&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Th&#233;r&#232;se d'Avila une femme du 16&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle espagnol &#224; la jonction entre deux univers, l'un tourn&#233; vers le Moyen- &#194;ge avec la vision classique de l'homme. Il est au centre du monde lui-m&#234;me domin&#233; par Dieu, la terre &#224; ses pieds. Cette vision du monde explose &#224; l'&#233;poque de Th&#233;r&#232;se. Non seulement l'homme n'est plus au centre, mais Dieu n'est plus en haut, et la terre tourne autour du soleil, la terre n'est pas plate, elle est ronde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est toute une vision du cosmos, de l'homme et de Dieu qui est remise en question et dont nous sommes les h&#233;ritiers. La stabilit&#233; du monde, des choses, de Dieu est remise en cause. Et c'est aussi la d&#233;couverte du Nouveau Monde, de ses riches fabuleuses. L'or et l'argent arrivent par centaine de tonnes en Espagne, au Portugal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Th&#233;r&#232;se n'est pas pour rien la s&#339;ur de conquistadors, mais elle ne se lancera pas avec eux &#224; la d&#233;couverte de ce nouveau continent. &lt;strong&gt;Elle a trop soif de ce qui est &#233;ternel.&lt;/strong&gt; &#171; Pour toujours, toujours &#187; ce sera son cri d'enfant alors qu'elle part avec son fr&#232;re pour mourir martyre. Elle a sept ans et son fr&#232;re 10. Elle sait d&#233;j&#224; communiquer son ardeur pour l'&#233;ternit&#233; et convainc son fr&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas l'or des Indes qui l'int&#233;resse, ni la conqu&#234;te d'immenses espaces. C'est la vie de son &#226;me et Celui qui s'y r&#233;v&#232;le. Il est l&#224; ce nouveau continent que Th&#233;r&#232;se souhaite conqu&#233;rir, d&#233;couvrir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans C28.10 :&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;&#171; il ne faut pas nous imaginer que nous sommes vides &#224; l'int&#233;rieur de nous-m&#234;mes&#8230; car il y a, au-dedans de nous, une autre chose plus pr&#233;cieuse &#8211; sans comparaison &#8211; que celle que nous voyons au-dehors. &#187;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Elle va se faire le chantre de l'amiti&#233; avec J&#233;sus par le chemin de l'oraison. En compagnie de cet ami, Th&#233;r&#232;se va ouvrir la grotte de son c&#339;ur. Un immense espace d'amour s'ouvre &#224; elle.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;II - L'oraison&lt;/h2&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;J'&#233;tais en entretien avec une maman et je cherchais &#224; lui montrer quel est le c&#339;ur de la vie de pri&#232;re que l'on appelle oraison au Carmel. Et finalement, c'est elle qui m'a donn&#233; une image suggestive :
&#171; Lorsque j'avais un enfant malade et que cela n&#233;cessitait ma pr&#233;sence, je m'arrangeais &#224; rester aupr&#232;s de lui, m'allongeait avec un livre &#224; la main &#187;. &lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Tout y est dit : la pr&#233;sence r&#233;ciproque, la confiance, le l&#226;cher-prise et avec l'urgence du quotidien, et avec la peur de perdre son temps. Rester l&#224; paisible, ne pas se laisser aller &#224; son envie de s'agiter et nourrir l'autre de sa pr&#233;sence, et se nourrir de sa pr&#233;sence. L&#224; le c&#339;ur grandit, simplement. Ce qui na&#238;t l&#224; de cette communion ne fait pas de bruit, mais est puissant pour l'&#226;me. En lorsque cela est v&#233;cu en compagnie de Dieu, et qu'on laisse son c&#339;ur se grandir de cette relation, le c&#339;ur s'ouvre &#224; l'infini.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour appr&#233;cier la beaut&#233; d'un paysage, un mouvement de musique, le chant des oiseaux, pour &#234;tre pr&#233;sent &#224; l'autre &#224; c&#244;t&#233; de soi, il faut savoir faire silence, il faut se faire accueil. Il y a un alors un espace qui doit s'ouvrir en soi. Elie dans la Bible (1R19) entend la pr&#233;sence de Dieu dans une voix de fin silence.. Et dans ce silence Dieu se donne. Nous sommes aux antipodes de notre civilisation o&#249; le bruit domine. Comme faire pour ouvrir cet autre espace en nous ?&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;III - Prendre J&#233;sus pour ami&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Th&#233;r&#232;se nous invite dans un premier temps &#224; prendre J&#233;sus pour ami, &#224; nous laisser rejoindre par lui au c&#339;ur de notre vie :
&#171; &#8230; notre pens&#233;e doit avoir d'ordinaire un point d'appui&#8230; dans les affaires, les pers&#233;cutions, les &#233;preuves, lorsqu'on n'est pas dans la paix coutumi&#232;re, aux heures de s&#233;cheresse, c'est un tr&#232;s bon ami que le Christ, car nous voyons l'Homme en lui, nous voyons ses faiblesses, ses &#233;preuves et il nous tient compagnie ; si on en prend l'habitude, il nous est tr&#232;s facile de la trouver pr&#232;s de nous ; &#224; certains moments pourtant nous ne pourrons obtenir ni l'un ni l'autre. Il sera bon, alors, comme je l'ai dit, de ne pas nous habituer &#224; rechercher des consolations spirituelles ; embras&#233;s &#224; la croix, advienne que pourra, c'est l&#224; une grande chose (A, 22, 10). &#187;
L'oraison est un combat et d'abord contre soi-m&#234;me et ses habitudes et son angoisse que l'on masque par un surcro&#238;t d'activit&#233;s. Avec un ami, il faut savoir prendre sur son temps.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;1) Marthe et Marie :&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Marthe : Elle repr&#233;sente le besoin de se sentir exister et donc d'avoir une activit&#233;. C'est une fa&#231;on se justifier, pour exister devant l'autre et devant soi-m&#234;me. Comme si le &#171; tr&#233;sor de la rencontre pouvait s'acqu&#233;rir par son travail &#187; ou la tension de sa qu&#234;te. Marthe a besoin de capter l'attention de l'autre. Ce comportement dresse l'obstacle majeur &#224; toute rencontre v&#233;ritable, qu'elle soit humaine ou divine
Marie : L'accueil gratuit de la pr&#233;sence de l'autre, le d&#233;sir de l'autre ne peut avancer que mains nues, c&#339;ur ouvert, dans l'attente, consentir &#224; avoir les mains vides, et &#234;tre vide de soi pour &#234;tre &#224; l'&#233;coute de la voix du Bien aim&#233;. Et quelle est cette voix ?
&#171; Celui-ci est mon Fils en lui j'ai mis tout mon amour &#187;. Voil&#224; le tr&#233;sor qu'a d&#233;couvert Th&#233;r&#232;se et qu'elle voudrait nous partager.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;2) La voix de l'ami&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Famille Chr&#233;tienne N&#176; 1551 12 oct 2007. Le P&#232;re Henri Nouwen (1932-1996). Ce pr&#234;tre catholique n&#233;erlandais a renonc&#233; &#224; une brillante tari&#232;re universitaire pour vivre avec les personnes handicap&#233;es &#224; l'Arche de Toronto. Ses &#233;crits, notamment Le Retour de l'enfant prodigue, ont fait le tour du monde. Dans sa Lettre &#224; un ami sur la vie spirituelle, il a confi&#233; &#224; un camarade juif comment &#171; vivre on bien-aim&#233; de Dieu &#187;, testament pour chacun d'entre nous.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;3) Les deux voix&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Or, il y a cette voix, la voix qui vient d'en haut et de l'int&#233;rieur, et qui murmure doucement ou proclame fort : &#034;Tu es' mon bien-aim&#233;, en toi je mets toute ma joie&#034;. Il n'est certes pas facile d'entendre cette voix dans un monde rempli de voix qui crient : &#034;Tu n'es pas bon ; tu es laide ; tu ne vaux rien ; tu es m&#233;prisable ; tu es insignifiant&#8230; &#224; moins que tu n'arrives &#224; prouver le contraire !&#034; Ces voix n&#233;gatives sont si fortes et si persistantes qu'il est facile de les croire. C'est le grand pi&#232;ge, le pi&#232;ge de se d&#233;pr&#233;cier soi-m&#234;me. Au fil des ans, j'en suis venu &#224; prendre conscience que le plus grand pi&#232;ge, dans notre vie, n'est ni le succ&#232;s, ni la popularit&#233;, ni le pouvoir, mais l'autocritique destructrice. [&#8230;]
&lt;strong&gt;La d&#233;pr&#233;ciation de soi est le plus grand ennemi de la vie spirituelle&lt;/strong&gt; parce qu'elle vient en contradiction avec la voix qui nous dit : &#034;Tu es mon bien-aim&#233;&#034;. &#202;tre le bien-aim&#233; est la v&#233;rit&#233; centrale de notre existence. [&#8230;]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entendre la voix du P&#232;re &#171; Tu es mon bien-aim&#233; &#187;. Cette voix &#224; toujours &#233;t&#233; l&#224;, mais on dirait que j'&#233;tais toujours plus empress&#233; &#224; &#233;couter les autres voix, plus fortes celles-l&#224;, qui disent &#034;Prouve-nous que tu vaux quelque chose ; fais quelque chose de significatif, de spectaculaire ou de puissant, ensuite, tu auras m&#233;rit&#233; l'amour que tu d&#233;sires tant&#034;. Entre-temps, la voix douce qui parle dans le silence et la solitude de mon c&#339;ur restait pr&#233;sente, sans que je l'entende, ou du moins sans qu'elle r&#233;ussisse &#224; me convaincre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette douce voix qui m'appelle le bien-aim&#233; vient &#224; moi de diverses fa&#231;ons. Mes parents, mes amis, mes professeurs, mes &#233;tudiants et les nombreux &#233;trangers qui ont crois&#233; ma route l'ont tous fait retentir dans diff&#233;rentes tonalit&#233;s [&#8230;] mais, pour une raison ou pour une autre, &lt;strong&gt;tous ces signes d'amour n'&#233;taient pas suffisants pour me convaincre que j'&#233;tais aim&#233;&lt;/strong&gt;.
Derri&#232;re toute ma confiance en moi, apparemment solide, une question demeurait : &#171; Si tous ces gens qui me comblent de tant d'attentions pouvaient me voir et me conna&#238;tre tel que je suis vraiment, au plus profond de moi, est-ce qu'ils m'aimeraient encore ? &#187; Cette question angoissante, enracin&#233;e dans mon ombre int&#233;rieure, ne cessait de me pers&#233;cuter et me faisait &#233;viter ce lieu o&#249; la douce voix qui m'appelle son bien-aim&#233; se fait entendre. [&#8230;]
N'esp&#232;res-tu pas, comme moi, qu'une personne, une chose ou un &#233;v&#233;nement viendra te donner ce sentiment ultime de bien-&#234;tre int&#233;rieur que tu d&#233;sires ? N'esp&#232;res-tu pas souvent que ce livre, cette id&#233;e, ce voyage, cet emploi, ce pays ou cette relation comblent ton plus grand d&#233;sir ? Mais tant que tu attends ce myst&#233;rieux moment, tu continues de courir comme un d&#233;rat&#233;, toujours angoiss&#233; et agit&#233;, plein de concupiscence et de col&#232;re, jamais compl&#232;tement satisfait.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;4) Aim&#233;, d&#232;s le commencement&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Eh bien, ni toi ni moi n'avons &#224; nous tuer &#224; la t&#226;che. Nous sommes bien-aim&#233;s. Longtemps avant que nos parents, nos professeurs, nos conjoints, nos enfants et nos amis nous aient aim&#233;s ou bless&#233;s, nous &#233;tions &lt;strong&gt;profond&#233;ment aim&#233;s&lt;/strong&gt;. Voil&#224; la v&#233;rit&#233; ultime de notre vie&#8230;
Si j'&#233;coute cette voix avec grande attention, j'entends en moi des mots qui disent : &#171; Je t'ai appel&#233; par ton nom depuis les commencements&#8230; J'ai grav&#233; ton nom dans les paumes de mes mains, et je t'ai cach&#233; sous l'ombre de mes bras amoureux&#8230; &#187;
Chaque fois que tu &#233;coutes avec attention la voix qui t'appelle bien-aim&#233;, tu d&#233;couvres en toi un d&#233;sir de l'&#233;couter encore plus longtemps et plus profond&#233;ment. C'est comme d&#233;couvrir un puits dans le d&#233;sert. Une fois que tu as touch&#233; le sol humide, tu veux creuser toujours plus profond. [&#8230;]
Cher ami, &#234;tre le bien-aim&#233; est &#224; la fois le point de d&#233;part et l'accomplissement de la vie spirituelle. Devenir bien-aim&#233;, c'est laisser notre condition de bien-aim&#233; s'incarner pleinement dans tout ce que nous pensons, disons ou faisons. Cela suppose un long et p&#233;nible processus d'appropriation ou, mieux encore, d'incarnation. Tant que &#171; &#234;tre bien-aim&#233; &#187; demeure une belle pens&#233;e ou une noble id&#233;e suspendue au-dessus de ma vie, m'emp&#234;chant d'&#234;tre d&#233;prim&#233;, rien ne change v&#233;ritablement.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;IV - Il ne s'agit pas de craindre mais de d&#233;sirer&lt;/h2&gt;&lt;div class='spip_document_4020 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.carmel.asso.fr/sites/carmel.asso.fr/local/cache-vignettes/L300xH397/nolim-photospipe3744f9a0918bd59be6a66a574ad6363-a588b.jpg?1782942995' width='300' height='397' alt='nolim' title='nolim' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;&#171; &#8230; Je puis dire ce que je sais par exp&#233;rience : malgr&#233; les erreurs commises, celui qui a commenc&#233; &#224; faire oraison ne doit pas y renoncer ; c'est le moyen pour lui de se gu&#233;rir ; sans l'oraison, ce serait beaucoup plus difficile. Si le d&#233;mon lui sugg&#232;re la tentation d'y renoncer par humilit&#233; comme il l'a fait pour moi, qu'il ne c&#232;de point ; qu'il croie que Dieu ne peut faillir &#224; sa parole ; lorsque nous nous repentons vraiment et que nous prenons la r&#233;solution de ne plus l'offenser, l'amiti&#233; ancienne se renoue, Il nous accorde &#224; nouveau ses faveurs, et souvent beaucoup plus, si notre repentir le m&#233;rite. Quant &#224; ceux qui n'ont pas encore commenc&#233;, pour l'amour du Seigneur je les conjure de ne pas se priver d'un si grand bien.&lt;strong&gt; Il ne s'agit pas de craindre, mais de d&#233;sirer ;&lt;/strong&gt; &#187; V8,5&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;C'est donc un mouvement du c&#339;ur plus qu'une loi qui nous d'en haut. On ne peut avancer l&#224; si notre c&#339;ur n'est pas travaill&#233; par le d&#233;sir et d&#233;barrass&#233; de ses peurs.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;V11,1 &#171; 1 Je vais donc parler maintenant de ceux qui commencent &#224; &#234;tre les serviteurs de l'amour ; nous ne sommes rien d'autre, ce me semble, lorsque nous d&#233;cidons de suivre sur ce chemin de l'oraison celui qui nous a tant aim&#233;s ; c'est l&#224; une si haute dignit&#233; que j'&#233;prouve &#224; y penser une joie extraordinaire, la peur servile s'&#233;limine bient&#244;t, si nous nous comportons comme nous le devons dans ce premier &#233;tat &#187;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Th&#233;r&#232;se nous prend &#224; contre sens de ce qui fait le quotidien de notre vie. Nous qui sommes en qu&#234;te d'efficacit&#233;. Elle nous parle de la suite du Christ, d'&#234;tre les serviteurs de l'amour et voici comment elle l'entend, marcher sur le chemin de l'oraison. C'est une suite o&#249; il s'agit de s'arr&#234;ter, de l&#226;cher ses occupations pour se poser. Il y a quelque chose de la dynamique du sabbat qu'il nous faut retrouver. Le sabbat est l'arr&#234;t du travail pour prendre le temps de jouir de son travail et de louer le Seigneur. Il est arr&#234;t des activit&#233;s, de ce qui nous revient pour continuer l'&#339;uvre de la cr&#233;ation, de mettre de l'harmonie dans un monde chaotique. Il est invitation &#224; se montrer plus fort que nos activit&#233;s, et donc &#224; en &#234;tre les ma&#238;tres. Il est donc exercice de lib&#233;ration face &#224; nos angoisses de ne plus exister si l'on ne fait rien de ses mains. Mais il se r&#233;v&#232;le aussi comme l'exercice d'une activit&#233; plus grande par la louange, c'est la prise de conscience de notre vie int&#233;rieure. Le sabbat est au service de la vie de l'&#226;me, de la croissance int&#233;rieure.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;V - D&#233;couvrir qui nous sommes&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Prise de conscience de notre &#226;me. Th&#233;r&#232;se nous y invite en prenant l'image du ch&#226;teau, en nous disant l'urgence de cultiver notre &#226;me plus que notre corps. Elle se r&#233;v&#232;le l'exploratrice de notre espace int&#233;rieur.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;
2 Il est bien regrettable et confondant que, par notre faute, nous ne nous comprenions pas nous-m&#234;mes, et ne sachions pas qui nous sommes. Celui &#224; qui on demanderait, mes filles, qui il est, et qui ne se conna&#238;trait point, qui ne saurait pas qui fut son p&#232;re, ni sa m&#232;re, ni son pays, ne prouverait-il pas une grande ignorance ? Ce serait d'une grande b&#234;tise, mais la n&#244;tre est plus grande, sans comparaison, quand nous ne cherchons pas &#224; savoir ce que nous sommes, nous bornant &#224; notre corps, et, en gros, a savoir que nous avons une &#226;me, parce que nous en avons entendu parler et que la foi nous le dit. Mais les biens que peut contenir cette &#226;me ; qui habite en cette &#226;me, ou quel est son grand prix, nous n y songeons que rarement ; c'est pourquoi on a si peu soin de lui conserver sa beaut&#233;. Nous faisons passer avant tout sa grossi&#232;re sertissure, ou l'enceinte de ce ch&#226;teau, qui est notre corps.
&lt;p&gt;3 Consid&#233;rons donc que ce ch&#226;teau a, comme je l'ai dit, nombre de demeures, les unes en haut, les autres en bas, les autres sur les c&#244;t&#233;s ; et au centre, au milieu de toutes, se trouve la principale, o&#249; se passent les choses les plus secr&#232;tes&lt;strong&gt; entre Dieu et l'&#226;me&lt;/strong&gt;. Il faut que vous soyez attentives &#224; cette comparaison. Peut-&#234;tre, par ce moyen, Dieu consentira-t-il &#224; vous faire comprendre quelques-unes des faveurs que Dieu veut bien accorder aux &#226;mes 1D.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Elle part d'une image statique, celle du ch&#226;teau, et puis cette image va s'animer, puisqu'elle est le lieu de la pr&#233;sence de Dieu et que Dieu est lumi&#232;re et vie. Mais les soucis du monde font du bruit dans l'&#226;me et elle ne peut acc&#233;der au silence int&#233;rieur.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;&#171; Vous remarquerez que la lumi&#232;re qui &#233;mane du Palais o&#249; est le Roi n'&#233;claire encore qu'&#224; peine ces premi&#232;res Demeures, car bien qu'elles ne soient pas obscurcies et noires, comme c'est le cas pour l'&#226;me en &#233;tat de p&#233;ch&#233;, elles sont assez sombres pour que celui qui s'y trouve ne puisse voir de clart&#233; ; ce n'est pas que la salle ne soit pas &#233;clair&#233;e (je ne sais m'expliquer), mais toutes ces mauvaises couleuvres, ces vip&#232;res et ces choses venimeuses qui sont entr&#233;es avec lui ne lui permettent pas d'apercevoir la lumi&#232;re : comme celui qui, p&#233;n&#233;trant en un lieu o&#249; le ciel entre abondamment, aurait, sur les yeux, de la boue qui l'emp&#234;cherait de les ouvrir. La pi&#232;ce est claire, mais il n'en jouit pas, il est g&#234;n&#233;, et des choses comme ces fauves et ces b&#234;tes l'obligent &#224; fermer les yeux et &#224; ne voir qu'elles. Telle me semble la situation d'une &#226;me, qui, bien qu'elle ne soit pas en mauvais &#233;tat, est si m&#234;l&#233;e aux choses mondaines, si imbue de richesses, ou d'honneurs, ou d'affaires, comme je l'ai dit, que bien qu'elle souhaiterait, en fait, voir sa beaut&#233; et en jouir, elle n'y a pas acc&#232;s, et il ne semble pas qu'elle puisse se faufiler entre tant d'obstacles. Il est tr&#232;s utile, pour obtenir de p&#233;n&#233;trer dans les secondes Demeures, que chacun, selon son &#233;tat, t&#226;che de se d&#233;gager des choses et des affaires qui ne sont pas n&#233;cessaires&#8230; &#187; 1D2,14&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Elle nous invite sur ce chemin &#224; ne pas nous inqui&#233;ter, si l'on n'avance pas, &#224; prendre conscience de l'enjeu de ce travail, de cette suite du Christ, et c'est d'ouvrir notre &#226;me &#224; la paix profonde &#224; laquelle elle aspire. Ne r&#234;vons pas d'&#238;les lointaines qui pourraient nous servir de refuge si la paix n'est pas dans notre c&#339;ur.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;&#171; 9 S'il vous arrive de tomber, ne vous d&#233;couragez pas, ne renoncez pas &#224; vous efforcer d'avancer, Dieu tirera du bien de cette chute m&#234;me&#8230; Quand cela ne suffirait qu'&#224; nous montrer notre mis&#232;re, le grand tort que nous fait l'&#233;parpillement o&#249; nous vivons, nos luttes, dans cette batterie, pour retrouver le recueillement, ce serait beaucoup. Est-il plus grand malheur que de ne pas nous retrouver nous-m&#234;mes dans notre propre maison ? Quel espoir de trouver le repos dans d'autres maisons, si nous ne pouvons nous reposer chez nous ? &#187;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Pas d'angoisse sur ce chemin, mais confiance en celui qui nous y pr&#233;c&#232;de :&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;&#171; il ne s'agit pas, quand on commence &#224; se recueillir, de s'y employer &#224; la force du poignet, mais avec douceur, afin de s'y tenir plus longuement &#187;.&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Saint Jean de la Croix M&#233;ditation et contemplation</title>
		<link>https://www.carmel.asso.fr/Saint-Jean-de-la-Croix-Meditation-et-contemplation.html</link>
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		<dc:date>2013-10-09T09:30:29Z</dc:date>
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		<dc:subject>Sommaire</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;I - M&#233;ditation et contemplation chez Jean de la Croix 1) Introduction Ce t&#233;moignage d'un p&#232;re de famille en pleine activit&#233; sociale et familliale : &#171; l'exemple du livre &#171; Camille C &#187; du P&#232;re Caffarel, m'a permis de tenir jusqu'&#224; ce que je finisse par m'en remettre &#224; un pr&#234;tre qui m'a ouvert les yeux sur la v&#233;rit&#233;. J'&#233;tais alors d&#233;sesp&#233;r&#233;. D&#232;s lors, ce que je vivais depuis plusieurs ann&#233;es comme un an&#233;antissement inexplicable, puis comme un mourir vivant depuis mars 2012, est devenu le (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.carmel.asso.fr/-Meditations-du-Frere-Yannick-.html" rel="directory"&gt;M&#233;ditations du Fr&#232;re Yannick&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.carmel.asso.fr/+-Sommaire-+.html" rel="tag"&gt;Sommaire&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;I - M&#233;ditation et contemplation chez Jean de la Croix&lt;/h2&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;1) Introduction&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Ce t&#233;moignage d'un p&#232;re de famille en pleine activit&#233; sociale et familliale : &#171; l'exemple du livre &#171; Camille C &#187; du P&#232;re Caffarel, m'a permis de tenir jusqu'&#224; ce que je finisse par m'en remettre &#224; un pr&#234;tre qui m'a ouvert les yeux sur la v&#233;rit&#233;. J'&#233;tais alors d&#233;sesp&#233;r&#233;. D&#232;s lors, ce que je vivais depuis plusieurs ann&#233;es comme un an&#233;antissement inexplicable, puis comme un mourir vivant depuis mars 2012, est devenu le plus beau cadeau qui soit :&lt;strong&gt; l'av&#232;nement de Dieu dans une vie&lt;/strong&gt;. En fait, c'&#233;tait tout simple : j'avais tout simplement&lt;strong&gt; une vocation contemplative un peu extr&#234;me&lt;/strong&gt;, les 3 signes qu'indique Jean de la Croix pour le passage &#224; la contemplation surnaturelle se trouvant &#233;tendus &#224; toute la vie &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce t&#233;moignage rejoint d'autres t&#233;moignages de la&#239;cs manifestant leur compr&#233;hension du passage &lt;strong&gt;de la m&#233;ditation &#224; la contemplation&lt;/strong&gt;.
Nous avons tous nos singularit&#233;s, nos histoires humaines et notre propre fa&#231;on de r&#233;pondre &#224; l'appel de Dieu. &lt;strong&gt;Dieu appel &#224; entrer en son intimit&#233; en toute vie&lt;/strong&gt;, et pas seulement dans la vie religieuse. Il y a cependant une ligne directrice que nous montre St Jean de la Croix.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Parler de l'aventure spirituelle chez ceux qui sont attir&#233;s par la recherche de Dieu, c'est avant tout asseoir la vie de pri&#232;re sur de bonnes bases&lt;/strong&gt;. Et quelles meilleures bases que de se reporter aux chapitres 5-7 de l'&#233;vangile selon St Matthieu, le discours sur la Montagne. Il ne faut pas se d&#233;courager &#224; leur lecture, mais&lt;strong&gt; se mettre humblement et patiemment en route forts de la Mis&#233;ricorde qui nous accompagne&lt;/strong&gt;. Mise en route n&#233;cessaire pour aller &#224; la suite du Christ, pacifier son c&#339;ur et se mettre &#224; l'&#233;coute de cette voix de fin silence qui s'y murmure et qui dit Dieu.
Il ne s'agit pas en cette mati&#232;re de se soumettre &#224; une loi divine, mais il s'agit de se donner comme lui-m&#234;me se donne. Nous n'allons pas &#224; la rencontre de l'Amour, de Celui qui est l'Amour, pour ses bienfaits, mais pour lui, pour le rencontrer, Lui. &lt;strong&gt;Dieu nous est donn&#233; totalement en J&#233;sus Christ &lt;/strong&gt; et &lt;strong&gt;il nous invite &#224; le rencontrer&lt;/strong&gt;. Il nous invite &#224; d&#233;couvrir sa beaut&#233;, beaut&#233; cach&#233;e aux regards superficiels. Cette rencontre se fait dans la foi &#224; sa parole qui r&#233;v&#232;le &#224; notre &#226;me son tr&#233;sor : Dieu. Dieu vit en elle et l'ennoblit de sa Beaut&#233; et c'est ainsi que nous pourrons d&#233;couvrir notre v&#233;rit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;2) - Oraison&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Au c&#339;ur de ce discours sur la Montagne, Matthieu nous pr&#233;sente un enseignement sur la pri&#232;re en une invitation &#224; se retirer dans la partie la plus int&#233;rieure de la maison et l&#224;, prier le P&#232;re dans le secret.&lt;/p&gt;
&lt;div class='hrspip'&gt;&lt;hr class='spip' /&gt;&lt;/div&gt;&lt;h4 class=&#034;spip&#034;&gt;A - La Loi accomplie par une justice abondante (5,21-47)&lt;/h4&gt;
&lt;p&gt;1) rapport entre fr&#232;res (21-26)&lt;br class='manualbr' /&gt;2) rapport entre l'homme et la femme (27-32)&lt;br class='manualbr' /&gt;3) rapport avec les hommes dans la v&#233;rit&#233; de la parole donn&#233;e (33-37)&lt;br class='manualbr' /&gt;4) rapport avec les ennemis (38-47)&lt;/p&gt;
&lt;h4 class=&#034;spip&#034;&gt;B) La justice faite dans le secret, devant le P&#232;re (6.1-18)&lt;/h4&gt;
&lt;p&gt;Introduction : les hommes ou le P&#232;re (1) &lt;br class='manualbr' /&gt;1) l'aum&#244;ne dans le secret (2-4)&lt;br class='manualbr' /&gt;2) la pri&#232;re dans le secret (5-15)&lt;br class='manualbr' /&gt;3) le je&#251;ne dans le secret (16-18)&lt;/p&gt;
&lt;h4 class=&#034;spip&#034;&gt;C) L'engagement exig&#233; par la justice du Royaume (6,19-7,11)&lt;/h4&gt;
&lt;p&gt;1) l'attachement aux vrais valeurs (6,19-24)&lt;br class='manualbr' /&gt;2) l'abandon &#224; la Providence (6,25-34)&lt;br class='manualbr' /&gt;3) ne pas juger (7,1-5)&lt;br class='manualbr' /&gt;4) pers&#233;v&#233;rance dans la pri&#232;re : demander, chercher, frapper(7-11)&lt;/p&gt;
&lt;div class='hrspip'&gt;&lt;hr class='spip' /&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;C'est une invitation &#224; entrer en notre int&#233;riorit&#233;. Ce mot d'int&#233;riorit&#233; que veut-il dire aujourd'hui ? Est-ce le lieu de notre activit&#233; c&#233;r&#233;brale, intellectuelle, est-ce le lieu o&#249; surgissent nos fantasmes, est-ce le lieu de notre imaginaire avec ce qu'il a de meilleur ou de pire, est-ce ce dont nous parlons quand nous sommes sur le divan du psychanalyste ?
Il ne faut pas restreindre cette dimension de notre &#234;tre &#224; ce que nous en percevons avec nos sens, sous le regard de l'empirisme. Pour aller l&#224;, en cette dimension de l'int&#233;riorit&#233;, il faut &lt;strong&gt;emprunter le regard de la foi.&lt;/strong&gt; C'est que l'homme passe l'homme, il est plus grand qu'il ne le pense, qu'il ne le per&#231;oit.
Les mystiques en essayant de nous d&#233;crire leur exp&#233;rience nous rappellent que nous avons une &#226;me et nous disent qu'il y a en nous, au plus profond de notre &#226;me &lt;strong&gt;un lieu sacr&#233; o&#249; Dieu demeure.&lt;/strong&gt;
Il s'agit alors non pas seulement d'exercer notre intelligence, notre m&#233;moire, mais d'ouvrir plus loin encore un autre &#171; espace &#187;. &lt;strong&gt;Le lieu du c&#339;ur profond&lt;/strong&gt;. On pourrait alors dire que la pri&#232;re d'oraison est la prise de conscience de notre int&#233;riorit&#233; et son ouverture &#224; Dieu. Au Dieu vivant de J&#233;sus Christ.
Hb 11:6 &#171; &lt;em class=&#034;spip&#034;&gt;Or sans la foi il est impossible de lui &#234;tre agr&#233;able ; car il faut que celui qui s'approche de Dieu croie que Dieu existe, et qu'il est le r&#233;mun&#233;rateur de ceux qui le cherchent.&lt;/em&gt; &#187; Sous le regard de la foi, il s'agit de croire que Dieu agit en nous. C'est l'enjeu du &lt;strong&gt;passage de la m&#233;ditation &#224; la contemplation&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;1) M&#233;ditation&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;C'est alors que les conseils que nous donne Jean de la Croix nous sont pr&#233;cieux. Il nous aide &#224; &lt;strong&gt;rep&#233;rer sur notre chemin les pas de Dieu&lt;/strong&gt;, il nous invite &#224; &#234;tre attentifs &#224; sa pr&#233;sence agissante au plus profond de notre &#234;tre en une sorte d'int&#233;riorisation progressive. &lt;strong&gt;Dieu est pr&#233;sent en nous et c'est l&#224; qu'il faut le chercher. &lt;/strong&gt; Il y a une dynamique &#224; suivre qui emprunte les voies de notre psych&#233;, aller du plus ext&#233;rieur au plus int&#233;rieur, des sens au c&#339;ur profond. Pour s'ouvrir progressivement &#224; son int&#233;riorit&#233; l'&#226;me est invit&#233;e &#224; prendre des textes de la Bible et &#224; les m&#233;diter. La m&#233;ditation a besoin du support de l'imagination pour se repr&#233;senter des sc&#232;nes, pour r&#233;fl&#233;chir sur Dieu.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;&#171; la m&#233;ditation, acte discursif qui se sert d'images, de formes et de figures : par exemple, imaginer le Christ crucifi&#233;, ou &#224; la colonne, ou en un autre lieu ; ou bien Dieu sur un tr&#244;ne, en grande majest&#233; ; ou encore consid&#233;rer et imaginer la gloire comme une tr&#232;s belle lumi&#232;re, etc. ; et de m&#234;me pour n'importe quelle autre chose, soit divine soit humaine, qui peut tomber dans l' imagination. &#187; 2Mt12,3 &#171; la m&#233;ditation qui analyse et organise les pens&#233;es &#187;1 NO9,8&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Par cette application de ses facult&#233;s naturelles,&lt;strong&gt; l'&#226;me peu &#224; peu se recentre, unifie ses pens&#233;es, prend de la distance avec l'agitation de la journ&#233;e, se pacifie&lt;/strong&gt;. Or ce n'est qu'un d&#233;but. Avec le temps et l'habitude, il lui est plus facile et rapide de se recentrer, de se passer de tout ce qui encombre l'imaginaire, des soucis, des projets de la vie pour se simplifier. Mais Dieu n'est pas au bout de notre imagination, il n'est pas le produit de notre imagination. &lt;strong&gt;Il d&#233;passe infiniment tout ce que l'on peut penser, ou imaginer de lui.&lt;/strong&gt;
Nous nous approchons de Dieu &#224; partir de ce que nous sommes, &#224; partir des repr&#233;sentations que nous nous faisons de lui. Or&lt;strong&gt; Dieu est encore au-del&#224; de notre imaginaire&lt;/strong&gt;. Tout ce que l'on peut go&#251;ter ou concevoir de lui, n'est pas lui. La m&#233;ditation n'est donc qu'un passage, souvent oblig&#233;, une sorte de palier. Nous trouvons des explications de Jean de la Croix dans son livre de la Mont&#233;e du Mont Carmel, au second livre (2Mt).&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;2Mt13, &#171; 1. Afin que cette doctrine ne reste pas confuse, il s'agit, dans ce chapitre, de faire savoir &#224; quel moment et &#224; quelle occasion il conviendra que le spirituel abandonne la m&#233;ditation discursive qui se pratique au moyen des images, des figures et des formes dont nous avons parl&#233;, afin de ne les abandonner ni trop t&#244;t ni trop tard. C'est pourquoi, autant il convient, pour aller vers Dieu, de les abandonner &#224; temps afin qu'elles ne soient pas un obstacle, autant il est n&#233;cessaire de ne pas d&#233;laisser, avant le temps, la m&#233;ditation faite avec le secours des images afin de ne pas revenir en arri&#232;re. En effet, bien que les activit&#233;s de ces facult&#233;s ne soient pas, pour les progressant, un moyen qui am&#232;ne &#224; l'union, elles servent toutefois aux d&#233;butants de moyen &#233;loign&#233; pour disposer et habituer leur esprit aux choses spirituelles par le moyen de leurs sens et pour vider peu &#224; peu le domaine des sens de toutes les autres formes et images ordinaires, temporelles, profanes et naturelles. C'est pourquoi nous allons &#233;noncer maintenant quelques signes et quelques rep&#232;res qui permettront au spirituel de savoir s'il convient ou non d'abandonner maintenant l'activit&#233; de ses facult&#233;s. &#187;
&lt;/div&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;2) Contemplation&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;La m&#233;ditation s'appuie sur notre imaginaire, sur nos sens, notre sensibilit&#233;, la fa&#231;on dont nous percevons le monde. &lt;strong&gt;Nous pouvons ainsi reconstruire int&#233;rieurement des sc&#232;nes de l'&#201;vangile. &lt;/strong&gt; Nous pouvons ainsi nous transposer au temps de J&#233;sus, nous mettre &#224; la place des personnages et nous retrouver en compagnie du Christ. C'est d'un grand avantage pour s'impr&#233;gner de son message, de sa pr&#233;sence. Et cependant cette pr&#233;sence m&#234;me nous &#233;chappe. Car Dieu n'est pas au bout de notre imagination, il n'est pas une cr&#233;ation de notre imaginaire.&lt;strong&gt; Mais c'est bien une relation qui s'instaure peu &#224; peu ainsi&lt;/strong&gt;. Comme une mise en pr&#233;sence progressive. Cela est plus imm&#233;diat quand on prend le Notre P&#232;re comme objet de la m&#233;ditation, que l'on essaye de comprendre ce qui y est signifi&#233;. Et lorsqu'en m&#234;me temps l'on essaye de penser &#224; qui l'on s'adresse. Dieu nous devient peu &#224; peu pr&#233;sent parce que nous nous mettons en sa pr&#233;sence, car il est d&#233;j&#224; l&#224; qui nous attend, dans le silence, au-del&#224; de toute construction de notre imaginaire.
Or cette relation est appel&#233;e &#224; grandir, &#224; s'affiner, &#224; s'int&#233;rioriser. Il y a alors un passage important &#224; vivre que va nous d&#233;crire Jean de Croix. C'est une invitation &#224; entrer un peu plus en son c&#339;ur, &#224; passer du produit de notre intelligence, de notre imaginaire, &#224; une exp&#233;rience plus simple de la relation &#224; Dieu. L'&#226;me est alors invit&#233;e &#224; entrer peu &#224; peu dans la confiance en cette relation int&#233;rieure avec le Dieu vivant. A ne plus faire seulement confiance en ce qu'elle produit en son imagination, en ses efforts, mais &#224; laisser peu &#224; peu la place &#224; l'action du Seigneur en elle. Elle &#233;tait active dans ses choix d'images, de sc&#232;nes &#233;vang&#233;liques qu'elle m&#233;ditait. La voici maintenant incapable de poursuivre ce chemin.&lt;strong&gt; D'active qu'elle &#233;tait, il lui faut entrer dans le silence et se mettre &#224; l'&#233;coute de ce qui se passe alors, des pas de Dieu en son c&#339;ur.&lt;/strong&gt;
Il est important de noter ici que ce passage, que cette modification dans la pri&#232;re, a aussi des r&#233;percussions dans notre fa&#231;on d'&#234;tre. Il y a une transformation de la fa&#231;on de vivre les relations avec Dieu, mais aussi avec les autres et soi-m&#234;me. Il faut en effet &#224; l'&#226;me &lt;strong&gt;apprendre &#224; faire confiance &lt;/strong&gt; en ce qui se passe alors en elle, en Celui qui agit en elle, au plus pr&#232;s d'elle. Et qui dit faire confiance, dit apprendre &#224; ne plus tenir les r&#234;nes, apprendre &#224; n'&#234;tre plus en situation de contr&#244;le int&#233;rieur, &#224; ne plus poss&#233;der son &#226;me. Cela peut faire peur. C'est dire aussi que &lt;strong&gt;ce chemin invite &#224; une restructuration profonde de notre affectivit&#233;&lt;/strong&gt; et que donc il peut prendre du temps, voire des ann&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;3) Rep&#232;res pour s'ouvrir &#224; la contemplation&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Mais lisons Jean de la Croix lorsqu'il nous indique les signes &#224; rep&#233;rer pour aller sans se tromper sur ce chemin :&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;2Mt 13,
&#171; &lt;em class=&#034;spip&#034;&gt;Le premier consiste &#224; prendre conscience qu'on ne peut plus m&#233;diter ni r&#233;fl&#233;chir avec l'imagination, ni trouver en cela du plaisir comme auparavant ; bien plus, on trouve de la s&#233;cheresse en ce qui auparavant avait coutume de captiver les sens et d'apporter un profit. Mais tant qu'on pourra r&#233;fl&#233;chir dans la m&#233;ditation et qu'on en tirera profit, on ne doit pas l'abandonner, si ce n'est quand l'&#226;me entre dans la paix et la qui&#233;tude dont il est question dans le troisi&#232;me signe.
&lt;p&gt;Le deuxi&#232;me existe quand on se rend compte qu'il n'y a aucun avantage &#224; engager l'imagination, ou n'importe quel sens, dans des domaines particuliers, soit ext&#233;rieurs soit int&#233;rieurs. Je ne dis pas que l'imagination ne puisse aller et venir car, m&#234;me dans le cas d'un recueillement plus profond, elle a l'habitude d'agir en toute libert&#233;, mais je dis que l'&#226;me n'a plus de go&#251;t &#224; la faire agir d&#233;lib&#233;r&#233;ment dans d'autres domaines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le troisi&#232;me et le plus s&#251;r consiste en ce que l'&#226;me aime &#224; rester seule en portant une attention amoureuse &#224; Dieu sans consid&#233;ration particuli&#232;re, en paix int&#233;rieure, qui&#233;tude et repos et sans acte ni exercice des facult&#233;s, m&#233;moire, intelligence et volont&#233; &#8212; au moins sans actes discursifs qui consistent &#224; passer de l'un &#224; l'autre &#8212; mais avec seulement l'attention et la connaissance g&#233;n&#233;rale amoureuse dont nous parlons, sans connaissance particuli&#232;re et sans comprendre ce dont il s'agit&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, il est vrai que, au d&#233;but, lorsque commence cet &#233;tat, la connaissance amoureuse ne se remarque presque pas. Cela pour deux raisons : l'une parce que, au d&#233;but, la connaissance amoureuse a coutume d'&#234;tre tr&#232;s fine, tr&#232;s d&#233;licate et presque imperceptible ; l'autre parce que l'&#226;me &#233;tant habitu&#233;e &#224; l'exercice de la m&#233;ditation, qui rel&#232;ve totalement du domaine des sens, elle ne remarque pas et ne sent presque pas cette nouveaut&#233; imperceptible qui rel&#232;ve du domaine de l'esprit. Cela se v&#233;rifie surtout lorsque, n'y comprenant rien, elle ne se laisse pas apaiser et s'efforce de recourir &#224; la m&#233;ditation plus accessible aux sens. Ainsi, bien que la paix int&#233;rieure amoureuse soit plus abondante, l'&#226;me ne peut ni la sentir ni en jouir. Toutefois, lorsqu'elle sera plus habitu&#233;e &#224; se laisser apaiser, cette connaissance amoureuse et g&#233;n&#233;rale de Dieu grandira en elle, et elle la sentira davantage ; elle la go&#251;tera plus que toutes les autres choses car elle lui procure, sans qu'elle fasse d'effort, paix, repos, saveur et d&#233;lices. &lt;/em&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;2Mt12,
&#171; &lt;em class=&#034;spip&#034;&gt;Il faut savoir que les sens dont nous parlons particuli&#232;rement ici sont deux sens corporels int&#233;rieurs qu'on appelle &lt;strong&gt;&#171; imagination &#233;vocatrice &#187;&lt;/strong&gt; et &lt;strong&gt;&#171; imagination cr&#233;atrice &#187;&lt;/strong&gt;&#8230; &#192; ces deux facult&#233;s appartient la m&#233;ditation, acte discursif qui se sert d'images, de formes et de figures invent&#233;es et fabriqu&#233;es par ces deux sens : par exemple, imaginer le Christ crucifi&#233;, ou &#224; la colonne, ou en un autre lieu ; ou bien Dieu sur un tr&#244;ne, en grande majest&#233; ; ou encore consid&#233;rer et imaginer la gloire comme une tr&#232;s belle lumi&#232;re, etc. ; et de m&#234;me pour n'importe quelle autre chose, soit divine soit humaine, qui peut tomber dans l'imagination.
L'&#226;me doit se d&#233;faire de toutes ces images et garder son imagination dans l'obscurit&#233; afin de parvenir &#224; la divine union, &#233;tant donn&#233; que les images ne peuvent en aucune fa&#231;on servir de moyen adapt&#233; pour aller vers Dieu, pas plus que les images mat&#233;rielles qui concernent les cinq sens ext&#233;rieurs&#8230;
&lt;p&gt;&lt;strong class=&#034;caractencadre2-spip spip&#034;&gt;C'est pourquoi beaucoup de spirituels se trompent grandement lorsqu'ils s'efforcent de parvenir &#224; Dieu &#224; l'aide d'images, de figures et de m&#233;ditations, ce qui convient aux d&#233;butants. Alors que Dieu veut qu'ils recueillent des biens plus spirituels, plus int&#233;rieurs et invisibles et leur retire d&#233;j&#224; le go&#251;t et la saveur de la m&#233;ditation discursive, eux n'osent ni ne savent en finir de se dessaisir de ces moyens tangibles auxquels ils sont habitu&#233;s&lt;/strong&gt; ; aussi s'efforcent-ils de les conserver, voulant encore marcher comme auparavant au moyen de la m&#233;ditation et de la consid&#233;ration d'images et pensant qu'il doit toujours en &#234;tre ainsi. Ils peinent beaucoup et y trouvent peu de saveur, et m&#234;me rien du tout. &lt;strong class=&#034;caractencadre2-spip spip&#034;&gt;Bien plus, la s&#233;cheresse, la fatigue et l'inqui&#233;tude de l'&#226;me s'accroissent dans la mesure o&#249; ils travaillent pour garder la saveur premi&#232;re qu'il leur est d&#233;j&#224; impossible &#224; trouver de cette fa&#231;on car l'&#226;me n'appr&#233;cie plus cette nourriture sensible mais une autre plus d&#233;licate, plus int&#233;rieure et moins &#233;vidente qui ne consiste pas dans un travail de l'imagination, mais dans la paix de l'&#226;me o&#249; il lui convient de demeurer en qui&#233;tude et repos, ce qui est plus spirituel.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, plus l'&#226;me devient spirituelle, moins ses facult&#233;s agissent en des actes particuliers car elle parvient peu &#224; peu &#224; un acte g&#233;n&#233;ral et pur. Les facult&#233;s cessent d'agir car elles conduisaient au but o&#249; l'&#226;me est arriv&#233;e, de m&#234;me que s'arr&#234;tent les pas &#224; la fin de l'&#233;tape. S'il ne s'agissait que de marcher, jamais on n'arriverait ; si tout &#233;tait moyen, o&#249; et quand jouirait-on de la fin et du terme ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors que leur &#226;me veut demeurer dans le calme et le repos de qui&#233;tude int&#233;rieure o&#249; Dieu la nourrit de sa paix, quelle piti&#233; de voir tant de spirituels la troubler en la tirant au-dehors, vouloir mal &#224; propos lui faire parcourir &#224; nouveau le chemin d&#233;j&#224; parcouru, lui faire quitter le but final o&#249; elle se reposait d&#233;j&#224;, pour reprendre les moyens avec lesquels elle est parvenue &#224; ce terme et qui sont les consid&#233;rations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut leur dire aussi qu'ils doivent &lt;strong&gt;apprendre &#224; demeurer en Dieu&lt;/strong&gt; dans cette qui&#233;tude avec une attention et un regard amoureux. Rien n'est donn&#233; par l'imagination ni par son activit&#233; car ici, comme nous le disons, les facult&#233;s se reposent et n'agissent pas activement, mais passivement en recevant ce que Dieu fait en elles. Et si parfois elles agissent, ce n'est pas avec effort ni par une m&#233;ditation laborieuse mais avec une douceur d'amour, plus pouss&#233;es par Dieu que par le propre savoir-faire de l'&#226;me, comme je l'expliquerai plus loin. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;4) Affiner le discernement&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Jean de la Croix reprend l'exposition des trois signes pour les expliquer un peu plus. Il va tout d'abord d&#233;finir quel est le sens de la m&#233;ditation, qu'elle n'est pas une fin en soi, mais qu'elle a pour but d'&#233;veiller l'amour de Dieu dans le c&#339;ur. Et c'est dans cet amour qui s'&#233;veille que l'&#226;me per&#231;oit la pr&#233;sence agissante de Dieu. Se laissant porter et nourrir par cette pr&#233;sence, Jean de la Croix parle alors de contemplation. L'&#226;me n'a plus besoin de m&#233;diter, mais elle est appel&#233;e &#224; accueillir l'amour de Dieu qu'elle sent s'&#233;veiller en son c&#339;ur.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;2Mt14,
&#171; Au sujet du premier signe, il faut savoir que, pour entrer dans la voie de l'esprit qui est la voie contemplative, le spirituel doit laisser la voie de l'imagination et la m&#233;ditation sensible quand il n'y trouve plus de saveur et ne peut plus m&#233;diter, et cela pour deux raisons qui se rejoignent en une seule :
&lt;p&gt;La premi&#232;re parce que, d'une certaine mani&#232;re, l'&#226;me y a re&#231;u tout le bien spirituel qu'elle pouvait trouver dans les choses de Dieu par le moyen de la m&#233;ditation et du raisonnement. L'indice en est de ne plus pouvoir m&#233;diter ni raisonner comme avant et de n'y trouver ni saveur ni go&#251;t nouveau comme elle avait l'habitude d'en trouver alors qu'elle n'&#233;tait pas encore arriv&#233;e &#224; ce point, jusqu'&#224; l'esprit qui &#233;tait l&#224; pour cela.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La deuxi&#232;me est que l'&#226;me poss&#232;de d&#233;j&#224; &#224; ce moment le sens de la m&#233;ditation, quant &#224; sa nature et &#224; sa pratique habituelle.&lt;strong class=&#034;caractencadre2-spip spip&#034;&gt; En effet, il faut savoir que le but de la m&#233;ditation et du raisonnement sur les choses de Dieu est d'obtenir quelque connaissance et quelque amour de Dieu.&lt;/strong&gt; &#201;tant donn&#233; qu'un grand nombre d'actes rapport&#233;s &#224; un m&#234;me objet engendrent dans l'&#226;me une habitude, ainsi les nombreux actes de connaissance amoureuse pos&#233;s par l'&#226;me, les uns apr&#232;s les autres, en viennent par l'usage &#224; devenir si continuels qu'ils constituent pour elle une habitude.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ce que Dieu a coutume de procurer &#224; beaucoup d'&#226;mes sans le moyen de ces actes, ou tout au moins sans qu'il en ait fallu beaucoup, en les pla&#231;ant aussit&#244;t dans l'&#233;tat de contemplation. &lt;strong class=&#034;caractencadre2-spip spip&#034;&gt;Alors, ce que l'&#226;me obtenait auparavant peu &#224; peu par son travail de m&#233;ditation sur des connaissances particuli&#232;res, est devenu en elle, par l'usage, une connaissance amoureuse g&#233;n&#233;rale, habituelle et fondamentale et non plus distincte et particuli&#232;re comme avant. En effet, quand elle se met en oraison, comme celui qui a trouv&#233; l'eau, elle boit sans effort, avec plaisir, sans qu'il lui soit n&#233;cessaire de la faire venir par le canal de pesantes consid&#233;rations et de repr&#233;sentations imaginaires. De sorte que, peu apr&#232;s s'&#234;tre mise en pr&#233;sence de Dieu, elle entre dans une connaissance indistincte, amoureuse, paisible et tranquille, o&#249; elle boit la sagesse, l'amour et la saveur.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pourquoi l'&#226;me, lorsqu'elle se trouve en cette tranquillit&#233;, ressent comme une lourde peine et un grand d&#233;go&#251;t lorsqu'on veut la faire m&#233;diter et peiner sur des connaissances particuli&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong class=&#034;caractencadre2-spip spip&#034;&gt;Bon nombre de ceux qui commencent &#224; entrer dans cet &#233;tat agissent ainsi car ils pensent que toute l'affaire consiste &#224; r&#233;fl&#233;chir et &#224; comprendre des choses particuli&#232;res &#224; l'aide d'images et de figures qui sont comme l'&#233;corce de l'esprit. Ils ne les trouvent pas dans cette qui&#233;tude amoureuse et substantielle o&#249; leur &#226;me veut rester et o&#249; ils ne comprennent rien clairement ; ils pensent qu'ils sont en train de se perdre et qu'ils perdent leur temps ; alors ils recommencent &#224; chercher l'&#233;corce de leurs images et de leurs raisonnements et ne la trouvent pas puisqu'elle leur est d&#233;j&#224; retir&#233;e.&lt;/strong&gt; En agissant ainsi, ils ne peuvent jouir de ce qui est substantiel et ne retrouvent pas la m&#233;ditation ; ils se troublent en eux-m&#234;mes, pensant qu'ils retournent en arri&#232;re, et se perdent. En v&#233;rit&#233;, ils se perdent, bien que ce ne soit pas comme ils le pensent ; ils se perdent selon leurs sens naturels et leur mani&#232;re habituelle de sentir, mais ils gagnent l'esprit qu'on est en train de leur donner. Gr&#226;ce &#224; cet esprit, ils comprennent de moins en moins et entrent de plus en plus dans la nuit de l'esprit dont nous traitons dans ce livre et par o&#249; ils doivent passer pour s'unir &#224; Dieu au-del&#224; de toute connaissance. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;5) Faire confiance &#224; la vie de Dieu en soi&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Que nous dit Jean de la Croix ici ? &lt;strong&gt;C'est qu'il faut aimer Dieu plus que soi-m&#234;me ! &lt;/strong&gt; En effet l'&#226;me trouve du plaisir, du contentement, &#224; m&#233;diter lorsqu'elle en a pris l'habitude. Mais vient un moment o&#249; elle ne trouve plus cette saveur et elle se croit perdue. Et ce qui redouble son d&#233;sarroi, c'est qu'elle ne peut plus s'appliquer &#224; m&#233;diter sur la vie du Christ et &#224; l'impression de se perdre, de faire fausse route. Mais &#224; bien y r&#233;fl&#233;chir, ce n'est pas tant le Christ qu'elle aime, que le plaisir qu'elle y trouve. Il convient ici de se rem&#233;morer le commandement premier : tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton c&#339;ur, de toute ta force.&lt;strong&gt; C'est lui qu'il faut chercher, non soi.&lt;/strong&gt; C'est trouver alors le chemin de la libert&#233; pour aller plus avant, au-del&#224; de ce que la sensibilit&#233; peut donner. Nous sommes captifs de nos sens et nous avons du mal &#224; nous ouvrir &#224; cette dimension au plus profond de nous qui est de l'ordre de l'esprit. Cependant, il nous faut lire attentivement ce qu'&#233;crit Jean de la Croix afin de pas aller trop vite et en quelque sorte forcer Dieu et notre nature. &lt;strong&gt;Il ne s'agit pas de faire silence, mais de l'accueillir. &lt;/strong&gt; Il est don de Dieu, signe de sa pr&#233;sence. Il n'est pas le fruit de notre d&#233;sir de conqu&#234;te, mais accueil paisible et confiant. Il est le fruit de l'&#233;coute des pas de Dieu au plus profond de notre c&#339;ur. Il est donc le fruit d'une relation et nous sommes relatifs &#224; Dieu. Nous trouvons notre &#233;panouissement dans cette ouverture &#224; plus grand que nous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dit autrement, nous pouvons &lt;strong&gt;nous promener devant un beau paysage mais ne pas le voir, ni en sentir les bienfaits et ceci pourquoi, parce que nous sommes trop pris par nos soucis&lt;/strong&gt;. Il suffit qu'un &#233;v&#232;nement particulier nous fasse sortir de nous m&#234;mes, un bruit, le passage d'un animal, pour que nous soyons attentifs &#224; la beaut&#233; de ce qui nous entoure et peut &#234;tre &#224; la personne qui nous accompagne. Alors nous pouvons ouvrir notre c&#339;ur &#224; la mesure du paysage contempl&#233;, &#224; l'amiti&#233; qui ne demande qu'&#224; s'exprimer. Seulement, dans la dynamique spirituelle, &lt;strong&gt;il nous faut acclimater nos sens &#224; une autre lumi&#232;re moins imm&#233;diatement sensible.&lt;/strong&gt; C'est le registre de la foi vive qui nous met en relation avec la pr&#233;sence de Dieu. Ici, ce n'est plus un paysage, mais quelqu'un.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.carmel.asso.fr/Saint-Jean-de-la-Croix-Poesie-Le-Pastoureau.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Le Pastoureau&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Attention cependant &#224; la d&#233;licatesse de cette forme de pri&#232;re et ne pas de mettre de distraction l&#224; o&#249; elle n'est pas, ne pas croire que l'&#226;me n'est pas en oraison parce qu'elle semble penser &#224; autre chose :&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;2Mt 14,
&#171; Au sujet du deuxi&#232;me signe, il y a peu &#224; dire car on voit bien que, obligatoirement, l'&#226;me ne doit pas go&#251;ter d'autres images qui viennent du monde, alors que, pour les raisons que nous avons donn&#233;es, elle ne go&#251;te pas les images plus adapt&#233;es &#224; ce moment et qui sont celles qui viennent de Dieu. Toutefois, comme nous l'avons not&#233; plus haut, dans ce recueillement l'imagination a coutume d'aller, de venir et de changer sans que l'&#226;me le veuille et y prenne plaisir ; elle en ressent plut&#244;t de la peine parce que cela trouble sa paix et son plaisir. &#187;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Un point d'attention s'impose ici encore, tant cette &#339;uvre int&#233;rieure est d&#233;licate et soumise &#224; confusion. Jean de la Croix y insiste avec toute l'attention n&#233;cessaire, mais il semble qu'il faille encore s'y arr&#234;ter. Cela est important pour nous situer par rapport aux approches spirituelles des autres religions dans lesquelles on invite &#224; pratiquer le silence, ou par rapport &#224; des techniques corporelles qui visent &#224; &#233;tablir le silence int&#233;rieur. Cela peut &#234;tre profitable pour se relaxer, mais ce n'est pas l'exercice de la pri&#232;re chr&#233;tienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes dans une autre approche du divin dans la religion chr&#233;tienne. &lt;strong&gt;C'est Dieu qui vient &#224; nous, qui cherche &#224; vivre une relation d'amiti&#233; avec nous.&lt;/strong&gt; Il est notre sauveur et c'est par son sacrifice sur la croix que nous avons le plus cette possibilit&#233; de vivre une vie filiale avec Dieu. Cela se vit aussi dans&lt;strong&gt; l'&#233;coute int&#233;rieure de la pr&#233;sence de Dieu&lt;/strong&gt;. Dieu est relation et Jean de la Croix ne perd pas cette dynamique de vue, y compris quand il parle de cette exp&#233;rience int&#233;rieure du silence. L'&#226;me y est &#233;tablie dans une connaissance g&#233;n&#233;rale et amoureuse de Dieu, quand bien m&#234;me l'&#226;me n'en ressent pas toujours les sensations. Jean de la Croix signale que&lt;strong&gt; l'&#226;me n'est pas oisive&lt;/strong&gt;. Il veut dire par l&#224; que soit l'&#226;me agit en m&#233;ditant, soit elle agit en accueillant cette infusion spirituelle et amoureuse de Dieu. Mais comme ce dernier exercice est d&#233;licat, elle n'en ressent pas toujours, au d&#233;but, l'action.
Il est le fruit d'une relation. Ici Th&#233;r&#232;se d'Avila y insiste &#224; temps et contre temps.
Le silence est ici port&#233; par une pl&#233;nitude relationnelle. Il est rempli d'une pr&#233;sence. Ce n'est pas un silence qui est le fruit d'une technique o&#249; l'&#226;me n'est pas port&#233;e et conduite par l'amour, ni par la pr&#233;sence de Dieu.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;6) Le silence&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Lisons ce que nous en dit Jean de la Croix :&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;2Mt14,
&#171; Je ne pense pas qu'il soit n&#233;cessaire de d&#233;montrer que, pour quitter la m&#233;ditation, il faille poss&#233;der le troisi&#232;me signe qui est, &#224; l'&#233;gard de Dieu, connaissance et attention g&#233;n&#233;rale amoureuse puisque, d&#233;j&#224;, il en a &#233;t&#233; question au sujet du premier signe et que nous en traiterons lorsque nous parlerons, en son lieu, de cette connaissance g&#233;n&#233;rale et confuse, apr&#232;s avoir trait&#233; des connaissances particuli&#232;res de l'intelligence.&lt;br class='manualbr' /&gt;Mais nous ne donnerons qu'une seule raison qui permettra de voir clairement combien cette connaissance ou attention amoureuse et g&#233;n&#233;rale &#224; l'&#233;gard de Dieu est n&#233;cessaire au contemplatif qui doit abandonner la voie de la m&#233;ditation et de la r&#233;flexion&lt;strong&gt;. Si l'&#226;me n'avait pas alors cette connaissance ou assistance de Dieu, il s'ensuivrait qu'elle ne ferait rien et n'aurait rien&lt;/strong&gt; ; car si elle laisse la m&#233;ditation o&#249; elle r&#233;fl&#233;chissait avec ses facult&#233;s sensibles et s'il lui manque aussi la contemplation qui est la connaissance dont nous parlons et par laquelle l'&#226;me fait agir ses facult&#233;s spirituelles que sont m&#233;moire, intelligence et volont&#233;, unies &#224; cette connaissance agissante qu'elles ont d&#233;j&#224; re&#231;ue, il manquerait n&#233;cessairement &#224; l'&#226;me toute activit&#233; au sujet de Dieu puisqu'elle ne peut ni agir ni recevoir si ce n'est par le moyen de ces deux sortes de facult&#233;s, sensibles et spirituelles. En effet, au moyen des facult&#233;s sensibles elle peut raisonner, rechercher, &#233;laborer la connaissance des objets et, au moyen des facult&#233;s spirituelles, elle peut savourer les connaissances d&#233;j&#224; re&#231;ues par ces facult&#233;s, sans travail de ces derni&#232;res. &#187;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Lire : l'&#226;me peut m&#233;diter avec l'aide des facult&#233;s sensibles, m&#233;moire, intelligence, volont&#233;. Elle peut contempler par l'exercice de la foi, l'esp&#233;rance, la charit&#233; qui la mettent en pr&#233;sence de Dieu.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;2Mt14,
&#171; &lt;em class=&#034;spip&#034;&gt; 7. Ainsi la diff&#233;rence qui existe selon que l'&#226;me agit avec les unes ou les autres facult&#233;s est-elle celle qui existe entre travailler et jouir de l'&#339;uvre achev&#233;e, ou celle qui existe entre la peine de marcher et le repos et la qui&#233;tude d'&#234;tre parvenu au but ; ou bien entre faire cuire le repas et le manger et le savourer tout cuit et m&#226;ch&#233; sans avoir &#224; l'appr&#234;ter d'aucune mani&#232;re ; et ce qui existe entre recevoir et profiter de ce qui est d&#233;j&#224; re&#231;u. Si l'&#226;me n'&#233;tait pas employ&#233;e par le travail des facult&#233;s sensibles, c'est-&#224;-dire la m&#233;ditation et la r&#233;flexion, ou par ce qui est re&#231;u et accompli dans les facult&#233;s spirituelles, c'est-&#224;-dire la contemplation et la connaissance dont nous avons parl&#233; et si elle restait oisive par rapport aux unes et aux autres facult&#233;s, on ne pourrait dire en aucune fa&#231;on que l'&#226;me est occup&#233;e. Le troisi&#232;me signe est donc n&#233;cessaire pour quitter le chemin de la m&#233;ditation et du raisonnement. &lt;/em&gt; &#187;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; qui clairement exprim&#233;. Il s'agit pas de vouloir anticiper l'action de Dieu dans l'&#226;me. Ce n'est pas elle qui conduit, &lt;strong&gt;mais l'&#226;me doit &#234;tre attentive &#224; ce qui se passe en elle.&lt;/strong&gt; Peut-&#234;tre son chemin sera-t-il de progresser dans l'amour de Dieu par les voies de la m&#233;ditation. Acqu&#233;rir la contemplation n'est pas un but en soi, mais la charit&#233;. Et il ne s'agit pas seulement de courber l'&#233;chine dans l'adoration, aussi pieuse soit-elle, mais aussi, et tout autant, d'offrir sa poitrine.
Au don de Dieu pour nous est appel&#233; le don de notre c&#339;ur.
Cette aspect de la vie contemplative dans cet accueil du silence int&#233;rieur est suffisamment d&#233;licat pour que Jean de la Croix ait besoin de pr&#233;ciser :&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;2Mt14,
&#171; &lt;em class=&#034;spip&#034;&gt; Mais il faut savoir que cette connaissance g&#233;n&#233;rale dont nous parlons est parfois si subtile et si d&#233;licate, surtout quand elle est plus pure, simple et parfaite et plus spirituelle et int&#233;rieure, que l'&#226;me ne la voit ni ne la sent, bien qu'elle en soit occup&#233;e.
&lt;p&gt;Au contraire, quand cette connaissance est en elle-m&#234;me moins pure et moins simple, elle para&#238;t plus claire et de plus grande valeur pour l'intelligence parce qu'elle est rev&#234;tue ou m&#234;l&#233;e ou envelopp&#233;e de quelques formes accessibles qui peuvent faire tr&#233;bucher l'intelligence ou le sensible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On le comprendra bien par cette comparaison : si nous regardons le rayon du soleil qui entre par la fen&#234;tre, nous voyons que plus le rayon est charg&#233; de grains de poussi&#232;re, plus il est palpable, perceptible et plus il se manifeste au sens de la vue. Il est &#233;vident qu'alors le rayon est en soi moins pur, moins clair, moins simple et moins parfait car il est rempli de tant de grains de poussi&#232;re ; nous voyons aussi que si le rayon est moins charg&#233; de grains de poussi&#232;re, il est moins palpable et il para&#238;t plus obscur &#224; l'&#339;il corporel ; et plus il est limpide, plus il para&#238;t obscur et moins perceptible. Et si le rayon &#233;tait compl&#232;tement limpide et pur de tous grains de poussi&#232;re, m&#234;me des plus petits, ce rayon para&#238;trait totalement obscur et ne serait pas perceptible &#224; l'&#339;il parce que manquerait ce qui peut &#234;tre vu. Ainsi l'&#339;il ne trouve-t-il pas sur quoi s'arr&#234;ter car la lumi&#232;re n'est pas en soi objet de la vision mais le moyen par lequel on voit ce qui est visible ; et si manquent les objets visibles sur lesquels le rayon ou la lumi&#232;re fait r&#233;flexion, rien ne se voit. Par cons&#233;quent, si le rayon entre par une fen&#234;tre et sort par une autre sans rencontrer d'obstacle physique, on ne verra rien et n&#233;anmoins le rayon, en soi, est plus pur et plus net que lorsqu'on le voyait et qu'on le sentait plus clair parce qu'il &#233;tait plein de choses visibles&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il faut savoir que cette connaissance g&#233;n&#233;rale ne doit pas causer obligatoirement cet oubli dont nous parlons. Cela se produit seulement lorsqu'elle retire &#224; l'&#226;me l'exercice de toutes ses facult&#233;s naturelles et spirituelles ; cela n'a lieu que rarement, lorsque cette connaissance occupe l'&#226;me enti&#232;rement. Pour que cela corresponde au cas dont nous traitons, il suffit que l'intelligence soit soustraite &#224; quelque connaissance particuli&#232;re, soit temporelle soit spirituelle, et que la volont&#233; n'ait aucune envie de penser ni aux unes ni aux autres ; alors c'est le signe que l'&#226;me est occup&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet indice est n&#233;cessaire pour comprendre ce qui se passe lorsque la connaissance g&#233;n&#233;rale s'applique et se communique seulement &#224; l'intelligence car, alors, l'&#226;me s'en rend compte rarement. Mais quand elle se communique aussi &#224; la volont&#233;, ce qui est presque toujours le cas, l'&#226;me comprend plus ou moins, si elle veut bien regarder en elle-m&#234;me, qu'elle est occup&#233;e par cette connaissance g&#233;n&#233;rale car elle ressent en elle une saveur d'amour, sans savoir ni comprendre d'une mani&#232;re particuli&#232;re ce qu'elle aime. C'est pourquoi elle l'appelle &#171; connaissance g&#233;n&#233;rale amoureuse &#187; car, de m&#234;me qu'elle se communique obscur&#233;ment &#224; l'intelligence, elle se communique aussi &#224; la volont&#233;, lui procurant confus&#233;ment saveur et amour, sans que l'&#226;me sache distinctement ce qu'elle aime.&lt;/em&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;7) Naviguer entre m&#233;ditation et contemplation&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Jean de la Croix fait une distinction dans le mode de perception de la pr&#233;sence de Dieu &#224; l'&#226;me, selon que l'intelligence soit seule &#224; percevoir ou selon que la volont&#233; soit mobilis&#233;e. Pour Jean de la Croix, il y a une correspondance entre les puissances de l'&#226;me, intelligence, m&#233;moire et volont&#233; et respectivement la foi, &lt;strong&gt;l'esp&#233;rance et la charit&#233; qui sont des gr&#226;ces de Dieu.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'intelligence s'ouvre la pr&#233;sence de Dieu par la foi, pas seulement un contenu d'informations, mais la pr&#233;sence m&#234;me de Dieu. Il nous dit que lorsque seulement l'intelligence est touch&#233;e par la lumi&#232;re divine, l'&#226;me ne sent rien. Elle doit simplement prendre conscience que l'intelligence n'est pas mobilis&#233;e par quelque pens&#233;e que ce soit, et que la volont&#233; n'a pas envie de s'attacher &#224; quelque forme de pens&#233;e.&lt;br class='manualbr' /&gt;Par contre lorsque c'est la volont&#233; qui est sollicit&#233;e par la gr&#226;ce, l'&#226;me per&#231;oit saveur et amour, m&#234;me si cela est subtil. Il revient maintenant de noter que l'&#226;me n'est pas de suite immerg&#233;e dans la contemplation de Dieu. Il y a un va et vient entre m&#233;ditation et contemplation, une sorte de souplesse et de d&#233;licatesse int&#233;rieure &#224; avoir. Jean de la Croix semble s'adresser aux progressant, mais ne sommes-nous pas pendant longtemps des progressant ? Il nous met en face de ce qu'il a &#233;dict&#233; comme principe g&#233;n&#233;ral et que l'on vient de parcourir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Arr&#234;tons-nous ici un peu :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La personne vit en relation et la relation se nourrit d'un don r&#233;ciproque dans une &#233;galit&#233; des relations. Le don de soi, c'est &#224; la fois pouvoir recevoir et donner, c'est devenir capacit&#233; pour pouvoir donner sans rien retenir. Et c'est &#224; ce niveau que se situe pour nous tout le travail de purification pour pouvoir entrer dans la gratuit&#233; de cette relation et trouver ainsi notre identit&#233;. Cela suppose tout un travail de restructuration de notre affectivit&#233;, de notre moi narcissique pour pouvoir s'ouvrir au Don que Dieu veut nous faire de lui-m&#234;me.
J&#233;sus est venu sur terre pour annoncer cette bonne nouvelle de l'amour que Dieu a pour nous. Dieu en J&#233;sus s'est pleinement r&#233;v&#233;l&#233; et nous ne pouvons accueillir cela que dans la foi.
Pour nous il s'agit de pouvoir entrer dans cette dynamique, de pouvoir ouvrir notre intelligence &#224; ce qu'elle ne peut percevoir, ouvrir notre volont&#233; &#224; une &#233;nergie qui lui vient d'ailleurs, ouvrir notre m&#233;moire &#224; ce qui la d&#233;passe. C'est cela s'ouvrir &#224; la vie divine en nous.
Depuis St Augustin, en passant par St Thomas, nous trouvons ainsi cette correspondance, affin&#233;e par Jean de la Croix&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;smallcaps&#034;&gt;Intelligence&lt;/span&gt; est illumin&#233;e par la &lt;span class=&#034;smallcaps&#034;&gt;foi&lt;/span&gt;, en ce qu'elle donne &#224; l'intelligence Dieu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;smallcaps&#034;&gt;M&#233;moire&lt;/span&gt; par l'&lt;span class=&#034;smallcaps&#034;&gt;esp&#233;rance&lt;/span&gt; en ce qu'elle lib&#232;re la m&#233;moire pour lui ouvrir la pr&#233;sence de Dieu, d&#233;j&#224; l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;smallcaps&#034;&gt;Volont&#233;&lt;/span&gt; par la &lt;span class=&#034;smallcaps&#034;&gt;charit&#233;&lt;/span&gt; en ce qu'elle unit l'&#226;me &#224; Dieu et qu'elle lui permet de passer de la volont&#233; captatrice, volontariste, &#224; la volont&#233; r&#233;ceptrice, coop&#233;rante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En tout cela l'&#226;me apprend &#224; ne plus se percevoir comme &#224; l'origine de son &#234;tre, mais se recevant en tout et pour tout de Dieu.
&lt;strong&gt;
On peut illustrer cela par les &#233;vangiles :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;smallcaps&#034;&gt;Ouverture de l'intelligence &#224; la foi&lt;/span&gt; avec Nicod&#232;me. Et avec Marie &#224; l'Annonciation : Marie sous l'ombre de la Puissance du Tr&#232;s-Haut.&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;span class=&#034;smallcaps&#034;&gt;de la m&#233;moire &#224; l'esp&#233;rance&lt;/span&gt; avec les disciples d'Emma&#252;s. Et avec Marie qui se laisse conduire par J&#233;sus : Marie qui m&#233;ditait toutes ces choses en son c&#339;ur.&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;span class=&#034;smallcaps&#034;&gt;de la volont&#233; &#224; l'amour&lt;/span&gt; avec Marie-Madeleine et Marie au pied de la croix.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; C'est pourquoi je fl&#233;chis les genoux en pr&#233;sence du P&#232;re de qui toute paternit&#233;, au ciel et sur la terre, tire son nom. Qu'Il daigne, selon la richesse de sa gloire, vous armer de puissance par son Esprit pour que se fortifie en vous l'homme int&#233;rieur, que le Christ habite en vos c&#339;urs par la foi, et que vous soyez enracin&#233;s, fond&#233;s dans l'amour. Ainsi vous recevrez la force de comprendre, avec tous les saints, ce qu'est la Largeur, la Longueur, la Hauteur et la Profondeur, vous conna&#238;trez l'amour du Christ qui surpasse toute connaissance, et vous entrerez par votre pl&#233;nitude dans toute la Pl&#233;nitude de Dieu. &#187; Ep 3,14-18&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#226;me peut avoir peur de se perdre ici, car il lui semble qu'elle se perde de vue, et en m&#234;me temps elle se d&#233;couvre totalement dans ce changement int&#233;rieur qui se fait en elle.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;2Mt15,
&#171; On pourrait se poser une question sur ce qui vient d'&#234;tre dit : les progressant, ceux que Dieu commence &#224; faire entrer dans la connaissance surnaturelle de contemplation dont nous avons parl&#233; et qui, de ce fait, commencent &#224; la go&#251;ter, n'ont-ils plus d&#233;sormais &#224; tirer profit de la m&#233;ditation, du raisonnement et des repr&#233;sentations naturelles ?
&lt;p&gt;&#192; quoi on r&#233;pond : cela ne veut pas dire que ceux qui commencent &#224; avoir cette connaissance g&#233;n&#233;rale amoureuse n'aient plus jamais &#224; se servir de la m&#233;ditation. En effet, au d&#233;but, les progressant n'ont pas assez l'habitude de la connaissance g&#233;n&#233;rale pour qu'ils puissent, d&#232;s qu'ils le veulent, s'en servir aussit&#244;t ; d'autre part, ils ne sont pas si &#233;loign&#233;s de la m&#233;ditation qu'ils ne puissent plus parfois m&#233;diter et raisonner naturellement comme avant, en utilisant les images et les moyens habituels afin d'y trouver encore quelque chose. Dans ces d&#233;buts, lorsque les indices signal&#233;s montrent que l'&#226;me n'est pas occup&#233;e par la qui&#233;tude et la connaissance g&#233;n&#233;rale, il vaudrait mieux profiter de la r&#233;flexion jusqu'&#224; ce qu'on en vienne &#224; bien acqu&#233;rir l'habitude dont nous avons parl&#233; et qui consiste, chaque fois que l'on a envie de m&#233;diter, &#224; entrer tout de suite dans la connaissance g&#233;n&#233;rale et la paix, sans pouvoir m&#233;diter ni en avoir envie. Jusqu'&#224; l'arriv&#233;e de ce temps vers lequel les progressant avancent d&#233;j&#224;, il y aura de l'une et de l'autre selon les diff&#233;rents moments.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Souvent, l'&#226;me se trouvera dans cette &lt;strong&gt;attitude amoureuse ou paisible&lt;/strong&gt;, sans se servir de ses facult&#233;s par des actes particuliers, n'agissant pas activement, ne faisant que recevoir. Il lui faudra souvent, pour entrer dans cet &#233;tat, s'aider doucement et mod&#233;r&#233;ment du raisonnement. Une fois qu'elle s'y trouve, nous l'avons d&#233;j&#224; dit, elle ne doit rien faire avec ses facult&#233;s puisque, d&#233;sormais, il est vrai de dire qu'on agit en elle ; l'intelligence et la saveur lui sont donn&#233;es sans qu'elle agisse en rien sinon &#234;tre attentive &#224; aimer Dieu, sans rien vouloir sentir ni voir. Alors Dieu se communique &#224; elle passivement, comme est communiqu&#233;e la lumi&#232;re &#224; celui qui garde les yeux ouverts, passivement, sans rien faire de plus que de les tenir ouverts. Recevoir la lumi&#232;re qui est infus&#233;e surnaturellement, c'est conna&#238;tre passivement. Lorsque l'on dit que l'&#226;me n'agit pas, ce n'est pas qu'elle ne connaisse rien, mais elle conna&#238;t sans qu'il lui co&#251;te aucun effort, seulement celui de recevoir ce qu'on lui donne, comme cela arrive dans les illuminations, les r&#233;v&#233;lations ou les inspirations venant de Dieu. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Jean de la Croix notera dans la suite du texte qu'il peut arriver que l'&#226;me re&#231;oive des illuminations, des paroles int&#233;rieures. Il insistera pour que l'&#226;me ne s'attarde pas &#224; ce genre de connaissances, aussi savoureuses qu'elles puissent &#234;tre. &lt;br class='manualbr' /&gt;Pour deux raisons :&lt;br class='manualbr' /&gt;Car en ces occasions le d&#233;mon peut s'immiscer, puisqu'il a acc&#232;s &#224; ce qui peut se percevoir, &#224; tout ce qui implique l'utilisation des sens et surtout au niveau de l'imagination. Et puis Dieu est bien au-del&#224; de tout ce qui peut se conna&#238;tre, se go&#251;ter. L'&#226;me doit aller &#224; Dieu par ce qu'elle ne go&#251;te pas. Elle doit toujours chercher &#224; &#233;lever son d&#233;sir vers la connaissance de Dieu au-del&#224; de tout sensible, de tout raisonnement.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;8) Chemin de purification&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Que l'on ne s'y trompe pas, nous n'en sommes l&#224; qu'au d&#233;but de la vie spirituelle. Il faudra que l'&#226;me soit purifi&#233;e de multiples fa&#231;ons pour qu'elle puisse entrer plus profond&#233;ment en ce silence int&#233;rieur. Elle n'en est qu'au d&#233;but de ce chemin qui se creuse vers&lt;strong&gt; le c&#339;ur profond&lt;/strong&gt;. Chemin de purifications que Jean de la Croix notera en reprenant cette dynamique des trois signes marquant le passage de la m&#233;ditation &#224; la contemplation au livre de la Nuit Obscure, &#224; l'articulation de la purification des sens et de l'esprit. Dieu creuse toujours plus profond ce chemin du c&#339;ur pour y faire son nid et pouvoir se communiquer &#224; l'&#226;me avec plus de puret&#233;. Or Dieu est infiniment pur !
Et puisque le d&#233;sir de l'&#226;me est de s'unir &#224; Dieu, il lui faut aller se purifiant plus profond&#233;ment, ce qui est aussi l'&#339;uvre ultime de Dieu en elle.
Nous nous trouvons donc &#224; la fin du livre 1&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;er&lt;/sup&gt; de la Nuit Obscure (1NO), au chapitre 9 et cela va jusqu'au chapitre 13.
Dans ce livre Jean de la Croix va aborder la m&#234;me dynamique, mais vu sous l'aspect passif, o&#249; Dieu agit dans l'&#226;me pour la purifier. C'est plus la sensation de s&#233;cheresse qui est not&#233;e ainsi que la dimension du temps n&#233;cessaire &#224; cette purification. Ainsi ce passage de la m&#233;ditation &#224; la contemplation ne se fait pas simplement, il engage tout un travail de restructuration int&#233;rieure. Le mode de connaissance sensible, donn&#233; par nos cinq sens, qui vient nourrir l'imagination, est limit&#233; et il n'est pas la seule fa&#231;on de conna&#238;tre pour l'&#226;me. Il est invit&#233; &#224; s'ouvrir &#224; un autre mode de connaissance donn&#233; par l'interm&#233;diaire du palais spirituel 1NO 9,4.
Quand il va &#233;crire que l'&#226;me n'a plus de go&#251;t pour les choses de Dieu, cela concerne seulement la partie m&#233;ditative, l'&#226;me n'a plus de go&#251;t pour m&#233;diter dans l'oraison, m&#234;me ce qui concerne les textes bibliques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous reprenons en compagnie de Jean de la Croix la description des trois signes d&#233;j&#224; abord&#233;s :&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;1NO 9,
&#171; Le premier signe consiste en ce que, ne trouvant ni go&#251;t, ni consolation dans les choses de Dieu, on n'en trouve pas non plus dans aucune des choses cr&#233;&#233;es&#8230; En cela on reconna&#238;t, avec beaucoup de probabilit&#233;, que cette s&#233;cheresse et ce d&#233;go&#251;t ne proviennent ni des imperfections ni des p&#233;ch&#233;s r&#233;cemment commis. S'il en &#233;tait ainsi, on sentirait quelque inclination naturelle ou l'envie de go&#251;ter &#224; d'autres choses qu'&#224; celles de Dieu.
&lt;p&gt;Voici le deuxi&#232;me signe : on a le souvenir habituel de Dieu avec sollicitude et avec un souci douloureux, pensant qu'on ne sert pas Dieu mais qu'on retourne en arri&#232;re, puisqu'on se voit dans un tel d&#233;go&#251;t des choses de Dieu. On voit par l&#224; que ce d&#233;go&#251;t et cette s&#233;cheresse ne proviennent pas de n&#233;gligence ni de ti&#233;deur. En effet, la ti&#233;deur rend la volont&#233; et la vaillance tr&#232;s n&#233;gligentes et ind&#233;cises, sans sollicitude pour servir Dieu ; au contraire la s&#233;cheresse purificatrice s'accompagne d'une sollicitude habituelle, avec souci et peine de ne pas servir Dieu, comme je viens de le dire. Parfois, et m&#234;me souvent, la s&#233;cheresse est renforc&#233;e par une tendance d&#233;pressive ou une autre indisposition, mais elle ne manque pas pour autant de purifier les d&#233;sirs qui sont alors priv&#233;s de tout plaisir et tendent uniquement vers Dieu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, &#224; cause de la nouveaut&#233; du changement, l'esprit ne ressent pas d&#232;s le d&#233;but la saveur et les d&#233;lices spirituels, mais seulement la s&#233;cheresse et la fadeur, car son palais est habitu&#233; aux go&#251;ts sensibles et ses yeux sont encore tourn&#233;s vers eux. Quant au palais spirituel, il n'est pas adapt&#233; &#224; cette saveur si subtile ni purifi&#233; pour la go&#251;ter. Tant que cette nuit s&#232;che et obscure ne l'y aura pas progressivement dispos&#233;, il ne pourra pas jouir de la saveur des biens spirituels, mais seulement &#233;prouver la s&#233;cheresse et la fadeur, priv&#233; qu'il est du plaisir go&#251;t&#233; auparavant avec tant de facilit&#233;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette contemplation qui est cach&#233;e et secr&#232;te pour celui-l&#224; m&#234;me qui la poss&#232;de, jointe &#224; la s&#233;cheresse et au vide qu'elle cause dans la partie sensible, incline l'&#226;me &#224; la solitude et &#224; la qui&#233;tude et lui donne envie d'y demeurer, sans pouvoir penser &#224; quoi que ce soit de particulier ni avoir envie d'y penser.
Si ceux &#224; qui cela arrive voulaient bien rester tranquilles et se d&#233;gager de toute action int&#233;rieure ou ext&#233;rieure, sans s'inqui&#233;ter d'&#234;tre &#224; ne rien faire, alors, en cette oisivet&#233; et cet apaisement, ils sentiraient cette d&#233;licate r&#233;fection int&#233;rieure, tellement d&#233;licate que, habituellement, on ne la ressent pas si on a l'envie ou le souci de la sentir. En effet, comme je viens de le dire, la contemplation agit dans la plus grande oisivet&#233; et le plus grand apaisement de l'&#226;me ; elle est comme l'air qui s'&#233;chappe quand on veut l'enfermer dans la main.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En voici la cause : quand l'&#226;me entre en cet &#233;tat de contemplation, quittant la m&#233;ditation pour passer &#224; l'&#233;tat des progressant, Dieu est d&#233;sormais celui qui agit en elle ; il entrave ses facult&#233;s, ne lui laissant aucun appui pour l'intelligence, aucune saveur en la volont&#233;, aucune activit&#233; dans la m&#233;moire. En effet, ce que l'&#226;me peut alors faire par elle-m&#234;me ne lui sert &#224; rien, si ce n'est, comme nous l'avons dit, &#224; troubler sa paix int&#233;rieure et l'&#339;uvre que Dieu accomplit en son esprit au moyen de cette s&#233;cheresse. Cette action de Dieu, parce qu'elle est subtile et spirituelle, r&#233;alise une &#339;uvre paisible, d&#233;licate, secr&#232;te, r&#233;paratrice, pacifiante et qui n'a rien de commun avec toutes ces saveurs premi&#232;res qui &#233;taient tr&#232;s perceptibles et tr&#232;s sensibles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le troisi&#232;me signe qui permet de reconna&#238;tre cette purification du sens consiste en l'impossibilit&#233; pour l'&#226;me de m&#233;diter d&#233;sormais et de se servir comme autrefois de l'imagination, malgr&#233; tous ses efforts. En effet, Dieu ne communique plus avec elle dans le domaine du sensible, comme il le faisait auparavant au moyen de la m&#233;ditation qui analysait et organisait les pens&#233;es, mais il commence &#224; se communiquer &#224; elle dans l'acte simple de contemplation qui ne d&#233;pend ni des sens ext&#233;rieurs ni des sens int&#233;rieurs, et ne s'adresse qu'au seul esprit, sans pens&#233;e discursive&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A propos de ce troisi&#232;me signe, on doit s'assurer que cette impuissance des facult&#233;s et le manque de plaisir qu'elles &#233;prouvent ne naissent pas de quelque humeur chagrine. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;1N10,
&#171; Au temps des s&#233;cheresses de cette nuit qui touche le domaine sensible, nuit en laquelle Dieu op&#232;re le changement dont nous avons parl&#233; ci-dessus, en tirant l'&#226;me de la vie du sens pour la faire entrer dans celle de l'esprit, c'est-&#224;-dire pour la faire passer de la m&#233;ditation &#224; la contemplation o&#249; ses facult&#233;s ne peuvent plus avoir d' activit&#233; discursive concernant les choses de Dieu, les spirituels souffrent de grandes peines caus&#233;es, non pas tant par les s&#233;cheresses qu'ils &#233;prouvent que par la crainte de s'&#234;tre perdus en chemin, car ils pensent que c'en est fini de leur bonheur spirituel et que Dieu les a abandonn&#233;s puisqu'ils ne trouvent plus ni appui ni satisfaction en ce qui est bon.
&lt;p&gt;En cette nuit du sens, le comportement que l'on doit adopter est celui-ci : ne pas se pr&#233;occuper du raisonnement et de la m&#233;ditation car ce n'en est plus le temps, mais garder son &#226;me en repos et qui&#233;tude, m&#234;me s'il para&#238;t clairement qu'on ne fait rien et qu'on perd son temps et m&#234;me s'il semble que c'est la paresse qui &#244;te l'envie de penser &#224; quoi que ce soit. On fait beaucoup en ayant la patience de pers&#233;v&#233;rer dans l'oraison sans y rien faire. La seule chose &#224; faire est de laisser l'&#226;me libre, d&#233;sencombr&#233;e et soulag&#233;e de toutes les connaissances et de toutes les pens&#233;es, n'ayant nul souci de ce que l'on pensera et m&#233;ditera, se contentant seulement d'une attention &#224; Dieu amoureuse et paisible, sans souci de faire quelque chose et sans avoir envie de le go&#251;ter ou de le sentir. En effet tous ces d&#233;sirs inqui&#232;tent l'&#226;me et la distraient de la paisible qui&#233;tude et de la douce oisivet&#233; qui lui sont donn&#233;es dans la contemplation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me si l'on a grand scrupule &#224; perdre son temps et si l'on pense qu'il serait bon de faire autre chose, puisque dans l'oraison on ne peut rien faire ni penser &#224; rien, qu'on le supporte et qu'on se tienne tranquille, comme quelqu'un qui ne va &#224; l'oraison que pour y demeurer &#224; loisir et en d&#233;tente d'esprit. En effet, si de soi-m&#234;me on veut faire quelque chose avec ses facult&#233;s spirituelles, on g&#226;chera et on perdra les biens que Dieu est en train d'&#233;tablir et d'imprimer en l'&#226;me au moyen de cette paix et de cette oisivet&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pourquoi il convient &#224; cette &#226;me de ne pas s'inqui&#233;ter si elle perd l'activit&#233; de ses facult&#233;s ; elle doit plut&#244;t appr&#233;cier de la perdre rapidement afin que, ne g&#234;nant pas l'action de Dieu qui est en train de lui donner la contemplation infuse, elle la re&#231;oive avec plus d'abondance et plus de paix et c&#232;de la place &#224; cet incendie que l'amour allume en son esprit, cet amour que la contemplation secr&#232;te et obscure apporte avec soi et communique &#224; l'&#226;me.
En effet, la contemplation n'est pas autre chose qu'une communication de Dieu, secr&#232;te, pacifique et amoureuse par laquelle, si on lui fait place, il embrase l'&#226;me d'un amour spirituel&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;1NO11,
&#171; &lt;em class=&#034;spip&#034;&gt;La contemplation secr&#232;te met en l'&#226;me sollicitude et souci jusqu'&#224; ce que, au bout de quelque temps, ayant rectifi&#233; quelque peu le domaine des sens dans ses forces et ses tendances naturelles au moyen des s&#233;cheresses qu'elle produit dans l'&#226;me, elle allume peu &#224; peu en l'esprit l'amour divin. Mais entre-temps, comme chez celui qui subit un traitement, en fin de compte tout est p&#226;tir dans cette obscure et s&#232;che purification des tendances o&#249; l'on se gu&#233;rit de beaucoup d'imperfections et o&#249; l'on s'entra&#238;ne &#224; de nombreuses vertus pour devenir apte &#224; recevoir cet amour, comme on va le dire maintenant en expliquant le vers suivant :&#171; oh ! l'heureuse fortune !..&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dieu ne place l'&#226;me en cette nuit du sens que pour purifier le domaine inf&#233;rieur, l'accorder, l'assujettir et l'unir &#224; l'esprit, en le mettant dans l'obscurit&#233; et en faisant cesser son activit&#233; discursive. Il fera de m&#234;me ensuite &#224; l'&#233;gard de l'esprit, en le pla&#231;ant dans la nuit spirituelle afin de le purifier pour l'unir avec Dieu, comme on le dira plus tard. En tout cela, l'&#226;me gagne tant de profits (bien qu'elle ne s'en aper&#231;oive pas) qu'elle consid&#232;re comme une heureuse fortune de s'&#234;tre &#233;chapp&#233;e, gr&#226;ce &#224; la nuit, du filet et des entraves du domaine inf&#233;rieur.
Elle dit ce vers : &#171; oh ! l'heureuse fortune ! &#187; &#192; ce propos il nous faut noter les profits que l'&#226;me trouve en cette nuit, ce pour quoi elle consid&#232;re comme une heureuse fortune d'y &#234;tre pass&#233;e. L'&#226;me r&#233;sume tous ces profits dans le vers suivant : &#171; je sortis sans &#234;tre vue &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette sortie s'applique &#224; la d&#233;pendance que l'&#226;me &#233;prouvait &#224; l'&#233;gard de la partie sensible et qui la faisait chercher Dieu par des actes aussi faibles, limit&#233;s et imparfaits que le sont ceux du domaine inf&#233;rieur. En effet, &#224; chaque pas elle tr&#233;buchait en mille imperfections inconscientes, comme nous l'avons dit plus haut &#224; propos des sept p&#233;ch&#233;s capitaux. L'&#226;me est lib&#233;r&#233;e de tout cela par cette nuit qui &#233;teint tous les plaisirs spirituels et mat&#233;riels, qui obscurcit tous les raisonnements et qui lui procure d'autres biens innombrables en lui conf&#233;rant les vertus, comme nous allons le dire. Quel plaisir et quelle grande consolation ce sera pour qui chemine ainsi, de voir comment une chose qui para&#238;t &#224; l'&#226;me si &#226;pre, si d&#233;favorable et si contraire au go&#251;t spirituel est pour elle source de tant de biens !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces biens sont accord&#233;s &#224; l'&#226;me quand, en ce qui concerne ses penchants et ses actes, et par le moyen de cette nuit, elle sort de toutes les choses cr&#233;&#233;es pour marcher vers les &#233;ternelles, ce qui est une grande chance et une heureuse fortune ; d'une part, c'est un grand bien d'&#233;teindre tendances et attraits pour toutes choses ; d'autre part, il y en a tr&#232;s peu qui souffrent avec pers&#233;v&#233;rance afin d'entrer par la porte &#233;troite et par le chemin resserr&#233; qui conduit &#224; la vie, comme le dit Notre Sauveur (Mt 7, 14).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En effet, la &#171; porte &#233;troite &#187; est la nuit du sens.&lt;/strong&gt; L'&#226;me se d&#233;pouille et se d&#233;nude pour entrer en cette nuit, s'appuyant sur la foi qui est &#233;trang&#232;re &#224; tout le sensible, pour cheminer ensuite sur le &#171; chemin resserr&#233; &#187; qui est l'autre nuit, celle de l'esprit, dans laquelle l'&#226;me entrera, pour marcher vers Dieu en cette pure foi qui est le moyen par lequel elle s'unit avec lui. Ce chemin est si &#233;troit, si obscur et si terrible (sans comparaison avec la nuit du sens, son obscurit&#233; et ses &#233;preuves) qu'il y en a bien peu &#224; le suivre, et pourtant ses avantages sont de beaucoup sup&#233;rieurs &#224; ceux de la nuit du sens.&lt;/em&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;9) Dieu est relation&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;C'est un travail de restructuration qui se met en place ici. Dieu est relation et ce chemin de l'oraison vient progressivement ouvrir cet espace relationnel en nous. Or qui dit relation, dit que c'est tout notre univers relationnel qui est repris dans ce chemin. Ce sont toutes nos relations heureuses ou malheureuses et notre capacit&#233; &#224; les vivre qui sont revisit&#233;es. Ce sont surtout les lieux o&#249; nous avons connus des difficult&#233;s, autour desquelles nous nous sommes crisp&#233;s, qui sont de nouveau sollicit&#233;s. Il y a des relations que nous avons mal v&#233;cu qui ont provoqu&#233; de la souffrance. Pour nous prot&#233;ger de ces souffrances nous nous sommes verrouill&#233;s devant toute relation similaire. Nous avons comme endurci notre c&#339;ur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui mais la relation &#224; Dieu va nous faire retraverser ces zones difficiles en nous. Nous allons exp&#233;rimenter de la peur, une incapacit&#233; &#224; nous laisser aimer. Or pour recevoir l'amour de Dieu, il va nous falloir peu &#224; peu retrouver le chemin de la confiance, apprendre &#224; r&#233;ouvrir ces zones fragiles en nous, voire bless&#233;es. Cela ne se fera g&#233;n&#233;ralement pas sans r&#233;sistance, sans peur &#224; d&#233;passer. L'&#226;me traversera des peurs, une incapacit&#233; volontaire &#224; s'abandonner, des s&#233;cheresses. C'est le temps de ce travail int&#233;rieur, de ces nuits, de ces s&#233;cheresses. C'est le prix de ce travail de restructuration qui est alors &#224; l'&#339;uvre. &lt;strong&gt;Dieu est amour, comment recevoir son amour si l'on ne l&#226;che pas prise, si l'on ne se laisse pas aimer.&lt;/strong&gt; Nous avons tellement pris l'habitude de diriger notre vie, de la contr&#244;ler pour faire face aux &#233;preuves de la vie, qu'il nous semble impossible d'en confier les r&#234;nes &#224; qui que ce soit. Il nous faut pouvoir accepter de faire confiance, &#233;prouver suffisamment confiance pour l&#226;cher prise, laisser un autre entrer dans notre c&#339;ur sans avoir peur d'&#234;tre bless&#233; ou d&#233;truit &#224; nouveau. Or, s'il y a une relation que l'on peut &#233;tablir de nouveau avec quelqu'un sans peur d'&#234;tre tromp&#233;, c'est bien avec Dieu. Ce n'est pas lui qui fera d&#233;faut. Il l'a prouv&#233; en se donnant &#224; nous jusqu'&#224; en mourir et nous aimant par del&#224; nos infid&#233;lit&#233;s, nos trahisons.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;10) Synth&#232;se &lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; donc la teneur de ce qu'enseigne Jean de la Croix sur ce &lt;strong&gt;passage de la m&#233;ditation &#224; la contemplation&lt;/strong&gt;. Mais pour le suivre jusqu'au bout de sa pens&#233;e et pourquoi il prend soin de nous enseigner cela, il nous faut le suivre dans cet autre &#233;crit qu'il nous a laiss&#233;, le commentaire de sa po&#233;sie Vive Flamme. Ici il nous montre l'issue de ce chemin de la contemplation et il s'y engage passionnellement si l'on peut l'&#233;crire, avec pol&#233;mique contre les mauvais accompagnateurs spirituels. C'est signifier l'importance et l'enjeu de ce qu'il essaye d'expliquer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le but de la contemplation est de&lt;strong&gt; permettre &#224; Dieu de faire son travail de purification &lt;/strong&gt; en l'&#226;me pour que celle-ci puisse recevoir avec puret&#233; la flamme de l'esprit et s'unir &#224; lui. Ce travail de purification vient d&#233;gager en nous ce qui obstruait notre intelligence, notre m&#233;moire et notre volont&#233; et ouvrir ces puissances &#224; des profondeurs insoup&#231;onn&#233;es. Et il en va sur ce chemin selon ce que l'&#226;me peut donner, peut vivre et Dieu de son c&#244;t&#233; s'adapte au rythme de l'&#226;me. Reprenons ce que Jean de la Croix nous en dit :&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;VF 3,18-54
&#171; Ces cavernes sont les facult&#233;s de l'&#226;me : m&#233;moire, intelligence et volont&#233;. Elles sont si profondes qu'elles peuvent contenir de grands biens car elles ne se remplissent avec rien moins que l'infini&#8230; Il faut remarquer d'abord que ces cavernes des facult&#233;s, tant qu'elles ne sont pas vides, purifi&#233;es et d&#233;barrass&#233;es de tout attachement au cr&#233;&#233;, ne sentent pas le grand vide de leur profonde capacit&#233; car, en cette vie, la plus petite chose qui s'attache &#224; elles suffit pour les encombrer et les fasciner &#224; tel point qu'elles ne se rendent pas compte de ce dommage, tiennent pour peu de chose leurs immenses biens et m&#233;connaissent leur capacit&#233;&#8230;
25&#8230; Dieu accomplira dans ses visites et ses dons par lesquels il va la purifier, l'embellir et l'affiner davantage afin de la disposer dignement pour une si haute union. Et le temps passe, plus long pour les unes, plus court pour les autres car Dieu va au rythme de l'&#226;me&#8230; &#187;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Une petite pause pour inviter &#224; lire ici en parall&#232;le le livre des Demeures de Th&#233;r&#232;se d'&#193;vila, les sixi&#232;mes. On y percevra &#224; la foi de travail de purification extr&#234;me que provoque l'irruption du Tout Autre en attisant le d&#233;sir par sa proximit&#233; et sa bont&#233; et en ouvrant la distance car il est infini. C'est une passion amoureuse et c'est un purgatoire.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;VF 3
&#171; Au temps de ces fian&#231;ailles o&#249; l'on attend le mariage en recevant les onctions de l'Esprit-Saint, quand d&#233;j&#224; sont plus pr&#233;cieux les onguents qui disposent &#224; l'union avec Dieu, il arrive ordinairement que les d&#233;sirs ardents des cavernes de l'&#226;me soient pouss&#233;s &#224; l'extr&#234;me de la d&#233;licatesse. Comme ces onguents pr&#233;parent de plus pr&#232;s &#224; l'union avec Dieu parce qu'ils sont plus appropri&#233;s &#224; Dieu, ils embaument l'&#226;me et lui donnent plus d&#233;licatement le go&#251;t de Dieu, aussi le d&#233;sir devient-il plus affin&#233; et plus profond car le d&#233;sir de Dieu est la condition pour s'unir avec lui. (voir aussi paragraphe 28) &#187;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Jean de la Croix reprend ici toute sa p&#233;dagogie concernant le passage de la m&#233;ditation &#224; la contemplation. Nous savons maintenant quels en sont les enjeux ce qui nous permet de lire ce qui suit avec un autre regard. C'est &#224; lire avec beaucoup d'attention, en ayant &#224; l'esprit tout le travail de purification qui a permis &#224; l'&#226;me d'en arriver ici.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;VF 3,&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;&#171; Afin de mieux comprendre la situation des commen&#231;ants, il faut savoir, qu'en cet &#233;tat, leur exercice est de m&#233;diter et de faire des actes fond&#233;s sur le raisonnement et l'imagination. Il faut alors donner &#224; l'&#226;me la mati&#232;re n&#233;cessaire pour qu'elle m&#233;dite et raisonne, et il convient que, d'elle-m&#234;me, elle fasse des actes int&#233;rieurs et qu'elle tire profit du suc et de la saveur sensible des choses spirituelles afin que, nourrissant ses tendances avec la saveur des choses spirituelles, elle se d&#233;tache de la saveur des choses sensibles et se d&#233;prenne des choses de ce monde.
&lt;p&gt;Mais quand les tendances sont d&#233;j&#224; quelque peu nourries des choses de l'esprit et habitu&#233;es &#224; elles avec une certaine force et une certaine constance,&lt;strong&gt; Dieu commence alors &#224; sevrer l'&#226;me et &#224; la placer dans l'&#233;tat de contemplation&lt;/strong&gt;,&#8230; Ces personnes adaptent &#224; Dieu le domaine du sensible et ses attraits et transposent leur effort au domaine de l'esprit car l'action de Dieu en elles conduit bien &#224; cela. Alors cessent les actes discursifs et la m&#233;ditation qui sont le propre de l'&#226;me, ainsi que les saveurs et les premi&#232;res ferveurs sensibles. En effet, l'&#226;me ne peut plus raisonner comme auparavant ni trouver quoi que ce soit pour soutenir l'activit&#233; du domaine sensible qui reste dans la s&#233;cheresse car tous ses biens sont en train de passer dans le domaine de l'esprit et n'appartiennent plus &#224; celui des sens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;tant donn&#233; que, par elle-m&#234;me et selon sa nature, l'&#226;me ne peut agir qu'au moyen du sensible il s'ensuit que, &#224; ce degr&#233;, c'est Dieu qui est l'agent et l'&#226;me est le patient car elle est seulement comme celui qui re&#231;oit et en qui l'on agit, tandis que Dieu est comme celui qui donne et qui agit en elle. Il lui donne les biens spirituels dans la contemplation qui est &#224; la fois connaissance et amour divin, c'est-&#224;-dire connaissance amoureuse, sans que l'&#226;me se serve des actes et des raisonnements naturels car elle ne peut plus avoir recours &#224; eux comme avant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne doit donc en aucune fa&#231;on lui imposer la m&#233;ditation, ni aucune activit&#233; qui lui procurerait saveur ou ferveur, car ce serait faire obstacle &#224; l'agent principal qui est Dieu. Celui-ci, en secret et dans le calme, met peu &#224; peu dans l'&#226;me sagesse et connaissance amoureuse, en dehors de tout acte particulier &#8212; m&#234;me s'il arrive parfois qu'il lui en fasse produire avec quelque dur&#233;e. &lt;strong&gt;L'&#226;me doit alors marcher uniquement avec une attention amoureuse &#224; Dieu&lt;/strong&gt;, sans actes particuliers, se comportant avec passivit&#233;, comme nous l'avons dit, sans se cr&#233;er d'empressements personnels, avec une attention amoureuse et r&#233;solue, pure et simple, comme quelqu'un qui ouvre les yeux avec un regard d'amour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s lors que Dieu, dans sa mani&#232;re de donner, entre en relation avec l'&#226;me par une connaissance simple et amoureuse, l'&#226;me &#224; son tour, dans sa mani&#232;re de recevoir, entre en relation avec lui par une connaissance et une attention simples et amoureuses afin que s'unissent ainsi connaissance avec connaissance et amour avec amour&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fin de compte, si l'&#226;me veut alors agir par elle-m&#234;me, en employant un autre moyen que l'attention amoureuse passive &#8212; que nous avons d&#233;crite comme &#233;tant tr&#232;s passive et tr&#232;s paisible, sans aucun acte naturel, si ce n'est quand Dieu s'unit &#224; l'&#226;me en un acte particulier &#8212; elle mettrait obstacle aux biens que Dieu est en train de lui communiquer surnaturellement dans la connaissance amoureuse. Cette communication a lieu, au d&#233;but, dans l'&#233;preuve de purification int&#233;rieure, comme nous l'avons dit plus haut, et ensuite dans la suavit&#233; de l'amour.
Cette connaissance amoureuse, comme je le dis et c'est la v&#233;rit&#233;, se re&#231;oit passivement dans l'&#226;me &#224; la mani&#232;re surnaturelle de Dieu et non &#224; la mani&#232;re naturelle de l'&#226;me ; il s'ensuit que, pour la recevoir, l'&#226;me doit &#234;tre r&#233;duite &#224; rien quant &#224; son agir naturel, d&#233;sencombr&#233;e, oisive, paisible, pacifique et sereine, &#224; la mani&#232;re de Dieu. Il en est comme de l'air : plus il est exempt de brume et plus il est pur et calme, plus le soleil l'&#233;claire et le r&#233;chauffe. De m&#234;me l'&#226;me ne doit &#234;tre attach&#233;e &#224; rien : ni &#224; l'activit&#233; de la m&#233;ditation ou du raisonnement, ni &#224; une quelconque saveur soit sensible soit spirituelle, ni &#224; quelque autre occupation, car l'esprit a besoin d'&#234;tre tellement libre et d&#233;gag&#233; de tout que n'importe quelle pens&#233;e, n'importe quels raisonnement ou plaisir auxquels l'&#226;me voudrait s'attacher l'arr&#234;teraient, l'inqui&#233;teraient et feraient du bruit dans le profond silence qui doit r&#233;gner dans l'&#226;me, dans le domaine du sens comme en celui de l'esprit, en vue d'une &#233;coute si profonde et si d&#233;licate, car Dieu parle au c&#339;ur dans cette appr&#233;ciable solitude (Os 2, 14) o&#249; l'&#226;me &#233;coute et entend, dans une paix et une tranquillit&#233; extr&#234;mes, ce que dit en elle le Seigneur Dieu, comme le fait remarquer David (Ps 84, 9), car la paix parle dans la solitude.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pourquoi, quand il arrivera &#224; l'&#226;me de se sentir introduite dans le silence et dans l'&#233;coute, elle devra oublier jusqu'&#224; l'exercice de l'attention amoureuse dont j'ai parl&#233; afin de rester libre pour ce qu'alors le Seigneur requiert d'elle. En effet, elle ne doit avoir recours &#224; cette attention amoureuse que si elle ne se sent pas mise dans l'&#233;tat de solitude ou d'oisivet&#233; int&#233;rieure, ou d'oubli, ou d'&#233;coute spirituelle. Pour que cet &#233;tat soit bien compris, il faut savoir qu'il est toujours accompagn&#233; d'un certain repos paisible, tandis que l'&#226;me est absorb&#233;e int&#233;rieurement&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donc, lorsque l'&#226;me en vient &#224; cet &#233;tat, efforce-toi de la d&#233;tacher de tous les d&#233;sirs de saveurs, de go&#251;ts, de douceurs et de m&#233;ditations spirituelles ; ne va pas l'inqui&#233;ter par des soucis ou quelque pr&#233;occupation pour les choses d'en haut et encore moins pour celles d'ici-bas, mais place-la dans la plus grande indiff&#233;rence et la plus grande solitude possibles parce que, plus elle y parviendra et plus vite elle atteindra ce loisir tranquille, plus abondamment la p&#233;n&#233;trera l'Esprit de la divine sagesse qui est amoureux, tranquille, solitaire, pacifique et doux et qui enivre l'esprit. Celui-ci se sent alors bless&#233; et ravi doucement et tendrement, sans savoir par qui ni comment, ignorant d'o&#249; cela vient. Voici pourquoi : cela lui est communiqu&#233; sans qu'il y soit pour rien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rien qu'un petit peu de ce que Dieu op&#232;re dans l'&#226;me, dans cette oisivet&#233; sainte et cette solitude, est un bien inestimable et parfois bien plus inestimable que ni l'&#226;me ni celui qui la conduit ne peuvent le penser et, bien qu'alors on ne s'en aper&#231;oive pas, cela se manifestera en son temps&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces onctions nuanc&#233;es de l'Esprit-Saint sont si d&#233;licates et si &#233;lev&#233;es que, &#233;tant donn&#233; leur finesse et leur d&#233;licate puret&#233;, ni l'&#226;me ni celui qui la guide ne les comprennent, mais seulement celui qui les lui fait pour mieux se complaire en elle. Ces onctions s'effacent ou deviennent inefficaces dans l'&#226;me avec une tr&#232;s grande facilit&#233; d&#232;s que l'&#226;me veut faire le plus petit acte par elle-m&#234;me, soit par la m&#233;moire ou l'intelligence ou la volont&#233;, soit en se servant du sensible, des tendances, des connaissances, de la saveur ou du go&#251;t. C'est un grand dommage, une grande douleur et une grande piti&#233;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Celui qui ne renonce pas &#224; tout ce qu'il poss&#232;de ne peut &#234;tre mon disciple (Lc 14, 33). Cela s'entend non seulement de la renonciation aux choses corporelles et temporelles selon la volont&#233;, mais aussi de la d&#233;sappropriation des choses spirituelles, ce qui implique la pauvret&#233; spirituelle en laquelle le Fils de Dieu place la b&#233;atitude (Mt 5, 3). L'&#226;me &#233;tant ainsi libre de toutes choses, vide et d&#233;sappropri&#233;e &#224; leur endroit (et c'est ce que l'&#226;me peut faire de son c&#244;t&#233;) il est impossible, alors qu'elle a fait sa part, que Dieu ne fasse pas la sienne en se communiquant &#224; elle, au moins en secret et en silence&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pourquoi la volont&#233; se sentira souvent enflamm&#233;e ou attendrie ou remplie d'amour sans savoir ni comprendre rien de plus pr&#233;cis qu'avant car Dieu harmonise en elle l'amour, comme le dit l'&#233;pouse du Cantique des Cantiques : Le roi m'a introduite dans son cellier et il a harmonis&#233; en moi la charit&#233; (2, 4).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donc il ne faut pas craindre en ce cas l'oisivet&#233; de la volont&#233; car, si elle cesse de faire par elle-m&#234;me des actes d'amour &#224; partir de connaissances particuli&#232;res, Dieu les accomplit en elle, l'enivrant secr&#232;tement d'un amour infus, soit par le moyen de la connaissance contemplative, soit sans elle, comme nous venons de le dire. Ces actes, plus savoureux et m&#233;ritoires que ceux qu'elle accomplirait d'elle-m&#234;me, le sont d'autant plus qu'est parfait celui qui procure et met en &#339;uvre cet amour et c'est Dieu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dieu verse cet amour dans la volont&#233; quand celle-ci est vide et dessaisie des autres saveurs et des autres attachements particuliers, soit d'en haut, soit d'en bas. &#192; cause de cela, il faut veiller &#224; ce que la volont&#233; soit vide et dessaisie de ses attachements car, si elle ne retourne pas en arri&#232;re pour go&#251;ter quelque suc ou quelque plaisir, bien qu'elle n'en ressente aucun en Dieu, elle va de l'avant, montant vers Dieu par-dessus toutes choses puisqu'elle n'a plus de go&#251;t pour aucune. Quant &#224; Dieu, bien qu'elle ne savoure rien en lui de particulier ni de pr&#233;cis et qu'elle ne l'aime par aucun acte sp&#233;cial, elle le go&#251;te obscur&#233;ment et secr&#232;tement, dans cette communication globale, plus que toutes les choses particuli&#232;res car elle voit alors clairement qu'aucune ne lui procure autant de plaisir que cette qui&#233;tude solitaire ; et elle aime Dieu plus que toutes les choses aimables puisqu'elle fait peu de cas de toutes leurs douceurs et saveurs qui lui sont insipides&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces ma&#238;tres ne connaissent rien aux choses de l'esprit. Ils font &#224; Dieu grande injure et grand outrage en mettant une main grossi&#232;re l&#224; o&#249; Dieu agit. En effet, il a co&#251;t&#233; beaucoup &#224; Dieu pour amener ces &#226;mes jusque-l&#224; et il attache un grand prix &#224; les avoir conduites &#224; cette solitude et &#224; ce vide de leurs facult&#233;s et de leurs activit&#233;s afin de pouvoir leur parler au c&#339;ur car c'est ce que lui d&#233;sire toujours.&lt;/em&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Saint Jean de la Croix Vive Flamme</title>
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		<dc:subject>Sommaire</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;&#233;couter la po&#233;sie : Llama de amor viva &gt;http://www.youtube.com/watch?feature=endscreen&amp;NR=1&amp;v=rjvx3dx8RNI] [(1 &#212; Flamme d'amour vive | &#161;Oh llama de amor viva Qui tendrement blesse | que tiernamente hieres Mon &#226;me au plus profond centre ! | de mi alma en el m&#225;s profundo centro ! Puisque maintenant n'es plus tourment | Pues ya no eres esquiva Ach&#232;ve maintenant si tu veux, | acaba ya si quieres, D&#233;chire la toile de cette douce rencontre ! | &#161; rompe la tela de este dulce encuentro (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.carmel.asso.fr/-Meditations-du-Frere-Yannick-.html" rel="directory"&gt;M&#233;ditations du Fr&#232;re Yannick&lt;/a&gt;

/ 
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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.carmel.asso.fr/sites/carmel.asso.fr/local/cache-vignettes/L150xH86/arton1684-29f11.jpg?1782946271' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='86' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.youtube.com/watch?feature=endscreen&amp;NR=1&amp;v=rjvx3dx8RNI&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;*&#233;couter la po&#233;sie : Llama de amor viva&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='hrspip'&gt;&lt;hr class='spip' /&gt;&lt;/div&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;1 &lt;br class='manualbr' /&gt;&#212; Flamme d'amour vive | &#161;Oh llama de amor viva &lt;br class='manualbr' /&gt;Qui tendrement blesse | que tiernamente hieres&lt;br class='manualbr' /&gt;Mon &#226;me au plus profond centre ! | de mi alma en el m&#225;s profundo centro !&lt;br class='manualbr' /&gt;Puisque maintenant n'es plus tourment | Pues ya no eres esquiva&lt;br class='manualbr' /&gt;Ach&#232;ve maintenant si tu veux, | acaba ya si quieres,&lt;br class='manualbr' /&gt;D&#233;chire la toile de cette douce rencontre ! | &#161; rompe la tela de este dulce encuentro !
&lt;p&gt;2&lt;br class='manualbr' /&gt;&#212; caut&#232;re suave ! | &#161;Oh cauterio s&#252;ave !&lt;br class='manualbr' /&gt;&#212; caressante plaie ! | &#161;Oh regalada llaga !&lt;br class='manualbr' /&gt;&#212; main agr&#233;able ! &#244; touche d&#233;licate | &#161;Oh mano blanda ! &#161;Oh toque delicado&lt;br class='manualbr' /&gt;Qui de vie &#233;ternelle a saveur | que a vida eterna sabe&lt;br class='manualbr' /&gt;Et toute dette paye ! | y toda deuda paga !&lt;br class='manualbr' /&gt;En tuant, mort en vie changeas. | Matando, muerte en vida has trocado.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3&lt;br class='manualbr' /&gt;O lampes de feu | &#161;Oh l&#225;mparas de fuego&lt;br class='manualbr' /&gt;Dans lesquels &#233;clats | en cuyos resplandores&lt;br class='manualbr' /&gt;Les profondes cavernes du sens, | las profundas cavernas del sentido,&lt;br class='manualbr' /&gt;Qui &#233;taient obscures et aveugles, | que estaba oscuro y ciego,&lt;br class='manualbr' /&gt;Avec d'&#233;tranges habilet&#233;s | con estra&#241;os primores&lt;br class='manualbr' /&gt;Chaleur et lumi&#232;re ensemble donnent &#224; son ami ! [ calor y luz dan junto a su querido !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4&lt;br class='manualbr' /&gt;Combien paisible et amoureux | &#161;Cu&#225;n manso y amoroso&lt;br class='manualbr' /&gt;T'&#233;veilles-tu en mon sein | recuerdas en mi seno&lt;br class='manualbr' /&gt;O&#249; secr&#232;tement seul tu demeures, | donde secretamente solo moras,&lt;br class='manualbr' /&gt;Et en ton souffle savoureux | y en tu aspirar sabroso&lt;br class='manualbr' /&gt;De bien et de gloire remplis, | de bien y gloria lleno,&lt;br class='manualbr' /&gt;Combien d&#233;licatement tu rends amoureux ! | cu&#225;n delicadamente me enamoras !&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;I - Situation&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Grenade, couvent des Martyrs, entre 1582 et 1584 (pour d'autres en 1584 ou 1585). Jean de la Croix &#233;tait vicaire provincial des carm&#233;lites d&#233;chauss&#233;es d'Andalousie. La po&#233;sie fut &#233;crite en quinze jours, &#224; la demande d'Anne de Penalosa, une de ses filles spirituelles. Il y eu un peu apr&#232;s une seconde r&#233;daction l&#233;g&#232;rement augment&#233;e.
Titre : &#171; chant de l'&#226;me dans l'union intime de Dieu &#187;.
Cinq ann&#233;es environ s&#233;parent la Flamme vive de la Nuit (avant fin 1578) et de la premi&#232;re version du Cantique. Selon Jean de la Croix, cette po&#233;sie s'inspire quant &#224; sa structure d'une po&#233;sie de Garcilaso de la Vega, po&#233;sie II.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Beaucoup de m&#233;taphores ouvrent le champ de la lecture symbolique et permette de traduire quelque peu l'ineffable de l'exp&#233;rience :&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;&#171; J'ai fait quelque difficult&#233;, tr&#232;s noble et d&#233;vote Dame, de d&#233;clarer ces quatre couplets que vous m'avez demand&#233;s, parce que ce sont choses si int&#233;rieures et spirituelles, pour la d&#233;claration desquelles toute sorte de langage est ordinairement court et d&#233;fectueux - attendu que les choses de l'esprit sont par-dessus les sens et malais&#233;ment peut-on dire quelque chose de leur substance, et aussi parce que personne ne peut parler, si ce n'est mal-&#224;-propos, de l'int&#233;rieur de l'esprit, si ce n'est avec un esprit fort int&#233;rieur, et voyant ce peu qui &#233;tait en moi, j'ai diff&#233;r&#233; jusques &#224; maintenant ! &#187; &lt;/div&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;II - Structure&lt;/h3&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;&#161;Oh lla&#8722;ma dea&#8722;mor vi&#8722;va &lt;strong&gt;(7 &#8722; iva A)&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;que tier&#8722;na&#8722;men&#8722;te/hie&#8722;res &lt;strong&gt;(7 &#8722; eres B)&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;de mi/al&#8722;maen el m&#225;s pro&#8722;fun&#8722;do cen&#8722;tro ! &lt;strong&gt;(11 &#8722; entro C)&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Pues ya noe&#8722;res es&#8722;qui&#8722;va &lt;strong&gt;(7 &#8722; iva A)&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;a&#8722;ca&#8722;ba ya si quie&#8722;res, &lt;strong&gt;(7 &#8722; eres B)&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&#161;rom&#8722;pe la te&#8722;la dees&#8722;te dul&#8722;ceen&#8722;cuen&#8722;tro ! &lt;strong&gt;(11 &#8722; entro C)&lt;/strong&gt;
&lt;p&gt;&#161;Oh-lla-ma-de_am-or-vi-va &lt;strong&gt;(7 &#8722; iva A)&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;que-tier-na-men-te-hie-res &lt;strong&gt;(7 &#8722; eres B)&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;de-mi-al-ma_en-el-m&#225;s-pro-fun-do-cen-tro ! &lt;strong&gt;(11 &#8722; entro C)&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Pues-ya-no_e-res-es-qui-va &lt;strong&gt;(7 &#8722; iva A)&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;a-ca-ba-ya-si-quie-res, &lt;strong&gt;(7 &#8722; eres B)&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&#161;rom-pe-la-te-la-de_es-te-dul-ce_en-cuen-tro ! &lt;strong&gt;(11 &#8722; entro C)&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#161;Oh-cau-te-rio-s&#252;-a-ve ! &lt;strong&gt;(7 &#8722; ave D)&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&#161;Oh-re-ga-la-da-lla-ga ! &lt;strong&gt;(7 &#8722; aga E)&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&#161;Oh-ma-no-blan-da !_&#161;Oh-to-que-de-li-ca-do &lt;strong&gt;(11 &#8722; ado F)&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;que_a-vi-da_e-ter-na-sa-be &lt;strong&gt;(7 &#8722; ave D)&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;y-to-da-deu-da-pa-ga ! &lt;strong&gt;(7 &#8722; aga E)&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Ma-tan-do,-muer-te_en-vi-da-has-tro-ca-do. &lt;strong&gt;(11 &#8722; ado F)&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#161;Oh-l&#225;m-pa-ras-de-fue-go &lt;strong&gt;(7 &#8722; ego G)&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;en-cu-yos-res-plan-do-res &lt;strong&gt;(7 &#8722; ores H)&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;las-pro-fun-das-ca-ver-nas-del-sen-ti-do, &lt;strong&gt;(11 &#8722; ido I)&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;que_es-ta-ba-os-cu-ro_y-ciego, &lt;strong&gt;(7 &#8722; ego G)&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;con-es-tra-&#241;os-pri-mo-res &lt;strong&gt;(7 &#8722; ores H)&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;co-lor-y-luz-dan-jun-to_a-su-que-ri-do ! &lt;strong&gt;(11 &#8722; ido I)&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#161;Cu&#225;n-man-so-y_a-mo-r&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;o&lt;/sup&gt;-so &lt;strong&gt;(7 &#8722; oso J)&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;re-cuer-das-en-mi-se-no &lt;strong&gt;(7 &#8722; eno K)&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;don-de-se-cre-ta-men-te-so-lo-mo-ras, &lt;strong&gt;(11 &#8722; oras L)&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;y_en-tu_as-pi-rar-sa-bro-so &lt;strong&gt;(7 &#8722; oso J)&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;de-bien-y-glo-ria-lle-no, &lt;strong&gt;(7 &#8722; eno K)&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;cu&#225;n-de-li-ca-da-men-te-me_e-na-mo-ras ! &lt;strong&gt;(11 &#8722; oras L)&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Quatre strophes de six versets. En chaque strophe les six vers s'accordent en rime, le quatri&#232;me avec le premier ; le cinqui&#232;me avec le second, le sixi&#232;me avec le troisi&#232;me. Ce qui donne dans chaque strophe deux tercets rimant en ABC, A'B'C'.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux vers &#224; sept pieds se terminent par un vers &#224; onze pieds en un mouvement ascendant pour retomber sur le premier vers du verset suivant et repartir dans le m&#234;me mouvement. D'un tercet &#224; l'autre, ce n'est pas simple r&#233;p&#233;tition, mais compl&#233;mentarit&#233;. La rime se donne au niveau de la strophe, et non au niveau simple du tercet ce qui l'ouvre &#224; un autre univers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les trois premi&#232;res strophes commencent par une exclamation :&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;strong&gt;verset 1&lt;/strong&gt; : &#171; &#244; Flamme d'amour vive, &#187; &lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;strong&gt;verset 7&lt;/strong&gt; : &#171; &#244; caut&#232;re suave, &#187; &lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;strong&gt;verset 13&lt;/strong&gt; : &#171; &#244; lampes de feu. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la deuxi&#232;me strophe, les versets 7-8-9 commencent aussi par une exclamation. Ils sont comme ench&#226;ss&#233;s par les exclamations des verset 1 et 13. Le verset 19, &#224; la quatri&#232;me strophe rompt le rythme. C'est toujours une exclamation, mais plus la m&#234;me sonorit&#233;, &#171; cuan &#187; qui se r&#233;p&#232;te &#224; la fin de la strophe, ench&#226;ssant l'ensemble. Qui est le sujet de ce verset 19 ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;III - Strophe 1&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt; &#212; Flamme d'amour vive&lt;br class='manualbr' /&gt;Qui tendrement blesse&lt;br class='manualbr' /&gt;Mon &#226;me au plus profond centre !&lt;br class='manualbr' /&gt;Puisque maintenant n'es plus tourment&lt;br class='manualbr' /&gt;Termine maintenant si tu veux,&lt;br class='manualbr' /&gt;D&#233;chire la toile de cette douce rencontre !&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Deux tercets : Le premier tercet est une exclamation, suivit au second tercet par une constatation se concluant en une demande. Le premier tercet ne compte qu'un verbe, les mots viennent surtout multiplier les qualificatifs de la flamme. Le deuxi&#232;me tercet en compte quatre. Seul le dernier verbe donne un sens au mouvement (d&#233;chire) de la strophe. C'est la seule demande qui est formul&#233;e Il y a d'abord l'exclamation concernant l'effet de la flamme, puis comme s'appuyant sur cet acquis, la demande redouble apais&#233;e, confiante et esp&#233;rant. Un personnage appara&#238;t (mon &#226;me) qui est l'objet de la blessure. L'&#226;me s'adresse &#224; une flamme d'amour qui est personnifi&#233;e, sujette de l'action. Toutes les propri&#233;t&#233;s de la flamme, qui sont la chaleur et la lumi&#232;re, sont utilis&#233;es. &lt;strong&gt;Elle a une certaine vivacit&#233; et cependant blesse tendrement l'&#226;me au centre le plus profond.&lt;/strong&gt; &#171; Cette flamme d'amour est l'Esprit de son &#201;poux, qui n'est autre que le Saint-Esprit, Lequel l'&#226;me sent d&#233;sormais en soi, non seulement comme un feu qui la tient consomm&#233;e et transform&#233;e en son suave amour, mais aussi comme un feu qui, en outre, br&#251;le en elle et jette flamme, ainsi que j'ai dit ; et chaque fois que cette flamme flamboie, elle baigne l'&#226;me en gloire et la rafra&#238;chit avec la trempe d'une vie divine. Et telle est l'op&#233;ration du Saint-Esprit en l'&#226;me transform&#233;e en amour. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Vive Flamme B Couplet.1 $.3&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une opposition appara&#238;t entre la flamme qui est vive et qui est &#224; la fois tendre.&lt;strong&gt; L'amour est vif, il blesse, mais c'est tendrement !&lt;/strong&gt; Nous sommes emmen&#233;s au centre de l'&#226;me, le centre le plus profond, comme s'il y avait des degr&#233;s de profondeur, ou bien divers centres. Dans le commentaire Jean de la Croix &#233;crit : &#171; Il est bon aussi de noter que l'amour est l'inclination de l'&#226;me et la force et la vertu qu'elle a pour aller &#224; Dieu, parce que &lt;strong&gt;par l'amour l'&#226;me s'unit &#224; Dieu&lt;/strong&gt; ; de sorte que tant plus il y aura de degr&#233; d'amour, tant plus l'&#226;me p&#233;n&#232;tre en Dieu profond&#233;ment et s'unit &#224; Lui. D'o&#249; nous pouvons dire que tant plus de degr&#233;s d'amour l'&#226;me peut avoir de Dieu, d'autant plus ses centres peuvent &#234;tre en Dieu, les uns plus au centre que les autres, parce &lt;strong&gt;plus l'amour est fort plus il unit&lt;/strong&gt;. C'est de cette fa&#231;on que nous pouvons comprendre les nombreuses demeures que le fils de Dieu dit avoir dans la maison de son P&#232;re (Jn 14,2). &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Vive Flamme 1,9-17&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; C'est le centre le plus profond de l'&#226;me qui est atteint, bless&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;h4 class=&#034;spip&#034;&gt;1) L'Amour qui blesse avec tendresse&lt;/h4&gt;
&lt;p&gt;&#171; C'est la marque m&#234;me de l'amour que de blesser avec tendresse&#8230; La blessure atteint et ce faisant - d&#233;gage et r&#233;v&#232;le le centre le plus profond de l'&#226;me. La flamme sans nulle rigueur est celle qui embrase sans consumer, comme au Buisson Ardent (Ex 3,2). &lt;strong&gt;C'est la figure m&#234;me du paradoxe de l'amour qui entra&#238;ne la mort &#224; soi-m&#234;me en faisant na&#238;tre &#224; une vie nouvelle.&lt;/strong&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Je chercher ton visage, JC Sagne, &#233;dit du Carmel, 1997, p 215.&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;
&#171; L'apport essentiel du premier chapitre est la mise en lumi&#232;re du fond de l'&#226;me qui est le lieu non localisable de l'impact de Dieu en elle. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;idem p219&#034; id=&#034;nh2-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;
Cette action du feu se retrouve en diverse endroits des po&#233;sies. Dans la Nuit Obscure, &lt;strong&gt;il y a une lueur qui guide dans la nuit et qui br&#251;le dans le c&#339;ur&lt;/strong&gt; :
&#034;Dans une nuit obscure, par un d&#233;sir d'amour tout embras&#233;e&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le Ct B, 39 : &#8220;avec la flamme qui consume et point ne fait souffrir.&#8220;
&#171; 14 Par la &#171; flamme &#187; elle entend ici l'amour de l'Esprit Saint. &#171; Consommer &#187; signifie ici achever et perfectionner. L'&#226;me dit que le Bien-Aim&#233; doit lui donner et qu'elle doit poss&#233;der, avec un amour consomm&#233; et parfait, toutes les choses dont elle a parl&#233; dans ce couplet, toutes &#233;tant absorb&#233;es en m&#234;me temps qu'elle dans cet amour parfait qui ne causera pas de peine. Elle dit cela pour faire comprendre l'enti&#232;re perfection de cet amour. Celui-ci doit avoir deux propri&#233;t&#233;s : qu'il ach&#232;ve de transformer l'&#226;me en Dieu, et aussi que l'embrasement et la transformation que cette flamme produit dans l'&#226;me ne lui cause pas de peine, ce qui ne peut se produire que dans l'&#233;tat b&#233;atifique o&#249; cette flamme est d&#233;sormais amour suave. En effet dans la transformation de l'&#226;me en flamme, il y a, de part et d'autre, conformit&#233; et jouissance bienheureuse et, par cons&#233;quent, la flamme ne cause aucune souffrance qui proviendrait de fluctuations diverses, comme cela arrivait avant que l'&#226;me ne soit capable d'aimer parfaitement &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C'est l'Esprit qui est &#224; l'&#339;uvre dans toute cette dynamique d'ouverture du c&#339;ur &#224; Dieu&lt;/strong&gt; et qui d&#233;gage peu &#224; peu la structure profonde de l'homme image de Dieu. &#171; La flamme signifie la pr&#233;sence in&#233;puisable de Dieu nous attirant vers l'origine de notre vie qu'Il est en personne. Chez tous les spirituels, on retrouve la m&#234;me distinction qu'il y a en l'homme un lieu de la pr&#233;sence de Dieu. La Bible le nomme &#8220;c&#339;ur&#8220;. &#201;dith Stein n'a pas h&#233;sit&#233; &#224; assimiler au c&#339;ur le centre le plus profond de l'&#226;me. Certains parlent de la fine pointe de l'esprit, de la cime de l'esprit, du fond, de l'homme int&#233;rieur. Toutes ces images reviennent au m&#234;me et d&#233;signent l'impact de la pr&#233;sence de Dieu en nous.
Dans ce floril&#232;ge, Jean de la Croix a d'abord l'originalit&#233; d'associer deux rep&#232;res : le centre et la profondeur. Aussit&#244;t dit, il corrige son image. &lt;strong&gt;Comme l'&#226;me n'est pas mat&#233;rielle, elle n'a ni pourtour ni centre, ni haut ni bas (1,10). Elle est tout d'une pi&#232;ce si l'on peut dire, car elle est simple et spirituelle.&lt;/strong&gt;
En parlant du centre le plus profond de l'&#226;me, Jean de la Croix fait allusion &#224; la physique aristot&#233;licienne. Le centre est le terme qu'un objet ou une personne atteignent &#224; la fin de leur mouvement (1,11). Le centre est le terme de l'op&#233;ration qui exprime la vie et l'&#234;tre profond. Si nous jetons une pierre en l'air, elle arrivera au bout de quelques m&#232;tres &#224; la surface du sol et s'y arr&#234;tera. Mais si elle tombait dans un ab&#238;me, elle irait jusqu'au fond qui pourrait &#234;tre le centre de la terre en vertu de la loi de la pesanteur. &#192; travers cette figure, le centre ne consiste pas un lieu circonscriptible, mais plut&#244;t le terme d'un dynamisme. Ainsi en va-t-il de l'&#226;me et de son centre le plus profond. Parler du centre le plus profond de l'&#226;me revient &#224; d&#233;finir la vie de l'homme comme un d&#233;sir, une attirance. Cette perspective contemporaine &#233;tait d&#233;j&#224; celle d'Augustin : &lt;strong&gt;&#8220;Dans la vie de l'homme, le mouvement qui l'attire vers son centre profond est l'amour de Dieu.&#8220;&lt;/strong&gt;
Jean de la Croix explique ce mouvement avec des images insistantes. Il parle de&lt;strong&gt; degr&#233;s dans l'amour de Dieu&lt;/strong&gt;. Un degr&#233; d'amour nous permet de nous enfoncer dans un centre profond de l'&#226;me. Avec deux ou trois degr&#233;s, nous parviendrons &#224; un deuxi&#232;me, voire &#224; un troisi&#232;me centre plus profond encore (1,13). Mais en fait, de ce centre profond il ne saurait y en avoir qu'un seul et unique qui nous attire de plus en plus au fil de notre existence. M&#234;me si Jean de la Croix pr&#233;sente la Vive Flamme comme un &#233;tat d'union &#224; Dieu, il y a toujours, &#224; l'int&#233;rieur de cette stabilit&#233;, la possibilit&#233; d'un progr&#232;s dans l'amour et dans la simplification. La lumi&#232;re est toujours un appel et un don pour un &#233;lan. Notre amour pour Dieu est une attirance qui ne demande qu'&#224; grandir. Au terme de ce raisonnement, Jean de la Croix aboutit &#224; une formule risqu&#233;e et dynamisante :&lt;strong&gt;&#171; Le centre de l'&#226;me c'est Dieu (1,12) &#187;&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;h4 class=&#034;spip&#034;&gt;2) Le centre de l'&#226;me&lt;/h4&gt;
&lt;p&gt;Le centre de l'&#226;me n'est pas seulement le lieu de l'habitation de Dieu, mais il est Dieu m&#234;me. Nous sommes habit&#233;s par quelqu'un qui est nous-m&#234;mes davantage que nous-m&#234;mes. Mais Dieu ne se confond pas avec nous. C'est le myst&#232;re de la relation de la cr&#233;ature au Cr&#233;ateur. Dieu est comme le soleil, source de la lumi&#232;re, et l'&#226;me est comme le cristal qui la re&#231;oit et la diffuse. Dieu est la flamme et l'&#226;me le charbon embras&#233;.
Affirmer que Dieu est le centre de l'&#226;me, c'est appeler &#224; la purification. Le centre de l'&#226;me est un espace vide, un noyau creux, une capacit&#233; d'accueil. L'&#226;me peut &#234;tre habit&#233;, si elle se rend disponible et ouverte. Pour &#234;tre effectivement capacit&#233; d'accueil, elle doit &#234;tre dispos&#233;e &#224; la pr&#233;sence de Dieu par le chemin des purifications pour que Dieu seul prenne toute la place dans le vide m&#233;nag&#233; pour lui&#8230;
Nommer Dieu le centre de l'&#226;me, c'est souligner la nature et l'exigence du dynamisme qui attire l'homme vers son Cr&#233;ateur et Sauveur : l'amour qui est la vie de l'&#226;me. L'&#226;me est faite pour aimer Dieu. L'amour de Dieu est l'op&#233;ration qui exprime et r&#233;alise sa vie. L'attirance de l'&#226;me vers son centre se joue dans la qualit&#233; de son amour de Dieu :
&#8220;(L'amour est) l'inclination, la force et la capacit&#233; que l'&#226;me poss&#232;de en elle-m&#234;me pour aller &#224; Dieu, puisque c'est par le moyen de l'amour que l'&#226;me s'unit &#224; Dieu.&#8220; (1,13) L'autre figure que propose Jean de la Croix pour sugg&#233;rer ce qu'est le centre de l'&#226;me &#233;voque au mieux l'amour qui est le dynamisme profond de notre qu&#234;te de Dieu. Ce n'est plus la pierre attir&#233;e vers le c&#339;ur de la terre, mais c'est la flamme qui ne cesse de monter pour atteindre son centre (1,11 cf. 3,10 et 2N20,6). &#187; [J.C. Sagne [pp 221-223]]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette flamme, vive au premier vers, &#233;tait aussi tourment au vers quatre. Mais cela est pass&#233;, c'est maintenant le registre de la douceur. Tendresse qui se fait blessure (v 2) et qui appelle &#224; la d&#233;chirure (v 6). L'intensit&#233; est appel&#233;e jusqu'&#224; une rupture, comme si la douceur extr&#234;me pouvait d&#233;chirer sans souffrance.
&#171; Car le g&#233;missement est ins&#233;parable de l'esp&#233;rance ; c'&#233;tait celui de l'Ap&#244;tre et des autres, si parfaits fussent-ils, quand il disait (Rm 8,23) : Nous-m&#234;mes qui poss&#233;dons les pr&#233;mices de l'esprit, nous g&#233;missons en nous-m&#234;mes en attendant notre adoption de fils de Dieu. Tel est donc le g&#233;missement que celui qui aime &#233;prouve au plus profond de son c&#339;ur ; car, l&#224; o&#249; l'amour a bless&#233;, la plaie g&#233;mit sans cesse vers Dieu dans l'&#233;preuve de son absence, et plus encore quand l'&#201;poux s'est &#233;loign&#233; apr&#232;s avoir gratifi&#233; l'&#226;me de quelque faveur douce et savoureuse et qu'elle est rest&#233;e soudain dans la solitude et l'aridit&#233;. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cantique Spirituel B 1&#034; id=&#034;nh2-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;
Une demande lui est faite d'en finir avec cette souffrance, tout de suite, par deux fois.
Mais c'est une demande abandonn&#233;e, &#171; si tu veux &#187;, ce n'est pas la volont&#233; propre qui s'impose.
C'est une toile, comme lieu de la rencontre qu'il s'agit de d&#233;chirer. L&#224; aussi, le jeu des oppositions est utilis&#233; (oxymore : mots dont le sens est contradictoire) toile /rencontre pour marquer &#224; la foi la proximit&#233; et la distance. La toile peut &#234;tre le lieu d'une rencontre, mais montre surtout le seuil, l'obstacle. La v&#233;h&#233;mence du d&#233;sir appelle son ach&#232;vement dans la rencontre, l'obstacle, la distance doit s'abolir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Dieu se communique &#224; l'&#226;me par ses dons mais en m&#234;me temps se d&#233;robe &#224; ses prises dans son essence&#8230; la transcendance de l'essence divine emp&#234;che qu'elle soit jamais enti&#232;rement comprise par l'intelligence cr&#233;&#233;e&#8230; la vie spirituelle appara&#238;t ainsi comme une perp&#233;tuelle croissance, o&#249; l'&#226;me qui cherche Dieu est &#224; la fois sans cesse combl&#233;e &#224; la mesure de sa capacit&#233; et assoiff&#233;e d'une plus pleine possession. Tous les paradoxes servent &#224; exprimer cette exp&#233;rience : t&#233;n&#232;bres lumineuses, sobre ivresse&#8230; D'abord d&#233;sesp&#233;r&#233;e de ne pouvoir &#233;treindre d&#233;finitivement celui qu'elle aime, l'&#226;me comprend peu &#224; peu que c'est dans cette perp&#233;tuelle progression que r&#233;side vraiment pour elle l'union avec Lui &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;introduction du livre &#034;la colombe et la t&#233;n&#232;bre&#034; Dani&#233;lou p. 13&#034; id=&#034;nh2-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. D'ou l'importance de la probl&#233;matique du d&#233;sir. Nous sommes donc emmen&#233;s au plus profond de l'&#226;me, vers le lieu d'une s&#233;paration par une toile.&lt;/p&gt;
&lt;h4 class=&#034;spip&#034;&gt;3) Le symbolisme de la flamme&lt;/h4&gt;
&lt;p&gt;Une rencontre est attendue. Serait-ce avec la flamme ? Le symbolisme est celui de la flamme. La flamme br&#251;le, consume, mais ici c'est sa vivacit&#233;, son aspect intense, qui sont mis en jeu. La flamme se fera ensuite&lt;strong&gt; tendre blessure &lt;/strong&gt; et appellera une&lt;strong&gt; douce rencontre&lt;/strong&gt;, comme s'il y avait eu un combat &#233;nergique dont l'issu aboutit apais&#233;.
Et cependant &lt;strong&gt;on passe d'une blessure &#224; une d&#233;chirure&lt;/strong&gt;. Normalement le chirurgien vise &#224; r&#233;duire la blessure, voire &#224; la coudre pour qu'elle puisse cicatriser. La demande ici est faite de telle mani&#232;re que cette blessure &#224; l'inverse s'agrandisse en une d&#233;chirure, comme si le mal avait &#224; s'&#233;tendre au lieu de se r&#233;duire.
&#171; Le d&#233;sir de Dieu, le d&#233;sir de l'amour qui cherche la rencontre de Dieu se r&#233;alise &#224; travers une double approche, une double &#233;bauche : celle de la foi et celle de l'amour. L'intuition sous-jacente de Jean de la Croix est que&lt;strong&gt; l'amour seul conduit &#224; la pure foi&lt;/strong&gt;. L'amour est un d&#233;sir de r&#233;alisation, est le d&#233;sir de la pr&#233;sence de l'autre. Or ce d&#233;sir de la pr&#233;sence de Dieu est donn&#233; dans la foi. Dieu habite le c&#339;ur de l'homme sans que l'homme puisse le saisir ou le comprendre par un mouvement de conscience. La foi est la certitude de la pr&#233;sence de Dieu au fond de l'&#234;tre. Cette certitude &#233;tablit v&#233;ritablement le contact. Elle reste voil&#233;e, impossible &#224; mesurer, extr&#234;mement t&#233;nue, mais elle nous ouvre r&#233;ellement &#224; la pr&#233;sence de Dieu. Pour r&#233;pondre &#224; ce d&#233;sir d'amour, il faut s'&#233;tablir dans ce que l'on peut appeler : &lt;strong&gt;&#171; le mode de la rencontre &#187; &lt;/strong&gt; : la foi, la foi v&#233;cue comme un espace d'accueil, comme une ouverture du fond de l'&#234;tre. Cette ouverture donne une connaissance, une lumi&#232;re pour le c&#339;ur.
L'&#233;bauche de l'amour, que Jean de la Croix explicite ensuite dans son commentaire, s'atteint par le c&#339;ur. L'originalit&#233; du mouvement de l'amour est la ressemblance. L'amour nous donne la pr&#233;sence de Dieu, car il provoque une similitude entre la personne qui aime et ce qu'elle aime. L'amour est bel et bien une exp&#233;rience de r&#233;alit&#233;, car il suscite une transformation, un changement de la personne. Il implique une impression, une inscription au fond du c&#339;ur. &lt;strong&gt;L'amour provoque une blessure, non pas au sens d'un dommage senti, mais une blessure qui est ouverture, espace m&#233;nag&#233; pour l'autre.&lt;/strong&gt;
Le passage entre ces deux approches, celle de la foi et celle de l'amour se fait par le c&#339;ur. En fait Jean de la Croix joue avec un double langage. Celui du po&#232;me est intuitif et porte une note de cordialit&#233; et d'affection, celui du commentaire est nettement th&#233;ologique et formel. Le langage du c&#339;ur est celui du po&#232;me ; c'est le langage du Cantique des Cantiques.
L'intuition de Jean de la Croix est discr&#232;te mais pertinente : le c&#339;ur fait le passage, car il est en m&#234;me temps le fond de la personnalit&#233;, la racine et la source pour la connaissance et la volont&#233;. Le c&#339;ur fait l'unit&#233; profonde entre la connaissance et l'amour, car il ordonne la d&#233;cision d'aimer. L'unit&#233; de l'homme passe par le c&#339;ur : l'unit&#233; de l'homme est passage.
Au terme du commentaire de cette strophe 12 (12, 9, 1275) Jean de la Croix revient au seul crit&#232;re de la proximit&#233; de Dieu : plus Dieu se fait proche, plus il donne une souffrance d'amour, celle de ne pas l'aimer assez. La r&#233;alit&#233; de l'approfondissement de l'amour se mesure &#224; cette souffrance de ne pas aimer comme Dieu aime, de ne pas avoir une vie totalement simplifi&#233;e dans l'amour.
Cette marque de Dieu, de sa pr&#233;sence proche est une exp&#233;rience de pauvret&#233; personnelle, d'ouverture et de d&#233;sir, d'attirance plus forte que toutes les limites constat&#233;es et connues. Cette pauvret&#233; n'est pas v&#233;cue comme un &#233;crasement mais comme une ouverture, une esp&#233;rance. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;J. C. Sagne, Je cherche ton visage, p 180&#034; id=&#034;nh2-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;III - Deuxi&#232;me strophe :&lt;/h2&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt; &#212; caut&#232;re suave !&lt;br class='manualbr' /&gt;&#212; caressante plaie !&lt;br class='manualbr' /&gt;&#212; main agr&#233;able ! &#244; touche d&#233;licate&lt;br class='manualbr' /&gt;Qui de vie &#233;ternelle a saveur&lt;br class='manualbr' /&gt;Et toute dette paye !&lt;br class='manualbr' /&gt;En tuant, mort en vie changeas.&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Dans la deuxi&#232;me strophe, le premier tercet est marqu&#233; par des exclamations r&#233;p&#233;t&#233;es qui expriment &lt;strong&gt;l'&#233;merveillement&lt;/strong&gt;. Elle joue avec l'utilisation des oxymores&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;des mots dont le sens est contradictoire, on joue sur l'absurdit&#233; d&#233;gag&#233;e (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Pour exprimer l'action peu ordinaire de cette flamme, &#171; &#244; caut&#232;re suave, &#244; caressante plaie &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le second tercet est uni au premier par la fin du troisi&#232;me verset qui se prolonge jusqu'au cinqui&#232;me. Le caut&#232;re est un instrument port&#233; &#224; haute temp&#233;rature pour br&#251;ler des tissus et les aseptiser, or ce qui est source de douleur est maintenant per&#231;u comme suave. Puis c'est la plaie qui devient caressante au lieu d'&#234;tre irrit&#233;e et douloureuse. Jean de la Croix attribue des m&#233;taphores :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; celle du caut&#232;re suave comme all&#233;gorie de l'Esprit Saint,&lt;/li&gt;&lt;li&gt; de la caressante plaie comme all&#233;gorie du Fils,&lt;/li&gt;&lt;li&gt; de la main agr&#233;able comme all&#233;gorie du P&#232;re.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le caut&#232;re, c'est le Saint-Esprit, la main c'est le P&#232;re ; la touche, c'est le Fils. De sorte que l'&#226;me en cet endroit magnifie le P&#232;re, le Fils et le Saint-Esprit, louant grandement trois gr&#226;ces et bienfaits singuliers qu'ils font en elle, pour avoir chang&#233; sa mort en vie, en la transformant en Soi.&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; La premi&#232;re gr&#226;ce est une &lt;strong&gt;blessure caressante&lt;/strong&gt;, qu'elle attribue au Saint-Esprit ; c'est pourquoi elle l'appelle caut&#232;re d&#233;lectable.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; La seconde est un go&#251;t de la vie &#233;ternelle, qu'elle attribue au Fils ; et partant elle l'appelle touche d&#233;licate.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; La troisi&#232;me est de ce qu'Il la transforme en Soi, qui est la dette avec quoi elle demeure bien pay&#233;e ; et cette gr&#226;ce est attribu&#233;e au P&#232;re, et &#224; cause de cela, elle l'appelle flatteuse main. Et bien qu'elle Les nomme ici toutes Trois &#224; cause des diverses propri&#233;t&#233;s des effets, toutefois elle parle seulement &#224; Une, quand elle dit : de la mort tu as fait la vie, parce que toutes Trois op&#232;rent en Un, et ainsi elle attribue tout &#224; Une et tout &#224; Toutes. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Vive Flamme B Couplet.2 $.1&#034; id=&#034;nh2-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Le caut&#232;re, la plaie, la main, le toucher. C'est la peau qui est attaqu&#233;e. La main tient le caut&#232;re et aseptise la plaie par un toucher. Tout s'est transform&#233; ici, &lt;strong&gt;la souffrance est transfigur&#233;e&lt;/strong&gt;, et devient porteuse de plaisir extr&#234;me en douceur. C'est le c&#244;t&#233; excessif qui est manifest&#233; ainsi pour marquer l'intensit&#233; de l'exp&#233;rience. C'est d'une chirurgie dont il est question mais au lieu d'&#234;tre souffrance, elle est devenue d&#233;licatesse&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paradoxe suppl&#233;mentaire, c'est cette touche d&#233;licate du verset trois qui provoque la mort de la mort &#224; la fin de la strophe ! C'est &#224; tel point que cette exp&#233;rience fait go&#251;ter la vie &#233;ternelle. Le registre du go&#251;t est ici sollicit&#233;. Du toucher on passe &#224; la vie &#233;ternelle, mais c'est par une mort, la mort a &#233;t&#233; tu&#233;e ! Cette chirurgie est comme une ablation de la mort en l'&#226;me ! Et c'est le m&#234;me registre de la transfiguration qui est concern&#233;. De m&#234;me que le caut&#232;re se fait suave, la mort devient vie. Mais il y avait une dette, un arri&#233;r&#233; qui a &#233;t&#233; pay&#233; par l'exquis de la flamme. L'amour efface toute dette&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;IV - Troisi&#232;me strophe&lt;/h2&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt; O lampes de feu&lt;br class='manualbr' /&gt;Dans lesquels &#233;clats&lt;br class='manualbr' /&gt;Les profondes cavernes du sens,&lt;br class='manualbr' /&gt;Qui &#233;taient obscures et aveugles,&lt;br class='manualbr' /&gt;Avec d'&#233;tranges habilet&#233;s&lt;br class='manualbr' /&gt;Chaleur et lumi&#232;re ensemble donnent &#224; son ami !&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Lampe, feu, &#233;clats, profondes, obscures, aveugles, chaleur et lumi&#232;re&#8230; Nous sommes emmen&#233;s d'un &#233;tat &#224; un autre pour une &lt;strong&gt;transfiguration de la sensibilit&#233;&lt;/strong&gt;, de la capacit&#233; de sentir. Des lampes de feu sont interpell&#233;es. Elles viennent &#233;clairer les cavernes des sens.
C'est curieux, car nous ne percevons pas imm&#233;diatement nos sens, notre sensibilit&#233; comme un espace vide, ni comme un lieu obscure. C'est au contraire par nos sens que nous percevons la lumi&#232;re ! De la lumi&#232;re et du feu on passe au registre de la nuit et de la nuit &#224; la chaleur et &#224; la lumi&#232;re. La nuit se trouve comme ench&#226;ss&#233;e entre les lampes de feu et la chaleur et lumi&#232;re. Il y a comme une transmutation de la lampe par la nuit en lumi&#232;re. Il y a une sym&#233;trie qui appara&#238;t entre les versets 1 et 6, les versets 2 et 5, les versets 3 et 4 de telle sorte que l'on puisse les lire &#224; la suite&#8230; Et du coup on en vient &#224; se demander quel est le sujet du verset 6, est-ce que ce sont les lampes de feu du v 1 qui donnent chaleur et lumi&#232;re, ou bien les profondes cavernes du v 3 ?
Cette disposition de la strophe en chiasme semble mettre en &#233;vidence les versets 4-5 qui sont au centre. Dans le commentaire de cette strophe Jean de la Croix dira l'importance de ce passage dans l'obscurit&#233; de la dimension sensitive. Et l'on peut faire le lien, ici, avec la po&#233;sie &#171; Nuit obscure &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;voir le commentaire&#034; id=&#034;nh2-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.
Les sens sont comme des cavernes qui &#233;taient obscures et aveugles et deviennent sous l'action des lampes &#233;trangement habiles si bien que ces cavernes donnent maintenant chaleur et lumi&#232;re.
De quels sens s'agit-il alors ? Jean de la Croix parlera des puissances de l'&#226;me, &#224; savoir, l'entendement, la m&#233;moire, la volont&#233;, qui doivent laisser place &#224; la lumi&#232;re divine en leur activit&#233;s. Ces profondes cavernes ne pouvaient alors laisser passer cette lumi&#232;re tout occup&#233;es par la lumi&#232;re naturelle, par la compr&#233;hension du monde et des &#233;v&#233;nements selon la lumi&#232;re naturelle. Maintenant elles sont capables de percevoir selon Dieu.
Un personnage fait irruption &#224; la fin de cette strophe qui semble &#234;tre le lieu de convergence de toute cette activit&#233;. Il vient en final, alors qu'il semble &#234;tre le personnage central. Il est comme mis en lumi&#232;re, manifest&#233; par cette lumi&#232;re surnaturelle qui &#233;merge des cavernes. Qui est-il cet ami des cavernes du sens ?&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;V - Quatri&#232;me strophe :&lt;/h2&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt; Combien paisible et amoureux&lt;br class='manualbr' /&gt;T'&#233;veilles-tu en mon sein&lt;br class='manualbr' /&gt;O&#249; secr&#232;tement seul tu demeures,&lt;br class='manualbr' /&gt;Et en ton souffle savoureux&lt;br class='manualbr' /&gt;De bien et de gloire remplis, &lt;br class='manualbr' /&gt;Combien d&#233;licatement tu rends amoureux !&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Il semble que l'on retrouve cette structure en chiasme (concentrique) de la strophe pr&#233;c&#233;dente. C'est ainsi que les vv 1-6, 2-5 et 3-4 se correspondent. L'indice est ici explicite avec un encadrement marqu&#233; au premier vers et au dernier : &#171; combien&#8230;amoureux &#187; ! Le verbe est au singulier, mais qui en est le sujet ? Est-ce l'ami du verset pr&#233;c&#233;dant, le ch&#233;ri ? Mais c'est en secret, v 3 ! C'est en secret qu'il s'&#233;veille dans &#171; mon sein &#187;, au c&#339;ur. Le personnage du v 1 appara&#238;t maintenant, m&#233;diatis&#233; par le sein ! C'est le th&#232;me de l'int&#233;riorit&#233; des premiers vers de la strophe 1 qui est repris. C'est &#224; l'int&#233;rieur que ce personnage s'&#233;veille &#224; l'amour, en secret.
Une redondance : secr&#232;tement, seul. Secr&#232;tement pour marquer la d&#233;licatesse, la subtilit&#233;, de cet &#233;veil ; seul pour noter la puret&#233; de ce qui se passe l&#224;, aucun trouble n'est possible, pour marquer cette intimit&#233; aussi. Seule demeure la respiration de l'aim&#233; et ce souffle, si d&#233;licat soit-il, est rempli de bien et de gloire. D&#233;licatesse et puissance (vv 3-5) ici vont de pair, dans une force tranquille (v 1). L'ami s'&#233;veille &#224; l'amour dans un premier temps (v 1) et rend amoureuse l'&#226;me (v 6). L'amour est &#224; la fois paisible et d&#233;licat, mais aussi rempli de bien et de gloire. L'exc&#232;s est dans l'ordre de la d&#233;licatesse !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les trois degr&#233;s des blessures d'amour : strophe 7 du Ct Spirituel.
Le texte reprend un rythme ternaire, cher &#224; Jean de la Croix ; il explicite en trois &#233;tapes quelle blessure provoque en nous la d&#233;couverte du myst&#232;re de J&#233;sus. La premi&#232;re &#233;tape est une atteinte provisoire : c'est un pressentiment de la pr&#233;sence de Dieu dans l'immensit&#233; de la cr&#233;ation, cette blessure est l&#233;g&#232;re et non d&#233;finitive. La d&#233;couverte des cr&#233;atures spirituelles (les anges et les hommes) provoque ensuite une plaie d'amour qui est durable. Elle correspond &#224; la contemplation du myst&#232;re de J&#233;sus, Verbe Incarn&#233;. Il y a dans le texte une secr&#232;te d&#233;pendance du passage du Cantique o&#249; l'&#201;poux dit &#224; l'&#201;pouse qu'elle a bless&#233; son c&#339;ur (Ct 4, 9). Cette blessure d'amour, comme celle du c&#339;ur de J&#233;sus, ne se referme plus. Catherine de Sienne l'appellera &#171; le secret du c&#339;ur &#187; : apr&#232;s la mort de J&#233;sus, le c&#339;ur reste d&#233;finitivement ouvert &#224; l'infini ; il est le signe de l'amour infini de J&#233;sus pour tous les hommes de tous les temps.
Jean de la Croix nomme la troisi&#232;me &#233;tape de la blessure d'amour une &#171; agonie continuelle &#187;
La vie de cette &#226;me est une agonie continuelle, jusqu'au jour o&#249; l'amour, lui portant un dernier coup, la transforme en amour, pour lui faire vivre une vie d'amour (7, 4, 1249).
Il s'agit l&#224; d'une communion au myst&#232;re de J&#233;sus en tant qu'Homme-Dieu : J&#233;sus est en permanence sous le regard du P&#232;re, tourn&#233; vers la saintet&#233; du P&#232;re. Par le fait m&#234;me, le contraste entre la saintet&#233; du P&#232;re et le p&#233;ch&#233; des hommes, qui est le refus de l'amour filial, le place dans un &#233;tat de souffrance d'amour continuelle. Th&#233;r&#232;se d' Avila dans son langage parlera de cette souffrance d'amour : elle consiste &#224; mourir de ne pas mourir, &#224; vivre d'amour sans arriver &#224; une simplification radicale, sans pouvoir &#234;tre enti&#232;rement aspir&#233; par celui qu'on aime. L'agonie d'amour est une participation &#224; l'Agonie de J&#233;sus. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;J C Sagne, je cherche ton visage, &#233;dit du Carmel, p 175&#034; id=&#034;nh2-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Vive Flamme B Couplet.1 $.3&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Vive Flamme 1,9-17&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Je chercher ton visage, JC Sagne, &#233;dit du Carmel, 1997, p 215.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;idem p219&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cantique Spirituel B 1&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;introduction du livre &#171; la colombe et la t&#233;n&#232;bre &#187; Dani&#233;lou p. 13&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;J. C. Sagne, Je cherche ton visage, p 180&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;des mots dont le sens est contradictoire, on joue sur l'absurdit&#233; d&#233;gag&#233;e par leur opposition et utilise cette faille du langage pour montrer quelque chose d'indicible.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Vive Flamme B Couplet.2 $.1&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;voir le commentaire&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;J C Sagne, je cherche ton visage, &#233;dit du Carmel, p 175&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Saint Jean de la Croix Po&#233;sie La Nuit Obscure</title>
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		<dc:subject>Sommaire</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;*&#233;couter la po&#233;sie interpr&#233;t&#233;e en espagnol :Noche Oscura San Juan de la Cruz Nuit/Noche oscura [( 1 &#034;Dans une nuit obscure, | En una noche oscura par un d&#233;sir d'amour tout embras&#233;e | con ansias en amores inflamada Oh ! l'heureuse aventure ! | &#161;oh dichosa ventura ! Je sortis sans &#234;tre vue, | sal&#237; sin ser notada Ma maison &#233;tant d&#233;sormais apais&#233;e. | estando ya mi casa sosegada, 2 Dans l'obscure et en s&#251;ret&#233;, | a oscuras y segura Par l'&#233;chelle secr&#232;te d&#233;guis&#233;e | por la secreta escala (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.carmel.asso.fr/-Meditations-du-Frere-Yannick-.html" rel="directory"&gt;M&#233;ditations du Fr&#232;re Yannick&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.carmel.asso.fr/+-Sommaire-+.html" rel="tag"&gt;Sommaire&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.carmel.asso.fr/sites/carmel.asso.fr/local/cache-vignettes/L150xH100/arton1582-0c794.jpg?1782946271' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;*&lt;a href=&#034;http://www.youtube.com/watch?v=snIo2FrBGXY&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#233;couter la po&#233;sie interpr&#233;t&#233;e en espagnol :Noche Oscura San Juan de la Cruz&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Nuit/Noche oscura&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt; 1&lt;br class='manualbr' /&gt;&#034;Dans une nuit obscure, | En una noche oscura&lt;br class='manualbr' /&gt;par un d&#233;sir d'amour tout embras&#233;e | con ansias en amores inflamada&lt;br class='manualbr' /&gt;Oh ! l'heureuse aventure ! | &#161;oh dichosa ventura !&lt;br class='manualbr' /&gt;Je sortis sans &#234;tre vue, | sal&#237; sin ser notada&lt;br class='manualbr' /&gt;Ma maison &#233;tant d&#233;sormais apais&#233;e. | estando ya mi casa sosegada,&lt;br class='manualbr' /&gt;2&lt;br class='manualbr' /&gt;Dans l'obscure et en s&#251;ret&#233;, | a oscuras y segura&lt;br class='manualbr' /&gt;Par l'&#233;chelle secr&#232;te d&#233;guis&#233;e | por la secreta escala disfrazada,&lt;br class='manualbr' /&gt;Oh ! l'heureuse aventure ! | &#161;oh dichosa ventura !&lt;br class='manualbr' /&gt;A l'obscure et en cachette, | a oscuras y en celada&lt;br class='manualbr' /&gt;Ma maison &#233;tant d&#233;sormais apais&#233;e./estando ya mi casa sosegada.&lt;br class='manualbr' /&gt;3&lt;br class='manualbr' /&gt;Au sein de la nuit b&#233;nie, | En la noche dichosa&lt;br class='manualbr' /&gt;En secret - car nul ne me voyait, | en secreto que nadie me ve&#237;a&lt;br class='manualbr' /&gt;Ni moi je ne voyais rien | ni yo miraba cosa&lt;br class='manualbr' /&gt;Sans autre lueur ni guide | sin otra luz y gu&#237;a&lt;br class='manualbr' /&gt;Hors celle qui br&#251;lait en mon c&#339;ur | sino la que en el coraz&#243;n ard&#237;a.&lt;br class='manualbr' /&gt;4&lt;br class='manualbr' /&gt;Et celle-ci me guidait, | Aquesta me guiaba&lt;br class='manualbr' /&gt;Plus s&#251;re que celle du midi, | m&#225;s cierto que la luz del mediod&#237;a&lt;br class='manualbr' /&gt;l&#224; o&#249; m'attendait | adonde me esperaba&lt;br class='manualbr' /&gt;Que je connaissais d&#233;j&#224;, | quien yo bien me sab&#237;a&lt;br class='manualbr' /&gt;Sans que nul en ce lieu ne par&#251;t.&#034; | en sitio donde nadie aparec&#237;a.&lt;br class='manualbr' /&gt;5&lt;br class='manualbr' /&gt;O nuit qui m'a guid&#233;e ! | &#161;Oh noche, que guiaste !&lt;br class='manualbr' /&gt;O nuit plus aimable que l'aurore ! | &#161;Oh noche amable m&#225;s que la alborada !&lt;br class='manualbr' /&gt;O nuit qui as uni | &#161;Oh noche que juntaste&lt;br class='manualbr' /&gt;L'Aim&#233; avec son aim&#233;e, | amado con amada,&lt;br class='manualbr' /&gt;L'aim&#233;e en son Aim&#233; transform&#233;e | amada en el amado transformada !&lt;br class='manualbr' /&gt;6&lt;br class='manualbr' /&gt;Sur mon c&#339;ur couvert de fleurs, | En mi pecho florido,&lt;br class='manualbr' /&gt;Qui entier pour lui seul se gardait, | que entero para &#233;l solo se guardaba&lt;br class='manualbr' /&gt;L&#224; il s'endormit | all&#237; qued&#243; dormido&lt;br class='manualbr' /&gt;Et moi je le caressais, | y yo le regalaba&lt;br class='manualbr' /&gt;Et l'&#233;ventail de c&#232;dres a&#233;rait/y el ventalle de cedros aire daba.&lt;br class='manualbr' /&gt;7&lt;br class='manualbr' /&gt;L'air du cr&#233;neau, | El aire de la almena&lt;br class='manualbr' /&gt;Quand moi j'&#233;cartais ses cheveux, | cuando yo sus cabellos esparc&#237;a&lt;br class='manualbr' /&gt;De sa main sereine, | con su mano serena&lt;br class='manualbr' /&gt;Au cou me blessait, | y en mi cuello her&#237;a&lt;br class='manualbr' /&gt;Et tous mes sens tenait en suspend. | y todos mis sentidos suspend&#237;a.&lt;br class='manualbr' /&gt;8&lt;br class='manualbr' /&gt;&#034;Je me tins coi, dans l'oubli, | Qued&#233;me y olvid&#233;me&lt;br class='manualbr' /&gt;Le visage pench&#233; sur l'Aim&#233;. | el rostro reclin&#233; sobre el amado ;&lt;br class='manualbr' /&gt;Tout cessa. Je m'abandonnai, | ces&#243; todo, y dej&#233;me&lt;br class='manualbr' /&gt;Abandonnant mon souci, | dejando mi cuidado&lt;br class='manualbr' /&gt;Parmi les lis, oubli&#233;. | entre las azucenas olvidado.&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;I - Commentaire de la po&#233;sie Nuit Obscure &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;A la premi&#232;re lecture du livre de la Mont&#233;e du Mt Carmel, on s'imagine un Jean de la Croix asc&#233;tique et aust&#232;re voir castrateur tant il pousse la n&#233;gation de soi loin, et bien des personnes referment les &#339;uvres de ce saint. C'est faute d'en avoir fait une lecture profonde. Car tout autre nous appara&#238;t l'homme. On le sent dans sa vie et dans ses po&#233;sies plein d'une grande sensibilit&#233;, voire sensualit&#233;, d'une grande d&#233;licatesse d'&#226;me. Ce qui le porte, ce qui l'enflamme, c'est cet amour de Dieu. C'est cela qui l'a transform&#233;, et c'est &#224; cela qu'il nous convie. C'est &#224; cette dilatation du c&#339;ur et par la suite du corps qu'il nous conduit, puisque, avec l'&#226;me transform&#233;e par la pr&#233;sence de son h&#244;te int&#233;rieur, le corps, avec tous ses sens, prend part de la b&#233;atitude.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;II - Trois parties se d&#233;gagent &#224; la lecture :&lt;/h2&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;strong&gt;Strophes 1-4 :&lt;/strong&gt; l'&#233;vasion jusqu'&#224; la rencontre de l'Aim&#233;.&lt;/h3&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Deux sous-parties :&lt;br class='manualbr' /&gt;1-2 d&#233;part et marche solitaire et secr&#232;te dans la nuit, le c&#339;ur enflamm&#233; d'amour.&lt;br class='manualbr' /&gt;3-4 La nuit est totale et isole de tout contact. Seul guide et lumi&#232;re : cet amour qui br&#251;le au fond du c&#339;ur. Guide s&#251;r au fond du c&#339;ur qui conna&#238;t le chemin.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;strong&gt;Strophe 5 :&lt;/strong&gt; b&#233;n&#233;diction de cette nuit qui a permis l'union.&lt;/h3&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;strong&gt;strophes 6-8 : &lt;/strong&gt; l'abandon dans l'enlacement mutuel.&lt;/h3&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Deux sous-parties :&lt;br class='manualbr' /&gt;6-7 l'Aim&#233; endormi dans les bras de l'aim&#233;e.&lt;br class='manualbr' /&gt;v8 l'aim&#233;e absorb&#233;e totalement par l'Aim&#233;, abandonnant tout.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;III - Propos du po&#232;me&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;C'est le renoncement &#224; toute lumi&#232;re qui permet &#224; l'&#226;me de se guider par amour uniquement.
Cette nuit est dite &#171; bienheureuse &#187; parce que l'&#226;me qui chante cela a travers&#233; la nuit, elle est dans l'union. La nuit n'est bienheureuse qu'apr&#232;s coup. Car c'est cela que chante le po&#232;me, c'est l'union r&#233;alis&#233;e de l'&#226;me avec Dieu. Apr&#232;s s'&#234;tre d&#233;tach&#233;e de beaucoup de choses, elle est entr&#233;e dans l'union, le repos, la jouissance, oubliant tout souci et toute peine.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;IV - lecture des strophes&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Strophes 1-2&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&#034;Dans une nuit obscure, | En una noche oscura&lt;br class='manualbr' /&gt;par un d&#233;sir d'amour tout embras&#233;e | con ansias en amores inflamada&lt;br class='manualbr' /&gt;Oh ! l'heureuse aventure ! | &#161;oh dichosa ventura !&lt;br class='manualbr' /&gt;Je sortis sans &#234;tre vue, | sal&#237; sin ser notada&lt;br class='manualbr' /&gt;Ma maison &#233;tant d&#233;sormais apais&#233;e. | estando ya mi casa sosegada,
&lt;p&gt;Dans l'obscure et en s&#251;ret&#233;, | a oscuras y segura&lt;br class='manualbr' /&gt;Par l'&#233;chelle secr&#232;te d&#233;guis&#233;e | por la secreta escala disfrazada,&lt;br class='manualbr' /&gt;Oh ! l'heureuse aventure ! | &#161;oh dichosa ventura !&lt;br class='manualbr' /&gt;A l'obscur et en cachette, | a oscuras y en celada&lt;br class='manualbr' /&gt;Ma maison &#233;tant d&#233;sormais apais&#233;e./estando ya mi casa sosegada.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;C'est le th&#232;me de la nuit qui va nous conduire, comme en un refrain. Elle se caract&#233;rise par une certaine densit&#233; soulign&#233;e par la redondance de la nuit par l'adjectif &#034;obscur&#034;. Cette densit&#233; de la nuit marque les deux premi&#232;res strophes et leur donne une &#233;paisseur. Et cette obscurit&#233; est li&#233;e &#224; la s&#251;ret&#233; (v6), &#224; la discr&#233;tion (v9). Elle permet &#224; l'&#226;me de sortir sans &#234;tre vue, mais de qui ? Et c'est pour une heureuse aventure !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est la joie qui est marqu&#233;e, mais comme apr&#232;s coup, par la r&#233;p&#233;tition de l'exclamation &#171; oh l'heureuse aventure ! &#187;. (vv 3 et 8). Au th&#232;me de la nuit obscure s'oppose celui du feu marqu&#233; par le &#171; &lt;strong&gt;d&#233;sir d'amour tout embras&#233;e&lt;/strong&gt; &#187; Il y a de la nuit et aussi du feu ! Serait-ce que cette nuit obscure n'est pas si noire que cela ?
Un autre refrain ponctue et conclue ces deux premi&#232;res strophes &#171; Ma maison &#233;tant d&#233;sormais apais&#233;e &#187;, comme une sorte de constatation. Cette maison est celle de la sensualit&#233; qui jette l'&#226;me hors d'elle-m&#234;me et la disperse. Cette maison a besoin d'&#234;tre apais&#233;e par ce chemin nocturne de la foi. Dans ce chemin de la foi, les sens ne sont plus l&#224; pour conduire l'&#226;me comme elle en avait l'habitude, ni la nourrir. C'est pour cela qu'elle est comme dans la nuit. Ce n'est donc pas n'importe quelle nuit. C'est la nuit de la foi qui engage ou ouvre en une heureuse aventure et qui permet &#224; l'&#226;me de se d&#233;tacher de ses sens pour aller plus avant en elle-m&#234;me.&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;strong&gt;On passe du th&#232;me de la nuit au th&#232;me de l'amour&lt;/strong&gt; qui permet de sortir (v2), mais d'o&#249; ? De cette maison de la sensualit&#233; que nous venons de nommer. &lt;br class='manualbr' /&gt;Il y a une &#233;chelle secr&#232;te qui permet cette fuite. L'&#233;chelle de la contemplation que permet la foi et qui d&#233;gage l'&#226;me de la sensualit&#233; et lui permet de se nourrir en Dieu m&#234;me. &lt;strong&gt;Dieu est cach&#233; en secret dans l'&#226;me&lt;/strong&gt;, et elle se doit de se cacher elle-m&#234;me en son secret pour y trouver Dieu. C'est ce que nous dit Jean de la Croix dans le commentaire de cette autre po&#233;sie qu'est le &lt;em class=&#034;spip&#034;&gt;Cantique Spirituel&lt;/em&gt;.&lt;br class='manualbr' /&gt;On passe de la nuit &#224; l'&#233;chelle secr&#232;te (Str 2) et de l'&#233;chelle secr&#232;te au secret (Str 3), comme si la nuit avait une profondeur. La nuit par elle-m&#234;me isole, cache, mais c'est comme si quelque chose de plus secret encore s'y cachait. Cette nuit n'est pas vide, ni froide, elle est habit&#233;e par un d&#233;sir d'amour, par une flamme (embras&#233;e v2). Cette lueur qui br&#251;le, c'est celle de l'amour, mais d'un amour plein de d&#233;sir.&lt;br class='manualbr' /&gt;Dans la nuit, un personnage f&#233;minin s'&#233;chappe sans &#234;tre vu pour aller rejoindre son amant. &lt;strong&gt;L'&#226;me recherche son Dieu. &lt;/strong&gt; Et si ce voyage se parcourt dans la nuit de la foi, c'est bien l'esp&#233;rance qui met en route et c'est la flamme de l'amour qui donne l'impulsion, qui ouvre le d&#233;sir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Strophes 3-4&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;_ Au sein de la nuit b&#233;nie, | En la noche dichosa&lt;br class='manualbr' /&gt;En secret - car nul ne me voyait, | en secreto que nadie me ve&#237;a&lt;br class='manualbr' /&gt;Ni moi je ne voyais rien | ni yo miraba cosa&lt;br class='manualbr' /&gt;Sans autre lueur ni guide | sin otra luz y gu&#237;a&lt;br class='manualbr' /&gt;Hors celle qui br&#251;lait en mon c&#339;ur | sino la que en el coraz&#243;n ard&#237;a.
&lt;p&gt;Et celle-ci me guidait, | Aquesta me guiaba&lt;br class='manualbr' /&gt;Plus s&#251;re que celle du midi, | m&#225;s cierto que la luz del mediod&#237;a&lt;br class='manualbr' /&gt;l&#224; o&#249; m'attendait | adonde me esperaba&lt;br class='manualbr' /&gt;Que je connaissais d&#233;j&#224;, | quien yo bien me sab&#237;a&lt;br class='manualbr' /&gt;Sans que nul en ce lieu ne par&#251;t.&#034; | en sitio donde nadie parec&#237;a&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Les deux strophes suivantes montrent le jeu des regards. Il sugg&#232;re l'isolement progressif du protagoniste : &#171; Nul ne me voyait, ni moi je ne voyais rien &#187;. Cela est permis car la nuit est obscure. La personne n'a plus conscience de rien, hormis la nuit (et c'est vers une autre nuit qu'elle se dirige !) et cependant une lumi&#232;re brille dans son c&#339;ur et la guide comme le plus s&#251;r des guides peut le faire. Dans cette nuit obscure il y a de la lumi&#232;re ! Une lumi&#232;re dont la particularit&#233; est de mettre dans la nuit. Une lumi&#232;re qui ne brille pas n'importe o&#249;, c'est au c&#339;ur qu'elle se consume. Une lumi&#232;re int&#233;rieure donc. Et c'est cette flamme qui l'a introduite dans la nuit. &lt;strong&gt;Plus rien d'autre ne compte &#224; un c&#339;ur qui aime&lt;/strong&gt;. L'&#226;me est introduite dans la nuit par cette flamme qui lui sert de guide. La flamme, ce d&#233;sir, conduit &#224; la nuit ! et continue d'&#233;clairer le chemin&#8230; avec plus de suret&#233; que la lumi&#232;re naturelle. C'est donc un voyage particulier qui s'engage, non pas spatial, mais int&#233;rieur. La lumi&#232;re illumine l'espace autour de nous, nous r&#233;chauffe, nous &#233;claire. En nous un autre soleil brille qui d&#233;j&#224; s'&#233;tait fait conna&#238;tre &#224; l'&#226;me par son incarnation en l'homme J&#233;sus. Mais c'est pour une aventure int&#233;rieure.
A remarquer cependant, que ce n'est pas tant la lumi&#232;re de la flamme qui est mise en avant que la flamme qui br&#251;le. Et &lt;strong&gt;c'est le c&#339;ur qui est sollicit&#233;, le c&#339;ur profond qui ne se touche que par la foi&lt;/strong&gt;. En ce lieu myst&#233;rieux rien d'autre que cette flamme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Strophe 5&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;_ O nuit qui m'a guid&#233;e ! | &#161;Oh noche, que guiaste !&lt;br class='manualbr' /&gt;O nuit plus aimable que l'aurore ! | &#161;Oh noche amable m&#225;s que la alborada !&lt;br class='manualbr' /&gt;O nuit qui as uni | &#161;Oh noche que juntaste&lt;br class='manualbr' /&gt;L'Aim&#233; avec son aim&#233;e, | amado con amada,&lt;br class='manualbr' /&gt;L'aim&#233;e en son Aim&#233; transform&#233;e | amada en el amado transformada !&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Cette nuit a permis l'union, aussi est-elle exalt&#233;e par trois fois. Comme l'aurore annonce le jour nouveau, la pleine lumi&#232;re, &lt;strong&gt;cette nuit a plac&#233; l'&#226;me dans l'esp&#233;rance&lt;/strong&gt;. Elle a servi de guide, elle a permis l'union. C'est gr&#226;ce &#224; elle que la fuite a pu avoir lieu, que l'&#226;me a pu s'&#233;chapper jusqu'&#224; l'enlacement, l'&#233;treinte paisible dans l'abandon total de soi-m&#234;me. Au symbolisme nocturne de la nuit avec son aspect parfois p&#233;nible s'entrem&#234;le le symbolisme nuptial qui lui donne toutes ses virtualit&#233;s. La nuit n'a pas &#233;t&#233; passive, elle a pris part &#224; l'union. Il y a la nuit et il y a l'amour ;&lt;strong&gt; l'amour qui met en route et qui permet de traverser la nuit&lt;/strong&gt;. Et cette nuit a permis une myst&#233;rieuse alchimie, une transformation de l'&#226;me, comme si elle n'&#233;tait plus elle-m&#234;me.&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;strong&gt;Cette strophe marque un passage, une transition&lt;/strong&gt;. L'&#226;me n'est plus en recherche, elle n'est plus active, l'union est r&#233;alis&#233;e. C'est comme si un projecteur s'allumait dans la nuit et nous montrait les amants sur leur couche. Mais qui en r&#233;alit&#233; est moteur, qui induit toute l'action ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Strophe 6 &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;_ Sur mon c&#339;ur couvert de fleurs, | En mi pecho florido,&lt;br class='manualbr' /&gt;Qui entier pour lui seul se gardait, | que entero para &#233;l solo se guardaba&lt;br class='manualbr' /&gt;L&#224; il s'endormit | all&#237; qued&#243; dormido&lt;br class='manualbr' /&gt;Et moi je le caressais, | y yo le regalaba&lt;br class='manualbr' /&gt;Et l'&#233;ventail de c&#232;dres a&#233;rait/y el ventalle de cedros aire daba.
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le personnage central est l&#224; dans le po&#232;me, &lt;strong&gt;&#224; la fois pr&#233;sent et absent&lt;/strong&gt;. Mais quand il appara&#238;t, plus besoin de se cacher, plus peur d'&#234;tre reconnue ; la nuit cesse, c'est la pleine lumi&#232;re qui manifeste et met en valeur l'enlacement sur la couche. Pas d'&#233;rotisme, mais beaucoup de sensualit&#233; et de tendresse partag&#233;e, comme si la sensualit&#233; s'&#233;tait purifi&#233;e et loin de pousser &#224; la perversit&#233;, &#224; la jouissance possessive, elle amenait &#224;&lt;strong&gt; l'exaltation de l'&#226;me&lt;/strong&gt; dans l'ouverture d'elle-m&#234;me &#224; la pr&#233;sence de l'amant. Si l'aim&#233; appara&#238;t, c'est pour dispara&#238;tre en m&#234;me temps. Il n'appara&#238;t que pour s'endormir ! Il reste pr&#233;sent dans l'abandon, mais ouvert sur une autre r&#233;alit&#233;. Et c'est encore lui dans son apparente absence qui conduit l'&#226;me, la bien-aim&#233;e. Il dort, mais vers o&#249; le portent ses r&#234;ves ?&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;strong&gt;Beaucoup de tendresse&lt;/strong&gt;. Le c&#339;ur couvert de fleurs fait fonction d'un jardin offert au seul bien-aim&#233;. L'&#226;me s'avan&#231;ait jusqu'ici en secret, en cachette, isol&#233;e de tout et d'elle-m&#234;me, ici s'ouvre l'espace d'une relation, &#224; d&#233;couvert, mais pour un seul &#234;tre.
Et &lt;strong&gt;cette tendresse partag&#233;e exprime l'union de l'&#226;me avec son Dieu&lt;/strong&gt;, avec ce Dieu qui appara&#238;t ici sous forme charnelle, corporelle. La sensualit&#233; y a sa part car la po&#233;sie est une forme d'expression sensible faite de sons, de gestes, de couleurs, d'&#233;motions. Dieu vient toucher l'&#226;me jusque dans ses sens pour l'entra&#238;ner &#224; un niveau plus profond. Le c&#339;ur est touch&#233; et les sens ne la trouble plus, bien plus ils sont ordonn&#233;s, orient&#233; totalement vers l'&#233;treinte amoureuse. Car le corps prend sa part aux &#233;treintes : la poitrine, le sein (el pecho), la main, le cou, les cheveux, le visage. Le corps n'est plus un obstacle &#224; l'union divine, bien au contraire il y participe totalement. Il ne jouit plus pour lui-m&#234;me, mais ses perceptions sont re&#231;ues totalement par l'esprit en lequel la jouissance se fait totale et sans limite.
Mais il lui a d'abord fallu sortir de nuit, c'est-&#224;-dire se purifier de sa fa&#231;on d&#233;sordonn&#233;e de jouir des choses de ce monde pour trouver la paix. Le sous-titre du po&#232;me est : &#8220;De l'&#226;me qui se r&#233;jouit d'&#234;tre arriv&#233;e au haut &#233;tat de perfection, qui est l'union avec Dieu, par le chemin de la n&#233;gation spirituelle&#8220;. C'est-&#224;-dire que Dieu est per&#231;u comme l'au-del&#224; de tout d&#233;sir, de toute exp&#233;rience sensible, la vis&#233;e de toute action. C'est l'Aim&#233; qui est abandonn&#233; dans les bras de l'aim&#233;e. Celle-ci lui apporte paix et fra&#238;cheur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Strophe 7&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;_ L'air du cr&#233;neau, | El aire de la almena&lt;br class='manualbr' /&gt;Quand moi j'&#233;cartais ses cheveux, | cuando yo sus cabellos esparc&#237;a&lt;br class='manualbr' /&gt;De sa main sereine, | con su mano serena&lt;br class='manualbr' /&gt;Au cou me blessait, | y en mi cuello her&#237;a&lt;br class='manualbr' /&gt;Et tous mes sens tenait en suspens. | y todos mis sentidos suspend&#237;a.&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Un autre monde s'ouvre, fait de d&#233;licatesse et de s&#233;r&#233;nit&#233;, comme la douceur de l'air peut caresser la peau et apporter bien-&#234;tre. C'est l'air du cr&#233;neau qui a une main, qui est personnifi&#233;. Une main comme de l'air et qui blesse en toute s&#233;r&#233;nit&#233;. Cet adjectif ajoute une certaine force &#224; l'action. Pourquoi alors l'aim&#233;e en sort bless&#233;e ? Comme si l'attention &#233;tait &#233;veill&#233;e, en suspens, dans l'attente. &lt;strong&gt;Blessure d'amour qui tient l'&#226;me &#233;veill&#233;e &#224; un amour plus grand peut-&#234;tre.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Strophe 8&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;_ &#034;Je me tins coi, dans l'oubli, | Qued&#233;me y olvid&#233;me&lt;br class='manualbr' /&gt;Le visage pench&#233; sur l'Aim&#233;. | el rostro reclin&#233; sobre el amado ;&lt;br class='manualbr' /&gt;Tout cessa. Je m'abandonnai, | ces&#243; todo, y dej&#233;me&lt;br class='manualbr' /&gt;Abandonnant mon souci, | dejando mi cuidado&lt;br class='manualbr' /&gt;Parmi les lis, oubli&#233;. | entre las azucenas olvidado.&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;L'action se d&#233;roule aussit&#244;t par la sortie dans la nuit jusqu'&#224; l'exultation de la strophe 5, jusqu'&#224; l'union des deux protagonistes. Suit la description de cette union o&#249; la sc&#232;ne semble rest&#233;e vide, les corps sont l&#224;, enlac&#233;s, la conscience est ailleurs. Nous sommes emmen&#233;s en un au-del&#224; du corps par une intimit&#233; grandissante, vers un autre monde, hors du temps, d&#233;gag&#233;s des soucis de celui-ci.&lt;strong&gt; Une porte s'ouvre vers un autre infini, vers l'extase de l'union amoureuse.&lt;/strong&gt; D&#233;sormais les mots sont impuissants, &#224; nous de suivre par la pens&#233;e et le d&#233;sir. Car c'est cela que vise en nous Jean de la Croix : provoquer, &#233;veiller le d&#233;sir. Aussi fait-il plus sugg&#233;rer que d&#233;crire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui est premier, ce n'est pas l'asc&#232;se, c'est l'amour de Dieu. L'asc&#232;se vient par la suite comme une suite logique et c'est alors que l'on parle de nuit. Une m&#232;re de famille ne fait rien de plus pour son enfant, et cela ne lui co&#251;te pas. On ne peut se d&#233;tacher des choses de ce monde que si le c&#339;ur est attir&#233;, nourri &#224; un autre niveau, de fa&#231;on plus forte. Ce n'est pas d'abord en se coupant du monde qu'on trouve Dieu, mais c'est l'inverse. Lorsque le c&#339;ur aime, tout le reste est relativis&#233;, et c'est pourquoi Jean de la Croix parle de la nuit. C'est comme si, vivant toujours dans le monde, l'&#226;me n'y faisait plus attention. Elle marche comme si elle &#233;tait dans la nuit, &#233;clair&#233;e par une lumi&#232;re int&#233;rieure qui lui voile toute autre chose. Son c&#339;ur seul la conduit vers la rencontre d'un personnage myst&#233;rieux dont le r&#244;le semble &#234;tre r&#233;duit au maximum. A peine appara&#238;t-il qu'il s'endort ! Et cependant c'est lui qui induit en silence, indirectement, tout le dynamisme du po&#232;me. C'est vers lui que se dirige l'&#226;me, sans trop savoir o&#249; elle va, et pourtant s&#251;re de sa route.&lt;strong&gt; L'&#226;me marche dans la nuit, c'est-&#224;-dire dans la foi.&lt;/strong&gt; Il y a une grande certitude dans la foi, et pourtant rien de palpable ni d'&#233;vident. &#201;tant d&#233;tach&#233;e des choses du monde, c'est la foi seule qui porte l'&#226;me. L'&#226;me est comme une personne qui ferme les yeux &#224; ce qui l'entoure pour se faire attentive &#224; ce monde plus subtil qui l'habite.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Saint Jean de la Croix Po&#233;sie Le Pastoureau</title>
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		<dc:date>2012-01-02T20:23:43Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		
		


		<dc:subject>Sommaire</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Pour &#233;couter le po&#232;me version espagnol : A lo divino de Cristo y el alma I - Le Pastoureau (&#233;crit entre 1582 et 1584 &#224; Grenade) Cette po&#233;sie parle du Christ et de l'&#226;me. Le titre v&#233;ritable est &#034;Canciones a lo divino de Cristo y el alma&#034;. Selon les t&#233;moignages, elle ne semble pas avoir &#233;t&#233; compos&#233;e apr&#232;s 1584, peut-&#234;tre &#224; Grenade (1582-88). Sous le v&#234;tement du Pasteur est pr&#233;sent&#233; le Christ et sous celui de la Pastourelle, l'&#226;me. L'arbre &#224; la fin du po&#232;me est celui de la croix. &#171; Ce qui est (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.carmel.asso.fr/-Meditations-du-Frere-Yannick-.html" rel="directory"&gt;M&#233;ditations du Fr&#232;re Yannick&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.carmel.asso.fr/+-Sommaire-+.html" rel="tag"&gt;Sommaire&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.youtube.com/watch?v=34Jp8Ej1f2w&amp;list=PLAB97672379E427E6&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;Pour &#233;couter le po&#232;me version espagnol : A lo divino de Cristo y el alma&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='hrspip'&gt;&lt;hr class='spip' /&gt;&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;I - Le Pastoureau (&#233;crit entre 1582 et 1584 &#224; Grenade)&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Cette po&#233;sie parle du Christ et de l'&#226;me. Le titre v&#233;ritable est &#034;Canciones a lo divino de Cristo y el alma&#034;. Selon les t&#233;moignages, elle ne semble pas avoir &#233;t&#233; compos&#233;e apr&#232;s 1584, peut-&#234;tre &#224; Grenade (1582-88). Sous le v&#234;tement du Pasteur est pr&#233;sent&#233; le Christ et sous celui de la Pastourelle, l'&#226;me. L'arbre &#224; la fin du po&#232;me est celui de la croix.
&#171; Ce qui est signifi&#233;, c'est la R&#233;demption vue du c&#244;t&#233; de Dieu. Peu &#224; peu vont s'aggravant les douleurs naissant de l'amour devant l'ingratitude et l'oubli, douleurs qui se r&#233;solvent et sont couronn&#233;es par la mort de la croix, mort d'amour. &#187; (J.V. Rodriguez)
&#171; Ce qui procure l'enchantement en ce po&#232;me, c'est l'ambiance et la d&#233;licatesse avec lesquelles se d&#233;roule le th&#232;me de l'amour :&lt;strong&gt; un amour qui se rapproche, insiste, esp&#232;re, crie et s'ach&#232;ve en un geste de folie.&lt;/strong&gt; La r&#233;p&#233;tition du verset &#034;le c&#339;ur d'amour tout navr&#233;&#034; imprime le sentiment, et de mani&#232;re semblable cette autre r&#233;p&#233;tition : &#034;bien que ce soit de nuit&#034;. &#187; (&lt;em class=&#034;spip&#034;&gt;Obras &lt;/em&gt; p.99)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Cinq strophes de quatre vers (le premier vers rime avec le quatri&#232;me, le deuxi&#232;me avec le troisi&#232;me.)&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;
Un Pastoureau, seul, est en peine, | Un pastorcico solo est&#224; penado, &lt;br class='manualbr' /&gt;loin du plaisir et du contentement, | ajeno de placer y de contento,&lt;br class='manualbr' /&gt;et en sa pastourelle la pens&#233;e fix&#233;e, | y en su pastora puesto el pensamiento,&lt;br class='manualbr' /&gt;Et le sein d'amour tr&#232;s meurtri. | y el pecho del amor muy lastimado.
&lt;p&gt;Ne pleure pas que l'amour lui ait fait une plaie, | No llora por haberle amor llagado,&lt;br class='manualbr' /&gt;Car il n'a peine de se voir ainsi afflig&#233;, | que no le pena verse as&#237; afligido,&lt;br class='manualbr' /&gt;Bien qu'en son c&#339;ur il soit bless&#233; ; | aunque en el coraz&#243;n est&#224; herido ;&lt;br class='manualbr' /&gt;Mais pleure de penser qu'Il est oubli&#233;. | mas llora por pensar que est&#224; olvidado.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car rien qu'&#224; la pens&#233;e d'&#234;tre oubli&#233; | Que s&#243;lo de pensar que est&#224; olvidado,&lt;br class='manualbr' /&gt;De sa belle pastourelle, en grande peine | de su bella pastora , con gran pena&lt;br class='manualbr' /&gt;Il se laisse outrager en terre &#233;trang&#232;re, | se deja maltratar en tierra ajena,&lt;br class='manualbr' /&gt;Le sein d'amour tr&#232;s meurtri. | el pecho del amor muy lastimado.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et dit le Pastoureau : ah ! malheureux | Y dice el pastorico : &#161;Ay, desdichado&lt;br class='manualbr' /&gt;Celui qui de mon amour s'est fait absent, | de aquel que de mi amor ha hecho ausencia,&lt;br class='manualbr' /&gt;Et ne veut pas jouir de ma pr&#233;sence ! | y no quiere gozar la mi presencia !,&lt;br class='manualbr' /&gt;Et le sein par son amour tr&#232;s meurtri. | y el pecho por su amor muy lastimado.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et apr&#232;s un long temps, | Y a cabo de un gran rato se ha encumbrado&lt;br class='manualbr' /&gt;Il s'est &#233;lev&#233; Sur un arbre, o&#249; Il ouvrit ses beaux bras ; | sobre un &#225;rbol, do abri&#243; sus brazos bellos,&lt;br class='manualbr' /&gt;Et mort il demeura, pendu &#224; eux, | y muerto se ha quedado asido de ellos,&lt;br class='manualbr' /&gt;Le sein d'amour tr&#232;s meurtri. | el pecho del amor muy lastimado.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;1) Lecture pas &#224; pas&lt;/h3&gt;&lt;h4 class=&#034;spip&#034;&gt;Strophe 1&lt;/h4&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;&lt;em class=&#034;spip&#034;&gt;Un Pastoureau, seul, est en peine,&lt;br class='manualbr' /&gt;loin du plaisir et du contentement,&lt;br class='manualbr' /&gt;et en sa pastourelle la pens&#233;e fix&#233;e,&lt;br class='manualbr' /&gt;Et le sein d'amour tr&#232;s meurtri.&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;1	Il est en peine, il souffre, seul.&lt;br class='manualbr' /&gt;2	Il est loin du plaisir et du contentement, comme en une terre &#233;trang&#232;re, loin de la terre de sa joie. &lt;br class='manualbr' /&gt;3	Il est proche d'une autre terre par la pens&#233;e. Sa pens&#233;e est &#171; l&#224;-bas &#187; fix&#233;e, orient&#233;e, polaris&#233;e. Il n'est pas en lui-m&#234;me, il est en l'autre. Il n'est pas pr&#233;occup&#233; de lui-m&#234;me, mais de l'autre, par la pastourelle, par l'&#226;me.&lt;br class='manualbr' /&gt;4	Un refrain avec le dernier vers qui reviendra au vers 12, au vers 16 avec une variante, et au vers 20. Sauf dans la seconde strophe au vers 8.
Le sein (le c&#244;t&#233;, la poitrine) est touch&#233;, bless&#233;, compatissant. Il est montr&#233; avec insistance comme une m&#233;taphore du c&#339;ur, de l'&#234;tre profond.&lt;/p&gt;
&lt;h4 class=&#034;spip&#034;&gt;Strophe 2&lt;/h4&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;&lt;em class=&#034;spip&#034;&gt;Ne pleure pas que l'amour lui ait fait une plaie,&lt;br class='manualbr' /&gt;Car il n'a peine de se voir ainsi afflig&#233;,&lt;br class='manualbr' /&gt;Bien qu'en son c&#339;ur il soit bless&#233; ;&lt;br class='manualbr' /&gt;Mais pleure de penser qu'Il est oubli&#233;.&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;5	&lt;/strong&gt;	Il ne pleure pas au vers 5, mais pleure au vers 8. Cette r&#233;p&#233;tition du verbe pleurer cr&#233;e une inclusion ench&#226;ssant les versets 6-7, comme pour les mettre en valeur.&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;strong&gt;6 - 7&lt;/strong&gt; La r&#233;p&#233;tition des adjectifs en fin de vers est significative de sa douleur (plaie 5, afflig&#233; 6, bless&#233; 7, et cependant l&#224; n'est pas sa douleur, il est oubli&#233; 8).&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;strong&gt;8	&lt;/strong&gt; Il est oubli&#233;. Tout est au passif. Il subit cet &#233;tat.
Lui pense &#224; sa pastourelle (verset 3), mais il est oubli&#233; d'elle (verset 8). Il ne souffre pas physiquement, l&#224; n'est pas sa douleur, m&#234;me s'il souffre en son corps, en son c&#339;ur. C'est l'oubli qui est la cause de la souffrance, il est face &#224; un vide. Il est seul dans une relation qui se cherche. Cela renvoie &#224; Gn 3, &#224; la question que Dieu, se promenant dans le jardin &#224; la brise du soir, pose &#224; Adam et donc &#224; tout homme : &#171; o&#249; es-tu ? &#187; et l'homme se cache par peur. Dieu s'approche et cherche l'homme pour entrer en relation et l'homme fuit Dieu.
Dieu cherche la relation et l'homme la fuit. Voil&#224; ce qui blesse Dieu. Ce n'est pas notre p&#233;ch&#233;, c'est notre fuite de la relation. Ce n'est pas le vocabulaire d'un dictateur. Dieu ne dit pas &#171; viens ici ! &#187;, mais &#171; o&#249; es-tu ? &#187; C'est un appel adress&#233; &#224; notre libert&#233; et Dieu est face &#224; cette libert&#233; humaine qui se d&#233;robe et qui le fuit. Dieu fait face, mais devant lui, c'est un arbre, un pr&#233;texte, le vide.&lt;/p&gt;
&lt;h4 class=&#034;spip&#034;&gt;Strophe 3&lt;/h4&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;&lt;em class=&#034;spip&#034;&gt;Car rien qu'&#224; la pens&#233;e d'&#234;tre oubli&#233;&lt;br class='manualbr' /&gt;De sa belle pastourelle, en grande peine&lt;br class='manualbr' /&gt;Il se laisse outrager en terre &#233;trang&#232;re,&lt;br class='manualbr' /&gt;Le sein d'amour tr&#232;s meurtri.&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;9	&lt;/strong&gt;	Et c'est le vers 9 reli&#233;e au vers 8 par la m&#234;me th&#233;matique.
En une redondance nous restons sur l'oubli. Dieu pense &#224; cet oubli, alors que l'&#226;me n'y pense pas, elle oublie Dieu.&lt;br class='manualbr' /&gt;Verset 3 sa pens&#233;e est fix&#233;e en sa pastourelle.&lt;br class='manualbr' /&gt;Verset 9 il pense qu'il est oubli&#233; d'elle. La pens&#233;e de la pastourelle est perdue dans l'oubli.&lt;br class='manualbr' /&gt;Il y a ici entrelacement des vers et continuit&#233; entre 9 et 10a et entre 10b et 11.&lt;br class='manualbr' /&gt;La construction du verset 10 ouvre le chant des interpr&#233;tations malgr&#233; la ponctuation.&lt;br class='manualbr' /&gt;L'apposition des deux corps de phrase en un m&#234;me verset laisse sugg&#233;rer qu'il est en grande peine de sa belle pastourelle.
Il est en terre &#233;trang&#232;re. En lien avec le verset 2, on pourrait dire qu'il est sur cette terre &#233;trang&#232;re qui est la peine, loin du plaisir et du contentement qui sont sa patrie. C'est au passif.&lt;br class='manualbr' /&gt;Le pastoureau est quelque part physiquement, mais ce n'est pas cela qui est point&#233;. Il est ailleurs par la pens&#233;e, proche de la pastourelle, en terre &#233;trang&#232;re. (r&#244;le de l'imaginaire dans notre vie qui nous rend plus pr&#233;sent ce &#224; quoi on pense que ce que notre corps peut ressentir, percevoir)&lt;/p&gt;
&lt;h4 class=&#034;spip&#034;&gt;Strophe 4&lt;/h4&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;&lt;em class=&#034;spip&#034;&gt;Et dit le Pastoureau : ah ! malheureux&lt;br class='manualbr' /&gt;Celui qui de mon amour s'est fait absent,&lt;br class='manualbr' /&gt;Et ne veut pas jouir de ma pr&#233;sence&lt;br class='manualbr' /&gt;Et le sein par son amour tr&#232;s meurtri !&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le pastoureau prend la parole pour une complainte sur&#8230; qui ? Car nous sommes maintenant avec un masculin ! Ce n'est pas une complainte sur lui-m&#234;me comme on aurait pu l'attendre puisqu'il ne cesse d'exprimer sa peine, mais sur celui qui s'est rendu loin de son amour et qui ne veut pas &#234;tre en sa pr&#233;sence.&lt;br class='manualbr' /&gt;&#171; S'est fait absent &#187; s'oppose &#224; &#171; ma pr&#233;sence &#187;. Il s'est fait absent &#224; ma pr&#233;sence.&lt;br class='manualbr' /&gt;L'amour est relation. De cette relation qui est joie, la pastourelle s'est faite absente. Le pastoureau est face &#224; un vide. C'est pourquoi son c&#339;ur est meurtri. Ce vide n'est pas statique, il est dynamique et provoque une blessure qui va s'agrandissant. L'amour cherche la relation, la jouissance dans la relation. Ici il y a une volont&#233; de ne pas entrer dans cette relation. Ce n'est donc pas la jouissance, mais la blessure, la meurtrissure.
Comment comprendre le dernier vers : &#171; et le sein par son amour&#8230; &#187; ? Qui parle ici ? Le pastoureau ou la pastourelle ?&lt;/p&gt;
&lt;h4 class=&#034;spip&#034;&gt;Strophe 5&lt;/h4&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;&lt;em class=&#034;spip&#034;&gt;Et apr&#232;s un long temps, Il s'est &#233;lev&#233;&lt;br class='manualbr' /&gt;Sur un arbre, o&#249; Il ouvrit ses beaux bras ;&lt;br class='manualbr' /&gt;Et mort il demeura, pendu &#224; eux,&lt;br class='manualbr' /&gt;Le sein d'amour tr&#232;s meurtri.&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s la parole, c'est maintenant le geste, le mouvement qui devient parole.
Mais c'est apr&#232;s un long temps. Le pastoureau n'est plus passif. Il s'&#233;l&#232;ve sur un arbre et ouvre les bras.&lt;br class='manualbr' /&gt;Et l'on tombe &#224; nouveau dans l'inaction, le silence, plus de geste.&lt;br class='manualbr' /&gt;Il demeure mort.&lt;br class='manualbr' /&gt;Il est pendu &#224; ses beaux bras.&lt;br class='manualbr' /&gt;Il n'y a plus de relation possible puisqu'il est mort.&lt;br class='manualbr' /&gt;C'est de cette absence de relation qu'il est mort. C'est en creux.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;2) Inspiration de la po&#233;sie&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Si l'on cherche la source d'inspiration de Jean de la Croix il faut en trouver deux :&lt;br class='manualbr' /&gt;La premi&#232;re et sans doute l'essentielle, peut se trouver dans &lt;em class=&#034;spip&#034;&gt;Cantique Spirituel&lt;/em&gt; B 23,1 : &#171; Dans l'&#233;tat sublime du mariage spirituel, l'Epoux tr&#232;s fr&#233;quemment d&#233;couvre &#224; l'&#226;me, sa fid&#232;le compagne, de merveilleux secrets, car le v&#233;ritable et parfait amour n'a rien de cach&#233; pour l'objet de sa tendresse. Il lui r&#233;v&#232;le en particulier les doux myst&#232;res qui se rattachent &#224; son Incarnation, les voies qu'il a tenues pour r&#233;aliser la r&#233;demption de l'homme, l'une des plus &#233;lev&#233;es parmi les &#339;uvres de Dieu et l'une des plus d&#233;licieuses &#224; l'&#226;me&#8230; &#187;. Et cet aspect &#034;d&#233;licieux &#224; l'&#226;me&#034; appara&#238;t bien dans cette po&#233;sie.&lt;br class='manualbr' /&gt;L'autre source est un po&#232;me profane que Jean de la Croix a retravaill&#233; et dont on a un exemplaire &#224; la Biblioth&#232;que Nationale de Paris.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;3) M&#233;ditation&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;La R&#233;v&#233;lation de Dieu &#224; l'homme s'est faite de plus en plus explicite. Avec Mo&#239;se, elle a eu lieu dans le tremblement de terre, l'ouragan et le feu. Avec Elie un grand pas est fait. Ce n'est plus la force transcendante des ph&#233;nom&#232;nes cosmiques qui est le signe de la pr&#233;sence de Dieu, mais celle-ci se fait &#224; l'intime de l'&#234;tre, dans la &lt;strong&gt;douceur de la brise&lt;/strong&gt;.&lt;strong&gt; La R&#233;v&#233;lation de Dieu atteindra un extr&#234;me dans son Incarnation&lt;/strong&gt;, mais elle culminera en ce Haut-Lieu de la Croix. L&#224;, l'inou&#239; de Dieu, cette R&#233;v&#233;lation de son Amour pour nous, se manifeste en pl&#233;nitude. C'est de ce Haut-Lieu que nous parle Jean de la Croix, saisi par ce myst&#232;re inconcevable et essayant de d&#233;crire cette tendresse si d&#233;licate de Dieu envers nous. &lt;strong&gt;Tendresse si d&#233;licate qui est &#224; la fois faiblesse et force de Dieu.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Deux textes de Jean de la Croix : &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;em class=&#034;spip&#034;&gt;Cantique Spirituel&lt;/em&gt; B 22,1 :&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;&#171; Si grand &#233;tait le d&#233;sir qui pressait l'&#201;poux d'arracher enti&#232;rement son &#233;pouse aux mains de la sensualit&#233; et du d&#233;mon, qu'apr&#232;s avoir r&#233;ussi dans son dessein, il se livre &#224; la joie. Tel le bon Pasteur, qui a fait mille d&#233;tours &#224; la recherche de sa brebis perdue et qui la rapporte enfin sur ses &#233;paules (cf. Lc 15,5) &#187;. &lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La croix et par elle toute l'incarnation du Christ &lt;/strong&gt; est le moyen que Dieu a pris pour aller &#224; la recherche de l'homme perdu et bless&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;em class=&#034;spip&#034;&gt;Mont&#233;e du Carmel&lt;/em&gt; II 7,11 :&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;&#171; Il est tout manifeste qu'&#224; l'instant de sa mort il fut aussi an&#233;anti en l'&#226;me, sans aucune consolation ni soulagement, son P&#232;re le laissant ainsi en une intime aridit&#233;, selon la partie inf&#233;rieure. Ce qui le fit s'&#233;crier en la croix : &#034;Mon Dieu ! Mon Dieu ! Pourquoi m'avez-vous d&#233;laiss&#233; ?&#034; Lequel d&#233;laissement fut le plus grand qu'il souffr&#238;t en la partie sensitive durant sa vie. Aussi fit-il en ce d&#233;laissement la plus grande &#339;uvre qu'il n'e&#251;t op&#233;r&#233; en toute sa vie par ses miracles et ses merveilles, sur la terre ou dans le ciel, qui fut de r&#233;concilier et unir le genre humain par gr&#226;ce avec Dieu&#8230; &#187;.&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;C'est par la croix que Dieu se fait proche de l'homme et le r&#233;concilie avec Dieu. Voil&#224; l'&#339;uvre de Dieu &#224; la recherche de chacun d'entre nous, &#339;uvre d'Amour, folie de la Croix et tendresse de Dieu. &lt;em class=&#034;spip&#034;&gt;&#171; A pr&#233;sent, je connais d'une mani&#232;re partielle ; mais alors je conna&#238;trai comme je suis connu &#187;&lt;/em&gt; nous dit St Paul &#224; la fin de son hymne &#224; la charit&#233; (1 Co 13,12) Jean de la Croix nous introduit peu &#224; peu dans ce myst&#232;re d'amour et de charit&#233; pour que si possible nous le fassions notre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'amour rend esclave nous dit Jean de la Croix en &lt;em class=&#034;spip&#034;&gt;Mont&#233;e du Carmel&lt;/em&gt; I 4,3 :&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;&#171; L'affection et l'attachement de l'&#226;me &#224; la cr&#233;ature &#233;gale l'&#226;me &#224; la cr&#233;ature et tant plus est l'affection, tant plus elle la rend &#233;gale et semblable, car l'amour fait une ressemblance entre l'amant et l'&#234;tre aim&#233;. &#187;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;C'est par amour que Dieu s'est fait semblable &#224; l'homme, c'est par amour qu'il a cherch&#233; &#224; converser avec lui, c'est par amour qu'il se laisse crucifier et qu'il pardonne.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt; 4 ) Questions&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;J&#233;sus est venu pour moi, o&#249; en suis-je de mon amour pour lui, dans l'engagement de ma vie &#224; sa suite. Suis-je libre de le suivre ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J&#233;sus est mort de ne pas trouver d'amour en r&#233;ponse &#224; son amour, d'o&#249; sa solitude. Et moi dans ma solitude est-ce que j'accepte de me laisser rejoindre ? Mais aussi est-ce que je me laisse aimer gratuitement ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Sainte Th&#233;r&#232;se de Lisieux, ma&#238;tresse de vie spirituelle</title>
		<link>https://www.carmel.asso.fr/Sainte-Therese-de-Lisieux-maitresse-de-vie-spirituelle.html</link>
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		<dc:date>2007-02-08T09:05:04Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		
		


		<dc:subject>Sommaire</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Faire un chemin spirituel &#224; partir de la correspondance de Th&#233;r&#232;se de Lisieux&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.carmel.asso.fr/-Meditations-du-Frere-Yannick-.html" rel="directory"&gt;M&#233;ditations du Fr&#232;re Yannick&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.carmel.asso.fr/+-Sommaire-+.html" rel="tag"&gt;Sommaire&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;A - Enfance de Th&#233;r&#232;se.&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; Prenons d'abord le temps de d&#233;couvrir Th&#233;r&#232;se avant de se plonger dans la lecture de sa correspondance au d&#233;but de &#171; son combat de g&#233;ant &#187;, c'est-&#224;-dire apr&#232;s la gr&#226;ce de gu&#233;rison de No&#235;l 1886. C'est la p&#233;riode o&#249; elle va commencer &#224; prendre sa vie en main, progressivement et o&#249; sa correspondance va nous interpeler.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;
I - Th&#233;r&#232;se d'Alen&#231;on et de Semall&#233;.&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt; Th&#233;r&#232;se de Lisieux nous int&#233;resse &#224; plus d'un titre, en effet si elle a &#233;t&#233; canonis&#233;e, si elle est devenue patronne des missions, si elle a &#233;t&#233; proclam&#233;e docteur de l'&#201;glise &#224; la suite du jubil&#233; de l'an 2000, si elle parcourt le monde en ses reliques, Th&#233;r&#232;se a d'abord eu une vie ordinaire, une vie qui nous rejoint tous par bien des points. Avant d'&#234;tre Th&#233;r&#232;se de l'enfant J&#233;sus et de la sainte face, elle a d'abord &#233;t&#233; la petite Th&#233;r&#232;se d'Alen&#231;on, c'est &#224; dire Th&#233;r&#232;se Martin. Elle est n&#233;e le jeudi 2 janvier 1873 &#224; 23h30. Z&#233;lie, sa m&#232;re a 42 ans. C'est la cinqui&#232;me fille du couple Martin, mais elle risque de suivre la voie de ses fr&#232;res et s&#339;urs morts pr&#233;matur&#233;ment. Z&#233;lie a eu neuf enfants au total dont quatre sont morts en bas &#226;ge&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le mariage des parents eut lieu le 12 juillet 1858. De ce mariage naquirent (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle est donc angoiss&#233;e sur le sort de Th&#233;r&#232;se qui a un d&#233;but d'ent&#233;rite : &lt;strong class=&#034;caractencadre-spip spip&#034;&gt;&#171; Je suis inqui&#232;te au sujet de ma petite Th&#233;r&#232;se ; elle a une oppression depuis&#8230; Mon Dieu, si je perdais cette enfant, que j'aurais de chagrin ! et mon mari l'adore !&#8230; C'est incroyable tous les sacrifices qu'il fait pour elle, et de jour et de nuit. &#187;&lt;/strong&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;(C.G. 1125 du 12 nov 76).&#034; id=&#034;nh3-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La mort possible plane sur le foyer car Th&#233;r&#232;se ne peut plus s'alimenter au sein de Z&#233;lie. L'ent&#233;rite dure du 17 janv. au 29 mars&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;(CG 1103-1107 de 1873) lire lettre du 16 mars 1873&#034; id=&#034;nh3-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; mais Th&#233;r&#232;se est sauv&#233;e de la maladie par la nourrice Rosalie Taill&#233;e&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;CG 1105&#034; id=&#034;nh3-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; chez qui elle es mise en nourrice du 18 mars 73 au 2 avril 74 (15 mois) &#224; Semall&#233; dans la campagne de l'Orne&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;CG 1107-1111&#034; id=&#034;nh3-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Th&#233;r&#232;se d'Alen&#231;on deviendra ainsi Th&#233;r&#232;se de Semall&#233; pendant quinze mois. Puis retrouvera la vie familiale en avril 74.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong class=&#034;caractencadre-spip spip&#034;&gt;&#171; C'est une petite fille extr&#234;mement &#233;veill&#233;e nous dit sa m&#232;re : &#034;Elle gazouille du matin au soir : elle nous chante de petites chansons, mais il faut &#234;tre habitu&#233; pour les comprendre ; elle est tr&#232;s intelligente et fait sa pri&#232;re comme un petit ange, c'est id&#233;al !&#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;CG 1113 du 8 nov 74&#034; id=&#034;nh3-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#8220;Je crois que Th&#233;r&#232;se veut devenir savante, car depuis trois jours elle me poursuit sans cesse pour que je lui apprenne &#224; lire. Avant-hier, j'ai donc pris un alphabet et je me suis amus&#233;e &#224; lui montrer les lettres, tout en croyant bien que c'&#233;tait inutile. Mais quelle ne fut pas ma surprise lorsque, le lendemain, je l'ai vu arriver avec son livre, me lisant, sans faire une seule faute, toutes les lettres que je lui d&#233;signais au hasard. Elle a vraiment une facilit&#233; incroyable cette petite ; je crois que dans six mois elle saura lire couramment, car elle est d'une intelligence extr&#234;mement pr&#233;coce. &#187;&lt;/strong&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C.G. 1120 du 28 d&#233;c. 75&#034; id=&#034;nh3-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais elle a aussi un temp&#233;rament tr&#232;s vif et col&#233;rique ainsi que beaucoup d'amour propre, et fond de coquetterie :&lt;strong class=&#034;caractencadre-spip spip&#034;&gt;&#171; &#034;C&#233;line qui s'amuse avec la petite au jeu de cube, elles se disputent de temps en temps, C&#233;line c&#232;de pour avoir une perle &#224; sa couronne. Je suis oblig&#233;e de corriger ce pauvre b&#233;b&#233; qui se met dans des furies &#233;pouvantables ; quand les choses ne vont pas &#224; son id&#233;e, elle se roule par terre comme une d&#233;sesp&#233;r&#233;e croyant que tout est perdu, il y a des moments o&#249; c'est plus fort qu'elle, elle en est suffoqu&#233;e. C'est une enfant bien nerveuse, elle est cependant bien mignonne et tr&#232;s intelligente, elle se rappelle tout&#034;&#8230;. Il est un autre d&#233;faut que j'avais (&#233;tant &#233;veill&#233;e) et dont Maman ne parle pas dans ses lettres, c'&#233;tait un grand amour-propre. Je ne vais vous en donner que deux exemples afin de ne pas rendre mon r&#233;cit trop long. - Un jour Maman me dit - &#034;Ma petite Th&#233;r&#232;se, si tu veux baiser la terre, je vais te donner un sou.&#034; Un sou, c'&#233;tait pour moi toute une richesse ; pour le gagner je n'avais pas besoin d'abaisser ma grandeur car ma petite taille ne mettait pas une grande distance entre moi et la terre, cependant ma fiert&#233; se r&#233;volta &#224; la pens&#233;e de baiser la terre, me tenant bien droite, je dis &#224; Maman - &#034;Oh ! non, ma petite M&#232;re, j'aime mieux ne pas avoir de sou !&#8230; Une autre fois nous devions aller &#224; Grogny chez Madame Monnier. Maman dit &#224; Marie de me mettre ma jolie robe bleu Ciel, garnie de dentelles, mais de ne pas me laisser les bras nus, afin que le Soleil ne les brunisse pas. Je me laissai habiller avec l'indiff&#233;rence que devaient avoir les enfants de mon &#226;ge, mais int&#233;rieurement je pensais que j'aurais &#233;t&#233; bien plus gentille avec mes petits bras nus. &#187;&lt;/strong&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;MsA 8&#034; id=&#034;nh3-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;II - Les bras de sa maman.&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong class=&#034;caractencadre-spip spip&#034;&gt;&#171; Avec une nature comme la mienne, si j'avais &#233;t&#233; &#233;lev&#233;e par des Parents sans vertu ou m&#234;me si comme C&#233;line j'avais &#233;t&#233; g&#226;t&#233;e par Louise je serais devenue bien m&#233;chante et peut-&#234;tre me serais perdue&#8230; Mais J&#233;sus veillait sur sa petite fianc&#233;e, Il a voulu que tout tourne &#224; son bien, m&#234;me ses d&#233;fauts qui, r&#233;prim&#233;s de bonne heure, lui ont servi &#224; grandir dans la perfection,&#8230; Comme j'avais de l'amour-propre et aussi l'amour du bien, aussit&#244;t que j'ai commenc&#233; penser s&#233;rieusement (ce que j'ai fait bien petite) il suffisait qu'on me dise qu'une chose n'&#233;tait pas bien, pour que je n'aie pas envie de me le faire r&#233;p&#233;ter deux fois&#8230; &#187;&lt;/strong&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;MsA 8 r et v&#034; id=&#034;nh3-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;
Elle est donc bien consciente de l'ambigu&#239;t&#233; de son temp&#233;rament. Elle a eu besoin qu'on l'aide &#224; canaliser son &#233;nergie. Tout n'est pas possible, tout n'est pas permis. La question est de savoir comment inculquer ce sens du bien, la vie du Ciel, &#224; une enfant avec la souplesse et la fermet&#233; n&#233;cessaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Dans une soci&#233;t&#233; o&#249; nous avons tendance &#224; perdre le sens des valeurs, et tout simplement le sens de la vie, il est bon de se laisser interroger par l'&#233;ducation de Th&#233;r&#232;se. Elle a une &#233;norme &#233;nergie qui peut jouer contre ou pour elle, mais il a fallu &#224; Z&#233;lie beaucoup de tact et de patience pour aider Th&#233;r&#232;se &#224; se trouver. Le temp&#233;rament fougueux de Th&#233;r&#232;se est l'expression d'un d&#233;sir de vivre, mais prise par ses pulsions de tout ordre, elle se perd elle-m&#234;me. Elle dit qu'il lui a fallu des parents vertueux pour l'aider &#224; se trouver, &#224; orienter cette &#233;nergie de vie. Or, c'est dire que ses parents avaient eux aussi int&#233;gr&#233; l'amour du bien, la vie d'amour en intimit&#233; avec Dieu, qu'ils savaient quel &#233;tait le bon chemin. Dit autrement, ils avaient confiance dans les valeurs qu'ils portaient. Ayant trouv&#233; leur propre voie, ils ont pu aider Th&#233;r&#232;se &#224; grandir dans la confiance en ouvrant ses d&#233;sirs infinis vers Celui qui peut les nourrir : &lt;strong class=&#034;caractencadre-spip spip&#034;&gt;&#171; Je voudrais que tu la voies r&#233;citer de petites fables, jamais je n'ai rien vu de si gentil, elle trouve toute seule l'expression qu'il faut donner et le ton, mais c'est surtout quand elle dit : &#034;Petit enfant &#224; t&#234;te blonde, o&#249; crois&#8211;tu donc qu'est le bon Dieu ?&#034; Quand elle en est &#224; : &#034;Il est l&#224;-haut dans le Ciel bleu&#034;, elle tourne son regard en haut avec une expression ang&#233;lique ; on ne se lasse pas de le lui faire dire tant c'est beau, il y a quelque chose de si c&#233;leste dans son regard qu'on en est ravi !&#8230; &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; C'est cela qui est important car nous sommes tous travers&#233;s par des &#233;nergies dont nous ne savons parfois que faire. Ainsi va la vie que parfois ces pulsions de vie sont r&#233;fr&#233;n&#233;es, voire inhib&#233;es ou anesth&#233;si&#233;es. Elles peuvent alors se changer en pulsions de mort et nous d&#233;truire peu &#224; peu. Alors qu'elles ont une valeur infinie. Elles nous parlent, nous appellent &#224; cette dimension int&#233;rieure &#224; nous m&#234;me, divine. L'&#226;me est semblable &#224; un fleuve. Si le fleuve a des rives bien d&#233;limit&#233;es, alors il peut suivre son cours et aller jusqu'&#224; la mer. S'il y a un barrage, c'est tout son &#233;nergie qui est bloqu&#233;e et forme un lac. Si les rives ne sont pas assez puissantes pour le contenir alors le fleuve d&#233;borde et devient mar&#233;cage. La libert&#233; du fleuve, sa majest&#233;, ne se d&#233;couvrent qu'entre deux rives, sans rien pour en freiner ou limiter le d&#233;bit. Nous trouverons quelque chose de ces alt&#233;rations chez Th&#233;r&#232;se apr&#232;s la mort de sa m&#232;re. Elle ne sera plus elle-m&#234;me. Mais, nous-m&#234;mes ? Qu'est-ce qui nous emp&#234;che de couler l'eau de nos vies, librement, avec toute l'intensit&#233; de nos d&#233;sirs ?&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;III - Vers quel Dieu ?Lisons cette anecdote sur Th&#233;r&#232;se que sa m&#232;re nous laisse.&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong class=&#034;caractencadre-spip spip&#034;&gt;&#171; La petite Th&#233;r&#232;se me demandait l'autre jour si elle irait au Ciel. Je lui ai dit que oui, si elle &#233;tait bien sage ; elle me r&#233;pond : Oui, mais si je n'&#233;tais pas mignonne, j'irais dans l'enfer&#8230; mais moi je sais bien ce que je ferais, je m'envolerais avec toi qui serais au Ciel, comment que le Bon Dieu ferait pour me prendre ?&#8230; tu me tiendrais bien fort dans tes bras .J'ai vu dans ses yeux qu'elle croyait positivement que le Bon Dieu ne lui pouvait rien si elle &#233;tait dans les bras de sa m&#232;re&#8230; &#187;&lt;/strong&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lettre &#224; Pauline 5 d&#233;c 1875&#034; id=&#034;nh3-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;
Cette lettre nous laisse avec plusieurs r&#233;flexions. D'abord la confiance en l'amour de sa m&#232;re qui ne l'abandonnerait pas aux mains de Dieu. Pour aller au ciel, il faut &#234;tre mignonne, gentille, sinon c'est l'enfer. Mais l'amour de sa m&#232;re serait plus forte que la justice du &#171; Bon Dieu &#187;. Quelle vision de Dieu a-t-elle donc ? Du &#171; Bon-Dieu &#187; ? Qui est-il ? Et qui est sa m&#232;re ?
Il y a comme un m&#233;lange entre le bon Dieu et le Dieu d'amour. En tous cas, il semble loin dans le ciel&#8230; et sa m&#232;re tout proche&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tr&#232;s t&#244;t Th&#233;r&#232;se &#224; le d&#233;sir du Ciel, mais un ciel qu'il faudra gagner, qu'il faudra m&#233;riter &#224; coup de pratiques, parce que le Ciel est bien haut&#8230; Ce sera l'une des traces de l'&#233;ducation de Pauline envers Th&#233;r&#232;se, mais c'est aussi une couleur du temps. Dieu y est surtout per&#231;u, approch&#233;, par le biais de sa justice. C'est un Dieu dont la justice est atteinte par le p&#233;ch&#233; des hommes et sa col&#232;re doit &#234;tre satisfaite par un jugement rigoureux ou compens&#233;e par le sacrifice des &#226;mes. Le Ciel &#171; s'ach&#232;te &#187; par la pratique des vertus. La m&#232;re de Th&#233;r&#232;se &#233;crit : &lt;strong class=&#034;caractencadre-spip spip&#034;&gt;&#171; Jusqu'&#224; Th&#233;r&#232;se qui veut parfois se m&#234;ler de faire des pratiques&#8230; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;MsA 8&#034; id=&#034;nh3-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#171; Mais le plus curieux encore, c'est de voir Th&#233;r&#232;se mettre la main cent fois par jour dans sa petite poche pour tirer une perle &#224; son chapelet, toutes les fois qu'elle fait un sacrifice &#187;.&lt;/strong&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;note 120 Histoire d'une &#226;me&#034; id=&#034;nh3-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Notons cependant que Th&#233;r&#232;se fera tout cela avec tout son c&#339;ur, non par contrainte. Elle est comme attir&#233;e du plus profond d'elle par l'amour qu'elle a de J&#233;sus et ne veut pas lui faire de peine. Ces toutes premi&#232;res ann&#233;es passent rapidement jusqu'&#224; l'&#226;ge de quatre ans. &lt;strong class=&#034;caractencadre-spip spip&#034;&gt;&#171; Que j'&#233;tais heureuse &#224; cet &#226;ge, d&#233;j&#224; je commen&#231;ais &#224; jouir de la vie, la vertu avait pour moi des charmes et j'&#233;tais, il me semble, dans les m&#234;mes dispositions o&#249; je me trouve maintenant&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Elle a 22 ans lorsqu'elle commence &#224; &#233;crire le Manuscrit A&#034; id=&#034;nh3-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ayant d&#233;j&#224; un grand empire sur mes actions. - Ah ! comme elles ont pass&#233; rapidement les ann&#233;es ensoleill&#233;es de ma petite enfance, mais quelle douce empreinte elles ont laiss&#233;e en mon &#226;me ! &#187;&lt;/strong&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Manuscrit A Folio 11 Verso&#034; id=&#034;nh3-14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;
IV - La mort de sa maman.&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Sa m&#232;re est atteinte d'un cancer du sein consulte le D&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;r&lt;/sup&gt; Notta &#224; Lisieux en d&#233;cembre 1876, mais il est trop tard pour op&#233;rer. et se cache parfois pour hurler sa souffrance et puis ce sera l'issue de la maladie le 28 ao&#251;t 1877. Avec ce d&#233;c&#232;s d&#233;butera une p&#233;riode sombre pour Th&#233;r&#232;se jusqu'&#224; No&#235;l 1886. Pendant ces neuf ann&#233;es, elle qui &#233;tait plut&#244;t expansive et gaie, deviendra introvertie, men&#233;e par son hypersensibilit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il semble important de relire avec Th&#233;r&#232;se ce qu'elle exprime des fun&#233;railles de sa maman :&lt;strong class=&#034;caractencadre-spip spip&#034;&gt;&#171; La c&#233;r&#233;monie touchante de l'extr&#234;me-onction s'est aussi imprim&#233;e en mon &#226;me ; je vois encore la place o&#249; j'&#233;tais &#224; c&#244;t&#233; de C&#233;line, toutes les cinq nous &#233;tions par rang d'&#226;ge et ce pauvre petit P&#232;re &#233;tait l&#224; aussi qui sanglotait&#8230; Le jour ou le lendemain du d&#233;part de Maman, il me prit dans ses bras en me disant : Viens embrasser une derni&#232;re fois ta pauvre petite M&#232;re. Et moi sans rien dire, j'approchai mes l&#232;vres du front de ma M&#232;re ch&#233;rie&#8230; Je ne me souviens pas d'avoir beaucoup pleur&#233;, je ne parlais &#224; personne des sentiments profonds que je ressentais&#8230; Je regardais et j'&#233;coutais en silence&#8230; personne n'avait le temps de s'occuper de moi aussi je voyais bien des choses qu'on aurait voulu me cacher ; une fois, je me trouvai en face du couvercle du cercueil&#8230; je m'arr&#234;tai longtemps &#224; le consid&#233;rer, jamais je n'en avais vu, cependant je comprenais&#8230; j'&#233;tais si petite que malgr&#233; la taille peu &#233;lev&#233;e de Maman, j'&#233;tais oblig&#233;e de lever la t&#234;te pour voir le haut et il me paraissait bien grand&#8230; bien triste&#8230; Quinze ans plus tard, je me trouvai devant un autre cercueil, celui de M&#232;re Genevi&#232;ve, il &#233;tait de la m&#234;me grandeur que celui de maman et je me crus encore aux jours de mon enfance !&#8230; Tous mes souvenirs revinrent en foule, c'&#233;tait bien la m&#234;me petite Th&#233;r&#232;se qui regardait, mais elle avait grandi et le cercueil lui paraissait petit, elle n'avait plus besoin de lever la t&#234;te pour le voir ; elle ne la levait plus que pour contempler le Ciel qui lui paraissait bien joyeux, car toutes ses &#233;preuves avaient pris fin et l'hiver de son &#226;me &#233;tait pass&#233; pour toujours&#8230; &#187;&lt;/strong&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;MsA Folio 12 V&#034; id=&#034;nh3-15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voici quelques lignes qui laissent &#224; penser et comment Th&#233;r&#232;se de fa&#231;on lapidaire exprime ses &#233;motions. Jusqu'o&#249; peut-on lire entre les lignes sans trop inventer ? Car cette &#233;preuve est trop importante dans la vie de Th&#233;r&#232;se pour que l'on ne s'y arr&#234;te pas&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle est petite devant le cercueil, devant la mort et devaient lui remonter &#224; l'esprit les souhaits qu'elle exprimait quelques temps auparavant &#224; sa maman : je voudrais que tu meures&#8230;&#034;, et son souhait vient de se r&#233;aliser ! Il n'y a pas de trace &#233;crite sur les liens entre cette pri&#232;re d'enfant et la mort de la m&#232;re, mais cela a bien pu jouer et tourner en culpabilit&#233;.
Elle dit aussi : &lt;strong class=&#034;caractencadre-spip spip&#034;&gt;&#171; je me r&#233;fugierai dans tes bras et le bon Dieu ne pourra me prendre&#8230; &#187;&lt;/strong&gt; Or elle voit l&#224; la distance, la s&#233;paration que la mort op&#232;re entre les &#226;mes. Th&#233;r&#232;se est l&#224;, seule, personne ne fait attention &#224; elle et elle observe. Sa m&#232;re ne sera plus l&#224; pour la prot&#233;ger de ses p&#233;ch&#233;s face au &#171; Bon Dieu &#187; et la mort lui para&#238;t triste. Elle est trop petite pour traverser l'&#233;preuve de la s&#233;paration, du deuil. Qu'a-t-elle vue qu'on aurait voulu lui cacher ? Le fleuve dont on parlait pr&#233;c&#233;demment s'arr&#234;te ici devant un barrage et pour plusieurs ann&#233;es : &lt;strong class=&#034;caractencadre-spip spip&#034;&gt;&#171; Je ne me souviens pas d'avoir beaucoup pleur&#233;, je ne parlais &#224; personne des sentiments profonds que je ressentais&#8230; Je regardais et j'&#233;coutais en silence&#8230; personne n'avait le temps de s'occuper de moi aussi je voyais bien des choses qu'on aurait voulu me cacher&#8230; &#187;&lt;/strong&gt; Toute l'imp&#233;tuosit&#233; qu'elle manifestait, tant en col&#232;res qu'en expressions affectueuses va se trouver bloqu&#233;e comme devant un mur infranchissable et se retournera contre elle en une hypersensibilit&#233; &#233;motive et maladive. Le sentiment de culpabilit&#233; qu'elle a peut &#234;tre &#233;prouv&#233; en ces instants va tourner en force d'autodestruction.
Ce n'est plus le cercueil qu'elle contemplera quinze ann&#233;es plus tard en levant la t&#234;te, mais le Ciel. Elle n'a plus la mort devant elle lorsqu'elle l&#232;ve la t&#234;te, mais le Ciel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong class=&#034;caractencadre-spip spip&#034;&gt;&#171; Si tu savais combien la petite Orpheline de la B&#233;r&#233;sina (1v ) t'aime ! mais non cela ne te sera connu qu'au Ciel.(&#8230;) et puis quel guide pour nous faire visiter les merveilles du Ciel !&#8230; Je pense que beaucoup de saints auront dans leur nimbe une croix byzantine. Il n y aura que des sarcophages que nous ne verrons pas, car au Ciel il n y aura plus de tombeaux. &#187;&lt;/strong&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lettres de Ste Th&#233;r&#232;se 46, 29 avril 88&#034; id=&#034;nh3-16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Elle a d&#233;pass&#233; cette &#233;preuve de la mort et son regard peut librement contempler la joie du Ciel. Mais entre temps&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;V - Une &#233;ducation religieuse s&#233;v&#232;re qui va accroitre les scrupules.&lt;/p&gt;
&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Le 8 mai 1884 jour de la premi&#232;re communion de Th&#233;r&#232;se et profession de s&#339;ur Agn&#232;s au Carmel est un jour important qui montre combien malgr&#233; ses d&#233;boires, Th&#233;r&#232;se est unie de c&#339;ur &#224; l'amour de J&#233;sus, &#224; la volont&#233; de Dieu sur elle. Elle a 22 ans lorsqu'elle &#233;crit ses souvenirs et c'est en pleine conscience de la port&#233;e des mots qu'elle &#233;crit : &lt;strong class=&#034;caractencadre-spip spip&#034;&gt;&#171; Ah ! qu'il fut doux le premier baiser de J&#233;sus &#224; mon &#226;me ! Ce fut un baiser d'amour, je me sentais aim&#233;e, et je disais aussi : &#034; Je vous aime, je me donne &#224; vous pour toujours.&#034; Il n'y eut pas de demandes, pas de luttes, de sacrifices, depuis longtemps, J&#233;sus et la pauvre petite Th&#233;r&#232;se s'&#233;taient regard&#233;s et s'&#233;taient compris&#8230; Ce jour-l&#224; ce n'&#233;tait plus un regard, mais une fusion, ils n'&#233;taient plus deux, Th&#233;r&#232;se avait disparu, comme la goutte d'eau qui se perd au sein de l'oc&#233;an. J&#233;sus restait seul, Il &#233;tait le ma&#238;tre, le Roi. Th&#233;r&#232;se ne lui avait-elle pas demand&#233; de lui &#244;ter sa libert&#233;, car sa libert&#233; lui faisait peur, elle se sentait si faible, si fragile que pour jamais elle voulait s'unir &#224; la Force Divine !&#8230; &#187;&lt;/strong&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;MsA 35r&#034; id=&#034;nh3-17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons l&#224; les pr&#233;mices de ce qui se passera deux ans plus tard &#224; No&#235;l 86. Les &#233;preuves qu'elle traverse lui montrent le fond de sa mis&#232;re et sa fragilit&#233; et que livr&#233;e &#224; ses propres forces, malgr&#233; son &#233;nergie, elle ne peut d&#233;passer ses limites. D'autant que la morale du temps se charge de maintenir les &#226;mes sous une chape de plomb.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sa premi&#232;re communion fut une r&#233;mission qui dura jusqu'&#224; la retraite de l'ann&#233;e suivante o&#249; elle s'enferma dans une grave crise de scrupules. Dans une &#226;me aussi fragile que la sienne et pleine de d&#233;licatesse, la spiritualit&#233; de l'&#233;poque n'&#233;tait pas faite pour l'&#233;panouir. Le Dieu qui est pr&#233;sent&#233; &#224; Th&#233;r&#232;se est un Dieu justicier, qui a en horreur le p&#233;ch&#233; et qui le puni. Livr&#233; &#224; la seule justice divine, le sort de l'homme devrait &#234;tre la damnation pure et simple. Mais Dieu se choisit des &#226;mes pour qu'elles puissent contrebalancer le p&#233;ch&#233; des hommes, des &#226;mes qui s'offrent en holocauste &#224; la justice divine pour que Dieu &#233;panche sa col&#232;re sur elles&#8230; Dans ses notes de premi&#232;re communion, Th&#233;r&#232;se &#233;crit : &#171; Ce soir l'instruction &#233;tait sur l'enfer ; Monsieur l'Abb&#233; nous a pr&#233;sent&#233; les tortures qu'on souffre en enfer ; il nous a dit que de notre premi&#232;re communion allait d&#233;pendre si nous allons au ciel ou en enfer. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus tard une de ses s&#339;urs religieuse lui confiera :&lt;strong class=&#034;caractencadre-spip spip&#034;&gt;&#171; J'ai grand peur du jugement au moment de ma mort, car on nous r&#233;p&#232;te sans cesse que Dieu trouve des taches dans ses anges &#187; et qu'Il &#171; jugera les justices m&#234;mes &#187;&lt;/strong&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Carnet Rouge n&#176; 52, d&#233;position de Sr Marie de la Trinit&#233; et de la Ste Face&#034; id=&#034;nh3-18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ou bien une autre religieuse : &lt;strong class=&#034;caractencadre-spip spip&#034;&gt;&#171; J'avais une frayeur extr&#234;me des jugements de Dieu et, malgr&#233; tout ce qu'elle pouvait me dire, rien ne la dissipait. Je lui posai un jour cette objection : On nous r&#233;p&#232;te sans cesse que Dieu trouve des taches dans ses anges, comment voulez-vous que je ne tremble pas, moi qui suis l'imperfection m&#234;me ? &#187;&lt;/strong&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Conseils et souvenir de Seigneur Marie de la Trinit&#233;, &#171; se pr&#233;senter devant (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Durant la retraite de seconde communion Th&#233;r&#232;se &#233;crit : &lt;strong class=&#034;caractencadre-spip spip&#034;&gt;&#171; Ce que M. l'abb&#233; nous a dit &#233;tait tr&#232;s effrayant ; il nous a parl&#233; du p&#233;ch&#233; mortel, il nous a d&#233;peint l'&#233;tat de l'&#226;me en p&#233;ch&#233; en morte et combien Dieu la hait. &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; l'ambiance de l'&#233;poque charg&#233;e de la peur du jugement de Dieu et voil&#224; dans quelle atmosph&#232;re doit se d&#233;battre Th&#233;r&#232;se avec sa d&#233;licatesse d'&#226;me qui touche au scrupule et cela va se retourner contre elle :
&lt;strong class=&#034;caractencadre-spip spip&#034;&gt;&#171; L'ann&#233;e qui suivit ma premi&#232;re Communion se passa presque tout enti&#232;re sans &#233;preuves int&#233;rieures pour mon &#226;me, ce fut pendant ma retraite de seconde Communion que je me vis assaillie par la terrible maladie des scrupules (12 ans)&#8230; Il faut avoir pass&#233; par ce martyre pour le bien comprendre : dire ce que j'ai souffert pendant un an et demi, me serait impossible&#8230; Toutes mes pens&#233;es et mes actions les plus simples devenaient pour moi un sujet de trouble ; je n'avais de repos qu'en les disant &#224; Marie, ce qui me co&#251;tait beaucoup, car je me croyais oblig&#233;e de lui dire les pens&#233;es extravagantes que j'avais d'elle-m&#234;me. Aussit&#244;t que mon fardeau &#233;tait d&#233;pos&#233;, je go&#251;tais un instant de paix, mais cette paix passait comme un &#233;clair et bient&#244;t mon martyre recommen&#231;ait &#187;&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Au mot scrupule, le Grand Larousse du XIX&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle note en 1875 : &#187;se dit particuli&#232;rement des craintes inspir&#233;es par une conscience tr&#232;s d&#233;licate ou mal &#233;clair&#233;e qui exag&#232;re le mal ou le fait voir l&#224; o&#249; il n'est pas.&#171; &#8230;La th&#233;ologie traditionnelle le d&#233;finit comme une incapacit&#233; maladive d'arriver &#224; la certitude morale, donc de pouvoir s'engager dans un choix. La personne est prisonni&#232;re de ses craintes et tombe dans une grande angoisse. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;J.F. Six, Th&#233;r&#232;se de Lisieux, son combat spirituel, sa voie, p.16, Seuil 1998&#034; id=&#034;nh3-20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.
La souffrance et la solitude sont l&#224; au rendez-vous et comme beaucoup d'entre nous, malgr&#233; les soins et les attentions des autres on a tendance &#224; se refermer, &#224; se replier sur soi. On parle, mais pas de soi, on essaye de se &#8216;d&#233;brouiller&#8216; seul et on serre les dents. Les d&#233;sirs sont l&#224;, mais impossible de faire le pas pour les r&#233;aliser, ce qui rajoute &#224; la tension interne. Derri&#232;re le barrage qui emp&#234;che les d&#233;sirs de s'exprimer, le fleuve se gonfle et devient lac. Mais ce qui est voulu pour l'eau afin d'en convertir l'&#233;nergie en &#233;lectricit&#233;, n'est pas bon pour l'&#226;me. Il faudra d'ailleurs pour elle aussi que cette &#233;nergie comprim&#233;e trouve une issue. Ne pouvant passer par la voie naturelle, elle trouvera d'autres passages. C'est le sens des scrupules, de la culpabilit&#233; qui en na&#238;t, des pleurs dus &#224; sa sensibilit&#233; excessive et de la maladie qui va l'atteindre plus tard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Th&#233;r&#232;se a quelque chose dans sa relation qui a &#233;t&#233; alt&#233;r&#233; et mal assum&#233;. Et cela se r&#233;p&#233;tera de fa&#231;on cruelle avec le d&#233;part de sa s&#339;ur Pauline le 2/10/82 pour le Carmel. Le choc est rude pour Th&#233;r&#232;se qui voit l&#224; dispara&#238;tre sa m&#232;re de substitution. Th&#233;r&#232;se va alors &#234;tre atteinte d'une maladie nerveuse pendant un mois et demi. La blessure est profonde avec une forte somatisation et il y faudra l'intervention miraculeuse de Marie, gr&#226;ce &#224; la pri&#232;re de ses soeurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;em class=&#034;spip&#034;&gt;2&lt;em class=&#034;spip&#034;&gt;VI - Le Ciel s'ouvre &#224; nouveau.&lt;/em&gt;2&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Puis quelques ann&#233;es plus tard : &lt;strong class=&#034;caractencadre-spip spip&#034;&gt;&#171; Lorsque Marie entra au Carmel&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le 15 octobre 86&#034; id=&#034;nh3-21&#034;&gt;21&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, j'&#233;tais encore bien scrupuleuse. Ne pouvant plus me confier &#224; elle je me tournai du c&#244;t&#233; des Cieux. Ce fut aux quatre petits anges qui m'avaient pr&#233;c&#233;d&#233;e l&#224;-haut que je m'adressai, car je pensais que ces &#226;mes innocentes n'ayant jamais connu les troubles ni la crainte devaient avoir piti&#233; de leur pauvre petite s&#339;ur qui souffrait sur la terre. Je leur parlai avec une simplicit&#233; d'enfant, leur faisant remarquer qu'&#233;tant la derni&#232;re de la famille, j'avais toujours &#233;t&#233; la plus aim&#233;e, la plus combl&#233;e des tendresses de mes s&#339;urs, que s'ils &#233;taient rest&#233;s sur la terre ils m'auraient sans doute aussi donn&#233; des preuves d'affection&#8230; Leur d&#233;part pour le Ciel ne me paraissait pas une raison de m'oublier, au contraire se trouvant &#224; m&#234;me de puiser dans les tr&#233;sors Divins, ils devaient y prendre pour moi la paix et me montrer ainsi qu'au Ciel on sait encore aimer !&#8230; La r&#233;ponse ne se fit pas attendre, bient&#244;t la paix vint inonder mon &#226;me de ses flots d&#233;licieux et je compris que si j'&#233;tais aim&#233;e sur la terre, je l'&#233;tais aussi dans le Ciel&#8230; &#187;&lt;/strong&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-22&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;MsA 44r&#034; id=&#034;nh3-22&#034;&gt;22&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Th&#233;r&#232;se aura la chance d'avoir Marie pour confidente et elle pourra dire un peu de ce qui l'habite, surtout quand elle va traverser une violente crise de scrupules, mais rien n'y fera. Elle restera clou&#233;e &#224; son hypersensibilit&#233;. A sa fa&#231;on, elle est enferm&#233;e avec elle-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Or Marie restant la derni&#232;re confidente entre le 15/10/86 au Carmel et Th&#233;r&#232;se se sent tr&#232;s seule d'o&#249; l'id&#233;e de s'adresser &#224; ses fr&#232;res et s&#339;urs qui l'ont pr&#233;c&#233;d&#233;e au Ciel&#8230; C'est un pari audacieux, mais qui raisonne tr&#232;s fort dans son c&#339;ur. Et c'est une interpellation pour chacun d'entre-nous qui avons tendance &#224; vivre dans un monde clos sur lui-m&#234;me. Mais elle ne recherche rien d'extraordinaire et d'ailleurs seule une paix profonde l'envahie. Mais c'est bien le seul crit&#232;re int&#233;ressant et qui montre la pr&#233;sence de Dieu, car o&#249; est Dieu l&#224; est la paix.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; C'est ainsi qu'on pourrait dire que le Ciel s'ouvre progressivement pour Th&#233;r&#232;se en plusieurs &#233;tapes :Il y a eu la premi&#232;re communion au cours de laquelle J&#233;sus descend dans son &#226;me, ce qui provoque une ann&#233;e de r&#233;mission de ses scrupules.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis il y a la pri&#232;re &#224; ses &#034;anges&#034; dans le Ciel. Ici, elle prend conscience que l'espace n'est pas vide entre le Ciel et elle. On lui r&#233;pond. Mais au lieu de s'adresser directement &#224; J&#233;sus, elle sent la n&#233;cessit&#233; de prendre contact avec des interm&#233;diaires, comme s'ils &#233;taient plus proches d'elle, comme s'il elle avait besoin de combler un foss&#233; entre elle et Dieu, un peu comme lorsqu'elle &#233;tait dans les bras de sa maman avant le d&#233;c&#232;s. Et &#224; ce propos, pourquoi &#233;crit-elle &#171; et me montrer qu'au Ciel on sait encore aimer &#187; ? Que vient faire ce encore ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Viendra, peut de temps apr&#232;s, sa grande gu&#233;rison de No&#235;l 86 o&#249; c'est J&#233;sus qui descend lui-m&#234;me vers elle. Elle exp&#233;rimentera que Dieu n'est pas l&#224; haut, qu'il n'est plus l&#224; haut, mais qu'il vient jusqu'&#224; elle et que c'est J&#233;sus qui comble lui-m&#234;me la distance entre le Ciel et elle. En se faisant faible &#224; son tour, en devenant enfant &#224; la cr&#232;che, il prend sur lui la faiblesse de l'humanit&#233; qu'il assume. A la cr&#232;che, il se fait faible pour rendre fortes les &#226;mes. Ce n'est pas le Dieu justicier qui est abondamment d&#233;peint dans les sermons d'alors, c'est un Dieu d'amour qui se r&#233;v&#232;le &#224; elle, un Dieu qui se fait proche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; N'y a pas dans cette exp&#233;rience de la faiblesse de Dieu le point de d&#233;part de son propre chemin spirituel et apostolique ? Devant ce Dieu qui s'abaisse par amour pour elle, elle apprend &#224; accueillir sa propre faiblesse, &#224; consentir &#224; rester faible &#224; son tour pour se rev&#234;tir de la force de Dieu : &lt;strong class=&#034;caractencadre-spip spip&#034;&gt;&#171; J'&#233;tais vraiment insupportable par ma trop grande sensibilit&#233;, ainsi, s'il m'arrivait de faire involontairement une petite peine &#224; une personne que j'aimais, au lieu de prendre le dessus et de ne pas pleurer, ce qui augmentait ma faute au lieu de la diminuer je pleurais comme une Madeleine et lorsque je commen&#231;ais &#224; me consoler de la chose en elle-m&#234;me, je pleurais d'avoir pleur&#233;&#8230; Tous les raisonnements &#233;taient inutiles et je ne pouvais arriver &#224; me corriger de ce vilain d&#233;faut. Je ne sais comment je me ber&#231;ais de la douce pens&#233;e d'entrer au Carmel, &#233;tant encore dans les langes de l'enfance !&#8230; Il fallut que le Bon Dieu fasse un petit miracle pour me faire grandir en un moment et ce miracle il le fit au jour inoubliable de No&#235;l, en cette nuit lumineuse qui &#233;claire les d&#233;lices de la Trinit&#233; Sainte , J&#233;sus le doux petit Enfant d'une heure, changea la nuit de mon &#226;me en torrents de lumi&#232;re&#8230; Ps 138,12 en cette nuit o&#249; Il se fit faible et souffrant pour mon amour, Il me rendit forte et courageuse, Il me rev&#234;tit de ses armes Ep 6,11 et depuis cette nuit b&#233;nie, je ne fus vaincue en aucun combat, mais au contraire je marchai de victoires en victoires et commen&#231;ai pour ainsi dire &#034;une course de g&#233;ant !&#8230;&#034; &#187;&lt;/strong&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-23&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Manuscrit A 44&#034; id=&#034;nh3-23&#034;&gt;23&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et cependant, &#224; sa communion elle avait d&#233;j&#224; fait l'exp&#233;rience de cette pr&#233;sence de J&#233;sus. Elle a re&#231;ue Dieu en son c&#339;ur et avec Dieu le sentiment de la pr&#233;sence de sa m&#232;re, mais cela n'a pas suffit. C'est noter que pour elle comme pour chacun d'entre nous, il faut du temps pour gu&#233;rir de ses blessures, m&#234;me si Dieu intervient. La gu&#233;rison des blessures de l'&#226;me lorsqu'elles sont profondes ne se fait pas en un instant. Dieu agit par touches successives jusqu'&#224; gu&#233;rir le fond de l'&#234;tre. Il faut noter que la gu&#233;rison n'enl&#232;ve pas la trace des blessures, mais elle manifeste qu'il n'y a plus de pus, d'infection dans la plaie et que celle-ci peut se refermer sans danger. J&#233;sus n'appara&#238;t-il pas avec la trace de ses plaies lorsqu'il appara&#238;t aux ap&#244;tres ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Th&#233;r&#232;se est tr&#232;s unie &#224; Dieu lors de sa premi&#232;re communion et cependant il lui faudra attendre la gr&#226;ce de No&#235;l 86 pour se relever et commencer &#224; mener sa propre vie. Commencer seulement, car le chemin sera encore long avant qu'elle ne prenne la vie, qu'elle ne s'engage dans la vie &#224; son propre compte, ce qu'elle d&#233;crira dans le manuscrit B. Relisons une partie de cette gr&#226;ce de No&#235;l : &lt;strong class=&#034;caractencadre-spip spip&#034;&gt;&#171; En cette nuit de lumi&#232;re commen&#231;a la troisi&#232;me p&#233;riode de ma vie, la plus belle de toutes, la plus remplie des gr&#226;ces du Ciel&#8230; En un instant l'ouvrage que je n'avais pu faire en 10 ans, J&#233;sus le fit se contentant de ma bonne volont&#233; qui jamais ne me fit d&#233;faut. Comme ses ap&#244;tres, je pouvais Lui dire : &#187;Seigneur, j'ai p&#234;ch&#233; toute la nuit sans rien prendre.&#171; Plus mis&#233;ricordieux encore pour moi qu'Il ne le fut pour ses disciples, J&#233;sus prit Lui-m&#234;me le filet, le jeta et le retira rempli de poissons&#8230; Il fit de moi un p&#234;cheur d'&#226;mes, je sentis un grand d&#233;sir de travailler &#224; la conversion des p&#233;cheurs, d&#233;sir que je n'avais senti aussi vivement&#8230; Je sentis en un mot la charit&#233; entrer dans mon c&#339;ur, le besoin de m'oublier pour faire plaisir et depuis lors je fus heureuse !&#8230; Un Dimanche (juillet 87) en regardant une photographie de Notre Seigneur en Croix, je fus frapp&#233;e par le sang qui tombait d'une de ses mains Divines, j'&#233;prouvai une grande peine en pensant que ce sang tombait &#224; terre sans que personne s'empresse de le recueillir, et je r&#233;solus de me tenir en esprit au pied de Croix pour recevoir la Divine ros&#233;e qui en d&#233;coulait, comprenant qu'il me faudrait ensuite la r&#233;pandre sur les &#226;mes&#8230; Le cri de J&#233;sus sur la Croix retentissait aussi continuellement dans mon c&#339;ur : &#187;J'ai soif !&#171; . Ces paroles allumaient en moi une ardeur inconnue et tr&#232;s vive&#8230; Je voulais donner &#224; boire &#224; mon Bien-Aim&#233; et je me sentais moi-m&#234;me d&#233;vor&#233;e de la soif des &#226;mes&#8230; Ce n'&#233;tait pas encore les &#226;mes de pr&#234;tres qui m'attiraient, mais celles des grands p&#233;cheurs, je br&#251;lais du d&#233;sir de les arracher aux flammes &#233;ternelles&#8230; &#187;&lt;/strong&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-24&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Manuscrit A 45&#034; id=&#034;nh3-24&#034;&gt;24&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;em class=&#034;spip&#034;&gt;2&lt;em class=&#034;spip&#034;&gt;VII - L'irruption de J&#233;sus dans la vie de Th&#233;r&#232;se.&lt;/em&gt;2&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Elle qui se sentait abandonn&#233;e peut-&#234;tre par sa m&#232;re, en tout cas &#8216;&#233;cras&#233;e&#8216; par la mort et seule, puis abandonn&#233;e par ses soeurs, voil&#224; que J&#233;sus fait irruption dans sa vie, lui le ma&#238;tre de la vie. Et c'est la Vie qui d&#233;borde en elle comme un fleuve car sa vie Th&#233;r&#232;se la re&#231;oit de quelqu'un d'autre, parce qu'elle accepte de la recevoir de quelqu'un d'autre. Et c'est l&#224; le miracle. C'est l'aventure chr&#233;tienne qui est de s'ouvrir &#224; la pr&#233;sence du Dieu Vivant dans le c&#339;ur comme le souligne Jean : &lt;strong class=&#034;caractencadre-spip spip&#034;&gt;&#171; 11 Et voici ce t&#233;moignage : c'est que Dieu nous a donn&#233; la vie &#233;ternelle et que cette vie est dans son Fils. 12 Qui a le Fils a la vie ; qui n'a pas le Fils n'a pas la vie. 13 Je vous ai &#233;crit ces choses, &#224; vous qui croyez au nom du Fils de Dieu, pour que vous sachiez que vous avez la vie &#233;ternelle. &#187;&lt;/strong&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-25&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;1 Jn5, 11-13&#034; id=&#034;nh3-25&#034;&gt;25&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Mais cette vie peut se communiquer avec une intensit&#233; particuli&#232;re :
Voici ce que d&#233;crit Edith Stein : &lt;strong class=&#034;caractencadre-spip spip&#034;&gt;&#171; Il existe un &#233;tat de repos en Dieu, de totale suspension de toute activit&#233; mentale (&#8230;) o&#249; on l'on abandonne tout son avenir &#224; la volont&#233; divine (&#8230;). Peut &#234;tre ai-je &#233;prouv&#233; cet &#233;tat apr&#232;s une exp&#233;rience qui, ayant d&#233;pass&#233; mes forces, consuma compl&#232;tement ma vitalit&#233; spirituelle et m'&#244;ta toute &#233;nergie (&#8230;) Et tandis que je m'abandonnait &#224; ce sentiment, voici que je suis peu &#224; peu remplie d'une vie nouvelle et d'un d&#233;sir d'agir sans aucun effort volontaire de ma part. Cet afflux vital semble venir d'une activit&#233; et d'une force qui n'est pas mienne et qui produit son effet en moi sans faire violence &#224; mon &#233;nergie. &#187;&lt;/strong&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-26&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;De la personne, p 91&#034; id=&#034;nh3-26&#034;&gt;26&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Et voici un autre t&#233;moignage : &lt;strong class=&#034;caractencadre-spip spip&#034;&gt;&#171; La deuxi&#232;me &#233;tape fut de sentir se d&#233;velopper en moi l'amour infini, non pas comme quelque chose de statique, mais comme une force vivante qui vous pousse en avant, tellement puissante qu'on &#233;prouve le besoin de l'&#233;pancher sans cesse sur d'autres. Cette force d'amour est un don de l'Esprit Saint qu'on re&#231;oit en partage parce qu'on vit de la vie de Dieu, dans ce double courant d'amour qui unit le P&#232;re et le Fils. &#187;&lt;/strong&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-27&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Camille C., Henri Caffarel, &#233;dit du Feu Nouveau, 1982, p 260&#034; id=&#034;nh3-27&#034;&gt;27&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Il est fondamental de prendre conscience qu'on n'a pas la vie par soi-m&#234;me, mais qu'on est d&#233;pendant des autres. Il y le parcours humain qui va de l'enfance vers la vie d'adulte, parcours pendant lequel la personne doit vivre de sa propre vie et prendre de la distance avec les parents. C'est la d&#233;couverte de l'autonomie affective. C'est un temps de maturation n&#233;cessaire, qui vient &#224; la suite de l'adolescence. Mais ce parcours ne se fait pas toujours sans ambigu&#239;t&#233; car en d&#233;couvrant son autonomie, le danger serait de croire que l'on peut vivre seul et d'identifier cela &#224; la libert&#233;. Or telle n'est pas la dynamique spirituelle, ni non plus la dynamique humaine dans la rencontre amoureuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Il y a ce mouvement de lib&#233;ration par rapport &#224; la vie de la famille dans laquelle on a &#233;t&#233; &#233;lev&#233;, et l'on essaye par soi-m&#234;me de trouver la vie, la lumi&#232;re. Lib&#233;r&#233;s de ces attaches, le c&#339;ur peut s'engager dans une vie relationnelle autre qui peut aller jusqu'&#224; la d&#233;couverte de l'amour partag&#233;. C'est un chemin d'ouverture du c&#339;ur, de la d&#233;couverte de la vie du c&#339;ur et que cette vie se d&#233;couvre dans la relation aux autres. Parfois cela peut aller jusqu'&#224; la d&#233;couverte que Dieu, que la relation &#224; Dieu peut se vivre sur ce m&#234;me registre. Et c'est cette vie qui fait irruption dans la vie de Th&#233;r&#232;se. Dieu s'abaisse jusqu'&#224; elle et vient la d&#233;livrer d'elle-m&#234;me, ni le Ciel, ni Dieu dans le Ciel ne sont trop hauts, puisqu'ils se font proche en l'incarnation du Christ.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; C'est dans cette relation que s'exp&#233;rimente le sens profond de la libert&#233;. Ce n'est pas de faire ce que l'on veut qui rend libre, c'est de d&#233;couvrir que l'on est aim&#233;, que la v&#233;rit&#233; est dans cette d&#233;couverte. Ainsi la libert&#233; se vit dans une relation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Alors, Th&#233;r&#232;se, d&#233;sencombr&#233;e d'elle-m&#234;me, le c&#339;ur lib&#233;r&#233;, peut s'avancer dans sa vie en s'occupant des autres. Du coup elle peut &#234;tre heureuse.
Elle qui est un &#234;tre de relation trouve la libert&#233; et la joie parce qu'elle a pu s'ouvrir &#224; une relation plus fondamentale et plus profonde que toutes les autres. Elle s'ouvre &#224; cet espace au fond d'elle-m&#234;me o&#249; Dieu r&#233;side, plus fort que la mort. J&#233;sus faible a rejoint Th&#233;r&#232;se faible et l'a rendu forte.
Du coup elle retrouve identit&#233; et sens &#224; sa vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt;L'enfance de Th&#233;r&#232;se nous pose plusieurs questions :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; - Th&#233;r&#232;se n'a pas &#233;t&#233; &#233;pargn&#233;e et est sortie de l'enfance le c&#339;ur meurtri et l'&#233;ducation de son temps n'a fait que renforcer sa fragilit&#233;. Sa vie peut a son tour nous interroger et l'on peut se demander o&#249; nous en sommes de nos blessures, de ce qui encombre notre vie qu'on sent en soit mais dont on ne sait pas toujours parler ? Qu'est-ce qui fait que nous ne sommes pas celui ou celle-l&#224; que l'on voudrait ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; - Th&#233;r&#232;se d&#233;sire le Ciel. Malgr&#233; les forces n&#233;gatives qui la traversent, elle laisse son d&#233;sir monter en elle, bien qu'elle se sente impuissante &#224; le r&#233;aliser. O&#249; en sommes-nous de nos d&#233;sirs ? Les avons-nous toujours pr&#233;sents &#224; nos yeux ou bien les avons-nous cach&#233;s, enfouis, devant tant de forces contraires en notre vie ? Qu'est-ce qui fait sens en ma vie ? Qu'est-ce qui fait sens dans la vie de ce jeune anonyme dont voici le t&#233;moignage : &#8220;Quand je d&#233;prime, je pleure un bon coup. Ce qui me fatigue le plus, c'est l'impression que rien ne change, que tout le monde fait toujours la m&#234;me chose sans savoir o&#249; cela m&#232;ne.&#8220; ?
Th&#233;r&#232;se a &#233;t&#233; comme ensevelie dans le tombeau avec sa m&#232;re, comme &#233;cras&#233;e, comme si la mort pour quelques ann&#233;es avait pris le dessus, comme si elle n'avait plus de force vitale. Il y a des forces n&#233;gatives qui nous assaillent, mais devant ces forces o&#249; nous sommes nous r&#233;fugi&#233;s ?
Et du coup les questions sur Dieu se sont-elles pos&#233;es, ce Dieu qui reste silencieux dans les moments difficiles de ma vie, de la vie du monde, devant la souffrance des hommes ? Dieu o&#249; est-il ? Qui est-il ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Th&#233;r&#232;se s'est trouv&#233;e plong&#233;e dans des crises de scrupule, elle a &#233;t&#233; prise par la culpabilit&#233;, mais moi ? Th&#233;r&#232;se a retrouv&#233; la vie et la joie quand Dieu est entr&#233; de fa&#231;on particuli&#232;re dans sa vie, quand l'amour est entr&#233; dans son c&#339;ur. L&#224; elle a commenc&#233; &#224; d&#233;couvrir le sens de son existence et commencer un combat de g&#233;ant. Du coup comment est-ce que je per&#231;ois mon activit&#233; dans le monde comme par exemple : se faire par soi-m&#234;me pour pouvoir se donner aux autres et entrer dans la vie comme un conqu&#233;rant ; ou bien recevoir la vie d'un autre et partager ce don aux autres, (ce que vivra Th&#233;r&#232;se apr&#232;s la gr&#226;ce de No&#235;l). Qui a-t-il de diff&#233;rent dans ces deux approches ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Par un autre biais nous pouvons aussi &#224; la suite de Th&#233;r&#232;se nous demander ce qui, voire qui, a conditionn&#233; notre vie et pour cela, retrouvons Pauline pour voir combien son influence&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-28&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;pour le grain de sable voir CG LT45 note d&#034; id=&#034;nh3-28&#034;&gt;28&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; a &#233;t&#233; profonde sur Th&#233;r&#232;se : &lt;strong class=&#034;caractencadre-spip spip&#034;&gt;&#171; J'&#233;tais bien fi&#232;re de mes deux grandes s&#339;urs, mais celle qui &#233;tait mon id&#233;al d'enfant, c'&#233;tait Pauline&#8230; Lorsque je commen&#231;ais &#224; parler et que Maman me demandait : - &#187;A quoi penses-tu ?&#171; la r&#233;ponse &#233;tait invariable - &#187;A Pauline !&#8230;&#171; Une autre fois, je faisais aller mon petit doigt sur les carreaux et je disais - &#187;J'&#233;cris : Pauline ! &#8230;&#171; Souvent j'entendais dire que bien s&#251;r Pauline serait religieuse, alors sans trop savoir ce que c'&#233;tait, je pensais : &#187; Moi aussi je serai religieuse.&#171; C'est l&#224; un de premiers souvenirs et depuis, jamais je n'ai chang&#233; de r&#233;solution !&#8230; Ce fut vous ma M&#232;re ch&#233;rie, que J&#233;sus choisit pour me fiancer &#224; Lui, vous n'&#233;tiez pas alors aupr&#232;s de moi, mais d&#233;j&#224; un lien s'&#233;tait form&#233; entre nos &#226;mes&#8230; vous &#233;tiez mon id&#233;al, je voulais &#234;tre semblable &#224; vous et c'est votre exemple qui d&#232;s l'&#226;ge de deux ans m'entra&#238;na vers l'&#201;poux des vierges&#8230; &#187;&lt;/strong&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-29&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;MsA 6r&#034; id=&#034;nh3-29&#034;&gt;29&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Il faut dire que Pauline avait un certain ascendant dans la famille, surtout apr&#232;s la mort de Z&#233;lie, auquel Louis lui-m&#234;me devait conc&#233;der :
&lt;strong class=&#034;caractencadre-spip spip&#034;&gt;&#171; Je regarde comme une vraie gr&#226;ce d'avoir &#233;t&#233; habitu&#233;e par vous, ma M&#232;re ch&#233;rie, &#224; surmonter mes frayeurs, parfois vous m'envoyiez seule le soir chercher un objet dans une chambre &#233;loign&#233;e, si je n'avais pas &#233;t&#233; si bien dirig&#233;e je serais devenue tr&#232;s peureuse, au lieu que maintenant je suis vraiment difficile &#224; effrayer&#8230; Je me demande parfois comment vous avez pu m'&#233;lever avec tant d'amour et de d&#233;licatesse sans me g&#226;ter, car il est vrai que vous ne me passiez pas une seule imperfection, jamais vous ne me faisiez de reproche sans sujet, mais jamais vous ne reveniez sur une chose que vous aviez d&#233;cid&#233;e, je le savais si bien que je n'aurais pas pu ni voulu faire un pas si vous me l'aviez d&#233;fendu, papa lui-m&#234;me &#233;tait oblig&#233; de se conformer &#224; votre volont&#233;, sans le consentement de Pauline je n'allais pas me promener et quand Papa me disait de venir je r&#233;pondais : &#187;Pauline ne veut pas ;&#171; alors il venait demander ma gr&#226;ce, quelquefois pour lui faire plaisir Pauline disait oui, mais la petite Th&#233;r&#232;se voyait bien &#224; son air que ce n'&#233;tait pas de bon c&#339;ur, elle se mettait &#224; pleurer sans accepter de consolations jusqu'&#224; ce que Pauline dise oui et l'embrasse de bon c&#339;ur ! &#187;&lt;/strong&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-30&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;MsA 19r&#034; id=&#034;nh3-30&#034;&gt;30&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Durant ce bref parcours, nous avons d&#233;couvert plusieurs visages de Th&#233;r&#232;se de la petite Th&#233;r&#232;se Martin &#224; la Th&#233;r&#232;se de S&#233;mal&#233; et d'Alen&#231;on, la fille de Z&#233;lie. Puis &#224; la mort de sa m&#232;re Th&#233;r&#232;se deviendra un peu plus la fille de Louis, son p&#232;re, et la Th&#233;r&#232;se d'Agn&#232;s, sa s&#339;ur et m&#232;re d'adoption. Nous entrevoyons avec la gr&#226;ce de No&#235;l Th&#233;r&#232;se de l'enfant J&#233;sus, mais qui reste encore tr&#232;s d&#233;pendante d'Agn&#232;s. Qu'il sera long le chemin avant qu'elle ne devienne Th&#233;r&#232;se de l'enfant J&#233;sus et de la Sainte Face ! Il lui faudra du temps pour d&#233;couvrir son identit&#233; profonde ! Mais nous ?
Nous sommes tous issus d'une famille avec tout un patrimoine g&#233;n&#233;tique et humain qui coule dans notre sang. Enfants de nos parents nous le sommes par les caract&#232;res g&#233;n&#233;tiques que nous avons re&#231;us d'eux et de plus loin qu'eux. L'on sait qu'il y a des caract&#232;res qui ne s'ext&#233;riorisent que plusieurs g&#233;n&#233;rations apr&#232;s. C'est dire que nous sommes fils non seulement de nos parents, mais aussi de nos grands ou arri&#232;re-grands-parents. De m&#234;me, nous avons &#233;t&#233; &#233;lev&#233;s dans un contexte familial riche de toute une histoire, de grandeurs et d'obscurit&#233;s. Or, cela aussi se transmet, soit par les coutumes ancestrales, par la culture, les projets familiaux, mais aussi par toute une zone relationnelle qui n'est pas dite, venue &#224; la conscience. L'inconscient aussi se transmet et ce n'est pas parce qu'il n'est pas dit, qu'il n'a pas de poids ! Il y a des silence familiaux lourds de sens&#8230; C'est ainsi que nous sommes les enfants de nos parents, mais parfois plus de nos grands ou arri&#232;res grands-parents. Nous sommes aussi les fruits d'une culture, d'une soci&#233;t&#233;. Et dans toute cette programmation qui sommes-nous r&#233;ellement ? Allons-nous prendre un jour la vie &#224; notre propre compte ?&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;B - Th&#233;r&#232;se commence &#224; prendre la vie &#224; son propre compte.&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; &lt;em class=&#034;spip&#034;&gt;2&lt;em class=&#034;spip&#034;&gt;I - Faire la volont&#233; de Dieu.&lt;/em&gt;2&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La gr&#226;ce de No&#235;l a relanc&#233; Th&#233;r&#232;se, elle a retrouv&#233; l'&#233;nergie qu'elle avait perdue &#224; quatre ans et demi. Forte de cette toute premi&#232;re audace, elle se lance &#224; la conqu&#234;te du Carmel alors qu'elle n'a que quatorze ans. Il lui faut bien s&#251;r avoir l'autorisation, non seulement des carm&#233;lites, mais aussi du sup&#233;rieur du Carmel, le chanoine Delatro&#235;tte. Ce qui ne va pas aller de soi. Devant la r&#233;ponse n&#233;gative de celui-ci, Th&#233;r&#232;se en compagnie de son p&#232;re ira rencontrer l'&#233;v&#234;que. Celui-ci ne fera rien sans l'avis du chanoine&#8230; Il lui faudra alors frapper plus haut Un voyage &#224; Rome ayant &#233;t&#233; pr&#233;vu, Pauline lui sugg&#232;re d'en appeler &#224; l'autorisation du pape. Elle n'est vraiment plus la petite fille introvertie, qui ne pouvait supporter la solitude de l'internat apr&#232;s le d&#233;part de C&#233;line et que l'on prot&#233;geait d'une mani&#232;re excessive aux Buissonets. Maintenant elle est pr&#234;te &#224; d&#233;passer sa sensibilit&#233; pour partir &#224; la conqu&#234;te du monde, du moins de Rome et aller jusqu'au bout de son appel, de son d&#233;sir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; L&#224; est la sant&#233; retrouv&#233;e de Th&#233;r&#232;se : suivre l'appel de son c&#339;ur, de son intuition et aller jusqu'au bout de ses possibilit&#233;s humaines, malgr&#233; les handicaps dus &#224; sa personnalit&#233; bien scrupuleuse. Elle est &#224; l'&#233;coute des d&#233;sirs de son c&#339;ur et elle arrive &#224; les laisser &#171; parler &#187; et agir en elle. Elle commence &#224; prendre la vie &#224; son propre compte, &#224; &#234;tre actrice de sa vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Regardons ensemble maintenant quelques lettres qu'elle a &#233;chang&#233;es en cette circonstance et laissons nous interroger par sa vie.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-31&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Nous quittons la relecture qu'elle fait de sa vie dans le Ms A pour nous (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-31&#034;&gt;31&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Commen&#231;ons par entrer dans les sentiments de Th&#233;r&#232;se. Elle &#233;crit &#224; M&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;me&lt;/sup&gt; Gu&#233;rin de Milan : &lt;strong class=&#034;caractencadre-spip spip&#034;&gt;&#171; Nous avons re&#231;u toutes les lettres du Carmel, il ne s'en est pas trouv&#233; d'&#233;gar&#233;e. Je ferai ce que Pauline me dit dans sa lettre, je ne sais comment je m'y prendrai pour parler au Pape. Vraiment si le Bon Dieu ne se chargeait pas de tout, je ne sais comment je ferais. Mais j'ai une si grande confiance en lui qu'il ne pourra pas m'abandonner, je remets tout entre ses mains. Nous ne savons pas encore le jour de l'audience. Il para&#238;t que pour parler &#224; tout le monde le St P&#232;re passe devant les fid&#232;les mais je ne crois pas qu'il s'arr&#234;te ; malgr&#233; tout je suis bien r&#233;solue &#224; lui parler car, avant que Pauline m'ait &#233;crit, j'y pensais mais je me disais que si le Bon Dieu voulait que je parle au Pape, il me le ferait bien savoir&#8230; &#187;&lt;/strong&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-32&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;LT 32 A Mme Gu&#233;rin. 14 novembre 1887&#034; id=&#034;nh3-32&#034;&gt;32&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Th&#233;r&#232;se on le voit est r&#233;solue, bien qu'elle ait besoin de se sentir confirm&#233;e dans son choix et la lettre de Pauline vient pour l'encourager. Th&#233;r&#232;se y voit donc la volont&#233; de Dieu et bien souvent c'est par Pauline qu'elle s'exprime. Or l'entrevue avec le Pape s'est male pass&#233;e&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong class=&#034;caractencadre-spip spip&#034;&gt;&#171; Ma ch&#232;re petite Pauline, (LT 36 20 nov 87) Le bon Dieu me fait passer par bien des &#233;preuves avant de me faire entrer au Carmel. Je vais te raconter comment la visite du Pape s'est pass&#233;e. Oh ! Pauline, si tu avais pu lire dans mon c&#339;ur tu y aurais vu une grande confiance ; je crois que j'ai fait ce que le Bon Dieu voulait de moi, maintenant il ne me reste plus qu'&#224; prier. Monseigneur n'&#233;tait pas l&#224;, M. R&#233;v&#233;rony&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-33&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Vicaire g&#233;n&#233;ral de l'&#233;v&#232;que Mgr Hugonin&#034; id=&#034;nh3-33&#034;&gt;33&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; le rempla&#231;ait ; pour te faire une id&#233;e de l'audience il aurait fallu que tu sois l&#224;. Le Pape &#233;tait assis sur une grande chaise tr&#232;s haute. M. R&#233;v&#233;rony &#233;tait tout aupr&#232;s de lui, il regardait les p&#232;lerins qui passaient devant le Pape apr&#232;s lui avoir embrass&#233; le pied, puis il disait un mot de quelques-uns. Tu penses comme mon c&#339;ur battait fort en voyant mon tour arriver, mais je ne voulais pas m'en retourner sans avoir parl&#233; au Pape. J'ai dit ce que tu me disais dans ta lettre, mais pas tout car M. R&#233;v&#233;rony ne m'en a pas donn&#233; le temps, il a dit aussit&#244;t : Tr&#232;s Saint P&#232;re, c'est une enfant qui veut entrer au Carmel &#224; quinze ans, mais ses sup&#233;rieurs s'en occupent en ce moment. (Le bon Pape est si vieux qu'on dirait qu'il est mort, je ne me le serais jamais figur&#233; comme cela, il ne peut dire presque rien, c'est M. R&#233;v&#233;rony qui parle). J'aurais voulu pouvoir expliquer mon affaire mais il n'y a pas eu moyen. Le Saint-P&#232;re m'a dit simplement : Si le bon Dieu veut vous entrerez. Puis on m'a fait passer dans une autre salle. Oh ! Pauline, je ne puis te dire ce que j'ai ressenti, j'&#233;tais comme an&#233;antie, je me sentais abandonn&#233;e, et puis je suis si loin, si loin&#8230; Je pleurerais bien en &#233;crivant cette lettre, j'ai le c&#339;ur bien gros. Cependant le Bon Dieu ne peut pas me donner des &#233;preuves qui sont au-dessus de mes forces&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-34&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;1 Co 10,13&#034; id=&#034;nh3-34&#034;&gt;34&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; . Il m'a donn&#233; le courage de supporter cette &#233;preuve, oh ! elle est bien grande&#8230; Mais Pauline, je suis la petite Balle de l'Enfant J&#233;sus ; s'il veut briser son jouet il est bien libre, oui je veux bien tout ce qu'il veut. &#187;&lt;/strong&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-35&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;voir le r&#233;cit MsA 63r&#034; id=&#034;nh3-35&#034;&gt;35&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Th&#233;r&#232;se a fait ce qui lui semblait &#234;tre la volont&#233; de Dieu et elle a engag&#233; toute son &#233;nergie, toute sa volont&#233;. Devant la r&#233;ponse du pape, elle a senti tout s'&#233;crouler. Face &#224; l'&#233;chec, sans autres ressources possibles, elle trouve encore la force de consentir &#224; l'&#233;v&#232;nement bien que cette &#233;preuve soit grande : &lt;strong class=&#034;caractencadre-spip spip&#034;&gt;&#8220;Oui, je veux bien tout ce qu'il veut.&#8220; &#8220;Oh ! Pauline, si tu avais pu lire dans mon c&#339;ur tu y aurais vu une grande confiance&#8220;&lt;/strong&gt; Ici se pose la question de la volont&#233; de Dieu. Qu'en pense notre regard contemporain ? Nous m&#234;me, comment la percevons-nous ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Un premier constat, Dieu n'est pas visible &#224; nos regards, il habite une lumi&#232;re inaccessible&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-36&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;1 Tm 6,16&#034; id=&#034;nh3-36&#034;&gt;36&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il faut donc dire que la volont&#233; de Dieu ne nous est pas directement accessible comme si nous &#233;tions dans un face &#224; face avec lui, comme si nous &#233;tions en relation directe avec lui. La volont&#233; de Dieu ne peut nous &#234;tre pr&#233;sente que par la m&#233;diation des personnes, des &#233;v&#232;nements et de notre intuition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; D'autre part le Dieu auquel on se r&#233;f&#232;re n'est pas un Dieu qui habiterait dans les nuages et qui nous manipulerait avec des ficelles comme on le fait d'un pantin. Dieu habite le c&#339;ur de l'homme. C'est donc &#224; la foi par la m&#233;diation des autres au travers lesquels il agit que j'aurai acc&#232;s &#224; sa volont&#233; et par les appels qu'il peut faire sentir dans mon c&#339;ur et qui s'expriment, se font sentir par des d&#233;sirs, par un &#233;veil de la conscience. Dieu m'anime par des d&#233;sirs qui montent du plus profond de moi-m&#234;me jusqu'&#224; la conscience.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Ainsi Th&#233;r&#232;se &#224; senti qu'il &#233;tait juste qu'elle aille jusqu'&#224; Rome voir le Pape et lui faire sa demande pour entrer au Carmel. Elle &#233;tait en accord avec sa conscience au plus profond d'elle-m&#234;me et encourag&#233;e par ses s&#339;urs, surtout Pauline, elle fait le pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;em class=&#034;spip&#034;&gt;2&lt;em class=&#034;spip&#034;&gt;II - Que peut signifier l'&#233;chec apr&#232;s un discernement pourtant bien men&#233; ?&lt;/em&gt;2&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Si Th&#233;r&#232;se apr&#232;s des h&#233;sitations a fini par adresser la parole au pape, si elle fait le pas, c'est bien en esp&#233;rant une r&#233;ponse positive, une issue. Or l'engagement tourne au d&#233;sastre, alors quel est le sens du discernement, d'autant que cet &#233;chec aurait bien pu faire vaciller la foi de Th&#233;r&#232;se. Le discernement vise &#224; poser un acte juste, mais est-ce pour autant que la d&#233;cision lorsque elle est positive tourne &#224; la r&#233;ussite ? L'acte peut &#234;tre juste et pourtant &#234;tre vou&#233; &#224; l'&#233;chec, du moins &#224; vues humaines.
D'autre part, dire que c'est Dieu qui l'a conduit l&#224; pour la faire &#233;chouer et v&#233;rifier la qualit&#233; de sa foi, serait faire porter &#224; Dieu des responsabilit&#233;s tout humaines. Ce n'est pas Dieu qui a dit non, ce sont les hommes qui ont diff&#233;r&#233;. Dieu se remet dans les mains de l'homme et si les hommes font d&#233;faut lui demeure fid&#232;le.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-37&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;1 Co 10,13&#034; id=&#034;nh3-37&#034;&gt;37&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; La question devant cette &#233;preuve, comme devant toutes &#233;preuves, c'est de donner sens &#224; quelque chose d'absurde qui arrive et qui peut submerger. Devant l'&#233;preuve, souvent soudaine, on est saisi par l'incoh&#233;rence, il faut souvent du temps pour se &#171; ressaisir &#187;. Comment se sortir d'une &#233;preuve dans laquelle on semble &#234;tre innocent et &#224; laquelle Dieu semble nous avoir accul&#233;s ? Une r&#233;action spontan&#233;e : &#171; Mais qu'est-ce que j'ai fait au Bon Dieu ?! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Or Dieu para&#238;t silencieux. Silencieux avec nous comme avec Th&#233;r&#232;se. C'est elle qui interpr&#232;te et donne sens. C'est elle qui questionne les &#233;v&#233;nements pour y trouver la main de Dieu. Elle a fait tout son possible pour h&#226;ter son entr&#233;e au Carmel, maintenant elle n'a plus qu'&#224; prier. Le mot confiance est important dans cette aventure. Th&#233;r&#232;se est oblig&#233;e de faire un grand effort sur elle-m&#234;me pour faire sa demande au pape, elle a l'audace de la jeunesse, c'est certain, mais cela exige d'elle beaucoup d'&#233;nergie. Cette demande n'est pas le fruit de sa volont&#233; propre. Si elle a cette intuition dans le c&#339;ur, elle demande un signe et ce signe, c'est Pauline qui le lui donne. Aussi, c'est dans la confiance qu'elle se lance dans l'aventure. C'est dans la confiance aussi qu'elle vit l'&#233;chec apparent. Elle a fait ce qu'elle a pu, au Seigneur maintenant de jouer.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-38&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;nous avons d&#233;j&#224; pr&#233;sent quelques &#233;l&#233;ments qui se retrouveront dans sa (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-38&#034;&gt;38&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Il y a un combat entre la volont&#233; volontariste, et Th&#233;r&#232;se n'en est pas exempte, qui aurait refus&#233; l'&#233;chec, et la volont&#233; abandonn&#233;e entre les mains de Dieu. L'&#233;preuve aurait pu tourner au drame pour la foi de Th&#233;r&#232;se. En effet, les signes qu'elle-m&#234;me demandait et qui l'ont engag&#233;e dans la confiance, auraient pu jouer contre elle &#224; l'heure de l'&#233;chec, contre sa confiance en Dieu. Si Dieu est avec elle, pourquoi l'entrevue avec le pape se solde-t-elle par un &#233;chec ? Dieu &#233;tait-il bien l&#224; ? Dieu existe-t-il r&#233;ellement ? L'&#233;preuve de la foi est l&#224;, toute proche. Malgr&#233; tout, Th&#233;r&#232;se r&#233;agit par la confiance. Par del&#224; tout raisonnement, elle se fie en Dieu, c'est cela la foi justement. C'est un v&#233;ritable travail de d&#233;passement de sa volont&#233; propre. Ballott&#233;e, elle l'est, elle ne sait plus o&#249; elle est et au lieu de d&#233;sesp&#233;rer et de tout remettre en question et Dieu avec, elle s'abandonne. Nous verrons qu'elle vivra encore dans cette dynamique lorsqu'un peu plus tard, ayant toutes les autorisations pour entrer au Carmel, ce sera celui-ci qui la fera attendre&#8230;
Th&#233;r&#232;se veut entrer au Carmel, mais devant la difficult&#233; de la t&#226;che, elle doit s'abandonner entre les mains de J&#233;sus. Puisque Th&#233;r&#232;se cherche &#224; faire la volont&#233; de Dieu, et qu'elle demande un signe, qu'elle sache aussi reconna&#238;tre cet autre signe venant de la bouche du pape lui-m&#234;me. &#8220;Si le bon Dieu veut vous entrerez !&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Elle doit laisser son d&#233;sir s'&#233;veiller et grandir et en m&#234;me temps attendre. Dans ce paradoxe, c'est l'esp&#233;rance de Th&#233;r&#232;se qui est purifi&#233;e, ainsi que sa volont&#233; propre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Nos crit&#232;res habituels d'&#233;chec ou de r&#233;ussite sont vite d&#233;pass&#233;s quand il s'agit de l'&#339;uvre de Dieu dans une vie ! &#171; Patience, patience, patience dans l'azur / Chaque atome de silence est la chance d'un fruit m&#251;r&#8230; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-39&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Paul Val&#233;ry, dans le po&#232;me &#171; Palme &#187;&#034; id=&#034;nh3-39&#034;&gt;39&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; On peut noter aussi que Th&#233;r&#232;se a un instinct de vie tr&#232;s sain, et qu'elle sait &#233;couter&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-40&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;cf. le refus du lait de sa maman&#034; id=&#034;nh3-40&#034;&gt;40&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Dans sa lettre &#224; Pauline, elle exprime son malheur mais elle ne s'y compla&#238;t pas, et elle ins&#232;re de bonnes pinc&#233;es d'humour !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;em class=&#034;spip&#034;&gt;2&lt;em class=&#034;spip&#034;&gt;III - L'amour de Dieu.&lt;/em&gt;2&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Il y a un autre aspect que souligne cette r&#233;flexion sur la volont&#233; de Dieu que nous venons de faire, c'est celui de la purification que l'amour op&#232;re : Dieu doit &#234;tre aim&#233; pour lui-m&#234;me et ce qu'il attend de la part de Th&#233;r&#232;se, c'est la gratuit&#233;. C'est le sens de la lettre que Pauline, en son langage un peu difficile pour notre &#233;poque, envoie &#224; Th&#233;r&#232;se. Cela nous montre aussi comment, tr&#232;s t&#244;t, Th&#233;r&#232;se a &#233;t&#233; fa&#231;onn&#233;e par Pauline.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong class=&#034;caractencadre-spip spip&#034;&gt;&#171; Mais il ne veut rien, il ne d&#233;sire rien, il ne demande rien que son petit jouet : Th&#233;r&#233;sita de l'Enfant J&#233;sus&#8230; Avec sa petite balle ch&#233;rie il s&#232;che toutes ses larmes ! Quand il s'endort elle est l&#224; pr&#232;s de lui, toujours sa petite main la presse sur son c&#339;ur, toujours il la regarde, toujours&#8230; Mais mon petit J&#233;sus, qu'avez-vous donc fait aujourd'hui de votre petite balle ? Comment, vous qui l'aimez tant, l'avoir ainsi perc&#233;e ? Regardez, elle ne va plus rebondir, vous ne pourrez plus vous amuser, mais c'est votre faute. - Ce que j'ai fait de ma petite balle, ah ! r&#233;pond le Divin Enfant, c'est tout simple, j'ai voulu voir ce qu'il y a dedans !&#8230;.. - Et qu'avez-vous vu mon J&#233;sus ? - J'ai vu, j'ai entendu un soupir, et ce soupir m'a dit : J&#233;sus, je t'aime. Non jamais ma petite balle ne m'avait fait tant de plaisir, jamais ; je l'ai d&#233;j&#224; piqu&#233;e plusieurs fois et &#224; chaque fois c'&#233;tait un doux z&#233;phir qui caressait mes boucles blondes ; aujourd'hui j'ai fait un trou plus grand et j'ai appris que ma petite balle n'&#233;tait gonfl&#233;e que de mon amour. J'ai appris qu'elle veut bien souffrir pour moi, j'ai appris qu'elle ne d&#233;sire que moi, enfin j'ai tout appris !&#8230; A pr&#233;sent je vais la raccommoder et voici comment je vais faire ! Je vais la prendre dans mes deux petites mains et souffler dedans bien fort. Puis pour la fermer je ne vais pas faire autre chose que de d&#233;poser un baiser sur le trou que j'ai fait. Ce baiser sera le cachet de mon c&#339;ur, personne ne le pourra briser, personne&#8230; Oh ! que je suis content ! que j'aime ma petite balle ! je puis la percer, je puis en faire tout ce que je veux et toujours elle r&#233;p&#232;te : J&#233;sus je t'aime ! J&#233;sus je t'aime ! Jouir, souffrir, souffrir encore ! tout ce que tu voudras mon petit J&#233;sus ch&#233;ri. O ma Th&#233;r&#232;se ch&#233;rie n'es-tu pas fi&#232;re, n'es-tu pas heureuse de la pr&#233;f&#233;rence marqu&#233;e que J&#233;sus te t&#233;moigne. Aussi jeune, &#224; 15 ans, il te trouve digne d&#233;j&#224; de porter sa croix, il te trouve digne de souffrir ! Quel honneur pour toi ! Si tu savais ce que ces &#233;preuves font avancer ton &#226;me dans la voie de la Saintet&#233; ! Tu veux &#234;tre sainte, grande sainte, sois tranquille J&#233;sus le veut aussi, il en donne la preuve aujourd'hui. &#187;&lt;/strong&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-41&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;De s&#339;ur Agn&#232;s de J&#233;sus &#224; Th&#233;r&#232;se. LC 66 23 novembre 1887 r&#233;ponse &#224; LT 36&#034; id=&#034;nh3-41&#034;&gt;41&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; C'est &#224; la petite Th&#233;r&#232;se de l'enfant J&#233;sus et de Pauline que nous avons &#224; faire ! Une petite Th&#233;r&#232;se qui est encore &#224; la recherche d'elle-m&#234;me, qui est encore sous la coupe de Pauline. Mais prenons garde o&#249; nous-m&#234;mes mettons le pas et ne nous trompons pas de Dieu !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; La fa&#231;on dont Pauline lui r&#233;pond la place sur un sentier tr&#232;s &#233;troit, et nous avec. Il faut faire attention aux mots car on pourrait se demander &#224; quel Dieu nous avons &#224; faire. Est-ce un Dieu qui joue avec nous comme un petit chat avec sa souris ? O&#249; bien comme l'enfant avec son Yo-yo ? C'est Pauline qui parle ici et qui fa&#231;onne et conduit Th&#233;r&#232;se pour l'aider &#224; se d&#233;passer. Elle le fait avec affection et tendresse, mais aussi avec la fermet&#233; d'une &#233;ducatrice. Mais c'est Pauline qui parle &#224; la place de Dieu ! Ne nous trompons pas ! Dieu est du c&#244;t&#233; de celui qui souffre et l'&#201;vangile nous le rappelle suffisamment ! J&#233;sus est l&#224; aux c&#244;t&#233;s des P&#232;lerins d'Emma&#252;s&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-42&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Luc 24,13&#034; id=&#034;nh3-42&#034;&gt;42&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, il marche &#224; leurs pas, entre dans leur souffrance et lui donne sens. Mais il ne joue pas avec eux pour s'amuser &#224; voir ce qu'il y a en eux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Par contre il veut faire cheminer l'homme et le rendre capable de recevoir son amour, sa pr&#233;sence. Tout le Premier Testament t&#233;moigne de ce d&#233;sir de Dieu &#224; notre &#233;gard et de la lente marche de l'humanit&#233;. Et ce cheminement vers la Terre Promise, qui peut passer par un grand d&#233;tour dans le d&#233;sert, nous sommes amen&#233;s &#224; le r&#233;aliser d'une mani&#232;re ou d'une autre dans notre vie&#8230; et pas &#224; pas &#224; d&#233;couvrir un peu plus qui est le Seigneur, et cet amour &#233;tonnant qu'il nous voue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; L'&#233;preuve est l&#224; qui purifie ou &#233;monde l'homme comme le sarment pour qu'il porte plus de fruit. Dieu peut se servir des &#233;preuves qui nous viennent des hommes, de leur c&#339;ur endurci, pour nous faire grandir. Pour cela il a besoin de notre enti&#232;re coop&#233;ration. Il agit avec nous comme avec Marie, mais c'est lui qui passe devant sur le chemin de la souffrance o&#249; les hommes l'attendent pour le crucifier car ce sont eux qui le font ainsi souffrir&#8230; Alors ne soyons pas dupes du langage de l'&#233;poque. Th&#233;r&#232;se a &#224; trouver son chemin dans toutes ces m&#233;andres. La partie n'est pas facile pour elle non plus !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Dieu ne souhaite pas en soi que l'on souffre. On peut aussi relire avec St Jacques au chapitre 1 &lt;strong class=&#034;caractencadre-spip spip&#034;&gt;&#171; 13 Que nul, s'il est &#233;prouv&#233;, ne dise : &#034;C'est Dieu qui m'&#233;prouve.&#034; Dieu en effet n'&#233;prouve pas le mal, il n'&#233;prouve non plus personne. 14 Mais chacun est &#233;prouv&#233; par sa propre convoitise qui l'attire et le leurre. 15 Puis la convoitise, ayant con&#231;u, donne naissance au p&#233;ch&#233;, et le p&#233;ch&#233;, parvenu &#224; son terme, enfante la mort. 16 Ne vous &#233;garez pas, mes fr&#232;res bien-aim&#233;s : 17 tout don excellent, toute donation parfaite vient d'en haut et descend du P&#232;re des lumi&#232;res, chez qui n'existe aucun changement, ni l'ombre d'une variation. 18 Il a voulu nous enfanter par une parole de v&#233;rit&#233;, pour que nous soyons comme les pr&#233;mices de ses cr&#233;atures. &#187;&lt;/strong&gt; La souffrance fait partie de notre condition humaine et Dieu vient l'assumer avec nous en J&#233;sus. Ce qu'il souhaite, c'est que nous nous engagions dans une relation de confiance avec lui pour que nous puissions, avec lui, traverser nos &#233;preuves et en faire des chemins de vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Il y a trop souvent, et plus ou moins consciemment, cette id&#233;e en nous : &#171; La souffrance est bonne ( cf C&#233;line) car notre nature est mauvaise et la justice de Dieu est &#224; craindre ! On subit car on n'a pas assimil&#233; la relation de confiance bas&#233;e sur l'id&#233;e que Dieu nous aime et ne veut que notre bien&#8230;&#8230;&#8230;. Et notre bonheur !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Or il faut nous convaincre que notre nature n'est pas mauvaise, car nous avons eu parfois l'exp&#233;rience d'un regard qui juge et condamne, mais faible, p&#233;cheresse. On laisse alors la porte ouverte &#224; la mis&#233;ricorde. C'est ce que nous montre Th&#233;r&#232;se. Il faut le souligner et le souligner : nous ne sommes pas p&#233;cheurs, mais nous avons p&#233;ch&#233;, nous p&#233;chons. Mais notre &#234;tre profond est fait &#224; l'image de Dieu, il est bon. Notre &#234;tre profond est fait pour recevoir la lumi&#232;re de Dieu, son Amour, sa Tendresse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;em class=&#034;spip&#034;&gt;2&lt;em class=&#034;spip&#034;&gt;IV - Purifier l'amour.&lt;/em&gt;2&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; En &#233;cho &#224; la lettre joyeuse de C&#233;line qui ouvre quelques espoirs quant &#224; l'entr&#233;e de Th&#233;r&#232;se au Carmel (LD du 23 novembre 87), re&#231;ue &#224; Lisieux ce vendredi 25 Pauline r&#233;pond le m&#234;me jour &#224; Th&#233;r&#232;se : &lt;strong class=&#034;caractencadre-spip spip&#034;&gt;&#171; Petit Jouet de J&#233;sus, Tu vois que j'avais bien raison en pensant que J&#233;sus allait raccommoder sa petite balle ! Je ne me serais jamais attendue qu'il l'e&#251;t fait si bien et si promptement. Rappelle-toi, ma ch&#233;rie, que les heures d&#233;sesp&#233;r&#233;es sont toujours les heures de Dieu'. C'est quand il n'y a plus aucun espoir, quand tout semble perdu que J&#233;sus endormi se r&#233;veille et commande en Ma&#238;tre aux vents et &#224; la temp&#234;te. Oui, petite amie intime du Divin Enfant, oui, tu es bien sa petite balle, abandonne-toi pour toujours entre ses mains. Tu souffriras bien dans ta vie, ton c&#339;ur est particuli&#232;rement fait pour souffrir, mais quand J&#233;sus est l&#224;, quand c'est lui-m&#234;me qui envoie sa petite balle au milieu des &#233;pines, les &#233;pines se changent en fleur. Prions, prions&#8230; l'Enfant J&#233;sus s'occupe en ce moment de sa petite balle raccommod&#233;e par son baiser divin. Il a l'air vraiment de viser le Carmel pour l'y envoyer d'un seul coup et la faire rebondir dans sa cr&#232;che pour y demeurer toujours. Disons-lui a chaque instant : Que votre volont&#233; soit faite ! Disons-lui : J&#233;sus, arrangez toutes choses pour que votre petite balle soit bien envoy&#233;e o&#249; vous voulez, &#224; l'heure que vous le voulez et comme vous le voulez, ne lui permettez pas de s'&#233;chapper de vos petites mains malgr&#233; vous. Ch&#233;rie de mon c&#339;ur, je sais bien que tu penses tout cela. Oh ! que J&#233;sus t'aime, et sais-tu pourquoi je crois plus que jamais &#224; son appel divin ? C'est parce que tu as souffert&#8230; sans la croix, on n'est s&#251;r de rien, sans la croix c'est l'humain, le vulgaire, sans la croix J&#233;sus n'est pas l&#224;. Mais, console-toi, ta vocation est marqu&#233;e de ce signe sacr&#233;. L'Enfant J&#233;sus dans sa pauvre cr&#232;che ne soupirait qu'apr&#232;s la croix, ne r&#234;vait que la croix et il a racont&#233; son r&#234;ve &#224; sa Th&#233;r&#233;sita ch&#233;rie. Ta petite Confidente qui a plus souffert encore que toi pour toi. &#187;&lt;/strong&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-43&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;LC 69 vendredi 25 novembre&#034; id=&#034;nh3-43&#034;&gt;43&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Il est important d'entrer dans l'univers de Th&#233;r&#232;se et de percevoir, un peu, comment elle a &#233;t&#233; guid&#233;e sur les chemins de la spiritualit&#233; et comment peu &#224; peu elle s'est &#233;mancip&#233;e de son milieu&#034; pour d&#233;couvrir sa propre doctrine, sa propre voie, assumer totalement sa vie, son choix de vie, sous le regard de Dieu et de ses s&#339;urs. C'est pourquoi il est important de suivre les &#233;changes &#233;pistolaires qui se font entre Th&#233;r&#232;se, Pauline, C&#233;line.
Ici, c'est par une main de ma&#238;tre que Pauline l'encourage, la conforte sur son chemin spirituel et qu'elle l'axe le parcours dans une vie d'union &#224; Dieu. Nous avons pu percevoir que tout ce que Pauline &#233;crit n'est pas forc&#233;ment juste au niveau th&#233;ologique, mais il y a quelque chose de fort dans son intuition d'accompagnatrice et cette lettre nous le manifeste.
Elle renvoie Th&#233;r&#232;se &#224; l'&#233;pisode de l'&#201;vangile o&#249; J&#233;sus dort dans la barque malgr&#233; la temp&#234;te.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-44&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Mt 8,23&#034; id=&#034;nh3-44&#034;&gt;44&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Les ap&#244;tres, croyant tout perdu, le r&#233;veillent. N'oublions pas cette citation car elle reviendra quelques ann&#233;es plus tard sous la plume de Th&#233;r&#232;se, mais modifi&#233;e : alors Th&#233;r&#232;se ne voudra pas r&#233;veiller J&#233;sus pour lui permettre de se reposer en son c&#339;ur&#8230; Elle se pr&#233;sentera comme un tabernacle dans lequel J&#233;sus peut venir se reposer, ou il peut a son tour &#234;tre consol&#233; sans chercher &#224; consoler l'&#226;me dans laquelle il dort&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Pauline conduit Th&#233;r&#232;se sur le chemin de la vie spirituelle en l'invitant &#224; grandir dans la foi, dans la confiance, dans un mouvement d'abandon de sa destin&#233;e entre les mains de J&#233;sus. De son c&#244;t&#233;, elle a fait ce qu'elle a pu, maintenant c'est &#224; J&#233;sus de mener les &#233;v&#233;nements. Th&#233;r&#232;se doit s'unir &#224; J&#233;sus au del&#224; de ses propres sentiments. Elle s'est beaucoup livr&#233;e, battue, pour entrer au Carmel. Alors que toutes les portes se ferment, c'est maintenant le temps de l'attente, de l'esp&#233;rance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Elle veut entrer au Carmel pour &#234;tre unie &#224; J&#233;sus, et cette union se pr&#233;pare d&#232;s maintenant au sein m&#234;me de l'adversit&#233;. Apr&#232;s avoir tout engager, il lui faut maintenant l&#226;cher prise, laisser sa volont&#233; propre pour entrer dans la volont&#233; de Dieu. C'est un vrai labeur, c'est une vraie conqu&#234;te sur soi, c'est une vraie mort &#224; sa volont&#233; propre pour se placer dans le c&#339;ur de Dieu, s'ouvrir &#224; la volont&#233; d'un autre. C'est l&#224; que r&#233;side la vocation profonde de chaque &#226;me. Il y a souvent confusion entre la volont&#233; propre, pleine d'amour propre, et la volont&#233; de Dieu. Il s'agit encore une foi de purifier l'amour, d'apprendre &#224; aimer l'autre pour lui-m&#234;me, et non, sous le couvert des intentions les plus pieuses se rechercher soi-m&#234;me. La puret&#233; de l'amour de Dieu et des &#226;mes pousse la purification jusque l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pour cela que Pauline termine avec justesse sa lettre par une confession. Pourquoi Th&#233;r&#232;se veut-elle entrer au Carmel si jeune ? Beaucoup de r&#233;actions de sa part pourraient incliner nos esprits &#224; penser que c'est pour rejoindre sa s&#339;ur et sa m&#232;re d'adoption. Rappelons-nous que Th&#233;r&#232;se en octobre 85, elle a donc douze ans et demi, ne pourra rester seule en classe, sans la pr&#233;sence de C&#233;line. Elle ne tiendra que six mois&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-45&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;MsA 39&#034; id=&#034;nh3-45&#034;&gt;45&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; . Elle est d'une extr&#234;me fragilit&#233; affective. Rappelons nous nous le cri de Th&#233;r&#232;se juste apr&#232;s la mort de sa m&#232;re (C&#233;line s'&#233;tant jet&#233;e dans les bras de Marie) : &lt;strong class=&#034;caractencadre-spip spip&#034;&gt;&#171; Eh bien ! moi, c'est Pauline qui sera Maman ! &#187;&lt;/strong&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-46&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Manuscrit A 13&#034; id=&#034;nh3-46&#034;&gt;46&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et que la vocation de Th&#233;r&#232;se pour le Carmel remonte &#224; l'&#233;t&#233; 82 alors qu'elle apprend par surprise le d&#233;part de Pauline pour le Carmel&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-47&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;MsA 25v&#034; id=&#034;nh3-47&#034;&gt;47&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Elle dit elle-m&#234;me qu'elle ne savait pas ce qu'&#233;tait le Carmel, mais que Pauline sa seconde m&#232;re allait la quitter pour y entrer&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; M&#234;me si elle ajoute au m&#234;me endroit :&lt;strong class=&#034;caractencadre-spip spip&#034;&gt;&#171; Je me souviendrai toujours, ma M&#232;re ch&#233;rie, avec quelle tendresse vous m'avez consol&#233;e&#8230; Puis vous m'avez expliqu&#233; la vie du Carmel qui me sembla bien belle, en repassant dans mon esprit tout ce que vous m'aviez dit, je sentis que le Carmel &#233;tait le d&#233;sert o&#249; le Bon Dieu voulait que j'aille aussi me cacher&#8230; Je le sentis avec tant de force qu'il n'y eut pas le moindre doute dans mon c&#339;ur, ce n'&#233;tait pas un r&#234;ve d'enfant qui se laisse entra&#238;ner, mais la certitude d'un appel Divin ; je voulais aller au Carmel non pour Pauline mais pour J&#233;sus seul&#8230; &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors l'&#233;preuve que Th&#233;r&#232;se traverse est importante. Importante pour Pauline, et importante pour Th&#233;r&#232;se. Elle vient v&#233;rifier le d&#233;sir de Th&#233;r&#232;se. Pour qui souhaite-t-elle rentrer ? Pourquoi ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;preuve est souffrance. Cette souffrance-ci n'est pas &#233;crasante. Il y a des &#233;preuves que la vie fait traverser et qui sont trop fortes, par exemple la mort de Z&#233;lie Martin&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-48&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;cf. ci-dessus &#171; la mort de sa maman &#187;&#034; id=&#034;nh3-48&#034;&gt;48&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il faudra des ann&#233;es &#224; Th&#233;r&#232;se pour s'en remettre et un &#171; miracle &#187;, une intervention particuli&#232;rement marqu&#233;e de Dieu. Ici, l'&#233;preuve est salutaire et Pauline joue son r&#244;le de m&#232;re et d'&#233;ducatrice pour aider Th&#233;r&#232;se &#224; d&#233;passer son &#233;chec. A la mort de sa maman, Th&#233;r&#232;se est enferm&#233;e dans son silence, et se trouve seule devant la mort. Ici, elle &#233;crit se confie et peut trouver sens &#224; ce qu'elle traverse. Elle est dans les mains de J&#233;sus et c'est pour &#234;tre purifi&#233;e et recevoir encore plus d'amour. Elle n'est plus seule pour traverser la vie et ses &#233;preuves, J&#233;sus, &#224; la gr&#226;ce de No&#235;l s'est fait faible pour lui donner sa force. L&#224; elle comprend beaucoup de choses en peu de temps.&lt;strong class=&#034;caractencadre-spip spip&#034;&gt;&#171; Il fallut que le Bon Dieu fasse un petit miracle pour me faire grandir en un moment et ce miracle il le fit au jour inoubliable de No&#235;l, 179 en cette nuit lumineuse qui &#233;claire les d&#233;lices de la Trinit&#233; Sainte 180 , J&#233;sus le doux petit Enfant d'une heure, changea la nuit de mon &#226;me en torrents de lumi&#232;re&#8230; en cette nuit o&#249; Il se fit faible et souffrant pour mon amour, Il me rendit forte et courageuse, Il me rev&#234;tit de ses armes 181 et depuis cette nuit b&#233;nie, je ne fus vaincue en aucun combat, mais au contraire je marchai de victoires en victoires 182 et commen&#231;ai pour ainsi dire &#187;une course de g&#233;ant 183 La source de mes larmes fut tarie et ne s'ouvrit depuis que rarement et difficilement ce qui justifia cette parole qui m'avait &#233;t&#233; dite : &#171; Tu pleures tant dans ton enfance que plus tard tu n'auras plus de larmes &#224; verser !&#8230; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Ce fut le 25 d&#233;cembre 1886 que je re&#231;us la gr&#226;ce de sortir de l'enfance, en un mot la gr&#226;ce de ma compl&#232;te conversion. Nous revenions de la messe de minuit o&#249; j'avais eu le bonheur de recevoir le Dieu fort et puissant.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-49&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Th&#233;r&#232;se ne dit que cela de la messe et pas : o&#249; il y avait eu de beaux (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-49&#034;&gt;49&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#171; &#187; En cette nuit de lumi&#232;re commen&#231;a la troisi&#232;me p&#233;riode de ma vie, 185 la plus belle de toutes, la plus remplie des gr&#226;ces du Ciel&#8230; En un instant l'ouvrage que je n'avais pu faire en 10 ans, J&#233;sus le fit se contentant de ma bonne volont&#233; qui jamais ne me fit d&#233;faut. Comme ses ap&#244;tres, je pouvais Lui dire : &#171; Seigneur, j'ai p&#234;ch&#233; toute la nuit sans rien prendre. &#187; Plus mis&#233;ricordieux encore pour moi qu'Il ne le fut pour ses disciples, J&#233;sus prit Lui-m&#234;me le filet, le jeta et le retira rempli de poissons&#8230; Il fit de moi un p&#234;cheur d'&#226;mes, je sentis un grand d&#233;sir de travailler &#224; la conversion des p&#233;cheurs, d&#233;sir que je n'avais senti aussi vivement&#8230; Je sentis en un mot la charit&#233; entrer dans mon c&#339;ur, le besoin de m'oublier pour faire plaisir 186 et depuis lors je fus heureuse !&#8230; Un Dimanche 187 en regardant une photographie de Notre Seigneur en Croix, je fus frapp&#233;e par le sang qui tombait d'une de ses mains Divines, j'&#233;prouvai une grande peine en pensant que ce sang tombait &#224; terre sans que personne s'empresse de le recueillir, et je r&#233;solus de me tenir en esprit au pied de Croix pour recevoir la Divine ros&#233;e 188 qui en d&#233;coulait, comprenant qu'il me faudrait ensuite la r&#233;pandre sur les &#226;mes&#8230; Le cri de J&#233;sus sur la Croix retentissait aussi continuellement dans mon c&#339;ur : &#171; J'ai soif ! &#187; 189 Ces paroles allumaient en moi une ardeur inconnue et tr&#232;s vive&#8230; Je voulais donner &#224; boire &#224; mon Bien-Aim&#233; et je me sentais moi-m&#234;me d&#233;vor&#233;e de la soif des &#226;mes&#8230; Ce n'&#233;tait pas encore les &#226;mes de pr&#234;tres 190 qui m'attiraient, mais celles des grands p&#233;cheurs, je br&#251;lais du d&#233;sir de les arracher aux flammes &#233;ternelles&#8230; &#034;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; A partir de cette p&#233;riode, la vie de Th&#233;r&#232;se nous &#233;chappe pour une part. Qui pourra de l'int&#233;rieur comprendre cette emprise de Dieu dans le c&#339;ur de Th&#233;r&#232;se ? Nous ne pouvons que constater la force qui s'empare d'elle. Et cependant, elle reste en partie avec ses scrupules dont elle ne sera gu&#233;rie totalement que plus tard, en 91, par le P. Alexis Prou, qui va la lancer sur les flots de la confiance et de l'Amour. Il faut le r&#233;p&#233;ter, Dieu n'est pas un magicien. S'il entre avec force dans une &#226;me pour l'embellir, il respecte cependant la nature et compose avec elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Th&#233;r&#232;se, bien que sous l'emprise de l'Esprit Saint, reste encore quelques temps marqu&#233;e par son trouble. La gu&#233;rison n'est pas l&#224; o&#249; on la croit. Elle est dans l'alliance possible entre Dieu et l'&#226;me lorsque celle-ci accepte de lui laisser la place, lorsque celle-ci est vaincue et accepte que la Vie d'un autre entre en elle. C'est un peu l'enjeu du combat de Jacob. Jacob est brouill&#233; avec son fr&#232;re et doit de nouveau le retrouver. Il fait passer devant lui ses troupeaux et ses gens, probablement pour amadouer son fr&#232;re, puis traverse &#224; son tour le gu&#233; du fleuve, seul. L&#224; un homme lutte contre lui, toute la nuit et doit le frapper &#224; la hanche pour rompre le combat. Jacob sort de son combat vainqueur, mais boiteux. Il en sort diff&#233;rent, dot&#233; d'un nouveau nom, c'est un autre homme, plus fragile et plus grand, capable de rencontrer son fr&#232;re.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-50&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Gn 32,23&#034; id=&#034;nh3-50&#034;&gt;50&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Dans cet affrontement contre Dieu et contre lui-m&#234;me sans doute, Jacob sort vuln&#233;rable, mais fort de l'exp&#233;rience nouvelle de cette rencontre.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;C - Sauver les &#226;mes.&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;em class=&#034;spip&#034;&gt;2&lt;em class=&#034;spip&#034;&gt;I - Le port se fait attendre : souffrir pour J&#233;sus.&lt;/em&gt;2&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Th&#233;r&#232;se passe No&#235;l 1887 aux Buissonnets : la r&#233;ponse de Bayeux n'est pas arriv&#233;e&#8230; &#171; Cette &#233;preuve fut bien grande pour ma foi. &#187; (MsA, 67v.) Le plaisir d'&#233;trenner &#171; un joli chapeau bleu, orn&#233; d'une colombe &#187; (CSG p. 24) ou les d&#233;licatesses de C&#233;line (MsA 68r, LC 96) ne sauraient compenser cette d&#233;ception. Les carm&#233;lites lui r&#233;servent &#171; une bien douce consolation &#187; en lui chantant un cantique compos&#233; par s&#339;ur Agn&#232;s de J&#233;sus, sur le th&#232;me de la petite balle (MsA, 68r).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 28 d&#233;cembre, M&#232;re Marie de Gonzague re&#231;oit de M&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;gr&lt;/sup&gt; Hugonin l'autorisation d'admettre l'aspirante sans d&#233;lai. Th&#233;r&#232;se en est inform&#233;e le 1&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;er&lt;/sup&gt; janvier. Mais &lt;strong class=&#034;caractencadre-spip spip&#034;&gt;&#171; cette fois c'&#233;tait l'arche sainte qui refusait son entr&#233;e &#224; la pauvre petite colombe&#8230; &#187;&lt;/strong&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-51&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Notes de la Correspondance G&#233;n&#233;rale P. 333. et MsA 68&#034; id=&#034;nh3-51&#034;&gt;51&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; . Par une volte face d&#233;concertante, &lt;strong class=&#034;caractencadre-spip spip&#034;&gt;&#171; S&#339;ur Agn&#232;s de J&#233;sus tout &#224; coup n'a plus voulu qu'elle entre avant P&#226;ques &#224; cause du car&#234;me. (&#8230;) Monsieur Martin &#233;tait tr&#232;s m&#233;content de cette d&#233;cision de sa Pauline. &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Th&#233;r&#232;se r&#233;agit avec g&#233;n&#233;rosit&#233;. Elle doit pousser le l&#226;cher prise encore plus loin et vraiment vivre dans l'abandon. Elle reprend ses le&#231;ons hebdomadaires chez M&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;me&lt;/sup&gt; Papinau&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-52&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;LC 63d&#034; id=&#034;nh3-52&#034;&gt;52&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; . Surtout, elle comprend &#171; le prix du temps &#187; et lui fait rendre son maximum par la fid&#233;lit&#233; aux petites choses &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-53&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;MsA 68v&#034; id=&#034;nh3-53&#034;&gt;53&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; C'est dans cette disposition qu'elle &#233;crit : &lt;strong class=&#034;caractencadre-spip spip&#034;&gt;&#171; Ma ch&#232;re petite Pauline, J'aurais bien voulu t'&#233;crire tout de suite pour te remercier de ta lettre mais cela m'a &#233;t&#233; impossible, il a fallu que j'attende &#224; aujourd'hui. O Pauline, c'est bien vrai qu'il faut que la goutte de fiel soit m&#234;l&#233;e &#224; tous les calices, mais je trouve que les &#233;preuves aident beaucoup &#224; se d&#233;tacher de la terre, elles font regarder plus haut que ce monde. Ici-bas, rien ne peut nous satisfaire, on ne peut go&#251;ter un peu de repos qu'en &#233;tant pr&#234;te &#224; faire la volont&#233; du Bon Dieu. Ma petite nacelle a bien du mal &#224; arriver au port, depuis longtemps j'aper&#231;ois le rivage et toujours je m'en trouve &#233;loign&#233;e ; mais c'est J&#233;sus qui guide mon petit navire, et je suis s&#251;re que le jour o&#249; il le voudra il pourra le faire aborder heureusement au port. O Pauline, quand J&#233;sus m'aura d&#233;pos&#233;e sur le rivage b&#233;ni du Carmel je veux me donner tout enti&#232;re &#224; lui, je ne veux plus vivre que pour lui. Oh non, je ne craindrai pas ses coups, car, m&#234;me dans les souffrances les plus am&#232;res, on sent toujours que c'est sa douce main qui frappe, je l'ai bien senti &#224; Rome au moment m&#234;me o&#249; j'aurais cru que la terre aurait pu manquer sous mes pas. Je ne d&#233;sire qu'une chose quand je serai au Carmel, c'est de toujours souffrir pour J&#233;sus. La vie passe si vite que vraiment il vaut mieux avoir une tr&#232;s belle couronne et un peu de mal que d'en avoir une ordinaire sans mal. Et puis, pour une souffrance support&#233;e avec joie, quand je pense que pendant toute l'&#233;ternit&#233; on aimera mieux le Bon Dieu ! Puis en souffrant on peut sauver les &#226;mes. Ah ! Pauline, si au moment de ma mort je pouvais avoir une &#226;me &#224; offrir &#224; J&#233;sus, que je serais heureuse ! Il y aurait une &#226;me qui serait arrach&#233;e au feu de l'enfer et qui b&#233;nirait Dieu toute l'&#233;ternit&#233;. Ma petite s&#339;ur ch&#233;rie, je vois que je ne t'ai pas encore parl&#233; de ta lettre, qui m'a fait pourtant bien plaisir. O Pauline, je suis bien heureuse que le Bon Dieu m'ait donn&#233; une s&#339;ur comme toi, j'esp&#232;re que tu prieras pour ta pauvre petite fille afin qu'elle corresponde aux gr&#226;ces que J&#233;sus veut bien lui faire ; elle a grand besoin de ton aide car elle est bien peu ce qu'elle voudrait &#234;tre. &#187;&lt;/strong&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-54&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;LT 43B A s&#339;ur Agn&#232;s de J&#233;sus.18 (?) mars 1888&#034; id=&#034;nh3-54&#034;&gt;54&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Bien que trois mois s&#233;parent cette lettre du 25 novembre 87&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-55&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;LC 69 cf. ci-dessus &#171; purifier l'amour &#187;&#034; id=&#034;nh3-55&#034;&gt;55&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, elles sont tr&#232;s li&#233;es dans la dynamique. Th&#233;r&#232;se a subi de multiples contretemps jusqu'&#224; l'ajournement de son entr&#233;e au Carmel. Et voici sa r&#233;action g&#233;n&#233;reuse : &lt;strong class=&#034;caractencadre-spip spip&#034;&gt;&#171; Je trouve que les &#233;preuves aident beaucoup &#224; se d&#233;tacher de la terre, elles font regarder plus haut que ce monde. Ici-bas, rien ne peut nous satisfaire, on ne peut go&#251;ter un peu de repos qu'en &#233;tant pr&#234;te &#224; faire la volont&#233; du Bon Dieu. &#187;&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Voil&#224; le sens des &#233;preuves pour Th&#233;r&#232;se. Elles ne sont pas l&#224; comme des obstacles, des emp&#234;chements, mais comme des instruments plac&#233;s l&#224; pour lib&#233;rer le c&#339;ur. Le repos ne se trouve pas pour elle dans les plaisirs et les joies de ce monde, mais dans l'abandon &#224; la volont&#233; de Dieu, que cela soit souffrance, comme joie. Il y a l&#224;, dans cette dynamique, tout l'espace entre le choix de sa propre volont&#233; et celle de Dieu. Th&#233;r&#232;se, sur le conseil de sa s&#339;ur, a fait ce qu'elle a pu, et elle s'est engag&#233;e de toute sa volont&#233;. Maintenant, elle est semblable au navire qui &#171; a du mal &#224; arriver au port &#187;, elle sait o&#249; il se trouve, mais il ne d&#233;pend pas d'elle de pouvoir y entrer, il lui faut s'abandonner, consentir librement &#224; ce qui la d&#233;passe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Un &#233;norme travail de purification s'est op&#233;r&#233; en Th&#233;r&#232;se, tr&#232;s volontaire, sachant ce qu'elle voulait. Une autre dynamique est &#224; l'&#339;uvre maintenant. La r&#233;alit&#233; est l&#224; qui r&#233;siste, mais son d&#233;sir de vocation n'est pas &#233;branl&#233;. Malgr&#233; les coups et sa volont&#233; propre, elle n'&#233;prouve aucune r&#233;bellion. C'est d&#233;j&#224; une certaine forme d'humilit&#233; que de ne pas se rebeller contre les &#233;v&#233;nements de la vie et tout recevoir de Dieu, le malheur comme le bonheur. L'&#233;nergie qu'elle aurait pu investir dans la r&#233;volte, elle l'oriente, confiante, dans une dynamique apostolique. Elle est d&#233;j&#224; dans cette dynamique de la vie th&#233;ologale, dans cette dynamique de l'union totale &#224; Dieu pour sauver les &#226;mes. Tout sert &#224; Th&#233;r&#232;se d&#233;sormais, le bonheur comme le malheur. Elle est l&#224; au pied de la croix pour sauver les &#226;mes et r&#233;pandre sur elles le sang de J&#233;sus&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-56&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;MsA 45v&#034; id=&#034;nh3-56&#034;&gt;56&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; . Elle est l&#224; dans les mains de son Seigneur, abandonn&#233;e et consentante &#224; tout ce qui lui arrive pour l'offrir &#224; J&#233;sus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Il y a quelque chose qui nous g&#234;ne cependant et provoque probablement en nous un mal &#234;tre dans cette lettre, c'est son rapport &#224; la souffrance. Comment peut-elle aimer la souffrance ? N'y a-t-il pas une d&#233;rive malsaine, comme une sorte de masochisme ? Et la fa&#231;on dont elle parle de Dieu, de &#171; sa douce main qui frappe &#187; ne porte-t-elle pas une certaine vision d'un Dieu sadique ? Dieu serait-il responsable de ce qui se passe ? des souffrances de Th&#233;r&#232;se ? Comment le comprendre ? Quand elle dit &#171; je d&#233;sire &#187;, &#171; j'aime souffrir &#187; faut-il voir le sens premier que nous donnons &#224; ces mots ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Th&#233;r&#232;se souffre pour J&#233;sus, pour le consoler, pour &#234;tre aupr&#232;s de lui. Tout est converti en acte d'offrande, mais exige d'abord de sa part un grand acte de foi. De plus, dans cette offrande, il y a un d&#233;passement d'elle-m&#234;me, de sa sensibilit&#233; maladive. Th&#233;r&#232;se est sur la pente ascendante du don de soi et continue sur la lanc&#233;e de No&#235;l 86&#8230; Elle n'est plus enferm&#233;e sur elle-m&#234;me, mais trouve la force pour se d&#233;passer.
Un religieux, vers la fin de sa vie, alors qu'il &#233;tait atteint d'un zona facial, maladie qui est assez douloureuse, r&#233;pondait : &#034;&#224; quoi pourrait servir la vie si l'on ne pouvait cro&#238;tre en amour&#034;. Par cela, il disait la fa&#231;on dont il assumait sa souffrance en la d&#233;passant par l'offrande de lui-m&#234;me. C'est alors que l'&#226;me grandit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Face &#224; la souffrance (et ne pensons pas imm&#233;diatement &#224; la souffrance paroxystique, mais regardons notre quotidien), lorsqu'elle ne peut &#234;tre ma&#238;tris&#233;e, quelle attitude avoir ? Se r&#233;volter, cela ne l'emp&#234;chera pas d'agir et l'on est en danger de se refermer sur soi, s'aigrir. Composer avec elle, l'accepter ? Cela peut ouvrir la voie &#224; une autre dimension et rendre plus proche de nos fr&#232;res en humanit&#233;&#8230; Mais il y a plus avec Th&#233;r&#232;se, c'est l'offrir en communion avec l'humanit&#233; enti&#232;re pour sauver les &#226;mes, comme J&#233;sus s'est lui-m&#234;me offert sur la croix.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Par elle-m&#234;me la souffrance est absurde et elle vient d&#233;truire la cr&#233;ation. Et J&#233;sus vient soigner les malades, les d&#233;livrer de leur souffrance. Il envoie ses disciples continuer son &#339;uvre. La souffrance par elle-m&#234;me n'est pas b&#233;nie de Dieu puisqu'il vient nous en lib&#233;rer. Cela n'emp&#234;che que tout le monde a ou aura &#224; faire avec la souffrance. S'il faut la combattre, il n'en est pas moins vrai qu'elle doit &#234;tre travers&#233;e car la gu&#233;rison ne sera jamais imm&#233;diate. Or Th&#233;r&#232;se trouve l&#224; le moyen de conqu&#233;rir son &#226;me, de d&#233;passer son trouble int&#233;rieur, vaincre sa sensibilit&#233;. Elle fait feu de tout bois, comme l'on dit, pour vivre son apostolat et porter la souffrance de ses fr&#232;res en humanit&#233;,&#8230; et veut du bois pour le feu. Th&#233;r&#232;se accueille ce qui lui est donn&#233;, elle ne cr&#233;e pas elle-m&#234;me de souffrance inutile (&#231;a ressort plus clairement &#224; la fin de sa vie&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-57&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Elle me raconta comment elle avait port&#233; longtemps sa petite croix de fer et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-57&#034;&gt;57&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, elle se d&#233;marque m&#234;me d'une &#171; culture &#187; ambiante). Mais il y a une autre dimension, celle de ses d&#233;sirs, et l&#224; elle n'h&#233;site pas &#224; dire &#224; son Seigneur qu'elle est pr&#234;te &#224; tout souffrir pour lui, c'est la simple expression de son amour&#8230; la souffrance ou la mort consenties, cela n'a-t-il pas toujours fait partie du langage de l'amour ? Le d&#233;sir d'un amour qui dure toujours n'est-il pas inscrit dans le c&#339;ur de tout homme ? Th&#233;r&#232;se, c'est J&#233;sus qu'elle aime !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong class=&#034;caractencadre-spip spip&#034;&gt;Je n'ai pu trouver nulle cr&#233;ature Qui m'aim&#226;t toujours, sans jamais mourir Il me faut un Dieu prenant ma nature Devenant mon fr&#232;re et pouvant souffrir !&lt;/strong&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-58&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;(Po&#233;sies 23)&#034; id=&#034;nh3-58&#034;&gt;58&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Ce qui s'ouvre &#224; elle dans la foi va plus loin encore : &#224; travers ses souffrances, &#224; travers l'intime de son c&#339;ur, Th&#233;r&#232;se a rencontr&#233; J&#233;sus dans son offrande au P&#232;re, et elle sait quelque chose du chemin qu'il a ouvert sur la Croix pour la vie de tous les hommes&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Il faut faire attention &#224; cette dimension de la souffrance qui recherch&#233;e pour elle-m&#234;me est plus proche de la fragilit&#233; psychologique que de la saintet&#233;. Ici comme partout dans la vie spirituelle, les actes doivent &#234;tre ordonn&#233;s &#224; une plus grande charit&#233;. A quoi bon souffrir si c'est pour ne pas savoir s'aimer, ni du coup savoir aimer son prochain et Dieu en tout &#234;tre humain ? A quoi bon souffrir si c'est pour entrer dans une sorte de comp&#233;tition avec soi-m&#234;me, en se mirant dans une sorte de complaisance narcissique, et se demandant jusqu'o&#249; pouvoir se d&#233;passer ? Comme certains grands sportifs&#8230; Mais o&#249; se situe cette ouverture &#224; plus de compassion pour les hommes ? Chez Th&#233;r&#232;se tout est orient&#233; vers un plus grand amour, pour sauver des &#226;mes, pour consoler J&#233;sus&#8230; Evidemment le sentier sur lequel elle marche serait &#233;troit si elle s'y avan&#231;ait toute seule, ce serait bravoure, or tel n'est pas son cas&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-59&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Carnets Jaunes 527,3&#034; id=&#034;nh3-59&#034;&gt;59&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; : &lt;strong class=&#034;caractencadre-spip spip&#034;&gt;&#171; Je n'ai nullement peur des derniers combats ni des souffrances, si grandes qu'elles soient, de la maladie. Le bon Dieu m'a a toujours secourue ; il m'a aid&#233;e et conduite par la main d&#232;s ma plus tendre enfance&#8230; je compte sur lui. Je suis assur&#233;e qu'il me continuera son secours jusqu'&#224; la fin. &#187;&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Il y a des &#171; terres &#187; o&#249; il serait pr&#233;somptueux et dangereux de s'aventurer seul.. Cependant la fin de la lettre : &#171; elle est bien peu ce qu'elle voudrait &#234;tre &#187; en dit bien long sur ses difficult&#233;s. Tout cela ne doit pas se faire sans combat&#8230; et sans &#233;checs ! Mais avec Th&#233;r&#232;se tout est repris dans l'offrande d'elle-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;em class=&#034;spip&#034;&gt;2&lt;em class=&#034;spip&#034;&gt;II - Du jardin prot&#233;g&#233; des Buissonnets au port du Carmel.&lt;/em&gt;2&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Apr&#232;s l'entr&#233;e au carmel elle &#233;crit &#224; sa s&#339;ur Marie : &lt;strong class=&#034;caractencadre-spip spip&#034;&gt;&#171; Vous qui &#234;tes un AIGLE appel&#233; &#224; planer dans les hauteurs et &#224; fixer le soleil priez pour le petit roseau 4 si faible qui est dans le fond de la vall&#233;e, le moindre souffle le fait plier. &#187;&lt;/strong&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-60&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;LT 49 &#224; Sr Marie du Sacr&#233; C&#339;ur, 12-20 mai 88. Th&#233;r&#232;se est entr&#233; le 9 avril 88&#034; id=&#034;nh3-60&#034;&gt;60&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#201;crits suggestifs. Th&#233;r&#232;se entre au carmel, mais si elle y retrouve ses s&#339;urs, ce n'est plus les Buissonets. L&#224;, elle &#233;tait dans un lieu clos, o&#249; elle &#233;tait la petite reine et, jusqu'&#224; une certaine p&#233;riode, vers ses treize ans, un peu m&#234;me une poup&#233;e dont on s'occupait et que l'on choyait&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-61&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;MsA 39v&#034; id=&#034;nh3-61&#034;&gt;61&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Elle entre au Carmel, c'est-&#224;-dire un autre monde clos. La cl&#244;ture n'est pas l&#224; pour se prot&#233;ger du monde en se mettant &#224; part. Non, la vie religieuse n'est pas une protection, mais elle est une plong&#233;e dans les &#034;histoires humaines&#034; et ses propres histoires. C'est une autre sorte de combat avec l'ange d'o&#249; l'&#234;tre humain sort boiteux, mais b&#233;ni de Dieu. Il en sort plus vuln&#233;rable dans sa vie humaine, mais plus fort de la vie de Dieu. Si du moins l'&#226;me joue le jeu de la vie religieuse. Car en tout lieux il y a maintes occasions de fuir, de se fuir, m&#234;me sous le couvert des plus beaux principes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Th&#233;r&#232;se entre l&#224; comme dans une fournaise. C'est-&#224;-dire qu'elle rencontre des personnes diff&#233;rentes d'elles sur tous les points. Dans la vie religieuse, c'est surtout la rencontre de l'autre qui constitue le fond de l'asc&#232;se, du travail sur soi. C'est la rencontre de l'autre avec une culture, des habitudes, des fragilit&#233;s humaines tout aussi importantes que les miennes, mais diff&#233;rentes et pas forc&#233;ment compl&#233;mentaires. Cette rencontre est source de richesses &#224; tous les niveaux et permet de s'ouvrir &#224; des mondes nouveaux. Mais c'est au prix de l'Evangile, de la suite du Christ qui m'apprend &#224; d&#233;passer mes failles et m'ouvre &#224; l'amour fraternel. C'est donc source de travail sur soi, de d&#233;passement de ses propres sentiments, assurances, certitudes. Cela invite &#224; se lib&#233;rer de son &#233;gocentrisme, une &#171; mort &#224; soi &#187; pour entrer dans la terre de l'autre&#8230; et la terre de l'Autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Les &#233;preuves ne lui sont pas &#233;pargn&#233;es et elles touchent Th&#233;r&#232;se l&#224; o&#249; elle est le plus sensible, dans les relations avec ses s&#339;urs avec qui elle doit arriver &#224; se resituer. Elle n'est plus la petite fille des Buissonnets, le b&#233;b&#233; que l'on prot&#232;ge, mais elle est cette combattante qui veut grandir et acc&#233;der &#224; la maturit&#233; humaine et plus encore &#224; la maturit&#233; spirituelle :
&lt;strong class=&#034;caractencadre-spip spip&#034;&gt;&#171; A force de vous voir recommencer presque tous les soirs la m&#234;me chose, cela finit par me miner de chagrin et c'est pour cela que je pleure puisque vous ne m'&#233;coutez plus jamais. &#187; ou bien &#171; Tout ce que je puis vous dire, c'est que vous me faites bien de la peine. Ah ! quand je pense que vous me refusez de prendre cette heure de repos (&#8230;) Moi qui ne peux plus rien vous donner comme je le faisais chez nous quand je vous sentais fatigu&#233;e (&#8230;) Mais puisque vous ne voulez rien faire de ce que je vous dis, moi qui vous aime tant, eh bien, faites comme vous voudrez sur tout. J'ai le c&#339;ur bien gros. &#187;&lt;/strong&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-62&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;LC 122 et 123 avec Marie du Sacr&#233; C&#339;ur&#034; id=&#034;nh3-62&#034;&gt;62&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; On devine la pression psychologique que de telles relations peuvent exercer dans un milieu confin&#233;. Et bien Th&#233;r&#232;se r&#233;ussit &#224; r&#233;sister et surtout &#224; s'affirmer dans son ind&#233;pendance. Mais cela n'a pas d&#251; &#234;tre facile.
L&#224;, la sensibilit&#233; de Th&#233;r&#232;se est &#233;prouv&#233;e et d'une fa&#231;on particuli&#232;re puisqu'elle change compl&#232;tement de milieu et qu'elle a tout &#224; apprendre. L&#224;, dans cette purification de sa sensibilit&#233;, elle a de quoi &#224; offrir au Seigneur, de quoi s'unir &#224; lui dans sa passion pour tout transformer en charit&#233;. Elle n'a jamais travaill&#233;, et elle a tout &#224; apprendre, ce qui parfois peut toucher la patience d'autre religieuse qui ont d'autres v&#233;cus et les pousser &#224; des r&#233;actions d'agacement. Ah les piq&#251;res d'&#233;pingles g&#233;mit Th&#233;r&#232;se ! : &lt;strong class=&#034;caractencadre-spip spip&#034;&gt;&#171; Oui, je les d&#233;sire, ces angoisses du c&#339;ur, ces coups d'&#233;pingles dont parle l'agneau ; qu'importe au petit roseau de plier. il n'a pas peur de se rompre, car il a &#233;t&#233; plant&#233; au bord des eaux ; au (1v ) lieu d aller toucher la terre quand il plie il ne rencontre qu'une onde bienfaisante qui le fortifie et lui fait d&#233;sirer qu'un autre orage vienne &#224; passer sur sa fr&#234;le t&#234;te. C'est sa faiblesse qui fait toute sa confiance il ne saurait se briser puisque quelque chose qui lui arrive, il ne veut voir que la douce main de son J&#233;sus. Quelquefois les petits coups de vent sont plus insupportables au roseau que les grandes temp&#234;tes, car alors il va se retremper dans son ruisseau ch&#233;ri, mais les petits coups de vent ne le font pas plier assez bas ce sont les piq&#251;res d'&#233;pingles.. Mais rien de trop &#224; souffrir pour conqu&#233;rir la palme&#8230; &#187;&lt;/strong&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-63&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;LT 55 , 5 juillet 88&#034; id=&#034;nh3-63&#034;&gt;63&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Il n'y a dans ce quotidien rien d'extraordinaire et chacun de nous peut le vivre, le vit dans son travail, dans son foyer, dans sa communaut&#233; o&#249; nous pouvons rencontrer des relations difficiles &#224; assumer. On peut &#234;tre tour &#224; tour blessant et bless&#233;. Ce qui n'est pas ordinaire, c'est la fa&#231;on dont elle tourne tout cela en offrande, sans repli sur elle-m&#234;me. C'est l&#224; qu'elle est d'une grande sant&#233;. Pour le dire autrement, &#171; elle ne se fait pas de n&#339;uds &#187; ! Avec une sensibilit&#233; comme la sienne, sa fragilit&#233; humaine, elle aurait eu tout pour s'enfermer dans ses blessures, dans ce qui aurait pu &#234;tre blessant pour elle. Non, il y a une force en elle qui la fait d&#233;border et se mettre aux pieds du Crucifi&#233; et s'unir &#224; sa passion et &#224; sa force de r&#233;surrection &#224; partir du quotidien de sa vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Dans cette lettre, Th&#233;r&#232;se nous renvoie &#224; une autre r&#233;alit&#233; de son quotidien qui rejoint ce que nous vivons tous. Comme elle, il nous est souvent plus facile de traverser une temp&#234;te, que de vivre les contrari&#233;t&#233;s quotidiennes de notre vie. Lorsque l'&#233;preuve est grande, nous sommes souvent d&#233;pass&#233;s et cherchons le secours ailleurs. Avec Th&#233;r&#232;se, c'est aux pieds de J&#233;sus. Mais dans les &#233;preuves plus banales, nous sommes souvent seuls dans le combat, et cela peu en &#234;tre d'autant plus dangereux. A la longue, et s'y l'on n'y prend gard, l'&#233;difice peut se rompre&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Avant la gr&#226;ce de No&#235;l, Th&#233;r&#232;se se serait effondr&#233;e, maintenant, elle parcourt un combat de g&#233;ant, mais d'une fa&#231;on inaper&#231;ue, dans le quotidien de sa vie de carm&#233;lite. C'est un combat contre elle-m&#234;me qui se vit l&#224;, tr&#232;s profond&#233;ment, contre sa sensibilit&#233;, contre ses scrupules. Mais c'est aussi un des enjeux de notre vie spirituelle, de celle de chaque chr&#233;tien. La plus grande des victoires n'est pas de gagner une guerre, ou une m&#233;daille olympique, mais de se vaincre, de grandir en charit&#233;, c'est ce que nous montre Th&#233;r&#232;se. Elle est l&#224;, dans son carmel et vit au milieu de personnes qu'elle n'a pas choisies et qui sont parfois une &#233;preuve difficile &#224; supporter pour sa nature sensible. Th&#233;r&#232;se a grandi dans un milieu prot&#233;g&#233;, dans une certaine finesse de vie. Au couvent, elle rencontre des religieuses qui ont un autre v&#233;cu, qui ont une certaine rudesse d'esprit ou de temp&#233;rament. Elle rencontre des personnes qui ont d&#251; tr&#232;s t&#244;t apprendre &#224; travailler de leurs mains, ce que ne sait pas faire Th&#233;r&#232;se. Elle est donc dans un milieu o&#249; elle doit faire face &#224; de multiples nouveaut&#233;s qu'elle doit d&#233;couvrir ce qui lui procure souffrance voire humiliations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-64&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Soeur Saint-Vincent-de-Paul multipliait les r&#233;flexions piquantes &#224; l'endroit (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-64&#034;&gt;64&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; :
&lt;strong class=&#034;caractencadre-spip spip&#034;&gt;&#171; Petit agneau ch&#233;ri de J&#233;sus, Merci !&#8230; Si vous saviez comme votre petit mot me fait plaisir !&#8230; Demandez &#224; J&#233;sus que je sois bien g&#233;n&#233;reuse pendant ma retraite, il me crible de piq&#251;res d'&#233;pingles, la pauvre petite balle n'en peut plus, de toutes parts elle a de tout petits trous qui la font plus souffrir que si elle n'en avait qu'un grand !&#8230; Rien aupr&#232;s de J&#233;sus, s&#233;cheresse !&#8230; Sommeil !&#8230; Mais au moins c'est le silence !&#8230; le silence fait du bien &#224; l'&#226;me&#8230; Mais les cr&#233;atures, oh ! les cr&#233;atures !&#8230; La petite balle en tressaille !&#8230; Comprenez le jouet de J&#233;sus !&#8230; Quand c'est le doux ami qui pique lui-m&#234;me sa balle, la souffrance n'est que douceur, sa main est si douce !&#8230; Mais les cr&#233;atures !&#8230; Celles qui m'entourent sont bien bonnes, mais (1v ) il y a je ne sais quoi qui me repousse !&#8230; Je ne puis vous faire d'explication, comprenez votre petite &#226;me. Je suis pourtant bien heureuse, heureuse de souffrir ce que J&#233;sus veut que je souffre, si il ne pique pas directement sa petite balle, c'est bien lui qui conduit la main qui la pique. Puisque J&#233;sus veut dormir pourquoi l'en emp&#234;cherais-je ? je suis trop heureuse qu'il ne se g&#234;ne pas avec moi, il me montre que je ne suis pas une &#233;trang&#232;re. &#187;&lt;/strong&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-65&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;LT 74 &#224; Sr Agn&#232;s de J&#233;sus (Pauline) au cours de sa premi&#232;re retrait&#034; id=&#034;nh3-65&#034;&gt;65&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Elle ne cherche pas &#224; dire qu'elle a raison ni &#224; prouver que l'autre a tort, elle ne raconte pas d'histoires non plus, &#231;a l'a bless&#233;e, ce sont des &#171; piq&#251;res d'&#233;pingle &#187;, elle accueille la r&#233;alit&#233; douloureuse, ne se referme pas pour autant&#8230; On ne peux pas s'emp&#234;cher de penser au Christ Roi se laissant d&#233;poss&#233;der par les hommes et glorifi&#233; par Dieu : l'attitude de Th&#233;r&#232;se d&#232;s ici-bas lui gagne l'amiti&#233; de ses s&#339;urs et ouvre un chemin de paix&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Pauline voyait juste en lui &#233;crivant : &lt;strong class=&#034;caractencadre-spip spip&#034;&gt;&#171; Tu souffriras bien dans ta vie, ton c&#339;ur est particuli&#232;rement fait pour souffrir, mais quand J&#233;sus est l&#224;, quand c'est lui-m&#234;me qui envoie sa petite balle au milieu des &#233;pines, les &#233;pines se changent en fleur&#8230; &#187;&lt;/strong&gt;
Les fleurs symbolisent la paix et la joie profondes du c&#339;ur au sein m&#234;me des &#233;preuves.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;em class=&#034;spip&#034;&gt;2&lt;em class=&#034;spip&#034;&gt;III - Il fit de moi un p&#234;cheur d'&#226;mes.&lt;/em&gt;2&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; J&#233;sus ne regarde pas &#224; la grandeur des actions mais &#224; l'amour qui les produit. Avec sa s&#339;ur C&#233;line c'est l'&#233;preuve de la s&#233;paration. Elles &#233;taient devenues s&#339;ur d'&#226;me et marchaient main dans la main &#224; la suite du Christ et puis Th&#233;r&#232;se se trouve maintenant &#171; loin &#187;. C&#233;line &#233;prouve la solitude et doit affronter de multiples soucis .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong class=&#034;caractencadre-spip spip&#034;&gt;&#171; Bonne F&#234;te !&#8230; Quel chagrin pour ta pauvre C&#233;line de ne pouvoir te la souhaiter comme les autres ann&#233;es. Je ne puis me faire &#224; &#234;tre s&#233;par&#233;e de toi, hier j'ai vers&#233; des larmes bien am&#232;res aux pieds de J&#233;sus&#8230; Oui je pleure souvent, moi qu autrefois, jamais ne versais de larmes, elles sont maintenant toujours pr&#234;tes &#224; couler et je crois que plus cela va plus je sens notre s&#233;paration. Je me trouve sans appui, sans conseil. Quelle conformit&#233; de pens&#233;es, d'affections, quels doux &#233;panchements nous avions ensemble et tout cela est pass&#233; ! Ici je n'ai pas de soutiens&#8230; Th&#233;r&#232;se ! Est-ce ainsi qu'on souhaite une f&#234;te ! Ne t'afflige pas de mes plaintes, J&#233;sus est l&#224; ! Il doit me tenir lieu de tout. Quand il est absent, c'est alors qu'il faut dire avec St Fran&#231;ois Xavier : &#034;l'absence de la Croix, c'est l'absence de la vie.&#034; Ou bien encore : &#034;Ne cessez pas un instant de souffrir et vous ne cesserez pas un instant d'aimer. &#187;&lt;/strong&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-66&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;LC 88, 14 octobre 88&#034; id=&#034;nh3-66&#034;&gt;66&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Ce que nous apercevons d'abord, c'est la d&#233;pression travers&#233;e par C&#233;line. Elle doit vivre le deuil de ses relations avec sa s&#339;ur. Ainsi encore dans cette lettre : &lt;strong class=&#034;caractencadre-spip spip&#034;&gt;&#171; Ma Th&#233;r&#232;se, en ton absence tout ici est exil ; de plus en plus je souffre de notre s&#233;paration, souvent je me retiens pour ne pas pleurer&#8230; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-67&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;LC 96 du 24 d&#233;cembre 88&#034; id=&#034;nh3-67&#034;&gt;67&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et C&#233;line confiera plus tard : &#171; la maladie de notre cher petit P&#232;re s'aggravant de jour en jour, je passais par beaucoup d'&#233;motions et de souffrances intimes. &#187;&lt;/strong&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-68&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Note g de LC 96&#034; id=&#034;nh3-68&#034;&gt;68&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;
Et l'on peut penser que Th&#233;r&#232;se a pu partager les m&#234;mes sentiments m&#234;me si nous n'en avons pas de trace &#233;crite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; D'autre part nous d&#233;couvrons leur univers spirituel ouvert &#224; la passion de J&#233;sus. Pour &#234;tre pr&#232;s de J&#233;sus et c'est un th&#232;me de l'&#233;poque, il faut souffrir, il faut (ce n'est pas dans cette lettre) m&#233;riter, gagner son Ciel. Il y a quelque chose de dur dans la r&#233;signation de C&#233;line, comme s'il fallait tenir &#171; &#224; coup de poigne &#187;. Regardons la r&#233;ponse de Th&#233;r&#232;se : &lt;strong class=&#034;caractencadre-spip spip&#034;&gt;&#171; Ma C&#233;line ch&#233;rie. C'est donc demain le jour de ta f&#234;te ! 1 oh ! que je voudrais &#234;tre la premi&#232;re &#224; te la souhaiter ! si cela n'est pas possible. du moins je puis le faire dans mon c&#339;ur. Pour ta f&#234;te, que veux-tu que je t'offre ? si je m'&#233;coutais je demanderais &#224; J&#233;sus de m'envoyer tous les chagrins, toutes les tristesses, les ennuis de la vie de ma C&#233;line ch&#233;rie, mais vois-tu, je ne m'&#233;coute pas car j'aurais peur que (1v ) J&#233;sus me dise que je suis une &#233;go&#239;ste : je voudrais qu'il me donne tout ce qu'il a de meilleur sans en laisser un peu pour sa petite fianc&#233;e qu'il aime tant. C'est pour lui prouver son amour qu'il lui fait sentir la s&#233;paration 2 aussi je ne peux demander cela &#224; J&#233;sus. Et puis il est si riche, si riche. qu'il a bien de quoi nous enrichir toutes les deux.. Quand on pense que si le bon Dieu nous donnait l'univers tout entier, avec tous ses tr&#233;sors cela ne serait pas comparable &#224; la plus l&#233;g&#232;re souffrance. Quelle gr&#226;ce quand le matin nous ne nous sentons aucun courage, aucune force pour pratiquer la vertu, c'est alors le moment de mettre la cogn&#233;e &#224; la racine de l'arbre ; 3 au lieu de perdre son temps &#224; ramasser quelques petites paillettes, on puise dans (2r ) les diamants. quel profit &#224; la fin du jour&#8230; il est vrai que quelquefois nous d&#233;daignons pendant quelques instants d'amasser nos tr&#233;sors, c'est alors le moment difficile, on est tent&#233; de laisser tout l&#224;, mais dans un acte d'amour m&#234;me pas senti, tout est r&#233;par&#233; et au-del&#224;, J&#233;sus sourit. il nous aide sans en avoir l'air. et les larmes que lui font verser les m&#233;chants sont essuy&#233;es par notre pauvre et faible petit amour. L'amour peut tout faire, les choses les plus impossibles ne lui semblent pas difficiles. 4 J&#233;sus ne regarde pas autant &#224; la grandeur des actions ni m&#234;me &#224; leur difficult&#233; qu'&#224; l'amour qui fait faire ces actes&#8230; &#187;&lt;/strong&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-69&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;LT 65 20 octobre 88&#034; id=&#034;nh3-69&#034;&gt;69&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Th&#233;r&#232;se place sa s&#339;ur au pied de la croix, elle ne fait aucune analyse des sentiments de C&#233;line. Elle l'invite &#224; se d&#233;passer dans l'offrande d'elle-m&#234;me mais avec plus de souplesse tout en maintenant une certaine &#233;nergie. Son style peut nous d&#233;plaire, voire nous faire un peu peur, mais il vaut la peine de relire cette lettre avec un peu de distance et nous la verrons sous un autre jour, plein d'esp&#233;rance et nous la trouverons accessible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est vrai que nous aurions d'autres fa&#231;ons d'aborder le probl&#232;me de la s&#233;paration. Mais Th&#233;r&#232;se vit de sa gr&#226;ce de No&#235;l 86 : &lt;strong class=&#034;caractencadre-spip spip&#034;&gt;&#171; Comme ses ap&#244;tres, je pouvais Lui dire : &#034;Seigneur, j'ai p&#234;ch&#233; toute la nuit sans rien prendre.&#034; Lc 5,4-10 Plus mis&#233;ricordieux encore pour moi qu'Il ne le fut pour ses disciples, J&#233;sus prit Lui-m&#234;me le filet, le jeta et le retira rempli de poissons&#8230; Il fit de moi un p&#234;cheur d'&#226;mes, je sentis un grand d&#233;sir de travailler &#224; la conversion des p&#233;cheurs, d&#233;sir que je n'avais senti aussi vivement&#8230; Je sentis en un mot la charit&#233; entrer dans mon c&#339;ur, le besoin de m'oublier pour faire plaisir 186 et depuis lors je fus heureuse !&#8230; Un Dimanche 187 en regardant une photographie de Notre Seigneur en Croix, je fus frapp&#233;e par le sang qui tombait d'une de ses mains Divines, j'&#233;prouvai une grande peine en pensant que ce sang tombait &#224; terre sans que personne s'empresse de le recueillir, et je r&#233;solus de me tenir en esprit au pied de Croix pour recevoir la Divine ros&#233;e 188 qui en d&#233;coulait, comprenant qu'il me faudrait ensuite la r&#233;pandre sur les &#226;mes&#8230; Le cri de J&#233;sus sur la Croix retentissait aussi continuellement dans mon c&#339;ur : &#034;J'ai soif !&#034; Jn 19,28 189 Ces paroles allumaient en moi une ardeur inconnue et tr&#232;s vive&#8230; Je voulais donner &#224; boire &#224; mon Bien-Aim&#233; et je me sentais moi-m&#234;me d&#233;vor&#233;e de la soif des &#226;mes&#8230; Ce n'&#233;tait pas encore les &#226;mes de pr&#234;tres 190 qui m'attiraient, mais celles des grands p&#233;cheurs, je br&#251;lais du d&#233;sir de les arracher aux flammes &#233;ternelles&#8230; &#187;&lt;/strong&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-70&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;MsA 45v&#034; id=&#034;nh3-70&#034;&gt;70&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Th&#233;r&#232;se est l&#224; en toute sa vie, d&#233;sormais. Elle invite C&#233;line &#224; participer au m&#234;me dynamisme et tout ce qui lui arrive est aussit&#244;t plac&#233; aux pieds du Seigneur. C'est de cette fa&#231;on qu'elle con&#231;oit son activit&#233; d'ap&#244;tre et de p&#233;cheur d'&#226;me en participant &#224; la passion de J&#233;sus. On per&#231;oit que C&#233;line peine un peu &#224; suivre avec la m&#234;me ardeur Th&#233;r&#232;se. Elle est prise par la tristesse de la s&#233;paration et a du mal &#224; assumer la solitude qu'elle traverse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Ce chemin de solitude J&#233;sus le fera &#233;galement faire &#224; sa m&#232;re. Il lui demandera de prendre de la distance, lui fera comprendre qu'il n'est pas que son fils. Au recouvrement au Temple lorsqu'il s'&#233;tonne de la frayeur de Joseph et de Marie apr&#232;s trois jours de fugue et qu'ils le retrouvent tranquillement install&#233; avec les docteurs de la loi : je dois &#234;tre avec mon P&#232;re. A plusieurs reprises dans l'Evangile J&#233;sus met de la distance, une forme de s&#233;paration, entre sa m&#232;re et lui. Ce n'est pas par ingratitude, c'est par souci de clart&#233; dans la relation. J&#233;sus n'est pas pour Marie seulement, il est pour l'humanit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Entre Th&#233;r&#232;se et C&#233;line, il en est peut &#234;tre un peu ainsi et leur relation si intime va devoir se purifier. Il ne s'agit pas de renoncer &#224; toute relation, mais seulement de les purifier pour qu'elles puissent &#234;tre plus profonde. Ce qu'ajoute Th&#233;r&#232;se, c'est que dans ce chemin elle peut s'unir &#224; J&#233;sus et vivre ses souffrances en se d&#233;passant, en d&#233;passant sa tristesse pour l'offrir au Seigneur et coop&#233;rer ainsi au salut des &#226;mes. Il ne s'agit pas de s'engager dans des actes h&#233;ro&#239;ques, mais en fait de consentir au r&#233;el, de profiter des al&#233;as de la vie pour les transformer en acte d'offrande. C'est en fait, d'une fa&#231;on indirecte &#224; un chemin d'incarnation qu'elle invite. Au lieu de fuir la r&#233;alit&#233;, par cet acte d'offrande, elle invite &#224; assumer chaque instant de la vie, mais d'une vie non plus centr&#233;e sur soi, ses plaisirs, mais offerte. C'est &#224; un d&#233;centrement de soi-m&#234;me que pousse Th&#233;r&#232;se et en cela il y a de la sant&#233; car c'est un vrai courant de vie qui s'ouvre alors en elle et par elle&#8230; Comme si d&#233;sormais le don de Dieu pouvait affluer en elle et se donner &#224; travers elle ? Quel est alors pour nous le sens de l'Incarnation ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Par cet accueil des souffrances Th&#233;r&#232;se montre qu'elle n'est pas insensible, mais que loin de se durcir son c&#339;ur reste tr&#232;s pr&#233;sent au monde, &#224; ce qui l'entoure. Ce n'est pas parce qu'elle souffre avec intensit&#233; que son c&#339;ur se durcit, qu'elle se recroqueville sur elle-m&#234;me. Non, sa fa&#231;on de communier par ce qu'elle vit aux souffrances du Christ l'aide &#224; rester humaine, &#224; accueillir sa sensibilit&#233;. Mais ce n'est pas une sensibilit&#233; lov&#233;e sur elle-m&#234;me. Elle est v&#233;cue au pied de la croix en un geste de partage et d'offrande. Elle est v&#233;cue au pied de la croix en un geste de communion &#224; l'humanit&#233; par J&#233;sus.
C'est ce qu'elle vivra au cours d'un des &#233;v&#232;nements les plus douloureux de sa vie et de la vie de ses s&#339;urs avec la maladie de son p&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;em class=&#034;spip&#034;&gt;2&lt;em class=&#034;spip&#034;&gt;IV - Sa plus grande souffrance.&lt;/em&gt;2&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour sentir cela, il faut sentir toute l'affection qu'elle lui porte : &lt;strong class=&#034;caractencadre-spip spip&#034;&gt;&#171; Quand je pense toi mon petit P&#232;re ch&#233;ri je pense naturellement au bon Dieu, car il me semble qu'il est impossible de voir quelqu'un de plus saint que toi sur la terre. Plus je vais, mon petit P&#232;re ch&#233;ri, plus je t'aime, je ne sais pas comment cela se fait, mais c'est la v&#233;rit&#233;, je me demande ce que cela sera &#224; la fin de (2v ) ma vie&#8230;. J&#233;sus le Roi du Ciel, en me prenant pour lui, ne m'a pas enlev&#233;e &#224; mon saint Roi de la terre, oh ! non, toujours, si mon petit P&#232;re ch&#233;ri le veut bien et ne m'en trouve pas trop indigne, je resterai : La Reine &#224; Papa. La perle fine t'embrasse bien fort. Adieu et &#224; bient&#244;t mon Roi ch&#233;ri&#8230; &#187;&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Or, en juin 88 M.Martin commence &#224; donner des signes de faiblesses, il fugue quatre jours. Sa disparition met en &#233;moi toute la petite troupe des s&#339;urs Martin et M&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;me&lt;/sup&gt; Gu&#233;rin &#233;crit : &lt;strong class=&#034;caractencadre-spip spip&#034;&gt;&#171; Calmez donc votre grande douleur, je vous en prie, je regrette que vous ayez vu la d&#233;p&#234;che de ce matin, puisqu'elle vous a fait tant de mal. Je me suis consult&#233;e un instant, mais je me suis dit que vous alliez prier encore davantage, si vous le pouvez et alors je l'ai envoy&#233;e. Mais je vous en prie, ne poussez pas les choses encore &#224; l'exc&#232;s&#8230; &#187;&lt;/strong&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-71&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;LD 26 Juin 88&#034; id=&#034;nh3-71&#034;&gt;71&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Une grave rechute se produit &#224; Honfleur le 31 octobre 88 et C&#233;line &#233;crit le jour m&#234;me &#224; ses s&#339;urs : &lt;strong class=&#034;caractencadre-spip spip&#034;&gt;&#171; Non, point de paroles, point d'expression pour redire nos angoisses et nos d&#233;chirements&#8230; Ce n'est pas un glaive mais mille qui viennent avec leur dard empoisonn&#233; s'enfoncer l'un apr&#232;s l'autre dans la plaie b&#233;ante de mon c&#339;ur&#8230;Oh que papa me fait piti&#233;, je vois qu'il souffre beaucoup &#187;&lt;/strong&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-72&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;CG note de LC 92&#034; id=&#034;nh3-72&#034;&gt;72&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Souffrances qui trouveront &#233;chos tout particuli&#232;rement dans le c&#339;ur de Th&#233;r&#232;se. Il faut ici oser lire la lettre de &#171; consolation &#187; que lui envoie sa s&#339;ur a&#238;n&#233;e, Sr Marie des Anges : &lt;strong class=&#034;caractencadre-spip spip&#034;&gt;&#171; &#8230;J'ai senti de suite hier &#224; l'avant ch&#339;ur qu'un glaive de douleur avait transperc&#233; votre pauvre c&#339;ur !&#8230; Il faut esp&#233;rer conte toute esp&#233;rance et prier Celui qui peut tout, il est si bon notre J&#233;sus m&#234;me lorsqu'il nous &#233;prouve ! Oh ! Comme il aime en ce moment sa petite fianc&#233;e ch&#233;rie ; pour &#234;tre cach&#233; il ne la guette que mieux, et son &#339;il divin autant que son c&#339;ur Sacr&#233; ne perds aucune de ses angoisses qui la font tant m&#233;riter. La toilette de noce n'&#233;tait pas assez belle&#8230; J&#233;sus est un &#233;poux de sang&#8230; laissez l'Enfant J&#233;sus jouer avec sa balle si ch&#232;re, souriez lui encore, souriez lui toujours, aimez-le d'autant plus qu'il vous fera plus souffrir&#8230; &#187;&lt;/strong&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-73&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;LC 92 2 novembre 88&#034; id=&#034;nh3-73&#034;&gt;73&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Nous sommes l&#224; immerg&#233;s dans la spiritualit&#233; de l'&#233;poque et ce langage peut nous heurter &#224; juste titre. Comment pourrions-nous &#233;crire ce genre de lignes ? La souffrance reste un myst&#232;re, elle n'en demeure pas moins absurde et rendre Dieu responsable de ce genre d'&#233;preuve est scandaleux. Comme s'il voulait notre souffrance, comme s'il prenait plaisir &#224; notre souffrance ! Ce n'est pas une petite balle qu'est Th&#233;r&#232;se, mais la souris dans les griffes d'un chat !&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Mais que fait-on du crucifi&#233; ? Que fait-on de celui qui n'a pas arr&#234;t&#233; de soulager la souffrance de ses fr&#232;res ? O&#249; trouve-t-on que J&#233;sus b&#233;nisse la souffrance ? Autre chose est d'assumer la souffrance travers&#233;e, autre chose d'offrir cette souffrance et de communier &#224; la souffrance de l'humanit&#233;. Il faut reprendre les &#201;vangiles pour y percevoir que Dieu lui-m&#234;me est atteint dans nos souffrances humaines, le premier atteint. Nulle part nous le voyons jouir ou prendre plaisir &#224; nos souffrances. Ce qui le fait souffrir et qui va l'amener sur la croix, c'est l'affrontement &#224; nos humanit&#233;s bless&#233;es, ferm&#233;es, repli&#233;es sur elles-m&#234;mes. Et c'est aussi cela qui nous fait souffrir et bien souvent nous crucifie nous aussi. Et que fait Dieu alors ? Il marche avec nous et voudrait nous aider &#224; traverser les &#233;preuves pour en faire, non pas des impasses, mais les ouvrir en chemins de vie. Car l'&#233;preuve qui d&#233;truit ne peut &#234;tre voulue par Dieu. Ce qu'il veut c'est que l'&#233;preuve une fois travers&#233;e ouvre nos c&#339;urs &#224; plus d'humilit&#233;, d'humanit&#233;, de compassion, d'abandon. Ce qu'il veut c'est que nous entrions dans une foi plus pure avec lui, une communion plus grande &#224; son d&#233;sir d'aider l'humanit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; C'est avec ces pr&#233;cautions l&#224; que l'on peut aussi lire la lettre &#171; d'encouragement &#187; de Th&#233;r&#232;se &#224; son P&#232;re : &lt;strong class=&#034;caractencadre-spip spip&#034;&gt;&#171; Mon petit P&#232;re ch&#233;ri, Ta Reine pense continuellement &#224; toi, et elle prie toute la journ&#233;e pour son Roi. Je suis bien heureuse dans le doux nid du Carmel et ne d&#233;sire plus rien sur la terre, except&#233; de voir mon Roi ch&#233;ri tout &#224; fait gu&#233;ri, mais je sais bien pourquoi le bon Dieu nous envoie cette &#233;preuve, c'est pour que nous gagnions le (1v ) beau Ciel il sait que notre P&#232;re ch&#233;ri est tout ce que nous aimons le plus sur la terre mais il sait bien aussi qu'il faut souffrir pour gagner la vie &#233;ternelle, et c'est pour cela qu'il nous &#233;prouve dans tout ce que nous avons de plus cher. &#187;&lt;/strong&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-74&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;LT 68 &#224; M. Martin du 25 novembre 88&#034; id=&#034;nh3-74&#034;&gt;74&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Il y a quelque chose de surnaturel avec l'&#233;preuve de M. Martin et de la fa&#231;on dont Th&#233;r&#232;se y participe car toute petite elle avait &#233;t&#233; avertie en songe de ce qui allait se passer et comme pr&#233;par&#233;e &#224; cette &#233;preuve. Relisons ce long passage de ses souvenirs qu'elle partage dans le Ms A :&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-75&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Manuscrit A Folio 20 Recto&#034; id=&#034;nh3-75&#034;&gt;75&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong class=&#034;caractencadre-spip spip&#034;&gt;&#171; Papa &#233;tait en voyage depuis plusieurs jours, il devait encore s'en &#233;couler deux avant son retour. Il pouvait &#234;tre deux ou trois heures de l'apr&#232;s-midi, le soleil brillait d'un vif &#233;clat et toute la nature semblait en f&#234;te. Je me trouvais seule &#224; la fen&#234;tre d'une mansarde donnant sur le grand jardin, je regardais devant moi, l'esprit occup&#233; de pens&#233;es riantes, quand je vis devant la buanderie qui se trouvait juste en face, un homme v&#234;tu absolument comme Papa, ayant la m&#234;me taille et la m&#234;me d&#233;marche, seulement il &#233;tait beaucoup plus courb&#233;&#8230; Sa t&#234;te &#233;tait couverte 69 d'une esp&#232;ce de tablier de couleur ind&#233;cise en sorte que je ne pus voir son visage. Il portait un chapeau semblable &#224; ceux de Papa. Je le vis s'avancer d'un pas r&#233;gulier, longeant mon petit jardin&#8230; Aussit&#244;t un sentiment de frayeur surnaturelle envahit mon &#226;me, mais en un instant je r&#233;fl&#233;chis que sans doute Papa &#233;tait de retour et qu'il se cachait afin de me surprendre, alors j'appelai bien haut d'une voix tremblante d'&#233;motion : - &#034;Papa, Papa !&#8230;&#034; Mais le myst&#233;rieux personnage ne paraissant pas m'entendre, continua sa marche r&#233;guli&#232;re sans m&#234;me se d&#233;tourner, le suivant des yeux je le vis se diriger vers le bosquet qui coupait la grande all&#233;e en deux, je m'attendais &#224; le voir repara&#238;tre de l'autre c&#244;t&#233; des grands arbres, mais la vision proph&#233;tique s'&#233;tait &#233;vanouie !&#8230; Tout ceci ne dura qu'un instant, mais se grava si profond&#233;ment en mon c&#339;ur qu'aujourd'hui, apr&#232;s 15 ans&#8230; le souvenir m'en est aussi pr&#233;sent que si la vision &#233;tait encore devant mes yeux&#8230; Marie &#233;tait avec vous, ma M&#232;re, dans une chambre communiquant avec celle o&#249; je me trouvais, m'entendant appeler Papa, elle ressentit une impression de frayeur, sentant, m'a-t-elle dit depuis, qu'il devait se passer quelque chose d'extraordinaire, sans me laisser voir son &#233;motion elle accourut aupr&#232;s de moi, me demandant ce qui me prenait d'appeler Papa qui &#233;tait &#224; Alen&#231;on, je racontai alors ce que je venais de voir. Pour me rassurer Marie me dit que c'&#233;tait sans doute Victoire qui pour me faire peur s'&#233;tait cach&#233; la t&#234;te avec son tablier, mais interrog&#233;e Victoire assura n'avoir pas quitt&#233; sa cuisine, d'ailleurs, j'&#233;tais bien s&#251;re d'avoir vu un homme et que cet homme avait la tournure de Papa, alors nous all&#226;mes toutes les trois derri&#232;re le massif d'arbres, mais n'ayant trouv&#233; aucune marque indiquant le passage de quelqu'un, vous m'avez dit de ne plus penser &#224; cela&#8230; Ne plus y penser n'&#233;tait pas en mon pouvoir, bien souvent mon imagination me repr&#233;senta la sc&#232;ne myst&#233;rieuse que j'avais vue&#8230; bien souvent j'ai cherch&#233; &#224; lever le voile qui m'en d&#233;robait le sens, car j'en gardai au fond du c&#339;ur la conviction intime, cette vision avait un sens qui devait m'&#234;tre r&#233;v&#233;l&#233; un jour&#8230; Ce jour s'est fait longtemps attendre mais apr&#232;s 14 ans le Bon Dieu a lui-m&#234;me d&#233;chir&#233; le voile myst&#233;rieux. Etant en licence avec Sr Marie du Sacr&#233; C&#339;ur, nous parlions comme toujours des choses de l'autre vie et de nos souvenirs d'enfance, quand je lui rappelai la vision que j'avais eue &#224; l'age de 6 &#224; 7 ans, tout &#224; coup en rapportant les d&#233;tails de cette sc&#232;ne &#233;trange, nous compr&#238;mes en m&#234;me temps ce qu'elle signifiait&#8230; C'&#233;tait bien Papa que j'avais vu, s'avan&#231;ant courb&#233; par l'&#226;ge&#8230; C'&#233;tait bien lui portant sur son visage v&#233;n&#233;rable, sur sa t&#234;te blanchie, le signe de sa glorieuse &#233;preuve&#8230; 70 Comme la Face Adorable de J&#233;sus qui fut voil&#233;e pendant sa passion, Lc 22,64 ; Mt 25,21 ainsi la face de son fid&#232;le serviteur devait &#234;tre voil&#233;e aux jours de ses douleurs, afin de pouvoir rayonner dans la C&#233;leste Patrie aupr&#232;s de son Seigneur, le Verbe &#201;ternel&#8230; Jn 1,1&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-76&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Manuscrit A Folio 21 Recto&#034; id=&#034;nh3-76&#034;&gt;76&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; C'est du sein de cette gloire ineffable, alors qu'il r&#233;gnait dans le Ciel, que notre P&#232;re ch&#233;ri nous a obtenu la gr&#226;ce de comprendre la vision que sa petite reine avait eue &#224; un &#226;ge o&#249; l'illusion n'est pas &#224; craindre ! C'est du sein de la gloire qu'il nous a obtenu cette douce consolation de comprendre que 10 ans avant notre grande &#233;preuve le Bon Dieu nous la montrait d&#233;j&#224;, comme un P&#232;re fait entrevoir &#224; ses enfants l'avenir glorieux qu'il leur pr&#233;pare et se compla&#238;t &#224; consid&#233;rer d'avance les richesses sans prix qui doivent &#234;tre leur partage&#8230;
Ah ! pourquoi est-ce &#224; moi que le Bon Dieu a donn&#233; cette lumi&#232;re ? pourquoi a-t-il montr&#233; &#224; une enfant si petite une chose qu'elle ne pouvait comprendre, une chose qui, si elle l'avait comprise, l'aurait fait mourir de douleur, pourquoi ?&#8230; C'est l&#224; un de ces myst&#232;res que sans doute nous comprendrons dans le Ciel et qui fera notre &#233;ternelle admiration !&#8230;Que le Bon Dieu est bon !&#8230; comme il proportionne les &#233;preuves aux forces qu'Il nous donne. Jamais comme je viens de le dire je n'aurais pu supporter m&#234;me la pens&#233;e des peines am&#232;res que l'avenir me r&#233;servait&#8230; Je ne pouvais pas m&#234;me penser sans fr&#233;mir que Papa pouvait mourir&#8230; Une fois il &#233;tait mont&#233; sur le haut d'une &#233;chelle et comme je restais juste dessous il me cria : &#034;Eloigne-toi paup'tit, si je tombe je vais t'&#233;craser.&#034; En entendant cela je ressentis une r&#233;volte int&#233;rieure, au lieu de m'&#233;loigner je me collai contre l'&#233;chelle en pensant : &#034;Au moins si Papa tombe, je ne vais pas avoir la douleur de le voir mourir, puisque je vais mourir avec lui !&#034; Je ne puis dire ce que j'aimais Papa, tout en lui me causait de l'admiration&#8230; &#187;&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Le rapport &#224; la souffrance, &#224; l'&#233;preuve n'est pas chose ais&#233;e. Faut-il voir ici comme une d&#233;licatesse du Seigneur pour pr&#233;parer le c&#339;ur de Th&#233;r&#232;se &#224; quelque chose qui lui aurait &#233;t&#233; insurmontable ? C'est ainsi que nous oriente Th&#233;r&#232;se et du coup cela nous invite &#224; relire notre vie &#224; notre tour pour y d&#233;celer la pr&#233;sence de Dieu dans les &#233;v&#233;nements difficiles que nous avons travers&#233;s&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Le 10 janvier 89 Th&#233;r&#232;se fait son entr&#233;e au noviciat et M. Martin a pu &#234;tre pr&#233;sent. &lt;strong class=&#034;caractencadre-spip spip&#034;&gt;&#171; Il fit l'admiration de tout le monde&#8230; Mais sa gloire d'un jour fut suivie d'une passion douloureuse&#8230; &#187;&lt;/strong&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-77&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;MsA 72r et 73r&#034; id=&#034;nh3-77&#034;&gt;77&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Le 12 f&#233;vrier 89, M. Martin devra &#234;tre hospitalis&#233; enmaison de sant&#233; au Bon Sauveur de Caen (3000 malades plus ou moins fous). Il y restera trois ans.. Il avait des hallucinations jusqu'&#224; prendre un revolver et menacer m&#234;me C&#233;line. A l'&#233;poque on ne savait pas diagnostiquer l'art&#233;rioscl&#233;rose c&#233;r&#233;brale. Ce sera une grande souffrance pour la famille, d'autant qu'on en rend Th&#233;r&#232;se responsable &#224; Lisieux par son entr&#233;e au Carmel.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-78&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lire introduction CG T1 p 451&#034; id=&#034;nh3-78&#034;&gt;78&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;D - Quelle joie ineffable de porter nos croix faiblement.&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;em class=&#034;spip&#034;&gt;2&lt;em class=&#034;spip&#034;&gt;I - &#034;tu n'es pas un soldat mais un g&#233;n&#233;ral.&lt;/em&gt;2&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#034;Dans cette relecture du parcours des al&#233;as de la vie de Th&#233;r&#232;se, nous pouvons faire halte avec une lettre que M&#232;re Marie de Gonzague lui adresse fin 88 : &lt;strong class=&#034;caractencadre-spip spip&#034;&gt;&#171; Mon grain de sable ch&#233;ri a ri de mon gros lot du panama compar&#233; &#224; sa petite humiliation&#8230; il faut que mon ange ch&#233;ri sache bien que J&#233;sus ne tient pas tant &#224; la valeur, &#224; la grandeur, &#224; la grosseur du don qu'on Lui offre, qu'&#224; la mani&#232;re de lui offrir le pr&#233;sent : une toute petite humiliation bien re&#231;ue, accept&#233;e avec joie, vaut plus au c&#339;ur de J&#233;sus que toutes les plus grandes croix du monde, si il se niche dans leur acceptation un peu de recherche de soi-m&#234;me, un petit grain de vanit&#233;, un tantinet d'amour propre, un iota de quelque chose indigne du c&#339;ur de J&#233;sus !&#8230; &#187;&lt;/strong&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-79&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;LC 95 vers le 13 d&#233;cembre 88&#034; id=&#034;nh3-79&#034;&gt;79&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Voil&#224; quelques mots bien venus et qui nous remettent dans l'axe de la spiritualit&#233;. C'est l'exp&#233;rience du c&#339;ur humain et de ses ambigu&#239;t&#233;s qui font &#233;crire la prieure. On peut se rechercher en toute chose, m&#234;me dans les plus grands sacrifices, les plus grandes souffrances. Et que font les sportifs de haut niveau ? Car pour atteindre les sommets, il faut beaucoup souffrir&#8230; On peut se faire pendre sur la croix par amour propre. On peut &#171; jouer &#187; le r&#244;le de la victime, ou bien y trouver une fa&#231;on de se mettre &#224; la premi&#232;re place, au centre des regards ou des discussions, etc. . Or la suite du Christ est un autre chemin. Cette suite du Christ am&#232;ne en fait &#224; d&#233;couvrir notre humanit&#233; profonde purifi&#233;e de tout retour sur soi, ouverte &#224; un engagement pur. C'est &#224; l'amour pur qu'il nous entra&#238;ne, &#224; l'amour gratuit. Le message est clair pour Th&#233;r&#232;se plong&#233;e avec ses s&#339;urs en plein d&#233;sarroi. Car elle souffre avec toute sa sensibilit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; On lit dans les notes de la Correspondance G&#233;n&#233;rale : &lt;strong class=&#034;caractencadre-spip spip&#034;&gt;&#171; Th&#233;r&#232;se n'ignore pas que, dans Lisieux, d'aucuns la rendent responsable du malheur de son p&#232;re, &#233;branl&#233; par les d&#233;parts successifs de ses filles pour le couvent. Sa souffrance est d'une acuit&#233; telle que, pendant un an, les noms de &#034;p&#232;re&#034; ou de &#034;papa&#034; n'apparaissent plus que rarement dans la correspondance. Dans ces conjonctures, son courage force l'admiration de la communaut&#233;. Une s&#339;ur Aim&#233;e de J&#233;sus, peu encline au lyrisme, le soulignera : &#034;Sa force fut h&#233;ro&#239;que pendant l'&#233;preuve de la maladie de son v&#233;n&#233;rable p&#232;re, par son admirable soumission, et par son exactitude &#224; se rendre aux exercices de Communaut&#233;, au moment o&#249; ses s&#339;urs &#233;taient absentes ; et elle nous parlait avec une s&#233;r&#233;nit&#233; parfaite, tandis que de grosses larmes qui lui &#233;chappaient montraient bien qu'elle n'&#233;tait pas insensible &#224; ces souffrances.&#034; &#187;&lt;/strong&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-80&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;CG p 450&#034; id=&#034;nh3-80&#034;&gt;80&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Et la lettre de fin janvier &#224; C&#233;line pour l'encourager &#224; traverser l'&#233;preuve en t&#233;moigne&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-81&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;LT 81 A C&#233;line. 23-25 (?) janvier 1889, m&#234;me ton pour LT 82 A C&#233;line. 28 (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-81&#034;&gt;81&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; . Une lettre pleine de poigne, pleine d'&#233;nergie combative qui se termine par : &#171; tu n'es pas un soldat mais un g&#233;n&#233;ral &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong class=&#034;caractencadre-spip spip&#034;&gt;&#171; Oui, ch&#233;rie de mon c&#339;ur, J&#233;sus est l&#224; avec sa croix ! 1 Privil&#233;gi&#233;e de son amour il veut te rendre semblable &#224; lui, pourquoi t'effrayer de ne pas pouvoir porter cette croix sans faiblir ? J&#233;sus sur la route du Calvaire est bien tomb&#233; trois fois et toi, pauvre petite enfant, tu ne serais pas semblable &#224; ton &#233;poux, tu ne voudrais pas tomber 100 fois s'il le faut pour lui prouver ton amour en te relevant avec plus de force qu'avant ta chute ! C&#233;line, il faut que J&#233;sus t'aime d'un amour particulier pour t'&#233;prouver ainsi. Sais-tu bien que j'en suis presque jalouse ? A ceux qui aiment plus il en donne plus, &#224; ceux qui aiment moins il en donne moins !&#8230; 2 Mais tu ne sens pas ton amour pour ton &#233;poux, tu voudrais que ton c&#339;ur soit une flamme qui monte vers lui sans la plus l&#233;g&#232;re fum&#233;e, 3 fais bien attention que la fum&#233;e qui t'environne n'est que pour toi ; pour t'&#244;ter toute la vue de ton amour pour J&#233;sus, la flamme n'est vue que de lui seul, au moins alors il l'a tout enti&#232;re, car pour peu qu'il nous la montre un peu, vite l'amour-propre vient comme un fatal vent qui &#233;teint tout !&#8230; (&#8230;) 4 Que nous font, &#224; nous, les choses de cette terre&#8230; Serait-ce notre patrie que ce limon si peu digne d'une &#226;me immortelle et que nous importe que de ch&#233;tifs hommes coupent les moisissures qui poussent sur ce limon, plus notre c&#339;ur est au Ciel, moins nous sentons ces piq&#251;res d'&#233;pingles&#8230; 5 Mais ne crois pas que ce ne soit une gr&#226;ce et une grande de les sentir car alors notre vie est un martyre et un jour J&#233;sus nous donnera la palme. Souffrir et &#234;tre m&#233;pris&#233; ! 6 quelle amertume mais quelle gloire ! Voil&#224; la devise du Lys-Immortelle !&#8230; &#187;&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Voil&#224; une lettre bien impressionnante ! Il faudrait la prendre en son entier pour en percevoir tous les aspects. A chacun d'en faire sa nourriture, si du moins le message qu'elle porte n'est pas trop exigeant&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Th&#233;r&#232;se a conscience que l'union &#224; J&#233;sus ne se fait pas que sur la montagne du Thabor, l&#224; o&#249; les ap&#244;tres sont pris dans la gloire de J&#233;sus. C'est notre d&#233;sir &#224; tous de trouver le bonheur, la b&#233;atitude sans fin. Nous allons &#224; J&#233;sus pour y d&#233;couvrir son amour, sa tendresse, pour trouver la vie en notre c&#339;ur. C'est une phase importante de la vie spirituelle. C'est le temps o&#249; le Fils Prodigue se blottit dans les bras du P&#232;re, temps de restauration et d&#233;couverte du bonheur d'&#234;tre enfant de Dieu, d'&#234;tre promis &#224; la vie &#233;ternelle. Puis J&#233;sus percevant le temps o&#249; l'&#226;me est suffisamment fortifi&#233;e l'invite &#224; le suivre, &#224; coop&#233;rer &#224; son &#339;uvre de r&#233;demption. Il la prend par la main et l'invite &#224; la suivre sur une autre montagne, celle du calvaire. Une montagne plus modeste que celle du Thabor, mais plus importante, un passage n&#233;cessaire &#224; l'&#339;uvre du salut en nous et pour l'humanit&#233;. L'union &#224; J&#233;sus ne se fait pas que dans la gloire, elle se fait aussi dans la communion &#224; sa passion. Encore ne faut-il pas ici faire une fixation sur la souffrance. C'est au quotidien de nos vies que J&#233;sus nous renvoie et nous attend. Il nous invite &#224; y prendre notre croix, c'est-&#224;-dire &#224; l'assumer dans un amour plus grand comme un chemin de sanctification. C'est cela que Th&#233;r&#232;se reprend en s'adressant &#224; sa s&#339;ur C&#233;line. Elle l'invite &#224; sa fa&#231;on &#224; accepter d'accompagner leur p&#232;re jusque dans la maladie jusqu'&#224; cet h&#244;pital, &#224; aller jusqu'&#224; accepter de le voir souffrir malgr&#233; la souffrance que cela lui impose. Il ne suffit pas de vibrer d'amour pour aimer J&#233;sus, pour aimer ses fr&#232;res ou s&#339;urs. La flamme qui monte vers le Ciel sans la l&#233;g&#232;re fum&#233;e est celle de l'amour senti. Mais &#224; cette flamme se m&#234;le la fum&#233;e de la souffrance qui vient faire oublier la force de la flamme, la souffrance prenant toute la place. Eh bien Th&#233;r&#232;se encourage sa s&#339;ur &#224; rester l&#224;, &#224; se consumer l&#224;. Ici point de retour sur soi, point d'amour-propre. C'est le temps o&#249; J&#233;sus est aim&#233; pour lui-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Attention, dans cette suite de J&#233;sus, rien d'extraordinaire. Ce que Th&#233;r&#232;se et ses s&#339;urs traversent c'est le lot de tout un chacun, un lot qui se conjugue avec autant de possibilit&#233;s que d'exp&#233;riences familiales, o&#249; nous sommes reli&#233;s &#224; nos prochains non sans douleur. C'est la vie de tous les jours que Th&#233;r&#232;se nous invite &#224; transfigurer, &#224; vivre dans l'union &#224; J&#233;sus. Au lieu d'&#234;tre enferm&#233;s dans l'impasse de nos souffrances, Th&#233;r&#232;se nous invite &#224; les assumer et &#224; les d&#233;poser au pied de la croix de J&#233;sus. Rien de plus, rien d'impossible. S'il y a une distance entre ce que vit Th&#233;r&#232;se et ce que nous vivons, c'est d'abord au niveau de l'intensit&#233;. Mais rien de rigide ici car les &#233;checs et les chutes sur ce chemin sont assum&#233;s dans la Tendresse de J&#233;sus. Celui-ci se contente de notre bonne volont&#233;. Il ne faudrait par faire dans cette exp&#233;rience la part de l'amour propre. Il ne s'agit pas de se transformer en super h&#233;ros. Ce que J&#233;sus attend surtout de notre part et dans toutes nos &#339;uvres, c'est l'humilit&#233;. Autre diff&#233;rence, c'est la fa&#231;on dont Th&#233;r&#232;se est orient&#233;e par l'amour de J&#233;sus. Elle vit sur terre, assume ses t&#226;ches, mais chez elle tout est orient&#233; par l'union &#224; J&#233;sus sur la croix, par sa vocation apostolique qui est n&#233;e &#224; la suite de la gu&#233;rison de No&#235;l 86.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Comme cela a d&#233;j&#224; &#233;t&#233; &#233;voqu&#233;, ce que doivent endurer Th&#233;r&#232;se et ses s&#339;urs, ce sont aussi les comm&#233;rages de quelques personnes de Lisieux qui consid&#232;rent que si monsieur Martin est malade, c'est de la faute de ses filles et surtout de Th&#233;r&#232;se : elle n'aurait pas d&#251; partir au Carmel. Th&#233;r&#232;se en ressent du m&#233;pris. Eh bien au lieu de le refouler ou bien de le retourner en violence et de m&#233;priser &#224; son tour ceux qui la jugent, elle r&#233;ussit, unie &#224; J&#233;sus, &#224; affronter la r&#233;alit&#233; et &#224; traverser cette &#233;preuve dans la paix. C'est d'abord pour une guerre contre elle-m&#234;me qu'elle est invit&#233;e &#224; se lever. Et c'est bien la plus terrible des guerres. Lisons ce magnifique t&#233;moignage du patriarche Ath&#233;nagoras&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-82&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dialogue avec le patriarche Ath&#235;nagoras. Par Olivier Cl&#233;ment.&#034; id=&#034;nh3-82&#034;&gt;82&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; : &lt;strong class=&#034;caractencadre-spip spip&#034;&gt;&#171; Et les pauvres en esprit ? Ce sont ceux qui ont cess&#233; de voir dans leur moi le centre du monde &#8212; que ce moi soit individuel ou collectif &#8212; pour le voir en Dieu et dans le prochain. Ils se d&#233;poss&#232;dent de tout, d'eux-m&#234;mes &#224; la limite. Et ils re&#231;oivent &#224; chaque instant leur existence de Dieu, comme une gr&#226;ce. O&#249; encore, laissez-moi employer le vocabulaire de la guerre. J'aime ce vocabulaire : j'ai fait la guerre, j'attaque, c'est ainsi que j'essaie de vivre. Mais je fais la guerre &#224; moi-m&#234;me, pour me d&#233;sarmer. Pour lutter efficacement contre la guerre, contre le mal, il faut savoir int&#233;rioriser la guerre pour vaincre en soi le mal. Il faut mener la guerre la plus dure, qui est la guerre contre soi-m&#234;me. Et l&#224;, il y a beaucoup de nationalisme ! Il faut arriver &#224; se d&#233;sarmer.
J'ai men&#233; cette guerre. Pendant des ann&#233;es et des ann&#233;es. Elle a &#233;t&#233; terrible. Mais maintenant, je suis d&#233;sarm&#233;. Je n'ai plus peur de rien, car &#171; l'amour chasse la peur &#187;. Je suis d&#233;sarm&#233; de la volont&#233; d'avoir raison, de me justifier en disqualifiant les autres. Je ne suis plus sur mes gardes, jalousement crisp&#233; sur mes richesses. J'accueille et je partage. Je ne tiens pas particuli&#232;rement &#224; mes id&#233;es, &#224; mes projets. Si l'on m'en pr&#233;sente de meilleurs, je les accepte sans regret. Ou plut&#244;t, non pas meilleurs, mais bons. Vous le savez, j'ai renonc&#233; au comparatif&#8230; Ce qui est bon, le vrai, r&#233;el, o&#249; que ce soit, est toujours pour moi le meilleur. C'est pourquoi je n'ai plus peur. Quand on n'a plus rien, on n'a plus peur : &#034;Qui nous s&#233;parera de l'amour du Christ ?&#034; &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Voil&#224; o&#249; nous conduit Th&#233;r&#232;se et un peu plus loin encore car dans son offrande, elle s'unit &#224; J&#233;sus sur la croix dans son offrande r&#233;demptrice. Unies &#224; J&#233;sus, nos souffrances, si petites soient-elles peuvent aider nos fr&#232;res en all&#233;geant les leurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;em class=&#034;spip&#034;&gt;2&lt;em class=&#034;spip&#034;&gt;II - Souffrir en paix.&lt;/em&gt;2&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; La lettre suivante est de la m&#234;me veine. Th&#233;r&#232;se y insiste sur l'importance de la faiblesse dans cette suite du Christ : &lt;strong class=&#034;caractencadre-spip spip&#034;&gt;&#171; Quel bonheur que cela co&#251;te&#8230; Quelle joie ineffable de porter nos croix faiblement. Le Lys-Immortelle a-t-il compris le pauvre grain de sable ?(&#8230;) Le grain de sable veut se mettre &#224; l'&#339;uvre, sans joie, sans courage, sans force, et c'est tous ces titres qui lui faciliteront l'entreprise, il veut travailler par Amour. &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Invitation pour nous &#224; comprendre qu'il ne s'agit pas d'&#234;tre surhumain sur ce chemin l&#224;. Chacun a son lot d'&#233;preuves. Th&#233;r&#232;se invite simplement &#224; les accueillir comme elles se pr&#233;sentent, sans chercher quelque retour d'amour propre ou de consolation. C'est la petitesse qui plait &#224; J&#233;sus, non l'exploit. Pourquoi ? C'est que cette &#171; petitesse &#187; n'est pas pour nous rabaisser, nous annihiler, mais elle nous ouvre &#224; la r&#233;alit&#233; de notre relation &#224; notre origine, &#224; Celui qui est la vie en pl&#233;nitude. Cette petitesse accepte de d&#233;pendre de Celui qui est &#224; l'origine de toute chose. Elle est en fait pour une exaltation de notre vie car elle est en fait une ouverture et une participation &#224; la vraie Vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Dans cette &#233;nergie dont fait preuve Th&#233;r&#232;se, cette volont&#233; farouche d'&#234;tre avec J&#233;sus sur la croix, plus loin que la d&#233;solation ou la souffrance, on sent la vie de J&#233;sus en elle. L'&#233;nergie qui anime Th&#233;r&#232;se vient d'ailleurs. Et l'on peut entendre &#224; la suite de St Paul : &lt;strong class=&#034;caractencadre-spip spip&#034;&gt;&#171; Ce n'est plus moi qui vis, mais le Christ qui vit en moi. Ma vie pr&#233;sente dans la chair, je la vis dans la foi au Fils de Dieu qui m'a aim&#233; et s'est livr&#233; pour moi. Je n'annule pas le don de Dieu : car si la justice vient de la loi, c'est donc que le Christ est mort pour rien. &#187;&lt;/strong&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-83&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ga 2,20&#034; id=&#034;nh3-83&#034;&gt;83&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Et C&#233;line de r&#233;pondre : &lt;strong class=&#034;caractencadre-spip spip&#034;&gt;&#171; &#8230; Je ne veux pas que tu t'appelles le petit grain de sable, parce que ce n'est pas vrai. Si tu persistes &#224; te nommer ainsi, donne-moi alors le nom d'atome imperceptible et les choses seront justes. Moi, je viens toujours apr&#232;s toi : je suis un autre toi-m&#234;me, mais toi tu es la r&#233;alit&#233; tandis que moi je ne suis que ton ombre. &#187;&lt;/strong&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-84&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;LD 1er mars 89&#034; id=&#034;nh3-84&#034;&gt;84&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Elle a bien conscience d'&#234;tre d&#233;pass&#233;e par sa s&#339;ur et que quelque chose a chang&#233; depuis le temps o&#249; elles &#233;taient toutes les deux ensemble aux Buissonets. La lettre du 15 mars&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-85&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;LT 86&#034; id=&#034;nh3-85&#034;&gt;85&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; revient sur cet aspect. Th&#233;r&#232;se invite C&#233;line &#224; &#234;tre l'ombre non d'elle-m&#234;me, mais de J&#233;sus. Elle ne s'attribue rien et fait bien attention &#224; placer sa s&#339;ur dans une dimension spirituelle orient&#233;e vers le Christ, sans chercher &#224; s'interposer. Il est &#224; noter que pour la premi&#232;re fois, elle signe son courrier avec la mention de la Ste Face.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Si les filles Martin souffrent de la maladie de leur p&#232;re, elles ne sont pas les seules. Il semble que se d&#233;gage de lui une telle bont&#233; qu'elle ne laisse pas le personnel soignant indiff&#233;rent : &lt;strong class=&#034;caractencadre-spip spip&#034;&gt;&#171; Sr Costard soigne papa absolument comme s'il &#233;tait son p&#232;re, hier elle pleurait en me donnant les nouvelles : &#034;Voyez-vous, disait-elle, c'est d&#233;chirant de voir ce beau patriarche dans un pareil &#233;tat, nous en sommes tristes, profond&#233;ment pein&#233;es et notre personnel en est dans la consternation ; depuis le peu de temps qu'il est ici il a su se faire aimer, et puis, il a quelque chose de si v&#233;n&#233;rable ! Il porte sur lui un cachet pas ordinaire&#8230; On voit que c'est une &#233;preuve, cela ne lui va pas d'avoir cette maladie et ce n'en est que plus p&#233;nible : &#187;&lt;/strong&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-86&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;LD 4 mars 89&#034; id=&#034;nh3-86&#034;&gt;86&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Anim&#233;e de cette vie divine coulant dans les veines, la lettre du 4 avril montre Th&#233;r&#232;se touch&#233;e par la dimension de la paix dans la souffrance :
&lt;strong class=&#034;caractencadre-spip spip&#034;&gt;&#171; Souffrons en paix&#8230; 2 J'avoue que ce mot de paix me semblait un peu fort, l'autre jour en y r&#233;fl&#233;chissant, j'ai trouv&#233; le secret de souffrir en paix&#8230; Qui dit paix ne dit pas joie, ou du moins joie sentie&#8230; Pour souffrir en paix, il suffit de bien vouloir tout ce que J&#233;sus veut&#8230; Pour &#234;tre l'&#233;pouse de J&#233;sus, il faut ressembler &#224; J&#233;sus, J&#233;sus est tout sanglant. 3 Il est couronn&#233; d'&#233;pines !&#8230; &#187;&lt;/strong&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-87&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;LT 87&#034; id=&#034;nh3-87&#034;&gt;87&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; On l'entend bien dans ce qu'elle d&#233;crit que le terme de paix est un peu fort, mais du moins, il n'y a pas de r&#233;volte et c'est ce qui procure une forme de paix. Th&#233;r&#232;se, comme ses s&#339;urs, souffre dans le c&#339;ur, mais pour Th&#233;r&#232;se au moins, cette souffrance est accueillie, accept&#233;e. Elle reste souffrance et elle fait mal, mais Th&#233;r&#232;se consent &#224; cette &#233;preuve en la d&#233;passant par l'offrande d'elle-m&#234;me. Il y a toujours chez elle ce d&#233;passement dans la foi qui la rend pr&#233;sente &#224; J&#233;sus sur la croix. Avec lui elle veut porter la souffrance des hommes. Avec lui elle veut souffrir pour all&#233;ger la peine des hommes. L&#224; o&#249; est J&#233;sus, elle veut aussi &#234;tre. &lt;strong class=&#034;caractencadre-spip spip&#034;&gt;&#171; Bien que d&#233;sirant le martyre, Soeur Th&#233;r&#232;se ne cherchait pas la souffrance pour la souffrance ; elle l'aimait parce qu'elle lui &#233;tait un moyen de prouver &#224; J&#233;sus son amour, comme Notre-Seigneur d&#233;sirait son bapt&#234;me de sang pour nous donner un t&#233;moignage du sien, le redoutant tout &#224; la fois, selon sa nature humaine. De plus, lorsqu'elle exprime &#224; Dieu son d&#233;sir de souffrir beaucoup pour Lui, elle subordonne toujours cette pri&#232;re aux desseins de la Providence sur elle. Et m&#234;me &#224; la fin de sa vie, cette disposition d'abandon total au bon plaisir divin avait pris dans son &#226;me une influence pr&#233;dominante qui lui faisait dire : Je ne d&#233;sire plus ni la souffrance ni la mort et cependant je les ch&#233;ris toutes deux. Aujourd'hui, c'est l'abandon seul qui me guide, je ne sais plus rien demander avec ardeur, except&#233; l'accomplissement parfait de la volont&#233; de Dieu sur mon &#226;me. &#187;&lt;/strong&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-88&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;CS sr Genevi&#232;ve sur la souffrance&#034; id=&#034;nh3-88&#034;&gt;88&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Il est important de noter que Th&#233;r&#232;se ne va pas au devant de la souffrance, elle apprend &#224; accueillir ce qui lui vient sans le redouter. Il y a un r&#233;alisme chez elle qui est tr&#232;s sain(t) comme nous l'avons d&#233;j&#224; not&#233;. Elle accueille les &#233;v&#233;nements comme venant de Dieu, comme issus de sa Providence et la souffrance qu'elle doit traverser trouve ainsi son sens. Dieu ne la fait pas souffrir par plaisir, mais pour un bien plus grand. C'est ainsi qu'elle arrive &#224; d&#233;passer le scandale du mal et de la souffrance et &#224; le traverser dans la confiance. C'est l&#224; qu'il y a quelque chose en elle, une force en elle qui d&#233;passe le commun des hommes. Ce qui lui arrive est donc bon pour elle, pour sa mission. Tous les &#233;v&#233;nements difficiles qu'elle traverse sont autant de moyens de s'associer &#224; son Bien Aim&#233; mort par amour pour elle. Saisie par cet amour de J&#233;sus, prise dans les torrents de sa Mis&#233;ricorde, elle ne veut qu'une chose, c'est mourir &#224; son tour pour ce Dieu qui s'est fait faible un soir de No&#235;l et qui l'a rendu forte. Ce n'est pas un d&#233;sir doloriste qui la meut, mais bien le d&#233;sir d'incarner tous les &#233;v&#233;nements de sa vie comme autant de signes de l'amour de Dieu sur elle. Elle apprend &#224; vivre les &#233;v&#233;nements dans l'instant o&#249; ils se proposent restant tout enti&#232;re pr&#233;sente, sans chercher &#224; se prot&#233;ger. Sa sensibilit&#233; d&#233;licate en est souvent bless&#233;e surtout dans les relations au carmel, mais elle accueille tout sans rien fuir. C'est &#224; un r&#233;alisme de l'incarnation qu'elle nous convie. Au lieu de se mettre &#224; fuir par la peur, par l'angoisse provoqu&#233;e par la peur, au lieu de fuir par le r&#234;ve. Au lieu de se r&#233;tracter, de se crisper pour prot&#233;ger sa sensibilit&#233;, elle accueille les &#233;v&#233;nements de la vie tels qu'ils se pr&#233;sentent et elle les assume, comme sans doute, la Vierge Marie, sans rien opposer. Elle consent &#224; la r&#233;alit&#233; de la vie qui lui est propos&#233;e comme un chemin divin, comme un chemin de saintet&#233;. Non seulement, elle consent, mais elle y est active, coop&#233;rante, lorsqu'elle s'unit, &#224; partir des &#233;v&#233;nements qu'elle vit, &#224; la passion du Christ et dans cette p&#233;riode, &#224; la face souffrante de J&#233;sus. Elle commence &#224; signer ses lettres ainsi : &#171; Th&#233;r&#232;se de l'Enfant J&#233;sus de la Ste Face &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Est-ce anodin si c'est &#224; cette p&#233;riode de sa vie qu'elle est particuli&#232;rement touch&#233;e par la face de J&#233;sus ?&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-89&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Influence de la carm&#233;lite de Tour, Sr Marie de Saint-Pierre, et de la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-89&#034;&gt;89&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Il y a l'image de la Ste Face propag&#233;e par le carmel de Tour, mais il y a une autre face bless&#233;e qui marque au fer rouge son c&#339;ur, celle de son p&#232;re. Elle y voit peut &#234;tre comme en une ic&#244;ne, la face de J&#233;sus humili&#233;, d&#233;laiss&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Th&#233;r&#232;se se montre comme piqu&#233;e &#224; vif en sa sensibilit&#233; dans diff&#233;rents aspects de sa vie (maladie du p&#232;re, accusations des gens de Lisieux en lien avec le p&#232;re, relations au Carmel), mais si elle souffre par tous les pores de son &#234;tre c'est comme un G&#233;n&#233;ral &#224; la bataille. Elle a suffisamment de force pour se battre. Mais en s'approchant de Th&#233;r&#232;se par le biais de la souffrance, nous sommes plac&#233;s comme Mo&#239;se devant le &#171; Buisson ardent &#187;, il nous faut nous d&#233;chausser de notre savoir et de nos pr&#233;tentions et avancer sur cet espace avec une crainte religieuse, charg&#233;e de respect.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; La dimension de la souffrance chez Th&#233;r&#232;se est tr&#232;s pr&#233;sente et elle nous impressionne tant que plusieurs fois nous pourrions &#234;tre tent&#233;s de passer outre &#224; la lecture de sa correspondance. La souffrance en soi est un sujet difficile, mais on ne peut faire l'&#233;conomie de cette dimension chez Th&#233;r&#232;se. C'est un sujet qu'il faut aborder avec beaucoup d'humilit&#233; car seul celui qui souffre a le droit d'en parler, et justement en ces ann&#233;es 88 et 89, elle traverse une des ses plus grandes &#233;preuves. Aussi nous nous mettons &#224; l'&#233;cole de Th&#233;r&#232;se, non pas pour cerner le myst&#232;re de la souffrance en soi, en faire une r&#233;flexion m&#233;taphysique, mais pour rencontrer Th&#233;r&#232;se dans son amour de J&#233;sus, pour rencontrer Th&#233;r&#232;se dans sa vie de foi et dans sa mission particuli&#232;re. Elle dit &#224; maintes reprises que J&#233;sus ne saurait mettre en son c&#339;ur des d&#233;sirs qu'il ne pourrait exaucer, eh bien Th&#233;r&#232;se a d&#233;sir&#233; souffrir&#8230; &lt;strong class=&#034;caractencadre-spip spip&#034;&gt;&#171; J'ai trouv&#233; le bonheur et la joie sur la terre, mais uniquement dans la souffrance, car j'ai beaucoup souffert ici-bas ; il faudra le faire savoir aux &#226;mes&#8230; Depuis ma premi&#232;re Communion, depuis que j'avais demand&#233; &#224; J&#233;sus de changer pour moi en amertume toutes les consolations de la terre, j'avais un perp&#233;tuel d&#233;sir de souffrir. Je ne pensais pas cependant &#224; en faire ma joie ; c'est une gr&#226;ce qui ne m'a &#233;t&#233; accord&#233;e que plus tard. Jusque l&#224; c'&#233;tait comme une &#233;tincelle cach&#233;e sous la cendre, et comme les fleurs d'un arbre qui doivent devenir des fruits en leur temps. &#187;&lt;/strong&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-90&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Carnet Jaune 731 parole 13&#034; id=&#034;nh3-90&#034;&gt;90&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Ou bien cette lettre &#224; C&#233;line aux d&#233;buts de la maladie de M. Martin : &lt;strong class=&#034;caractencadre-spip spip&#034;&gt;&#171; Dieu tournerait le monde pour trouver la souffrance afin de la donner &#224; une &#226;me sur laquelle son DIVIN regard s'est fix&#233; avec un amour indicible !&#8230; 4 Que nous font, &#224; nous, les choses de cette terre&#8230; Serait-ce notre patrie que ce limon si peu digne d'une &#226;me immortelle et que nous importe que de ch&#233;tifs hommes coupent les moisissures qui poussent sur ce limon, plus notre c&#339;ur est au Ciel, moins nous sentons ces piq&#251;res d'&#233;pingles&#8230; 5 Mais ne crois pas que ce ne soit une gr&#226;ce et une grande de les sentir car alors notre vie est un martyre et un jour J&#233;sus nous donnera la palme. Souffrir et &#234;tre m&#233;pris&#233; ! 6 quelle amertume mais quelle gloire ! Voil&#224; la devise du Lys-Immortelle !&#8230; Nulle autre ne saurait lui convenir. Mon c&#339;ur te suit dans la noble t&#226;che que J&#233;sus t'a confi&#233;e. Tu n'es pas Soldat mais G&#233;n&#233;ral&#8230; Souffrir et encore et toujours&#8230; Mais tout passe. &#187;&lt;/strong&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-91&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lettres de Ste Th&#233;r&#232;se 81, 23 janv 89&#034; id=&#034;nh3-91&#034;&gt;91&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-92&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il semble que Th&#233;r&#232;se soit l'h&#233;riti&#232;re de Th&#233;r&#232;se d'Avila qui invite &#224; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-92&#034;&gt;92&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;em class=&#034;spip&#034;&gt;2&lt;em class=&#034;spip&#034;&gt;III - Si tu savais ma mis&#232;re !&lt;/em&gt;2&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; La lecture de la lettre suivante&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-93&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;LT 89 du 26 avril 89&#034; id=&#034;nh3-93&#034;&gt;93&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; nous emm&#232;ne un peu plus loin, essayons de nous y attarder car elle nous propose deux dimensions qui vont ensemble, celle de la souffrance et celle de la faiblesse, cet autre th&#232;me important chez Th&#233;r&#232;se : &lt;strong class=&#034;caractencadre-spip spip&#034;&gt;&#171; Ah ! Laissons-nous dorer par le Soleil de son amour&#8230; ce soleil est br&#251;lant&#8230; consumons-nous d'amour !&#8230; St Fran&#231;ois de Sales dit : &#034; Quand le feu de l'amour est dans un c&#339;ur tous les meubles volent par les fen&#234;tres.&#034; 2 Oh ! ne laissons rien&#8230; rien dans notre c&#339;ur que J&#233;sus !&#8230; Ne croyons pas pouvoir aimer sans souffrir ; sans souffrir beaucoup&#8230; notre pauvre nature est l&#224; ! et elle n'y est pas pour rien !&#8230; C'est notre richesse, notre gagne-pain !&#8230; Elle est si pr&#233;cieuse que J&#233;sus est venu sur la terre expr&#232;s pour la poss&#233;der. (2r ) Souffrons avec amertume, sans courage !&#8230; &#034;J&#233;sus a souffert avec tristesse ! Sans tristesse est-ce que l'&#226;me souffrirait !&#8230;&#034; 3 Et nous voudrions souffrir g&#233;n&#233;reusement, grandement !&#8230; C&#233;line ! Quelle illusion !&#8230; Nous voudrions ne jamais tomber ?&#8230; Qu'importe, mon J&#233;sus, si je tombe &#224; chaque instant, je vois par l&#224; ma faiblesse et c'est pour moi un grand gain&#8230; Vous voyez par l&#224; ce que je puis faire et maintenant vous serez plus tent&#233; de me porter en vos bras. Si vous ne le faites pas, c'est que cela vous pla&#238;t de me voir par terre&#8230; alors je ne vais pas m'inqui&#233;ter, mais toujours je tendrai vers vous des bras suppliants et pleins d'amour !&#8230; Je ne puis croire que vous m'abandonniez !&#8230; (2v ) &#034; Les Saints lorsqu'ils &#233;taient aux pieds de Notre Seigneur, c'est alors qu'ils rencontraient leurs croix &#034; !&#8230; 4 C&#233;line ch&#233;rie, doux &#233;cho de mon &#226;me !.. Si tu connaissais ma mis&#232;re !&#8230; oh ! si tu savais&#8230; La Saintet&#233; ne consiste pas &#224; dire de belles choses, elle ne consiste pas m&#234;me &#224; les penser, &#224; les sentir !&#8230; elle consiste &#224; souffrir et &#224; souffrir de tout. &#034; La Saintet&#233; ! il faut la conqu&#233;rir &#224; la pointe de l'&#233;p&#233;e, il faut souffrir&#8230; il faut agoniser !&#8230; &#034; 5 Un jour viendra o&#249; les ombres dispara&#238;tront, alors il ne restera plus que la joie, l'ivresse&#8230; Profitons de notre unique moment de souffrance !&#8230; ne voyons que chaque instant !&#8230; un instant c'est un tr&#233;sor&#8230; Un seul acte d'amour nous fera mieux conna&#238;tre J&#233;sus&#8230; il nous rapprochera de Lui pendant toute l'&#233;ternit&#233; !&#8230; &#187;&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Il y a deux parties dans ce texte. Dans la premi&#232;re Th&#233;r&#232;se associe la souffrance &#224; l'amour, ce qu'elle souffre, elle le transforme en amour.
Dans un premier temps il y a une dimension passive, le soleil de l'amour est dans le c&#339;ur et il br&#251;le tout et ce soleil expulse tous les meubles du c&#339;ur, tout ce qui n'est pas lui. C'est bien l'&#339;uvre de Dieu dans le c&#339;ur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Mais il n'a pas la suavit&#233;, ni la jouissance que l'&#226;me attendrait. Ce sont les meubles qui sont expuls&#233;s, il y a une purification. C'est ainsi qu'elle &#233;crivait pr&#233;c&#233;demment &#224; C&#233;line&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-94&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;LT 81&#034; id=&#034;nh3-94&#034;&gt;94&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; : &lt;strong class=&#034;caractencadre-spip spip&#034;&gt;&#171; Mais tu ne sens pas ton amour pour ton &#233;poux, tu voudrais que ton c&#339;ur soit une flamme qui monte vers lui sans la plus l&#233;g&#232;re fum&#233;e, 3 fais bien attention que la fum&#233;e qui t'environne n'est que pour toi ; pour t'&#244;ter toute la vue de ton amour pour J&#233;sus, la flamme n'est vue que de lui seul, au moins alors il l'a tout enti&#232;re, car pour peu qu'il nous la montre un peu, vite l'amour-propre vient comme un fatal vent qui &#233;teint tout ! &#187;&lt;/strong&gt;. L'aspect actif correspond &#224; l'accueil de cette br&#251;lure dans le c&#339;ur, de cette souffrance et c'est en quoi consiste l'amour de la part de l'&#226;me. Encore une fois dans cette exp&#233;rience, Th&#233;r&#232;se reste bien vivante et sensible et c'est cela m&#234;me qui l'aide &#224; accueillir les &#233;preuves. Elle a encore du scrupule dans son rapport au corps, elle fait de sa sensibilit&#233;, cette sensibilit&#233; dont elle &#233;tait l'esclave nagu&#232;re, un lieu d'union au Christ, un foyer ardent pour son amour. Ce dont elle souffre, l&#233;ger ou violent, elle l'accueille, elle le vit, mais non pour elle-m&#234;me, pour se rapprocher de J&#233;sus, et en se rapprochant de son Dieu elle se rapproche des &#226;mes. Th&#233;r&#232;se, depuis la gr&#226;ce de No&#235;l, s'ouvre &#224; la relation aux autres, mais, pour cela elle doit traverser l'&#233;cran de sa sensibilit&#233;. C'est l&#224; qu'elle souffre et la souffrance viendra l'aider &#224; d&#233;passer cette sensibilit&#233; trop ali&#233;nante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong class=&#034;caractencadre-spip spip&#034;&gt;&#171; Plus notre c&#339;ur est au Ciel, moins nous sentons ces piq&#251;res d'&#233;pingles&#8230; 5 Mais ne crois pas que ce ne soit une gr&#226;ce et une grande de les sentir car alors notre vie est un martyre et un jour J&#233;sus nous donnera la palme. Souffrir et &#234;tre m&#233;pris&#233; ! 6 quelle amertume mais quelle gloire ! Voil&#224; la devise du Lys-Immortelle ! &#187;&lt;/strong&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-95&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;LT 81 d&#233;j&#224; cit&#233;e&#034; id=&#034;nh3-95&#034;&gt;95&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Loin de Th&#233;r&#232;se les grandes id&#233;es, les id&#233;es g&#233;n&#233;reuses et inaccessibles car avec la souffrance, Th&#233;r&#232;se fait l'exp&#233;rience de la limite, de sa petitesse, c'est la seconde partie du texte. Or l'&#233;preuve de l'&#233;chec, c'est soit de tourner en culpabilit&#233;, de se trouver nul, incapable soit de faire l'exp&#233;rience de la solitude, de l'abandon. Et les deux aspects peuvent s'induire l'un l'autre&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Th&#233;r&#232;se montre l&#224; paradoxalement sa force. Cette force n'est pas de r&#233;ussir dans l'&#233;preuve, elle n'est pas d'&#234;tre une super femme, une grande sainte, infaillible. Elle est justement de consentir &#224; la r&#233;alit&#233;. Et devant l'&#233;preuve, la r&#233;alit&#233;, c'est qu'on peut se laisser vaincre et souvent. Et bien elle consent &#224; cela, mais en recherchant &#224; se relever chaque foi. Sa force vient justement de sa foi, de sa confiance, de son esp&#233;rance. Si elle demeure perdue au milieu de sa faiblesse, et si le Seigneur l'y laisse, elle vit cela comme un d&#233;sir de Dieu pour elle et elle garde confiance. Il y a dans cet abandon un plus grand bien &#224; trouver que de se trouver dans les hauteurs inaccessibles de la saintet&#233; per&#231;ue comme une infaillibilit&#233;, une toute puissance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Cet abandon ne nous place-t-il pas dans notre v&#233;rit&#233; la plus vive ? Nous ne sommes pas tout puissants, mais nous sommes bien mieux que &#231;a, nous sommes enfants de Dieu ! Cet abandon nous place au c&#339;ur de la Bonne Nouvelle de la r&#233;v&#233;lation&#8230; Enfants de Dieu, si nous accueillons notre d&#233;pendance, nous ne nous limitons pas, bien au contraire, nous nous ouvrons &#224; l'infini, c'est un chemin de v&#233;rit&#233; et de vie. Mais il faut bien entendre ces mots de &#171; d&#233;pendance &#187;, &#171; d'abandon &#187; (car il ne s'agit pas de perdre sa responsabilit&#233;), le malin se pla&#238;t &#224; emm&#234;ler ou &#224; corrompre ou &#224; banaliser le langage (cf le mot amour)&#8230; Dans cette &#171; d&#233;pendance &#187; Th&#233;r&#232;se a d&#233;couvert sa libert&#233; profonde. Quel paradoxe que de d&#233;couvrir la libert&#233; dans une relation ! Mais n'est-ce pas l'amour qui rend libre ?
Dans sa faiblesse, dans son abandon, Th&#233;r&#232;se reste tourn&#233;e vers le Seigneur, oublieuse d'elle-m&#234;me. C'est dans son obstination &#224; croire en l'amour de Dieu pour elle dans la joie comme dans l'&#233;preuve que r&#233;side sa grandeur. Elle fait &#233;cho &#224; la lettre de St Paul aux Romains :
&lt;strong class=&#034;caractencadre-spip spip&#034;&gt;8:35-39 &#171; Qui nous s&#233;parera de l'amour du Christ ? la tribulation, l'angoisse, la pers&#233;cution, la faim, la nudit&#233;, les p&#233;rils, le glaive ? selon le mot de l'&#201;criture : &#192; cause de toi, l'on nous met &#224; mort tout le long du jour ; nous avons pass&#233; pour des brebis d'abattoir. Mais en tout cela nous sommes les grands vainqueurs par celui qui nous a aim&#233;s. Oui, j'en ai l'assurance, ni mort ni vie, ni anges ni principaut&#233;s, ni pr&#233;sent ni avenir, ni puissances, ni hauteur ni profondeur, ni aucune autre cr&#233;ature ne pourra nous s&#233;parer de l'amour de Dieu manifest&#233; dans le Christ J&#233;sus notre Seigneur. &#187;&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; La faiblesse ou l'abandon de Th&#233;r&#232;se ne sont que relatifs, regardons comment elle les vit et rejoignons ici un commentaire de Sr Marie de la Trinit&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-96&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Carnet Rouge 84 et suivant&#034; id=&#034;nh3-96&#034;&gt;96&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; : &lt;strong class=&#034;caractencadre-spip spip&#034;&gt;&#171; Ce qu'elle appelait sa Petite Voie d'enfance spirituelle &#233;tait le sujet continuel de nos entretiens. &#171; Les privil&#232;ges de J&#233;sus sont pour les tout petits, me r&#233;p&#233;tait-elle. &#187; Elle ne tarissait pas sur la confiance, l'abandon, la simplicit&#233;, la droiture, l'humilit&#233; du petit enfant et me le proposait toujours comme mod&#232;le. Un jour, que je lui manifestai mon d&#233;sir d'avoir plus de force et d'&#233;nergie pour pratiquer la vertu, elle reprit : &#171; Et si le bon Dieu vous veut faible et impuissante comme une enfant, croyez-vous que vous aurez moins de m&#233;rite ?&#8230; Consentez donc &#224; tr&#233;bucher &#224; chaque pas, &#224; tomber m&#234;me, &#224; porter vos croix faiblement, aimez votre impuissance ; votre &#226;me en retirera plus de profit que si, port&#233;e par la gr&#226;ce, vous accomplissiez avec &#233;lan des actions h&#233;ro&#239;ques qui rempliraient votre &#226;me de satisfaction personnelle et d'orgueil. &#187;&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Je me d&#233;courageais &#224; la vue de mes imperfections, Sr Th&#233;r&#232;se de l'Enfant-J&#233;sus me dit : &lt;strong class=&#034;caractencadre-spip spip&#034;&gt;&#171; Vous me faites penser au tout petit enfant qui commence &#224; se tenir debout, mais ne sait pas encore marcher. Voulant absolument atteindre le haut d'un escalier pour retrouver sa maman, il l&#232;ve son petit pied afin de monter la 1&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;re&lt;/sup&gt; marche. Peine inutile ! Il retombe toujours sans pouvoir avancer. Eh bien, [Carnet Rouge 85] consentez &#224; &#234;tre ce petit enfant ; par la pratique de toutes les vertus, levez toujours votre petit pied pour gravir l'escalier de la saintet&#233;. Vous n'arriverez m&#234;me pas &#224; monter la premi&#232;re marche, mais le bon Dieu ne demande de vous que la bonne volont&#233;. Du haut de cet escalier, il vous regarde avec amour. Bient&#244;t, vaincu par vos efforts inutiles, il descendra lui-m&#234;me, et, vous prenant dans ses bras, vous emportera pour toujours dans son Royaume o&#249; vous ne le quitterez plus. Mais si vous cessez de lever votre petit pied, il vous laissera longtemps sur la terre. &#187;&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong class=&#034;caractencadre-spip spip&#034;&gt;&#171; Une autre fois o&#249; je m'attristais encore de mes d&#233;faillances, elle me dit : &#171; Vous voil&#224; encore sortie de la Petite Voie ! La peine qui abat et d&#233;courage vient de l'amour propre, la peine surnaturelle rel&#232;ve le courage, donne un nouvel &#233;lan pour le bien ; on est heureux de se sentir faible et mis&#233;rable, parce que plus on le reconna&#238;t humblement, attendant tout gratuitement du bon Dieu sans aucun m&#233;rite de notre part, [Carnet Rouge 86] plus le bon Dieu s'abaisse vers nous pour nous combler de ses dons avec magnificence. &#187;&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong class=&#034;caractencadre-spip spip&#034;&gt;&#171; Elle me dit encore : Le bon Dieu m'a fait comprendre que le seul moyen de faire de rapides progr&#232;s dans la voie de l'amour, c'est de rester toute petite ; aussi maintenant je chante avec N.P. St Jean de la Croix :&#171; Et m'abaissant si bas, si bas,Je m'&#233;levai si haut, si haut, Que je pus atteindre mon but ! &#187;&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Le but de Th&#233;r&#232;se, c'est d'atteindre le Ciel et pour s'&#233;lever si haut, elle apprend &#224; se faire petite, mall&#233;able dans les mains du Seigneur. C'est ce que montre l'image du grain de sable&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-97&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;LT 45 note d&#034; id=&#034;nh3-97&#034;&gt;97&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, de la balle ou du roseau&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-98&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;LT 54 note g&#034; id=&#034;nh3-98&#034;&gt;98&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; qui ploie. Cependant son regard, malgr&#233; toutes les &#233;preuves, reste fix&#233; vers le Ciel dont J&#233;sus est le Roi &lt;strong class=&#034;caractencadre-spip spip&#034;&gt;&#171; J&#233;sus le Roi du Ciel, en me prenant pour lui, ne m'a pas enlev&#233;e &#224; mon saint Roi de la terre&#8230; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-99&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lettres de Ste Th&#233;r&#232;se 58, 31 juillet 88&#034; id=&#034;nh3-99&#034;&gt;99&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#171; Oh ! Oui ne soyons qu'un avec J&#233;sus, m&#233;prisons tout ce qui passe, nos pens&#233;es doivent se porter au Ciel puisque c'est l&#224; la demeure de J&#233;sus. &#187;&lt;/strong&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-100&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lettres de Ste Th&#233;r&#232;se 65, 20 oct 88&#034; id=&#034;nh3-100&#034;&gt;100&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;em class=&#034;spip&#034;&gt;2&lt;em class=&#034;spip&#034;&gt;IV - Tourn&#233;e vers le Ciel.&lt;/em&gt;2&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; C'est vers le Ciel que Th&#233;r&#232;se tend de toute son &#233;nergie dans les p&#233;riodes les plus sombres de sa vie, c'est-&#224;-dire l'internement de son p&#232;re.
&lt;strong class=&#034;caractencadre-spip spip&#034;&gt;&#171; Plus qu'un jour et je serai la Fianc&#233;e de J&#233;sus, quelle gr&#226;ce !&#8230; Que faire pour le remercier, pour me rendre moins indigne d'une telle faveur ?&#8230; Oh ! La patrie&#8230; la patrie !&#8230; 1 Que j'ai soif du Ciel l&#224; o&#249; l'on aimera J&#233;sus sans r&#233;serve !&#8230; Mais il faut souffrir et pleurer pour y arriver&#8230; &#187;&lt;/strong&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-101&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lettres de Ste Th&#233;r&#232;se 79, 8 janv 89&#034; id=&#034;nh3-101&#034;&gt;101&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong class=&#034;caractencadre-spip spip&#034;&gt;&#171; La vie passe&#8230; L'&#233;ternit&#233; s'avance &#224; grands pas&#8230; Bient&#244;t nous vivrons de la vie m&#234;me de J&#233;sus&#8230; apr&#232;s avoir &#233;t&#233; abreuv&#233;es &#224; la source de toutes les amertumes, nous serons d&#233;ifi&#233;es &#224; la source m&#234;me de toutes les joies, de tous les d&#233;lices&#8230; Bient&#244;t, petite Soeur, d'un seul regard nous pourrons comprendre ce qui se passe dans l'intime de notre &#234;tre !&#8230; La figure de ce monde passe&#8230; Bient&#244;t nous verrons de nouveaux cieux, un Soleil plus radieux &#233;clairera de ses splendeurs des mers &#233;th&#233;r&#233;es, des horizons infinis !&#8230; 2 L'immensit&#233; sera notre domaine&#8230; nous ne serons plus prisonni&#232;res sur cette terre d'exil&#8230; tout sera passe !&#8230; Avec notre &#233;poux c&#233;leste nous voguerons sur des lacs sans rivage&#8230; l'infini n'a ni bornes ni fond, ni rivage !&#8230; 3 &#171; Courage, J&#233;sus entend &#171; jusqu'au dernier &#233;cho de notre douleur. 5 Nos harpes sont en ce moment suspendues aux saules qui bordent le fleuve de Babylone&#8230; mais, au jour de notre d&#233;livrance, quelles harmonies ne ferons-nous pas entendre&#8230;avec quelle joie nous ferons vibrer toutes les cordes de nos instruments ! (&#8230;) Oh ! Le Ciel, le Ciel ! Quand y serons-nous ? &#187;&lt;/strong&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-102&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lettres de Ste Th&#233;r&#232;se 85, 12 mars 89&#034; id=&#034;nh3-102&#034;&gt;102&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong class=&#034;caractencadre-spip spip&#034;&gt;&#171; Oh ! quelle joie, marchons en paix en regardant le Ciel, l'unique but de nos travaux.&lt;/strong&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-103&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lettres de Ste Th&#233;r&#232;se 90, 27 avr 89&#034; id=&#034;nh3-103&#034;&gt;103&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Et plus son p&#232;re est atteint dans la maladie, plus son c&#339;ur vibre &#224; l'unisson, tout enti&#232;re pr&#233;sente. Elle est comme Marie au pied de la croix, impuissante mais pr&#233;sente jusqu'&#224; ce que son c&#339;ur soit perc&#233; d'un glaive. Elle aussi est atteinte d'un &#171; grand coup &#187; et elle chante le Ciel avec sa s&#339;ur C&#233;line : &lt;strong class=&#034;caractencadre-spip spip&#034;&gt;&#171; Mon &#226;me ne te quitte pas&#8230; elle souffre l'exil 1 avec toi ! .. Oh ! qu'il en co&#251;te de vivre, de rester sur cette terre d'amertume et d'angoisse&#8230; Mais demain&#8230; dans une heure, nous serons au port, quel bonheur ! Ah ! qu'il fera bon contempler J&#233;sus face &#224; face pendant toute l'&#233;ternit&#233; ! toujours toujours plus d'amour, toujours des joies plus enivrantes&#8230; un bonheur sans nuage !&#8230; Comment donc J&#233;sus a-t-il fait pour d&#233;tacher ainsi nos &#226;mes de tout le cr&#233;&#233; ? Ah ! il a frapp&#233; un grand coup&#8230; mais c'est un coup d'amour. &#187;&lt;/strong&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-104&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;LT 94 14 juillet 89&#034; id=&#034;nh3-104&#034;&gt;104&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Et oui, Th&#233;r&#232;se est atteinte l&#224; o&#249; elle aime le plus et elle communie &#224; la passion de son p&#232;re. Avec lui elle vit une passion d'amour et se laisse cribler. Elle est forte de l'amour de J&#233;sus pour elle et veut profiter de tous les instants pour lui redonner son amour. Cet amour abolit la distance et elle passe d'un Dieu tout-puissant &#224; un Dieu qui se laisse aimer. &lt;strong class=&#034;caractencadre-spip spip&#034;&gt;&#171; Dieu est admirable, mais surtout il est aimable, aimons-le donc&#8230; &#187;&lt;/strong&gt; Cette ouverture &#233;tait d&#233;j&#224; amorc&#233;e &#224; la gr&#226;ce de No&#235;l, lorsqu'il s'est fait proche d'elle par amour. Dans ce XIX&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle Dieu &#233;tait mis &#224; distance, loin dans le ciel et &#233;tranger en quelque sorte au sort des hommes. Dans cette p&#233;riode o&#249; l'on exaltait les affres de l'enfer&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-105&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;CG note e) LT 94 p 495&#034; id=&#034;nh3-105&#034;&gt;105&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; plut&#244;t que l'amour de Dieu, o&#249; il fallait sacrifier &#224; la justice divine, Th&#233;r&#232;se ouvre une large trou&#233;e. Elle ose le chemin de la confiance en d&#233;couvrant un Dieu aimable qui a besoin d'&#234;tre consol&#233;. On croit sentir en cette lettre la tension int&#233;rieure qu'elle subit entre les pr&#233;dications apocalyptiques de son temps qui manifeste la justice de Dieu assouvie par la souffrance de l'homme et ce qu'elle a entrevu de l'amour de J&#233;sus depuis No&#235;l 1886 :
&lt;strong class=&#034;caractencadre-spip spip&#034;&gt;&#171; tendons la main pour saisir la palme et si nous aimons beaucoup, si nous aimons J&#233;sus avec passion, il ne sera pas assez cruel pour nous laisser longtemps en cette terre d'exil&#8230; &#187;&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Que signifie &#034;pas assez cruel&#034; ? Elle est touch&#233;e par l'amour de J&#233;sus. Le don qu'elle fait d'elle-m&#234;me est un don gratuit, elle ne cherche pas la douceur de l'amour en cette terre, elle ne se recherche pas dans la douceur de l'amour, mais elle cherche &#224; faire plaisir &#224; J&#233;sus :
&#171; aimons-le assez pour souffrir pour lui tout ce qu'il voudra, m&#234;me les peines de l'&#226;me, les aridit&#233;s, les angoisses, les froideurs apparentes&#8230; ah ! c'est l&#224; un grand amour d'aimer J&#233;sus sans sentir la douceur de cet amour&#8230; c'est l&#224; un martyre&#8230; Et bien ! mourons Martyres. Oh ! ma C&#233;line&#8230; le doux &#233;cho de mon &#226;me, comprends-tu ?&#8230; le martyre ignor&#233;, connu de Dieu seul, que l'&#339;il de la cr&#233;ature ne peut d&#233;couvrir, martyre sans honneur, sans triomphe&#8230; Voil&#224; l'amour pouss&#233; jusqu'&#224; l'h&#233;ro&#239;sme&#8230; &#187;
Th&#233;r&#232;se est bien le chantre de l'amour gratuit qui n'a d'autre justification que d'aimer, que de se donner. Mais ce n'est pas &#224; fond perdu car ce qui l'anime toujours, c'est l'esp&#233;rance du Ciel. Le chemin pour Th&#233;r&#232;se est de travailler ici bas pour obtenir la palme de la r&#233;compense au Ciel. Elle n'a pas encore le d&#233;sir de &#034;passer son Ciel &#224; faire du bien sur la terre&#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-106&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;voir LT 254&#034; id=&#034;nh3-106&#034;&gt;106&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Elle est encore, par son &#233;ducation, ax&#233;e sur les m&#233;rites :
&lt;strong class=&#034;caractencadre-spip spip&#034;&gt;&#171; Mais un jour le Dieu reconnaissant s'&#233;criera : &#034; Maintenant mon tour. &#034; 2 Oh ! que verrons-nous alors ?&#8230; Qu'est-ce qu c'est que cette vie qui n'aura plus de fin ?&#8230; Dieu sera l'&#226;me de notre &#226;me&#8230; myst&#232;re insondable&#8230; L'&#339;il de l'homme n'a point vu la lumi&#232;re incr&#233;&#233;e son oreille n'a pas entendu les incomparables harmonies et son c&#339;ur ne peut pressentir ce que Dieu r&#233;serve &#224; ceux qu'il aime. &#187;&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Th&#233;r&#232;se fera plus tard un pas suppl&#233;mentaire : affirme qu'elle ira au Ciel les mains vides. La lettre suivante ne fait que creuser ce d&#233;sir de consoler J&#233;sus. Th&#233;r&#232;se est devant un Dieu qui pleure d'&#234;tre ignor&#233; et elle n'a de souci du coup que de lui pr&#233;senter des &#226;mes, mais aussi d'&#234;tre unie &#224; lui pour toujours. Elle exprime l&#224; une force et une d&#233;termination sans faille, comme s'il y avait une vague de fond qui la portait en des zones difficiles d'acc&#232;s pour nous. Ce qui est inusit&#233;, c'est sa capacit&#233; de rester debout dans la souffrance et de la traverser en se d&#233;passant dans l'offrande d'elle-m&#234;me, dans un acte de foi et d'esp&#233;rance peu communs. C'est difficile de vivre avec cette acuit&#233; dans la foi, sans se r&#233;volter. Cependant, la souffrance que traverse Th&#233;r&#232;se n'a rien d'extraordinaire et beaucoup d'hommes et de femmes traversent des &#233;v&#233;nements similaires ou m&#234;me plus dramatiques. Au fond, quel est celui ou celle d'entre-nous qui &#233;chappe &#224; la souffrance ? Ce qui est extraordinaire c'est l'intensit&#233; avec laquelle Th&#233;r&#232;se la traverse demeurant dans l'acceptation, sans r&#233;volte, dans l'offrande m&#234;me, en communion avec la souffrance d'autres &#226;mes. Th&#233;r&#232;se n'est plus centr&#233;e sur elle-m&#234;me depuis la gr&#226;ce de No&#235;l. Elle est lib&#233;r&#233;e d'elle-m&#234;me y compris dans la souffrance qui l'atteint au plus profond. C'est comme un grand coup qui la r&#233;veille et l'ouvre &#224; la vie divine, &#224; l'amour de Dieu pour les hommes. Elle entreprend l&#224; un grand virage qui l'am&#232;ne aux pieds d'un Dieu vuln&#233;rable que le c&#339;ur de l'homme a le pouvoir de consoler. Paradoxe, dans cette d&#233;couverte Th&#233;r&#232;se devient &#224; son tour vuln&#233;rable et cesse de s'arquebouter sur la pratique des &#171; m&#233;rites &#187; pour obtenir le Ciel. Dans l'abaissement de J&#233;sus &#224; No&#235;l et dans cette Face dont la d&#233;votion est en pleine expansion, elle a d&#233;couvert un immense tr&#233;sor. Alors, comme l'homme de l'&#233;vangile, elle a tout vendu pour acheter le champ, pour en avoir la jouissance. Mais elle voudrait aussi en partager la d&#233;couverte et faire aimer ce Dieu qui se r&#233;v&#232;le &#224; son amour, ce Dieu qui est plus aimable qu'admirable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Etre compt&#233;e pour rien, dispara&#238;tre, c'est sa fa&#231;on de vendre ses biens&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-107&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lt 95 juillet ou ao&#251;t 89, &#224; Sr Agn&#232;s&#034; id=&#034;nh3-107&#034;&gt;107&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; : &lt;strong class=&#034;caractencadre-spip spip&#034;&gt;&#171; &#8230;que le grain de sable soit toujours &#224; sa place c'est-&#224;-dire sous les pieds de tous, que personne ne pense &#224; lui, que son existence soit pour ainsi dire ignor&#233;e, le grain de sable ne d&#233;sire pas d'&#234;tre humili&#233;, c'est encore trop glorieux puisqu'on serait oblig&#233; de s'occuper de lui, il ne d&#233;sire qu'une chose, &#234;tre oubli&#233;, compt&#233; pour rien !&#8230; 2 Mais il d&#233;sire &#234;tre vu de J&#233;sus, si les regards des cr&#233;atures ne peuvent s'abaisser jusqu'&#224; lui que du moins la face ensanglant&#233;e de J&#233;sus 3 se tourne vers lui&#8230; Il ne d&#233;sire qu'un regard, un seul regard !&#8230; S'il &#233;tait possible &#224; un grain de sable de consoler J&#233;sus, d'essuyer ses larmes, 4 comme il en est un qui voudrait le faire&#8230; Que J&#233;sus prenne le pauvre grain de sable et qu'il le cache dans sa Face adorable&#8230; Ps 30,21 l&#224; le pauvre atome n'aura plus rien &#224; craindre, il sera s&#251;r de ne plus p&#233;cher !&#8230;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-108&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;est-ce en lien avec ses crises de scrupules ? voir LC 117 du P. Pichon du 4 (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-108&#034;&gt;108&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; (2r ) Le grain de sable veut &#224; tout prix sauver des &#226;mes&#8230; il faut que J&#233;sus lui accorde cette gr&#226;ce ; petite V&#233;ronique, demandez cette gr&#226;ce &#224; la Face lumineuse de J&#233;sus !&#8230; Oui la Face de J&#233;sus est lumineuse mais si, au milieu des blessures et des larmes elle est d&#233;j&#224; si belle, que sera-ce donc quand nous la verrons dans le Ciel ? Oh ! le ciel&#8230; le Ciel&#8230; Oui, pour voir un jour la Face de J&#233;sus, pour contempler &#233;ternellement (12v ) la merveilleuse beaut&#233; de J&#233;sus, le pauvre grain de sable d&#233;sire &#234;tre m&#233;pris&#233; sur la terre !&#8230; Agneau ch&#233;ri, demandez &#224; J&#233;sus que son grain de sable se d&#233;p&#234;che de sauver beaucoup d'&#226;mes en peu de temps pour voler plus promptement vers sa Face ch&#233;rie !&#8230; Je souffre !&#8230; mais l'espoir de la Patrie me donne du courage, bient&#244;t nous serons au Ciel&#8230; L&#224; il n'y aura plus de jour ni de nuit mais la Face de J&#233;sus fera r&#233;gner une lumi&#232;re sans &#233;gale !&#8230; &#187;&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Monsieur Martin, ce p&#232;re ador&#233;, s'enfonce peu &#224; peu dans le silence de sa maladie et les communications deviennent de plus en plus difficiles, voire impossibles. Oui, c'est un grand coup qui a &#233;t&#233; frapp&#233; l&#224; et qui d&#233;tache Th&#233;r&#232;se et l'ouvre &#224; une autre relation plus pure avec Dieu, car il est, seul, &#224; l'origine de nos vies. Nous avons une origine biologique, fruit de la rencontre de deux personnes ; nous avons une origine familiale qui nous inscrit dans une longue lign&#233;e, mais par le bapt&#234;me, nous avons &#224; d&#233;couvrir notre origine premi&#232;re et finale, celle d'enfants de Dieu. Cela suppose que nous fassions tout un chemin pour acc&#233;der &#224; cette profondeur de notre existence. Et ce chemin se trouve encombr&#233; de multiples obstacles, de confusions de toutes sortes. L'acc&#232;s au r&#233;el de notre existence se fera donc par des prises de conscience, plus ou moins douloureuses, qui provoqueront en nous de la souffrance. Il nous est p&#233;nible, difficile de passer &#224; un autre niveau de conscience, d'acc&#233;der &#224; cette autre forme de relation car elle se parcourt par la foi, c'est-&#224;-dire par un saut dans l'inconnu. Il y a comme un arrachement &#224; vivre pour entrer dans cette filiation, un peu sans doute comme le b&#233;b&#233; qui doit sortir du ventre de sa m&#232;re pour s'ouvrir &#224; une autre r&#233;alit&#233; et pour cela il doit consentir &#224; sortir, &#224; quitter ce qu'il conna&#238;t pour entrer dans un monde nouveau. L'entr&#233;e dans la vie spirituelle est un v&#233;ritable enfantement pour y d&#233;couvrir la pr&#233;sence de Dieu P&#232;re en nos vies, en nos c&#339;urs, pour y d&#233;couvrir la vie de notre vie : &lt;strong class=&#034;caractencadre-spip spip&#034;&gt;&#171; Notre jour de l'an est bien triste cette ann&#233;e&#8230; c'est le c&#339;ur rempli de souvenirs que je vais veiller en attendant minuit&#8230; Je me rappelle tout&#8230; maintenant nous sommes orphelines 2 mais nous pouvons dire avec amour &#034; Notre P&#232;re qui &#234;tes aux Cieux &#034;. Oui, il nous reste encore l'unique tout de nos &#226;mes ! &#187;&lt;/strong&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-109&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;LT 101 du 31 d&#233;c 89&#034; id=&#034;nh3-109&#034;&gt;109&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Et l'on retrouve encore trace de cette &#233;preuve, de cette purification dans sa relation &#224; son p&#232;re en septembre 90 lors de sa prise de voile, alors qu'elle esp&#233;rait la pr&#233;sence de son p&#232;re&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-110&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Manuscrit A 75 et LT 120&#034; id=&#034;nh3-110&#034;&gt;110&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; :
&lt;strong class=&#034;caractencadre-spip spip&#034;&gt;&#171; La prudence humaine au contraire tremble &#224; chaque pas et n'ose pour ainsi dire poser le pied, aussi le Bon Dieu qui voulait m'&#233;prouver se servit-Il d'elle comme d'un instrument docile et le jour de mes noces je fus vraiment orpheline, n'ayant plus de P&#232;re sur la terre mais pouvant regarder le Ciel avec confiance et dire en toute v&#233;rit&#233; : &#034;Notre P&#232;re qui &#234;tes aux Cieux.&#034; &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Devenir enfants de Dieu suppose que l'on s'ouvre &#224; cette relation filiale avec Dieu. S'ouvrir &#224; la relation avec quelqu'un nous engage &#224; un partage, &#224; donner &#224; l'autre et &#224; recevoir de lui. C'est dire que nous avons &#224; grandir dans la confiance en cette relation, c'est &#224; dire aussi que ce chemin va nous rendre vuln&#233;rables car donner ou recevoir n'est pour nous jamais &#233;vident. Nous nous sommes en effet tellement prot&#233;g&#233;s, ou habitu&#233;s &#224; nous prot&#233;ger !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Il nous faut donc apprendre &#224; notre tour &#224; devenir enfant de Dieu, d&#233;pendant de lui pour le tout de notre vie. Cet apprentissage nous emm&#232;ne dans un combat contre nous-m&#234;me contre nos penchants les plus archa&#239;ques, mais aussi contre tous les obstacles int&#233;rieurs qui nous emp&#234;chent de trouver le chemin de notre c&#339;ur, qui s&#232;ment le trouble dans nos esprits, qui nous paralysent parfois comme nous allons le d&#233;couvrir plus avant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;em class=&#034;spip&#034;&gt;2&lt;em class=&#034;spip&#034;&gt;V - Directrice d'&#226;me.&lt;/em&gt;2&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Nous continuons notre route avec Th&#233;r&#232;se qui volontiers se changera en directrice d'&#226;me avec sa cousine Marie Gu&#233;rin. Celle-ci lui confie ses tourments qui lui viennent de ses scrupules aliment&#233;s par ses s&#233;jours parisiens. Certaines images sensuelles provoquent une sorte de fascination sur son imagination. Elle a l'impression d'&#234;tre souill&#233;e int&#233;rieurement par ce qu'elle voit et qu'elle imagine par la suite. Elle se trouve du coup dans une tension int&#233;rieure, prise entre le scrupule qui requiert la puret&#233; du c&#339;ur pour s'approcher du Seigneur et le d&#233;sir de communier&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-111&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;LC 113 du 29 mai 89&#034; id=&#034;nh3-111&#034;&gt;111&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; : &lt;strong class=&#034;caractencadre-spip spip&#034;&gt;&#171; Ma Th&#233;r&#232;se ch&#233;rie, Je viens encore te tourmenter, et je sais d'avance que tu ne vas pas &#234;tre contente de moi, mais que veux-tu, je souffre tant que cela me fait du bien de verser toutes mes peines dans ton c&#339;ur. Paris n'est pas fait pour gu&#233;rir les scrupuleux, je ne sais plus o&#249; tourner mes regards ; si je fuis une nudit&#233; j'en rencontre une autre et ainsi de suite toute la journ&#233;e, c'est &#224; en mourir de chagrin ; il me semble que c'est par curiosit&#233;, il faut que je regarde partout, il me semble que c'est pour voir du mal. Je ne sais si tu vas me comprendre, j'en ai tant dans ma pauvre t&#234;te que je ne sais le d&#233;brouiller. Le d&#233;mon ne manque pas non plus de me rappeler toutes ces vilaines choses que j'ai vues dans la journ&#233;e et c'est un autre sujet de tourment. Comment veux-tu que je fasse la Ste Communion demain et vendredi ; je suis oblig&#233;e de m'en abstenir, c'est la plus grande &#233;preuve, jamais je n'avais ressenti autant d'amour pour la communion ; je sens que je serais inond&#233;e de consolations, je me sentirais fortifi&#233;e si je pouvais avoir le bon Dieu dans mon c&#339;ur ; autrement il est si vide mon pauvre c&#339;ur, il est rempli de tristesse, rien ne peut me distraire. Oh ! Quelle ville que ce Paris, on est bien plus heureux dans la petite maison de la rue Condorcet. Sais-tu o&#249; je ressens le plus de bonheur ? c'est lorsque je suis &#224; l'&#233;glise, au moins l&#224; je puis reposer mes yeux sur le tabernacle, je sens que je suis dans mon centre, tout le reste n'est pas fait pour moi ; je ne sais comment on peut vivre ici, pour moi c'est un v&#233;ritable enfer. &#187;&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Th&#233;r&#232;se lui r&#233;pond le lendemain&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-112&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;LT 92 du 30 mai 89&#034; id=&#034;nh3-112&#034;&gt;112&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; : &lt;strong class=&#034;caractencadre-spip spip&#034;&gt;&#171; Tu as bien fait de m'&#233;crire, j'ai tout compris&#8230; tout tout tout !&#8230; 1 Tu n'as pas fait l'ombre du mal, je sais si bien ce que sont ces sortes de tentation que je puis te l'assurer sans crainte, d'ailleurs J&#233;sus me le dit au fond du c&#339;ur&#8230; Il faut m&#233;priser toutes ces tentations, n'y faire aucune attention. Faut-il te confier une chose qui m'a fait beaucoup de peine ?&#8230; C'est que ma petite Marie a laiss&#233; ses communions&#8230; le jour de l'Ascension 2 et le dernier jour du mois de Marie !&#8230; Oh ! Que cela fait de peine &#224; J&#233;sus !&#8230; Il faut que le d&#233;mon soit bien fin pour tromper ainsi une &#226;me !&#8230; 3 mais ne sais-tu pas, ma ch&#233;rie, que c'est l&#224; tout le but de ses d&#233;sirs. Il sait bien, le perfide, qu'il ne peut faire p&#233;cher une &#226;me qui voudrait &#234;tre toute &#224; J&#233;sus, (1v) aussi n'essaye-t-il que de le lui faire croire. C'est d&#233;j&#224; beaucoup pour lui de mettre le trouble dans cette &#226;me, mais pour sa rage il faut autre chose, il veut priver J&#233;sus d'un tabernacle aim&#233;, ne pouvant entrer dans ce sanctuaire, il veut du moins qu'il demeure vide et sans ma&#238;tre !&#8230; H&#233;las ! que deviendra ce pauvre c&#339;ur ?&#8230; Quand le diable a r&#233;ussi &#224; &#233;loigner une &#226;me de la Ste Communion il a tout gagn&#233;&#8230; Et J&#233;sus pleure !&#8230; O ma ch&#233;rie, pense donc que J&#233;sus est l&#224; dans le tabernacle expr&#232;s pour toi, pour toi seule, il br&#251;le du d&#233;sir d'entrer dans ton c&#339;ur&#8230; va, n'&#233;coute pas le d&#233;mon, moque-toi de lui et va sans crainte recevoir le J&#233;sus de la paix et de l'amour !&#8230; Mais je t'entends dire : &#034; Th&#233;r&#232;se dit cela parce qu'elle ne sait pas&#8230; elle ne sait pas comme je le fais bien expr&#232;s.. cela m'amuse&#8230; et puis je ne puis communier, puisque je crois faire un sacril&#232;ge, etc., etc., etc. Si, ta pauvre petite Th&#233;r&#232;se sait bien, (2r ) je te dis qu'elle devine tout, elle t'assure que tu peux aller sans crainte recevoir ton seul ami v&#233;ritable&#8230; Elle aussi a pass&#233; par le martyre du scrupule 4 mais J&#233;sus lui a fait la gr&#226;ce de communier quand m&#234;me, alors m&#234;me qu'elle croyait avoir fait de grands p&#233;ch&#233;s&#8230; eh bien ! je t'assure qu'elle a reconnu que c'&#233;tait le seul moyen de se d&#233;barrasser du d&#233;mon, car quand il voit qu'il perd son temps il vous laisse tranquille !&#8230; Non, il est impossible qu'un c&#339;ur &#034; qui ne se repose qu'&#224; la vue du tabernacle &#034; offense J&#233;sus au point de ne pouvoir le recevoir. Ce qui offense J&#233;sus, ce qui le blesse au c&#339;ur c'est le manque de confiance ! (&#8230;) Ton c&#339;ur est fait pour aimer J&#233;sus, pour l'aimer passionn&#233;ment, prie bien afin que les plus belles ann&#233;es de ta vie ne se passent pas en craintes chim&#233;riques. Nous n'avons que les courts instants de notre vie pour aimer J&#233;sus, le diable le sait bien aussi t&#226;che-t-il de la consumer en travaux inutiles&#8230; Petite soeur ch&#233;rie, communie souvent, bien souvent&#8230; Voil&#224; le seul rem&#232;de si tu veux gu&#233;rir, J&#233;sus n'a pas mis pour rien cet attrait dans ton &#226;me. &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Ainsi dans sa r&#233;ponse Th&#233;r&#232;se op&#232;re un d&#233;placement. A Marie qui se faisait du scrupule de son attachement &#224; certaines images obsc&#232;nes, malgr&#233; son d&#233;sir de Dieu, Th&#233;r&#232;se r&#233;plique que le r&#233;el probl&#232;me est son manque de confiance en l'amour de J&#233;sus. Marie est troubl&#233;e par son imagination, mais surtout par le scrupule. On peut dire qu'elle est comme Pierre dans l'&#233;vangile qui devant les vents contraire et les vagues prend peur et se met &#224; couler alors que ses premiers pas hors de la barque et marchant vers J&#233;sus avaient &#233;t&#233; concluant&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-113&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Mt 14,30&#034; id=&#034;nh3-113&#034;&gt;113&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il lui avait suffit de se laisser troubler pour perdre J&#233;sus de vue et couler. Ce qui arrive &#224; Marie en est une bonne illustration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Nous avons vu au d&#233;but de notre parcourt combien Th&#233;r&#232;se avait elle-m&#234;me &#233;t&#233; marqu&#233;e par la plaie des scrupules et son impuissance dans les tenailles de cette maladie. Aussi, c'est &#224; partir de sa propre exp&#233;rience qu'elle essaie de lancer Marie sur les voies de la confiance. Et si elle cherche le salut, c'est dans l'eucharistie qu'elle le trouvera. La puret&#233; n'est pas une &#339;uvre humaine, elle se re&#231;oit de Dieu lui-m&#234;me, et ce ne sont pas nos pens&#233;es qui l'effrayent, lui font du mal, mais nos troubles qui nous &#233;loignent de son amour sauveur. Or il a besoin qu'on lui fasse confiance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;vangile de St Luc au chapitre 19 nous oriente en ce sens. Il se termine par ce verset si fort : &#171; je suis venu chercher et sauver ce qui est perdu &#187;. C'est donc vers J&#233;sus qu'avec Th&#233;r&#232;se nous sommes invit&#233;s &#224; nous tourner, au sein m&#234;me de nos scrupules ou de nos culpabilit&#233;s les plus grandes. C'est que nos scrupules ou sentiments de culpabilit&#233; sont une fa&#231;on pour nous d'essayer de nous justifier &#224; nos propres yeux, de r&#233;parer par nous-m&#234;mes une action qui a mal abouti. Ainsi nous reconstruisons notre monde en rappelant &#224; notre esprit et de fa&#231;on r&#233;p&#233;titive les gestes rat&#233;s, ou les d&#233;sirs non r&#233;alis&#233;s, mal r&#233;alis&#233;s. Cela ressemble &#224; un disque ray&#233; qui n'arr&#234;te pas de jouer le m&#234;me air. Or nous ne faisons alors que de nous enfoncer un peu plus dans notre mis&#232;re alors qu'il suffit de tourner nos regards vers celui qui est la source de la vie, de la lumi&#232;re. C'est en regardant vers la lumi&#232;re, sa lumi&#232;re, que notre c&#339;ur peu &#224; peu resplendira. Et pour cela il faut consentir &#224; l&#226;cher nos soucis, donc en quelque sorte &#224; se quitter, se perdre de vue. C'est l'amour de Dieu seul qui nous justifie, non nos actes ou nos remords. Dans nos auto-justifications s'exprime un d&#233;sir de nous sauver nous-m&#234;mes qui loin de nous gu&#233;rir creuse la morsure du mal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Th&#233;r&#232;se nous propose &#224; la suite de l'&#233;vangile de passer &#224; un autre registre et de chercher la gu&#233;rison &#224; nos maux int&#233;rieurs par l'eucharistie, c'est-&#224;-dire par la qu&#234;te d'un surcro&#238;t d'amour l&#224; o&#249; les t&#233;n&#232;bres envahissaient tout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; L'important sur ce chemin est d'arriver &#224; changer int&#233;rieurement de pr&#233;occupation, de souci, se perdre de vue pour se tourner vers Celui qui est la seule vraie lumi&#232;re, la seule source de vie. Comme si tout notre travail pouvait consister &#224; faire le vide de nos pens&#233;es, &#224; ne pas nous laisser envahir par elles pour &#234;tre ouverts &#224; la gr&#226;ce. Pouvoir accueillir le silence, entrer dans le silence int&#233;rieur, c'est une hygi&#232;ne, une sant&#233; de l'&#226;me. Ce n'est ni une perte de temps, ni une perte de notre &#234;tre, mais l'ouverture de notre espace int&#233;rieur et en m&#234;me temps une lib&#233;ration. Nous n'avons pas &#224; faire face, dans nos soci&#233;t&#233;s occidentales, &#224; un esclavage corporel, mais &#224; une forme beaucoup subtile l'ali&#233;nation. C'est notre pens&#233;e qui est touch&#233;e, atteinte, bless&#233;e. Nous avons &#224; nous ouvrir &#224; une autre forme de lib&#233;ration et &#224; cr&#233;er autour de nous et en nous des espaces de silence, de libert&#233;. Nous avons &#224; retrouver notre beaut&#233; originelle, mais cela ne peut se faire qu'en nous ouvrant &#224; Celui qui peut la recr&#233;er en nous. Nous quitter ici, c'est nous lib&#233;rer de nous-m&#234;me, de nos pens&#233;es trop encombrantes et qui finissent par nous &#233;touffer. Le Ps 33 (34), vv 4-6 nous conforte sur ce chemin en nous invitant &#224; nous tourner vers le Seigneur sans chercher aucune autre justification que la qu&#234;te de sa beaut&#233;, de sa face : &lt;strong class=&#034;caractencadre-spip spip&#034;&gt;&#171; J'ai cherch&#233; le Seigneur, et il m'a r&#233;pondu ; Il m'a d&#233;livr&#233; de toutes mes frayeurs. Quand on tourne vers lui les regards, on est rayonnant de joie, Et le visage ne se couvre pas de honte. Quand un pauvre crie, le Seigneur entend, Et il le sauve de toutes ses d&#233;tresses. &#187;&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;E - Profitons des plus cours instants.&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;em class=&#034;spip&#034;&gt;2&lt;em class=&#034;spip&#034;&gt;I - Cette ann&#233;e a &#233;t&#233; bonne pour le Ciel.&lt;/em&gt;2&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est la fin de l'ann&#233;e 1889. Th&#233;r&#232;se laisse son c&#339;ur s'&#233;pancher sur ce qu'elle a v&#233;cu depuis janvier. Elle m&#233;dite sur le pass&#233; de cette ann&#233;e difficile tant dans sa vie religieuse que dans les relations avec sa famille et surtout avec son p&#232;re. Elle songe &#224; cette ann&#233;e, ann&#233;e de purification dans ses relations et surtout avec ce p&#232;re qu'elle aime beaucoup. Dans la lettre qui pr&#233;c&#232;de celle que nous allons regarder maintenant, elle note&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-114&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;LT 100 &#224; M et Mme Gu&#233;rin, 30 d&#233;c 89&#034; id=&#034;nh3-114&#034;&gt;114&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; : &lt;strong class=&#034;caractencadre-spip spip&#034;&gt;&#171; &#8230;c'est au soir de cette ann&#233;e que je me sens port&#233;e &#224; jeter un regard sur le pass&#233; et sur l'avenir ; en consid&#233;rant le temps qui vient de s'&#233;couler, je me sens port&#233;e &#224; remercier le bon Dieu, car si sa main nous a pr&#233;sent&#233; un calice d'amertume, son c&#339;ur divin a su nous soutenir dans l'&#233;preuve et il nous a donn&#233; la force n&#233;cessaire pour boire son calice jusqu'&#224; la lie&#8230; Le premier jour de l'an est pour moi un monde de souvenirs&#8230; Je vois encore Papa nous comblant de ses caresses&#8230; Il &#233;tait si bon !&#8230; Mais pourquoi rappeler ces souvenirs ? Ce P&#232;re ch&#233;ri a re&#231;u la r&#233;compense de ses vertus, Dieu lui a envoy&#233; une &#233;preuve digne de lui. &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Ce qui revient avec force et qui l'a surtout marqu&#233;e c'est la maladie de son p&#232;re. Et elle le redit encore un peu plus tard, mais avec un autre accent, alors qu'elle envoie un petit mot &#224; C&#233;line pour son anniversaire&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-115&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;LT 102 &#224; C&#233;line 27 avril 90&#034; id=&#034;nh3-115&#034;&gt;115&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; : &lt;strong class=&#034;caractencadre-spip spip&#034;&gt;&#171; En voyant l'image de la Ste Face&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-116&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La miniature sur parchemin peinte par soeur Agn&#232;s &#224; l'intention de C&#233;line : (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-116&#034;&gt;116&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, les larmes me sont venues dans les yeux, n'est-ce pas l'image de notre famille ? oui, notre famille est une branche de lis et le Lis sans nom 2 r&#233;side au milieu, il y r&#233;side en roi et il nous fait partager les honneurs de sa royaut&#233;, son sang divin arrose nos corolles, et ses &#233;pines en nous d&#233;chirant laissent exhaler le parfum de notre amour. Adieu C&#233;line, on vient rompre mon entretien, comprends tout. &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Th&#233;r&#232;se souffre, son c&#339;ur est d&#233;chir&#233;, elle offre ce c&#339;ur qui saigne en t&#233;moignage d'amour. C'est dans ce c&#339;ur qui saigne, qui consent &#224; saigner, que r&#233;side son activit&#233; la plus grande. Le po&#232;te allemand Rilke &#233;crit&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-117&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dans le conte sur Michel-Ange, Celui qui &#233;coutait les pierres&#034; id=&#034;nh3-117&#034;&gt;117&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; : &lt;strong class=&#034;caractencadre-spip spip&#034;&gt;&#171; Ce que nous &#233;prouvons pour le printemps, Dieu ne le voit passer sur la terre que comme un fuyant et petit sourire. Il semble alors que la terre se souvienne de quelque chose ; en &#233;t&#233; elle parlera &#224; tous, jusqu'&#224; ce qu'elle se fasse plus sage, dans le grand silence de l'automne, par quoi elle se confie aux solitaires. Tous les printemps que vous et moi r&#233;unis, avons v&#233;cus, ne suffisent pas &#224; combler une seconde de Dieu. Le printemps, pour que Dieu le remarque, ne doit pas rester dans les arbres et dans les pr&#233;s. Il faut qu'il devienne en quelque mani&#232;re puissant au c&#339;ur des hommes, car il se d&#233;roule alors, non pas dans le temps, mais dans l'&#233;ternit&#233; et en pr&#233;sence de Dieu. &#187;&lt;/strong&gt; (trad. Maurice Betz) &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Nous retrouvons cela exprim&#233; autrement chez Th&#233;r&#232;se&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-118&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lettres de Ste Th&#233;r&#232;se 101 31 d&#233;c 90 &#224; C&#233;line&#034; id=&#034;nh3-118&#034;&gt;118&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; : &lt;strong class=&#034;caractencadre-spip spip&#034;&gt;&#171; L'ann&#233;e qui vient de s'&#233;couler a &#233;t&#233; bonne, oui elle a &#233;t&#233; pr&#233;cieuse pour le ciel, puisse celle qui va suivre lui ressembler !&#8230; C&#233;line, je ne suis pas &#233;tonn&#233;e de te voir dans le lit apr&#232;s une pareille ann&#233;e, &#224; la fin d'un jour comme celui-l&#224; il y a de quoi se reposer&#8230; ! Comprends-tu ?&#8230; Peut-&#234;tre l'ann&#233;e qui va commencer sera-t-elle la derni&#232;re !!! Ah ! profitons, profitons des (2r ) plus courts instants, faisons comme les avares, soyons jalouses des plus petites choses pour le bien-Aim&#233; !&#8230; Notre jour de l'an est bien triste cette ann&#233;e&#8230; c'est le c&#339;ur rempli de souvenirs que je vais veiller en attendant minuit&#8230; Je me rappelle tout&#8230; maintenant nous sommes orphelines 2 mais nous pouvons dire avec amour &#034; Notre P&#232;re qui &#234;tes aux Cieux &#034;. Mt 6,9 Oui, il nous reste encore l'unique tout de nos &#226;mes ! (2v ) Encore une ann&#233;e de pass&#233;e !&#8230; C&#233;line ! elle est pass&#233;e, pass&#233;e, elle ne reviendra jamais ; comme cette ann&#233;e a pass&#233; notre vie aussi passera et bient&#244;t nous dirons :&#034; Elle est pass&#233;e &#034;, ne perdons pas notre temps, bient&#244;t l'&#233;ternit&#233; luira pour nous !&#8230; C&#233;line, si tu veux, convertissons les &#226;mes, il faut que cette ann&#233;e nous fassions beaucoup de pr&#234;tres qui sachent aimer J&#233;sus !&#8230; qui le touchent avec la m&#234;me d&#233;licatesse que Marie le touchait dans son berceau !&#8230; &#187;&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Son c&#339;ur saigne quand elle revoit cette ann&#233;e &#233;coul&#233;e et pourtant elle est sans regret, comme l'artisan qui contemple son travail avec satisfaction une fois l'&#339;uvre achev&#233;e. Elle est l&#224; toute disponible aux instants qui lui sont donn&#233;s. Elle est disponible &#224; vivre les instants quotidiens parce qu'elle est disponible en son c&#339;ur, parce qu'elle est dans son centre, au centre de sa vocation et peut donc laisser aller toute son &#233;nergie unifi&#233;e sans perdre de temps en regrets, en &#233;tant prise par ses propres conflits, doutes. Elle est entr&#233;e au Carmel, elle a fait profession, tout cela parce qu'elle a senti cet appel int&#233;rieur &#224; suivre J&#233;sus, &#224; coop&#233;rer avec lui au salut des &#226;mes. Aussi elle ne passe pas de temps &#224; s'&#233;tonner de ce qu'elle rencontre, &#224; regretter le pass&#233;, mais elle avance, plus, elle fonce et ce c&#244;t&#233; intr&#233;pide est inscrit sur son visage, surtout le visage o&#249; &#224; quinze ans elle s'est fait un chignon pour se vieillir un peu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Th&#233;r&#232;se, &#224; la suite de J&#233;sus choisit sa vie maintenant, elle prend sa destin&#233;e en main au lieu de la subir. Bien s&#251;r, les &#233;v&#233;nements qu'elle traverse, elle ne les choisit pas, les affrontements avec certaines de ses s&#339;urs, la maladie du p&#232;re, tout ce qui constitue ses journ&#233;es, elle le subit, comme chacun de nous nos journ&#233;es. Or, ce qui lui arrive, elle choisit de l'assumer, de l'investir avec toute la force de son amour. Voil&#224; l'important et elle le peut d'autant plus qu'elle sait investir chacun de ses instants pour en faire un chemin de vie pour elle, comme pour le travail qu'elle s'est fix&#233;, la vocation qui lui est apparue, dans la1uelle elle souhaite s'engager, qui est le salut des &#226;mes. Les instants de ses journ&#233;es, elle les remplit d'un poids d'&#233;ternit&#233; o&#249; tout a sens. Th&#233;r&#232;se se bat pour la vie. Son parcours, malgr&#233; tous les obstacles, elle le rempli, l'assume, le traverse avec une formidable esp&#233;rance par del&#224; r&#233;ussite humaine ou &#233;chec. Elle vise plus loin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Pour nous, il s'agit de nous interroger. Non pas pour savoir comment imiter Th&#233;r&#232;se, si l'envie nous en prenait, mais pour nous laisser interroger par notre vie : faire comme elle un point en regardant en arri&#232;re et nous demander o&#249; nous en sommes. O&#249; en sommes nous de cette vie qui nous prend et que l'on n'a pas toujours choisie ? Quel sens lui donnons-nous ? Nous traversons tous des moments difficiles, des &#233;preuves, autant d'obstacles qui nous freinent, qui ralentissent le cours de notre vie, parfois qui la rendent absurde. Comment le parcours de Th&#233;r&#232;se peut-il nous &#233;clairer pour redonner sens, voire f&#233;condit&#233; &#224; notre vie par del&#224; nos r&#233;ussites ou nos &#233;checs ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Il semble que Th&#233;r&#232;se vienne interroger notre soci&#233;t&#233; trop ax&#233;e sur l'efficacit&#233; mat&#233;rielle, le rendement, car elle ne se pose pas cette question. Ce n'est pas dans cette optique qu'elle vit. Ce qui donne sens &#224; la vie pour elle, c'est regarder J&#233;sus, c'est le suivre, c'est de communier &#224; ses souffrance et de s'unir &#224; lui, &#224; sa passion d'amour. Chacun de ses instants est habit&#233; par ce souci d'&#234;tre pr&#233;sente &#224; J&#233;sus, sa fa&#231;on &#224; elle, c'est de chercher &#224; le consoler, de participer &#224; ses souffrances pour enfanter des &#226;mes. En trouvant la voix du Carmel, Th&#233;r&#232;se n'a pas pris un chemin de garage pour se prot&#233;ger, pour fuir le monde. Dans la communaut&#233; qu'elle a rejoint, c'est toute la vie humaine qu'elle trouve avec ses joies, mais aussi ses vicissitudes, et tout cela sans un univers confin&#233; o&#249; tout prend plus d'intensit&#233;, avec en plus les probl&#232;mes familiaux &#224; supporter, impuissante. On pourrait croire de l'ext&#233;rieur que ses journ&#233;es, tout remplies qu'elles soient de t&#226;ches diverses, sont inutiles. Et c'est l&#224; justement que Th&#233;r&#232;se nous interroge dans notre quotidien. Il y a le travail que l'on fait, les loisirs que l'on se donne, que l'on prend, mais de quoi est habit&#233; notre vie ? De quelle esp&#233;rance ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Pour Th&#233;r&#232;se l'esp&#233;rance qui l'habite, c'est de faire conna&#238;tre J&#233;sus, comme elle l'a connu en cette nuit de No&#235;l. Le Dieu enfant l'a sortie de son d&#233;sespoir. Alors elle sera proche par sa vie de tous les d&#233;sespoirs humains pour qui elle interc&#233;dera aupr&#232;s de J&#233;sus. Quelque soit les &#233;v&#233;nements travers&#233;s, elle les remplira de sa pr&#233;sence, de sa pr&#233;sence &#224; elle, et de celle J&#233;sus. C'est ainsi qu'elle nous montre le poids infini de chacune de nos vies qui peut se remplir &#224; leur tour d'&#233;ternit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Th&#233;r&#232;se est une &#233;veill&#233;e, une &#233;veill&#233; de la vie, &#224; la vie, &#233;veill&#233;e de la sagesse divine puisqu'elle plonge son regard dans le c&#339;ur de Dieu, en J&#233;sus. Elle nous montre que tout est question de regard comme le souligne une autre femme, Simone Veil : &lt;strong class=&#034;caractencadre-spip spip&#034;&gt;&#171; Une des v&#233;rit&#233;s capitale du christianisme, aujourd'hui m&#233;connue de tous, est que le regard est ce qui sauve.&#8220; C'est dans ce regard d'&#233;merveillement et de tendresse que nous ressuscitons &#224; chaque instant dans le c&#339;ur de Dieu et que Dieu na&#238;t dans notre c&#339;ur et dans celui de nos fr&#232;res. &#8220;Soyez parfaits comme votre P&#232;re c&#233;leste est parfait, c'est-&#224;-dire : devenez ce qu'est Dieu !&#8220; Car &#8220;le Ciel on n'y entre pas, on le devient&#8220; dans ce regard d'&#233;ternit&#233; qui nous donne de voir la beaut&#233; du monde dans la lumi&#232;re de la beaut&#233; de Dieu. Nous sommes appel&#233;s &#224; &#234;tre ce qu'il est : comme le P&#232;re n'est regard que pour le Fils, comme le Fils n'est regard que pour le P&#232;re, comme l'Esprit Saint qui n'est qu'une respiration d'amour &#224; l'aspiration du P&#232;re et du Fils. &#187;&lt;/strong&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-119&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Oraison sur la vie, naissance de Dieu en l'homme chez Zundel, Fran&#231;ois (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-119&#034;&gt;119&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Si ton &#339;il est simple, dit l'Evangile, tout ton corps sera dans la lumi&#232;re. C'est cette simplicit&#233; du regard qui est la source de la perfection humaine.
Puisse son t&#233;moignage nous &#233;veiller &#224; notre tour mais selon cette autre sagesse que l'on trouve chez Marie No&#235;lle concernant la saintet&#233; &lt;strong class=&#034;caractencadre-spip spip&#034;&gt;&#171; Comme je suis contente que Dieu ne soit pas un Saint ! Si un Saint avait cr&#233;&#233; le monde, il aurait cr&#233;&#233; la colombe, il n'aurait pas cr&#233;&#233; le serpent.
Il aurait cr&#233;&#233; la colombe ?&#8230; Il ne l'aurait pas cr&#233;&#233; &#8220;m&#226;le et femelle&#8221;, il n'aurait pas os&#233; cr&#233;er l'Amour, il n'aurait pas os&#233; cr&#233;er le Printemps qui trouble toute chair au monde. Et toutes les fleurs auraient &#233;t&#233; blanches.
Dieu soit lou&#233; ! Dieu en a fait de toutes les couleurs. Dieu n'est pas un Saint. Dans son &#339;uvre hardie, Il ne s'est pas souci&#233; des disciplines et de l'&#233;dification des Saints et s'Il &#233;tait homme au lieu d'&#234;tre Dieu, Il aurait encouru la censure des Saints&#8230; J'entends Bossuet : &#8220;Otez ce parfum qui damne, &#244;tez cette fleur&#8230;&#8221; Pourtant, Vous &#234;tes Saint, &#244; mon Dieu, Saint qui sanctifiez le Saint, mais Vous &#234;tes aussi Cr&#233;ateur qui f&#233;condez l'Artiste. Autre est la gr&#226;ce de l'Artiste, autre est la gr&#226;ce du Saint et pourtant elles sont la m&#234;me : le don de Vous, &#244; mon Dieu, de Vous si grand que partent de Vous et m&#232;nent &#224; Vous ces voies de saintet&#233; et de beaut&#233; qui semble-t-il, s'opposent. Et c'est votre grandeur qui me rassure et m'emp&#234;che de trembler quand les Saints me troublent en r&#233;duisant tous les chemins &#224; leur seule route. Ne crains pas. Sois parfaite de ton mieux, &#244; mon &#226;me ; non comme tel ou tel homme est parfait, mais comme toi-m&#234;me dois l'&#234;tre, selon toi-m&#234;me.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-120&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;cfr po&#233;sie Notes Intimes M. No&#235;lle, Stock, 1988 p 160&#034; id=&#034;nh3-120&#034;&gt;120&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#8220;Toutes les perfections sont en Dieu : la leur, la tienne. Monte par ton chemin &#224; toi, monte ! &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; A nous de trouver notre voie car nous ne sommes pas Th&#233;r&#232;se, mais en ouvrant notre regard vers le Seigneur et en lui demandant de nous &#233;veiller comme il l'a fait de Th&#233;r&#232;se.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;em class=&#034;spip&#034;&gt;2&lt;em class=&#034;spip&#034;&gt;II - Tourner le regard vers Dieu : l'ouverture du d&#233;sir.&lt;/em&gt;2&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Et c'est ce que nous retrouvons maintenant, mais avec d'autres harmoniques, avec cette autre lettre&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-121&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;LT 103 - de Th&#233;r&#232;se &#224; Sr Agn&#232;s de J&#233;sus - 4 (?) mai 90&#034; id=&#034;nh3-121&#034;&gt;121&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; : &lt;strong class=&#034;caractencadre-spip spip&#034;&gt;&#171; Petit agneau ch&#233;ri, mon c&#339;ur vous suit dans la solitude, vous savez &#034;alouette l&#233;g&#232;re&#034; que vous avez un fil &#224; la patte, et si haut que vous montiez il faudra entra&#238;ner votre fardeau&#8230; mais un grain de sable n'est pas lourd, et puis il sera plus l&#233;ger si vous le demandez &#224; J&#233;sus&#8230; Oh ! comme il d&#233;sire d'&#234;tre r&#233;duit &#224; rien, d'&#234;tre inconnu de toutes les cr&#233;atures, pauvre petit, il ne d&#233;sire plus rien, rien que l'oubli&#8230; 2 non pas les m&#233;pris, les injures, ce serait trop glorieux pour un grain de sable. Si on le m&#233;prisait, il faudrait bien le voir. (v ) Mais l'oubli !&#8230; Oui je d&#233;sire d'&#234;tre oubli&#233;e, et non seulement des cr&#233;atures mais aussi de moi-m&#234;me, je voudrais &#234;tre tellement r&#233;duite au n&#233;ant que je n'aie aucun d&#233;sir&#8230; La gloire de mon J&#233;sus, voil&#224; tout ; pour la mienne, je la lui abandonne, et s'il semble m'oublier, eh bien ! il est libre, puisque je ne suis plus &#224; moi, mais &#224; lui&#8230; Il se lassera plus vite de me faire attendre que moi de l'attendre !&#8230; 3 Agneau ch&#233;ri, comprenez-vous ? (&#8230;) Dites &#224; J&#233;sus de me regarder, (&#8230;) Agneau ch&#233;ri, n'oubliez pas je grain de sable !&#8230; &#187;&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Il semble que l'oubli dont elle parle par rapport aux cr&#233;atures, ou &#224; elle-m&#234;me, concerne ce silence int&#233;rieur dans lequel l'&#226;me se refait, se trouve en communion avec le plus intime d'elle-m&#234;me l&#224; o&#249; Dieu demeure, mais o&#249; il est oubli&#233;. Or pour cela il faut se quitter, quitter tout retour sur soi, et quitter le vacarme que font les cr&#233;atures en notre esprit et qui rompt le silence. Elle veut &#234;tre tout &#224; J&#233;sus, et pour son regard &#234;tre perdue de tout le cr&#233;&#233;. Si elle parle d'an&#233;antissement, ce n'est pas pour dispara&#238;tre, mais pour &#234;tre proche de J&#233;sus et de le consoler de l'oubli des cr&#233;atures. C'est son amour et sa gloire qu'elle cherche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Th&#233;r&#232;se fait l'&#233;loge de l'oubli, du d&#233;sir d'&#234;tre oubli&#233;e mais elle commence et termine sa lettre par une demande de ne pas &#234;tre oubli&#233;e de sa s&#339;ur et d'&#234;tre regard&#233;e de J&#233;sus !&#8230;Lettre apparemment contradictoire dans les termes, mais non dans la dynamique. J&#233;sus a pos&#233; son regard sur Th&#233;r&#232;se d'une fa&#231;on particuli&#232;re le soir de No&#235;l 86 et l'a relev&#233;e et en a fait une autre femme, une femme pleine d'&#233;nergie combative, une femme anim&#233;e d'un grand d&#233;sir, aimer J&#233;sus et le faire aimer. Il ne faut pas &#234;tre tributaire de son vocabulaire mais prendre conscience de ce qui est en jeu dans le travail int&#233;rieur de son &#226;me et de ce qui est en jeu pour chacun d'entre nous. Th&#233;r&#232;se s'est en quelque sorte convertie ce soir l&#224; et dans cette conversion elle a eu la force de se d&#233;tourner d'elle-m&#234;me, de ne plus se regarder.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Nous sommes en danger avec nous-m&#234;me lorsque nous livrons notre mental &#224; tous ses d&#233;sirs, &#224; toutes ses pens&#233;es, lorsque la m&#233;moire bless&#233;e l'anime de tous ses phantasmes, scrupules. Que de bruit sont-ils remplis !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Th&#233;r&#232;se souhaite &#234;tre lib&#233;r&#233;e de tout ce qui l'encombre pour laisser la place &#224; Dieu seul. A Dieu seul ? Oui, mais pas sans les &#234;tres qu'elle aime, pas sans son p&#232;re, pas sans Agn&#232;s ici et pas sans C&#233;line surtout comme elle l'indique &#224; plusieurs reprises, comme ci-dessous dans la lettre 127. Elle &#233;prouvera m&#234;me une jalousie sacr&#233;e lorsqu'elle verra C&#233;line ind&#233;cise et se laisser aller peut &#234;tre au mariage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Th&#233;r&#232;se veut &#234;tre oubli&#233;e et surtout d'elle-m&#234;me, elle voudrait entrer dans un profond silence int&#233;rieur. Ainsi cette conversion du regard qui s'op&#232;re en elle en cette nuit de No&#235;l ne part pas seulement un sentiment moral de culpabilit&#233; : &#171; Seigneur prend piti&#233; de moi car je suis un pauvre p&#233;cheur &#187;. En rester l&#224; serait st&#233;rile. Il faut aller plus loin et prendre conscience de ce qui fondamentalement nous habite, et fait que nous sommes image de Dieu. Cette conversion du regard part d'un d&#233;sir beaucoup plus profond. &lt;strong class=&#034;caractencadre-spip spip&#034;&gt;&#171; C'est la conscience de notre d&#233;sir insatiable, de ce d&#233;sir qui est en nous comme un vide devenant appel, comme le creux d'une pl&#233;nitude inconnue : &#8216;Le c&#339;ur de l'homme, disant Nicolas Cabasilas, &#224; &#233;t&#233; cr&#233;&#233; assez grand pour contenir Dieu lui-m&#234;me'. Et tant qu'il ne contient pas l'Incr&#233;&#233; mais se tourne vers des r&#233;alit&#233;s cr&#233;&#233;es qu'il absolutise, c'est le n&#233;ant qui jaillit, car l'homme est une b&#233;ance, un n&#233;ant qui veut se remplir de Dieu. Le repentir, c'est de devenir consciemment &#8216;homme de d&#233;sir'. Et simultan&#233;ment de comprendre le caract&#232;re d&#233;risoire de &#8216;ce monde', c'est-&#224;-dire ce filet de passions dans lequel l'humanit&#233; voudrait capturer la cr&#233;ation en oubliant le Cr&#233;ateur ; le caract&#232;re d&#233;risoire de mon personnage (ou mes) sur le grand th&#233;&#226;tre de ce monde'. &#187;&lt;/strong&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-122&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Olivier Cl&#233;ment, Questions sur l'homme, p. 22-24.&#034; id=&#034;nh3-122&#034;&gt;122&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Ce regard qui a relev&#233; Th&#233;r&#232;se, loin de la limiter, a fait d'elle un &#234;tre de d&#233;sir. Car fondamentalement nous sommes des &#234;tres de d&#233;sir, mais investissant notre regard en des choses limit&#233;es du monde ou de notre &#171; nombril &#187;, de notre petit moi, nous limitons ce d&#233;sir. De fait il n'est jamais totalement rassasi&#233;. Le c&#339;ur de l'homme a toujours envie de plus, de mieux. Et c'est sa grandeur. L'homme est un &#234;tre de d&#233;sir et ce d&#233;sir est infini. Il est l'espace et la pri&#232;re en m&#234;me temps vers ce Dieu infini qui seul peut correspondre &#224; ce d&#233;sir. Et c'est en m&#234;me temps l'appel de Dieu au fond du c&#339;ur de l'homme. Il y a l&#224; deux infinis qui sont appel&#233;s &#224; se rencontrer. Le p&#233;ch&#233; pour l'homme, c'est de ne pas oser d&#233;sirer d'avantage et de ne pas oser se tourner vers ce Dieu qui seul pourra combler son c&#339;ur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Car c'est vers Dieu seul qu'il faut orienter nos d&#233;sirs, les ouvrir plus loin encore car c'est l&#224; que nous rejoignons notre identit&#233; divine et la lettre suivante nous le rappelle &lt;strong class=&#034;caractencadre-spip spip&#034;&gt;&#171; C&#233;line, tu dois &#234;tre bien heureuse de contempler la belle nature, les montagnes&#8230; les rivi&#232;res argent&#233;es, tout cela est si grandiose, si bien fait pour &#233;lever nos &#226;mes&#8230; Ah ! petite soeur, d&#233;tachons-nous de la terre, volons sur la montagne de l'amour o&#249; se trouve le beau Lys de nos &#226;mes&#8230; D&#233;tachons-nous (2r ) des consolations de J&#233;sus, pour nous attacher &#224; Lui !&#8230; Et la Ste Vierge ! Ah ! C&#233;line, cache-toi bien &#224; l'ombre de son manteau virginal afin qu'elle te virginise !&#8230; La puret&#233; c'est si beau, si blanc !&#8230; Bienheureux les c&#339;urs purs car ils verront Dieu !&#8230; Mt 5,8 Oui, ils le verront m&#234;me sur la terre, o&#249; rien n'est pur, mais o&#249; toutes les cr&#233;atures deviennent limpides quand elles sont vues &#224; travers la Face du plus beau et du plus blanc des Lys !&#8230; &#187;&lt;/strong&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-123&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;LT 105 du 10 mai 1890 &#224; C&#233;line lors de son voyage &#224; Lourde avec L&#233;onie et la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-123&#034;&gt;123&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Si la cr&#233;ation est une &#339;uvre du cr&#233;ateur, elle porte les c&#339;urs vers Celui qui l'a cr&#233;&#233;e et c'est vers lui qu'il est bon d'ouvrir notre regard. C'est l'image du don et du donateur qui est rappel&#233;e et une invitation &#224; purifier notre regard et avec lui notre c&#339;ur. Car c'est au donateur qu'il faut &#233;lever le c&#339;ur pour que l'amour soit pur. C'est comme une invitation &#224; ne jamais nous contenter de ce que l'on per&#231;oit, mais &#224; partir du don re&#231;u, &#233;lever la conscience vers celui qui est l'origine de tout le cr&#233;&#233; et donc plus beau encore. Peut &#234;tre y a-t-il une r&#233;miniscence des premi&#232;res strophes du Cantique Spirituel de Jean de la Croix dans ces quelques lignes. Loin d'&#234;tre n&#233;gatives elles ouvrent au contraire une esp&#233;rance sur la cr&#233;ation transfigur&#233;e parce qu'elle est vue avec le regard de Dieu. C'est en fait un chemin d'ouverture du c&#339;ur &#224; l'infini de la cr&#233;ation d'une part, et d'autre part et surtout, une ouverture du c&#339;ur vers Celui dont nous sommes l'image. Th&#233;r&#232;se est ouverte totalement vers cette dimension et c'est ce qui lui donne son audace et ce qui lui permet d'&#233;crire dans la m&#234;me lettre ces lignes : &lt;strong class=&#034;caractencadre-spip spip&#034;&gt;&#171; pour moi je ne te dirai pas (2v ) de viser &#224; sa saintet&#233; s&#233;raphique, mais bien d'&#234;tre parfaite comme ton P&#232;re c&#233;leste est parfait !&#8230; 2 Mt 5,48 Ah ! C&#233;line, nos d&#233;sirs infinis 3 ne sont donc ni des r&#234;ves ni des chim&#232;res puisque J&#233;sus nous a lui-m&#234;me fait ce commandement !&#8230; &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Cette pr&#233;sence du d&#233;sir chez Th&#233;r&#232;se semble &#234;tre le moteur de son dynamisme, m&#234;me si elle a d&#251; lutter contre les opinions de ses confesseurs qui la trouvait trop t&#233;m&#233;raires : &lt;strong class=&#034;caractencadre-spip spip&#034;&gt;&#171; &#034;Mon P&#232;re, je veux devenir une sainte, je veux aimer le bon Dieu autant que Ste Th&#233;r&#232;se&#034;, dit-elle &#224; un pr&#233;dicateur. &#8211; &#034;Quel orgueil et quelle pr&#233;somption ! lui fut-il r&#233;pondu. Bornez-vous &#224; corriger vos d&#233;fauts, &#224; ne plus offenser le bon Dieu, &#224; faire chaque jour de petits progr&#232;s dans la vertu et mod&#233;rez vos d&#233;sirs t&#233;m&#233;raires.&#034; - &#034; Mais mon P&#232;re, je ne trouve pas que ce soient des d&#233;sirs t&#233;m&#233;raires. Je puis bien aspirer &#224; la saintet&#233;, m&#234;me &#224; une saintet&#233; plus &#233;lev&#233;e,si je le veux, que celle de Ste Th&#233;r&#232;se, puisque Notre Seigneur a dit : &#034;Soyez parfaits comme votre P&#232;re c&#233;leste est parfait. &#034; Voyez, mon P&#232;re comme le champ est vaste, et il me semble que j'ai le droit d'y courir ! &#187;&lt;/strong&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-124&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;CG p 533 note h de LT 107&#034; id=&#034;nh3-124&#034;&gt;124&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; On &#224; ce propos dans Proc&#232;s Apostolique 1233 : &lt;strong class=&#034;caractencadre-spip spip&#034;&gt;&#171; Il me para&#238;t impossible de pousser plus loin qu'elle ne le faisait la confiance en Dieu. Elle aimait &#224; r&#233;p&#233;ter qu'on obtient de Dieu autant qu'on en esp&#232;re. Elle me disait aussi qu'elle sentait en elle des d&#233;sirs infinis d'aimer le bon Dieu, de le glorifier et de le faire aimer, et qu'elle esp&#233;rait fermement qu'ils seraient tous r&#233;alis&#233;s et au-del&#224; ; que c'&#233;tait m&#233;conna&#238;tre la bont&#233; infinie de Dieu que de restreindre ses d&#233;sirs et ses esp&#233;rances. &#171; Mes d&#233;sirs infinis disait elle sont ma richesse, et pour moi se r&#233;alisera la parole de J&#233;sus : ' A celui qui a on donnera et il abondera' (Mt. 13,12) &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y d&#233;sir et d&#233;sir, mais pour aussi extravagants qu'ils soient, ils r&#233;v&#232;lent souvent une partie profonde de notre &#234;tre qu'il s'agit de savoir d&#233;chiffrer. Mais comme les d&#233;chiffrer si on ne les laisse pas monter, puis s'exprimer ? Or bien souvent par peur d'&#234;tre incompris, de la fa&#231;on extravagante dont ils s'expriment, ils sont censur&#233;s, refoul&#233;s. La culture ambiante est l&#224; aussi qui joue son r&#244;le de censure, ainsi que l'&#233;ducation. Et le fond du d&#233;sir de Th&#233;r&#232;se est d'aimer et de faire aimer J&#233;sus, c'est comme cela qu'elle con&#231;oit sa vie au carmel et qu'elle l'exprime toujours dans la m&#234;me lettre :
&lt;strong class=&#034;caractencadre-spip spip&#034;&gt;&#171; C&#233;line, ne trouves-tu pas que sur la terre il ne nous reste rien ! J&#233;sus veut nous faire boire son calice jusqu'&#224; la lie en laissant notre cher petit l&#224;-bas, Mt 20,22-23 ah ! ne lui refusons rien, il a tant besoin d'amour et il est si alt&#233;r&#233; qu'il attend de nous la goutte d'eau qui doit le rafra&#238;chir !&#8230;Ah ! donnons sans compter,(2v) un jour il saura dire :&#034; maintenant mon tour. &#034; &#187;&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;em class=&#034;spip&#034;&gt;2&lt;em class=&#034;spip&#034;&gt;III - Les beaut&#233;s cach&#233;es de J&#233;sus.&lt;/em&gt;2&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Voici une lettre importante pour essayer de comprendre la spiritualit&#233; de Th&#233;r&#232;se&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-125&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;LT 108 - de Th&#233;r&#232;se &#224; C&#233;line - 18 juillet 90&#034; id=&#034;nh3-125&#034;&gt;125&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; : &lt;strong class=&#034;caractencadre-spip spip&#034;&gt;&#171; Je t'envoie une feuille qui en dit bien long &#224; mon &#226;me. C&#233;line, il y a si longtemps&#8230; et d&#233;j&#224; l'&#226;me du proph&#232;te Isa&#239;e se plongeait comme la n&#244;tre dans les beaut&#233;s cach&#233;es de J&#233;sus&#8230; Ah ! C&#233;line, quand je lis ces choses je me demande ce qu'est le temps ?&#8230; Le temps, ce n'est qu'un mirage, un r&#234;ve&#8230; d&#233;j&#224; Dieu nous voit dans la gloire ; il jouit de notre b&#233;atitude &#233;ternelle !&#8230; Ah ! que cette pens&#233;e fait de bien &#224; mon &#226;me, je comprends alors pourquoi il ne marchande pas avec nous&#8230; Il sent que nous le comprenons, et il nous traite comme ses amis, comme ses &#233;pouses les plus ch&#232;res&#8230; C&#233;line, puisque J&#233;sus a &#233;t&#233; &#034; seul &#224; fouler le vin &#034; qu'il nous donne &#224; boire, &#224; notre tour ne refusons pas de porter des v&#234;tements teints (1v ) de sang&#8230; Is 63,3 foulons pour J&#233;sus un vin nouveau qui le d&#233;salt&#232;re, qui lui rende amour pour amour, ah ! ne gardons pas une seule goutte du vin que nous pouvons lui donner&#8230; Is 63,5 alors, regardant autour de Lui il verra que nous venons pour lui aider !&#8230; Son visage &#233;tait comme cach&#233; !&#8230; Is 53,3 C&#233;line, il l'est encore aujourd'hui, car qui est-ce qui comprend les larmes de J&#233;sus ?&#8230; C&#233;line ch&#233;rie, faisons dans notre c&#339;ur un petit tabernacle o&#249; J&#233;sus puisse se r&#233;fugier, alors Il sera consol&#233; et Il oubliera ce que nous ne pouvons oublier : &#034;L'ingratitude des &#226;mes qui l'abandonnent dans un tabernacle d&#233;sert !&#8230; &#034; 2 &#034; Ouvre-moi, ma soeur, mon &#233;pouse, car ma face est pleine de ros&#233;e et mes cheveux des gouttes de la nuit &#034; (cant. des Can.) Ct 5,2 voil&#224; ce que J&#233;sus nous dit &#224; l'&#226;me quand il est abandonn&#233; et oubli&#233; !&#8230; C&#233;line, l'oubli, il me semble que c'est ce qui lui fait le plus de peine !&#8230; Papa !&#8230; ah ! C&#233;line je ne puis te dire tout ce que je pense, ce serait trop long, et comment dire des choses que la pens&#233;e m&#234;me peut &#224; peine traduire, des profondeurs qui sont dans les ab&#238;mes les plus intimes de l'&#226;me !&#8230; J&#233;sus nous a envoy&#233; la croix la mieux choisie qu'il a pu inventer dans son amour immense&#8230; comment nous plaindre quand lui-m&#234;me a &#233;t&#233; consid&#233;r&#233; comme un homme frapp&#233; de Dieu et humili&#233; !&#8230; Le divin charme, 3 Is 53,4 charme mon &#226;me et la console merveilleusement, &#224; chaque instant du jour ! ah les larmes de J&#233;sus quels sourires !&#8230; &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Th&#233;r&#232;se se plonge dans les &#171; beaut&#233;s cach&#233;es de J&#233;sus &#187; et elle met en valeur cette phrase d'une fa&#231;on particuli&#232;re dans la lettre. Les citations d'Isa&#239;e l'aide &#224; exprimer ce qu'elle contemple du myst&#232;re de J&#233;sus. Par del&#224; l'aspect physique, elle s'attache &#224; p&#233;n&#233;trer ce qu'il a pu ressentir dans son c&#339;ur, &#224; ses larmes et ce qu'elles traduisent de ses sentiments. Le visage de J&#233;sus est cach&#233; encore aujourd'hui car il n'y a personne qui comprenne les larmes de J&#233;sus. Il est oubli&#233; et c'est ce qui le peine le plus. C'est ainsi que Th&#233;r&#232;se r&#233;sonne &#224; la lecture de la lettre de C&#233;line. C&#233;line lui parlait de J&#233;sus Ostie abandonn&#233; dans un tabernacle poussi&#233;reux et d&#233;labr&#233;, oubli&#233;. Aussi, elle veut faire de son c&#339;ur un tabernacle o&#249; il puisse se r&#233;fugier, &#234;tre consol&#233; de l'ingratitude humaine. Non J&#233;sus n'est pas seul &#224; fouler le vin, puisqu'il y a Th&#233;r&#232;se, elle veut avec lui fouler un vin nouveau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Alors elle se tourne vers ce qui la fait le plus souffrir actuellement et c'est la maladie de son p&#232;re et l'humiliation qui rejaillit sur les s&#339;urs, comme si J&#233;sus &#233;tait &#224; l'&#339;uvre dans la maladie de leur p&#232;re : &lt;strong class=&#034;caractencadre-spip spip&#034;&gt;&#171; Papa !&#8230; ah ! C&#233;line je ne puis te dire tout ce que je pense, ce serait trop long, et comment dire des choses que la pens&#233;e m&#234;me peut &#224; peine traduire, des profondeurs qui sont dans les ab&#238;mes les plus intimes de l'&#226;me !&#8230; J&#233;sus nous a envoy&#233; la croix la mieux choisie qu'il a pu inventer dans son amour immense&#8230; comment nous plaindre quand lui-m&#234;me a &#233;t&#233; consid&#233;r&#233; comme un homme frapp&#233; de Dieu et humili&#233; !&#8230; Le divin charme, 3 Is 53,4 charme mon &#226;me et la console merveilleusement, &#224; chaque instant du jour ! ah les larmes de J&#233;sus quels sourires !&#8230; &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Mais est-ce J&#233;sus qui est l'auteur de la maladie de M Martin ? Th&#233;r&#232;se introduit d'abord sa lettre par une r&#233;flexion sur le temps &#224; un double niveau. D&#233;j&#224; Isa&#239;e, il y a pr&#232;s de 2500 ans contemplait les beaut&#233;s cach&#233;es de J&#233;sus, comme elle aujourd'hui. Le temps n'est rien donc, mais l'&#233;ternit&#233; : &#171; D&#233;j&#224; Dieu nous voit dans la gloire, il jouit de notre b&#233;atitude &#233;ternelle. &#187; C'est une cl&#233; de lecture qui permet &#224; Th&#233;r&#232;se de trouver force et appuis devant sa souffrance pr&#233;sente caus&#233;e par la maladie de son p&#232;re. Th&#233;r&#232;se ne semble pas entrer dans les id&#233;es de l'&#233;poque sur l'enfer et le purgatoire ; l'amour ne bannit-il pas la crainte ? Elle se voit d&#233;j&#224; en Dieu, ce Dieu heureux de notre bonheur &#233;ternel. Dieu est vu positivement, comme le Dieu de la joie, du bonheur. Sous cette lumi&#232;re le temps n'est qu'un mirage. Il passe et avec lui ses vicissitudes. Alors Th&#233;r&#232;se comprend l'action de Dieu envers elle et sa famille. Th&#233;r&#232;se voit maintenant toute chose &#224; la lumi&#232;re de l'&#233;ternit&#233;. Elle ne reste pas de plein pied avec l'&#233;v&#233;nement, ici la maladie du p&#232;re. Elle peut donc relire ce qui lui arrive sous un aspect positif. Puisqu'il en est ainsi, que Dieu l'aime, que tout cela passera, comment, d&#232;s lors, se positionner int&#233;rieurement face aux &#233;v&#233;nements douloureux de sa vie ? Comment les interpr&#233;ter &#224; la lumi&#232;re de la foi ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Elle s'aide pour cela des textes de l'A.T. lus &#224; l'Office des nocturnes : Is 53,1-5 et 63, 1-2, 5 et leur r&#233;ponds. Ces versets du livre d'Isa&#239;e parlent du serviteur souffrant, de sa solitude. Elle cite aussi Jean de la Croix qui va beaucoup l'inspirer pendant cette p&#233;riode. Elle se voit dans l'&#233;ternit&#233; &#233;pouse de J&#233;sus bien que n'ayant pas encore fait sa profession. Aussi, elle vit ses &#233;preuves comme une part aux souffrances du Christ. J&#233;sus est seul dans son tourment, J&#233;sus est seul a porter le poids des fautes des hommes. Il est donc important que ceux qui partagent sa vie soient pr&#233;sents avec lui dans ses &#233;preuves. Plus, c'est un signe de confiance de la part de J&#233;sus que faire partager sa passion aux &#226;mes. J&#233;sus nous aime jusqu'&#224; donner sa vie pour nous, aimons-le jusque l&#224;, alors il ne se sentira plus seul. Ainsi aimer J&#233;sus, c'est, quoiqu'il arrive &#224; Th&#233;r&#232;se, lui faire confiance en toute circonstance et tenir bon malgr&#233; les &#233;preuves. J&#233;sus lui-m&#234;me n'a-t-il pas fr&#233;mi devant ce qui l'attendait au jardin des Oliviers ?
Plus positivement, c'est accepter les &#233;v&#233;nements de la vie, non comme fatalit&#233;, mais, dans ces &#233;v&#233;nements, accepter de communier, d'avoir part aux souffrances du Christ, au lieu de se laisser terrasser, an&#233;antir par eux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Ainsi quand l'&#233;preuve arrive, il s'agit de l'accepter comme venant de sa main, comme une proposition de sa part pour l'aider, le consoler. C'est l&#224; qu'il faut faire tr&#232;s attention &#224; ce que l'on met sous les mots et ne pas transformer Dieu en un Dieu sadique. Trop souvent on entend dire que c'est Dieu qui m'envoie telle &#233;preuve, or nous le r&#233;p&#232;te St Jacques 1,1-17 &lt;strong class=&#034;caractencadre-spip spip&#034;&gt;&#171; Dieu n'&#233;prouve pas par le mal et tout don de valeur vient de Dieu en qui il n'y a point d'obscurit&#233;. &#187;&lt;/strong&gt; C'est l'image que nous pouvons avoir de Dieu qui est en cause, or Dieu est bon, en lui est la source de la Vie, non de la mort et de tout ce qui tourne autour. Dieu est cr&#233;ateur et dans ce mot on per&#231;oit toute la dynamique de vie qu'il porte. En lui la mort n'existe pas. Quand Dieu regarde l'homme, c'est pour mettre en lui la vie, sa Vie. Au livre de la Gen&#232;se, lorsque Dieu regarde sa cr&#233;ation au soir du sixi&#232;me jour, il s'exclame et dit en regardant le couple qu'il vient de cr&#233;er, &#171; cela est tr&#232;s bon &#187;. Dieu regarde avec son regard plein de bont&#233;, de beaut&#233;, de vie et c'est cette vie qu'il souhaite partager &#224; l'&#234;tre humain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Ce qui est enjeu dans ce que relate Th&#233;r&#232;se, c'est notre libert&#233;, notre collaboration consciente au dessin de salut de Dieu sur nous et sur l'humanit&#233;. La souffrance et le mal sont l&#224; qui nous atteignent, avec leur poids d'absurdit&#233; qui terrasse. Il s'agit de transformer l'absurde de nos vies, car la souffrance reste absurde, en l'ouvrant &#224; l'amour de J&#233;sus crucifi&#233;. Sur la croix Dieu se sert de l'absurde qui nous &#233;crase pour l'ouvrir en chemin de vie. Par sa croix, J&#233;sus nous aide &#224; traverser la souffrance que nous pouvons rencontrer dans nos vies en &#233;tant vainqueurs, non terrass&#233;s. Il s'agit de plus de transformer cet absurde en instrument de compassion et de salut pour nous-m&#234;mes et nos fr&#232;res en humanit&#233;. L&#224; est le difficile, l&#224; est la vie th&#233;ologale. Ce simple regard de foi demande beaucoup d'effort et d'oubli de soi pour &#234;tre plus en J&#233;sus qu'en soi-m&#234;me alors m&#234;me que l'&#233;preuve envahit ou blesse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Dire d&#232;s lors, comme Th&#233;r&#232;se, dire que J&#233;sus lui a envoy&#233; la croix la mieux choisie, c'est prendre position int&#233;rieure pour reconna&#238;tre en cet &#233;v&#233;nement de la maladie du p&#232;re un moyen de mieux communier aux souffrance du Christ, de mieux s'unir &#224; lui qui souffert sur la terre pour l'humanit&#233; tout en &#233;tant incompris des hommes, de ceux-l&#224; m&#234;me qu'il venait sauver. Ce n'est pas Dieu qui est responsable de la maladie du p&#232;re, ni d'aucune souffrance humaine. Th&#233;r&#232;se est seulement tributaire du langage de son &#233;poque, mais sa sant&#233; spirituelle lui permet de ne pas tomber dans des erreurs dommageables, voir dramatiques. Ce n'est pas pour rien qu'elle refusera de sacrifier &#224; un Dieu de justice, au sens juridique du terme, pour s'offrir de tout son &#234;tre &#224; un Dieu de mis&#233;ricorde. La justice prendra elle-m&#234;me toute sa force lorsqu'elle sera lue &#224; travers ce filtre de la mis&#233;ricorde de Dieu, voir la fin du MsA.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Th&#233;r&#232;se aime J&#233;sus passionn&#233;ment et veut faire de son c&#339;ur un lieu o&#249; il puisse se reposer. Elle est tout en lui.. &#171; ah les larmes de J&#233;sus quels sourires ! &#187; et du coup elle relativise ses larmes &#224; elle&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;em class=&#034;spip&#034;&gt;2&lt;em class=&#034;spip&#034;&gt;IV - La paix et le repos du c&#339;ur.&lt;/em&gt;2&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Le 25 juillet 1890 Marie Gu&#233;rin &#233;crit &#224; Th&#233;r&#232;se du ch&#226;teau de La Musse :
&lt;strong class=&#034;caractencadre-spip spip&#034;&gt;&#171; &#8230; Te dire, ch&#232;re petite s&#339;ur, toutes les tentations que j'&#233;prouve depuis que je suis ici ; je suis poursuivie par les mauvaises pens&#233;es, c'est un combat de tous les instants ; aussi n'ai je pas de bonheur dans mes communions, mes actions de gr&#226;ces sont ti&#232;des, je ne sens pas d'amour pour le bon Dieu. La m&#233;ditation est pourtant pour moi un moment de d&#233;lices, je passerais mes journ&#233;es dans cet exercice ; c'est une preuve de plus que je n'avance pas en vertu, I'oraison sans mortification est comme un corps sans &#226;me ! J'aime &#224; respirer un air plus pur que celui de la terre, mais pour en retirer du fruit, il n'en est rien ; il est vrai pourtant que dans mes &#233;l&#233;vations je me sens embras&#233;e d'amour, mais une fois retourn&#233;e au combat la force m'abandonne, et il ne peut y avoir de fruit sans travail. Bien souvent je me pose cette question : qu'ai je &#224; offrir au bon Dieu aujourd'hui ? Toujours rien ou presque rien, quelquefois de petits efforts. Ma Th&#233;r&#232;se ch&#233;rie, toi qui as tant d'ardeur au service du bon Dieu, apprends &#224; ta petite s&#339;ur &#224; y marcher avec courage. Je ne fais gu&#232;re que de na&#238;tre &#224; la vie spirituelle, qu'ai je fait pendant vingt ann&#233;es ?&#8230; Je me suis laiss&#233;e vivre comme les mondains et le bon Dieu a &#233;t&#233; oubli&#233;. Maintenant j'ai un grand d&#233;sir de l'aimer, mais il faut que ce d&#233;sir fructifie ; c'est au Carmel que j'ai appris &#224; faire mes premiers pas, sera-ce l&#224; que je ferai mes derniers ?&#8230; Que je le voudrais !&#8230;. Comment veux-tu que le bon Dieu appelle &#224; Lui une enfant qui ne cherche pas &#224; procurer sa gloire ? si j'avais p1us de volont&#233; est-ce que cette seule pens&#233;e ne me donnerait pas plus d'ardeur &#224; me vaincre ; il faut donc que je sois une &#226;me tout &#224; fait ti&#232;de et l&#226;che ? Si tu savais ce que cette pens&#233;e me fait de peine parce que je sens que je suis cette &#226;me si faible. C'est pour la troisi&#232;me fois que je me remets &#224; ma lettre, en trois jours diff&#233;rents. Aujourd'hui dans une de mes promenades, j'ai rencontr&#233; toute une fourmili&#232;re. Ces petites b&#234;tes m'ont donn&#233; beaucoup &#224; penser et m'ont servi de mod&#232;le. Je les ai vues aller et venir avec ardeur au travail et je me suis fait cette r&#233;flexion : Quel est le but et la r&#233;compense de leurs efforts ? Elles n'en ont pas et moi qui ai un Ma&#238;tre divin &#224; aimer et &#224; servir, je reste inactive. La le&#231;on des fourmis m'a &#233;t&#233; profitable, j'ai pass&#233; une journ&#233;e b&#233;nie, aussi ce soir suis je heureuse. Dis &#224; ma m&#232;re ch&#233;rie que j'ai une petite cellule pour moi toute seule, je m'y plais beaucoup ; d'abord j'ai une vue splendide, ce qui ne nuit pas aux &#233;l&#233;vations de l'&#226;me, et puis j'aime tant la solitude, n'est-ce pas l&#224;, plus que partout ailleurs, que l'union de l'&#226;me avec Dieu devient plus intime. Malheureusement de ce c&#244;t&#233; je suis un peu priv&#233;e, il ne m'est pas permis de me retirer dans ma chambrette autant que je le d&#233;sirerais, une demi-heure au plus le soir et c'est tout. &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Et Th&#233;r&#232;se lui r&#233;pond le 27 juillet&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-126&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;LT 109&#034; id=&#034;nh3-126&#034;&gt;126&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; : &lt;strong class=&#034;caractencadre-spip spip&#034;&gt;&#171; &#8230;Marie, si tu n'es rien il ne faut pas oublier que J&#233;sus est tout, aussi il faut perdre ton petit rien dans son infini tout et ne plus penser qu'&#224; ce tout uniquement aimable&#8230; 1 Il ne faut pas d&#233;sirer non plus de voir le fruit recueilli de tes efforts ; J&#233;sus se pla&#238;t &#224; garder pour lui seul ces petits riens qui le consolent&#8230; Tu te trompes, ma ch&#233;rie, si tu crois que ta petite Th&#233;r&#232;se marche toujours avec ardeur dans le chemin de la vertu, elle est faible et bien faible, tous les jours elle en fait une nouvelle exp&#233;rience, mais Marie, J&#233;sus se pla&#238;t &#224; lui enseigner comme &#224; st Paul la science de se glorifier dans ses infirmit&#233;s, 2Co 12,5 c'est une grande gr&#226;ce que celle-l&#224; et je prie J&#233;sus de te l'enseigner, car l&#224; seulement se trouve la paix et le repos du c&#339;ur, quand on se voit si mis&#233;rable on ne veut plus se consid&#233;rer et on ne regarde que l'unique Bien-Aim&#233; !&#8230; Ma ch&#232;re petite Marie, pour moi je ne connais pas d'autre moyen pour arriver &#224; la perception que &#034; L'amour &#034;&#8230; Aimer, comme notre c&#339;ur est bien fait pour cela !&#8230; Parfois je cherche un autre mot pour exprimer l'amour, mais sur la terre d'exil les paroles sont impuissantes &#224; rendre toutes les vibrations de l'&#226;me, aussi il faut s'en tenir &#224; ce mot unique : &#034; Aimer !&#8230; &#034; Mais &#224; qui notre pauvre c&#339;ur affam&#233; d'Amour le prodiguera-t-il ?&#8230; Ah ! qui sera assez grand pour cela&#8230; un &#234;tre humain pourra-t-il le comprendre&#8230; et surtout saura-t-il le rendre ?&#8230; Marie, il n'y a qu'un &#234;tre qui puisse comprendre la profondeur de ce mot:Aimer !&#8230; Il n'y a que notre J&#233;sus qui sache nous rendre infiniment plus que nous lui donnons&#8230; Marie du St Sacrement !&#8230; ton nom te dit ta mission&#8230; Consoler J&#233;sus, le faire aimer des &#226;mes&#8230; J&#233;sus est malade 2 et il faut remarquer que la maladie de l'amour ne se gu&#233;rit que par l'amour !&#8230; 3 Marie, donne bien tout ton c&#339;ur &#224; J&#233;sus, il en a soif, il en est affam&#233;, ton c&#339;ur, voil&#224; ce qu'il ambitionne au point que pour l'avoir pour Lui, il consent &#224; loger sous un r&#233;duit sale et obscur !&#8230; &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Dans cette lettre il y a une dialectique du rien et du tout articul&#233;e diff&#233;remment sur plusieurs paragraphes : - perdre son rien dans le tout de J&#233;sus. Marie Gu&#233;rin se trouve trop &#171; ti&#232;de et l&#226;che &#187;. Th&#233;r&#232;se va se servir de cela pour aider Marie &#224; se d&#233;passer, en s'oubliant et passant de sa mis&#232;re &#224; J&#233;sus qui est tout, en noyant son petit rien dans le tout de J&#233;sus. Il lui faut aller dans cet oubli jusqu'&#224; ne pas se retourner sur soi pour contempler le &#171; fruit recueilli de ses efforts &#187;. - accepter de se voir mis&#233;rable pour ne plus chercher &#224; se consid&#233;rer et ne chercher de la joie que dans le Bien-Aim&#233;, &#171; l&#224; seulement se trouve la paix et le repos du c&#339;ur &#187;. Il y a l&#224; une cl&#233; de lecture int&#233;ressante pour comprendre comment Th&#233;r&#232;se vit de l'intuition de St Paul : se glorifier dans ses infirmit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; En tout cela Th&#233;r&#232;se invite Marie &#224; se quitter, &#224; ne plus faire de retour sur elle-m&#234;me, pour se tourner vers J&#233;sus seul et recevoir tout de lui. Elle l'invite &#224; ne pas mettre sa joie dans ses conqu&#234;tes sur elle-m&#234;me, mais au contraire &#224; s'appuyer sur ses infirmit&#233;s pour les offrir &#224; J&#233;sus. Elle l'invite &#224; se perdre jusque l&#224;. Mais dans cette perte, elle l'invite &#224; s'accepter dans la r&#233;alit&#233; de ce qu'elle est, non pas &#224; se projeter sur une saintet&#233; illusoire et fantasm&#233;e source de culpabilit&#233;. Le d&#233;passement de soi se fait non dans une conqu&#234;te pour atteindre une infaillibilit&#233;, une perfection sans faille, bien b&#233;tonn&#233;e, mais dans l'ouverture de sa mis&#232;re &#224; la tendresse de J&#233;sus, dans la perte de soi dans ce regard aimant. L&#224; se trouve la force pour avancer et se vaincre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; - le c&#339;ur humain est trop petit pour comprendre ce que le verbe Aimer veut dire. Seul J&#233;sus le peut et l'&#226;me ne peut que participer &#224; ce myst&#232;re. Th&#233;r&#232;se ne voit qu'une fa&#231;on de r&#233;pondre &#224; cet amour de Dieu pour elle en le &#171; consolant &#187; des ingratitudes humaines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; - J&#233;sus qui est tout, s'abaisse jusqu'&#224; sa cr&#233;ature, qui est la pauvret&#233; m&#234;me, jusqu'&#224; loger dans son c&#339;ur comme en un r&#233;duit sale et obscure pour que ce c&#339;ur soit &#224; Lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong class=&#034;caractencadre-spip spip&#034;&gt;&#171; Ah ! comment ne pas aimer un ami qui se r&#233;duit &#224; une si extr&#234;me indigence, comment oser all&#233;guer encore sa pauvret&#233; quand J&#233;sus se rend semblable &#224; sa Fianc&#233;e&#8230; Il &#233;tait riche et il s'est fait pauvre pour unir sa pauvret&#233; &#224; la pauvret&#233; de Marie du St Sacrement&#8230; Quel myst&#232;re d'amour. &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Ce n'est pas sans rappeler le geste du p&#232;re&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-127&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Luc 15,20&#034; id=&#034;nh3-127&#034;&gt;127&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; de l'enfant prodigue qui voyant de loin son fils revenir court et s'abaisse jusqu'&#224; lui pour le prendre avec tendresse en ses bras.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le mariage des parents eut lieu le 12 juillet 1858. De ce mariage naquirent neuf enfants : 1 Marie Louise, 22 f&#233;vrier 1860 ; 2 Marie Pauline, 7 septembre 1861 ; 3 Marie L&#233;onie, 3 juin 1863, religieuse de la Visitation de Caen ; 4 Marie H&#233;l&#232;ne, 13 octobre 1864, morte &#224; l'&#226;ge de cinq ans et demi ; 5 Marie Joseph Louis, 20 septembre 1866, mort &#224; l'&#226;ge de cinq mois ; 6 Marie Joseph Jean-Baptiste, 19 d&#233;cembre 1867, mort &#224; l'&#226;ge de huit mois ; 7 Marie C&#233;line, 28 avril 1869 ; 8 Marie M&#233;lanie Th&#233;r&#232;se, 16 ao&#251;t 1870, morte &#224; l'&#226;ge de deux mois ; 9 Marie Fran&#231;oise Th&#233;r&#232;se, 2 janvier 1873&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;(C.G. 1125 du 12 nov 76).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;(CG 1103-1107 de 1873) lire lettre du 16 mars 1873&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;CG 1105&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;CG 1107-1111&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;CG 1113 du 8 nov 74&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;C.G. 1120 du 28 d&#233;c. 75&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;MsA 8&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;MsA 8 r et v&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Lettre &#224; Pauline 5 d&#233;c 1875&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;MsA 8&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;note 120 Histoire d'une &#226;me&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Elle a 22 ans lorsqu'elle commence &#224; &#233;crire le Manuscrit A&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Manuscrit A Folio 11 Verso&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;MsA Folio 12 V&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Lettres de Ste Th&#233;r&#232;se 46, 29 avril 88&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;MsA 35r&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Carnet Rouge n&#176; 52, d&#233;position de Sr Marie de la Trinit&#233; et de la Ste Face&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Conseils et souvenir de Seigneur Marie de la Trinit&#233;, &#171; se pr&#233;senter devant Dieu les mains vides &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;J.F. Six, Th&#233;r&#232;se de Lisieux, son combat spirituel, sa voie, p.16, Seuil 1998&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-21&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-21&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;21&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le 15 octobre 86&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-22&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-22&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-22&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;22&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;MsA 44r&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-23&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-23&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-23&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;23&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Manuscrit A 44&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-24&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-24&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-24&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;24&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Manuscrit A 45&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-25&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-25&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-25&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;25&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;1 Jn5, 11-13&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-26&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-26&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-26&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;26&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;De la personne, p 91&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-27&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-27&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-27&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;27&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Camille C., Henri Caffarel, &#233;dit du Feu Nouveau, 1982, p 260&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-28&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-28&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-28&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;28&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;pour le grain de sable voir CG LT45 note d&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-29&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-29&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-29&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;29&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;MsA 6r&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-30&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-30&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-30&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;30&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;MsA 19r&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-31&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-31&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-31&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;31&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Nous quittons la relecture qu'elle fait de sa vie dans le Ms A pour nous int&#233;resser &#224; sa progression humaine et spirituelle au fil des lettres &#233;crites. Il pourra &#234;tre bon cependant de garder le Manuscrit A &#224; porter de mains afin d'entrer plus avant dans toutes les finesses de sa pens&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-32&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-32&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-32&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;32&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;LT 32 A M&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;me&lt;/sup&gt; Gu&#233;rin. 14 novembre 1887&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-33&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-33&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-33&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;33&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Vicaire g&#233;n&#233;ral de l'&#233;v&#232;que M&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;gr&lt;/sup&gt; Hugonin&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-34&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-34&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-34&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;34&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;1 Co 10,13&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-35&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-35&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-35&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;35&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;voir le r&#233;cit MsA 63r&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-36&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-36&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-36&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;36&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;1 Tm 6,16&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-37&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-37&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-37&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;37&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;1 Co 10,13&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-38&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-38&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-38&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;38&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;nous avons d&#233;j&#224; pr&#233;sent quelques &#233;l&#233;ments qui se retrouveront dans sa doctrine, &#233;l&#233;ments d'engagements personnels, indispensables, mais insuffisants associ&#233;s &#224; la confiance et l'abandon &#224; Dieu.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-39&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-39&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-39&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;39&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Paul Val&#233;ry, dans le po&#232;me &#171; Palme &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-40&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-40&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-40&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;40&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;cf. le refus du lait de sa maman&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-41&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-41&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-41&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;41&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;De s&#339;ur Agn&#232;s de J&#233;sus &#224; Th&#233;r&#232;se. LC 66 23 novembre 1887 r&#233;ponse &#224; LT 36&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-42&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-42&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-42&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;42&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Luc 24,13&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-43&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-43&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-43&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;43&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;LC 69 vendredi 25 novembre&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-44&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-44&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-44&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;44&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Mt 8,23&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-45&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-45&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-45&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;45&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;MsA 39&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-46&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-46&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-46&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;46&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Manuscrit A 13&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-47&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-47&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-47&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;47&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;MsA 25v&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-48&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-48&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-48&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;48&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;cf. ci-dessus &#171; la mort de sa maman &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-49&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-49&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-49&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;49&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Th&#233;r&#232;se ne dit que cela de la messe et pas : o&#249; il y avait eu de beaux chants, beaucoup de monde, un sermon je ne sais comment etc&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-50&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-50&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-50&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;50&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Gn 32,23&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-51&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-51&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-51&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;51&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Notes de la Correspondance G&#233;n&#233;rale P. 333. et MsA 68&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-52&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-52&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-52&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;52&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;LC 63d&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-53&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-53&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-53&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;53&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;MsA 68v&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-54&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-54&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-54&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;54&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;LT 43B A s&#339;ur Agn&#232;s de J&#233;sus.18 (?) mars 1888&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-55&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-55&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-55&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;55&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;LC 69 cf. ci-dessus &#171; purifier l'amour &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-56&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-56&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-56&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;56&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;MsA 45v&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-57&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-57&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-57&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;57&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Elle me raconta comment elle avait port&#233; longtemps sa petite croix de fer et qu'elle en avait &#233;t&#233; malade. Elle me dit que ce n'&#233;tait pas la volont&#233; du bon Dieu sur elle ni sur nous qu'on se jette &#224; de grandes mortifications, que cela lui en avait donn&#233; la preuve. (Carnet Jaune 727) La R&#233;v&#233;rende M&#232;re Agn&#232;s de J&#233;sus a t&#233;moign&#233; au Proc&#232;s canonique (cf. Sum. $ 630) que &#171; pendant le repos qu'elle dut prendre ensuite, le bon Dieu lui fit comprendre que si elle avait &#233;t&#233; malade pour si peu de chose, c'&#233;tait signe que l&#224; n'&#233;tait pas sa voie ni celle des &#171; petites &#226;mes &#187; qui devaient marcher &#224; sa suite dans la m&#234;me voie d'enfance, o&#249; rien ne sort de l'ordinaire &#187;. (C.S. de Sr Genevi&#232;ve. - )&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-58&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-58&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-58&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;58&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;(Po&#233;sies 23)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-59&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-59&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-59&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;59&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Carnets Jaunes 527,3&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-60&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-60&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-60&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;60&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;LT 49 &#224; Sr Marie du Sacr&#233; C&#339;ur, 12-20 mai 88. Th&#233;r&#232;se est entr&#233; le 9 avril 88&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-61&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-61&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-61&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;61&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;MsA 39v&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-62&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-62&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-62&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;62&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;LC 122 et 123 avec Marie du Sacr&#233; C&#339;ur&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-63&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-63&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-63&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;63&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;LT 55 , 5 juillet 88&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-64&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-64&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-64&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;64&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Soeur Saint-Vincent-de-Paul multipliait les r&#233;flexions piquantes &#224; l'endroit de Th&#233;r&#232;se qui se contentait de r&#233;pondre par un sourire. Voir LT 76&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-65&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-65&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-65&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;65&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;LT 74 &#224; Sr Agn&#232;s de J&#233;sus (Pauline) au cours de sa premi&#232;re retrait&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-66&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-66&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-66&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;66&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;LC 88, 14 octobre 88&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-67&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-67&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-67&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;67&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;LC 96 du 24 d&#233;cembre 88&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-68&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-68&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-68&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;68&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Note g de LC 96&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-69&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-69&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-69&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;69&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;LT 65 20 octobre 88&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-70&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-70&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-70&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;70&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;MsA 45v&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-71&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-71&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-71&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;71&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;LD 26 Juin 88&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-72&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-72&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-72&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;72&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;CG note de LC 92&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-73&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-73&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-73&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;73&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;LC 92 2 novembre 88&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-74&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-74&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-74&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;74&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;LT 68 &#224; M. Martin du 25 novembre 88&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-75&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-75&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-75&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;75&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Manuscrit A Folio 20 Recto&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-76&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-76&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-76&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;76&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Manuscrit A Folio 21 Recto&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-77&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-77&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-77&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;77&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;MsA 72r et 73r&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-78&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-78&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-78&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;78&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Lire introduction CG T1 p 451&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-79&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-79&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-79&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;79&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;LC 95 vers le 13 d&#233;cembre 88&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-80&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-80&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-80&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;80&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;CG p 450&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-81&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-81&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-81&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;81&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;LT 81 A C&#233;line. 23-25 (?) janvier 1889, m&#234;me ton pour LT 82 A C&#233;line. 28 f&#233;vrier 1889&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-82&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-82&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-82&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;82&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Dialogue avec le patriarche Ath&#235;nagoras. Par Olivier Cl&#233;ment.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-83&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-83&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-83&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;83&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ga 2,20&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-84&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-84&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-84&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;84&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;LD 1&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;er&lt;/sup&gt; mars 89&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-85&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-85&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-85&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;85&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;LT 86&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-86&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-86&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-86&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;86&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;LD 4 mars 89&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-87&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-87&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-87&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;87&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;LT 87&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-88&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-88&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-88&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;88&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;CS sr Genevi&#232;ve sur la souffrance&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-89&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-89&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-89&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;89&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Influence de la carm&#233;lite de Tour, Sr Marie de Saint-Pierre, et de la d&#233;votion &#224; la Sainte-Face telle que la propageait l'Oratoire de Tour&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-90&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-90&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-90&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;90&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Carnet Jaune 731 parole 13&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-91&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-91&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-91&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;91&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Lettres de Ste Th&#233;r&#232;se 81, 23 janv 89&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-92&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-92&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-92&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;92&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Il semble que Th&#233;r&#232;se soit l'h&#233;riti&#232;re de Th&#233;r&#232;se d'Avila qui invite &#224; rester aupr&#232;s du Crucifi&#233;, mais aussi de Jean de la Croix notamment &#224; ce qu'il &#233;crit au paragraphe 24 du commentaire de la seconde strophe de la po&#233;sie Vive Flamme&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-93&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-93&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-93&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;93&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;LT 89 du 26 avril 89&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-94&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-94&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-94&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;94&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;LT 81&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-95&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-95&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-95&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;95&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;LT 81 d&#233;j&#224; cit&#233;e&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-96&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-96&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-96&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;96&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Carnet Rouge 84 et suivant&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-97&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-97&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-97&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;97&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;LT 45 note d&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-98&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-98&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-98&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;98&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;LT 54 note g&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-99&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-99&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-99&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;99&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Lettres de Ste Th&#233;r&#232;se 58, 31 juillet 88&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-100&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-100&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-100&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;100&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Lettres de Ste Th&#233;r&#232;se 65, 20 oct 88&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-101&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-101&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-101&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;101&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Lettres de Ste Th&#233;r&#232;se 79, 8 janv 89&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-102&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-102&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-102&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;102&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Lettres de Ste Th&#233;r&#232;se 85, 12 mars 89&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-103&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-103&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-103&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;103&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Lettres de Ste Th&#233;r&#232;se 90, 27 avr 89&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-104&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-104&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-104&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;104&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;LT 94 14 juillet 89&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-105&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-105&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-105&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;105&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;CG note e) LT 94 p 495&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-106&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-106&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-106&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;106&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;voir LT 254&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-107&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-107&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-107&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;107&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Lt 95 juillet ou ao&#251;t 89, &#224; Sr Agn&#232;s&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-108&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-108&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-108&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;108&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;est-ce en lien avec ses crises de scrupules ? voir LC 117 du P. Pichon du 4 oct 89&#171; je vous d&#233;fend au nom de Dieu de mettre en question votre &#233;tat de gr&#226;ce&#8230; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-109&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-109&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-109&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;109&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;LT 101 du 31 d&#233;c 89&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-110&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-110&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-110&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;110&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Manuscrit A 75 et LT 120&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-111&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-111&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-111&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;111&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;LC 113 du 29 mai 89&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-112&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-112&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-112&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;112&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;LT 92 du 30 mai 89&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-113&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-113&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-113&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;113&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Mt 14,30&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-114&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-114&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-114&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;114&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;LT 100 &#224; M et M&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;me&lt;/sup&gt; Gu&#233;rin, 30 d&#233;c 89&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-115&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-115&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-115&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;115&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;LT 102 &#224; C&#233;line 27 avril 90&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-116&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-116&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-116&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;116&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;La miniature sur parchemin peinte par soeur Agn&#232;s &#224; l'intention de C&#233;line : un voile de V&#233;ronique soutenu par une branche de neuf lys&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-117&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-117&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-117&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;117&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Dans le conte sur Michel-Ange, Celui qui &#233;coutait les pierres&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-118&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-118&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-118&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;118&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Lettres de Ste Th&#233;r&#232;se 101 31 d&#233;c 90 &#224; C&#233;line&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-119&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-119&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-119&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;119&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Oraison sur la vie, naissance de Dieu en l'homme chez Zundel, Fran&#231;ois Darbois, Anne Sigier, 1997, p 153&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-120&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-120&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-120&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;120&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;cfr po&#233;sie Notes Intimes M. No&#235;lle, Stock, 1988 p 160&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-121&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-121&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-121&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;121&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;LT 103 - de Th&#233;r&#232;se &#224; Sr Agn&#232;s de J&#233;sus - 4 (?) mai 90&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-122&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-122&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-122&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;122&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Olivier Cl&#233;ment, Questions sur l'homme, p. 22-24.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-123&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-123&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-123&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;123&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;LT 105 du 10 mai 1890 &#224; C&#233;line lors de son voyage &#224; Lourde avec L&#233;onie et la famille Gu&#233;rin (LC 127 note d)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-124&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-124&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-124&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;124&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;CG p 533 note h de LT 107&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-125&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-125&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-125&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;125&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;LT 108 - de Th&#233;r&#232;se &#224; C&#233;line - 18 juillet 90&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-126&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-126&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-126&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;126&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;LT 109&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-127&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-127&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-127&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;127&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Luc 15,20&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Sainte Th&#233;r&#232;se d'Avila : Chemin d'oraison</title>
		<link>https://www.carmel.asso.fr/Sainte-Therese-d-Avila-Chemin-d-oraison.html</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.carmel.asso.fr/Sainte-Therese-d-Avila-Chemin-d-oraison.html</guid>
		<dc:date>2006-07-22T12:41:36Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		
		


		<dc:subject>Sommaire</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Le chemin de l'oraison avec Th&#233;r&#232;se d'Avila, travail propos&#233; par F. Yannick.&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.carmel.asso.fr/-Meditations-du-Frere-Yannick-.html" rel="directory"&gt;M&#233;ditations du Fr&#232;re Yannick&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.carmel.asso.fr/+-Sommaire-+.html" rel="tag"&gt;Sommaire&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;I - Th&#233;r&#232;se d'Avila et nous&lt;/h2&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;A) Introduction&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Nous allons peu &#224; peu nous exercer &#224; la &lt;strong&gt;pri&#232;re d'oraison avec Th&#233;r&#232;se d'Avila&lt;/strong&gt;.
Elle est n&#233;e &#224; Avila le 28 mars 1515 de parents profond&#233;ment croyants. Elle est la troisi&#232;me de neuf enfants.
C'est une p&#233;riode charni&#232;re pour l'Occident tant au plan intellectuel, que social que religieux. Elle annonce de grands bouleversements :&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_4614 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;26&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.carmel.asso.fr/sites/carmel.asso.fr/local/cache-vignettes/L300xH188/429a0bbb07_120873_decouverte-amerique-67484.jpg?1782930091' width='300' height='188' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre crayon document-titre-4614 '&gt;&lt;strong&gt;D&#233;couverte de l'Amerique
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;- L'unification territoriale de l'Espagne s'effectue &#224; l'&#233;poque des rois catholiques ;&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; La prise de Grenade, la fin de la reconqu&#234;te des territoires occup&#233;s par les Musulmans, -l'expulsion des Juifs, la d&#233;couverte de l'Am&#233;rique par Christophe Colomb en 1492 tout cela annonce des temps riches en tension avec son poids de drames et de beaut&#233;s ;&lt;/li&gt;&lt;li&gt; avec Copernic et Galil&#233;e une r&#233;forme consid&#233;rable des mentalit&#233;s va s'op&#233;rer, ils affirment que la terre est ronde et qu'elle tourne autour du soleil, c'est un reversement total des valeurs qui commence, ce n'est plus l'univers qui tourne autour de la terre, la terre n'est plus le centre du monde, coup de tonnerre &#224; l'&#233;poque qui pose d&#233;j&#224; le probl&#232;me de la relation des sciences et de la foi ;&lt;/li&gt;&lt;li&gt; &#192; son niveau Gutenberg avec la d&#233;couverte de l'imprimerie va permettre la vulgarisation des connaissances et va jouer un r&#244;le important.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Tous ces faits sont autant de signes de commencement d'&lt;strong&gt;une p&#233;riode nouvelle&lt;/strong&gt;, impr&#233;gn&#233;e des structures m&#233;di&#233;vales, inspir&#233;e par de nouvelles visions du monde, l'homme n'est plus au centre du monde. Si l'homme n'est plus le centre du monde, Dieu n'est plus en haut, dans le ciel, mais alors o&#249; est-il ? Que deviennent l'homme et Dieu ?&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question ne se pose pas encore de fa&#231;on massive, mais les bases sont fond&#233;es. La question est plus accrue actuellement avec les d&#233;couvertes gigantesques et passionnantes des sciences. Et l'homme se sent de plus en plus rejet&#233; dans une partie de l'univers, un univers vide de sens. &#192; moins que comme Olivier Cl&#233;ment le dit si bien &lt;strong&gt;il existe un espoir, non du c&#244;t&#233; du monde, mais de l'homme lui-m&#234;me&lt;/strong&gt; :&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;&#171; Rien de plus &#233;mouvant que les voyages interplan&#233;taires, demain peut-&#234;tre intergalactiques. Il faut que l'homme explore sa prison. Mais sa prison justement n'a pas de limites. La seule issue, ici, c'est un visage, et d'abord sur nos &#233;crans de t&#233;l&#233;vision, le visage du cosmonaute encapuchonn&#233; d'ab&#238;me. L'explorateur est plus grand que ce qu'il explore, seul son regard nous sauve du n&#233;ant. Et si le regard se durcit, si le visage se ferme, nous savons que dans le secret un regard &#224; jamais nous accueille, et que le visage du Christ n'est jamais ferm&#233; &#187;. &lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Il y a dans ce regard plus que dans la froidure de l'univers. L'homme est un espoir pour l'homme. Mais Th&#233;r&#232;se prolonge ce chemin car on ne lutte pas contre la nuit de ce monde avec des bulldozers, ou des tanks, mais avec &lt;strong&gt;la lueur d'une bougie&lt;/strong&gt;. Cette lueur a brill&#233; dans le c&#339;ur de Th&#233;r&#232;se.
Th&#233;r&#232;se, avec d'autres va r&#233;pondre &#224; sa mani&#232;re &#224; la question de l'homme et &#224; la question de Dieu. &lt;strong&gt;Car se poser la question de l'homme, c'est se poser la question de Dieu.&lt;/strong&gt;
Th&#233;r&#232;se est post&#233;e, avec d'autres, comme un proph&#232;te pour pr&#233;venir les temp&#234;tes &#224; venir, pour rappeler la vocation de l'homme et sa destin&#233;e sublime, pour annoncer et t&#233;moigner par son exp&#233;rience de la grandeur du c&#339;ur de l'homme dans lequel Dieu r&#233;side. Car si l'homme n'est plus le centre du monde, si le soleil ne tourne plus autour de la terre, et telle &#233;tait la vision du monde &#224; l'&#233;poque, Dieu n'est plus l'au-del&#224; de l'homme. Dieu n'est plus dans les &#233;toiles, il n'est plus l&#224;-haut au ciel. &lt;strong&gt;Il est donc ailleurs, mais o&#249; ?&lt;/strong&gt; L'ordre du monde est boulevers&#233; et l'homme va peu &#224; peu croire qu'il n'est qu'une &#233;pave isol&#233;e &#224; la d&#233;rive, au hasard des courants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non, Th&#233;r&#232;se nous rappelle cette grande aventure pour laquelle l'homme est fait et dans laquelle il est appel&#233; &#224; marcher. Non seulement, elle nous le rappelle, mais &lt;strong&gt;elle t&#233;moigne par sa propre exp&#233;rience de ce que peut produire dans la vie d'un &#234;tre humain l'irruption de Dieu.&lt;/strong&gt; Dieu n'est pas dans le ciel,&lt;strong&gt; il est dans les cieux de notre c&#339;ur&lt;/strong&gt;, dans cet espace infini qui habite le c&#339;ur de l'&#234;tre humain. La vie au sens fort du terme prend son origine &#224; ce niveau. Mais l'homme du XXI&#233;me a perdu le chemin de son propre c&#339;ur, alors m&#234;me qu'il d&#233;couvre des espaces immenses dans l'infiniment grand comme dans l'infiniment petit.
Th&#233;r&#232;se nous propose un chemin, celui de l'oraison pour retrouver, habiter de nouveau ces espaces laiss&#233;s en friches dans lesquels l'homme trouve sa v&#233;ritable respiration, le sens de sa vocation, sa joie et sa b&#233;atitude.
L'homme r&#234;ve de s'&#233;clater, de d&#233;couvrir de grands espaces et heureusement, mais il se trompe de moyen et de but. Th&#233;r&#232;se est l&#224; sur le sentier et nous indique la route.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;&#171; &#226;me, tu dois te chercher en moi, et moi, me chercher en toi. &#187;&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_4615 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;17&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.carmel.asso.fr/sites/carmel.asso.fr/local/cache-vignettes/L301xH438/therese-d-avila-26c85.jpg?1782930091' width='301' height='438' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre crayon document-titre-4615 '&gt;&lt;strong&gt;Therese d'Avila
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Elle est ma&#238;tresse de vie, elle a trouv&#233; sa vocation de femme &#224; l'aise dans sa peau, dans ce si&#232;cle o&#249; justement le r&#244;le de la femme n'&#233;tait pas mis en valeur &#224; l'&#233;poque. Elle a su prendre sa place de femme d&#233;termin&#233;e et engag&#233;e. Elle est ainsi devenue ma&#238;tresse de vie spirituelle.
&lt;strong&gt;Dieu a fait d'elle une femme libre&lt;/strong&gt;, et une m&#232;re pour une grande foule d'hommes et de femme. Cette femme du XVI&#233;me a donc quelque chose &#224; nous dire. Lc 11,5-13&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;B) Des d&#233;buts difficiles&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Th&#233;r&#232;se est docteur de l'&#201;glise&lt;/strong&gt;, c'est une mystique ayant des relations particuli&#232;res et hautes avec le Seigneur. Le Seigneur lui parle, il lui appara&#238;t, elle le voit. Elle a eu, elle a un grand rayonnement dans l'&#201;glise. Bref c'est une grande sainte, on pourrait m&#234;me dire &lt;strong&gt;une sainte charismatique&lt;/strong&gt;.
Mais sa vie ne doit pas nous faire peur. Ce n'est pas parce qu'elle a eu de grandes extases, des visions du Seigneur qu'elle doit &#234;tre plac&#233;e sur de hautes marches et v&#233;n&#233;r&#233;e, v&#233;n&#233;r&#233;e de loin ! C'est la meilleure mani&#232;re de ne pas se sentir concern&#233; par sa vie. &#8220;C'est vraiment quelqu'un de fantastique, mais ce n'est pas pour moi !&#8220;.
&lt;strong&gt;Elle n'est pas n&#233;e sainte.&lt;/strong&gt; Elle a d'abord &#233;t&#233; un &#234;tre humain avec ses grandeurs et ses ambigu&#239;t&#233;s. Si elle est n&#233;e dans une famille unie, bien des points de sa vie d'enfant, d'adolescente puis de femme peuvent nous concerner. Th&#233;r&#232;se a d&#251; combattre pour vivre plus proche du Seigneur. T&#244;t, il est venu la chercher en lui donnant des gr&#226;ces d'oraison. Mais cela ne l'a pas emp&#234;ch&#233;e d'&#234;tre attir&#233;e par le monde de sorte qu'elle s'est trouv&#233;e tiraill&#233;e, comme en position instable &lt;strong&gt;entre les d&#233;sirs du monde et le d&#233;sir de Dieu&lt;/strong&gt; :
Je voudrais seulement souligner ce point &#224; partir du r&#233;cit qu'elle fait de sa vie, chapitre 7,1 :&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;&#171; Je commen&#231;ais donc de passe-temps en passe-temps, de vanit&#233; en vanit&#233;, d'occasion en occasion, &#224; m'exposer &#224; de si grand dangers, mon &#226;me se laissa ravager par de telles vanit&#233;s, que j'eus d&#233;sormais honte de me rapprocher de Dieu dans l'&#233;troite intimit&#233; de l'oraison ; d'autant plus qu'&#224; mesure que croissaient mes p&#233;ch&#233;s, le go&#251;t de faire mon r&#233;gal des choses vraiment vertueuses vint &#224; me manquer. Je voyais tr&#232;s clairement, mon Seigneur, que cela me faisait d&#233;faut parce que je vous faisais d&#233;faut, &#224; Vous.&lt;strong&gt; Le d&#233;mon me tendit l&#224; les plus terribles emb&#251;ches sous apparence d'humilit&#233; : voyant mon &#233;garement je me mis &#224; craindre de faire oraison, mieux valait, me semblait-il suivre la route commune, puisque j'&#233;tais parmi les plus mis&#233;rables.&lt;/strong&gt; &#187;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Autrement dit elle s'enfonce dans un cercle vicieux. Et pourtant elle ne se d&#233;couragera pas, mais il lui faudra l'aide de quelqu'un pour la remettre en marche et la faire revenir &#224; Dieu malgr&#233; sa mis&#232;re. Car l'amour de Dieu est plus grand que nos mis&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;&#171; Un p&#232;re Dominicain me dit de ne pas renoncer &#224; l'oraison, qu'en tout cas je ne pouvais qu'en tirer profit. Je revins donc &#224; l'oraison, sans toutefois m'&#233;loigner des occasions, et je ne l'abandonnais plus jamais. Ma vie &#233;tait extr&#234;mement p&#233;nible, car dans l'oraison, je voyais mieux mes fautes. D'une part Dieu m'appelait, de l'autre je suivais le monde. Toutes les choses de Dieu me contentaient vivement, celles du monde me tenaient ligot&#233;e. Je paraissais vouloir accorder ces deux adversaires, si ennemis l'un de l'autre, que sont la vie spirituelle, ses joies, ses saveurs, et les passe-temps sensuels. Mon temps d'oraison &#233;tait fort p&#233;nible car l'esprit n'y &#233;tait pas ma&#238;tre, mais esclave&#8230; Je passais ainsi de longues ann&#233;es, et je m'&#233;tonne maintenant comment j'ai pu autant souffrir sans renoncer &#224; l'un ou &#224; l'autre. &#187; (V7,17)&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Se rapprocher de Dieu, laisser les plaisirs frivoles, les divertissements un peu fous mais passionnants, ce n'est pas facile car&lt;strong&gt; le c&#339;ur de l'homme est comme enivr&#233;s par les s&#233;ductions passag&#232;res du monde&lt;/strong&gt;. Il y a donc un combat que toute personne doit traverser. Un choix de vie &#224; faire, sans n&#233;cessairement quitter le monde. &lt;strong&gt;En soit le monde et bon et beau, c'est notre c&#339;ur qui n'est souvent pas pur.&lt;/strong&gt; C'est pour cela que notre relation au monde est fauss&#233;e, mais le monde en lui-m&#234;me est bon. Ce n'est pas le monde, ni les hommes qui sont &#224; quitter, mais c'est notre fa&#231;on d'&#234;tre qui doit changer. Et c'est l&#224; que s'engage le plus terrible et le plus grand des combats. Car c'est en commen&#231;ant &#224; travailler sur soi que la paix peut progresser dans le monde, mais cela r&#233;siste et tr&#232;s fort, nous le voyons avec Th&#233;r&#232;se. Le premier des combats &#224; mener est l&#224;. &lt;strong&gt;&#192; la question de la guerre dans le monde, de la violence dans la ville, la r&#233;ponse est simple : regardons ce qui habite nos pens&#233;es, nos pulsions, ne serait-ce qu'une journ&#233;e et nous comprendrons&lt;/strong&gt;. L'oraison sera l'un des leviers qui progressivement nous aidera &#224; passer de la violence &#224; la paix du c&#339;ur.
Th&#233;r&#232;se n'a pas &#233;t&#233; &#233;pargn&#233;e sur ce chemin, mais elle n'a pas attendu d'&#234;tre sainte pour commencer &#224; s'engager sur le chemin de l'oraison, de la vie spirituelle. Cependant, elle a eu besoin d'un coup de pouce en la personne d'un religieux Dominicain. Ce soir je voudrais me faire cet interm&#233;diaire entre Dieu et vous pour vous encourager sur ce chemin, pour vous redonner espoir et confiance. Malgr&#233; les difficult&#233;s, la fatigue, les soucis, votre indignit&#233;, &lt;strong&gt;n'abandonnez pas le chemin de l'oraison&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un autre aspect de la vie de Th&#233;r&#232;se doit &#234;tre soulign&#233; : A l'&#233;poque o&#249; elle avait perdu sa m&#232;re, elle avait presque 14 ans, et prenant conscience de ce qui lui arrivait, elle alla se jeter tout en larmes aux pieds de N.D. pour la supplier d'&#234;tre sa m&#232;re :&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;&#171; Il me semble que ma pri&#232;re toute simple fut accueillie, car il est bien clair que j'ai toujours trouv&#233; un secours pr&#232;s de cette Vierge souveraine, et finalement elle m'a re&#231;ue dans sa maison. &#187;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Ainsi Th&#233;r&#232;se a d&#251; affronter le deuil, la solitude. Elle a connu la solitude affective, la souffrance physique. Elle n'a pas &#233;t&#233; &#233;pargn&#233;e par la vie, mais cela n'a pas &#233;t&#233; un obstacle pour la rencontre de Dieu. Dieu se fait proche de chacun de nous, m&#234;me si nos vies sont travers&#233;es par le mal. Cela devrait contribuer &#224; nous la rendre plus proche et &#224; faire comme elle, chercher du secours l&#224; o&#249; il est le plus s&#251;r, dans les bras de Marie ou de J&#233;sus. J&#233;sus lui ne nous laisse pas orphelins. Mais ce chemin ne peut s'ouvrir qu'&#224; ceux qui s'engagent dans une vie de pri&#232;re.
Lc 15,1-10&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;C) Dieu plus grand que ma mis&#232;re&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Nous nous sommes arr&#234;t&#233;s aux emb&#251;ches dans les d&#233;buts de la vie spirituelle. Nous avons vu que Th&#233;r&#232;se toute sainte qu'elle est devenue n'a pas &#233;t&#233; &#233;pargn&#233;e et que cela devait nous encourager nous-m&#234;mes &#224; nous engager dans la vie de pri&#232;re quelles que soient nos mis&#232;res.
Th&#233;r&#232;se nous confiait, hier, qu'il lui &#233;tait arriv&#233;e d'&#234;tre en mauvaise passe dans ce chemin de la vie spirituelle, et qu'elle avait &#233;t&#233; pr&#234;te &#224; tout abandonner. Reprenons ce qu'elle disait :&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;&#171; &#8230;J'eus d&#233;sormais honte de me rapprocher de Dieu dans l'&#233;troite intimit&#233; de l'oraison ; d'autant plus qu'&#224; mesure que croissaient mes p&#233;ch&#233;s, le go&#251;t de faire mon r&#233;gal des choses vraiment vertueuses vint &#224; me manquer. Je voyais tr&#232;s clairement, mon Seigneur, que cela me faisait d&#233;faut parce que je vous faisais d&#233;faut, &#224; Vous &#187;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Il peut arriver dans notre vie spirituelle, qu'apr&#232;s des &#233;checs, des moments de faiblesses ou &#224; cause d'une culpabilit&#233; mal comprise, car toute culpabilit&#233; n'est pas forc&#233;ment li&#233;e au p&#233;ch&#233;, &lt;strong&gt;il peut donc arriver qu'on se sente indigne de l'amour de Dieu&lt;/strong&gt; et qu'on fuit sa pr&#233;sence comme en une autopunition. On croit peut-&#234;tre qu'ainsi on restera digne, ou bien que c'est une fa&#231;on de faire p&#233;nitence et de r&#233;parer sa faute. Bref, on arr&#234;te ces temps que l'on consacrait &#224; la pri&#232;re, eucharistie ou oraison. Je ne pratique plus parce que je ne suis pas digne de l'amour de Dieu. &lt;strong&gt;Il faut s'arr&#234;ter &#224; ce genre de processus qui est plus d&#233;vastateur qu'il n'y para&#238;t.&lt;/strong&gt; Il y a bien souvent &#224; la racine, cach&#233; sous une apparence de g&#233;n&#233;rosit&#233;, de bonne conscience, d'honneur, un sentiment d'orgueil. C'est en tout cas ce que Th&#233;r&#232;se a &#233;prouv&#233; en le formulant d'une fa&#231;on inverse :&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;&#171; Le d&#233;mon me tendit l&#224; les plus terribles emb&#251;ches sous apparence d'humilit&#233; : voyant mon &#233;garement je me mis &#224; craindre de faire oraison, mieux valait, me semblait-il suivre la route commune, puisque j'&#233;tais parmi les plus mis&#233;rables. &#187;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Entrer dans ce type de fonctionnement, c'est ne pas comprendre notre propre nature et ne pas comprendre la nature de l'amour que nous porte le Seigneur.
Devant le mal que nous pouvons sentir en nous-m&#234;mes, nous voulons nous &#233;loigner de ce que nous pressentons de beau, de saint. Ce faisant nous nous coupons encore un peu plus, sinon totalement de la Source m&#234;me de l'amour, de la beaut&#233;. Nous agissons en fait comme si nous pouvions trouver par nous-m&#234;mes ce qui nous fait d&#233;faut.&lt;strong&gt; Or plus nous nous &#233;loignons de la Source de la Vie, de l'Amour, plus nous sommes livr&#233;s &#224; nous-m&#234;mes, &#224; notre fragilit&#233;, &#224; notre solitude. &lt;/strong&gt; Et la solitude dans ces conditions-l&#224; n'est pas tenable. La solitude va nous entra&#238;ner dans des situations encore plus dramatiques et tout cela Th&#233;r&#232;se le dit : &#171; sous apparence d'humilit&#233; &#187;. Cette apparence d'humilit&#233; est peut-&#234;tre en fait une des formes d'orgueil les plus sournoises. Or l'orgueil nous coupe de toute relation authentique, elle fait de nous des &#234;tres uniques, solitaires.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;&#171; Voyant mon &#233;garement, je me mis &#224; craindre de faire oraison. Mieux valait, me semblait-il suivre la route commune, puisque j'&#233;tais parmi les plus mis&#233;rables. &#187;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le raisonnement est beau, digne d'une conscience noble, mais il tombe &#224; c&#244;t&#233; de la v&#233;rit&#233;. Th&#233;r&#232;se a failli tomber dans le pi&#232;ge et elle a eu besoin de quelqu'un qui lui redonne confiance, qui la remette sur le chemin de l'intimit&#233; avec Dieu. Mais alors, me direz-vous comment s'approcher de Dieu quand on se sent mis&#233;rable ou indigne ?
Je vous renvoie &#224; l'&#201;vangile de St Luc avec la rencontre de J&#233;sus et de Zach&#233;e au chapitre 19. Je n'ai pas le temps ici d'en reprendre tout le commentaire. Je vous indique la pointe de ce r&#233;cit qui en est la conclusion : &lt;strong&gt;&#171; Je suis venu chercher et sauver ce qui est perdu &#187;.&lt;/strong&gt;C'est une r&#233;v&#233;lation. Dieu ne vient pas pour les bien-portants, mais pour ceux qui ont mal, qui se sente mal &#224; l'aise dans leur peau, qui ont soif d'autres espaces. Comme pour Zach&#233;e, J&#233;sus dit &#224; ceux-l&#224; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; aujourd'hui je dois demeurer dans ta maison &#187;&lt;/strong&gt;, c'est-&#224;-dire dans la maison de ton c&#339;ur. Ta maison, comme ton c&#339;ur est peut-&#234;tre mal rang&#233;e, tu as mal &#224; ton c&#339;ur, alors ne perds pas de temps et &lt;strong&gt;vite accueille-moi&lt;/strong&gt; et &lt;strong&gt;offre-moi ce qui ne va pas en toi&lt;/strong&gt;. Laisse-moi t'aimer tel que tu es. Je suis l&#224; qui t'attends pour t'aider sur ton chemin. Tu souffres, alors je souffre moi aussi que tu me fermes ton c&#339;ur et que tu cherches la vie par toi-m&#234;me. Je suis la Vie au fond de ton c&#339;ur. Je suis mort sur la croix &#224; cause de ton indiff&#233;rence, de ton orgueil.&lt;strong&gt; S'il te plait laisse-moi t'aimer.&lt;/strong&gt; Accorde-moi un peu de temps chaque jour pour que je puisse descendre dans ton c&#339;ur et peu &#224; peu le restaurer.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;D) Ambigu&#239;t&#233;s de notre amour pour Dieu&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;em class=&#034;spip&#034;&gt;&#171; poss&#233;der l'amour croire que Dieu cherche &#224; nous poss&#233;der &#187; Gn 3,9&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous retrouvons Th&#233;r&#232;se dans son enfance pour cheminer avec elle sur le chemin de l'amour de Dieu. En bonne castillane,&lt;strong&gt; Th&#233;r&#232;se a un temp&#233;rament absolu&lt;/strong&gt;. Les livres que son p&#232;re lui mettait entre les mains ainsi que le soin que sa m&#232;re prenait &#224; la faire prier &#233;veill&#232;rent chez elle l'amour de N.D. et de quelques saints.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que peuvent faire de telles lectures dans le c&#339;ur d'un enfant passionn&#233; ? Sinon exalter les passions. Cela peut &#234;tre positif, mais cela peut v&#233;hiculer certaines ambigu&#239;t&#233;s. Que faisons-nous quand nous laissons les enfants passer des heures &#224; regarder des dessins anim&#233;s qui exaltent la violence, la toute puissance. Quoi d'&#233;tonnant que les enfants s'identifient &#224; ces h&#233;ros mi-dieux, mi-hommes. Seulement ils ne sont qu'enfants et nous que des hommes et la prise de conscience de la r&#233;alit&#233; est parfois dramatique. On ne joue pas impun&#233;ment avec le mensonge. Avec Th&#233;r&#232;se ce sont les r&#233;cits des hommes qui se sont consacr&#233;s &#224; Dieu. R&#233;cits qui n'&#233;taient pas d&#233;pourvus non plus de toute ambigu&#239;t&#233;. L'enfant &#224; besoin pour se structurer de s'identifier &#224; de grands personnages, encore faut-il que les mod&#232;les qu'on lui propose soient constructifs.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;&#171; Voyant le martyre que certains subissaient pour Dieu et leur bonheur d'aller rejoindre le Seigneur, je d&#233;sirais vivement mourir ainsi. Peut-&#234;tre pas par amour, mais pour jouir au plus vite des grands biens du ciel que les livres m'avaient d&#233;crite. Je recherchais mon fr&#232;re pour parler avec lui des moyens d'y parvenir. Nous formions le projet d'aller au pays des Maures en mendiant pour l'amour de Dieu, afin d'&#234;tre d&#233;capit&#233;e l&#224;-bas&#8230; Il nous arrivait de passer de longs moments &#224; en parler ainsi et nous aimions &#224; r&#233;p&#233;ter bien des fois : &#034;pour toujours, toujours !&#034; Alors que je pronon&#231;ais longuement ces mots, le Seigneur me faisait la gr&#226;ce, malgr&#233; mon jeune &#226;ge, de me faire comprendre ce que c'est que le chemin de la v&#233;rit&#233; &#187;. &lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Et c'est &#224; 7 ans qu'elle met son plan &#224; ex&#233;cution&#8230; en fait de martyr c'est une fess&#233;e qui l'attendra ! Ramen&#233;s &#224; la maison par un oncle, Th&#233;r&#232;se et Rodrigo prendront leur revanche, se faisant ermites au fond du jardin. La sainte notera avec une sorte d'attendrissement leurs efforts d'enfants pour b&#226;tir des ermitages dont les pierres s'effondraient aussit&#244;t. D&#233;buts &#233;mouvants du travail de la gr&#226;ce. Sens de l'absolu d&#233;j&#224; chez Th&#233;r&#232;se et besoin de faire partager sa foi et son &#233;lan vers Dieu. Mais ce sens de l'absolu aura besoin d'&#234;tre &#233;vang&#233;lis&#233;.
Th&#233;r&#232;se d&#233;sire voir Dieu non pas par amour pour lui, mais pour jouir des biens du ciel. Elle est un peu comme nous aux d&#233;buts de notre vie. Notre amour des personnes, de Dieu, n'est pas toujours des plus int&#233;ress&#233;s. Il n'est pas pur. On aime, non la personne en elle-m&#234;me, mais pour ce qu'elle a.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;&#171; Voyant le martyre que certains subissaient pour Dieu et leur bonheur d'aller rejoindre de Seigneur, je d&#233;sirais vivement mourir ainsi. Peut-&#234;tre pas par amour, mais pour jouir au plus vite des grands biens du ciel que les livres m'avaient d&#233;crite. &#187;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Il a dans cette forme d'amour en fait le d&#233;sir de s'attribuer le bien de l'autre, m&#234;me si l'on ne cherche pas &#224; lui faire du mal d'ailleurs. On cherche &#224; poss&#233;der ce que l'on a pas et sans s'en rendre compte on a tendance &#224; &#233;craser, &#224; d&#233;truire, ceux-l&#224; m&#234;me que l'on aime. Il a mille fa&#231;ons plus ou moins subtiles pour arriver &#224; ses fins &#224; ce niveau. Vous connaissez je suppose cette citation de Pr&#233;vert :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; Tu dis que tu aimes les fleurs, tu les coupes ! &lt;br class='manualbr' /&gt;Tu dis que tu aimes les poissons, Tu les manges ! &lt;br class='manualbr' /&gt;Tu dis que tu aimes les oiseaux, tu les mets en cage ! &lt;br class='manualbr' /&gt;Lorsque tu me dis : &#8220;je t'aime&#8220;, j'ai peur ! &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est d&#233;j&#224; un signe de sant&#233; que l'on puisse prendre peur dans de telles conditions !
Vous me direz, soit de cette forme d'amour pour une personne, mais on ne peut s'approprier Dieu ! Je dirais que fort heureusement, on ne peut s'approprier Dieu, mais il reste que notre c&#339;ur, n'est pas encore m&#251;r pour entrer dans une relation gratuite ! Et qu'il y a un chemin &#224; parcourir avant d'arriver &#224; cette puret&#233; de la relation dans l'amour. Dans les d&#233;buts de notre vie spirituelle, l'amour que nous avons pour Dieu a quelque chose de cela. Comme pour Th&#233;r&#232;se il aura besoin d'&#234;tre purifi&#233;.
Dans les d&#233;buts de la vie spirituelle nous pouvons projeter un tel amour de Dieu pour les hommes.&lt;strong&gt; Hors Dieu n'est pas celui qui me porte un amour possessif, castrateur.&lt;/strong&gt; Devant cet amour-l&#224;, j'aurais raison de le craindre. Dieu se r&#233;v&#232;le tout autre.
Dans les d&#233;buts de la vie spirituelle, Dieu peut &#234;tre pris pour un h&#233;ros tout puissant qui va r&#233;former le monde d'une main ferme, qui va abolir la souffrance d'une fa&#231;on d&#233;finitive, qui va punir le m&#233;chant et le rayer de la carte de la vie. Dieu n'est pas sur ce registre-l&#224;.
La vie d'oraison avec Th&#233;r&#232;se va nous amener peu &#224; peu &#224; rencontre Dieu dans sa v&#233;rit&#233;, sa r&#233;alit&#233; et ce sera &#233;merveillement et apaisement.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;E) Vingt ans sur une mer orageuse&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Avant de faire une lecture suivie avec vous de Th&#233;r&#232;se dans le livre de sa vie et de voir ainsi comment elle peut nous aider sur les chemins de l'oraison, je voudrais encore mettre un pr&#233;liminaire, en guise d'encouragement. On en a bien besoin.
On a vu que Th&#233;r&#232;se a d&#251; combattre presque pieds &#224; pieds pour s'avancer sur le chemin de la vie spirituelle. Qu'elle oscillait entre les plaisirs de l'oraison et les plaisirs du monde et que cela a &#233;t&#233; un rude combat pour elle.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;&#171; J'ai pass&#233; pr&#232;s de 20 ans sur cette m&#232;re orageuse, me relevant mais mal, puisque je retombais&#8230; Je puis dire que c'est une des mani&#232;res les plus p&#233;nibles que l'on puisse imaginer ; car je ne jouissais pas de Dieu et le monde ne me contentait point. &#187; V8,2&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;La position est des plus inconfortables. Le c&#339;ur est attir&#233;, mais il ne peut prendre de d&#233;cisions fermes qui le lib&#233;reraient. La volont&#233; est comme ali&#233;n&#233;e, presque anesth&#233;si&#233;e, Th&#233;r&#232;se se sentait ligot&#233;e. On voudrait bien faire, mais on s'aper&#231;oit qu'on ne peut pas faire ce que l'on voudrait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'important ici est de faire comme Th&#233;r&#232;se,&lt;strong&gt; &#234;tre patiente et tenir bon malgr&#233; tout&lt;/strong&gt;. On vit &#224; une &#233;poque o&#249; l'on veut tout et tout de suite. On veut jouir du monde et des autres tout de suite. Il suffit d'avoir un peu d'argent, d'&#234;tre un peu d&#233;brouillard et l'on arrive &#224; ses fins. On est dans une &#233;poque o&#249; le temps et l'espace se resserrent et on ne supporte plus d'attendre. Et c'est peut &#234;tre pour cela que l'on n'est pas heureux. Le bonheur en effet ne s'ach&#232;te pas, il se donne gratuitement. Il r&#233;siste &#224; toute volont&#233; d'emprise. Du plaisir, on en a &#224; volont&#233;. Mais le bonheur profond et durable r&#233;siste &#224; toute possession. On voudrait que le monde soit aux pieds de nos d&#233;sirs. Ce n'est pas le chemin de la vie spirituelle, ni de la vie relationnelle avec ses semblables.&lt;strong&gt; Il faut de la patience avec les autres, avec soi et aussi avec Dieu.&lt;/strong&gt; La patience, c'est cette prise en compte de ce chemin d'humanit&#233; que je dois parcourir. La patience, c'est cette prise en compte de cette humanit&#233; dans laquelle je suis immerg&#233;. Je suis un &#234;tre humain qui a son propre fonctionnement et &#224; qui il faut du temps pour comprendre et assimiler la vie relationnelle. Or Dieu est relation pure. S'il vient &#224; mes devants, s'il s'accommode &#224; mon humanit&#233;, c'est pour que moi aussi je fasse ce m&#234;me chemin vers lui. Et c'est dans ce chemin que je vais trouver peu &#224; peu la porte de la libert&#233; et la joie. C'est dans ce chemin que je vais peu &#224; peu d&#233;couvrir ma propre humanit&#233;. Or ce chemin est fait de joies, de d&#233;sirs et d'&#233;checs. C'est tout cela qu'il s'agit d'accueillir comme faisant partie int&#233;grante de moi-m&#234;me. C'est en exp&#233;rimentant les r&#233;ussites et les &#233;checs que je pourrais construire mon humanit&#233; et ma vie spirituelle, car c'est tout un.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle &#233;crit :&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;&#171; Je montrerai quelques obstacles qui, &#224; mon avis, emp&#234;chent d'avancer dans cette voie de l'oraison, et d'autres choses qui sont un danger, selon l'exp&#233;rience que le Seigneur m'en a donn&#233;e ; j'en ai parl&#233; plus tard avec des hommes tr&#232;s doctes et des personnes qui vivent dans la spiritualit&#233; depuis des ann&#233;es ; ils voient que depuis 27 ans &#224; peine que je fais oraison, le Seigneur m'a donn&#233; plus d'exp&#233;rience, &#224; force de faire des faux-pas et de buter en chemin, qu'&#224; d'autres en 47 ou 37 de p&#233;nitences et de pers&#233;v&#233;rance dans la vertu, sur cette voie&#8230; Qu'il soit b&#233;ni pour tout&#8230; quand on verra que d'un bourbier aussi sale et aussi mal odorant, il a fait un verger plein de si douces fleurs &#187; V10, 9&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;27 37 47 sont des chiffres qui doivent nous faire r&#233;fl&#233;chir&#8230;
Th&#233;r&#232;se fait encore remarquer qu'&#224; l'issue de paroles entendues &#224; l'oraison :&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;&#171; Ne crois pas ma fille, que l'union consiste &#224; &#234;tre tout pr&#232;s de moi, car ceux qui m'offensent le sont aussi, m&#234;me contre leur gr&#233;. Elle ne consiste pas non plus dans les r&#233;gals et les d&#233;lices de l'oraison, m&#234;me si je les accorde &#224; un tr&#232;s haut degr&#233; ; ce n'est souvent qu'un moyen de gagner les &#226;mes, m&#234;me si elles ne sont pas en &#233;tat de gr&#226;ce. &#187; Faveur 1572 p. 551&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Il faut de la patience et de l'humilit&#233; sur ce chemin. Il se peut bien que dans les d&#233;buts l'on ait une relation tr&#232;s forte avec le Seigneur, presque imm&#233;diate et l'on a l'impression que lui et nous c'est tout un. Le temps passant, ces exp&#233;riences deviennent moins fortes, moins sensibles et l'on croit que Dieu s'&#233;loigne de nous ou que l'on s'&#233;loigne de lui, sans qu'il y ait de faute apparente de notre part. Parfois cela peut aller jusqu'au d&#233;sespoir. En fait nous nous heurtons &#224; un faut probl&#232;me car ce niveau de la relation que le Seigneur nous attend, mais il veut nous emmener plus loin et nous aider &#224; passer du sensible &#224; l'esprit, car il est Esprit.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;II - L'ouverture du c&#339;ur&lt;/h2&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;A) Emma&#252;s ou le chemin de l'oraison&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Avec Th&#233;r&#232;se d'Avila, vous l'avez compris, c'est la tradition du Carmel qui nous rejoint. Th&#233;r&#232;se va nous emmener dans son &lt;strong&gt;exp&#233;rience de la pri&#232;re&lt;/strong&gt; et cette exp&#233;rience nous la retrouvons comme en r&#233;sum&#233; dans l'&#233;vangile que je citais la fois pr&#233;c&#233;dente. Il s'agit de l'&#233;pisode d'Emma&#252;s dans Luc 24.
Deux disciples de J&#233;sus s'en retournent de J&#233;rusalem, tout d&#233;confits. Leur ma&#238;tre vient de sombrer lamentablement et a &#233;t&#233; ex&#233;cut&#233;. C'est l'amertume, la d&#233;sillusion, tous les espoirs se sont envol&#233;s. Or un inconnu les croisant va cheminer avec eux. Ce personnage va les aider &#224; relire toute leur histoire et &#224; y donner sens. Puis tout doucement, ils vont passer de la d&#233;sillusion &#224; la compr&#233;hension des &#233;v&#233;nements qui se sont pass&#233;s. Ils d&#233;couvrent peu &#224; peu la r&#233;alit&#233; et la profondeur de ce qui vient d'arriver et leur c&#339;ur commence &#224; br&#251;ler. Avec l'esp&#233;rance, c'est plus que la vie qui rena&#238;t, &lt;strong&gt;c'est une r&#233;surrection&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le soir vient, c'est le temps de se s&#233;parer, mais les deux p&#232;lerins invitent l'inconnu &#224; leur table. Et l&#224;, oh surprise, &#224; la fraction du pain, quelque chose se passe, ils reconnaissent l'inconnu, c'est le Christ. Alors m&#234;me que l'inconnu prend visage, il dispara&#238;t &#224; leurs yeux, laissant le pain rompu et la place au myst&#232;re. &lt;strong&gt;J&#233;sus a disparu des regards mais pas de leur c&#339;ur.&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Il y a l&#224;, si on y r&#233;fl&#233;chit, toute l'aventure spirituelle superbement d&#233;crite. C'est d'abord l'exp&#233;rience d'un cheminement sur une route, la route de notre vie. Route avec ses espoirs, ses d&#233;sillusions ; puis c'est le passage du cheminement &#224; la rencontre d'un inconnu qui aidant &#224; relire la vie pass&#233;e permet de d&#233;couvrir un nouveau sens &#224; la vie, un sens plus profond.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pourquoi le c&#339;ur br&#251;le. Non tout n'est pas absurde. La vie a un sens.
De la route, on passe &#224; l'auberge pour le partage du repas. C'est l'expression de l'amiti&#233;, le passage d'une rencontre fondamentale &#224; l'approfondissement de cette rencontre : qui est J&#233;sus ? Or cette rencontre prend peu &#224; peu la forme d'un visage connu jusqu'&#224; ce que ce visage se voit en plein jour, transfigur&#233; et c'est la lumi&#232;re du Christ qui appara&#238;t.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est alors que s'op&#232;re un autre passage.
J&#233;sus apr&#232;s s'&#234;tre fait reconna&#238;tre, va nous emmener plus loin encore dans son intimit&#233;. Le pain qu'il rompt, c'est lui-m&#234;me qui se donne &#224; chacun. Ce qui veut dire que, plus loin que l'amiti&#233;, il y a, symbolis&#233; par la manducation du pain le passage au fond de l'&#234;tre, au fond du c&#339;ur. C'est pourquoi J&#233;sus dispara&#238;t des regards. Pour se faire plus intime encore, pour se faire plus proche de chacun de nous encore. C'est le passage de la rencontre sensible, &#224; une &lt;strong&gt;rencontre plus profonde&lt;/strong&gt; qui est hors de toute exp&#233;rience sensible. &lt;strong&gt;C'est le passage de la vie quotidienne &#224; la vie dans la foi. &lt;/strong&gt; Nos deux p&#232;lerins ont vu et ils ont cru. Mais c'est le pain qui est rest&#233; et une exp&#233;rience au fond du c&#339;ur, l'exp&#233;rience d'une relation retrouv&#233;e &#224; un niveau plus fondamental, dans la foi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La vie de pri&#232;re dans le christianisme, c'est cela. C'est cette reprise &#224; notre propre compte de l'exp&#233;rience des p&#232;lerins d'Emma&#252;s. Ce passage de la vie quotidienne avec ses joies et ses d&#233;ceptions ; de cet ext&#233;rieur de notre &#234;tre, vers une dimension plus int&#233;rieure, plus intime de notre &#234;tre o&#249; Dieu nous attend avant de nous renvoyer, mais diff&#233;rents, vers nos fr&#232;res.
C'est cet itin&#233;raire que Th&#233;r&#232;se d'Avila va nous aider &#224; parcourir, ayant fait elle-m&#234;me le chemin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La pri&#232;re c'est l'exp&#233;rience d'une rencontre &lt;/strong&gt; qui peu &#224; peu va structurer, donner sens et nourrir &#224; son niveau le plus profond notre vie.
Nous lirons pas &#224; pas quelques textes qu'elle a &#233;crits. D'abord dans son livre de la vie, puis si le temps le permet dans cet autre livre qui s'appelle le livre des Demeures.
Le temps et l'espace sont l&#224; qui se compresse. Il faut faire de plus en plus de choses le plus vite possible. Notre vie s'&#233;tale et se consid&#232;re au nombre de choses que l'on a fait. On gagne en surface, mais on oublie que notre vie a une profondeur. Peut &#234;tre m&#234;me fuit-on cette profondeur. J&#233;sus est l&#224; et nous attend au bord du chemin, le chemin de nos vies, le chemin de nos c&#339;urs, pour faire route avec nous, s'inviter &#224; notre table, partager son amiti&#233; et plus encore si nous le voulons.
Voulez-vous vous engager sur ce chemin avec Th&#233;r&#232;se de J&#233;sus ?&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;B) L'oraison de recueillement&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Nous voil&#224; en route avec Th&#233;r&#232;se d'Avila, carm&#233;lite, sur le chemin de l'oraison. Je vous conseille le petit livre &#233;crit par le P. Emmanuel Renaud, Carme, dans la revue Vive Flamme de 1992, le n&#176; 198 Edt du Carmel : la mani&#232;re d'oraison th&#233;r&#233;sienne.
Diff&#233;rentes m&#233;thodes peuvent &#234;tre adopt&#233;es pour faire ce chemin. J'ai choisi de lire progressivement les textes qu'elle a &#233;crits et de les commenter avec vous. Elle parle d'abord d'elle-m&#234;me puis g&#233;n&#233;ralise pour s'adresser &#224; chacun d'entre nous. On va ainsi s'apercevoir qu'elle a eu des questions que beaucoup d'entre nous se posent encore. Elle est attir&#233;e par Dieu, mais ne sait pas comment faire pour le rejoindre. &lt;strong&gt;Elle lit la litt&#233;rature de son &#233;poque&lt;/strong&gt;, fait des essais, erre, se trompe, puis peu &#224; peu trouve son chemin qui la m&#232;nera &#224; l'union &#224; Dieu et fera d'elle une r&#233;formatrice et une fondatrice pour le Carmel, puis une sainte. C'est ce chemin peu &#224; peu &#233;labor&#233; qui lui donnera le titre de docteur de l'&#201;glise. Th&#233;r&#232;se est en fait malgr&#233; son langage du XVI&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; tr&#232;s moderne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les textes que nous lirons d'elle sont pris dans ses &#339;uvres traduites par Marcelle Auclair, aux &#233;ditions DDB. Dans V4,7 nous lisons :&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;&#171; Au d&#233;part, cet oncle dont j'ai dit qu'il habitait sur notre route, me donna un livre&#8230;Ce livre vise &#224; enseigner l'oraison de recueillement&#8230; Comme le Seigneur m'avait d&#233;j&#224; accord&#233; le don des larmes et que j'aimais la lecture, je me mis &#224; rechercher les moments de solitude , &#224; me confesser fr&#233;quemment, et &#224; m'engager dans cette voie, avec ce livre pour ma&#238;tre. Car je n'ai pas trouv&#233; de ma&#238;tre, je pr&#233;cise de ma&#238;tre qui me comprenne, bien que j'en aie cherch&#233; pendant vingt ans &#224; partir de ce moment ; cela me fit grand tord et je revins souvent en arri&#232;re ; je fus m&#234;me en danger de me perdre enti&#232;rement alors qu'un ma&#238;tre aurait pu m'aider &#224; &#233;viter les occasions que j'eus d'offenser Dieu&#8230; Le Seigneur commen&#231;a &#224; tant me choyer dans cette voie qu'il me fit la gr&#226;ce de m'accorder l'oraison de qui&#233;tude, et je parvins m&#234;me quelquefois &#224; l'union, sans savoir en quoi consistaient l'une et l'autre, sans conna&#238;tre leur grand prix&#8230; Il est vrai que cette oraison d'union durait fort peu, &#224; peine, me semble-t-il le temps d'un Ave Maria ; mais ses effets en moi &#233;taient si grands bien que je n'eusse pas vingt ans &#224; cette &#233;poque, je croyais tenir le monde sous mes pieds&#8230; Je t&#226;chais autant que possible de vivre en gardant en moi la pr&#233;sence de J&#233;sus-Christ, notre Bien et Seigneur, et c'&#233;tait l&#224; mon mode d'oraison. &#187;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Th&#233;r&#232;se emploie plusieurs termes que l'on va reprendre. Elle parle tout d'abord de&lt;strong&gt; l'oraison de recueillement.&lt;/strong&gt; Il s'agit de se recueillir pour trouver Dieu car l'homme est cr&#233;&#233; &#224; l'image de Dieu et cette image, il la porte grav&#233;e au plus profond de son &#234;tre. C'est dans cet espace secret qu'il peut retrouver la racine de son existence qui est Dieu et c'est ce qui fait pour le chr&#233;tien la valeur infinie et sacr&#233;e de tout homme. C'est dans cet espace que l'homme peut retrouver l'acc&#232;s &#224; cette relation fondatrice, relation d&#233;truite mais restaur&#233;e par le bapt&#234;me.
St Augustin &#233;tait tr&#232;s lu &#224; l'&#233;poque, elle-m&#234;me, comme Jean de la Croix et d'autres ont parcouru le livre des Confessions. Dans ce livre Augustin nous partage son exp&#233;rience, sa conversion, son cheminement vers Dieu. Il &#233;crit Conf 27,38 :&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;&#171; Bien tard je t'ai aim&#233;e, &#244; beaut&#233; si ancienne, et si nouvelle, bien tard je t'ai aim&#233;e !
Et voici que tu &#233;tais au-dedans, et moi au-dehors et c'est l&#224; que je te cherchais, et sur la gr&#226;ce de ces choses que tu as faites, pauvre disgraci&#233;, je me ruais !
Tu &#233;tais avec moi et je n'&#233;tais pas avec toi ; elles me retenaient loin de toi, ces choses qui pourtant, si elles n'existaient pas en toi, n'existeraient pas !
Tu as appel&#233;, tu as cri&#233; et tu as bris&#233; ma surdit&#233; ;
tu as brill&#233;, tu as resplendi et tu as dissip&#233; ma c&#233;cit&#233; ;
tu as embaum&#233;, j'ai respir&#233; et haletant j'aspire &#224; toi ;
j'ai go&#251;t&#233;, et j'ai faim et j'ai soif ;
tu m'as touch&#233; et je me suis enflamm&#233; pour ta paix. &#187;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Augustin s'est ru&#233; dans son d&#233;sir de vivre et de go&#251;ter les choses de ce monde, mais il cherchait, comme beaucoup d'entre nous, mal. Puis une exp&#233;rience de Dieu &#224; l'intime de son &#234;tre lui a fait comprendre o&#249; il pouvait trouver sa joie :&lt;strong&gt; au fond de son c&#339;ur&lt;/strong&gt;. Dieu n'est pas si loin, si haut qu'il ne se laisse trouver parce qu'il habite en nous, au fond de ce que nous appelons le c&#339;ur. Mais comment le rejoindre ? Nous verrons cela la prochaine fois.
Lc 10,38 Marthe et Marie&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;C) Se recueillir&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Th&#233;r&#232;se cherchait un moyen pour &lt;strong&gt;s'ouvrir &#224; la pr&#233;sence de Dieu&lt;/strong&gt;, comme nous-m&#234;mes aussi peut-&#234;tre. Elle trouve un livre qui l'initie au recueillement, qui l'invite &#224; chercher Dieu en elle-m&#234;me, au plus profond d'elle-m&#234;me.
Il s'agit d'un passage, de passer de notre univers agit&#233;, sollicit&#233; par mille t&#226;ches vers un autre univers au fond de soi-m&#234;me comme nous le montrait l'&#233;vangile d'Emma&#252;s en St Luc au chapitre 24. L&#224; surgissent les premi&#232;res difficult&#233;s. Nous aurons l'occasion d'en parler lorsque nous lirons le livre des Demeures. D&#233;j&#224; cependant il nous faut &#234;tre attentifs &#224; cet aspect.
Il s'agit donc de se recueillir, c'est-&#224;-dire de r&#233;fl&#233;chir, de m&#233;diter avec le sens de rassembler, r&#233;unir. Nous avons &#224; rassembler notre esprit dispers&#233; par les mille sollicitations de nos journ&#233;es, par les fatigues ou les contrari&#233;t&#233;s multiples.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dit autrement,&lt;strong&gt; pour se recueillir, il faut apprendre &#224; se poser&lt;/strong&gt;, &#224; ne rien faire ne serait-ce que quelques instants, au travail, comme &#224; la maison ; prendre le temps d'arr&#234;ter toute agitation ext&#233;rieure ou mentale. Cet arr&#234;t des activit&#233;s permet de souffler, de prendre souffle. C'est de cela qu'il s'agit en fait au plus profond en jouant sur les mots.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes dans une p&#233;riode o&#249; l'espace et le temps se compriment. Il nous faut faire le plus de choses, le plus rapidement possible, au travail comme &#224; la maison et m&#234;me dans les loisirs. Nous pouvons faire ainsi quantit&#233; de choses, mais nous nous &#233;talons en largeur et ce que nous prenons dans l'espace nous le perdons au niveau du c&#339;ur. Cette agitation quotidienne si l'on n'y prend garde envahit toute notre vie. Il faut se d&#233;p&#234;cher pour faire les courses, se d&#233;p&#234;cher pour partir en vacances&#8230; Faut-il se d&#233;p&#234;cher de vivre ? Pos&#233; autrement, est-ce par ce moyen l&#224; que l'on remplira notre vie, que l'on vivra heureux ? Nous traversons d'immenses espaces mais vers o&#249; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous oublions qu'il y a un espace au fond de nous-m&#234;mes, nous oublions que nous avons un c&#339;ur et qu'il appelle. Nous manquons souvent de souffle, de profondeur parce que dans cette course au para&#238;tre nous crevons de soif. Le pire, c'est que nous cachons cela derri&#232;re les masques reluisants du faux-semblant, du para&#238;tre. Nous sommes souvent comparables &#224; de belles vitrines o&#249; tout est b&#226;ti sur du carton. Mais elle passe la figure de ce monde, n'est-ce pas ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous oublions qu'il y a dans nos vies un immense espace laiss&#233; en friche. Et s'il y a un mal &#234;tre dans la soci&#233;t&#233; actuelle, c'est &#224; ce niveau qu'il se trouve. Nous avons perdu cette relation fondamentale &#224; nous-m&#234;mes, nous avons perdu l'acc&#232;s &#224; notre propre c&#339;ur. Aussi se recueillir c'est permettre &#224; notre &#234;tre de retrouver cette dimension oubli&#233;e mais fondamentale de notre existence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes emport&#233;s sur la grande locomotive de notre vie, elle est lanc&#233;e, mais vers quels espaces ? Metro-boulot-t&#233;l&#233;-dodo est-ce bien de cela dont nous avons besoin ? N'y a-t-il pas une part de notre &#234;tre qui se r&#233;volte ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Se recueillir c'est peu &#224; peu mettre un frein &#224; cette locomotive, c'est se donner une sorte de respiration qui nous permet d'inspirer quelques go&#251;tes de cet Esprit Saint qui nous est donn&#233; et qui nous montre que l'on est aim&#233;, infiniment aim&#233;. Se recueillir, c'est faire une halte dans chaque journ&#233;e de notre vie, quelques instants ou plusieurs minutes, selon les possibilit&#233;s. C'est se donner la possibilit&#233; de prendre quelques instants de gratuit&#233; en accueillant le silence qui monte du c&#339;ur, sans peur. Car ce n'est pas le silence qui fait peur, mais notre c&#339;ur angoiss&#233;. Et c'est une fausse th&#233;rapie que de se livrer aux bruits et &#224; l'agitation pour fuir cette angoisse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je vous conseille &#224; ce sujet ce magnifique petit livre &#233;crit par Michel Hubaut, Les chemins du silence, collection &#8220;l'aventure spirituelle&#8220; DDB. Il commence par cette citation d'E. Rostand :&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;&#171; Le silence&#8230; c'est le plus grand plaisir,&lt;br class='manualbr' /&gt;le chant le plus parfait, la plus haute pri&#232;re&#8230;&lt;br class='manualbr' /&gt;Silence, ami profond qu'on &#233;coute se taire&#8230;&lt;br class='manualbr' /&gt;Arr&#234;t des boniments. Tr&#234;ve des &#233;loquences.&lt;br class='manualbr' /&gt;Evasion d'entre les paroles. Vacances.&lt;br class='manualbr' /&gt;D&#233;lassement d&#233;licieux. Cerveaux gu&#233;ri&lt;br class='manualbr' /&gt;de tous les coups dont il &#233;tait endolori&lt;br class='manualbr' /&gt;par tous les bruits que font les gens qu'on rencontre,&lt;br class='manualbr' /&gt;et qui ne cessent de parler pour ou contre&#8230; &#187;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le recueillement c'est la porte qui commence &#224; s'entrouvrir, c'est d&#233;j&#224;, mais de loin encore entendre la source qui ruisselle et qui rafra&#238;chit au fond du c&#339;ur.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;D) Un &#233;change entre Dieu et l'&#226;me&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Nous avons fait un grand pas pr&#233;c&#233;demment en d&#233;couvrant que Dieu &#233;tait au fond du c&#339;ur. C'est bien beau de savoir cela me direz-vous, mais comment aller &#224; la recherche de Dieu au fond de moi ? C'est pour r&#233;pondre &#224; cela que Th&#233;r&#232;se d'Avila parlait de se recueillir pour s'ouvrir &#224; cette pr&#233;sence de Dieu :&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;&#171; Au d&#233;part, cet oncle dont j'ai dit qu'il habitait sur notre route, me donna un livre&#8230; Ce livre vise &#224; enseigner l'oraison de recueillement. Le Seigneur commen&#231;a &#224; tant me choyer dans cette voie qu'il me fit la gr&#226;ce de m'accorder l'oraison de qui&#233;tude, et je parvins m&#234;me quelquefois &#224; l'union, sans savoir en quoi consistaient l'une et l'autre, sans conna&#238;tre leur grand prix&#8230; Il est vrai que cette oraison d'union durait fort peu, &#224; peine, me semble-t-il le temps d'un Ave Maria ; mais ses effets en moi &#233;taient si grands bien que je n'eusse pas vingt ans &#224; cette &#233;poque, je croyais tenir le monde sous mes pieds&#8230; &#187; V4&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Il s'agit d'un livre &#233;crit par le franciscain francisco de Osuna. Dans ce livre, le troisi&#232;me ab&#233;c&#233;daire, &#171; Osuna propose de chercher l'union &#224; Dieu dans la pri&#232;re par la voie du recueillement int&#233;rieur. Il conseillait simplement de faire silence en soi-m&#234;me, de se rendre &#8220;sourd, aveugle et muet&#8220;, de &#8220;vider l'entendement de toute pens&#233;e humaine du cr&#233;&#233; &#8220;en appliquant le principe &#8220;ne penser &#224; rien&#8220; pour pouvoir &#234;tre attentif &#224; Dieu. Il fallait fixer le regard sur Dieu seul et sa Divinit&#233;. D'autre part, on devait faire large place au &#8220;c&#339;ur&#8220;, c'est-&#224;-dire &#224; l'amour, ce qui &#233;tait bien dans la ligne franciscaine. &#187; (E. Renaud, la mani&#232;re d'oraison th&#233;r&#233;sienne, V.F).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si Th&#233;r&#232;se trouve l&#224; un chemin d'int&#233;riorit&#233; qui lui profite, d&#233;j&#224; elle nuance sa lecture. Le P. Emmanuel, religieux Carme, nous fait remarquer que : &#171; La premi&#232;re interpr&#233;tation erron&#233;e possible de l'enseignement d'Osuna venait du fait qu'on &#233;tait tent&#233; de faire en soi le &#8220;silence absolu&#8220; de fa&#231;on &#224; la fois pr&#233;matur&#233;e et par trop radicale, en supprimant toute activit&#233; de l'esprit (ce qui est appel&#233; ici l'entendement pour l'intelligence, la compr&#233;hension) avant que Dieu n'invite &#224; le faire. Osuna parle en plus de faire place au c&#339;ur.
Th&#233;r&#232;se pr&#233;cise aussit&#244;t :&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;&#171; Je t&#226;chais autant que possible de vivre en gardant en moi la pr&#233;sence de J&#233;sus-Christ, notre Bien et Seigneur, et c'&#233;tait l&#224; mon mode d'oraison. &#187;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Il ne suffit pas de faire le silence pour arriver &#224; cette forme d'oraison qu'elle appelle l'oraison de qui&#233;tude. Il ne faut pas confondre hygi&#232;ne mentale et vie de pri&#232;re. La vie spirituelle chr&#233;tienne ne tient pas en un silence des pens&#233;es que l'on obtiendrait par quelques techniques adapt&#233;es. La vie spirituelle chr&#233;tienne nous place d'embl&#233;e dans &lt;strong&gt;une relation &#224; Dieu et au fr&#232;re&lt;/strong&gt;. Or la relation &#224; l'autre, quel que soit cet autre, n'est pas une question de technique. C'est une des ambigu&#239;t&#233;s de notre &#233;poque o&#249; la technique entre dans toutes les dimensions de notre vie. D&#233;form&#233; par notre &#233;ducation on croit ainsi qu'il suffit d'appuyer sur un bouton pour entrer en relation avec l'autre. Bien souvent on confond relation et communication. Je communique des informations &#224; quelqu'un d'autre, et j'ai &#224; ma disposition des techniques de communication. Bien s&#251;r je caricature, mais &#224; peine parfois&#8230;
Or la relation &#224; l'autre, &#224; Dieu, r&#233;siste &#224; cette forme d'&#233;change. Je peux arriver &#224; une forme de silence int&#233;rieur par des m&#233;thodes de relaxation ou des m&#233;thodes venant d'autres religions. Mais est-ce bien cela qui va nourrir mon c&#339;ur ? Car &#224; ce niveau de mon &#234;tre, c'est d'une relation dont j'ai besoin, c'est un espace dans lequel je peux me dire, et un espace dans lequel je peux recevoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C'est un &#233;change qui s'instaure entre Dieu et l'&#226;me. &lt;/strong&gt;C'est la m&#234;me chose dans nos vies. Lorsqu'on est avec un ami, que l'on a beaucoup &#233;chang&#233;, il y a un moment o&#249; l'on d&#233;sire se taire. Cet instant ne vient pas rompre la relation, mais bien au contraire permet de la prolonger, lui donne de la profondeur. Le silence est alors color&#233;, rempli d'une pr&#233;sence. C'est &#224; ce niveau l&#224; que nous emm&#232;ne la pri&#232;re et nous aurons l'occasion d'y revenir au cours de nos entretiens.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;E) Le recueillement&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Nous disions donc qu'il ne suffisait pas pour se recueillir de d&#233;sirer faire silence, que le silence en lui-m&#234;me ne faisait pas la pri&#232;re et qu'il n'&#233;tait pas une question de technique.
En fait &lt;strong&gt;le silence, pour le chr&#233;tien, est le fruit d'une relation&lt;/strong&gt;. Ce n'est pas un &#233;tat que l'on obtient &#224; coup de volont&#233;, mais c'est un don.
Mais nous sommes pour l'instant au d&#233;but de notre parcours et l'important, c'est de se mettre en chemin et de se donner des moyens pour se recueillir. Pour lors si l'on ne parle pas de techniques, il y a des m&#233;thodes. On pourrait presque dire qu'il y a autant de m&#233;thodes que d'individus. Pour adapter les m&#233;thodes &#224; sa personnalit&#233;, il est bon d'en conna&#238;tre les principes.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt; V4,9 &#171; Je crois maintenant que le Seigneur n'a pas voulu que je trouve quelqu'un pour me guider car il m'e&#251;t &#233;t&#233;, ce me semble, impossible de pers&#233;v&#233;rer pendant les dix-huit ann&#233;es que dur&#232;rent cette &#233;preuve et ces grandes s&#233;cheresses, &#224; cause de mon incapacit&#233; &#224; r&#233;fl&#233;chir. Pendant ces ann&#233;es l&#224;, si ce n'est apr&#232;s la communion, jamais je n'ai os&#233; commencer &#224; faire oraison sans un livre&#8230;Le livre y rem&#233;diait, il me tenait compagnie, ou, tel un bouclier, il recevait les coups fr&#233;quents de mes pens&#233;es. La s&#233;cheresse ne m'&#233;tait pas habituelle, sauf lorsque je n'avais pas de livre ; alors mon &#226;me se dissipait imm&#233;diatement ; tandis qu'avec la lecture, je recueillais bient&#244;t les pens&#233;es &#233;gar&#233;es et je menais mon &#226;me comme par flatterie. Souvent m&#234;me il me suffisait d'avoir un livre. Il est des fois o&#249; je lisais peu, des fois o&#249; je lisais beaucoup, selon la gr&#226;ce que le Seigneur me faisait. &#187;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Maintenant plus qu'&#224; l'&#233;poque de Th&#233;r&#232;se nous nous heurtons &#224; cette difficult&#233; qui est de passer du travail, de la vie familiale, de la vie sociale, de la vie scolaire des enfants&#8230; &#224; un temps disponible pour se recueillir. A cette difficult&#233; pour trouver du temps, s'ajoute celle de la fatigue. Et cette fatigue est une fatigue nerveuse. Elle n'est pas du m&#234;me ordre que celle que l'on peut sentir apr&#232;s une grande marche, un travail physique. Elle est plus encombrante. Le corps est l&#224; qui a enregistr&#233; les tensions de la journ&#233;e. D&#232;s lors il est difficile de se retrouver &#224; genoux ou dans une autre position pour prendre un instant de recueillement. Il y a une fatigue d'abord &#224; &#233;vacuer. Nous ne sommes pas de purs esprits et notre corps &#224; sa place. Les douleurs au dos, &#224; l'estomac, aux intestins sont souvent des signes d'alarme. Si on ne respecte pas cette dimension, t&#244;t ou tard il y aura le retour du b&#226;ton.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pri&#232;re lors du recueillement n'est pas un bout de temps que je prends, que j'isole dans ma journ&#233;e. Elle fait partie int&#233;grante de tout ce que j'ai v&#233;cu. Il ne suffit pas de tourner une page et de d&#233;cider qu'&#224; un moment donn&#233; je vais me recueillir. Ce n'est pas du travail &#224; la cha&#238;ne, mais&lt;strong&gt; c'est un espace que je prends dans la journ&#233;e pour puiser &#224; la vie qui est en moi&lt;/strong&gt;. C'est une ouverture &#224; une relation qui habite mon c&#339;ur. Cette ouverture prend un peu de temps, comme un apprivoisement. Notre corps y tient une place.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le recueillement tel que nous le propose Th&#233;r&#232;se emprunte les chemins de notre humanit&#233;. &lt;strong&gt;Il s'agit de trouver une nourriture pour notre intelligence dans laquelle l'affectivit&#233; est sollicit&#233;e&lt;/strong&gt;. Il s'agit simplement d'orienter nos facult&#233;s d'une autre fa&#231;on, de recueillir nos sens, notre intelligence en les unifiant. Il s'agit de passer des sens, de ce qu'on &#233;prouve par nos sens &#224; l'esprit, puis de l'esprit au c&#339;ur. Attention, ici quand on parle du c&#339;ur, ce n'est pas l'affectivit&#233;, les sentiments, mais c'est &lt;strong&gt;le centre profond de nous-m&#234;mes&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous recevons dans nos relations, dans nos activit&#233;s quotidiennes des informations, des images, des sensations. C'est notre intelligence, notre m&#233;moire, notre volont&#233; qui sont sollicit&#233;es ; nous sommes touch&#233;s, nourris, vivifi&#233;s par ces &#233;changes. Tout cela se fait par notre sensibilit&#233;, j'entends l&#224; l'activit&#233; de nos sens. Parfois lorsque nous sommes dans la nature l'&#233;merveillement du paysage, le chant d'un oiseau, le bruit d'une source, la saveur d'un fruit sauvage, une odeur, flattent nos sens. Les tensions se rel&#226;chent, quelque chose au fond de nous est touch&#233;, toute activit&#233; du mental s'arr&#234;te, une paix profonde se produit peu &#224; peu. Le recueillement, c'est cela. C'est ce&lt;strong&gt; l&#226;cher prise de notre mental &lt;/strong&gt; et c'est l'acc&#232;s &#224; une zone plus profonde de notre &#234;tre. La musique, la vue d'un tableau, un regard &#233;chang&#233;, un coin de ciel bleu, un peu de marche et mille autres occasions peuvent en &#234;tre la source, comme le pr&#233;liminaire.
Quelques mots de Th&#233;r&#232;se illustrent bien ce qui vient d'&#234;tre dit :&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt; V 9,5 &#171; Pour celles qui s'acheminent sur cette voie, un livre aide &#224; se recueillir promptement. Quant &#224; moi, il m'&#233;tait &#233;galement favorable de voir la campagne ou de l'eau, ou des fleurs. Ces choses &#233;voquaient pour moi le Cr&#233;ateur, je dis bien qu'elles m'&#233;veillaient, me recueillaient, me servaient de livre &#187;.
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;III - S'ouvrir &#224; la vie de l'&#226;me&lt;/h2&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;A) Le bruit des pens&#233;es&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Th&#233;r&#232;se nous partageait sa fa&#231;on de prier avec la nature, comment un livre pouvait l'aider &#224; recueillir sa pens&#233;e, la tourner vers le Seigneur. Nous avons vu que cette mani&#232;re de trouver une fa&#231;on d'apaiser les tensions de la journ&#233;e puis tout doucement, &#8220;comme par flatterie&#8220;, commencer &#224; orienter les pens&#233;es vers le Seigneur, c'&#233;tait le d&#233;but du recueillement.
Aujourd'hui Th&#233;r&#232;se nous avertit qu'il serait mal sain de commencer &#224; prier sans support pour l'esprit, sans qu'il ait un support pour entrer dans le recueillement :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; V4,7 &#171; Et bien que dans cette voie o&#249; il est impossible de mettre en &#339;uvre l'entendement on parvienne plus vite &#224; la contemplation, si on pers&#233;v&#232;re, elle est tr&#232;s difficile et tr&#232;s p&#233;nible ; car si la volont&#233; est inactive et si l'amour ne s'occupe pas d'un objet pr&#233;sent, l'&#226;me se trouve comme sans appui ni exercice, la solitude et la s&#233;cheresse lui causent une grande peine, et ses pens&#233;es lui livrent un tr&#232;s grand combat. &#187;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Pour se recueillir l'esprit a besoin d'avoir de quoi s'occuper sinon &#8220;les pens&#233;es lui livrent un tr&#232;s grand combat.&#8220; Vous avez pu en faire l'exp&#233;rience. il suffit de s'isoler, de s'asseoir, d'avoir un peu de calme, de fermer les yeux pour que les &#233;v&#233;nements de la journ&#233;e, ou de la semaine se pr&#233;sentent &#224; flots. L'imaginaire est roi et il a un grand empire sur nous dans les d&#233;buts de la vie d'oraison si bien qu'au bout de cinq minutes, d'un quart d'heure, on a la surprise d'avoir passer son temps &#224; tout, sauf &#224; la pri&#232;re. Il ne faut pas s'en &#233;tonner. Il s'engage chez l'&#226;me qui choisit de prendre un peu de temps pour l'oraison ce que je crois le plus terrible des combats, le combat contre soi-m&#234;me, le combat contre ses pens&#233;es.
J'aimerai ici vous faire r&#233;fl&#233;chir sur un des aspects de notre vie. Pouvez-vous faire attention au cours de la journ&#233;e o&#249; vont vos pens&#233;es, vers quels lieux elles vous emm&#232;nent, quelles sont celles qui vous accaparent, celles qui ne cessent de revenir. Pouvez-vous voir la part que la violence, les r&#234;ves, les fantasmes ou autres pens&#233;es prennent. Etes-vous conscients de l'&#233;nergie que cela prend ? Etes-vous conscients du temps que vous passez &#224; tourner en rond ? Ne croyez-vous pas que si vous pouviez calmer le jeu un peu fou de votre mental vous seriez plus en paix ?
Avec ces questions, j'aimerais vous aider &#224; prendre conscience d'un des enjeux de la pri&#232;re, celui de la paix de l'esprit. Bien s&#251;r la pri&#232;re ne s'arr&#234;te pas &#224; une th&#233;rapie mentale, elle nous m&#232;ne plus loin, vers la paix du c&#339;ur lorsqu'il s'ouvre &#224; la pr&#233;sence de Dieu.
J'aimerais aussi vous aider &#224; prendre conscience que de se lancer dans cette voie ne va pas de soi, surtout dans les d&#233;buts et Th&#233;r&#232;se y reviendra souvent. Et cependant cela ne vaut-il pas la peine de faire un peu d'effort pour calmer le flot imp&#233;tueux et souvent destructeur des pens&#233;es ?
Je parlais de la plus terrible des guerres, parce qu'il me semble que c'est la plus fondamentale. En effet comment pr&#233;tendrions-nous faire la paix dans le monde si nos pens&#233;es nous maintiennent dans une tension quasi permanente, s'il y a la guerre dans notre t&#234;te. La paix ne doit-elle pas commencer en nous-m&#234;mes ? Le silence dont nous parlions les fois pr&#233;c&#233;dentes ne peut venir qu'en s'engageant dans ce combat. Souvenons-nous de la parole surprenante de J&#233;sus en Mt 10:34 : &#171; Ne croyez pas que je sois venu apporter la paix sur la terre ; je ne suis pas venu apporter la paix, mais l'&#233;p&#233;e. &#187; Le m&#234;me J&#233;sus un peu plus loin demandera &#224; Pierre, qui a d&#251; comprendre cette parole litt&#233;ralement, de rengainer son &#233;p&#233;e : 26,51-52 &#171; Et voil&#224; qu'un des compagnons de J&#233;sus, portant la main &#224; son glaive, le d&#233;gaina, frappa le serviteur du Grand Pr&#234;tre et lui enleva l'oreille. Alors J&#233;sus lui dit : &#034; Rengaine ton glaive ; car tous ceux qui prennent le glaive p&#233;riront par le glaive. &#187; Vous comprenez bien alors que le combat vers lequel nous entra&#238;ne J&#233;sus est d'un autre ordre, qu'il est contre le mal dans le monde et d'abord en soi.
Ne soyons donc pas ni surpris, ni d&#233;stabilis&#233;s, mais &#233;coutons encore Th&#233;r&#232;se :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; V 8,4-5 : &#171; &#8230; qu'on comprenne le grand bienfait que Dieu procure &#224; l'&#226;me qu'il incline &#224; l'oraison, m&#234;me si elle n'y est pas aussi dispos&#233;e qu'il le faudrait ; enfin, si elle pers&#233;v&#232;re, malgr&#233; les p&#233;ch&#233;s, les tentations, et les mille occasions de chute que lui oppose le d&#233;mon, pourquoi je tiens pour certain que le Seigneur la conduira au port du salut, comme Il m'y a conduite moi-m&#234;me, &#224; ce qu'il me semble maintenant&#8230; malgr&#233; les erreurs commises, celui qui a commenc&#233; &#224; faire oraison ne doit pas y renoncer ; c'est le moyen pour lui de se gu&#233;rir ; sans l'oraison ce serait beaucoup plus difficile&#8230; Quant &#224; ceux qui n'ont pas encore commenc&#233;, pour l'amour du Seigneur, je les conjure de ne pas se priver d'un si grand bien. Il ne s'agit pas de craindre mais de d&#233;sirer&#8230; &#187;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;&#8220;Il ne s'agit pas de craindre mais de d&#233;sirer&#8220; trouver l'intimit&#233; avec le Seigneur et de se cacher avec lui loin des bruits de ce monde.
Paix et silence dans la pr&#233;sence aim&#233;e. La gu&#233;rison n'est pas loin. L'amour du fr&#232;re non plus !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;em class=&#034;spip&#034;&gt;2&lt;em class=&#034;spip&#034;&gt;B.	Ne pas craindre&lt;/em&gt;2&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lc 11,9 demandez cherchez frappez&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous retrouvons Th&#233;r&#232;se avec cette citation : V 8,5&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &#171; malgr&#233; les erreurs commises, celui qui a commenc&#233; &#224; faire oraison ne doit pas y renoncer ; c'est le moyen pour lui de se gu&#233;rir ; sans l'oraison, ce serait beaucoup plus difficile&#8230; Quant &#224; ceux qui n'ont pas encore commenc&#233;, pour l'amour du Seigneur, je les conjure de ne pas se priver d'un si grand bien. Il ne s'agit pas de craindre mais de d&#233;sirer&#8230; Si on pers&#233;v&#232;re, je mets mon esp&#233;rance en la mis&#233;ricorde de Dieu, puisque nul ne l'a pris pour ami sans qu'il l'ait r&#233;compens&#233; ; l'oraison mentale n'est rien d'autre, &#224; mon avis, qu'un commerce d'amiti&#233; o&#249; on s'entretient souvent et intimement avec Celui dont nous savons qu'il nous aime. &#187;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;La pri&#232;re chr&#233;tienne nous met en relation avec Dieu, avec un Dieu qu'il ne s'agit pas de craindre mais de d&#233;sirer, avec un Dieu dont nous savons qu'il nous aime, un Dieu avec qui nous pouvons converser intimement, dans l'Esprit. La pri&#232;re chr&#233;tienne nous place d'embl&#233;e dans cette relation trinitaire dans laquelle pour &#234;tre deux, il faut &#234;tre trois. Celui qui aime, l'&#234;tre aim&#233;, l'amour.
Quelques mots sont l&#226;ch&#233;s, une exp&#233;rience simple est partag&#233;e, mais en fait il y a tout un parcours &#224; faire pour chacun d'entre-nous, que nous soyons ou non avanc&#233;s dans l'oraison. Croire que Dieu nous aime ne va pas de soi. On peut l'avoir entendu, le savoir, mais quant &#224; laisser ce savoir descendre dans le c&#339;ur rien n'est moins &#233;vident.
En chacun de nous il y a des zones de l'affectivit&#233; qui ont &#233;t&#233; atteintes, bless&#233;es, de sorte que nous ne savons plus tr&#232;s bien ce que c'est que d'aimer, de se laisser aimer. Et ici aimer, c'est accueillir l'Esprit puis le partager.
On croit souvent qu'on aime quand on se donne, mais on oublie que l'amour est &#224; deux niveaux, on oublie qu'il s'agit aussi d'&#234;tre capable de recevoir. Or la vie spirituelle, par les confidences re&#231;ues, par ma propre exp&#233;rience, montre qu'une des deux dimensions de la relation d'amour, ou m&#234;me les deux, est alt&#233;r&#233;e, froiss&#233;e, pliss&#233;e.
On a peur parfois de se donner dans l'amour ou de se laisser aimer. On a peur parce qu'on n'a pas connu ce genre d'exp&#233;rience, ou que cela s'est sold&#233; par un &#233;chec, une trahison ou que sais-je. Du coup on n'a plus confiance en l'autre et l'on ne sait plus donner de l'affection ou en recevoir car l'amour rend vuln&#233;rable.
On peut croire qu'on aime, mais c'est parfois plus une fa&#231;on que l'on a de s'affirmer qu'une relation r&#233;ellement v&#233;cue. Il y a des fa&#231;ons d'aimer qui sont plus des fa&#231;ons de s'imposer au d&#233;triment de l'autre et qui ne font que l'&#233;touffer. Et tout cela bien s&#251;r avec les meilleurs intentions. Mais dans ces occasions, s'est-on demand&#233; si l'autre en face de nous existait ?
On peut aussi croire que l'on aime, mais en fait, on ne sait que recevoir, c'est la seule chose qui importe. Toute une strat&#233;gie a &#233;t&#233; mise en place pour attirer l'attention des autres, vient le temps de la solitude, et fatalement il viendra, et c'est le d&#233;sespoir. On retient en fait jalousement tout pour soi sans s'en rendre compte.
Les gammes sont infinies et dans ces multiples relations on se d&#233;bat souvent comme on peut sans bien savoir quel chemin prendre.
Or la relation &#224; Dieu sera teint&#233;e des m&#234;mes couleurs car on ne peut comprendre cette relation qu'&#224; partir de notre v&#233;cu, d'o&#249; les multiples images de Dieu que nous nous faisons.
Dieu pourra &#234;tre pris pour celui qui donne tout comme une m&#232;re g&#233;n&#233;reuse et infinie, ou bien il pourra &#234;tre pris pour celui qui capte tout. Rien d'&#233;tonnant alors que ce Dieu puisse faire peur. Et l'on aurait raison de craindre un tel Dieu et de le fuir.
La crainte vient d'autant s'amplifier, que si on ne sait pas se donner &#224; ce Dieu imaginaire, on risque fort d'&#234;tre pris d'un sentiment de culpabilit&#233; dont on aura du mal &#224; se sortir. C'est une prison qui risque de refermer ses portes sur nos consciences mal &#233;clair&#233;es tant que la r&#233;v&#233;lation de Dieu en J&#233;sus-Christ n'aura pas fait son chemin de lib&#233;ration dans nos c&#339;urs. Dieu n'est pas l&#224; pour nous manger, nous d&#233;truire. C'est un Dieu de vie. Et J&#233;sus dans l'Evangile viendra peu &#224; peu nous aider &#224; purifier ces repr&#233;sentations incompl&#232;tes ; &#224; passer de nos projections au Dieu vivant et vrai.
Tout cela la pri&#232;re nous le fait traverser car elle nous ajuste et nous fait exp&#233;rimenter cette relation trinitaire. Dans cette relation Dieu n'est pas exp&#233;riment&#233; comme un Dieu pour lui, mais un Dieu pour moi. Dans la vie d'oraison, il se peut produit des blocages qui sont en fait l'appel de Dieu &#224; un d&#233;passement de notre comportement, &#224; une conversion de notre relation. Le mode de relation de Dieu c'est le don et s'il y a souffrance c'est que nous avons tendance &#224; limiter ce don, &#224; le garder pour nous ou &#224; le refuser. Or ce qui est de l'ordre du don est gratuit. Toute la vie spirituelle vise &#224; m'inscrire dans cette dynamique. Alors si Dieu est pour moi, je puis &#234;tre &#224; lui ! Je suis invit&#233; &#224; entrer dans cet espace de gratuit&#233;. C'est cela l'oraison th&#233;r&#232;sienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;em class=&#034;spip&#034;&gt;2&lt;em class=&#034;spip&#034;&gt;C.	Oser accueillir la vie comme Zach&#233;e&lt;/em&gt;2&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette citation de Th&#233;r&#232;se de J&#233;sus que nous avons d&#233;j&#224; m&#233;dit&#233;e va nous entra&#238;ner un peu plus loin encore : V 8,5&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &#171; Si on pers&#233;v&#232;re, je mets mon esp&#233;rance en la mis&#233;ricorde de Dieu, puisque nul ne l'a pris pour ami sans qu'il l'ait r&#233;compens&#233; ; l'oraison mentale n'est rien d'autre, &#224; mon avis, qu'un commerce d'amiti&#233; o&#249; on s'entretient souvent et intimement avec Celui dont nous savons qu'il nous aime. &#187;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Th&#233;r&#232;se d'Avila va nous inviter &#224; lire l'Evangile pour approfondir ce qu'elle nous dit. Comme la pri&#232;re chr&#233;tienne nous invite &#224; la relation avec Dieu autant se poser la question fondamentale : qui est Dieu pour moi. Je crois qu'on ne se pose pas suffisamment cette question. Elle est essentielle cependant. Dieu se r&#233;v&#232;le en J&#233;sus-Christ, c'est une r&#233;v&#233;lation de l'amour de Dieu pour nous qui ne sera jamais achev&#233;e en profondeur. De la r&#233;ponse &#224; cette question d&#233;pendra notre relation avec Dieu dans la pri&#232;re. En effet je ne puis m'adresser &#224; lui de la m&#234;me fa&#231;on si je me consid&#232;re comme esclave, serviteur ou fils.
L'Evangile de Zach&#233;e en Luc 19 va nous aider sur cette route.
Zach&#233;e est l&#224; haut sur son arbre pour voir plus que pour &#234;tre vu, et J&#233;sus est en bas sur le chemin.
Or c'est J&#233;sus qui l&#232;ve les yeux et le regarde.
Que s'est-il pass&#233; dans ce jeu des regards ? Car maintenant tout bascule&#8230;. Moment de vision, de contemplation dans les regards &#233;chang&#233;s.
J&#233;sus va plus loin que Zach&#233;e ne l'aurait imaginer. Cela aurait pu se terminer par une simple rencontre si J&#233;sus ne prenant l'initiative ne lui demande de descendre et de l'inviter chez lui. Zach&#233;e n'en demandait pas tant !
Zach&#233;e homme de d&#233;sir, mais J&#233;sus ?.
Si Zach&#233;e voulait simplement voir qui &#233;tait J&#233;sus, J&#233;sus lui, d&#233;sire partager l'amiti&#233; avec cet homme. Mais voil&#224;, pour que la rencontre se fasse il faut &#234;tre sur le m&#234;me plan !
A Zach&#233;e qui monte pour voir, J&#233;sus dit de descendre. Il faut descendre pour voir, non seulement pour voir, mais pour accueillir J&#233;sus, chose que Zach&#233;e n'aurait jamais os&#233; demander ou imaginer.
Renversement de situation Zach&#233;e, pouss&#233; par son d&#233;sir, s'&#233;tait &#233;lev&#233;, et il lui est demand&#233; de descendre ; non seulement de descendre, mais d'accueillir J&#233;sus &#224; sa table, lui le collecteur d'imp&#244;ts.
Descendre, le verbe se charge de valeurs symboliques :
On passe alors de la sph&#232;re publique au domaine priv&#233;, de la vie publique &#224; l'intimit&#233; de la table et c'est une descente. Une descente du bruit de la foule vers le silence et l'intimit&#233; du c&#339;ur.
On passe de la vie en soci&#233;t&#233; avec toutes ses apparences (un tel c'est le pharmacien, une telle est m&#233;decin, un autre c'est le boulanger..) &#224; la sph&#232;re de la vie priv&#233;e, la o&#249; l'on quitte ses chaussures de ville pour prendre les pantoufles ; l&#224; o&#249; l'on d&#233;noue sa cravate qui serre trop la gorge ; l&#224; ou l'on vit tel qu'on en a envie, tel qu'on ose le faire, &#224; l'abri de tous les regards indiscrets. Et c'est une descente.
Et c'est l&#224; que J&#233;sus attend Zach&#233;e, non sur son arbre. Il l'attend l&#224; o&#249; il est r&#233;ellement, tel qu'il est. Il l'attend dans sa maison alors que Zach&#233;e n'a pas eu le temps de la pr&#233;parer (vite il descendit, vite il couru). C'est dans l'empressement que Zach&#233;e l'accueille et il l'accueille chez lui, telle qu'est la maison. C'est l&#224; que J&#233;sus vient le rencontrer, qu'il vient rencontrer tout homme, non dans son prestige, mais face &#224; face, en sa v&#233;rit&#233;.
Descendre, J&#233;sus vient nous rejoindre sur nos chemins d'humanit&#233; et nous le cherchons sur les hauteurs, nos propres hauteurs. Cette descente est une r&#233;v&#233;lation de Dieu qui se joue en J&#233;sus, non pas d'un Dieu imaginaire, mais de Dieu en sa r&#233;alit&#233;. Car en quelque sorte J&#233;sus descend dans la maison de Zach&#233;e.
Quel est alors l'enjeu de cette r&#233;v&#233;lation qui s'op&#232;re pour nous avec Zach&#233;e ?
C'est de passer de notre t&#234;te, de notre esprit &#224; notre c&#339;ur pour y d&#233;couvrir la joie.
Cette descente va lui permettre de rencontrer Dieu, mais c'est bien apr&#232;s avoir fait un chemin de v&#233;rit&#233; sur lui. Et ce qui lui a permis d'entrer sur ce chemin, c'est la rencontre du regard aimant de J&#233;sus. Le regard de Dieu a illumin&#233; son c&#339;ur et lui a montr&#233; en m&#234;me temps sa mis&#232;re. Non pas sa mis&#232;re toute nue, mais en m&#234;me temps l'amour de Dieu en son c&#339;ur, cet amour infini qui d&#233;borde de toute part, plus grand que toute mis&#232;re.
Alors pour lui c'est la joie. Il cherchait &#224; voir qui &#233;tait J&#233;sus, il a vu&#8230; Il a vu l'amour se presser sur son c&#339;ur et il a oser l'accueillir. C'est ce pas qu'il nous demande d'abord de faire : oser recevoir son regard et dans ce regard trouver la vie. Voil&#224; le chemin de l'oraison, de la rencontre de J&#233;sus dans l'intimit&#233; de notre c&#339;ur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;em class=&#034;spip&#034;&gt;2&lt;em class=&#034;spip&#034;&gt;D.	Croire en l'amour de Dieu&lt;/em&gt;2&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lc 7,36-47
Zach&#233;e dans St Luc 19 nous a montr&#233; comment &#234;tre t&#233;m&#233;raires : il a os&#233; descendre de son arbre pour accueillir J&#233;sus chez lui, dans son c&#339;ur. La t&#233;m&#233;rit&#233; ici c'est d'avoir os&#233; regarder J&#233;sus et en fin de compte de s'&#234;tre laiss&#233; regarder. Zach&#233;e c'est l'antih&#233;ros de nos bandes dessin&#233;es o&#249; le personnage principal cache sa fragilit&#233; sous des apparences d'invincibilit&#233; au prix d'une violence &#224; tout casser. Zach&#233;e lui, se laisse atteindre dans sa vuln&#233;rabilit&#233; et c'est ce qui lui a permis d'accueillir la vie. Il nous a montr&#233; ce que nous enseigne Th&#233;r&#232;se d'Avila V 8,5&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &#171; Il ne s'agit pas de craindre mais de d&#233;sirer. &#187;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Dieu n'est pas &#224; craindre, mais est offert &#224; notre qu&#234;te, &#224; notre d&#233;sir de vivre. Pour cela il vient chercher et sauver ce qui en nous est perdu.
Nous sommes des &#234;tres de d&#233;sirs, nous avons dans notre c&#339;ur quantit&#233; de capacit&#233;s enfouies, surtout nous avons une immense capacit&#233; &#224; aimer et &#224; &#234;tre aim&#233;s. Nous avons un d&#233;sir fou d'&#234;tre reconnus, compris. Le travail &#224; partir des contes revient &#224; la mode actuellement et qu'est-ce qu'un conte si ce n'est une forme d'expression qui aide &#224; remonter cette qu&#234;te que l'on a enfoui dans un recoin du c&#339;ur. Il ne s'agit pas l&#224; de faire de nous des supermen mais de nous aider &#224; retrouver ce que nous avons enfoui ou &#224; trouver ce qui nous habite et que nous n'avons pas d&#233;couvert. Il s'agit tout simplement de s'humaniser. L'Evangile est &#224; ce niveau et la pri&#232;re dans la rencontre de celui qui seul peut nous sauver de nous-m&#234;mes entre dans cette dynamique. Les &#233;checs de la vie, les relations qui n'ont pu aboutir ont pu provoquer un manque de confiance en nos capacit&#233;s et on les a mis en veille. Quelque chose en nous est perdu, cach&#233; &#224; notre propre regard. J&#233;sus nous dit, nous crie m&#234;me en diff&#233;rents endroits de l'Evangile, son d&#233;sir d'entrer en relation avec nous pour nous aider &#224; nous retrouver, &#224; faire de nous des hommes et des femmes debout.
Entrer dans cette dynamique de la pri&#232;re, c'est s'ouvrir &#224; une relation d'amour. On ne s'approche pas de Dieu en J&#233;sus parce qu'il le faut, parce qu'on nous a dit que cela faisait partie de la caisse &#224; outils du parfait chr&#233;tien. On vient &#224; J&#233;sus parce qu'on a fait une exp&#233;rience si minime soit-elle de l'amour de Dieu, ou parce qu'on souhaite la faire. On vient &#224; J&#233;sus parce que notre c&#339;ur nous y appelle, plus loin que tout raisonnement. Il y a &#224; la fois le d&#233;sir et la peur qui inhibe ce d&#233;sir, peur d'un Dieu imagin&#233; &#224; travers le filtre de notre inconscient. On demandait &#224; des enfants &#224; une r&#233;union de cat&#233;ch&#232;se pourquoi les ap&#244;tres emp&#234;chent les enfants d'approcher J&#233;sus ? L'une des r&#233;ponses &#233;tait : &#8220;Parce qu'il a des pouvoirs qui sortent de lui&#8220;. Il y a d'autres images encore qui nous paralysent et nous emp&#234;chent d'avancer comme celle-ci : &#8220;Dieu va tout me prendre et je vais me perdre !&#8220;. N'oublions pas le r&#233;cit tragique apr&#232;s la chute racont&#233;e en Gn 3. Dieu se prom&#232;ne dans le jardin &#224; la brise du soir, et Adam a peur et il se cache. L'Adam en chacun de nous a peur de Dieu parce qu'il a perdu toute relation avec Lui et qu'il s'est b&#226;ti de fausses images de son cr&#233;ateur.
Th&#233;r&#232;se nous le rappelle :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &#171; Si on pers&#233;v&#232;re, je mets mon esp&#233;rance en la mis&#233;ricorde de Dieu, puisque nul ne l'a pris pour ami sans qu'il l'ait r&#233;compens&#233; ; l'oraison mentale n'est rien d'autre, &#224; mon avis, qu'un commerce d'amiti&#233; o&#249; on s'entretient souvent et intimement avec Celui dont nous savons qu'il nous aime. &#187;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Elle nous invite &#224; faire de ce temps de la pri&#232;re un commerce d'amiti&#233;. Qu'est-ce qu'un commerce sinon un &#233;change. Elle nous dit que cet &#233;change doit &#234;tre fr&#233;quent et intime. C'est parce que les relations sont fr&#233;quentes que l'on apprend &#224; se conna&#238;tre, &#224; &#233;vacuer toute crainte ou peur. Le propos de la pri&#232;re, c'est de faire exp&#233;rimenter l'amour de Dieu pour nous, l'amour que Dieu verse dans nos c&#339;urs. &#171; Venez &#224; moi vous tous qui peinez et ployez sous le fardeau et moi je vous soulagerai &#187;
Venir &#224; J&#233;sus, c'est balayer toute peur, c'est oser venir &#224; lui avec notre poids de mal &#234;tre, de mis&#232;re, de blessure, de p&#233;ch&#233;. C'est oser dans cet &#233;tat se laisser rejoindre par le regard de J&#233;sus. C'est comprendre alors que Dieu nous aime tels que nous sommes, que l'on n'a pas &#224; attendre d'&#234;tre saints pour s'approcher de lui. Le seul saint, c'est Lui et c'est son amour en nous qui nous rendra saints, ce ne sont pas nos efforts, si louables soient-ils. Ils ne sont que saut de puce devant l'infini de l'amour de Dieu. Dieu passe sur notre chemin, il nous attend non du haut de sa toute puissance, mais sur nos sentiers de tous les jours, en bas, comme pour Zach&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&#171; Cette divine prison
De l'Amour avec lequel je vis
A fait mon Dieu captif
Et libre mon c&#339;ur
Et voir mon Dieu prisonnier
cause en moi une passion telle
Que je meure de ne pas mourir. &#187; Po&#233;sie 1&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;em class=&#034;spip&#034;&gt;2&lt;em class=&#034;spip&#034;&gt;E.	Laisser jaillir notre d&#233;sir&lt;/em&gt;2&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jn 4 Samaritaine&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La fois pr&#233;c&#233;dente je faisais remarquer que la dynamique de la pri&#232;re, &#233;tait de s'ouvrir &#224; une relation d'amour. On ne s'approche pas de Dieu en J&#233;sus parce qu'il le faut, parce qu'on nous a dit que cela faisait partie de la caisse &#224; outils du parfait chr&#233;tien. On vient &#224; J&#233;sus parce qu'on a fait une exp&#233;rience si minime soit-elle de l'amour de Dieu, ou parce qu'on souhaite la faire. Il y a un souhait, un d&#233;sir, une attente.&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; V 8,9 &#171; Comme il sera beaucoup parl&#233; de ces plaisirs que le Seigneur donne &#224; ceux qui pers&#233;v&#232;rent dans l'oraison, je n'en dis rien ici. Je dis seulement que l'oraison est la porte des si grandes faveurs qu'il m'a faites ; lorsqu'elle est ferm&#233;e, je ne sais comment Il peut les accorder ; car bien qu'il veuille venir se d&#233;lecter dans une &#226;me et la choyer, il n'en trouve pas l'acc&#232;s, alors qu'il la veut seule, limpide, et d&#233;sireuse de recevoir ses faveurs. Si nous lui opposons beaucoup d'obstacles sans rien faire pour les supprimer, comment viendra-t-il &#224; nous. &#187;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Vous entendez ? Dieu veut venir se d&#233;lecter dans notre c&#339;ur et le choyer ! Th&#233;r&#232;se de J&#233;sus n'invente rien, elle ne fait que reprendre l'Evangile de St Jean et l'actualiser.&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Jn 14:23 &#171; Si quelqu'un m'aime, il gardera ma parole, et mon P&#232;re l'aimera ; nous viendrons &#224; lui, et nous ferons notre demeure chez lui. &#187;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Est-ce que nous croyons que cette parole s'adresse &#224; nous, chacun d'entre-nous ? Ou bien ne pas r&#233;serve-t-on cela qu'&#224; ceux qu'on appelle des saints, comme un moyen trop rapide de ne pas se sentir concern&#233;s par cette parole. Ce sont des promesses qui parfois peuvent nous surprendre, nous d&#233;ranger. On les entend, mais on n'ose y croire et en m&#234;me temps si l'on &#233;coute bien son c&#339;ur on en cr&#232;ve de d&#233;sir. Mais, devant cette promesse on dit que c'est trop beau que cela n'est pas pour soi, et l'on va voir ailleurs ou alors on ne progresse pas dans cette intimit&#233; avec le Seigneur.
La toute premi&#232;re d&#233;marche est de croire en la promesse de Dieu puis oser d&#233;sirer recevoir ses faveurs. Nous en avons trop bri&#232;vement parl&#233; hier. Il nous faut oser d&#233;sirer, oser laisser monter les d&#233;sirs profonds qui nous habitent, ne pas en avoir peur.&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; V 30,19 : &#171; Oh ! que de fois, je me rappelle l'eau vive que le Seigneur donna &#224; la Samaritaine&#202;c'est pourquoi j'aime beaucoup cet Evangile. D&#233;j&#224;, quand j'&#233;tais enfant, je l'aimais beaucoup sans comprendre la valeur de ce bien, et je suppliais tr&#232;s souvent le Seigneur de me donner de cette eau&#8230; &#187;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Ces d&#233;sirs profonds sont parfois refoul&#233;s, masqu&#233;s par d'autre d&#233;sirs plus imm&#233;diats, mais notre c&#339;ur reste marqu&#233; par cet appel &#224; l'infini de sorte qu'il ne se satisfait jamais de ce qu'il a. Dans ce d&#233;sir inassouvi, il y a un appel du c&#339;ur vers Dieu et un cri de Dieu au fond du c&#339;ur. Ces diff&#233;rents appels sont souvent cach&#233;s, masqu&#233;s tant ils nous encombrent ou nous font peur. Regardons ce qui se passe avec la Samaritaine en Jn 4.
J&#233;sus, assis au bord d'un puits, se laisse approcher par une femme. Au cours d'un dialogue, il la rejoint dans ses occupations journali&#232;res. En fait, il va l'aider &#224; creuser le puits de son c&#339;ur pour y d&#233;gager l'eau vive qui y coule. Ce sont d'abord les d&#233;sirs quotidiens qui sont abord&#233;s, besoins mat&#233;riels, imp&#233;ratifs de la vie biologique. Puis peu &#224; peu J&#233;sus sondant le c&#339;ur de la Samaritaine lui fait prendre conscience qu'une autre soif la tenaille plus profonde et fondamentale, elle a soif d'&#234;tre aim&#233;e et demeure insatisfaite alors qu'elle a essay&#233; de la d&#233;salt&#233;rer aupr&#232;s de nombreux compagnons. De cette soif la Samaritaine passe &#224; la question du sens de la vie, de la qu&#234;te spirituelle et de la confusion dans laquelle elle est : &#8220;O&#249; faut-il adorer ?&#8220; Vous voyez que ces questions ne sont pas loin de celles que nous nous formulons. J&#233;sus est l&#224; qui nous aide &#224; faire le m&#234;me chemin. Il nous aide &#224; d&#233;gager des multiples d&#233;sirs qui nous assaillent, les plus fondamentaux. Alors n'ayons pas peur de les laisser venir, remonter, J&#233;sus ne nous laissera pas seuls. Il est l&#224; dans le temple de notre c&#339;ur et attend un peu d'attention de notre part et de la pers&#233;v&#233;rance. Aux &#226;mes qui sont tent&#233;es de se d&#233;courager Th&#233;r&#232;se dit C 19,2 :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &#171; Elles sont peut-&#234;tre &#224; moins de deux pas de la source d'eau vive, dont le Seigneur a dit &#224; la Samaritaine que celui qui en boira n'aura plus jamais soif. Que de raison et de v&#233;rit&#233; dans ces paroles, dites de la bouche de la V&#233;rit&#233; m&#234;me ! Il est vrai que l'&#226;me n'aura jamais la soif des choses de cette vie, mais elle grandit pour les choses de l'autre plus que la soif naturelle ne nous permet de l'imaginer. Quelle soif on a d'&#233;prouver cette soif ! L'&#226;me comprend son grand prix et pour p&#233;nible et &#233;puisante que soit cette soif, elle porte en soi la satisfaction qui l'apaise ; de sorte que cette soif n'&#233;touffe que les choses terrestres ; elle rassasie si bien que lorsque Dieu la satisfait, l'une des plus grandes faveurs qu'il puisse accorder &#224; l'&#226;me est de la laisser assoiff&#233;e, d'une soif qui ne fait que grandir chaque fois qu'elle boit de cette eau. &#187;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;IV.	Le chemin du c&#339;ur&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;em class=&#034;spip&#034;&gt;2&lt;em class=&#034;spip&#034;&gt;A.	Prendre un peu de temps&lt;/em&gt;2&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La toute premi&#232;re d&#233;marche de la vie d'oraison est d'oser accueillir les d&#233;sirs qui montent du c&#339;ur comme l'expression d'une qu&#234;te essentielle, nous nous y sommes arr&#234;t&#233;s la fois pr&#233;c&#233;dente. C'est ce d&#233;sir reconnu comme sien et comme possible &#224; vivre qui met en mouvement.&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; V 8,5 &#171; Si on pers&#233;v&#232;re, je mets mon esp&#233;rance en la mis&#233;ricorde de Dieu, puisque nul ne l'a pris pour ami sans qu'il l'ait r&#233;compens&#233; ; l'oraison mentale n'est rien d'autre, &#224; mon avis, qu'un commerce d'amiti&#233; o&#249; l'on s'entretient souvent et intimement avec Celui dont nous savons qu'il nous aime. &#187;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Nous n'avons pas encore fait le tour de tout ce que renferme cette d&#233;finition de Th&#233;r&#232;se. Je m'y arr&#234;te longuement avec vous tant cela est fondamental pour commencer et pers&#233;v&#233;rer dans la vie de pri&#232;re.
Le commerce d'amiti&#233; fr&#233;quent et intime suppose que l'on prenne du temps. Or le temps, notre temps, c'est un bien pr&#233;cieux parce que court. Les journ&#233;es sont courtes et trouver du temps, un peu de temps, c'est difficile. Sauf quand il y a un match de foot &#224; la t&#233;l&#233;, sauf quand il s'agit d'acheter un ordinateur, sauf quand&#8230; Je ne continue pas la liste. Ce que je voudrais faire sentir par l&#224;, c'est que tout ce que nous entreprenons ou faisons est une question de motivations. Vous pourriez m'objecter que ce qui peut faire la difficult&#233; de la vie d'oraison, c'est que justement l'urgence est quotidienne et que trouver un temps r&#233;gulier chaque jour cela n'est pas &#233;vident. Je voudrais cependant vous r&#233;pondre en t&#233;moignant que la pri&#232;re est d'une urgence capitale dans une p&#233;riode o&#249; tout semble se disloquer et que prendre du temps pour recoller les morceaux, pour se pacifier, s'unifier, ce n'est pas perdre son temps.&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &#171; Venez &#224; moi vous tous qui peinez et ployez sous le fardeau et je vous soulagerai. &#187; dit J&#233;sus.
Mais avant de se donner, Dieu demande un peu d'effort de notre part et de la pers&#233;v&#233;rance.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; V 8,9 &#171; Comme il sera beaucoup parl&#233; de ces plaisirs que le Seigneur donne &#224; ceux qui pers&#233;v&#232;rent dans l'oraison, je n'en dis rien ici. Je dis seulement que l'oraison est la porte des si grandes faveurs qu'il m'a faites ; lorsqu'elle est ferm&#233;e, je ne sais comment Il peut les accorder ; car bien qu'il veuille venir se d&#233;lecter dans une &#226;me et la choyer, il n'en trouve pas l'acc&#232;s, alors qu'il la veut seule, limpide, et d&#233;sireuse de recevoir ses faveurs. Si nous lui opposons beaucoup d'obstacles sans rien faire pour les supprimer, comment viendra-t-il &#224; nous ? Et nous voulons que Dieu nous fasse de grandes faveurs ! &#187;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Dit autrement quel choix de vie voulez-vous faire ? Comment voulez-vous employer votre temps ? Car le choix de la pri&#232;re revient &#224; cela&#8230;
Th&#233;r&#232;se semble nous demander alors un gros sacrifice, celui de prendre du temps, un peu de temps. Au d&#233;but c'est difficile, c'est vrai ; puis quand on a pu trouver un rythme, cela devient plus facile. Lorsque les activit&#233;s le permettent, trouver un temps r&#233;gulier, &#224; la m&#234;me heure dans le m&#234;me lieu, c'est une grande force. Notre organisme a besoin de rythme.&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Mt 6,6 &#171; Mais quand tu pries, entre dans ta chambre, ferme ta porte, et prie ton P&#232;re qui est l&#224; dans le lieu secret ; et ton P&#232;re, qui voit dans le secret, te le rendra. &#187; Voyez comment Th&#233;r&#232;se dit sous d'autres mots ce que nous enseigne J&#233;sus. J&#233;sus dit d'entrer dans sa chambre, de fermer la porte aux bruits du monde, aux pr&#233;occupations. Th&#233;r&#232;se nous dit que Dieu veut l'&#226;me &#8220;seule, limpide et d&#233;sireuse de recevoir ses faveurs.&#8220;
Il y a un pr&#233;ambule important qui peut nous aider &#224; passer de notre journ&#233;e agit&#233;e &#224; un calme propice au recueillement, c'est essayer de se d&#233;tendre. C'est une premi&#232;re fa&#231;on d'entrer dans la chambre dont nous parle J&#233;sus. Car vous le comprenez bien sous les images, J&#233;sus nous indique avant tout un cheminement du c&#339;ur. Le m&#234;me qu'&#224; fait Zach&#233;e et Luc 19. Il est pass&#233; du bruit de la place publique, &#224; sa maison pour accueillir J&#233;sus dans son intimit&#233;. Comme Zach&#233;e nous sommes invit&#233;s &#224; passer du bruit de la ville, de notre mental, &#224; la paix de la maison. La d&#233;tente, la relaxation, le jeu avec les enfants peuvent nous mettre sur cette route, nous pr&#233;parer &#224; cette intimit&#233;. Attention, il suffira que vous preniez un peu de temps gratuit pour que mille t&#226;ches urgentes vous assaillent l'esprit. Mais l'urgence est-elle r&#233;elle ? Il y aura donc &#224; s'exercer &#224; une forme de l&#226;cher prise. D'autant que l'avenir du monde n'est peut-&#234;tre pas en jeu !&#8230;&lt;/li&gt;&lt;li&gt; C 23,2 &#171; Les brefs instants que nous nous d&#233;cidons &#224; lui accorder sur le temps que nous gaspillons &#224; nous occuper de nous et de gens qui ne nous en seront nullement reconnaissants, donnons-les-lui d'un esprit libre et d&#233;gag&#233; de tout le reste, et la ferme d&#233;cision de ne jamais les lui reprendre, malgr&#233; les peines que cela peut nous causer, les difficult&#233;s, les s&#233;cheresses&#8230; &#187;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Le temps d'isolement peut tr&#232;s bien &#234;tre v&#233;cu dans le m&#233;tro, m&#234;me si les conditions ne sont pas id&#233;ales. On est tr&#232;s isol&#233; dans le m&#233;tro. Les m&#232;tres carr&#233;s sont parfois tr&#232;s chers et il faut batailler pour gagner sa place, mais on est tr&#232;s seul, tr&#232;s isol&#233;&#8230; et puisque la pri&#232;re nous invite &#224; nous isoler autant en profiter. Mais c'est pour trouver une pr&#233;sence. Zach&#233;e aussi &#233;tait seul, isol&#233;. Il est sur la place publique, J&#233;sus passe, il ne peut le voir &#224; cause de la foule et de sa petite taille. Personne ne fait attention &#224; lui, sinon J&#233;sus. J&#233;sus en s'invitant chez lui le fait passer de l'isolement &#224; la solitude de sa maison. Cette solitude avec J&#233;sus rayonne d'une pr&#233;sence, d'une rencontre, et tout change. &#171; Prie ton P&#232;re qui est l&#224; dans le lieu secret ; et ton P&#232;re, qui voit dans le secret, te le rendra. &#187; nous dit J&#233;sus. Alors nous pourrons sourire &#224; ceux qui nous entourent et faire du m&#233;tro un lieu de vie&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;em class=&#034;spip&#034;&gt;2&lt;em class=&#034;spip&#034;&gt;B.	Un exercice du c&#339;ur&lt;/em&gt;2&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous nous sommes arr&#234;t&#233;s hier &#224; cette phrase de J&#233;sus en Mt 6 &#171; prie ton P&#232;re qui est l&#224; dans le lieu secret ; et ton P&#232;re, qui voit dans le secret, te le rendra. &#187; Nous avons donc pris un peu de temps, nous avons pu nous isoler. J'ouvre une petite parenth&#232;se : est-ce n&#233;cessaire de laisser le t&#233;l&#233;phone sonner et d'y r&#233;pondre, ne pouvez-vous pas le d&#233;brancher quelques minutes ou mettre le r&#233;pondeur ? Peut-&#234;tre n'y a-t-il rien d'urgent ? Parce que si vous le laissez fonctionner, c'est justement &#224; ce moment l&#224; qu'il va sonner&#8230;
Donc tout est pr&#234;t, vous avez un peu de temps, alors surtout soyez simples avec le Seigneur, ne soyez pas tributaires des convenances. Il est important que le corps ne soit pas une g&#234;ne ou qu'il g&#234;ne le moins possible. Alors, si &#234;tre allong&#233;s sur la moquette, dans le lit, assis sur un petit banc ou en train de marcher, cela n'a d'importance que si vous &#234;tes &#224; l'aise, le plus possible du moins car je pense aux malades &#224; l'h&#244;pital. Dieu ne fait pas fi des situations pourvu qu'on lui r&#233;serve un peu de son temps et de son c&#339;ur.
Il s'agit maintenant de s'adresser &#224; Dieu et les ap&#244;tres demandent &#224; J&#233;sus comment prier. Celui-ci leur enseigne la pri&#232;re du Notre P&#232;re. Il y a certes plusieurs mani&#232;re de se recueillir et Th&#233;r&#232;se elle-m&#234;me est libre par rapport &#224; cela, elle en utilisera plusieurs selon les circonstances. Cependant, elle s'arr&#234;te longuement sur la pri&#232;re du Notre P&#232;re dans le Chemin de la Perfection &#224; partir du ch 27. Avant de nous aider &#224; m&#233;diter sur cette pri&#232;re, elle &#233;crit en pr&#233;liminaires au C22,1,3, et c'est &#224; ce niveau que je vous convie :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &#171; il est bon de consid&#233;rer &#224; qui vous parlez et qui vous &#234;tes&#8230; &#187; &#171; Qui peut dire que nous avons tort de commencer par nous demander &#224; qui nous allons parler et qui lui parle, afin de savoir quel titre nous allons lui donner ? &#187;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; C 22,4 : &#171; L'humilit&#233; de ce Roi est telle que si en personne grossi&#232;re je ne sais lui parler, cela ne l'emp&#234;che pas de m'&#233;couter, il ne m'emp&#234;che pas de l'approcher, ses gardes ne me chassent point ; les anges qui sont l&#224; connaissent bien le caract&#232;re de leur Roi, qui pr&#233;f&#232;re la grossi&#232;ret&#233; d'un humble petit berger dont il voit qu'il en dirait plus s'il en savait plus, aux &#233;l&#233;gants raisonnements de grands savants et doctes hommes, s'ils ne sont pas accompagn&#233;s d'humilit&#233;. Mais ce n'est pas parce qu'il est bon que nous devons &#234;tre discourtois. &#187;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Et Th&#233;r&#232;se entend par discourtois, ceux qui font une chose et pensent &#224; une autre. Elle propose comme cl&#233; de lecture C 22,8&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &#171; Mais ne parle pas &#224; Dieu en pensant &#224; autre chose, ce serait ne point comprendre ce que c'est que l'oraison&#8230; &#187;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt; Et et elle ajoute car ce serait ne point comprendre qui l'on s'adresse.&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; C 24,2 &#171; car il ne faut pas qu'on puisse dire de nous que nous parlons sans comprendre de que nous disons, sauf s'il nous semble suffisant de suivre une habitude, en nous contentant de prononcer les mots, et que cela suffise&#8230; Ce que je voudrais que nous fassions, c'est ne point nous en contenter ; car quand je dis Credo, il me semble juste de comprendre et de savoir ce que je crois, et quand je dis Notre P&#232;re, l'amour consistera &#224; comprendre qui est ce P&#232;re, et qui est le ma&#238;tre qui nous a enseign&#233; cette pri&#232;re. &#187;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Pour Th&#233;r&#232;se, l'exercice de l'oraison est un exercice du c&#339;ur non un exercice de l'intelligence. Ce que l'on dit doit descendre dans le c&#339;ur ou provenir du c&#339;ur. Attention : Th&#233;r&#232;se ne se situe pas au niveau de l'&#233;motion quand il s'agit d'aimer Dieu. Elle ne dit pas non plus que l'intelligence ne sert &#224; rien. Mais elle dit qu'il est capital pour entrer dans la pri&#232;re d'oraison de s'exercer &#224; l'amour, de consid&#233;rer celui &#224; qui on s'adresse non pas seulement de mots, ni d'intelligence, mais avec amour. Pour cela, l'exercice de la connaissance de Dieu est fondamental.
En plus de la Bible, il y a sur le march&#233; d'excellents livres qui nous aident &#224; mieux comprendre qui est Dieu comme celui de Jean-No&#234;l Besan&#231;on dont le titre provocateur dit bien ce dont il s'agit : &#8220;Dieu n'est pas bizarre&#8220;, &#233;d. Bayard/Centurion. Ce pourrait &#234;tre un bon livre pour commencer votre oraison. Il ne s'agit pas l&#224; de lire un roman, mais de laisser la lecture impr&#233;gner notre c&#339;ur, le nourrir.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&#171; Cette divine prison
De l'Amour avec lequel je vis
a fait mon Dieu captif
et libre mon c&#339;ur ;
Et voir mon Dieu prisonnier
Cause en moi une passion telle
Que je meure de ne pas mourir. &#187;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;em class=&#034;spip&#034;&gt;2&lt;em class=&#034;spip&#034;&gt;C.	De la t&#234;te au c&#339;ur&lt;/em&gt;2&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Th&#233;r&#232;se nous invitait &#224; nous exercer &#224; l'amour par nos lectures, nos m&#233;ditations. Elle nous invitait &#224; consid&#233;rer qui &#233;tait celui &#224; qui nous adressions. Elle faisait remarquer que la connaissance intellectuelle n'&#233;tait pas suffisante, mais qu'il s'agissait d'&#233;veiller notre c&#339;ur par une meilleure connaissance de Dieu.
Un jour la gr&#226;ce peut passer plus fort, Dieu semble r&#233;pondre d'une mani&#232;re significative &#224; nos efforts et peut se servir des moindres &#233;v&#233;nements, joie, souffrance, regard crois&#233;&#8230; Ce fut le cas pour Th&#233;r&#232;se &#224; la vue d'une statue du Christ, une statue qu'elle avait pu maintes et maintes fois contempler. Cette fois-ci, son c&#339;ur fut touch&#233; et la vue de cette statue lui inspira une grande d&#233;votion. Depuis son mode d'oraison a pris une intensit&#233; nouvelle :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; V 9,3 &#171; Comme je ne pouvais discourir avec l'entendement, mon mode d'oraison &#233;tait de t&#226;cher de me repr&#233;senter le Christ en moi, et je me trouvais mieux, ce me semble, de le rejoindre l&#224; o&#249; je le voyais le plus solitaire. Il me semble que lorsqu'il &#233;tait seul et afflig&#233; comme un indigent, il devait me recevoir. J'avais souvent de ces simplicit&#233;s&#8230; &#187;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est plus la m&#233;ditation du Notre P&#232;re qui lui servait pour se recueillir, mais la contemplation du Christ. La vie de son Dieu souffrant d'amour pour elle excitait en retour sa d&#233;votion et une relation intime pouvait s'engager entre elle et Lui. Les m&#233;thodes d'oraison pr&#233;conis&#233;es &#224; son &#233;poque limitaient l'exercice de l'&#226;me &#224; la m&#233;ditation des myst&#232;res de la Passion du Christ sans chercher &#224; &#233;lever le c&#339;ur &#224; quoi que ce soit de divin. Dans les Relations 4, elle pr&#233;cise :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &#171; sans songer jamais &#224; quoi que ce soit de divin : elle ne consid&#233;rait que les cr&#233;atures ou les choses qui l'&#233;clairaient sur la bri&#232;vet&#233; de tout au monde. &#187;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Cette m&#233;ditation discursive lui apparaissait comme essentiellement un exercice de l'intelligence et croyait que toute l'affaire &#233;tait dans la pens&#233;e. Et certes il y a des personnes pour qui ce type de m&#233;ditation est quasi naturelle. Il y en a qui ont la capacit&#233; par la pens&#233;e d'&#233;chafauder quantit&#233; de sch&#233;mas et ce type de m&#233;ditation ne peut que renforcer leur temp&#233;rament sans les faire progresser dans la relation avec Dieu. Il faut faire un pas de plus pour s'ouvrir au recueillement, il faut que cela descende dans le c&#339;ur profond. Et souvent c'est &#224; ce niveau qu'il y a des blocages. On s'accroche &#224; l'exercice de l'intelligence et on n'ose pas aller plus loin.
Le chemin de la t&#234;te au c&#339;ur s'il est le plus court, n'est pas le plus simple pour beaucoup de personnes. Ce chemin va engager toute l'affectivit&#233;, va traverser des zones de notre &#234;tre bless&#233;es, va demander de l&#226;cher prise en engageant la confiance par l'exercice de la foi. Dans la vie d'oraison, toutes les zones de notre &#234;tre seront peu &#224; peu sollicit&#233;es. Cela pourra occasionner parfois des tensions, des moments o&#249; l'on se croira perdu, alors qu'il s'agira d'une conversion de notre &#234;tre en profondeur&#8230; Ne l'oublions pas, Th&#233;r&#232;se est rest&#233;e vingt ans assise entre deux chaises, si j'ose r&#233;sumer ce qu'elle en dit.
Ne pouvant se conformer totalement &#224; l'effort de pens&#233;e que cela imposait, apr&#232;s avoir longtemps pein&#233;, elle finira par prendre un peu de libert&#233; gr&#226;ce &#224; la lecture d'Osuna. Il lui permettra de prendre son essor en donnant une plus grande place &#224; la simplicit&#233; et &#224; l'amour.&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; 9,3 &#171; Comme je ne pouvais discourir avec l'entendement, mon mode d'oraison &#233;tait de t&#226;cher de me repr&#233;senter le Christ en moi &#187;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;vient-elle de nous dire.
Elle continue un peu plus loin :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; V 9,6 &#171; Je ne pouvais penser au Christ qu'en tant qu'homme ; c'est ainsi que jamais je ne pus me le repr&#233;senter int&#233;rieurement, malgr&#233; tout ce que je lisais sur sa beaut&#233; et les images que je regardais ; j'&#233;tais quelqu'un qui est aveugle, ou dans l'obscurit&#233;, qui bien qu'il parle avec une personne, sachant qu'il est avec elle, car il est certain qu'elle est l&#224;, ne la voit pourtant pas. C'est ce qui m'arrivait quand je pensais &#224; Notre-Seigneur. &#187; 9,5 &#171; pour en revenir &#224; ce que je disais du tourment que me causaient mes pens&#233;es, cette mani&#232;re de proc&#233;der sans discours de l'entendement a cette particularit&#233; que l'&#226;me doit &#234;tre tout enti&#232;re gagn&#233;e ou perdue ; je pr&#233;cise qu'elle doit avoir perdu la consid&#233;ration. Si elle fait faire des progr&#232;s, ils sont tr&#232;s grands, car l'&#226;me progresse dans l'amour. Mais nous n'en arrivons l&#224; qu'&#224; nos d&#233;pens, &#224; l'exception des personnes que le Seigneur veut amener rapidement &#224; l'oraison de qui&#233;tude&#8230; pour celles qui s'acheminent sur cette voie, un livre aide &#224; se recueillir promptement. Quant &#224; moi, il m'&#233;tait &#233;galement favorable de voir la campagne&#8230; Ces choses &#233;voquaient pour moi le Cr&#233;ateur, je dis bien qu'elles m'&#233;veillaient, me recueillaient, me servaient de livres. &#187;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Beaucoup de choses sont dites dans ces quelques lignes qu'il nous faudra reprendre et approfondir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;em class=&#034;spip&#034;&gt;2&lt;em class=&#034;spip&#034;&gt;D.	Le travail du c&#339;ur&lt;/em&gt;2&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;la foi Ep 3,14
Nous avons commenc&#233; &#224; parler de l'ouverture du c&#339;ur &#224; la pr&#233;sence de Dieu, passage de la m&#233;ditation de la vie du Christ &#224; l'exp&#233;rience du Christ en soi. Il s'agit non pas de la vision, mais du sentiment de sa pr&#233;sence de la m&#234;me mani&#232;re que l'on peut sentir la pr&#233;sence de quelqu'un &#224; c&#244;t&#233; de soi dans une pi&#232;ce sombre. On ne voit rien, mais on sait qu'il est l&#224;.
Nous touchons l&#224; une des exp&#233;riences de la vie de foi. Il y a comme un passage de la foi, de ce que je crois, &#224; une exp&#233;rimentation vivante et v&#233;cue de cette foi. Il y a comme une intensit&#233; dans le touch&#233; de Dieu que j'exp&#233;rimente dans la foi. C'est la m&#234;me foi, v&#233;cue avec une puret&#233; diff&#233;rente. La foi devient de plus en plus vive jusqu'&#224; devenir presque rencontre. Le Christ devient de plus en plus vivant parce que nous faisons l'exp&#233;rience plus intens&#233;ment. Cette exp&#233;rience l&#224;, c'est la foi qui est devenue vivante. C'est cela le passage de la t&#234;te au c&#339;ur. C'est ce passage qui est tout l'objet de la vie chr&#233;tienne parce qu'il n'est jamais achev&#233; sur cette terre. Bien au contraire, toute l'exp&#233;rience spirituelle va nous amener &#224; plonger dans cette dimension de la foi, dans une foi toujours plus pure, puisque l'objet de la foi, c'est Dieu lui-m&#234;me.
Dieu se donne en effet &#224; ma libert&#233; par l'acquiescement que je fais de sa pr&#233;sence. C'est le passage &#224; la foi. Dans la foi, Dieu se donne totalement. Or comme Dieu est infiniment pur, il faudra que la foi qui m'a &#233;t&#233; donn&#233;e se purifie et qu'elle puisse m'aider &#224; recevoir Dieu avec plus d'amplitude. Saint Jean de la Croix s'&#233;tend beaucoup sur ce sujet et on sent les traces d'une pol&#233;mique chez Th&#233;r&#232;se au paragraphe 6 de V 10. Elle y dit que la foi a besoin d'&#234;tre &#233;veill&#233;e et fortifi&#233;e par les faveurs de Dieu, et que peut &#234;tre certains n'ont besoin que de la v&#233;rit&#233; de la foi pour accomplir des &#339;uvres, mais que ce n'est pas son cas. Ce qui est une fa&#231;on de dire son d&#233;saccord.
Cette vie de foi va engager en fait tout mon &#234;tre. Qui dit foi, dit confiance, c'est la m&#234;me racine, se fier &#224;. Et l'on comprend bien d&#232;s &#224; pr&#233;sent ce dont je parlais pr&#233;c&#233;demment &#224; propos des passages plus ou moins difficiles dans la vie d'oraison. En effet vivre la confiance ne va pas de soi quand justement certaines exp&#233;riences n&#233;gatives de la vie m'ont montr&#233; qu'il fallait se m&#233;fier de l'autre. Je prends cet exemple, mais de multiples autres possibilit&#233;s existent et viennent baliser le parcours du croyant et le transformer parfois en saut d'obstacles. Beaucoup d'exp&#233;riences qui n'ont pu se faire, qui se sont termin&#233;es par un &#233;chec viennent alt&#233;rer le poids de confiance que je peux faire &#224; l'autre. On peut imaginer cela par l'&#233;pisode de la temp&#234;te apais&#233;e en St Mt 14,28-31 :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &#171; Pierre lui r&#233;pondit : Seigneur, si c'est toi, ordonne que j'aille vers toi sur les eaux. Et il dit : Viens ! Pierre sortit de la barque, et marcha sur les eaux, pour aller vers J&#233;sus. Mais, voyant que le vent &#233;tait fort, il eut peur ; et, comme il commen&#231;ait &#224; enfoncer, il s'&#233;cria : Seigneur, sauve-moi ! Aussit&#244;t J&#233;sus &#233;tendit la main, le saisit, et lui dit : Homme de peu de foi, pourquoi as-tu dout&#233; ? &#187;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Il y a bien des occasions de notre vie o&#249; comme Pierre nous exp&#233;rimentons la fragilit&#233; de notre foi. Elle n'est pas &#224; changer, mais &#224; purifier. C'est ce qui arrive &#224; Pierre au cours de son &#233;preuve. Il passe peu &#224; peu de soi, de ses h&#233;sitations humaines &#224; Dieu.
Je viens de parler un peu de la foi, mais on pourrait aborder des choses semblables &#224; propos de l'esp&#233;rance ou de la charit&#233;. A ce niveau de la relation &#224; l'autre et &#224; Dieu tout se tient.
S'engager dans la vie d'oraison, c'est se placer sous cette lumi&#232;re du Christ et se laisser transformer peu &#224; peu par elle. Quand elle entre, elle fait jaillir la lumi&#232;re et en m&#234;me temps fait appara&#238;tre certaines zones d'ombre. Il n'y a pas &#224; s'&#233;tonner de cela. Mais cela met en valeur toute l'importance de l'oraison et fait comprendre qu'elle est un combat contre soi-m&#234;me, contre le monde, contre le d&#233;mon. Th&#233;r&#232;se dira dans les premiers chapitres du livre de la Vie combien sont fort les ennemis et combien l'&#226;me doit se d&#233;terminer &#224; prendre du temps pour l'oraison, quoi qu'il en co&#251;te. C'est d'autant plus n&#233;cessaire que l'enjeu est de taille : s'ouvrir &#224; la pr&#233;sence du Seigneur de l'univers en soi. Sur ce chemin Th&#233;r&#232;se nous encourage tant qu'elle peut. Si elle nous montre les difficult&#233;s, c'est pour que nous n'en soyons pas &#233;tonn&#233;s. Il y a une &#233;nergie en elle qui est communicative.&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; V 8,4-5 : &#171; Si j'ai longuement &#233;crit cela c'est &#8230; pour qu'on comprenne le grand bienfait que Dieu procure &#224; l'&#226;me qu'il incline &#224; l'oraison, m&#234;me si elle n'est pas aussi dispos&#233;e qu'il le faudrait, enfin si elle pers&#233;v&#232;re, malgr&#233; les p&#233;ch&#233;s et les tentations, et les milles occasions de chute que lui oppose le d&#233;mon, pourquoi je tiens pour certain que le Seigneur la conduira au port du salut, comme il m'y a conduite moi-m&#234;me. &#187; &#171; malgr&#233; les erreurs commises, celui qui a commenc&#233; &#224; faire oraison ne doit pas y renoncer ; c'est le moyen le plus s&#251;r pour lui de se gu&#233;rir ; sans l'oraison ce serait beaucoup plus difficile. Si le d&#233;mon lui sugg&#232;re la tentation de renoncer par humilit&#233; comme il l'a fait pour moi, qu'il ne c&#232;de point ; qu'il croit que Dieu ne peut faillir &#224; sa parole. &#187;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Mais peut-&#234;tre Th&#233;r&#232;se fait-elle ici une trop large part au d&#233;mon, &#224; ce principe du mal qui nous habite. Il me semble que nous y avons largement notre propre part, que les blessures de notre c&#339;ur, de notre esprit, sont autant de portes largement ouvertes &#224; son action. Et ces portes nous avons parfois un malin plaisir &#224; les maintenir grandement ouvertes. Dit autrement nous avons notre propre part de responsabilit&#233; au mal qui habite notre c&#339;ur et celui du monde. C'est un long chemin que celui de l&#226;cher tous les replis personnels et de s'ouvrir &#224; la confiance &#224; Dieu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;em class=&#034;spip&#034;&gt;2&lt;em class=&#034;spip&#034;&gt;E.	De l'humilit&#233;&lt;/em&gt;2&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1D2,8
Nous avons commenc&#233; &#224; r&#233;fl&#233;chir sur l'oraison comme lieu d'un travail, comme lieu de l'int&#233;gration de notre affectivit&#233; profonde, lieu de la relation &#224; Dieu. Cela exige une remise de soi &#224; Dieu dans la foi. Il faut donc peu &#224; peu se quitter, passer de l'autonomie revendicatrice &#224; l'acceptation de la relation comme n&#233;cessaire &#224; mon &#233;panouissement. C'est une forme de l'humilit&#233; et c'est chemin pour acc&#233;der &#224; mon affectivit&#233; profonde, reli&#233;e &#224; Dieu. Dans le livre de la Vie que nous parcourons pas &#224; pas et qui nous a fait d&#233;j&#224; bien chemin&#233;, elle aborde ce th&#232;me d'une fa&#231;on originale.
Souvent quand on entend le mot humilit&#233;, nous entendons le mot humiliation, vexation. Ce n'est pas tout &#224; fait la m&#234;me chose. Un c&#339;ur humble pourra traverser des humiliations sans dommages. Comme le roseau, il ploie sous le vent. Le ch&#234;ne lui se fracture et parfois casse. Le sujet est vaste, mais ici Th&#233;r&#232;se nous en avertit tout de suite :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; V 10,4 &#171; Car on confond avec l'humilit&#233; le fait de ne pas reconna&#238;tre les dons du Seigneur. Comprenons bien, bien, ce qui en est : nous n'avons nullement m&#233;rit&#233; ces dons de Dieu, remercions-en sa Majest&#233;, car si nous ne reconnaissons pas ce que nous avons re&#231;u, nous ne sommes pas incit&#233;s &#224; aimer. C'est chose certaine que plus nous nous trouvons riches, tout en sachant que nous sommes pauvres, plus nous progressons, en particulier dans la v&#233;ritable humilit&#233;. Autrement, l'&#226;me intimid&#233;e se croit incapable de grandes choses, et si le Seigneur commence &#224; lui accorder ses biens, elle s'en effraie, par peur de la vaine gloire. &#187;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Que nous dit Th&#233;r&#232;se, sinon : &#8220;avance au large, d&#233;ploie tes voiles, laisse le vent te porter au loin, tu as besoin de lui ; alors s'il souffle utilise-le et go&#251;te l'ivresse du voyage en rendant gr&#226;ce pour tout bien re&#231;u.&#8220;
Vous voyez peut-&#234;tre depuis que nous sommes ensemble combien la vie spirituelle se tient et que nous ne nous sommes pas trop attard&#233;s en tournant autour de cette d&#233;finition que Th&#233;r&#232;se fait de l'oraison au chapitre 8 :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &#171; un commerce d'amiti&#233; fr&#233;quent et intime avec Celui dont on sait qu'il nous aime. &#187;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;C'est parfois alors que nous percevons l'amour de Dieu, que nous percevons cette relation comme fondamentale, que vient comme en contre point cette r&#233;action : &#8220;et apr&#232;s, qu'est-ce qu'il va me demander ?&#8220;. Bien souvent ne dit-on pas un peu frileusement : &#8220;soit pour qu'il m'aime mais pas de trop pr&#232;s !&#8220; sous-entendu, &#8220;je n'ai pas envie de souffrir et la croix qu'il me propose, qu'il la donne &#224; d'autres !&#8220; Sur une douce lumi&#232;re qui commen&#231;ait &#224; s'&#233;veiller dans notre c&#339;ur, un sombre nuage surgit qui avale tout et emp&#234;che toute progression. Comme si Dieu voulait nous faire souffrir ! Nous n'avons pas besoin de lui pour cela. Ouvrez avec un autre regard les journaux&#8230; Nous poussons m&#234;me la perversion jusqu'&#224; aller tuer au nom de Dieu.
Or Dieu se propose &#224; notre c&#339;ur pour y d&#233;verser sa tendresse et il va jusqu'&#224; en mourir sur la Croix. Il meurt de notre indiff&#233;rence, de notre peur de recevoir de l'amour, en l&#226;chant nos peurs et nos violences. Car, pour ne pas oser accueillir le don de Dieu nous restons enferm&#233;s avec notre violence et nos peurs.
Il y a plusieurs fa&#231;ons de se donner dans l'amour. La premi&#232;re chronologiquement, dans notre relation aux hommes, je pense ici au b&#233;b&#233;, et dans notre relation &#224; Dieu, c'est de recevoir l'amour. Recevoir de l'amour, c'est permettre &#224; l'autre d'exister en notre c&#339;ur. C'est lui permettre ainsi d'exister dans la vie. A condition bien s&#251;r que cet amour que l'autre veut nous donner ne soit pas une mainmise sur notre libert&#233;, qu'il ne soit pas senti comme &#233;touffant. Or tel n'est pas le projet de Dieu sur nous qui respecte infiniment notre libert&#233;.
Accepter l'amour de l'autre, c'est recevoir de sa richesse et ne pas se prendre pour le centre du monde. Denis Vasse dans son livre &#8220;l'autre du d&#233;sir et le Dieu de la foi &#187; , au Seuil, le dit bien : &#171; L'homme pr&#233;tend produire l'amour qui le fait vivre et en &#234;tre le ma&#238;tre comme si le tr&#233;sor de la rencontre pouvait s'acqu&#233;rir par son travail&#8230; &#187;
Il y a en nous un orgueil fondamental qui fait que nous avons difficilement acc&#232;s &#224; la source de toute vie, puisque nous pr&#233;tendons nous suffire &#224; nous-m&#234;mes. Sans &#234;tre dans cet exc&#232;s, il y a quelque chose de cela qui peut nous handicaper dans la vie d'oraison et sous couvert d'humilit&#233; nous emp&#234;cher d'avancer. Car pour avancer nous avons besoin de force et o&#249; prendre cette force sinon dans l'amour que Dieu nous porte. Et comment accepter cet amour en nos c&#339;urs, si nous avons peur, aussit&#244;t re&#231;u, de le perdre. Humilit&#233; et foi, confiance.
V 10,6 &#171; Nous devons renouveler nos forces pour servir, et nous garder de l'ingratitude ; le Seigneur nous donne ses gr&#226;ces &#224; cette condition, et si nous n'usons pas bien de ce tr&#233;sor et de la haute situation dans laquelle il nous place, il les reprendra, et nous nous retrouverons beaucoup plus pauvres qu'avant&#8230; &#187;
N'est-ce pas une fa&#231;on de lire la parabole des Talents de l'Evangile ? Mt 25,14&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;V.	aimer&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;em class=&#034;spip&#034;&gt;2&lt;em class=&#034;spip&#034;&gt;A.	Les serviteurs de l'amour&lt;/em&gt;2&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mc 10,17
3&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; D par 5-7
Les fois pr&#233;c&#233;dentes, Th&#233;r&#232;se nous parlait de la foi et de l'humilit&#233;. Elle voit dans ces vertus le chemin qui nous permet d'accepter notre d&#233;pendance puis d'accueillir avec simplicit&#233; les gr&#226;ces du Seigneur. Nous poursuivons la lecture de Th&#233;r&#232;se et nous allons voir encore une fois la justesse de son jugement et comment en fait, elle continue de parler de l'humilit&#233; sous une autre forme, ce qui va encore nous ouvrir &#224; de grands espaces.&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; V 11,1 &#171; Je vais donc parler maintenant de ceux qui commencent &#224; &#234;tre les serviteurs de l'amour ; nous ne sommes rien d'autre, ce me semble, lorsque nous d&#233;cidons de suivre sur ce chemin de l'oraison celui qui nous a tant aim&#233; ; c'est l&#224; une si haute dignit&#233; que j'&#233;prouve &#224; y penser une joie extraordinaire, la peur servile s'&#233;limine bient&#244;t, si nous nous comportons comme nous le devons dans ce premier &#233;tat. &#187;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Il va nous falloir peu &#224; peu lire tout ce paragraphe tant la pens&#233;e est serr&#233;e. Voici donc une premi&#232;re partie que j'ai isol&#233;e. Th&#233;r&#232;se parle des serviteurs de l'amour. On pourrait croire qu'elle s'adresse uniquement &#224; ses religieuses, mais est-ce bien s&#251;r. Elle nous donne une premi&#232;re r&#233;ponse quand elle dit : &#171; nous ne sommes rien d'autre, ce me semble, lorsque nous d&#233;cidons de suivre sur ce chemin de l'oraison celui qui nous a tant aim&#233; &#187; et elle continue d'ouvrir la proposition au paragraphe 3 et 4. Donc tout le monde peut se sentir concern&#233;&#8230;
L'oraison est un chemin par lequel on peut suivre &#8220;celui qui nous a tant aim&#233;&#8220;. Il y a donc un compagnonnage, une intimit&#233; de relation qui se cr&#233;ent qui nous permettent de marcher sur ses pas. J'esp&#232;re avoir su vous partager au cours des entretiens pr&#233;c&#233;dents cet amour qu'a pour nous le Christ et que vous pouvez maintenant ajouter avec Th&#233;r&#232;se :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &#171; c'est l&#224; une si haute dignit&#233; que j'&#233;prouve &#224; y penser une joie extraordinaire, la peur servile s'&#233;limine bient&#244;t &#187;.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Il est certain que lorsqu'on aime on ne calcule pas, on fonce. Cependant Th&#233;r&#232;se ajoute :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &#171; si nous nous comportons comme nous le devons dans ce premier &#233;tat. &#187;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Qu'est-ce &#224; dire, sinon qu'il y a quelque chose qui ne va pas. Elle dit encore :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &#171; &#212; Seigneur de mon &#226;me, mon Bien ! Pourquoi n'avez-vous pas voulu que l'&#226;me qui d&#233;cide de vous aimer et s'efforce de tout quitter afin de mieux se vouer &#224; cet amour de Dieu ait imm&#233;diatement la jouissance de s'&#233;lever jusqu'&#224; cet amour parfait ? Je m'exprime mal. J'aurais d&#251; dire en g&#233;missant que c'est nous qui ne le voulons pas ; car c'est uniquement par notre faute que nous ne jouissons pas tout de suite d'une si haute dignit&#233; ; lorsqu'on arrive &#224; ressentir parfaitement ce v&#233;ritable amour de Dieu, il apporte avec lui tous les biens. Nous nous prisons si cher, nous sommes si lents &#224; nous donner totalement &#224; Dieu, que devant la volont&#233; de sa Majest&#233; de ne pas nous laisser jouir d'une chose si pr&#233;cieuse sans payer un grand prix, nous h&#233;sitons &#224; nous y disposer. &#187;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Dieu se donne donc, mais il attend de nous que nous fassions notre part du chemin. C'est l&#224; que les probl&#232;mes commencent. Nous sommes ali&#233;n&#233;s dans notre capacit&#233; de donner ou de recevoir et il y a mille lieux de notre &#234;tre qui sont pr&#233;textes &#224; replis sur soi, incapacit&#233; &#224; faire un pas de plus.
Il vous est peut-&#234;tre arriv&#233; de mettre votre main dans un cours d'eau. Comment vous y prendriez-vous pour capter le maximum d'eau ? Regardez, si vous fermez le point, il y a un peu d'eau qui reste ; mais plus vous le fermez, moins il en reste. Par contre plus vous ouvrez la main, plus vous pouvez capter d'eau, au risque de tout perdre ! Mais comme la main reste dans le cours d'eau, elle se remplit imm&#233;diatement&#8230; Deux remarques &#224; partir de cette image :
Pour que cela marche, il faut maintenir la main dans le courant. J&#233;sus nous appelle &#224; demeurer en son Amour, &#224; quitter notre petit moi pour s'ouvrir &#224; sa pr&#233;sence. Humilit&#233;.
Puis, il faut consentir &#224; ouvrir la main. Simplement consentir et c'est tout un travail. Pour que le sarment porte plus de fruits, il sera &#233;mond&#233;, nous dit St Jean. Foi.
Il en est ainsi de la vie spirituelle. On d&#233;cide souvent de tout donner, mais au bout d'un certain temps on s'aper&#231;oit que la main n'est pas tout &#224; fait ouverte. Il n'y a rien d'&#233;tonnant, la vie de foi n'est pas un concept intellectuel, mais une dynamique, J&#233;sus nous entra&#238;ne &#224; sa suite. Il s'agit de vivre Dieu, de recevoir Dieu en soi et c'est impliquant. Viens et suis-moi, cela se conjugue au pr&#233;sent et c'est quitter son confort et ne trouver son aise qu'en Dieu. Pour certains, ce sera d'&#234;tre aupr&#232;s des plus pauvres, pour d'autre ce sera la vie d'oraison. J'ai l'air ici d'opposer ici deux r&#233;alit&#233;s qui ne font que se compl&#233;ter en r&#233;alit&#233;. Les grands noms de la vie apostolique sont souvent ceux qui ont une forte vie d'oraison. De Jean Paul II &#224; m&#232;re T&#233;r&#233;sa, voyez, c'est le m&#234;me travail en fait qui se passe. La relation &#224; Dieu nous place face au tout autre, la relation au pauvre nous place en face de l'autre. C'est un m&#234;me myst&#232;re, et cela engage le m&#234;me travail int&#233;rieur de purification, de d&#233;tachement de soi pour s'ouvrir &#224; l'autre. Et ce travail de don et de d&#233;tachement de soi, un p&#232;re ou une m&#232;re de famille ne sont-ils pas amen&#233;s &#224; le vivre autant qu'un religieux ou qu'une religieuse ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;em class=&#034;spip&#034;&gt;2&lt;em class=&#034;spip&#034;&gt;B.	Il faut de la d&#233;termination&lt;/em&gt;2&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Th&#233;r&#232;se de J&#233;sus se demandait pourquoi une &#226;me qui apparemment se donne &#224; Dieu totalement n'a pas la jouissance de s'&#233;lever jusqu'&#224; cet amour parfait. Elle fait simplement remarquer que notre don n'est qu'apparent, et au chapitre 11, elle pense &#224; ses s&#339;urs en religion, elle dit qu'il ne suffit pas d'avoir fait des v&#339;ux, il faut les vivre. Or elle constate que l'&#226;me est si fragile qu'aussit&#244;t la premi&#232;re ferveur pass&#233;e, l'&#226;me r&#233;cup&#232;re peu &#224; peu tous ses biens. L'engagement religieux, comme la vie baptismale, ne sont pas des &#233;v&#233;nements qui se conjuguent au pass&#233;, mais au pr&#233;sent. C'est aujourd'hui que je suis baptis&#233;, que je vis mon engagement religieux.
Au paragraphe de V 11,2, elle ne fait pas de cadeaux et elle encha&#238;ne :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &#171; Nous d&#233;cidons d'&#234;tre pauvres, et c'est un grand m&#233;rite, mais nous sommes bient&#244;t repris par nos inqui&#233;tudes, &#224; nouveau nous faisons diligence pour ne point manquer non seulement du n&#233;cessaire, mais du superflu et acqu&#233;rir des amis qui nous le procurent ; nous nous mettons davantage en soucis, et, d'aventure, en danger, par crainte de manquer, que nous l'&#233;tions nagu&#232;re, lorsque nous poss&#233;dions des biens. Nous croyons aussi avoir renonc&#233; &#224; l'honneur en entrant au couvent, ou d&#233;but&#233; dans la vie spirituelle en recherchant la perfection, mais &#224; peine touche-t-on &#224; notre point d'honneur que nous oublions l'avoir d&#233;j&#224; remis &#224; Dieu&#8230; &#187;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Il est plus facile de parler des autres que de soi, non ? Mais que fait Th&#233;r&#232;se de J&#233;sus sinon contester notre fa&#231;on de vivre par trop narcissique.
Nous nous mettons en soucis pour avoir un appartement confortable, une belle auto. Tout s'organise autour de la prestance, et l'on se fait esclave d'une mode, plus que les ma&#238;tres et l'on finit par en perdre la paix. Ce n'est plus nous qui dominons le monde, c'est lui qui sournoisement empi&#232;te sur notre vie priv&#233;e et nous met &#224; genoux.
Comment d&#232;s lors pouvoir s'organiser dans ce monde pour en &#234;tre le ma&#238;tre, pour &#234;tre le ma&#238;tre de notre destin&#233;e ? Cela suppose une hygi&#232;ne, un choix de vie. On ne peut se complaire dans les soucis, dans l'angoisse et trouver la paix dans son c&#339;ur. Il faut le rappeler : le p&#233;ch&#233;, c'est une recherche de bonheur qui se trompe de direction. Le point de d&#233;part est bon, mais on se trompe de cible et l'on finit par se faire souffrir inutilement. Parce que le but fix&#233;, c'est bien le bonheur !&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; V 11,3 : &#171; Jolie fa&#231;on de chercher l'amour de Dieu ! Et nous voulons l'obtenir imm&#233;diatement, avoir, pour ainsi dire, les mains pleines. Nous voulons garder nos affections, puisque nous ne cherchons pas &#224; r&#233;aliser nos d&#233;sirs, et que nous ne parvenons pas &#224; les &#233;lever de terre et avec cela l'abondance des consolations spirituelles ; cela ne va pas, et je ne crois pas que ce soit compatible. C'est donc parce que nous n'arrivons pas &#224; tout donner &#224; la fois qu'on ne nous donne pas ce tr&#233;sor tout entier. &#187;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Cela, Christian Bobin, dans le Tr&#232;s Bas, le formule magnifiquement : &#171; Trois mots vous donnent la fi&#232;vre. Trois mots vous clouent au lit : changer de vie. Cela c'est le but. Il est clair, simple. Le chemin qui m&#232;ne au but, on ne le voit pas. La maladie, c'est l'absence de chemin, l'incertitude des voies. On n'est pas devant une question, on est &#224; l'int&#233;rieur. On est soi-m&#234;me la question. Un vie neuve, c'est ce que l'on voudrait mais la volont&#233;, faisant partie de la vie ancienne n'a aucune force. On est comme ces enfants qui tendent une bille dans leur main gauche et ne l&#226;chent prise qu'en s'&#233;tant assur&#233;s d'une monnaie d'&#233;change dans leur main droite : on voudrait bien d'une vie nouvelle, mais sans perdre la vie ancienne. &#187;
Ce n'est pas un appel &#224; tout vendre et &#224; aller sur une &#238;le d&#233;serte. Il ne suffit pas de se promener tout nu sur la plage, cela ne change pas le c&#339;ur. C'est la ferveur des commen&#231;ants &#224; qui tout para&#238;t possible. Vienne l'&#233;preuve du temps qui v&#233;rifie et partage l'ivraie du bon grain, l'imaginaire du r&#233;el : le d&#233;mon qui nous empoisonne est en fait dans notre c&#339;ur et il faut l'en faire sortir.
Ce que &#224; quoi nous invite Th&#233;r&#232;se de J&#233;sus c'est &#224; la conversion de l'Evangile, l&#224; o&#249; nous sommes, et d'abord dans ce combat de nous m&#234;mes contre nous m&#234;mes. Ce n'est pas l'autre qu'il s'agit d'abord de convertir pour se rassurer, mais soi. V 11,4 : &#171; Si le d&#233;butant s'efforce, avec la faveur de Dieu, d'atteindre au sommet de la perfection, je crois qu'il n'arrive jamais seul au ciel, mais qu'il y emm&#232;ne beaucoup de gens derri&#232;re lui. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&#171; Que rien ne te trouble
que rien ne t'effraie,
tout passe
Dieu ne change pas,
la patience obtient tout
Celui qui a Dieu ne manque de rien
Dieu seul suffit. &#187; P 9&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;em class=&#034;spip&#034;&gt;2&lt;em class=&#034;spip&#034;&gt;C.	Il arrache et plante&lt;/em&gt;2&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Th&#233;r&#232;se nous l'a fait comprendre plusieurs fois d&#233;j&#224; qu'on ne peut aimer Dieu et le monde, le monde dans ce qu'il a d'enfermant, d'&#233;troit, d'&#233;go&#239;sme, de mensonge&#8230; Elle nous a dit que l'oraison &#233;tait un chemin qui permettait de suivre celui qui nous a tant aim&#233; et qu'un commerce d'amiti&#233; allait tout doucement s'organiser, mais que cela ne se ferait pas sans de grandes difficult&#233;s, surtout au d&#233;but. Maintenant que nous dit-elle de plus ?&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; V 11,6 : &#171; Le d&#233;butant doit concevoir que le terrain o&#249; il entreprend de cultiver un verger o&#249; se d&#233;lectera le Seigneur est tr&#232;s ingrat, plein de mauvaises herbes. Sa majest&#233; arrache les mauvaises herbes et doit planter les bonnes. Sachons que cela est d&#233;j&#224; fait quand une &#226;me d&#233;cide de faire oraison et qu'elle a commenc&#233;. Avec l'aide de Dieu, nous devons t&#226;cher, en bons jardiniers, de faire pousser ces plantes, prendre soin de les arroser pour qu'elles ne meurent point, mais donnent un jour des fleurs dont se r&#233;jouira Notre-Seigneur. &#187;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;La tournure de la phrase est curieuse : &#171; Sa majest&#233; arrache les mauvaises herbes et doit planter les bonnes. Sachons que cela est d&#233;j&#224; fait quand une &#226;me d&#233;cide de faire oraison et qu'elle a commenc&#233;. &#187; L'&#226;me d&#233;cide donc de faire oraison et elle commence ; au dire de Th&#233;r&#232;se cela correspondrait en fait &#224; l'action du Seigneur en elle. Deux sujets diff&#233;rents pour une m&#234;me action, c'est assez difficilement compr&#233;hensible. Il faut savoir ou c'est l'&#226;me ou c'est le Seigneur ! Pour que l'articulation des deux phrases se tienne, il faut entendre que faire oraison ne peut correspondre qu'&#224; un appel du Seigneur, une action sp&#233;cifique de l'Esprit-Saint dans le c&#339;ur d'une personne. L'&#226;me se contente de coop&#233;rer &#224; cet appel lorsqu'il est entendu, car Dieu ne cesse d'appeler.
Cependant si tout le monde est appel&#233; &#224; la pri&#232;re, tout le monde n'est pas forc&#233;ment appel&#233; &#224; faire les deux heures d'oraison quotidiennes v&#233;cues au Carmel, tant chez les moniales que chez les religieux. C'est Dieu qui met au c&#339;ur ce d&#233;sir de le rencontrer, ce d&#233;sir de marcher avec lui, tout pr&#232;s de lui.&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; 1Co12,4-7 &#171; Il y a diversit&#233; de dons, mais le m&#234;me Esprit ; diversit&#233; de minist&#232;res, mais le m&#234;me Seigneur ; diversit&#233; d'op&#233;rations, mais le m&#234;me Dieu qui op&#232;re tout en tous. Or, &#224; chacun la manifestation de l'Esprit est donn&#233;e pour l'utilit&#233; commune. &#187;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;L&#224; encore il est bon de pr&#233;ciser que quelqu'un engag&#233; dans le monde peut se sentir appel&#233; &#224; cette qu&#234;te et qu'il ne pourra pas avoir deux heures, ni m&#234;me une heure de libre. Que fera-t-il alors ? J'aurais envie de pr&#233;ciser en la mati&#232;re, que la vie n'est pas faite que de comp&#233;titions &#224; gagner, en ce sens que le but de l'oraison n'est pas de faire tant de minutes d'affil&#233;e, chrono en main. On ne juge de la qualit&#233; de son oraison au temps pass&#233;, mais &#224; la paix re&#231;ue, mais &#224; la foi plus forte, mais &#224; la charit&#233; renouvel&#233;e. Ce serait autrement mal comprendre ce qu'est la pri&#232;re et donner trop de place &#224; l'esprit du monde. Dieu est amour et v&#233;rit&#233;, ce n'est pas en se faisant illusion qu'on progressera &#224; sa rencontre. Ce qui compte, c'est la qualit&#233; de la relation. Prendre par exemple dix fois cinq minutes au cours d'une journ&#233;e sera beaucoup plus profitable pour que le Seigneur grandisse dans le c&#339;ur que vouloir &#224; tout prix prendre une heure parce qu'on a vu les autres faire comme cela et qu'on veut en faire autant. La vie spirituelle n'est pas une question de mayonnaise, mais une question de c&#339;ur et c'est d'ailleurs l&#224; que le Seigneur nous attend.
La pratique de l'oraison apprendra en fait qu'il ne s'agit pas uniquement de r&#233;server un temps dans la journ&#233;e, de d&#233;couper sa journ&#233;e en rondelles de saucisson, bien s&#233;par&#233;es les unes des autres en se disant apr&#232;s que je suis quitte, que j'ai fait mon devoir, que j'ai r&#233;ussi &#224; caser toutes mes petites affaires, que j'ai r&#233;ussi &#224; tenir autant de temps. Dieu n'est pas l&#224; et il se jouera bien de nous si nous l'enfermons dans ce genre de petites bo&#238;tes. Encore une fois la vie de pri&#232;re n'est pas une question de techniques.
Vous constaterez aussi qu'il suffit de s'isoler quelques minutes pour que toute la journ&#233;e, ou plus, reflue dans la pens&#233;e : les tensions, comme les joies, les moments loup&#233;s comme ce qui a bien march&#233;. Tout revient p&#232;le-m&#234;le. Cela veut dire en fait que c'est toute ma journ&#233;e qui doit &#234;tre peu &#224; peu b&#226;tie, convertie, v&#233;cue plus en accord avec l'Evangile pour que je puisse le soir ou le matin me retrouver devant le Seigneur en paix. Dans cette ligne-l&#224;, il est bon d'isoler une ou deux choses seulement pour ne pas se perdre et &#224; partir de cette constatation de r&#233;p&#233;titions d'&#233;v&#233;nements mal v&#233;cus, on peut se poser de tr&#232;s bonnes questions sur la nature de nos failles. On peut faire les m&#234;mes constatations pour ce qui a &#233;t&#233; positif et qu'il faut savoir reconna&#238;tre&#8230;
Pourquoi l'enseignement sur la pri&#232;re en St Mt 5-7, se trouve-t-il au centre de ce qu'on appelle le Sermon sur la Montagne ?
C'est aussi toute la dynamique de prend Th&#233;r&#232;se de J&#233;sus lorsqu'elle r&#233;dige le Chemin de la Perfection. Elle nous dit qu'elle va parler de l'oraison, qu'elle se pr&#233;pare &#224; en parler, et en fait il faudra attendre la moiti&#233; du livre pour qu'elle commence &#224; en parler. Que fait-elle avant ? Elle prend le temps d'en placer les fondations qui sont l'amour du prochain, le d&#233;tachement du cr&#233;&#233;, la v&#233;ritable humilit&#233;. Tout un programme n'est-ce pas ?
Une petite pr&#233;cision, il ne faut pas attendre d'&#234;tre arriv&#233; pour se mettre en chemin, mais l'inverse, il faut oser se mettre en chemin pour arriver.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;em class=&#034;spip&#034;&gt;2&lt;em class=&#034;spip&#034;&gt;D.	Oraison et m&#233;rites&lt;/em&gt;2&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; V 11,6 &#171; Avec l'aide de Dieu, nous devons t&#226;cher, en bons jardiniers, de faire pousser ces plantes, prendre soin de les arroser pour qu'elles ne meurent point, mais donnent un jour des fleurs dont se r&#233;jouira Notre-Seigneur. &#187;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Pour Th&#233;r&#232;se arroser les plants que le Seigneur a mis dans le jardin c'est la part de l'oraison.
Il y a l'appel &#224; une vie d'oraison, une qu&#234;te de Dieu qui vient du fond de nous-m&#234;mes et il y a le principe de r&#233;alit&#233;, le choix de vie que je fais. Comment vais-je pouvoir r&#233;pondre aux appels du Seigneur dans ce choix de vie ? Car c'est bien &#224; moi de faire ce choix ! En ce qui concerne la vie d'oraison, est-ce que je vais pouvoir consacrer plusieurs fois cinq minutes, une demi-heure, plus ? Il y a en moi l'expression d'un d&#233;sir, il a le principe de r&#233;alit&#233;. Et souvent un conflit r&#233;sultera de ce processus, conflit qui orientera un choix de vie, un peu moins de temps ici un peu plus l&#224;, peut-&#234;tre m&#234;me jusqu'&#224; la question de la vie religieuse, pourquoi pas ?
Avec Th&#233;r&#232;se, nous poursuivons notre marche. Il s'agit d'arroser le jardin, mais alors comment pouvons-nous proc&#233;der ? Th&#233;r&#232;se nous en montre quatre, qu'elle assimile &#224; quatre degr&#233; d'oraison : V 11,7-8&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Tirer &#224; grand peine l'eau d'un puits ;&lt;/li&gt;&lt;li&gt; en tirer plus &#224; moindre peine avec une manivelle ;&lt;/li&gt;&lt;li&gt; amener directement l'eau d'une rivi&#232;re ou d'un ruisseau, ce qui arrose mieux car la terre se gorge mieux d'eau et on n'a pas besoin d'arroser si souvent ;&lt;/li&gt;&lt;li&gt; enfin laisser la pluie faire son travail sans que nous ne prenions aucune peine, c'est alors l'&#339;uvre du Seigneur lui-m&#234;me, et c'est de beaucoup pr&#233;f&#233;rable &#224; tout ce que j'ai dit.
Il est bon l&#224; encore de faire attention &#224; la pens&#233;e de Th&#233;r&#232;se et de lire le texte avec lenteur. En effet derri&#232;re la simplicit&#233; des images se cachent quelques v&#233;rit&#233;s. Il semblerait que l'on passe du labeur au laiss&#233; faire .
On s'aper&#231;oit que la vie spirituelle n'est pas une question de m&#233;rites. Elle n'est pas du donnant donnant et Th&#233;r&#232;se de Lisieux nous l'a bien montr&#233;. Elle est une question de don dans la gratuit&#233; et ce, depuis la cr&#233;ation de l'homme. Dieu est Vie, et la Vie de Dieu jaillit en Don, en fruits de l'Esprit. Dieu n'est pas castrateur, mais donateur de Vie.A nous de savoir &#234;tre attentifs aux dons qu'Il nous fait. C'est pourquoi, dans la vie d'oraison on peut s'&#234;tre &#233;vertu&#233;s &#224; &#8220;tirer &#224; grand peine l'eau d'un puit&#8220; pendant de longues ann&#233;es et on peut avoir, en m&#234;me temps, passer &#224; c&#244;t&#233; du don que Dieu veut nous faire de sa pr&#233;sence. On va souvent chercher midi &#224; quatorze heure. Th&#233;r&#232;se de J&#233;sus et Jean de la Croix nous aident &#224; vivre cette dimension de la pri&#232;re avec plus de simplicit&#233;, mais &#224; la condition d'une avanc&#233;e dans la vie th&#233;ologale plus ferme, c'est-&#224;-dire une foi, une esp&#233;rance, une charit&#233; plus vive. Dieu vient sonner &#224; notre porte &#224; toute heure et l'on peut &#224; la fois &#234;tres tr&#232;s occup&#233;s &#224; penser &#224; Lui et ne pas reconna&#238;tre que c'est Lui qui est en train de frapper. Il faut aller jusqu'&#224; laisser notre savoir sur Dieu pour conna&#238;tre Dieu. Dans ce monde un peu obscur parfois, les &#233;clats de lumi&#232;re, les clins d'&#339;il de la vie sont autant de rep&#232;res, d'encouragements pour qui sait les voir. Tout peut &#234;tre chemin vers la pri&#232;re.
Ici Th&#233;r&#232;se nous dit qu'on arrive &#224; tirer l'eau du puits, c'est-&#224;-dire avec une corde et un seau, mais &#224; grand peine et que c'est assez peu efficace en fait. Dit autrement, ce n'est pas parce qu'on fait des efforts, des prouesses spirituelles qu'on travaille bien, qu'on est plus pr&#232;s de Dieu, m&#234;me si ces efforts sont n&#233;cessaires au d&#233;but.
On pourrait m&#234;me aller jusqu'&#224; dire, en lisant pas &#224; pas, que moins l'&#226;me fait de travail, mieux elle se porte, plus elle laisse de place au Seigneur et le travail est mieux fait. Notez que Th&#233;r&#232;se ne dit pas de ne rien faire et d'attendre que les choses viennent, ce qui serait du qui&#233;tisme ou de l'insouciance.
Il y a une image dans la vie monastique qui court pour parler de la vie spirituelle, pour parler de celui qui chercher Dieu et n'arrive pas &#224; le trouver.
On compare la vie spirituelle &#224; un escalier qu'on va gravir. Les marches correspondent aux diff&#233;rentes phases de la vie asc&#233;tique, plus on les gravit plus on s'approche de la porte qu'il s'agit d'ouvrir, car derri&#232;re il y a Dieu. Ce travail est &#224; faire.
Alors &#233;videmment &#224; coup de volont&#233; on finit bien un jour par y arriver &#224; cette porte et avec la m&#234;me d&#233;termination que l'on a mise pour gravir les marches, on empoigne cette porte et on pousse. On pousse, jusqu'&#224; &#233;puisement. C'est un peu le combat de Jacob. Finalement &#224; bout de fatigue, on finit par l&#226;cher prise, descendre quelques marches, un peu d'humilit&#233; ne fait pas de mal, et s'asseoir, d&#233;courag&#233;. C'est alors que la porte s'ouvre ! Mais dans l'autre sens&#8230;
Il &#233;tait important qu'on gravisse les marches, que l'on essaye d'ouvrir la porte. Tout cela nous a enrichi sur la connaissance de nous-m&#234;mes, sur l'exercice des vertus, sur la connaissance de Dieu. Il faut du temps pour que nous puissions r&#233;colter les fruits de notre labeur et que nous nous disposions &#224; recevoir Dieu, gratuitement et que nous puissions commencer &#224; nous donner &#224; lui gratuitement. Il faut du temps pour construire une relation.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;&lt;em class=&#034;spip&#034;&gt;2&lt;em class=&#034;spip&#034;&gt;E.	Arroser le jardin&lt;/em&gt;2&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Th&#233;r&#232;se commence &#224; nous parler de quatre formes d'oraisons possibles. Elle prend la comparaison du jardinier voulant arroser son jardin. A l'introduction de ce V 11, elle &#233;crivait : &#171; Ce chapitre est tr&#232;s utile aux d&#233;butants et &#224; ceux qui ne go&#251;tent pas les saveurs de l'oraison. &#187; Puis elle constatait que c'est tout d'abord parce qu'on ne se donne pas totalement &#224; Dieu que Dieu ne se donne pas totalement &#224; nous. On voudrait recevoir sans trop prendre de risque en osant la confiance.
Suivent donc les quatre fa&#231;ons d'arroser. Ici, on peut pousser le raisonnement de Th&#233;r&#232;se comme suit : avec la premi&#232;re nous peinons beaucoup, mais au moins nous avons l'impression de faire quelque chose, de ne pas perdre notre temps. Nous avons vraiment l'impression de nous donner &#224; lui, mais cette impression est en fait subjective, bas&#233;e sur notre activit&#233;, non sur l'efficacit&#233; du travail. Avec les deux ou troisi&#232;me autres nous faisons de moins en moins, mais nous avons encore l'impression d'&#234;tre pour quelque chose &#224; l'arrosage du jardin. Nous avons soit tourn&#233; une manivelle, soit d&#233;tourn&#233; une partie du cours d'eau jusqu'au champ. On peut cependant le remarquer, le travail se fait d'autant plus efficacement que nous avons une part active moindre.
Avec la quatri&#232;me, nous attendons que tout vienne du ciel, aux deux sens du terme, d'en haut, de Dieu et surtout nous le laissons faire. Il faut s'&#234;tre en fait longuement exerc&#233;s dans la vie spirituelle pour incarner cela dans le quotidien. Quand le Seigneur agit tout reste rutilant de son passage. Que ce &#8220;rien faire&#8220; ne fasse pas illusion cependant. Relisez la vie de Th&#233;r&#232;se d'Avila, et vous verrez le nombre de fronts ou de chantiers &#224; traiter qui s'ouvraient en m&#234;me temps devant elle&#8230;
Ces quatre fa&#231;ons d'arroser que nous pr&#233;sente Th&#233;r&#232;se marquent des seuils dans la vie d'oraison, des passages. Il y a des moments de conversion internes &#224; la vie d'oraison qui permettent d'acc&#233;der &#224; des capacit&#233;s de go&#251;ter et de sentir Dieu diff&#233;remment. L'image que prend Th&#233;r&#232;se montre que cela correspond &#224; une pr&#233;sence de Dieu de plus en plus marqu&#233;e. Dieu se pr&#233;pare un nid en notre c&#339;ur, il respecte notre chemin et prend le temps.
Cependant, ces passages ne vont pas toujours de soi et l'&#226;me peut se sentir un peu d&#233;sorient&#233;e dans les d&#233;buts. Ses rep&#232;res changent, il lui est bon de faire moins et de laisser la place au Seigneur et parfois l'&#226;me se demande un peu o&#249; elle en est. Parce que ne croyez surtout que comme Th&#233;r&#232;se vous allez avoir des apparitions de Dieu avec une carte &#224; la main pour vous montrer o&#249; vous &#234;tes ou que vous verrez des ph&#233;nom&#232;nes surnaturels et que c'est l&#224;-dessus que vous allez vous appuyer pour avancer. On a tendance &#224; r&#233;duire Dieu &#224; nos fantasmes. Or Dieu est vivant et vrai : donc il r&#233;siste au mensonge. Si vous vous engagez avec de tels d&#233;sirs, vous encourez de gros risques et vous vous faites de belles illusions et cela n'a pas &#233;t&#233; le chemin de Th&#233;r&#232;se : V 11,13 :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &#171; Oui, l'amour de Dieu ne consiste pas dans les larmes, ni dans ces saveurs et tendresses que nous d&#233;sirons souvent pour notre consolation, mais c'est servir Dieu avec justice, force d'&#226;me et humilit&#233; &#187;.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;C'est uniquement par la foi, l'esp&#233;rance et la charit&#233; qu'ici bas on s'unit &#224; Dieu. Relisez l'&#233;p&#238;tre au Cor 12 et 13.
Or les passages d'un mode d'oraison &#224; un autre exigeront simplement une plus grande qualit&#233; de ma foi, de mon esp&#233;rance, de mon amour pour lui. C'est simple en soi et c'est l&#224; qu'il y a souvent toute la difficult&#233;. La progression dans l'union &#224; Dieu est l&#224;. Mais cette progression engage toute ma vie, tout mon &#234;tre parce que c'est une progression dans la relation &#224; l'autre, moyennant foi, esp&#233;rance et charit&#233;. D'o&#249; les h&#233;sitations, les moments de s&#233;cheresse, o&#249; l'on croit reculer alors qu'il n'en est peut-&#234;tre rien. S'engager dans la vie de foi fait parfois un peu peur quand on s'agrippe &#224; la logique humaine. L&#224; il s'agit de se laisser porter par le vent. Tout va bien tant que l'on est pr&#232;s de la c&#244;te, le fait de la voir bouger nous donne une vitesse relative du bateau. Mais quand peu &#224; peu elle s'&#233;loigne, les rep&#232;res s'estompent et il faut faire confiance au vent, lui remettre notre sort. Nous n'avons qu'un seul moyen de contr&#244;le pour savoir si nous progressons et Th&#233;r&#232;se le soulignera : l'amour du prochain.
Sur ce parcours, nous opposons de nombreux freins &#224; l'action du Seigneur. Il faut apprendre de lui le chemin de la confiance. Cela va &#224; l'encontre de notre soci&#233;t&#233; qui veut qu'on s'assure de tout, sur tout et qui demande des preuves. On s'assure pour la mort, pour sa carte bancaire, pour son chat&#8230; et trouve-t-on r&#233;ellement la paix ? Est-ce cela le rem&#232;de &#224; notre angoisse ? Ici, dans la vie d'oraison, il n'y a pas de compagnie d'assurance, il y a l'apprentissage de la confiance comme l'enfant quand il exerce ses premiers pas. Avancer, c'est aller de d&#233;s&#233;quilibre en d&#233;s&#233;quilibre, et c'est cela l'apprentissage de la foi, de la foi vive. C'est l&#224; que nous trouvons notre paix et notre r&#233;confort.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;VI.	Un chemin de foi&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;em class=&#034;spip&#034;&gt;2&lt;em class=&#034;spip&#034;&gt;A.	M&#233;diter&lt;/em&gt;2&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a plusieurs mani&#232;res d'&#234;tre dans la pri&#232;re d'oraison. Th&#233;r&#232;se dans son livre de la Vie, au chapitre 11, nous en a partag&#233; quatre : puiser l'eau d'un puits avec un seau, tirer l'eau avec une manivelle, d&#233;tourner un ruisseau, laisser la pluie faire son &#339;uvre. Cela correspond &#224; quatre &#233;tapes de la vie spirituelle. Mais qu'on ne confonde pas ces &#233;tats avec des seuils qui une fois franchis, sont d&#233;pass&#233;s pour toujours. Il ne faut pas confondre vie spirituelle et examen de passage pour obtenir des dipl&#244;mes successifs. Th&#233;r&#232;se y reviendra dans le Chemin de la Perfection. Ici, plus on approche de Dieu, plus l'humilit&#233; et grande. De sorte que la premi&#232;re fa&#231;on de faire oraison peut &#234;tre parfois pratiqu&#233;e par celui ou celle qui en est &#224; des &#233;tats plus &#233;lev&#233;s. Dans cette dimension de la vie spirituelle, l'&#226;me va et vient en toute libert&#233;, selon ses n&#233;cessit&#233;s.
Mais laissons la place &#224; Th&#233;r&#232;se qui va nous expliquer d'une fa&#231;on plus d&#233;taill&#233;e la premi&#232;re phase qui est la m&#233;ditation.
V 11,9 &#171; Nous pouvons dire de ceux qui commencent &#224; faire oraison qu'ils tirent l'eau du puits &#224; tr&#232;s grande peine, comme je l'ai dit, car ils ont du mal &#224; recueillir leurs sens ; habitu&#233;s &#224; l'&#233;parpillement, ils ont beaucoup de mal. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi une &#226;me qui ne prie pas est &#233;parpill&#233;e dans ses pens&#233;es, livr&#233;e &#224; toutes les agitations du moment qui vont et viennent et qui fatiguent sans apporter beaucoup de r&#233;confort. Nous n'avons pas forc&#233;ment conscience de cette agitation, sauf peut-&#234;tre par contrastes. Il peut en effet arriver dans certains lieux qu'un grand calme int&#233;rieur se fasse, une grande paix. Puis au bout de quelque temps les soucis, les angoisses, les mille sollicitations de la vie reprennent le dessus. Une exp&#233;rience de recueillement a &#233;t&#233; faite et a montr&#233; qu'une autre dimension pouvait exister. Dans le psaume 34 il y a un verset qui dit ceci : &#171; recherche la paix et poursuis l&#224;. &#187; Cet espace de respiration int&#233;rieure n'est pas imm&#233;diatement accessible et il faut se donner un peu de mal pour l'obtenir. Le psaume souligne qu'il faut la poursuivre comme on poursuit quelqu'un.
S'engager dans la vie d'oraison, c'est s'engager sur ce terrain de combat. Vous vous doutez qu'il risque d'&#234;tre rude, surtout dans les d&#233;buts. Lorsqu'on lance un objet &#224; une certaine vitesse, une balle, par exemple, pour la freiner, il faudra lui opposer une &#233;nergie contraire constante et cela produit de la chaleur. Qu'on songe &#224; un train que l'on veut freiner. C'est un peu la m&#234;me chose quand on d&#233;sire par la pri&#232;re orienter diff&#233;remment nos pens&#233;es. Il y a une r&#233;sistance tr&#232;s forte au d&#233;but pour passer du tintamarre int&#233;rieur &#224; une pens&#233;e plus unifi&#233;e. Les &#233;v&#233;nements de la journ&#233;e sont l&#224; qui nous habitent, les joies et les peines, les r&#233;ussites et les &#233;checs, les sc&#233;narios que l'on r&#233;p&#232;te mille fois pour r&#233;ussir quelque chose, ou pour r&#233;parer une erreur. Le mental est r&#233;ellement tr&#232;s encombr&#233;.
Faire oraison, c'est r&#233;ellement partir de cette situation l&#224; pour retrouver un peu d'espace, de calme. C'est r&#233;organiser tout ce monde int&#233;rieur grouillant pour en devenir plus le ma&#238;tre que le sujet ou l'esclave. Vous pensez peut-&#234;tre que je suis pessimiste. Essayez et vous verrez. Faire oraison, c'est commencer une r&#233;elle th&#233;rapie mentale. Il y aurait beaucoup &#224; r&#233;fl&#233;chir sur l'interaction de nos pens&#233;es et de notre sant&#233; mentale et physique.
Une autre image pour consid&#233;rer la vie de pri&#232;re, c'est l'assimiler &#224; un exercice auquel on n'est peu habitu&#233;, comme si un membre que l'on venait &#224; solliciter &#233;tait atrophi&#233;. Il faut alors le r&#233;&#233;duquer. Un muscle peut se r&#233;&#233;duquer, s'assouplir, retrouver, &#224; condition de le faire travailler avec patience et t&#233;nacit&#233;, une certaine souplesse. Il en est ainsi de notre &#226;me, elle n'a peut-&#234;tre jamais &#233;t&#233; sollicit&#233;e pour la pri&#232;re, et l'on voudrait tout &#224; coup lui demander ce qu'elle ne peut pour l'instant donner. Evidemment au bout d'un peu de temps, le d&#233;couragement arrive et l'on abandonne tout. Tout l'art de la pri&#232;re est celui d'un bon &#233;ducateur qui fait avancer sans violenter le corps, mais avec beaucoup de fermet&#233;.
Ce que l'on doit faire, Th&#233;r&#232;se le pr&#233;cise au m&#234;me paragraphe :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &#171; Il doivent s'accoutumer &#224; ne point se soucier de voir ni d'entendre, et &#224; le mettre en pratique aux heures d'oraison, &#224; demeurer dans la solitude et isol&#233;s, penser &#224; leur vie pass&#233;e&#8230; Il doivent chercher &#224; m&#233;diter sur la vie du Christ, et c'est une fatigue pour l'entendement. &#187;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Dit autrement Th&#233;r&#232;se propose de remplacer les bruits qui nous assaillent tout au long de la journ&#233;e, d'abord ext&#233;rieurs, puis surtout ceux des pens&#233;es, par d'autres bruits. Il s'agit par exemple de m&#233;diter sur notre vie, puis sur celle du Christ. Au bruit sauvage des pens&#233;es incontr&#244;l&#233;es, Th&#233;r&#232;se oppose, celui qu'apporte la m&#233;ditation. C'est la premi&#232;re phase du recueillement et elle est de notre ressort. Th&#233;r&#232;se ajoute :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &#171; Voil&#224; ce que nous pouvons acqu&#233;rir par nous-m&#234;mes, bien entendu, avec la faveur de Dieu. &#187; Elle dit bien qu'au d&#233;but, c'est une fatigue pour l'entendement, c'est-&#224;-dire l'intelligence.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;&lt;em class=&#034;spip&#034;&gt;2&lt;em class=&#034;spip&#034;&gt;B.	Un exercice de la pens&#233;e&lt;/em&gt;2&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous terminions notre entretien, hier, par cette citation de Th&#233;r&#232;se en V 11,9 :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &#171; Ils doivent s'accoutumer &#224; ne point se soucier de voir ni d'entendre, et &#224; le mettre en pratique aux heures d'oraison, &#224; demeurer dans la solitude et isol&#233;s, penser &#224; leur vie pass&#233;e&#8230; Ils doivent chercher &#224; m&#233;diter sur la vie du Christ, et c'est une fatigue pour l'entendement. &#187;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Th&#233;r&#232;se propose de passer des bruits ext&#233;rieurs &#224; une certaine solitude, puis des pens&#233;es vagabondes qui nous assaillent tout au long de la journ&#233;e &#224; une pens&#233;e plus unifi&#233;e, plus paisible. Il s'agit par exemple de m&#233;diter sur notre vie, puis sur celle du Christ. Au bruit sauvage des pens&#233;es incontr&#244;l&#233;es, Th&#233;r&#232;se oppose, celui qu'apporte la m&#233;ditation. A la venue incontr&#244;l&#233;e du flot des pens&#233;es, Th&#233;r&#232;se nous invite par la m&#233;ditation &#224; exercer une pens&#233;e libre et consciente. Et c'est &#224; ce niveau que se situent les principales difficult&#233;s. Mais, c'est la premi&#232;re phase du recueillement et elle est de notre ressort. Th&#233;r&#232;se ajoute :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &#171; Voil&#224; ce que nous pouvons acqu&#233;rir par nous-m&#234;mes, bien entendu avec la faveur de Dieu. &#187;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Elle dit bien qu'au d&#233;but, c'est une fatigue pour l'entendement, c'est-&#224;-dire l'intelligence.
C'est une fatigue parce que c'est une lutte, parce que c'est un exercice dont on n'a pas l'habitude, parce qu'il faut souvent se faire un peu violence pour y consacrer un peu de notre temps, parce que la fatigue est l&#224; qui parfois peut amener au d&#233;couragement.
Il est clair qu'avec ce petit tableau, il faut une motivation certaine, un appel du Seigneur, un d&#233;sir de le go&#251;ter, un c&#339;ur touch&#233; par le d&#233;sir de Dieu pour pourvoir s'engager sans y renoncer sur ce chemin. Ce n'est pas l&#224; une question de volontarisme, mais c'est le fruit d'une volont&#233; touch&#233;e, saisie par Dieu. Lorsque le c&#339;ur est touch&#233;, on trouve du temps pour s'organiser. Lorsque le c&#339;ur est touch&#233;, tout suit.
Le mot m&#233;ditation doit &#234;tre employ&#233; dans son sens &#233;tymologique (meditari) : donner ses soins &#224; quelque chose, s'exercer &#224;. C'est un exercice de la pens&#233;e pour r&#233;fl&#233;chir sur un point pr&#233;cis. Il n'y a rien de surnaturel dans cet acte. C'est simplement un exercice de l'intelligence, de la m&#233;moire, de la volont&#233;. Or tout homme poss&#232;de ces facult&#233;s, donc tout homme peut m&#233;diter. Ce qui diff&#233;rencie l'acte spirituel de l'acte naturel, c'est son orientation &#224; Dieu.
On peut ainsi prendre un &#233;vangile ou un beau texte spirituel, le lire plusieurs fois, s'en impr&#233;gner, l'analyser pour en d&#233;gager la dynamique et r&#233;fl&#233;chir &#224; partir de cela ce qu'on peut en d&#233;gager. On n'est pas l&#224; devant un roman dont on voudrait, &#224; peine ouvert, d&#233;j&#224; conna&#238;tre la fin. Il ne s'agit pas de tourner les pages, mais d'entrer par l'exercice de la pens&#233;e dans une certaine profondeur du texte, ce que veut nous dire le texte. Et l'on a souvent la grosse surprise de d&#233;couvrir des choses auxquelles on n'avait pas fait attention &#224; une premi&#232;re lecture rapide, souvent trop affective.
Th&#233;r&#232;se parlera dans le chemin de la Perfection de la m&#234;me fa&#231;on quand il s'agira de prier le Notre P&#232;re. Il s'agira de faire attention &#224; ce qu'on dit et non pas de rab&#226;cher. Ainsi qu'est-ce que je dis quand je dis &#8220;Notre&#8220; ou &#8220;P&#232;re &#187; ou &#8220;qui est aux cieux&#8220;. Pour vous qu'est-ce que ces mots veulent dire ? Ont-il un sens, ou font-ils partie d'une simple formule apprise par c&#339;ur ? M&#233;diter, c'est donc un exercice du mental sur un objet d&#233;termin&#233; pour mieux en p&#233;n&#233;trer le sens. Dans ce simple travail, la pens&#233;e devient moins agit&#233;e, se simplifie, la paix se fait jour. Il y a des temp&#233;raments qui sont tr&#232;s dou&#233;s pour ce type d'exercice et ils peuvent rester longtemps en cet &#233;tat. Mais m&#233;diter ainsi est-ce faire oraison ?
Th&#233;r&#232;se pr&#233;cisera dans le Chemin de la Perfection ch 24, 2 : &#171; et quand je dis Notre P&#232;re, l'amour consistera &#224; comprendre qui est ce P&#232;re et qui est le ma&#238;tre qui nous a enseign&#233; cette pri&#232;re. &#187; Et un peu plus loin, para. 6 &#171; nous devons comprendre &#224; qui nous parlons. &#187;
Ce qui veut dire que l'oraison ne vise pas uniquement &#224; recueillir nos pens&#233;es et les appliquer &#224; de belles consid&#233;rations, elle va plus loin, beaucoup plus loin. Elle vise &#224; une rencontre. Elle nous invite &#224; faire de Dieu le compagnon de nos journ&#233;es, &#224; instaurer une relation avec ce Dieu qui ne se voit que par le regard de la foi. Et ce n'est pas &#233;vident dans les d&#233;buts de s'adresser &#224; quelqu'un qu'on ne voit pas, qu'on ne sent pas.
Si l'on a une belle intelligence, on peut prendre tous les textes possibles, les fouiller par la pens&#233;e dans tous les sens, mais l'on ne se sera pas engag&#233; dans une relation.
Or Th&#233;r&#232;se nous invite &#224; consid&#233;rer celui &#224; qui on s'adresse et toute la force de son enseignement est l&#224; en fait. Dieu est vivant et dans l'oraison on s'adresse &#224; lui. Plus qu'une fa&#231;on de faire, c'est une mani&#232;re d'&#234;tre. Ainsi &#224; chaque mot du Notre P&#232;re, elle nous invite en m&#234;me temps &#224; penser &#224; qui ces mots s'adressent. Aussi la m&#233;ditation prend une couleur nouvelle, elle devient par les mots &#233;gren&#233;s recueillement de la pens&#233;e, puis relation trouv&#233;e avec celui &#224; qui on s'adresse. Si bien qu'avec un peu d'exp&#233;rience, et elle le dira elle-m&#234;me, le but de la m&#233;ditation n'est pas tant de parcourir tout le Notre P&#232;re, mais de se trouver en sa pr&#233;sence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;em class=&#034;spip&#034;&gt;2&lt;em class=&#034;spip&#034;&gt;C.	M&#233;diter et contempler&lt;/em&gt;2&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La m&#233;ditation nous l'avons vu est un moyen pratique pour recueillir ses sens, les unifier, les orienter d'une fa&#231;on consciente vers Dieu. Notre volont&#233;, notre m&#233;moire, notre intelligence sont sollicit&#233;es par cette pratique. En soit, il n'y a rien encore de proprement spirituel &#224; ce niveau. La vie spirituelle appara&#238;t lorsque ces facult&#233;s sont orient&#233;es vers Dieu. Lorsque je m&#233;dite le Notre P&#232;re, peu &#224; peu mes pens&#233;es s'ordonnent, s'apaisent, mais ce n'est &#224; ce niveau encore qu'une simple th&#233;rapie mentale. Lorsque peu &#224; peu j'oriente les pens&#233;es vers celui &#224; qui je m'adresse et que je prends du temps &#224; consid&#233;rer qui il est, il y a une &#233;l&#233;vation du c&#339;ur &#224; partir des mots sur lesquels j'appliquais la pens&#233;e &#224; la pr&#233;sence de Dieu exp&#233;riment&#233;e dans la foi. L'intelligence s'ouvre et laisse place &#224; Dieu per&#231;u par la foi. C'est ce passage l&#224; en fait qui est important et qui est vis&#233; par Th&#233;r&#232;se, comme par Jean de la Croix. Et c'est &#224; ce niveau que se place la vie contemplative, o&#249; l'on passe de la m&#233;ditation &#224; la contemplation. On entend par contemplation une oraison caract&#233;ris&#233;e par la pr&#233;dominance du simple regard, de la vue simple et affectueuse. Par rapport &#224; la m&#233;ditation, la pens&#233;e se simplifie &#224; l'extr&#234;me pour admirer et entrer dans le myst&#232;re de Dieu. Il n'est plus alors n&#233;cessaire de discourir, de r&#233;citer tout le Notre-P&#232;re, un seul mot peut suffire, une seule image et l'&#226;me se trouve recueillie, absorb&#233;e parfois par Dieu. Il peut ainsi arriver de rester une heure sur l'un des articles du Notre P&#232;re, le c&#339;ur &#233;tant saisi par ce Dieu qui peu &#224; peu se fait jour, pr&#233;sent. Car il est vivant ! L'oraison vise &#224; cette exp&#233;rimentation. C'est alors le d&#233;marrage de la vie spirituelle, de l'action de Dieu dans le c&#339;ur de la personne.&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; C 25,1 : &#171; il est fort possible que tandis que vous r&#233;citez le Notre P&#232;re, le Seigneur vous &#233;l&#232;ve &#224; la contemplation parfaite. Sa Majest&#233; montre ainsi qu'elle entend qui lui parle, et sa Grandeur lui parle &#224; son tour en suspendant son entendement et en arr&#234;tant sa pens&#233;e&#8230; L'&#226;me comprend que ce Ma&#238;tre Divin l'instruit sans bruit de paroles, suspendant ses puissances, qui feraient plus de mal que de bien si elles agissaient. Elle jouit sans savoir comment elle jouit, embras&#233;e d'amour, l'&#226;me ne sait comment elle aime&#8230; &#187;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Dans les quatre mani&#232;res qu'&#224; l'&#226;me d'arroser le jardin, la premi&#232;re correspond &#224; la m&#233;ditation et les autres sont une ouverture progressive vers la contemplation. Dans la m&#233;ditation, l'&#226;me tire du fruit de son propre tr&#233;sor, de ses propres richesses. M&#233;moire, intelligence et volont&#233; sont &#224; l'&#339;uvre. Dans cette phase, l'&#226;me peut &#234;tre embarrass&#233;e par ses propres richesses intellectuelles et ne pas comprendre qu'il y a une autre profondeur &#224; son &#234;tre. Elle peut faire quantit&#233; de constructions mentales et en tirer de la joie. Mais o&#249; est Dieu l&#224; dedans ? Car il est encore peu, bien peu pr&#233;sent, m&#234;me s'il est &#224; l'&#339;uvre, m&#234;me si l'&#226;me se tourne vers lui. C'est l'&#226;me qui prend encore, pour ainsi dire, toute la place. Selon le langage imag&#233; de Th&#233;r&#232;se, elle prend le seau, le jette &#224; l'eau puis le tire &#224; bout de bras. Le r&#233;sultat est plut&#244;t moyen et la fatigue est grande.
Dieu est discret et respectueux. Si l'on parle, il se tait. Mais, s'il nous arrive de nous taire, alors sans bruit de mots, il apporte sa fra&#238;cheur en nos c&#339;urs. Le but de l'oraison, c'est de faire une place &#224; Dieu dans notre c&#339;ur pour qu'il puisse y d&#233;poser son amour.
Puisque l'&#226;me en ne m&#233;ditant plus, laisse la place vide en quelque sorte, elle a l'impression pendant quelques instants de ne plus rien faire, de se trouver dans une sorte de vide des pens&#233;es, et elle se sent comme perdue et elle a envie de retourner en arri&#232;re. Relisons cette phrase&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &#171; &#8230;L'&#226;me comprend que ce Ma&#238;tre Divin l'instruit sans bruit de paroles, suspendant ses puissances, qui feraient plus de mal que de bien si elles agissaient. &#187;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Or l'&#226;me ne comprend pas toujours. Et c'est l&#224; le point d&#233;licat, puisque justement Dieu agit d&#233;licatement et que l'&#226;me peut se sentir, dans les d&#233;buts un peu d&#233;contenanc&#233;e par cette nouveaut&#233;. Qu'elle n'ait donc pas peur, mais garde confiance, car c'est Dieu qui maintenant agit. Il est clair que l'&#226;me perd maintenant toutes ses s&#233;curit&#233;s, puisque ce n'est plus elle qui agit directement, et il lui faut avancer dans la foi, dans la confiance, sans violence. Cela impose un l&#226;cher prise de l'intelligence, de la m&#233;moire, de la volont&#233; pour avancer dans la foi, l'esp&#233;rance, l'amour. Et ce passage peut &#234;tre v&#233;cue douloureusement.
C'est dans cette lumi&#232;re qu'on comprend ce que Th&#233;r&#232;se &#233;crit en V 11,15 :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &#171; ils vivent dans l'affliction, persuad&#233;s de ne rien faire. Ils ne peuvent souffrir que l'entendement cesse d'agir ; alors que d'aventure la volont&#233; s'amplifie et se renforce, ils ne s'en rendent pas compte&#8230; &#187;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Vous comprenez pourquoi il ne faut pas se fixer aux diff&#233;rentes fa&#231;ons d'arroser le jardin, comme autant de rep&#232;res qui viendraient confirmer notre progression. On peut tr&#232;s bien passer de la premi&#232;re &#233;tape &#224; la quatri&#232;me et r&#233;ciproquement. Dieu est le ma&#238;tre et c'est lui qui a l'initiative, &#224; l'&#226;me de se laisser faire, d'&#234;tre attentive &#224; son action.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;em class=&#034;spip&#034;&gt;2&lt;em class=&#034;spip&#034;&gt;D.	Croire que Dieu est&lt;/em&gt;2&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'ouvrir &#224; la pr&#233;sence de Dieu en soi se fait par divers phases successives, par divers l&#226;cher prise ou d&#233;tachements et l'&#226;me dans ce cheminement peut se sentir un peu perdue, d&#233;pourvue.
Il y a encore d'autres lieux de d&#233;tachement, de conversion. On lit en V 11,13 :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &#171; Notez bien que je parle d'exp&#233;rience : l'&#226;me qui s'engage r&#233;solument dans cette voie de l'oraison mentale, et qui peut obtenir d'elle-m&#234;me de ne pas faire grands cas de ce que les plaisirs et ces tendresses, se consoler ou se d&#233;soler, lui fassent d&#233;faut, ou que le Seigneur veuille bien les lui accorder, doit savoir qu'elle a d&#233;j&#224; couvert une grande partie du chemin ; elle n'a donc pas &#224; craindre de retourner en arri&#232;re, pour beaucoup qu'elle bronche, car l'&#233;difice est fond&#233; sur des bases solides. &#187;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Dans cette aventure de la vie de pri&#232;re qu'est l'oraison on aime bien avoir des rep&#232;res, savoir si l'on avance. On juge de cette progression au go&#251;t que l'on &#233;prouve, aux exp&#233;riences que l'on fait. Dans les d&#233;buts, surtout lorsqu'on arrive &#224; la foi apr&#232;s une conversion, certains ont des fortes joies int&#233;rieures de sorte que l'on pense que Dieu et soi, c'est tout un. D'autres peinent pendant de longues ann&#233;es et &#233;prouvent un peu d'inqui&#233;tude &#224; la vue du peu de fruits de leur labeur. Or la vie spirituelle n'est pas au niveau du ressenti, de la sensibilit&#233;, de l'&#233;motivit&#233;.
Th&#233;r&#232;se nous invite &#224; aller plus loin dans la vie spirituelle, c'est-&#224;-dire dans l'amour. Au milieu du paragraphe pr&#233;c&#233;dent V 11,12 elle note :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &#171; bouchez-vous les yeux plut&#244;t que de penser : &#8220;Pourquoi donne-t-il de la ferveur &#224; celui-l&#224; au bout de si peu de jour, et pas &#224; moi, apr&#232;s tant d'ann&#233;es ?&#8220; &#187;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Dieu donne, Dieu fait sentir sa pr&#233;sence, c'est important ; mais il attend en retour qu'on l'aime pour lui. La marche &#224; la suite du Christ nous invite &#224; d&#233;passer cette dimension sensible, &#233;motionnelle pour aller plus profond dans la relation &#224; Dieu. Attention, il ne s'agit pas de la nier, de l'occulter. Il s'agit d'aller &#224; un niveau plus profond dans la relation. Th&#233;r&#232;se nous invite &#224; aller plus loin que notre ressenti dans ces quelques mots : &#171; qui peut obtenir d'elle-m&#234;me de ne pas faire grands cas de ce que les plaisirs et ces tendresses, se consoler ou se d&#233;soler, lui fassent d&#233;faut, ou que le Seigneur veuille bien les lui accorder, doit savoir qu'elle a d&#233;j&#224; couvert une grande partie du chemin. &#187; Il faut vivre tout simplement dans la foi. Jean de la Croix prendra l'image de l'enfant que la m&#232;re porte dans ses bras pour l'allaiter. Puis quelque temps apr&#232;s, il devient suffisamment grand et fort, elle le pose par terre pour qu'il marche tout seul. L'enfant port&#233; dans les bras, c'est l'enfant que Dieu nourrit de sa gr&#226;ce, de ses consolations pour le fortifier. Celui qui marche, c'est celui qui, suffisamment fort et confiant en sa m&#232;re, ose faire ses premiers pas et c'est la vie dans la foi, c'est la vie dans l'Esprit qui commence. Cette marche nous entra&#238;ne peu &#224; peu vers une exp&#233;rience de Dieu plus en profondeur, vers une authentique relation dans laquelle on est deux. Ecoutons encore Th&#233;r&#232;se de J&#233;sus nous dire &#224; la fin de V 11,12 :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &#171; et plaise &#224; Votre Majest&#233; de ne pas donner une chose aussi pr&#233;cieuse que votre amour &#224; des gens qui ne vous servent que pour go&#251;ter vos plaisirs. &#187; et dans le paragraphe suivant : &#171; Oui, l'amour de Dieu ne consiste pas dans les larmes, ni dans ces saveurs et tendresses que nous d&#233;sirons souvent pour notre consolation, mais c'est servir Dieu avec justice, force d'&#226;me et humilit&#233;. Sinon ce serait recevoir, ce me semble, plut&#244;t que donner nous-m&#234;mes quelque chose. &#187;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Quand Th&#233;r&#232;se parle de l'oraison, elle nous invite &#224; nous y engager avec d&#233;termination de telle sorte que rien ne nous arr&#234;te, surtout pas l'absence de consolation. Elle parle de s'engager r&#233;solument, avec d&#233;termination. Elle pense aux &#226;mes qui dans les d&#233;buts peinent et s'&#233;puisent &#224; monter l'eau du puits. Elle pense aux &#226;mes qui m&#233;ditent, qui font travailler l'entendement et ne trouvent que s&#233;cheresse :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &#171; Mais que fera celui qui au bout de longs jours ne trouve que s&#233;cheresse, d&#233;plaisir, fadeur, et si peu d'envie de puiser l'eau que s'il ne se rappelait qu'il fait plaisir au Seigneur du verger et qu'il lui rende service, s'il n'h&#233;sitait &#224; perdre tout ce qu'il a d&#233;j&#224; fait, car il esp&#232;re encore un gain du grand travail qui consiste &#224; descendre bien des fois le seau dans le puits et &#224; le remonter sans eau, il abandonnerait tout ?&#8230; Qu'il prenne donc la d&#233;cision de ne pas laisser tomber le Christ avec la croix, m&#234;me si cette s&#233;cheresse devait durer toute la vie. Le temps viendra o&#249; tout lui sera pay&#233; &#224; la fois. &#187;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Elle ajoute V 11,11 :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &#171; Ces peines ont leur prix, en personne qui les a endur&#233;es de longues ann&#233;es, je sais qu'elles sont immenses&#8230; Mais j'ai vu clairement que Dieu ne manque point de beaucoup les r&#233;compenser, m&#234;me d&#232;s cette vie, car, vraiment, une seule des heures de celles o&#249; le Seigneur m'a accord&#233; depuis ses saveurs me semble avoir pay&#233; toutes les angoisses que j'ai longtemps endur&#233;es pour pers&#233;v&#233;rer dans l'oraison. Je crois &#224; part moi que souvent le Seigneur veut donner au commencement, et d'autres fois sur la fin, ces tourments, et les nombreuses autres tentations auxquelles on est en butte, pour &#233;prouver ceux qui l'aiment, savoir s'ils pourront boire le calice et l'aider &#224; porter la croix, avant de d&#233;poser en eux de grands tr&#233;sors. Je crois que sa Majest&#233; veut nous mener par ce chemin pour notre bien, pour que nous comprenions le peu que nous sommes, car les faveurs qui suivront seront d'une si haute dignit&#233; qu'il veut nous donner d'avance l'exp&#233;rience de notre mis&#232;re pour qu'il ne nous arrive pas la m&#234;me chose qu'&#224; Lucifer. &#187;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Les faveurs que Dieu veut nous faire sont si grandes qu'il fortifie les fondations. Alors patience et courage dans la joie de l'esp&#233;rance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;em class=&#034;spip&#034;&gt;2&lt;em class=&#034;spip&#034;&gt;E.	La place du corps&lt;/em&gt;2&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Seigneur veut mettre en nous sa joie, veut agrandir l'&#226;me de fa&#231;on divine, C'est ce qu'il nous promet surtout dans l'Evangile de St Jean. Th&#233;r&#232;se actualise ces promesses et nous encourage sur le chemin. Elle nous partage en V 11,11 :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &#171; Je crois &#224; part moi que souvent le Seigneur veut donner au commencement, et d'autres fois sur la fin, ces tourments, et les nombreuses autres tentations auxquelles on est en butte, pour &#233;prouver ceux qui l'aiment, savoir s'ils pourront boire le calice et l'aider &#224; porter la croix, avant de d&#233;poser en eux de grands tr&#233;sors. Je crois que sa Majest&#233; veut nous mener par ce chemin pour notre bien, pour que nous comprenions le peu que nous sommes, car les faveurs qui suivront seront d'une si haute dignit&#233;&#8230; &#187;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Le but est l&#224;, mais sur le chemin il y a des difficult&#233;s, des obstacles et tout en nous engageant avec fermet&#233;, car elle attend que celui qui s'engage &#224; l'oraison soit d&#233;termin&#233;, r&#233;solu, elle nous conduit avec souplesse. C'est tout notre &#234;tre qui va &#224; Dieu, non pas l'esprit d'un c&#244;t&#233;, l'&#226;me de l'autre, le corps d'un autre encore. L'homme est un et il faut reprendre une conception plus biblique de notre &#234;tre dans laquelle le corps et l'&#226;me sont int&#233;gr&#233;s, comme une pi&#232;ce avec deux faces. Les difficult&#233;s rencontr&#233;es dans l'oraison peuvent venir de difficult&#233;s spirituelles, mais aussi corporelles. Th&#233;r&#232;se parle d'indispositions corporelles. En V 11,15 :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &#171; notre &#226;me, pauvre petite captive, participe aux mis&#232;res du corps ; et les changements du temps, les acc&#232;s d'humeur, l'emp&#234;chent souvent, malgr&#233; elle, de faire ce qu'elle veut, ils la font souffrir de toutes les mani&#232;res ; et plus on veut lui faire violence &#224; ces moments-l&#224;, pis cela est, et plus le mal dure ; il faut au contraire avoir la prudence d'examiner s'il s'agit de cela, et ne pas &#233;touffer la malheureuse&#8230; c'est un grand malheur de vivre dans cette mis&#232;re, sans pouvoir faire ce qu'elle veut, par la faute du si mauvaise h&#244;te qu'est le corps. &#187;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Elle ajoute qu'il faut en la mati&#232;re beaucoup de prudence, car il arrive que cet &#233;tat vienne du d&#233;mon. Dit autrement, il ne s'agit pas de devenir esclave de son corps mais de tout examiner avec discernement.
Aujourd'hui nous parlerions diff&#233;remment tant les relations entre le corps et l'&#226;me commencent &#224; &#234;tre mis &#224; jour. On entend par &#226;me, en gros, nos facult&#233;s psychiques. Il y a des r&#233;sonances multiples qui vont de l'un &#224; l'autre. On parle beaucoup de somatisation. Soma, c'est le corps. Des tensions psychiques raisonnent jusque dans le corps et se fixent en certaines parties souvent d&#233;j&#224; fragiles de ce corps. Le corps ne ment pas, il exprime &#224; sa fa&#231;on ce qui ne peut ou n'est pas encore advenu &#224; la parole. Mais les cl&#233;s de lecture sont parfois difficiles &#224; trouver, si tant est qu'on cherche bien &#224; faire la lumi&#232;re en soi. Il me semble qu'il y aurait l&#224; tout un champ d'investigation &#224; explorer. Qu'est-ce que mon corps veut me dire de ce que je suis, du mal &#234;tre que je porte ? J'ai parmi plusieurs exemples connu une personne souffrant d'une sciatique chronique, or cette sciatique se manifestait surtout apr&#232;s des conflits d'ordres relationnels. Il est grandement probable qu'il y a l&#224; un probl&#232;me physiologique, m&#233;canique &#224; la base, mais la relation avec les probl&#232;mes psychologiques est &#233;vidente. Il y a une interaction de diff&#233;rentes composantes qu'il serait peut-&#234;tre bon de mettre &#224; jour. Qu'est-ce qui est l&#224; en jeu ? Pourquoi les tensions se fixent-elles l&#224; et pas ailleurs ? Chez ceux ou celles qui se lancent dans la vie contemplative, il y a le m&#234;me ph&#233;nom&#232;ne. L'&#226;me participe aux mis&#232;res du corps et r&#233;ciproquement. Et ces &#233;preuves peuvent &#234;tre de v&#233;ritables freins au d&#233;veloppement de la vie spirituelle. On accuse le corps d'&#234;tre un frein alors qu'il ne vient qu'ext&#233;rioriser, que manifester un probl&#232;me plus int&#233;rieur, des tension psychologiques. Je crois qu'il faut surtout regarder le corps comme une caisse de r&#233;sonance, comme un lieu de concr&#233;tisation de ce qui se passe au plus profond de l'&#226;me. La rencontre du fr&#232;re peut engendrer des tensions, obliger &#224; des conversions. Il en est de m&#234;me dans la vie spirituelle o&#249; l'on s'ouvre au Dieu vivant et donc au Dieu tout autre. Cela passe par des phases de conversion qui engendrent des tensions.
Dans cette dimension avec ses connaissances et son vocabulaire, Th&#233;r&#232;se vient nous dire qu'il faut ici agir avec doigt&#233;. Elle &#233;crit V 11,16 :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &#171; Qu'elle serve alors le corps pour l'amour de Dieu, afin que le corps serve souvent l'&#226;me &#224; son tour ; et qu'elle s'accorde la distraction de quelques conversations vraiment saintes, qu'elle aille &#224; la campagne, selon ce que conseillera le confesseur. L'exp&#233;rience qui nous fait comprendre ce qui nous convient est toujours un grand bienfait, et on sert toujours Dieu. Son joug est doux, la grande affaire est de ne point tirer l'&#226;me &#224; la tra&#238;ne, mais de la conduire avec douceur, pour son plus grand avancement. &#187;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Il faut parfois &#233;couter son corps et s'accorder des temps de d&#233;tente des espaces de libert&#233; comme autant d'exutoire &#224; certaines tensions qui montent du plus loin de nous-m&#234;mes. Mais s'il faut conduire avec douceur, qu'on n'oublie pas de s'interroger sur ce que cela peut signifier&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;VII.	Dans le silence&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;em class=&#034;spip&#034;&gt;2&lt;em class=&#034;spip&#034;&gt;A.	Le Christ notre compagnon&lt;/em&gt;2&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Th&#233;r&#232;se d&#233;crit, nous l'avons vu, quatre degr&#233;s d'oraison. Le premier, c'est ce qu'elle appelle la m&#233;ditation, &#171; c'est-&#224;-dire ce qu'il est possible d'acqu&#233;rir par nos propres moyens&#8230; &#187; En ces quelques mots du livre de la V 12,1, elle r&#233;sume ce qu'elle a dit dans les chapitres pr&#233;c&#233;dents. La m&#233;ditation des myst&#232;res de la vie du Christ nous aide &#224; recueillir nos pens&#233;es &#233;parpill&#233;es, &#224; les unifier. Elle nous aide ainsi &#224; mieux le conna&#238;tre, &#224; mieux p&#233;n&#233;trer sa vie et son amour pour nous. Cette &#233;tincelle initiale qui nous a rapproch&#233;e de Dieu, qui nous a fait revenir &#224; la pri&#232;re doit &#234;tre entretenue, elle doit cro&#238;tre. La m&#233;ditation vient actualiser, rendre sensible les myst&#232;res de son incarnation, de sa r&#233;surrection. Bref, le Christ de lointain qu'il &#233;tait, nous devient progressivement plus familier, plus proche. Son amour pour nous touche notre c&#339;ur. V 12,1 :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &#171; lorsque nous pensons &#224; ce que le Seigneur endura pour nous, et que nous scrutons cette id&#233;e, cela excite notre compassion ; l'id&#233;e de la vie &#233;ternelle que nous esp&#233;rons, celle de l'amour que le Seigneur eut pour nous et sa r&#233;surrection, excitent en nous une joie qui n'est ni tout &#224; fait spirituelle ni tout &#224; fait sensuelle &#187;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Th&#233;r&#232;se emploie m&#234;me le verbe exciter tant cette familiarit&#233; peut susciter de d&#233;votion. Le but de la m&#233;ditation est l&#224;. Dieu s'est fait proche de nous, &#224; nous de nous rapprocher de lui, d'ouvrir notre intelligence &#224; sa pr&#233;sence, de marcher en sa compagnie, de faire de lui un ami, un confident, de faire de lui le compagnon de notre route. Mais la m&#233;ditation peut prendre une forme moins intellectuelle, plus simple et spontan&#233;e :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; V 12,2 : &#171; Nous pouvons nous repr&#233;senter nous-m&#234;mes devant le Christ, nous exercer &#224; vivement nous &#233;prendre de son humanit&#233; sacr&#233;e, vivre en sa pr&#233;sence, lui parler, lui demander ce dont nous avons besoin, nous plaindre &#224; lui de nos peines, nous r&#233;jouir avec lui de nos joies, et ne pas l'oublier pour autant, sans chercher des pri&#232;res appropri&#233;es, mais des mots conformes &#224; nos d&#233;sirs et &#224; nos besoins. C'est une excellente fa&#231;on de faire de tr&#232;s rapides progr&#232;s ; ceux qui s'efforcent ainsi &#224; vivre en cette pr&#233;cieuse compagnie, &#224; beaucoup en profiter, &#224; &#233;prouver un amour v&#233;ritable pour ce Seigneur, &#224; qui nous devons tant, je les tiens pour avanc&#233;s. Pour cela, nous ne devons pas faire cas d'un manque de ferveur, comme je l'ai d&#233;j&#224; dit, mais rendre gr&#226;ce au Seigneur qui nous permet de d&#233;sirer le contenter, m&#234;me si nos &#339;uvres sont minces. &#187; Elle ajoute en V 12,3 :&lt;/li&gt;&lt;li&gt; &#171; Cette mani&#232;re de vivre en compagnie du Christ est profitable dans tous les &#233;tats, c'est un moyen extr&#234;mement s&#251;r de progresser d&#232;s le premier degr&#233; d'oraison, d'atteindre bient&#244;t le second, et, aux derniers, de nous garder des p&#233;rils auxquels peut nous exposer le d&#233;mon. &#187;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;On l'aura compris pour Th&#233;r&#232;se, cette pr&#233;sence du Christ est capitale. Le but de la m&#233;ditation est non d'intellectualiser, de s'enfermer dans un raisonnement intellectuel, mais de s'ouvrir &#224; une relation. Elle avertit sur ce chemin qu'il serait illusoire de vouloir s'affranchir de cette m&#233;diation du Christ pour aller plus haut dans l'union avec Dieu V 12,1 :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &#171; Il sied &#224; l'&#226;me qu'il n'a pas fait monter plus haut de ne pas chercher &#224; monter seule, prenez-y bien garde car vous ne feriez qu'y perdre. &#187;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;On sent &#224; la lecture de Th&#233;r&#232;se qu'elle avance &#224; pas compt&#233;s, avec pr&#233;caution, tellement le sujet est d&#233;licat. Il l'&#233;tait &#224; son &#233;poque &#224; cause de l'Inquisition. Mais il l'est encore actuellement pour les &#226;mes qui avancent seules, sans l'exp&#233;rience de quelqu'un d'autre et qui pourrait s'enfermer dans l'exclusivit&#233; d'une m&#233;thode.
Elle invite ceux qui se perdent dans la m&#233;ditation &#224; l&#226;cher prise avec leur mental pour s'ouvrir &#224; une relation plus chaleureuse, plus imm&#233;diate, plus spontan&#233;e avec le Christ. Elle dit en V 13,11 :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &#171; Pour en revenir &#224; ceux qui r&#233;fl&#233;chissent, je leur demande de ne pas consacrer tout leur temps &#224; cela, bien que ce soit tr&#232;s m&#233;ritoire ; comme ce mode d'oraison est tr&#232;s savoureux, ils ne con&#231;oivent pas qu'il y ait de dimanche ni de moments sans travail pour eux. Cela leur semblerait perdre du temps, alors que j'estime cette perte tr&#232;s avantageuse ; comme je l'ai dit, qu'ils se tiennent en pr&#233;sence du Christ, et sans fatiguer l'entendement, qu'ils lui parlent et se r&#233;jouissent avec lui ; sans se fatiguer &#224; composer des discours, qu'ils lui pr&#233;sentent leur besoin&#8230; &#187;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;et en V 13,22 elle ajoute :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; il est bon de s'arr&#234;ter un moment pour m&#233;diter sur la passion du Christ, de penser aux peines qu'il a subies&#8230; Mais ne nous fatiguons pas &#224; ne chercher toujours que cela, restons plut&#244;t aupr&#232;s de Lui, et imposons silence &#224; l'entendement. Occupons-le si possible &#224; consid&#233;rer Celui qui nous regarde, tenons-lui compagnie&#8230; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Encore une fois le but de l'oraison n'est pas d'obtenir de belles pens&#233;es sur telles parties de la vie du Christ, mais c'est de s'ouvrir &#224; une pr&#233;sence, celle de J&#233;sus-Christ, et d'entrer en dialogue avec lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;em class=&#034;spip&#034;&gt;2&lt;em class=&#034;spip&#034;&gt;B.	Du silence &#224; la pr&#233;sence&lt;/em&gt;2&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La vie spirituelle nous engage dans une certaine libert&#233; de relation avec le Seigneur et vouloir se fixer sur une m&#233;thode de pri&#232;re de mani&#232;re exclusive nous emp&#234;che de grandir dans l'union avec Dieu. Th&#233;r&#232;se nous invite ainsi &#224; ne pas faire de la m&#233;ditation une m&#233;thode absolue. Mais elle nous encourage plut&#244;t &#224; ouvrir la m&#233;ditation &#224; une r&#233;elle relation. C'est &#224; partir de cette relation que le Seigneur pourra conduire l'&#226;me :
C 25,1 :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &#171; il est fort possible que tandis que vous r&#233;citez le Notre-P&#232;re, le Seigneur vous &#233;l&#232;ve &#224; la contemplation parfaite. Dieu montre ainsi qu'il entend qu'on lui parle, et Dieu lui parle &#224; son tour en suspendant son entendement et en arr&#234;tant sa pens&#233;e&#8230; L'&#226;me comprend que ce Ma&#238;tre Divin l'instruit sans bruit de paroles, suspendant ses puissances, qui feraient plus de mal que de bien si elles agissaient. Elle jouit sans savoir comment elle jouit, embras&#233;e d'amour, l'&#226;me ne sait comment elle aime&#8230; &#187;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Ce mode d'oraison n'est pas le fruit de notre labeur, mais don du Seigneur. Ce n'est pas l'&#226;me qui se plonge dans une sorte de vide des pens&#233;es, c'est le Seigneur qui la place dans cet &#233;tat. C'est pourquoi il n'est pas bon d'arr&#234;ter les pens&#233;es et de se plonger dans le silence trop t&#244;t en croyant ainsi passer dans une &#233;tape ult&#233;rieure de la vie spirituelle comme passer de la m&#233;ditation &#224; la contemplation. Ecoutons Th&#233;r&#232;se V 12,4 :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &#171; Ceux qui voudraient aller au-del&#224;, &#233;lever leur esprit jusqu'&#224; go&#251;ter des d&#233;lices qui ne leur ont point &#233;t&#233; donn&#233;s, perdraient, ce me semble, l'un et l'autre ; c'est l&#224; un &#233;tat surnaturel et lorsqu'il y a perte de l'entendement (la facult&#233; de comprendre), l'&#226;me se retrouve d&#233;serte et dans une grande s&#233;cheresse. Comme tout cet &#233;difice est fond&#233; sur l'humilit&#233;, plus nous sommes pr&#232;s de Dieu, plus cette vertu doit grandir, sinon tout est perdu. Il y a une sorte d'orgueil &#224; vouloir monter plus haut de nous-m&#234;mes&#8230; &#187;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Elle le dit bien l'&#233;tat surnaturel que l'on recherche est l'&#339;uvre du Seigneur et il ne d&#233;pend pas de nos efforts. C'est lui alors qui emp&#234;che l'entendement d'agir. Th&#233;r&#232;se insiste V12,5 :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &#171; Pr&#233;tendre ou penser suspendre l'entendement de nous-m&#234;mes, voil&#224; ce que je demande de ne point faire ; il ne faut pas non plus cesser de l'utiliser, sous peine de devenir froid, stupide, et de ne rien obtenir ; car quand le Seigneur suspend et arr&#234;te notre entendement, il lui donne de quoi l'&#233;merveiller et s'occuper&#8230; &#187;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Le Seigneur nous a donn&#233; une m&#233;moire, une intelligence, une volont&#233; et c'est pour que nous puissions nous en servir au fil des jours, aussi bien dans nos occupations que dans notre vie spirituelle. Il ne suffit pas d'arr&#234;ter notre entendement pour que nous soyons tourn&#233;s vers Dieu et plus proches de lui. Le silence n'est pas de soi ouverture &#224; Dieu et il n'est pas de soi le signe que le c&#339;ur est pur ou charitable. Comme la m&#233;ditation, le silence int&#233;rieur que l'on chercherait &#224; obtenir peut provoquer une plus grande paix. Mais ce n'est pas l&#224; la voie du recueillement th&#233;r&#233;sien. Dans notre univers agit&#233;, angoiss&#233;, ces techniques peuvent apporter de grands fruits en canalisant le flot des pens&#233;es, en procurant une sorte de respiration int&#233;rieure. C'est une sorte de recueillement o&#249; la main de l'homme est trop pr&#233;sente. Or il s'agit de s'ouvrir &#224; l'action de Dieu dans notre c&#339;ur et de le laisser faire son &#339;uvre de sanctification en nous. L'oraison th&#233;r&#233;sienne va au-del&#224; des m&#233;thodes. Il pourra &#234;tre bon &#224; certaines personnes de s'exercer au silence par des techniques de relaxation, par la pratique du Zen, mais c'est pour pouvoir ensuite se tourner vers le Christ, pour pouvoir entrer en relation avec lui, en faire un ami. Nos psychologies sont multiples, nos conditions de vie aussi, cela nous fa&#231;onne et ouvre &#224; chacun un chemin particulier &#224; parcourir et la vie d'oraison n'est pas en dehors de ce chemin-l&#224;. Partir de la r&#233;alit&#233; est un bon principe. Pour certains il sera plus utile de faire silence quelques instants que d'essayer de m&#233;diter sur un texte quelqu'il soit. Le silence a ses vertus propres. Mais il n'est que passage et comme la m&#233;ditation, il n'est pas une technique absolue. Il est moyen, chemin possible pour l'&#226;me. Puis la m&#233;thode doit &#234;tre abandonn&#233;e pour que l'&#226;me puisse aller plus loin, au lieu de s'enfermer dans une sorte de petite bulle. Nous sommes dans la vie chr&#233;tienne et si Dieu s'est incarn&#233;, s'il a pris les chemins de notre humanit&#233;, c'est pour nous rejoindre et nous ouvrir &#224; une vie de relation. Nous sommes encore avec l'arbre symbolique de Zach&#233;e. Nous cherchons Dieu en montant, par l'asc&#232;se, par la pratique de techniques et c'est louable. Ce faisant nous montons sur le petit arbre de notre perfection. Que se passe-t-il ? J&#233;sus passe en dessous, au ras des p&#226;querettes. Pour le rencontrer, il nous invite &#224; descendre et &#224; l'accueillir chez nous, en notre c&#339;ur, l&#224; o&#249; il a encore mal. Il veut y d&#233;poser sa paix, mettre en nos c&#339;urs son Esprit. Or tout cela se passe dans un dialogue, dans une relation, dans un c&#339;ur &#224; c&#339;ur. Cela Th&#233;r&#232;se l'a compris, l'a v&#233;cu et t&#233;moigne de l'importance de cette relation et elle nous dit &#224; sa fa&#231;on de descendre de notre arbre. Cette mont&#233;e est l'expression de notre d&#233;sir de voir Dieu et cela est bon. Mais notre c&#339;ur a besoin d'&#234;tre &#233;vang&#233;lis&#233;, de s'ouvrir &#224; la pr&#233;sence du Dieu vivant. L'ouverture au silence se fera apr&#232;s, mais il sera color&#233; d'une fa&#231;on diff&#233;rente, il sera habit&#233; d'une Pr&#233;sence. C'est J&#233;sus-Christ qui nous emm&#232;ne au P&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;em class=&#034;spip&#034;&gt;2&lt;em class=&#034;spip&#034;&gt;C.	L'humanit&#233; du Christ&lt;/em&gt;2&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a le silence que l'on peut produire en soi par diverses techniques, c'est un silence d'ordre psychologique. Le mental se purifie de tout ce qui l'encombre et s'apaise. Puis il y a le silence qui est un fruit de la vie spirituelle, qui est le fruit d'une rencontre. J&#233;sus alors nous emm&#232;ne vers plus grand que lui, vers le P&#232;re, l'innommable.
Pour Th&#233;r&#232;se c'est J&#233;sus qui nous aide &#224; faire ce passage et c'est toute la R&#233;v&#233;lation qu'elle reprend &#224; son compte ici. Si J&#233;sus nous aide &#224; nous ouvrir au P&#232;re, s'il est m&#233;diateur c'est que son r&#244;le est fondamental. Jn 14,6 :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &#171; J&#233;sus lui dit : Je suis le chemin, la v&#233;rit&#233;, et la vie. Nul ne vient au P&#232;re que par moi. &#187;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;D'o&#249; l'importance pour Th&#233;r&#232;se de ne pas abandonner l'humanit&#233; du Christ sous couvert de spiritualit&#233;. V 22, 1 :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &#171; certains livres sur l'oraison expliquent que bien que l'&#226;me ne puisse atteindre d'elle-m&#234;me &#224; cet &#233;tat, puisqu'il est uniquement l'&#339;uvre surnaturelle du Seigneur qui agit sur elle, elle peut y aider en haussant son esprit au-dessus de toutes les choses cr&#233;&#233;es et en l'&#233;levant avec humilit&#233;, apr&#232;s avoir v&#233;cu de longues ann&#233;es d'une vie d'asc&#232;se et progress&#233; dans la vie d'oraison. Ces livres leur recommandent beaucoup d'&#233;loigner toute imagination corporelle et de l'&#233;lever &#224; la contemplation de la Divinit&#233; ; car bien qu'il s'agisse de l'humanit&#233; du Christ, disent-ils, c'est une g&#234;ne pour ceux qui sont tr&#232;s avanc&#233;s, cela les emp&#234;che d'atteindre &#224; la contemplation la plus parfaite&#8230; Ils croient que puisque tout est esprit dans cette pratique, n'importe quoi de corporel peut la g&#234;ner ou l'emp&#234;cher, qu'ils doivent chercher &#224; se mettre dans l'attitude parfaite, entour&#233;s par Dieu de toutes parts, et se voir ab&#238;m&#233;s en Lui. Il m'arrive de juger cela bon ; mais qu'on s'&#233;loigne enti&#232;rement du Christ, qu'on identifie ce divin corps &#224; nos mis&#232;res, ou &#224; toutes les choses cr&#233;&#233;es, je ne puis le souffrir. &#187;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;C'est la m&#233;ditation des myst&#232;res de la vie du Christ, la m&#233;ditation du Christ en son humanit&#233; qui se fait par l'imagination qui est vis&#233;e ici, et qu'on invite &#224; d&#233;passer par le silence pur de la contemplation. Cette affirmation a une part de v&#233;rit&#233;. Dieu est Esprit et il est plus grand que tout, il d&#233;passe tout ce qu'on peut imaginer de lui. Il faut pour le trouver en v&#233;rit&#233; d&#233;passer toutes les images que l'on a de lui. Et moins l'esprit sera encombr&#233; par toutes ses constructions, plus l'&#226;me sera dans la v&#233;rit&#233;.
Th&#233;r&#232;se a eu sous les yeux le livre d'Osuna dont nous avons d&#233;j&#224; parl&#233;, le Troisi&#232;me ab&#233;c&#233;daire, et c'est contre cela qu'elle r&#233;agit. On lit par exemple : &#171; Il convient &#224; ceux qui cherchent &#224; atteindre la haute et pure contemplation de laisser les cr&#233;atures et la sainte humanit&#233; du Christ pour monter plus haut. &#187; ou &#171; Ceux qui ont le tr&#232;s haut amour de Dieu ne cherchent que sa d&#233;it&#233;. &#187; (V.F. 198 p 16, notes du P. Emmanuel)
Mais c'est pr&#233;cis&#233;ment nier toute la r&#233;v&#233;lation que Dieu fait de lui dans l'incarnation de son Fils. Col 1,15-19 :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &#171; Il est l'image du Dieu invisible, le premier-n&#233; de toute la cr&#233;ation. Car en lui ont &#233;t&#233; cr&#233;&#233;es toutes les choses qui sont dans les cieux et sur la terre, les visibles et les invisibles, tr&#244;nes, dignit&#233;s, dominations, autorit&#233;s. Tout a &#233;t&#233; cr&#233;&#233; par lui et pour lui. Il est avant toutes choses, et toutes choses subsistent en lui. Il est la t&#234;te du corps de l'&#201;glise ; il est le commencement, le premier-n&#233; d'entre les morts, afin d'&#234;tre en tout le premier. Car Dieu a voulu que toute pl&#233;nitude habit&#226;t en lui. &#187;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Si Dieu a pris le chemin de notre humanit&#233;, c'est qu'il avait quelque chose &#224; dire de notre propre humanit&#233;. En prenant corps, il en montre, entre autres choses, la grandeur et la noblesse infinies ; que cette humanit&#233;, en fait, est &#224; d&#233;couvrir, &#224; b&#226;tir, surtout &#224; recevoir de lui ; que le v&#233;ritable homme, c'est J&#233;sus. Le Christ en son incarnation, Dieu homme, d&#233;ploie en m&#234;me temps devant nos yeux tous les myst&#232;res de la divinit&#233;. Il est le Chemin, la v&#233;rit&#233;, la vie et vouloir s'affranchir de cette v&#233;rit&#233; pour aller directement &#224; Dieu, c'est vouloir jouer &#224; l'ange et refuser le chemin d'incarnation que lui-m&#234;me a parcouru. C'est en quelque sorte refuser une part de notre identit&#233; et fuir la r&#233;alit&#233; sous couvert de spiritualit&#233;. Par la m&#233;diation de l'humanit&#233; du Christ, elle nous invite au r&#233;alisme de l'incarnation, &#224; accepter par contre coup notre propre humanit&#233; et celle des autres, &#224; nous r&#233;concilier avec nous-m&#234;mes. La vie spirituelle n'est pas une drogue qui nous fait faire de grands voyages en quittant notre corps. La vie spirituelle est rencontre de notre &#234;tre bless&#233; dans l'immense tendresse de Dieu. Elle est r&#233;int&#233;gration et acceptation de notre corps, de notre vie psychique avec ses failles et ses grandeurs sous cette lumi&#232;re de Dieu. C'est un chemin d'incarnation.
Th&#233;r&#232;se voit deux raisons &#224; cette fuite :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; le premier : un manque d'humilit&#233;, si sournois, si cach&#233;, qu'il nous passe inaper&#231;u. V 22,9 :&lt;/li&gt;&lt;li&gt; &#171; Ce qui ne me semble pas bon, c'est de nous habituer malignement et soigneusement &#224; ne pas essayer de toutes nos forces d'avoir toujours devant les yeux cette Humanit&#233; sacr&#233;e ; c'est vivre l'&#226;me en l'air, comme on dit, car elle semble sans appui, m&#234;me si elle se croit pleine de Dieu. &#187;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;L&#224; est cette ambigu&#239;t&#233; cach&#233;e, se croire plein de Dieu et faire l'impasse de J&#233;sus-Christ.&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; le second point : nous ne sommes pas des anges mais nous avons un corps. Vouloir faire l'ange pendant que nous sommes sur terre, c'est de la folie.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Th&#233;r&#232;se nous renvoie au r&#233;alisme de notre propre humanit&#233;. La t&#234;te dans les &#233;toiles, mais les pieds sur terre. C'est sur terre que se joue notre vie spirituelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;em class=&#034;spip&#034;&gt;2&lt;em class=&#034;spip&#034;&gt;D.	M&#233;ditation et silence&lt;/em&gt;2&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Th&#233;r&#232;se, par le chemin de l'oraison nous invite &#224; une avanc&#233;e dans la foi et la confiance au Dieu vivant. Elle nous aide &#224; ne pas nous &#233;terniser dans les premi&#232;res phases de l'oraison de recueillement qu'elle appelle la m&#233;ditation. L'&#226;me doit s'&#233;manciper et oser s'adresser au Seigneur dans une relation plus simple, plus imm&#233;diate, voir un simple regard. Elle nous invite &#224; passer de la t&#234;te au c&#339;ur. Elle nous aide &#224; passer d'une conception trop intellectualis&#233;e de l'oraison et de Dieu &#224; une relation plus simple et plus imm&#233;diate et plus profonde.
Avec la m&#233;ditation, nous sommes dans l'ordre de la communication, c'est-&#224;-dire que nous &#233;changeons des informations. Je lis un texte et j'entre dans sa profondeur et le texte me d&#233;livre son message. Je prends &#224; desseins cette formulation tr&#232;s contemporaine car elle masque une ambigu&#239;t&#233; &#233;norme. Je communique ou je re&#231;ois des informations, des messages, mais d'une fa&#231;on tr&#232;s neutre parce que cette communication est m&#233;diatis&#233;e. Je ne suis pas en relation directe avec l'autre personne. Ainsi marche l'audiovisuel. Mais la communication d'informations peut aussi inaugurer des relations dans lesquelles j'ai &#224; m'engager, &#224; me risquer et c'est une autre aventure qui commence alors.
Avec la communication, au premier degr&#233; de l'&#233;change, je reste dans une sorte d'isolement, de solitude. Mais s'il m'est possible &#224; partir de cela, de cr&#233;er des contacts, je passe de l'isolement &#224; une relation.
C'est un peu de cela qu'il s'agit quant on passe de la m&#233;ditation &#224; l'oraison. On l&#226;che le support et l'on entre dans un nouveau registre. On s'ouvre &#224; une relation avec Dieu. Et Dieu s'engage &#224; son tour dans cette relation. Dieu alors n'est pas confondu avec une machine automatique qui lorsque j'appuie sur un bouton me d&#233;livre une bouteille de jus de fruits, ou des messages. Dieu n'est pas celui que je prie pour qu'il exauce mes besoins les plus farfelus. Il est l&#224; comme un vis-&#224;-vis &#224; qui je m'adresse, que je cherche &#224; conna&#238;tre, &#224; qui je puis partager mes soucis. Il est l&#224; devant moi, en moi, pour me r&#233;pondre, non d'une mani&#232;re magique, non pour &#234;tre &#224; la remorque de mes petites et mesquines insatisfactions, mais pour m'emmener dans son univers qui est paix et joie.
Il m'est bon donc de ne pas faire de la m&#233;ditation lorsque j'y prends go&#251;t une m&#233;thode absolue. Je peux m'y sentir &#224; l'aise, y trouver une certaine joie, m'y sentir en s&#233;curit&#233;. Th&#233;r&#232;se nous emm&#232;ne plus loin et nous invite progressivement &#224; faire un pas de plus dans une relation r&#233;elle et confiante avec Dieu. Il y l&#224; un passage qui peut &#234;tre difficile pour certains.
Remarquons, l'&#233;quilibre et le dynamisme de Th&#233;r&#232;se, elle nous aide &#224; ne pas nous enfermer dans la m&#233;ditation, mais &#224; parler &#224; Dieu avec le c&#339;ur et ainsi &#224; nous ouvrir &#224; une pr&#233;sence.
Mais encore, elle s'adresse &#224; ceux qui veulent aller trop vite et qui sous couvert de spiritualit&#233;, abandonnent la m&#233;diation du Christ pour s'immerger plus rapidement et plus profond&#233;ment dans la vie contemplative, pour &#234;tre en Dieu imm&#233;diatement. Elle leur dit patience et humilit&#233;&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; V 22,10 : &#171; nous ne sommes pas des anges, mais nous avons un corps. Vouloir faire l'ange pendant que nous sommes sur terre, c'est de la folie ; notre pens&#233;e doit avoir d'ordinaire un point d'appui, m&#234;me si l'&#226;me sort parfois d'elle-m&#234;me, ou si elle est souvent si pleine de Dieu qu'elle n'a besoin d'aucune chose cr&#233;&#233;e pour se recueillir. Cet &#233;tat n'est pas habituel, mais dans les affaires, les pers&#233;cutions, les &#233;preuves, lorsqu'on n'est pas dans la paix coutumi&#232;re, aux heures de s&#233;cheresse, c'est un tr&#232;s bon ami que le Christ, car nous voyons l'Homme en lui, nous voyons ses faiblesses, ses &#233;preuves, et il nous tient compagnie ; si on en prend l'habitude, il nous est tr&#232;s facile de le trouver pr&#232;s de nous. &#187;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Le point d'appui de la pens&#233;e, c'est la pr&#233;sence de l'humanit&#233; du Christ, de fa&#231;on globale non d&#233;taill&#233;e. Il s'agit pas de voir de quelles couleurs sont ses yeux, ses cheveux. Il ne s'agit pas de le visualiser mais de le consid&#233;rer avec le regard de la foi. Elle ajoute cependant avec r&#233;alisme car m&#234;me cela n'est pas magique :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &#171; &#224; certains moments pourtant nous ne pourrons obtenir ni l'un ni l'autre. Il sera bon, alors, comme je l'ai d&#233;j&#224; dit, de ne pas nous habituer &#224; rechercher des consolations spirituelles. &#187;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Elle dit que c'est le moment d'embrasser la croix. Dieu nous fait exp&#233;rimenter alors le manque et la limite pour creuser en nous des capacit&#233;s nouvelles ou pour nous aider &#224; aller plus loin dans la relation avec lui. L'&#233;preuve du manque ou de la limite est capitale pour qu'on ne confonde pas Dieu et nous-m&#234;mes, Dieu et notre pens&#233;e, Dieu et nos sentiments, Dieu et l'imagination que l'on s'en fait. Cette &#233;preuve marque une distance et nous renvoie &#224; notre solitude. Mais cette solitude n'est pas vide, elle est chemin pour s'ouvrir &#224; une relation authentique, elle est espace pour la parole et donc prise de distance. Dieu n'est pas r&#233;ductible au sentiment que j'en ai. Cet espace qui autorise la parole maintient dans une relation authentique et permet l'ouverture du d&#233;sir &#224; un niveau plus profond. Le lieu de la parole ici est le retour sur soi pour comprendre ce qui est en jeu dans cette &#233;preuve et cela a besoin d'&#234;tre formul&#233;, mis &#224; distance. Cette &#233;preuve est g&#233;n&#233;ralement passage vers un autre &#233;tat plus paisible et profond. C'est une conversion int&#233;rieure, abandons de rep&#232;res anciens pour avancer dans la foi vers Dieu. C'est une ouverture plus grande du regard int&#233;rieur. Elle appara&#238;t &#224; divers moments de la vie spirituelle pour nous inviter &#224; aller plus loin dans la vie de foi. Ce peut &#234;tre le signe de l'abandon de la m&#233;ditation comme de l'ouverture &#224; la vie contemplative.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;em class=&#034;spip&#034;&gt;2&lt;em class=&#034;spip&#034;&gt;E.	La vie spirituelle&lt;/em&gt;2&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous voil&#224; au bout de notre parcours avec Th&#233;r&#232;se de J&#233;sus. Nous avons lu ensemble les chapitres 7 &#224; 13 de son livre de la Vie. Vous avez pu constater que Th&#233;r&#232;se de J&#233;sus est une femme tr&#232;s incarn&#233;e et r&#233;aliste. Tout au long de nos partages ce sont des aspects de notre vie relationnelle qui ont &#233;t&#233; mis &#224; jour car pour elle la vie de pri&#232;re est une vie de relation dont Dieu est le partenaire privil&#233;gi&#233;. Or cette vie de relation se vit dans un corps, elle s'incarne.
Cette mise en route n'est pas toujours facile et nous y avons rencontr&#233; des obstacles dus &#224; nos conditions de vie, &#224; notre psychologie. C'est une venue de l'Esprit de saintet&#233; dans notre humanit&#233; bless&#233;e. C'est une aventure dans la vie de foi, d'esp&#233;rance et d'amour.
Pour Th&#233;r&#232;se, l'oraison est un chemin de sanctification puisqu'il est marche et ouverture vers Celui qui est la saintet&#233; m&#234;me. La saintet&#233; n'est pas un &#233;tat qui s'obtient &#224; coup de volont&#233;, &#224; coup d'asc&#232;se, de je&#251;nes r&#233;p&#233;t&#233;s. Notre regard est un peu fauss&#233; &#224; ce niveau par toutes les projections mentales, toutes les id&#233;es que nous avons sur la perfection. Nous assimilons souvent perfection et saintet&#233; parce que tous les messages que nous recevons au quotidien exaltent cette id&#233;e. Nous avons devant les yeux les images publicitaires d'hommes ou de femmes parfaites dans leur corps, dans leur mental, dans leur vie conjugale. Nous avons devant les yeux l'image d'&#234;tres infaillibles performants, efficaces, rapides des h&#233;ros de films ou de sportifs. Or la vie, et la vie spirituelle surtout, n'est pas faite de comp&#233;titions &#224; gagner. Mais elle bien plus que cela. Elle est d'abord r&#233;conciliation de moi avec moi-m&#234;me par la prise en compte de mes failles, de mes limites reconnues et accept&#233;es. Elle est prise de conscience de ma finitude et de celle des autres.
Ce qui permet cette prise de conscience de mon humanit&#233; qui est &#234;tre en relation, c'est la d&#233;couverte et l'accueil de l'amour infini du Dieu Sauveur. C'est dans ce double accueil assum&#233; et accept&#233; qu'il y a ouverture vers l'infini de ce Dieu qui se donne en sa beaut&#233; en sa tendresse. Il y a donc pas &#224; pas sur le chemin de l'oraison des phases de conversion d'un Dieu imagin&#233; &#224; un Dieu qui se r&#233;v&#232;le. Il y a r&#233;conciliation en profondeur avec ce Dieu qui va bien au-del&#224; de toutes les images que j'ai pu me faire de lui. C'est cette rencontre qui m'aide &#224; faire les diff&#233;rents passages de la vie spirituelle que nous avons commenc&#233; &#224; aborder. Car plus son visage est mis &#224; jour, plus j'accepte sa pr&#233;sence, plus je la d&#233;sire m&#234;me. Cette rencontre permet en m&#234;me temps d'assumer ma propre humanit&#233; dans sa r&#233;alit&#233; car c'est cette humanit&#233; bless&#233;e, imparfaite que Dieu vient &#233;pouser pour la transformer. Ma petitesse, ma finitude se d&#233;voilent, mais ne provoquent pas d'humiliation, elles ne sont pas non plus &#233;crasement, bien au contraire puisqu'elles permettent l'accueil de l'infini de Dieu dans la singularit&#233; de mon humanit&#233;. C'est bien cette exaltation que je cherche sans le savoir. La saintet&#233; est donc cette ouverture du c&#339;ur &#224; ce Dieu infiniment bon pour qu'il puisse mettre en mon c&#339;ur le plus profond de lui-m&#234;me, son Esprit Saint. La saintet&#233; est donc et surtout l'accueil de Dieu dans ma vie pour qu'il puisse y faire son &#339;uvre de r&#233;conciliation. C'est le chemin de l'incarnation de l'Esprit de Dieu dans mon humanit&#233;. C'est lui qui fait l'essentiel du travail dans notre humanit&#233; consentante. Notre part, c'est de nous engager dans ce travail de r&#233;conciliation et donc de v&#233;rit&#233;. Mais il y a des t&#233;n&#232;bres en nous qui n'aiment pas le travail de la lumi&#232;re et ce peut &#234;tre l'occasion de conflits et de souffrances. C'est le prix de la conversion, du d&#233;ploiement de tout ce qui a &#233;t&#233; froiss&#233;, de tout ce qui est limit&#233; et &#233;troit pour une vie plus grande. Entrer dans le chemin de l'oraison, c'est entendre cet appel &#224; naviguer au large qui r&#233;side au fond du c&#339;ur.
L'oraison nous entra&#238;ne sur ces rives lointaines par ce qu'elle est br&#232;che ouverte &#224; la lumi&#232;re divine. Elle est appel de notre d&#233;sir le plus profond &#224; s'ouvrir &#224; cette relation d'amour de Dieu. Elle est appel de l'amour &#224; s'engager dans une relation de plus en plus &#233;troite avec Dieu et du coup elle nous rend solidaire de l'humanit&#233; pour y porter cette joie, cette esp&#233;rance qui jaillit du plus profond de l'&#234;tre. Elle est marque de l'infini de notre &#234;tre dans un corps limit&#233; et faillible. Elle est appel de l'infini de Dieu dans la particularit&#233; de nos existences. Finalement elle devient d&#233;bordement de la joie de Dieu. Mais avant il faut que la joie de Dieu fasse son nid en nos c&#339;urs, qu'elle s'y installe.
Dans les chapitres suivants Th&#233;r&#232;se de J&#233;sus commencera &#224; parler de l'oraison de qui&#233;tude. Dans cette forme d'oraison, les&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &#171; d&#233;lices et les contentements sont si diff&#233;rents de ceux d'ici-bas qu'ils semblent combler le vide fait en notre &#226;me par nos p&#233;ch&#233;s. C'est au plus intime d'elle-m&#234;me que notre &#226;me ressent cette satisfaction. Il lui semble tout trouver &#224; la fois, sans savoir ce qu'elle a trouv&#233;. &#187; V 14,6
.
Th&#233;r&#232;se continue sa route &#224; vous de la lire maintenant si vous voulez aller plus loin et profiter de son exp&#233;rience. Joie &#224; vous dans l'Esprit.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;/div&gt;
		
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