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		<title>Carmel en France</title>
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		<title>Car&#234;me 2025 &#8211; Th&#233;r&#232;se de Lisieux et le myst&#232;re pascal</title>
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&lt;a href="https://www.carmel.asso.fr/-Textes-et-ecrits-.html" rel="directory"&gt;Textes et &#233;crits&lt;/a&gt;


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		<title>Manuscrit A - Le Carmel (68v&#176;-84v&#176;)</title>
		<link>https://www.carmel.asso.fr/Manuscrit-A-Le-Carmel-68vo-84vo.html</link>
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		<dc:subject>Sommaire</dc:subject>
		<dc:subject>Quoi de neuf ?</dc:subject>

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&lt;p&gt;I - Les premiers pas 1) L'entr&#233;e au Carmel Le lundi 9 Avril, jour o&#249; le Carmel c&#233;l&#233;brait la f&#234;te de l'Annonciation, remise &#224; cause du car&#234;me, fut choisi pour mon entr&#233;e. La veille toute la famille &#233;tait r&#233;unie autour de la table o&#249; je devais m'asseoir une derni&#232;re fois. Ah ! que ces r&#233;unions intimes sont d&#233;chirantes !&#8230; Alors qu'on voudrait se voir oubli&#233;e, les caresses, les paroles les plus tendres sont prodigu&#233;es et font sentir le sacrifice de la s&#233;paration&#8230; Papa ne disait presque rien (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.carmel.asso.fr/-Manuscrit-A-.html" rel="directory"&gt;Manuscrit A&lt;/a&gt;

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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;I - Les premiers pas&lt;/h2&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;1) L'entr&#233;e au Carmel&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Le lundi 9 Avril, jour o&#249; le Carmel c&#233;l&#233;brait la f&#234;te de l'Annonciation, remise &#224; cause du car&#234;me, fut choisi pour mon entr&#233;e. La veille toute la famille &#233;tait r&#233;unie autour de la table o&#249; je devais m'asseoir une derni&#232;re fois. Ah ! que ces r&#233;unions intimes sont d&#233;chirantes !&#8230; Alors qu'on voudrait se voir oubli&#233;e, les caresses, les paroles les plus tendres sont prodigu&#233;es et font sentir le sacrifice de la s&#233;paration&#8230; Papa ne disait presque rien mais son regard se posait sur moi avec amour&#8230; Ma Tante pleurait de temps en temps et mon Oncle me faisait mille compliments affectueux. Jeanne et Marie &#233;taient aussi remplies de d&#233;licatesses pour moi, surtout Marie qui me [69r&#176;] prenant &#224; l'&#233;cart, me demanda pardon des peines qu'elle croyait m'avoir caus&#233;es. Enfin ma ch&#232;re petite L&#233;onie, revenue de la Visitation depuis quelques mois, me comblait plus encore de baisers et de caresses. Il n'y a que de C&#233;line dont je n'ai pas parl&#233;, mais vous devinez, ma M&#232;re ch&#233;rie, comment se passa la derni&#232;re nuit o&#249; nous avons couch&#233; ensemble&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le matin du grand jour, apr&#232;s avoir jet&#233; un dernier regard sur les Buissonnets, ce nid gracieux de mon enfance que je ne devais plus revoir, je partis au bras de mon Roi ch&#233;ri pour gravir la montagne du Carmel&#8230; Comme la veille toute la famille se trouva r&#233;unie pour entendre la Sainte Messe et y communier. Aussit&#244;t que J&#233;sus fut descendu dans le c&#339;ur de mes parents ch&#233;ris, je n'entendis autour de moi que des sanglots, il n'y eut que moi qui ne versai pas de larmes, mais je sentis mon c&#339;ur battre avec une telle violence qu'il me sembla impossible d'avancer lorsqu'on vint nous faire signe de venir &#224; la porte conventuelle ; j'avan&#231;ai cependant tout en me demandant si je n'allais pas mourir par la force des battements de mon c&#339;ur&#8230; Ah ! quel moment que celui-l&#224; ! Il faut y avoir pass&#233; pour savoir ce qu'il est&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mon &#233;motion ne se traduisit pas au dehors : apr&#232;s avoir embrass&#233; tous les membres de ma famille ch&#233;rie, je me mis &#224; genoux devant mon incomparable P&#232;re, lui demandant sa b&#233;n&#233;diction ; pour me la donner il se mit lui-m&#234;me &#224; genoux et me b&#233;nit en pleurant&#8230; C'&#233;tait un spectacle qui devait faire sourire les anges que celui de ce vieillard pr&#233;sentant au Seigneur son enfant encore au printemps de la vie !&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelques instants apr&#232;s, les portes de l'arche sainte se fermaient sur moi Gn 7,16 et l&#224; je recevais les embrassements des s&#339;urs ch&#233;ries qui m'avaient servi de m&#232;res et que j'allais d&#233;sormais prendre pour mod&#232;les de mes actions&#8230; Enfin mes d&#233;sirs &#233;taient accomplis, mon &#226;me ressentait une PAIX si douce et si profonde qu'il me serait impossible [69v&#176;] de l'exprimer et depuis sept ans et demi cette paix intime est rest&#233;e mon partage, elle ne m'a pas abandonn&#233;e au milieu des plus grandes &#233;preuves.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme toutes les postulantes je fus conduite au ch&#339;ur aussit&#244;t apr&#232;s mon entr&#233;e ; il &#233;tait sombre &#224; cause du Saint Sacrement expos&#233; et ce qui frappa d'abord mes regards, furent les yeux de notre sainte M&#232;re Genevi&#232;ve qui se fix&#232;rent sur moi ; je restai un moment &#224; genoux &#224; ses pieds remerciant le bon Dieu de la gr&#226;ce qu'Il m'accordait de conna&#238;tre une sainte et puis je suivis la M&#232;re Marie de Gonzague dans les diff&#233;rents endroits de la communaut&#233; ; tout me semblait ravissant, je me croyais transport&#233;e dans un d&#233;sert, notre petite cellule surtout me charmait, mais la joie que je ressentais &#233;tait calme, le plus l&#233;ger z&#233;phyr ne faisait pas onduler les eaux tranquilles sur lesquelles voguait ma petite nacelle, aucun nuage n'obscurcissait mon ciel d'azur&#8230; ah ! j'&#233;tais pleinement r&#233;compens&#233;e de toutes mes &#233;preuves&#8230; Avec quelle joie profonde je r&#233;p&#233;tais ces paroles : &#171; C'est pour toujours, toujours que je suis ici !&#8230; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce bonheur n'&#233;tait pas &#233;ph&#233;m&#232;re, il ne devait point s'envoler avec &#171; les illusions des premiers jours. &#187; Les illusions, le bon Dieu m'a fait la gr&#226;ce de n'en avoir AUCUNE en entrant au Carmel ; j'ai trouv&#233; la vie religieuse telle que je me l'&#233;tais figur&#233;e, aucun sacrifice ne m'&#233;tonna et cependant, vous le savez, ma M&#232;re ch&#233;rie, mes premiers pas ont rencontr&#233; plus d'&#233;pines que (de) roses !&#8230; Oui, la souffrance m'a tendu les bras et je m'y suis jet&#233;e avec amour&#8230; Ce que je venais faire au Carmel, je l'ai d&#233;clar&#233; aux pieds de J&#233;sus-Hostie, dans l'examen qui pr&#233;c&#233;da ma profession : &#171; je suis venue pour sauver les &#226;mes et surtout afin de prier pour les pr&#234;tres. &#187; Lorsqu'on veut atteindre un but, il faut en prendre les moyens ; J&#233;sus me fit comprendre que c'&#233;tait par la croix qu'Il voulait me donner des &#226;mes et mon attrait pour la souffrance grandit &#224; mesure que la souffrance augmentait. Pendant cinq ann&#233;es cette voie fut la mienne ; mais [70r&#176;] &#224; l'ext&#233;rieur, rien ne traduisait ma souffrance d'autant plus douloureuse que j'&#233;tais seule &#224; la conna&#238;tre. Ah ! quelle surprise &#224; la fin du monde nous aurons en lisant l'histoire des &#226;mes !&#8230; Qu'il y aura de personnes &#233;tonn&#233;es en voyant la voie par laquelle la mienne a &#233;t&#233; conduite&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;MereMarieDeGonzague&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;2) La confession g&#233;n&#233;rale&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Cela est si vrai que, deux mois apr&#232;s mon entr&#233;e, le P&#232;re Pichon &#233;tant venu pour la profession de S&#339;ur Marie du Sacr&#233;-C&#339;ur, il fut surpris de voir ce que le Bon Dieu faisait en mon &#226;me et me dit que la veille, m'ayant consid&#233;r&#233;e priant au ch&#339;ur, il croyait ma ferveur tout enfantine et ma voie bien douce. Mon entrevue avec le bon P&#232;re fut pour moi une consolation bien grande, mais voil&#233;e de larmes &#224; cause de la difficult&#233; que j'&#233;prouvais &#224; ouvrir mon &#226;me. Je fis cependant une confession g&#233;n&#233;rale, comme jamais je n'en avais faite ; &#224; la fin le P&#232;re me dit ces paroles, les plus consolantes qui soient venues retentir &#224; l'oreille de mon &#226;me : &#171; En pr&#233;sence du Bon Dieu, de la Sainte Vierge et de tous les Saints, JE DECLARE QUE JAMAIS VOUS N'AVEZ COMMIS UN SEUL PECHE MORTEL. &#187; Puis il ajouta : remerciez le Bon Dieu de ce qu'il fait pour vous, car s'il vous abandonnait, au lieu d'&#234;tre un petit ange, vous deviendriez un petit d&#233;mon. Ah ! je n'avais pas de peine &#224; le croire, je sentais combien j'&#233;tais faible et imparfaite, mais la reconnaissance remplissait mon &#226;me ; j'avais une si grande crainte d'avoir terni la robe de mon Bapt&#234;me, qu'une telle assurance sortie de la bouche d'un directeur comme les d&#233;sirait Notre Sainte M&#232;re Th&#233;r&#232;se, c'est-&#224;-dire unissant la science &#224; la vertu, me paraissait sortie de la bouche m&#234;me de J&#233;sus&#8230; Le bon P&#232;re me dit encore ces paroles qui se sont doucement grav&#233;es dans mon c&#339;ur : &#171; Mon enfant, que Notre Seigneur soit toujours votre Sup&#233;rieur et votre Ma&#238;tre des novices. &#187; Il le fut en effet et aussi &#171; Mon directeur &#187;. Ce n'est pas que je veuille dire par l&#224; que mon &#226;me ait &#233;t&#233; ferm&#233;e pour mes Sup&#233;rieures, ah ! loin de l&#224;, j'ai toujours essay&#233; qu'elle leur soit un livre [70v&#176;] ouvert ; mais notre M&#232;re, souvent malade, avait peu le temps de s'occuper de moi. Je sais qu'elle m'aimait beaucoup et disait de moi tout le bien possible, cependant le Bon Dieu permettait qu'&#224; son insu, elle f&#251;t TRES SEVERE ; je ne pouvais la rencontrer sans baiser la terre, il en &#233;tait de m&#234;me dans les rares directions que j'avais avec elle&#8230; Quelle gr&#226;ce inappr&#233;ciable !&#8230; Comme le Bon Dieu agissait visiblement en celle qui tenait sa place !&#8230; Que serais-je devenue si, comme le croyaient les personnes du monde, j'avais &#233;t&#233; &#171; le joujou &#187; de la communaut&#233; ?&#8230; Peut-&#234;tre au lieu de voir Notre-Seigneur en mes Sup&#233;rieures n'aurais-je consid&#233;r&#233; que les personnes et mon c&#339;ur, si bien gard&#233; dans le monde, se serait attach&#233; humainement dans le clo&#238;tre&#8230; Heureusement je fus pr&#233;serv&#233;e de ce malheur. Sans doute, j'aimais beaucoup notre M&#232;re, mais d'une affection pure qui m'&#233;levait vers L'&#201;poux de mon &#226;me&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;3) J&#233;sus, le Directeur de Th&#233;r&#232;se&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Notre ma&#238;tresse &#233;tait une vraie sainte, le type achev&#233; des premi&#232;res carm&#233;lites ; toute la journ&#233;e j'&#233;tais avec elle, car elle m'apprenait &#224; travailler. Sa bont&#233; pour moi &#233;tait sans bornes et cependant mon &#226;me ne se dilatait pas&#8230; Ce n'&#233;tait qu'avec effort qu'il m'&#233;tait possible de faire direction, n'&#233;tant pas habitu&#233;e &#224; parler de mon &#226;me je ne savais comment exprimer ce qui s'y passait. Une bonne vieille m&#232;re comprit un jour ce que je ressentais, elle me dit en riant &#224; la r&#233;cr&#233;ation : &#171; Ma petite fille, il me semble que vous ne devez pas avoir grand'chose &#224; dire &#224; vos sup&#233;rieures. &#187; &#171; Pourquoi, ma M&#232;re, dites-vous cela ?&#8230; &#187; &#034;Parce que votre &#226;me est extr&#234;mement simple, mais quand vous serez parfaite, vous serez encore plus simple, &lt;strong&gt;plus on s'approche du Bon Dieu, plus on se simplifie.&lt;/strong&gt;&#034; La bonne M&#232;re avait raison ; cependant la difficult&#233; que j'avais &#224; ouvrir mon &#226;me, tout en venant de ma simplicit&#233;, &#233;tait une v&#233;ritable &#233;preuve, je le reconnais maintenant, car sans cesser d'&#234;tre simple [71r&#176;] j'exprime mes pens&#233;es avec une tr&#232;s grande facilit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai dit que J&#233;sus avait &#233;t&#233; &#034;mon Directeur&#034; En entrant au Carmel je fis connaissance avec celui qui devait m'en servir, mais &#224; peine m'avait-il admise au nombre de ses enfants qu'il partit pour l'exil&#8230; Ainsi je ne l'avais connu que pour en &#234;tre aussit&#244;t priv&#233;e&#8230; R&#233;duite &#224; recevoir de lui une lettre par an, sur douze que je lui &#233;crivais, mon c&#339;ur se tourna bien vite vers le Directeur des directeurs et ce fut Lui qui m'instruisit de cette science cach&#233;e aux savants et aux sages qu'Il daigne r&#233;v&#233;ler aux petits&#8230; Lc 10,21&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;II - La prise d'habit&lt;/h2&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;1) Introduction&lt;/h3&gt;&lt;h4 class=&#034;spip&#034;&gt;a) Place centrale de la Sainte Face&lt;/h4&gt;
&lt;p&gt;La petite fleur transplant&#233;e sur la montagne du Carmel devait s'&#233;panouir &#224; l'ombre de la Croix ; les larmes, le sang de J&#233;sus devinrent sa ros&#233;e et son Soleil fut sa Face Adorable voil&#233;e de pleurs&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;h4 class=&#034;spip&#034;&gt;b) R&#244;le de M&#232;re Agn&#232;s dans cette d&#233;votion&lt;/h4&gt;
&lt;p&gt;Jusqu'alors je n'avais pas sond&#233; la profondeur des tr&#233;sors cach&#233;s dans la Sainte Face, ce fut par vous, ma M&#232;re ch&#233;rie, que j'appris &#224; les conna&#238;tre, de m&#234;me qu'autrefois vous nous aviez toutes pr&#233;c&#233;d&#233;es au Carmel, de m&#234;me vous aviez p&#233;n&#233;tr&#233; la premi&#232;re les myst&#232;res d'amour cach&#233;s dans le Visage de notre &#201;poux ; alors vous m'avez appel&#233;e et j'ai compris&#8230; J'ai compris ce qu'&#233;tait la v&#233;ritable gloire. Celui dont le royaume n'est pas de ce monde me montra que la vraie sagesse consiste &#224; &#171; vouloir &#234;tre ignor&#233;e et compt&#233;e pour rien, &#224; mettre sa joie dans le m&#233;pris de soi-m&#234;me &#187;&#8230; Ah ! comme celui de J&#233;sus, je voulais que : &#171; Mon visage soit vraiment cach&#233;, que sur la terre personne ne me reconnaisse. &#187; J'avais soif de souffrir et d'&#234;tre oubli&#233;e&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;h4 class=&#034;spip&#034;&gt;c) Mis&#233;ricorde de Dieu&lt;/h4&gt;
&lt;p&gt;Qu'elle est mis&#233;ricordieuse la voie par laquelle le Bon Dieu m'a toujours conduite, jamais Il ne m'a fait d&#233;sirer quelque chose sans me le donner, aussi son calice amer me parut-il d&#233;licieux&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;2) Le r&#233;cit proprement dit&lt;/h3&gt;&lt;h4 class=&#034;spip&#034;&gt;a) Introduction&lt;/h4&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s les radieuses f&#234;tes du moi de Mai, f&#234;tes de la profession et prise de voile de notre ch&#232;re Marie, l'a&#238;n&#233;e de la famille que la derni&#232;re eut le bonheur de couronner au jour de ses noces, il fallait bien que l'&#233;preuve v&#238;nt, nous visiter&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;MaladieDeMrMartin&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h4 class=&#034;spip&#034;&gt;b) Prodromes de la maladie&lt;/h4&gt;
&lt;p&gt;L'ann&#233;e pr&#233;c&#233;dente au mois de Mai, Papa avait &#233;t&#233; atteint d'une attaque de paralysie dans les jambes, notre inqui&#233;tude fut bien grande alors, mais le fort temp&#233;rament de mon Roi ch&#233;ri prit bient&#244;t le dessus et nos craintes disparurent ; cependant plus d'une fois pendant le voyage de Rome, nous avions remarqu&#233; qu'il se fatiguait facilement, qu'il n'&#233;tait plus aussi gai que d'habitude&#8230; Ce que surtout j'avais remarqu&#233; c'&#233;tait les progr&#232;s que Papa faisait dans la perfection ; &#224; l'exemple de Saint Fran&#231;ois de Sales, il &#233;tait parvenu &#224; se rendre ma&#238;tre de sa vivacit&#233; naturelle au point qu'il paraissait avoir la nature la plus douce du monde&#8230; Les choses de la terre semblaient &#224; peine l'effleurer, il prenait facilement le dessus des contrari&#233;t&#233;s de cette vie, enfin le Bon Dieu l'inondait de consolations ; pendant ses visites journali&#232;res au Saint Sacrement ses yeux se remplissaient souvent de larmes et son visage respirait une b&#233;atitude c&#233;leste&#8230; Lorsque L&#233;onie sortit de le Visitation, il ne s'affligea pas, ne fit aucun reproche au Bon Dieu de n'avoir pas exauc&#233; les pri&#232;res qu'il Lui avait faites pour obtenir la vocation de sa ch&#232;re fille, ce fut m&#234;me avec une certaine joie qu'il partit la chercher&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voici avec quelle foi Papa accepta la s&#233;paration de sa petite reine, il l'annon&#231;ait en ces termes &#224; ses amis d'Alen&#231;on : &#171; Bien chers Amis, Th&#233;r&#232;se, ma petite reine, est entr&#233;e hier au Carmel !&#8230; Dieu seul peut exiger un tel sacrifice&#8230; Ne me plaignez pas, car mon c&#339;ur surabonde de joie. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;h4 class=&#034;spip&#034;&gt;c) Interpr&#233;tation de Th&#233;r&#232;se&lt;/h4&gt;
&lt;p&gt;Il &#233;tait temps qu'un aussi fid&#232;le serviteur re&#231;&#251;t le prix de ses travaux, il &#233;tait juste que son salaire ressembl&#226;t &#224; celui que Dieu donna au Roi du Ciel, son Fils unique&#8230; Papa venait d'offrir &#224; Dieu un Autel, ce fut lui la victime choisie pour y &#234;tre immol&#233;e avec l'Agneau sans tache. Vous connaissez, ma M&#232;re ch&#233;rie, nos amertumes du mois de Juin et surtout du 24 de l'ann&#233;e 1888, ces souvenirs sont trop bien grav&#233;s au fond de nos c&#339;urs pour qu'il soit n&#233;cessaire de les &#233;crire&#8230; O ma M&#232;re ! que nous avons souffert !&#8230; et ce n'&#233;tait encore que le commencement de notre &#233;preuve&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;h4 class=&#034;spip&#034;&gt;d) La f&#234;te de la prise d'habit&lt;/h4&gt;
&lt;p&gt;Cependant l'&#233;poque de ma prise d'habit &#233;tant arriv&#233;e ; je fus re&#231;ue par le chapitre, mais comment songer &#224; faire une c&#233;r&#233;monie ? D&#233;j&#224; l'on parlait de me donner le saint habit sans me faire sortir, lorsqu'on d&#233;cida d'attendre. Contre toute esp&#233;rance, notre P&#232;re ch&#233;ri se remit de sa seconde attaque et Monseigneur fixa la c&#233;r&#233;monie au 10 Janvier. L'attente avait &#233;t&#233; longue, mais aussi, quelle belle f&#234;te !&#8230; rien n'y manquait, rien, pas m&#234;me la neige&#8230; Je ne sais pas si d&#233;j&#224; je vous ai parl&#233; de mon amour pour la neige ?&#8230; Toute petite, sa blancheur me ravissait ; un des plus grands plaisirs &#233;tait de me promener sous les flocons neigeux. D'o&#249; me venait ce go&#251;t pour la neige ?&#8230; Peut-&#234;tre de ce qu'&#233;tant une petite fleur d'hiver la premi&#232;re parure dont mes yeux d'enfant virent la nature embellie dut &#234;tre son blanc manteau&#8230; Enfin j'avais toujours d&#233;sir&#233; que le jour de ma prise d'habit la nature f&#251;t comme moi par&#233;e de blanc. La veille de ce beau jour je regardais tristement le ciel gris d'o&#249; s'&#233;chappait de temps en temps une pluie fine et la temp&#233;rature &#233;tait si douce que je n'esp&#233;rais plus la neige. Le matin suivant, le Ciel n'avait pas chang&#233; ; cependant la f&#234;te fut ravissante, et la plus belle, la plus ravissante fleur &#233;tait mon Roi ch&#233;ri, jamais il n'avait &#233;t&#233; plus beau, plus digne&#8230; Il fit l'admiration de tout le monde, ce jour fut son triomphe, sa derni&#232;re f&#234;te ici-bas. Il avait donn&#233; tous ses enfants au Bon Dieu, car C&#233;line lui ayant confi&#233; sa vocation, il avait pleur&#233; de joie et &#233;tait all&#233; avec elle remercier Celui qui &#171; lui faisait l'honneur de prendre tous ses enfants &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la fin de la c&#233;r&#233;monie Monseigneur entonna le Te Deum, un pr&#234;tre essaya de faire remarquer que ce cantique ne se chantait qu'aux professions, mais l'&#233;lan &#233;tait donn&#233; et l'hymne d'action de gr&#226;ces se continua jusqu'au bout. Ne fallait-il pas que la f&#234;te f&#251;t compl&#232;te puisqu'en elle se r&#233;unissaient toutes les autres ?&#8230; Apr&#232;s avoir embrass&#233; une derni&#232;re fois mon Roi ch&#233;ri, je rentrai dans la cl&#244;ture, la premi&#232;re chose que j'aper&#231;us sous le clo&#238;tre fut &#171; mon petit J&#233;sus rose &#187; me souriant au milieu des fleurs et des lumi&#232;res et puis aussit&#244;t mon regard se porta sur des flocons de neige&#8230; le pr&#233;au &#233;tait blanc comme moi. Quelle d&#233;licatesse de J&#233;sus ! Pr&#233;venant les d&#233;sirs de sa petite fianc&#233;e, il lui donnait de la neige&#8230; De la neige, quel est donc le mortel, si puissant f&#251;t-il, qui puisse en faire tomber du Ciel pour charmer sa bien-aim&#233;e ?&#8230; Peut-&#234;tre les personnes du monde se firent-elles cette question, ce qu'il y a de certain, c'est que la neige de ma prise d'habit leur parut un petit miracle et que toute la ville s'en &#233;tonna. On trouva que j'avais un dr&#244;le de go&#251;t d'aimer la neige&#8230; Tant mieux ! cela fit encore ressortir davantage l'incompr&#233;hensible condescendance de l'&#201;poux des vierges&#8230; de Celui qui ch&#233;rit les Lys blancs comme la neige !&#8230;Monseigneur entra apr&#232;s la c&#233;r&#233;monie, il fut d'une bont&#233; toute paternelle pour moi. Je crois bien qu'il &#233;tait fier de voir que j'avais r&#233;ussi, il disait &#224; tout le monde que j'&#233;tais &#171; sa petite fille &#187;. A chaque fois qu'elle revint depuis cette belle f&#234;te, sa Grandeur fut toujours bien bonne pour moi, je me souviens surtout de sa visite &#224; l'occasion du centenaire de N. P. St Jean de la Croix. Il me prit la t&#234;te dans ses mains, me fit mille caresses de toutes sortes, jamais je n'avais &#233;t&#233; aussi honor&#233;e ! En m&#234;me temps le Bon Dieu me fit penser aux caresses qu'Il voudra bien me prodiguer devant les anges et les Saints et dont il me donnait une faible image d&#232;s ce monde, aussi la consolation que je ressentis fut bien grande&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;h4 class=&#034;spip&#034;&gt;e) Passion de Mr Martin et souffrance de Th&#233;r&#232;se&lt;/h4&gt;
&lt;p&gt;Comme je viens de le dire la journ&#233;e du 10 Janvier fut le triomphe de mon Roi, je le compare &#224; l'entr&#233;e de J&#233;sus &#224; J&#233;rusalem le jour des rameaux ; comme celle de notre Divin Ma&#238;tre, sa gloire d'un jour fut suivie d'une passion douloureuse et cette passion ne fut pas pour lui seul ; de m&#234;me que les douleurs de J&#233;sus perc&#232;rent d'un glaive le c&#339;ur de sa Divine M&#232;re, ainsi nos c&#339;urs ressentirent les souffrances de celui que nous ch&#233;rissions le plus tendrement sur la terre&#8230; Je me rappelle qu'au mois de Juin 1888, au moment de nos premi&#232;res &#233;preuves, je disais : &#171; Je souffre beaucoup, mais je sens que je puis encore supporter de plus grandes &#233;preuves. &#187; Je ne pensais pas alors &#224; celles qui m'&#233;taient r&#233;serv&#233;es&#8230; Je ne pensais pas que le 12 F&#233;vrier, un mois apr&#232;s ma prise d'habit, notre P&#232;re ch&#233;ri boirait &#224; la plus am&#232;re, &#224; la plus humiliante de toutes les coupes&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ah ! ce jour-l&#224; je n'ai pas dit pouvoir souffrir encore davantage !!!&#8230; Les paroles ne peuvent exprimer nos angoisses, aussi je ne vais pas essayer de les d&#233;crire. Un jour, au Ciel, nous aimerons &#224; nous parler de nos glorieuses &#233;preuves, d&#233;j&#224; ne sommes-nous pas heureuses de les avoir souffertes ?&#8230; Oui les trois ann&#233;es du martyre de Papa me paraissent les plus aimables, les plus fructueuses de toute notre vie, je ne les donnerais pas pour toutes les extases et les r&#233;v&#233;lations des Saints, mon c&#339;ur d&#233;borde de reconnaissance en pensant &#224; ce tr&#233;sor inestimable qui doit causer une sainte jalousie aux Anges de la C&#233;leste cour&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;3) Conclusion sur les fruits de l'&#233;preuve&lt;/h3&gt;&lt;h4 class=&#034;spip&#034;&gt;a) D&#233;sir des souffrances combl&#233;&lt;/h4&gt;
&lt;p&gt;Mon d&#233;sir des souffrances &#233;tait combl&#233;, cependant mon attrait pour elles ne diminuait pas, aussi mon &#226;me partagea-t-elle bient&#244;t les souffrances de mon c&#339;ur. La s&#233;cheresse &#233;tait mon pain quotidien et priv&#233;e de toute consolation j'&#233;tais cependant la plus heureuse des cr&#233;atures, puisque tous mes d&#233;sirs &#233;taient satisfaits&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;h4 class=&#034;spip&#034;&gt;b) Communion des 5 s&#339;urs dans l'amour de J&#233;sus&lt;/h4&gt;
&lt;p&gt;O ma M&#232;re ch&#233;rie ! qu'elle a &#233;t&#233; douce notre grande &#233;preuve, puisque de tous nos c&#339;urs ne sont sortis que des soupirs d'amour et de reconnaissance !&#8230; Nous ne marchions plus dans les sentiers de la perfection, nous volions toutes les 5. Les deux pauvres petites exil&#233;es de Caen, tout en &#233;tant encore dans le monde, n'&#233;taient plus du monde&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;h4 class=&#034;spip&#034;&gt;c) Communion entre C&#233;line et Th&#233;r&#232;se&lt;/h4&gt;
&lt;p&gt;Ah ! quelles merveilles l'&#233;preuve a faites dans l'&#226;me de ma C&#233;line ch&#233;rie !&#8230; Toutes les lettres qu'elle &#233;crivait &#224; cette &#233;poque sont empreintes de r&#233;signation et d'amour&#8230; Et qui pourra dire les parloirs que nous avions ensemble ?&#8230; Ah ! loin de nous s&#233;parer les grilles du Carmel unissaient plus fortement nos &#226;mes, nous avions les m&#234;mes pens&#233;es, les m&#234;mes d&#233;sirs, le m&#234;me amour de J&#233;sus et des &#226;mes&#8230; Lorsque C&#233;line et Th&#233;r&#232;se se parlaient, jamais un mot des choses de la terre ne se m&#234;lait &#224; leurs conversations qui d&#233;j&#224; &#233;taient toutes dans le Ciel. Comme autrefois dans le belv&#233;d&#232;re, elles r&#234;vaient les choses de l'&#233;ternit&#233; et pour jouir bient&#244;t de ce bonheur sans fin, elles choisissaient ici-bas pour unique partage &#171; La souffrance et le m&#233;pris &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;4) Le temps des fian&#231;ailles&lt;/h3&gt;&lt;h4 class=&#034;spip&#034;&gt;a) La profession diff&#233;r&#233;e&lt;/h4&gt;
&lt;p&gt;Ainsi s'&#233;coula le temps de mes fian&#231;ailles&#8230; Il fut bien long pour la pauvre petite Th&#233;r&#232;se ! Au bout de mon ann&#233;e, Notre M&#232;re me dit de ne pas songer &#224; demander la profession, que certainement Monsieur le Sup&#233;rieur repousserait ma pri&#232;re, je dus attendre encore huit mois&#8230; Au premier moment il me fut bien difficile d'accepter ce grand sacrifice, mais bient&#244;t la lumi&#232;re se fit dans mon &#226;me ; je m&#233;ditais alors les &#034;Fondements de la vie spirituelle&#034; par le P&#232;re Surin ; un jour pendant l'oraison je compris que mon d&#233;sir si vif de faire profession &#233;tait m&#233;lang&#233; d'un grand amour-propre ; puisque je m'&#233;tais donn&#233;e &#224; J&#233;sus pour lui faire plaisir, le consoler, [64r&#176;] je ne devais pas l'obliger &#224; faire ma volont&#233; au lieu de la sienne ; je compris encore qu'une fianc&#233;e devait &#234;tre par&#233;e pour le jour de ses noces et moi je n'avais rien fait dans ce but&#8230; alors je dis J&#233;sus : &#034;O mon Dieu ! je ne vous demande pas de prononcer mes saints v&#339;ux, j'attendrai autant que vous le voudrez, seulement je ne veux pas que par ma faute mon union avec vous soit diff&#233;r&#233;e, aussi je vais mettre tous mes soins &#224; me faire une belle robe enrichie de pierreries ; quand vous la trouverez assez richement orn&#233;e je suis s&#251;re que toutes les cr&#233;atures ne vous emp&#234;cheront pas de descendre vers moi afin de m'unir pour toujours &#224; vous, &#244; mon Bien-Aim&#233; !&#8230;&#034;&lt;/p&gt;
&lt;h4 class=&#034;spip&#034;&gt;b)Le v&#339;u de pauvret&#233;&lt;/h4&gt;
&lt;p&gt;Depuis ma prise d'habit, j'avais d&#233;j&#224; re&#231;u d'abondantes lumi&#232;res sur la perfection religieuse, principalement au sujet du v&#339;u de Pauvret&#233;. Pendant mon postulat, j'&#233;tais contente d'avoir de gentilles choses &#224; mon usage et de trouver sous la main tout ce qui m'&#233;tait n&#233;cessaire. &#034;Mon Directeur&#034; souffrait cela patiemment, car Il n'aime pas &#224; tout montrer aux &#226;mes en m&#234;me temps. Il donne ordinairement sa lumi&#232;re petit &#224; petit. (Au commencement de ma vie spirituelle, vers l'&#226;ge de treize &#224; quatorze ans, je me demandais ce que plus tard j'aurais &#224; gagner, car je croyais qu'il m'&#233;tait impossible de mieux comprendre la perfection ; j'ai reconnu bien vite que plus on avance dans ce chemin, plus on se croit &#233;loign&#233; du terme, aussi maintenant je me r&#233;signe &#224; me voir toujours imparfaite et j'y trouve ma joie&#8230;) je reviens aux le&#231;ons que me donna &#034;mon Directeur&#034;. Un soir apr&#232;s complies je cherchai vainement notre petite lampe sur les planches r&#233;serv&#233;es &#224; cet usage, c'&#233;tait grand silence, impossible de la r&#233;clamer&#8230; je compris qu'une s&#339;ur croyant prendre sa lampe avait pris la n&#244;tre dont j'avais un tr&#232;s grand besoin ; au lieu de ressentir du chagrin d'en &#234;tre priv&#233;e, je fus bien heureuse, sentant que la pauvret&#233; consiste &#224; se voir priv&#233;e non pas seulement des choses agr&#233;ables mais encore [74v&#176;] des choses indispensables, ainsi dans les t&#233;n&#232;bres ext&#233;rieures je fus illumin&#233;e int&#233;rieurement&#8230; Je fus prise &#224; cette &#233;poque d'un v&#233;ritable amour pour les objets les plus laids et les moins commodes, ainsi ce fut avec joie que je me vis enlever la jolie petite cruche de notre cellule et donner &#224; sa place une grosse cruche tout &#233;br&#233;ch&#233;e&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;h4 class=&#034;spip&#034;&gt;c) L'humilit&#233;&lt;/h4&gt;
&lt;p&gt;Je faisais aussi bien des efforts pour ne pas m'excuser, ce qui me semblait bien difficile surtout avec notre Ma&#238;tresse &#224; laquelle je n'aurais voulu rien cacher ; voici ma premi&#232;re victoire, elle n'est pas grande mais elle m'a bien co&#251;t&#233;. Un petit vase plac&#233; derri&#232;re une fen&#234;tre se trouva bris&#233;, notre Ma&#238;tresse croyant que c'&#233;tait moi qui l'avais laiss&#233; tra&#238;ner, me le montra en disant de faire plus attention une autre fois. Sans rien dire je baisai la terre, ensuite je promis d'avoir plus d'ordre &#224; l'avenir. A cause de mon peu de vertu ces petites pratiques me co&#251;taient beaucoup et j'avais besoin de penser qu'au jugement dernier tout serait r&#233;v&#233;l&#233;, Mt 25,31-40 car je faisais cette remarque, lorsqu'on fait son devoir, ne s'excusant jamais, personne ne le sait, au contraire, les imperfections paraissent tout de suite&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;h4 class=&#034;spip&#034;&gt;d) pratiquer les petites vertus&lt;/h4&gt;
&lt;p&gt;Je m'appliquais surtout &#224; pratiquer les petites vertus, n'ayant pas la facilit&#233; d'en pratiquer de grandes, ainsi j'aimais &#224; plier les manteaux oubli&#233;s par les s&#339;urs et &#224; leur rendre tous les petits services que je pouvais. L'amour de la mortification me fut aussi donn&#233;, il fut d'autant plus grand que rien ne m'&#233;tait permis pour le satisfaire&#8230; La seule petite mortification que je faisais dans le monde et qui consistait &#224; ne pas m'appuyer le dos lorsque j'&#233;tais assise me fut d&#233;fendue &#224; cause de ma propension &#224; me vo&#251;ter. H&#233;las ! mon ardeur n'aurait sans doute pas &#233;t&#233; de longue dur&#233;e si l'on m'avait accord&#233; beaucoup de p&#233;nitences&#8230; Celles qu'on m'accordait sans que je les demande consistaient &#224; mortifier mon amour-propre, ce qui me faisait beaucoup plus de bien que les p&#233;nitences corporelles&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[75r&#176;] Le r&#233;fectoire qui fut mon emploi aussit&#244;t apr&#232;s ma prise d'habit me fournit plus d'une occasion de mettre mon amour-propre &#224; sa place, c'est-&#224;-dire sous les pieds&#8230; Il est vrai que j'avais une grande consolation d'&#234;tre dans le m&#234;me emploi que vous ma M&#232;re ch&#233;rie et de pouvoir contempler de pr&#232;s vos vertus, mais ce rapprochement &#233;tait un sujet de souffrance ; je ne me sentais pas comme autrefois, libre de tout vous dire, il y avait la r&#232;gle &#224; observer, je ne pouvais pas vous ouvrir mon &#226;me, enfin j'&#233;tais au Carmel et non plus aux Buissonnets sous le toit paternel !&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;h4 class=&#034;spip&#034;&gt;e) Ma robe de noces &#233;tait pr&#234;te&lt;/h4&gt;
&lt;p&gt;Cependant, la Ste Vierge m'aidait &#224; pr&#233;parer la robe de mon &#226;me ; aussit&#244;t qu'elle fut achev&#233;e les obstacles s'en all&#232;rent d'eux-m&#234;mes. Monseigneur m'envoya la permission que j'avais sollicit&#233;e, la communaut&#233; voulut bien me recevoir et ma profession fut fix&#233;e au 8 Septembre&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout ce que je viens d'&#233;crire en peu de mots demanderait bien des pages de d&#233;tails, mais ces pages ne se liront jamais sur la terre ; bient&#244;t, ma M&#232;re ch&#233;rie, je vous parlerai de toutes ces choses dans notre maison paternelle, au beau Ciel vers lequel montent les soupirs de nos c&#339;urs !&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ma robe de noces &#233;tait pr&#234;te, elle &#233;tait enrichie des anciens joyaux que m'avait donn&#233;s mon Fianc&#233;, cela ne suffisait pas &#224; sa lib&#233;ralit&#233;. Il voulut me donner un nouveau diamant aux reflets sans nombre. L'&#233;preuve de Papa &#233;tait avec toutes ses douloureuses circonstances les anciens joyaux, et le nouveau fut une &#233;preuve bien petite en apparence, mais qui me fit beaucoup souffrir. Depuis quelque temps, notre pauvre petit P&#232;re, se trouvant un peu mieux, on le faisait sortir en voiture, il &#233;tait m&#234;me question de le faire voyager en chemin de fer pour venir nous voir. Naturellement C&#233;line pensa tout de suite qu'il fallait choisir le jour de ma prise de voile. &#034;Afin de ne pas le fatiguer, disait-elle, je ne le ferai [75v&#176;] pas assister &#224; toute la c&#233;r&#233;monie, seulement &#224; la fin, j'irai le chercher et je le conduirai tout doucement jusqu'aupr&#232;s de la grille afin que Th&#233;r&#232;se re&#231;oive sa b&#233;n&#233;diction.&#034; Ah ! je reconnais bien l&#224; le c&#339;ur de ma C&#233;line ch&#233;rie&#8230; c'est bien vrai que &#034;jamais l'amour ne pr&#233;texte d'impossibilit&#233; parce qu'il se croit tout possible et tout permis&#8230;&#034; La prudence humaine au contraire tremble &#224; chaque pas et n'ose pour ainsi dire poser le pied, aussi le Bon Dieu qui voulait m'&#233;prouver se servit-Il d'elle comme d'un instrument docile et le jour de mes noces je fus vraiment orpheline, n'ayant pas de P&#232;re sur la terre mais pouvant regarder le Ciel avec confiance et dire en toute v&#233;rit&#233; : &#034;Notre P&#232;re qui &#234;tes aux Cieux.&#034; Mt 6,9&lt;/p&gt;
&lt;h4 class=&#034;spip&#034;&gt;f) La retraite de profession&lt;/h4&gt;
&lt;p&gt;Avant de vous parler de cette &#233;preuve j'aurais d&#251;, ma M&#232;re ch&#233;rie, vous parler de la retraite qui pr&#233;c&#233;da ma profession ; elle fut loin de m'apporter des consolations, l'aridit&#233; la plus absolue et presque l'abandon furent mon partage. J&#233;sus dormait comme toujours dans ma petite nacelle ; ah ! je vois bien que rarement les &#226;mes laissent dormir tranquillement en elles. J&#233;sus est si fatigu&#233; de toujours faire des frais et des avances qu'Il s'empresse de profiter du repos que je lui offre. Il ne se r&#233;veillera pas sans doute avant ma grande retraite de l'&#233;ternit&#233;, mais au lieu de me faire de la peine cela me fait un extr&#234;me plaisir&#8230; Mc 4,37-39&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vraiment je suis loin d'&#234;tre une sainte, rien que cela en est une preuve ; je devrais au lieu de me r&#233;jouir de ma s&#233;cheresse, l'attribuer &#224; mon peu de ferveur et de fid&#233;lit&#233;, je devrais me d&#233;soler de dormir (depuis sept ans) pendant mes oraisons et mes actions de gr&#226;ces ; eh bien, je ne me d&#233;sole pas&#8230; je pense que les petits enfants plaisent autant &#224; leurs parents lorsqu'ils dorment que lorsqu'ils sont &#233;veill&#233;s, je pense que pour faire des op&#233;rations, les m&#233;decins [76r&#176;] endorment leurs malades. Enfin je pense que : &#034;Le Seigneur voit notre fragilit&#233;, qu'Il se souvient que nous ne sommes que poussi&#232;re.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ma retraite de profession fut donc comme toutes celles qui la suivirent une retraite de grande aridit&#233; ; cependant le Bon Dieu me montrait clairement sans que je m'en aper&#231;oive, le moyen de Lui plaire et de pratiquer les plus sublimes vertus. J'ai remarqu&#233; bien des fois que J&#233;sus ne veut pas me donner de provisions, il me nourrit &#224; chaque instant d'une nourriture toute nouvelle, Ps 103,14 je la trouve en moi sans savoir comment elle y est&#8230; Je crois tout simplement que c'est J&#233;sus Lui-m&#234;me cach&#233; au fond de mon pauvre petit c&#339;ur qui me fait la gr&#226;ce d'agir en moi et me fait penser tout ce qu'Il veut que je fasse au moment pr&#233;sent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelques jours avant celui de ma profession, j'eus le bonheur de recevoir la b&#233;n&#233;diction du Souverain Pontife ; je l'avais sollicit&#233;e par le bon Fr&#232;re Sim&#233;on pour Papa et pour moi et ce me fut une grande consolation de pouvoir rendre &#224; mon petit P&#232;re ch&#233;ri la gr&#226;ce qu'il m'avait procur&#233;e en me conduisant &#224; Rome.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;Profession&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h4 class=&#034;spip&#034;&gt;g) Une tentation&lt;/h4&gt;
&lt;p&gt;Enfin le beau jour de mes noces arriva, il fut sans nuages, mais la veille il s'&#233;leva dans mon &#226;me une temp&#234;te comme jamais je n'en avais vue&#8230; Pas un seul doute sur ma vocation ne m'&#233;tait encore venu &#224; la pens&#233;e, il fallait que je connaisse cette &#233;preuve. Le soir, en faisant mon chemin de la Croix apr&#232;s matines, ma vocation m'apparut comme un r&#234;ve, une chim&#232;re&#8230; je trouvais la vie du Carmel bien belle, mais le d&#233;mon m'inspirait l'assurance qu'elle n'&#233;tait pas faite pour moi, que je tromperais les sup&#233;rieures en avan&#231;ant dans une voie o&#249; je n'&#233;tais pas appel&#233;e&#8230; Mes t&#233;n&#232;bres &#233;taient si grandes que je ne voyais ni ne comprenais [76v&#176;] qu'une chose : Je n'avais pas la vocation !&#8230; Ah ! comment d&#233;peindre l'angoisse de mon &#226;me ?&#8230; Il me semblait (chose absurde qui montre que cette tentation &#233;tait du d&#233;mon) que si je disais mes craintes ma ma&#238;tresse elle allait m'emp&#234;cher de prononcer mes Saints V&#339;ux ; cependant je voulais faire la volont&#233; du bon Dieu et retourner dans le monde plut&#244;t que rester au Carmel en faisant la mienne ; je fis donc sortir ma ma&#238;tresse et remplie de confusion je lui dis l'&#233;tat de mon &#226;me&#8230; Heureusement elle vit plus clair que moi et me rassura compl&#232;tement ; d'ailleurs l'acte d'humilit&#233; que j'avais fait venait de mettre en fuite le d&#233;mon qui pensait peut-&#234;tre que je n'allais pas oser avouer ma tentation. Aussit&#244;t que j'eus fini de parler mes doutes s'en all&#232;rent, cependant pour rendre plus complet mon acte d'humilit&#233;, je voulus encore confier mon &#233;trange tentation &#224; notre M&#232;re qui se contenta de rire de moi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;Mon union avec J&#233;sus&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h4 class=&#034;spip&#034;&gt;h) Mon union avec J&#233;sus&lt;/h4&gt;
&lt;p&gt;Le matin du 8 Septembre, je me sentis inond&#233;e d'un fleuve de paix et ce fut dans cette paix &#171; surpassant tout sentiment &#187; que je pronon&#231;ai mes Saints V&#339;ux&#8230; Ph 4,7 ; Is 66,12 Mon union avec J&#233;sus se fit, non pas au milieu des foudres et des &#233;clairs, c'est-&#224;-dire des gr&#226;ces extraordinaires, mais au sein d'un l&#233;ger z&#233;phyr, semblable &#224; celui qu'entendit sur la montagne notre p&#232;re Saint Elie&#8230; 1R 19,11-13 Que de gr&#226;ces n'ai-je pas demand&#233;es ce jour-l&#224; !&#8230; Je me sentais vraiment la REINE, aussi je profitais de mon titre pour d&#233;livrer les captifs, obtenir les faveurs du Roi envers ses sujets ingrats, enfin je voulais d&#233;livrer toutes les &#226;mes du purgatoire et convertir les p&#233;cheurs,&#8230; J'ai beaucoup pri&#233; pour ma M&#232;re, mes S&#339;urs ch&#233;ries&#8230; pour toute la famille, mais surtout pour mon petit P&#232;re, si &#233;prouv&#233; et si saint&#8230; Je me suis offerte &#224; J&#233;sus afin qu'Il accomplisse parfaitement en moi sa volont&#233; sans que jamais les cr&#233;atures y mettent obstacle&#8230; Mt 6,10&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[77r&#176;] Ce beau jour passa comme les plus tristes, puisque les plus radieux ont un lendemain, mais ce fut sans tristesse que je d&#233;posai ma couronne aux pieds de la Sainte Vierge, je sentais que le temps n'emporterait pas mon bonheur&#8230; Quelle belle f&#234;te que la nativit&#233; de Marie pour devenir l'&#233;pouse de J&#233;sus ! C'&#233;tait la petite Sainte Vierge d'un jour qui pr&#233;sentait sa petite fleur au petit J&#233;sus&#8230; ce jour-l&#224; tout &#233;tait petit except&#233; les gr&#226;ces et la paix que j'ai re&#231;ues, except&#233; la joie paisible que j'ai ressentie le soir, en regardant les &#233;toiles scintiller au firmament, en pensant que bient&#244;t le beau Ciel s'ouvrirait &#224; mes yeux ravis et que je pourrais m'unir &#224; mon &#201;poux au sein d'une all&#233;gresse &#233;ternelle&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;h4 class=&#034;spip&#034;&gt;i) la prise de voile&lt;/h4&gt;
&lt;p&gt;Le 24 eut lieu la c&#233;r&#233;monie de ma prise de voile il fut tout entier voil&#233; de larmes&#8230; Papa n'&#233;tait pas l&#224; pour b&#233;nir sa Reine&#8230; Le P&#232;re &#233;tait au Canada&#8230; Monseigneur qui devait venir et d&#238;ner chez mon Oncle se trouva malade et ne vint pas non plus, enfin tout fut tristesse et amertume&#8230; Cependant la paix, toujours la paix, se trouvait au fond du calice&#8230; Ce jour-l&#224; J&#233;sus permit que je ne puisse retenir mes larmes et mes larmes ne furent pas comprises&#8230; en effet j'avais support&#233; sans pleurer de bien plus grandes &#233;preuves, mais alors j'&#233;tais aid&#233;e d'une gr&#226;ce puissante ; au contraire le 24, J&#233;sus me laissa &#224; mes propres forces et je montrai combien elles &#233;taient petites.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Huit jours apr&#232;s ma prise de voile eut lieu le mariage de Jeanne. Vous dire, ma M&#232;re ch&#233;rie, combien son exemple m'instruisit sur les d&#233;licatesses qu'une &#233;pouse doit prodiguer &#224; son &#233;poux, cela me serait impossible ; j'&#233;coutais avidement tout ce que je pouvais en apprendre, car je ne voulais pas faire moins pour mon J&#233;sus bien-aim&#233; que Jeanne pour Francis, une cr&#233;ature sans doute bien parfaite, mais enfin une cr&#233;ature&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[77v&#176;] Je m'amusai m&#234;me &#224; composer une lettre d'invitation afin de la comparer &#224; la sienne, voici comment elle &#233;tait con&#231;ue :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lettre d'Invitation aux Noces de s&#339;ur Th&#233;r&#232;se de l'Enfant J&#233;sus de la Sainte Face : Le Dieu Tout-Puissant, Cr&#233;ateur du Ciel et de la terre, Souverain Dominateur du Monde et la Tr&#232;s glorieuse Vierge Marie, Reine de la Cour c&#233;leste, veulent bien vous faire part du Mariage de leur Auguste Fils, J&#233;sus, Roi des Rois et Seigneur des seigneurs, avec Mademoiselle Th&#233;r&#232;se Martin, maintenant Dame et Princesse des royaumes apport&#233;s en dot par son Divin &#201;poux, savoir : L'Enfance de J&#233;sus et sa Passion, ses titres de noblesse &#233;tant : de l'Enfant J&#233;sus et de la Sainte Face. Monsieur Louis Martin, Propri&#233;taire et Ma&#238;tre des Seigneuries de la Souffrance et de l'Humiliation et Madame Martin, Princesse et Dame d'Honneur de la Cour C&#233;leste, veulent bien vous faire part du Mariage de leur Fille, Th&#233;r&#232;se, avec J&#233;sus le Verbe de Dieu, Jn 1,1-3 seconde Personne de l'Adorable Trinit&#233; qui par l'op&#233;ration du Saint-Esprit s'est fait Homme et Fils de Marie, la Reine des Cieux. N'ayant pu vous inviter &#224; la b&#233;n&#233;diction Nuptiale qui leur a &#233;t&#233; donn&#233;e sur la montagne du Carmel, le 8 Septembre 1890 (la cour c&#233;leste seule y &#233;tant admise) vous &#234;tes n&#233;anmoins pri&#233;s de vous rendre au Retour de Noces qui aura lieu Demain, Jour de l'Eternit&#233;, auquel jour J&#233;sus, Fils de Dieu, viendra sur les Nu&#233;es du Ciel dans l'&#233;clat de sa Majest&#233;, pour juger les Vivants et les Morts. Mt 25,31-40 L'heure &#233;tant encore incertaine, vous &#234;tes invit&#233;s &#224; vous tenir pr&#234;ts et &#224; veiller. Mt 24,42-44&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;5) La vie de la jeune professe&lt;/h3&gt;&lt;h4 class=&#034;spip&#034;&gt;a) M&#232;re Genevi&#232;ve&lt;/h4&gt;
&lt;p&gt;[78r&#176;] Maintenant, ma M&#232;re ch&#233;rie, que me reste-t-il &#224; vous dire ?. Ah ! je croyais avoir fini mais je ne vous ai encore rien dit de mon bonheur d'avoir connu notre Sainte M&#232;re Genevi&#232;ve&#8230; C'est une gr&#226;ce inappr&#233;ciable que celle-l&#224; ; eh bien, le Bon Dieu qui m'en avait d&#233;j&#224; tant accord&#233;, a voulu que je vive avec une Sainte, non point inimitable, mais une Sainte sanctifi&#233;e par des vertus cach&#233;es et ordinaires&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus d'une fois j'ai re&#231;u d'elle de grandes consolations, surtout un dimanche. Me rendant comme &#224; l'ordinaire afin de lui faire ma petite visite, je trouvai deux S&#339;urs aupr&#232;s de M&#232;re Genevi&#232;ve ; je la regardai en souriant et je m'appr&#234;tais &#224; sortir puisqu'on ne peut pas &#234;tre trois aupr&#232;s d'une malade, mais elle, me regardant avec un air inspir&#233;, me dit : &#034;Attendez, ma petite fille, je vais seulement vous dire un petit mot. A chaque fois que vous venez, vous me demandez de vous donner un bouquet spirituel, eh bien, aujourd'hui je vais vous donner celui-ci :&lt;strong&gt; Servez Dieu avec paix et avec Joie, rappelez-vous, mon enfant, que notre Dieu, c'est le Dieu de la paix.&#034; 1Co 14,33&lt;/strong&gt; Apr&#232;s l'avoir simplement remerci&#233;e, je sortis &#233;mue jusqu'aux larmes et convaincue que le Bon Dieu lui avait r&#233;v&#233;l&#233; l'&#233;tat de mon &#226;me ; ce jour-l&#224; j'&#233;tais extr&#234;mement &#233;prouv&#233;e, presque triste, dans une nuit telle que je ne savais plus si j'&#233;tais aim&#233;e du Bon Dieu, mais la joie et la consolation que je sentis, vous les devinez, ma M&#232;re ch&#233;rie !&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Dimanche suivant, je voulus savoir quelle r&#233;v&#233;lation M&#232;re Genevi&#232;ve avait eue ; elle m'assura n'en avoir re&#231;u aucune, alors mon admiration fut encore plus grande, voyant &#224; quel degr&#233; &#233;minent J&#233;sus vivait en elle et la faisait agir et parler. Ah ! cette saintet&#233;-l&#224; me para&#238;t la plus vraie, la plus sainte et c'est elle que je d&#233;sire car il ne s'y rencontre aucune illusion&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[78v&#176;] Le jour de ma profession je fus aussi bien consol&#233;e d'apprendre de la bouche de M&#232;re Genevi&#232;ve qu'elle avait pass&#233; par la m&#234;me &#233;preuve que moi avant de prononcer ses v&#339;ux&#8230; Au moment de nos grandes peines, vous vous rappelez, ma M&#232;re ch&#233;rie, les consolations que nous avons trouv&#233;es aupr&#232;s d'elle ? Enfin le souvenir que M&#232;re Genevi&#232;ve a laiss&#233; dans mon c&#339;ur est un souvenir embaum&#233;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le jour de son d&#233;part pour le Ciel je me suis sentie particuli&#232;rement touch&#233;e, c'&#233;tait la premi&#232;re fois que j'assistais &#224; une mort, vraiment ce spectacle &#233;tait ravissant&#8230; J'&#233;tais plac&#233;e juste au pied du lit de la sainte mourante, je voyais parfaitement ses plus l&#233;gers mouvements. Il me semblait, pendant les deux heures que j'ai pass&#233;es ainsi, que mon &#226;me aurait d&#251; se sentir remplie de ferveur, au contraire, une esp&#232;ce d'insensibilit&#233; s'&#233;tait empar&#233;e de moi, mais au moment m&#234;me de la naissance au Ciel de notre Sainte M&#232;re Genevi&#232;ve, ma disposition int&#233;rieure a chang&#233;, en un clin d'&#339;il je me suis sentie remplie d'une joie et d'une ferveur indicibles, c'&#233;tait comme si M&#232;re Genevi&#232;ve m'avait donn&#233; une partie de la f&#233;licit&#233; dont elle jouissait car je suis bien persuad&#233;e qu'elle est all&#233;e droit au Ciel&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant sa vie je lui dis un jour : &#171; O ma M&#232;re ! vous n'irez pas en purgatoire !&#8230; &#187; &#171; Je l'esp&#232;re &#187; me r&#233;pondit-elle avec douceur&#8230; Ah ! bien s&#251;r que le Bon Dieu n'a pu tromper une esp&#233;rance si remplie d'humilit&#233;, toutes les faveurs que nous avons re&#231;ues en sont la preuve&#8230; Chaque s&#339;ur s'empressa de r&#233;clamer quelque relique ; vous savez, ma M&#232;re ch&#233;rie, celle que j'ai le bonheur de poss&#233;der&#8230; Pendant l'agonie de M&#232;re Genevi&#232;ve, j'ai remarqu&#233; une larme scintillant &#224; sa paupi&#232;re, comme un diamant ; cette larme, la derni&#232;re de toutes celles qu'elle a r&#233;pandues ne tomba pas, je la vis encore briller au ch&#339;ur ans que personne pense &#224; la recueillir, alors prenant un petit linge fin, j'osai m'approcher le soir sans &#234;tre vue et prendre pour relique la derni&#232;re larme d'une Sainte&#8230; Depuis je l'ai toujours port&#233;e dans le petit [79r&#176;] sachet o&#249; mes v&#339;ux sont renferm&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je n'attache pas d'importance &#224; mes r&#234;ves, d'ailleurs j'en ai rarement de symboliques et je me demande m&#234;me comment il se fait que pensant toute la journ&#233;e au Bon Dieu, je ne m'en occupe pas davantage pendant mon sommeil&#8230; ordinairement je r&#234;ve les bois, les fleurs, les ruisseaux et la mer et presque toujours, je vois de jolis petits enfants, j'attrape des papillons et des oiseaux comme jamais je n'en ai vus. Vous voyez, ma M&#232;re, que si mes r&#234;ves ont une apparence po&#233;tique, ils sont loin d'&#234;tre mystiques&#8230; Une nuit apr&#232;s la mort de M&#232;re Genevi&#232;ve j'en fis un plus consolant : je r&#234;vai qu'elle faisait son testament, donnant &#224; chaque s&#339;ur une chose qui lui avait appartenu ; quand vint mon tour, je croyais ne rien recevoir, car il ne lui restait plus rien, mais se soulevant elle me dit par trois fois avec un accent p&#233;n&#233;trant : &#171; A vous, je laisse mon c&#339;ur. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;h4 class=&#034;spip&#034;&gt;b) L'&#233;pid&#233;mie de grippe&lt;/h4&gt;
&lt;p&gt;Un mois apr&#232;s le d&#233;part de notre Sainte M&#232;re, l'influenza se d&#233;clara dans la communaut&#233; j'&#233;tais seule debout avec deux autres s&#339;urs, jamais je ne pourrai dire tout ce que j'ai vu, ce que m'a paru la vie et tout ce qui passe&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le jour de mes dix-neuf ans fut f&#234;t&#233; par une mort, bient&#244;t suivie de deux autres. A cette &#233;poque j'&#233;tais seule &#224; la sacristie, ma premi&#232;re d'emploi &#233;tant tr&#232;s gravement malade, c'&#233;tait moi qui devais pr&#233;parer les enterrements, ouvrir les grilles du ch&#339;ur &#224; la messe, etc. Le Bon Dieu m'a donn&#233; bien des gr&#226;ces de force &#224; ce moment, je me demande maintenant comment j'ai pu faire sans frayeur tout ce que j'ai fait ; la mort r&#233;gnait partout, les plus malades &#233;taient soign&#233;es par celles qui se tra&#238;naient &#224; peine, aussit&#244;t qu'une s&#339;ur avait rendu le dernier soupir on &#233;tait oblig&#233; de la laisser seule. Un matin en me levant, j'eus le pressentiment que S&#339;ur Madeleine &#233;tait morte ; le dortoir &#233;tait dans l'obscurit&#233;, personne ne sortait des cellules, enfin je me d&#233;cidai [79v&#176;] &#224; entrer dans celle de ma S&#339;ur Madeleine dont la porte &#233;tait ouverte ; je la vis en effet, habill&#233;e et couch&#233;e sur sa paillasse, je n'eus pas la moindre frayeur. Voyant qu'elle n'avait pas de cierge j'allai lui en chercher, ainsi qu'une couronne de roses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le soir de la mort de M&#232;re Sous-Prieure j'&#233;tais seule avec l'infirmi&#232;re ; il est impossible de se figurer le triste &#233;tat de la communaut&#233; &#224; ce moment, celles qui &#233;taient debout peuvent seules s'en faire une id&#233;e, mais au milieu de cet abandon, je sentais que le Bon Dieu veillait sur nous. C'&#233;tait sans effort que les mourantes passaient &#224; une vie meilleure, aussit&#244;t apr&#232;s leur mort une expression de joie et de paix se r&#233;pandait sur leurs traits, on aurait dit un doux sommeil ; c'en &#233;tait bien un v&#233;ritablement puisque apr&#232;s que la figure de ce monde aura pass&#233;, 1Co 7,31 elles se r&#233;veilleront pour jouir &#233;ternellement des d&#233;lices r&#233;serv&#233;es aux &#233;lus&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;h4 class=&#034;spip&#034;&gt;c)La communion quotidienne&lt;/h4&gt;
&lt;p&gt;Tout le temps que la communaut&#233; fut ainsi &#233;prouv&#233;e, je pus avoir l'ineffable consolation de faire tous les jours la Sainte Communion&#8230; Ah ! que c'&#233;tait doux !&#8230; J&#233;sus me g&#226;ta longtemps, plus longtemps que ses fid&#232;les &#233;pouses, car il permit qu'on me Le donn&#226;t sans que les autres aient le bonheur de Le recevoir. J'&#233;tais aussi bien heureuse de toucher aux vases sacr&#233;s, de pr&#233;parer les petits langes destin&#233;s &#224; recevoir J&#233;sus, je sentais qu'il me fallait &#234;tre bien fervente et je me rappelais souvent cette parole adress&#233;e &#224; un saint diacre : &#171; Soyez saint, vous qui touchez les vases du Seigneur. &#187; Is 52,11&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne puis pas dire que j'aie souvent re&#231;u des consolations pendant mes actions de gr&#226;ces, c'est peut-&#234;tre le moment o&#249; j'en ai le moins&#8230; je trouve cela tout naturel puisque je me suis offerte &#224; J&#233;sus non comme une personne qui d&#233;sire recevoir sa visite pour sa propre consolation, mais au contraire pour le plaisir de Celui qui se donne &#224; moi. Je me figure mon &#226;me comme un terrain libre et je prie la Sainte Vierge d'&#244;ter les d&#233;combres qui pourraient l'emp&#234;cher [80r&#176;] d'&#234;tre libre, ensuite je la supplie de dresser elle-m&#234;me une vaste tente digne du Ciel, de l'orner de ses propres parures et puis j'invite tous les Saints et les Anges &#224; venir faire un magnifique concert. Il me semble lorsque J&#233;sus descend dans mon c&#339;ur, qu'Il est content de se trouver si bien re&#231;u et moi je suis contente aussi&#8230; Tout cela n'emp&#234;che pas les distractions et le sommeil de venir me visiter, mais au sortir de l'action de gr&#226;ces voyant que je l'ai si mal faite je prends la r&#233;solution d'&#234;tre tout le reste de la journ&#233;e en action de gr&#226;ces&#8230; Vous voyez, ma M&#232;re ch&#233;rie, que je suis loin d'&#234;tre conduite par la voie de la crainte, je sais toujours trouver le moyen d'&#234;tre heureuse et de profiter de mes mis&#232;res&#8230; sans doute cela ne d&#233;pla&#238;t pas &#224; J&#233;sus, car Il semble m'encourager dans ce chemin. Un jour, contrairement &#224; mon habitude, j'&#233;tais un peu troubl&#233;e en allant &#224; la Communion, il me semblait que le Bon Dieu n'&#233;tait pas content de moi et je me disais : &#171; Ah ! si je ne re&#231;ois aujourd'hui que la moiti&#233; d'une hostie, cela va me faire bien de la peine, je vais croire que J&#233;sus vient comme &#224; regret dans mon c&#339;ur. &#187; Je m'approche&#8230; oh bonheur ! pour la premi&#232;re fois de ma vie, je vois le pr&#234;tre prendre deux hosties bien s&#233;par&#233;es et me les donner !&#8230; Vous comprenez ma joie et les douces larmes que j'ai r&#233;pandues, en voyant une si grande mis&#233;ricorde&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;LesDesirs&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;6) Les d&#233;sirs&lt;/h3&gt;&lt;h4 class=&#034;spip&#034;&gt;a) La pr&#233;dication du P&#232;re Prou&lt;/h4&gt;
&lt;p&gt;L'ann&#233;e qui suivit ma profession, c'est-&#224;-dire deux mois avant la mort de m&#232;re Genevi&#232;ve, je re&#231;us de grandes gr&#226;ces pendant la retraite. Ordinairement les retraites pr&#234;ch&#233;es me sont encore plus douloureuses que celles que je fais toute seule, mais cette ann&#233;e-l&#224; il en fut autrement. J'avais fait une neuvaine pr&#233;paratoire avec beaucoup de ferveur, malgr&#233; le sentiment intime que j'avais, car il me semblait que le pr&#233;dicateur ne pourrait me comprendre, &#233;tant surtout destin&#233; &#224; faire du bien aux grands p&#233;cheurs mais pas [80v&#176;] aux &#226;mes religieuses. Le Bon Dieu voulant me montrer que c'&#233;tait Lui seul le directeur de mon &#226;me se servit justement de ce P&#232;re qui ne fut appr&#233;ci&#233; que de moi&#8230; J'avais alors de grandes &#233;preuves int&#233;rieures de toutes sortes (jusqu'&#224; me demander parfois s'il y avait un Ciel.) Je me sentais dispos&#233;e &#224; ne rien dire de mes dispositions intimes, ne sachant comment les exprimer, mais &#224; peine entr&#233;e dans le confessionnal je sentis mon &#226;me se dilater. Apr&#232;s avoir dit peu de mots, je fus comprise d'une fa&#231;on merveilleuse et m&#234;me devin&#233;e&#8230; mon &#226;me &#233;tait comme un livre dans lequel le P&#232;re lisait mieux que moi-m&#234;me&#8230; Il me lan&#231;a &#224; pleines voiles sur les flots de la confiance et de l'amour qui m'attiraient si fort mais sur lesquels je n'osais avancer&#8230; Il me dit que mes fautes ne faisaient pas de peine au Bon Dieu, que tenant sa place, il me disait de sa part qu'Il &#233;tait tr&#232;s content de moi&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oh ! que je fus heureuse en &#233;coutant ces consolantes paroles !&#8230; Jamais je n'avais entendu dire que les fautes pouvaient ne pas faire de peine au bon Dieu, cette assurance me combla de joie, elle me fit supporter patiemment l'exil de la vie.. . Je sentais bien au fond de mon c&#339;ur que c'&#233;tait vrai car le Bon Dieu est plus tendre qu'une M&#232;re, eh bien, vous, ma M&#232;re ch&#233;rie, n'&#234;tes-vous pas toujours pr&#234;te &#224; me pardonner les petites ind&#233;licatesses que je vous fais involontairement ?&#8230; Que de fois n'en ai-je pas fait la douce exp&#233;rience !&#8230; Nul reproche ne m'aurait autant touch&#233;e qu'une seule de vos caresses. Je suis d'une nature telle que la crainte me fait reculer ; avec l'amour non seulement j'avance mais je vole&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;h4 class=&#034;spip&#034;&gt;b) L'&#233;lection de M&#232;re Agn&#232;s&lt;/h4&gt;
&lt;p&gt;O ma M&#232;re ce fut surtout depuis le jour b&#233;ni de votre &#233;lection que je volai dans les voies de l'amour&#8230; Ce jour-l&#224;, Pauline devint mon J&#233;sus vivant&#8230; Elle devint pour la seconde fois : &#171; Maman !&#8230; &#187; [81r&#176;] Depuis longtemps d&#233;j&#224;, j'ai le bonheur de contempler les merveilles que J&#233;sus op&#232;re par le moyen de ma M&#232;re ch&#233;rie&#8230; Je vois que la souffrance seule peut enfanter les &#226;mes et plus que jamais ces sublimes paroles de J&#233;sus me d&#233;voilent leur profondeur : &#171; En v&#233;rit&#233;, en v&#233;rit&#233;, je vous le dis, si le grain de bl&#233; &#233;tant tomb&#233; &#224; terre ne vient &#224; mourir il demeure seul, mais s'il meurt il rapporte beaucoup de fruits. &#187; Jn 12,24-Quelle abondante moisson n'avez-vous pas r&#233;colt&#233;e !&#8230; Vous avez sem&#233; dans les larmes, mais bient&#244;t vous verrez le fruit de vos travaux, vous reviendrez remplie de joie portant des gerbes en vos mains&#8230; Ps 126,5-6 O ma M&#232;re, parmi ces gerbes fleuries, la petite fleur blanche se tient cach&#233;e mais au Ciel elle aura une voix pour chanter votre douceur et les vertus qu'elle vous voit pratiquer chaque jour dans l'ombre et le silence de la vie d'exil&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui depuis deux ans, j'ai compris bien des myst&#232;res jusque l&#224; cach&#233;s pour moi. Le bon Dieu m'a montr&#233; la m&#234;me mis&#233;ricorde qu'Il montra au roi Salomon. Il n'a pas voulu que j'aie un seul d&#233;sir qui ne soit rempli, non seulement mes d&#233;sirs de perfection, mais encore ceux dont je comprenais la vanit&#233;, sans l'avoir exp&#233;riment&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;III - D&#233;sirs de cr&#233;ativit&#233; artistique&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Vous ayant toujours, ma M&#232;re ch&#233;rie, regard&#233;e comme mon id&#233;al, je d&#233;sirais vous ressembler en tout ; vous voyant faire de belles peintures et de ravissantes po&#233;sies, je me disais : &#171; Ah ! que je serais heureuse de pouvoir peindre, de savoir exprimer mes pens&#233;es en vers et de faire aussi du bien aux &#226;mes&#8230; &#187;Je n'aurais pas voulu demander ces dons naturels et mes d&#233;sirs restaient cach&#233;s au fond de mon c&#339;ur. J&#233;sus cach&#233; lui aussi dans ce pauvre petit c&#339;ur se plut &#224; lui montrer que tout est vanit&#233; et affliction d'esprit sous le soleil. Qo 2,11 Au grand &#233;tonnement des s&#339;urs, on me fit peindre et le Bon Dieu permit que je sache profiter des le&#231;ons que ma M&#232;re ch&#233;rie me donna&#8230; Il voulut encore [81v&#176;] que je puisse &#224; son exemple faire des po&#233;sies, composer des pi&#232;ces qui furent trouv&#233;es jolies&#8230; De m&#234;me que Salomon se tournant vers les ouvrages de ses mains, o&#249; il avait pris une peine si inutile, vit que tout est vanit&#233; et affliction d'esprit, Qo 2,11 de m&#234;me, j'ai reconnu par EXP&#201;RIENCE que le bonheur ne consiste qu'&#224; se cacher, &#224; rester dans l'ignorance des choses cr&#233;&#233;es. J'ai compris que sans l'amour, toutes les &#339;uvres ne sont que n&#233;ant, m&#234;me les plus &#233;clatantes, comme de ressusciter les morts ou de convertir les peuples&#8230; 1Co 11,1-4 Au lieu de me faire du mal, de me porter &#224; la vanit&#233;, les dons que le Bon Dieu m'a prodigu&#233;s (sans que je les lui demande) me portent vers Lui, je vois que Lui seul est immuable, que Lui seul peut remplir mes immenses d&#233;sirs&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;IV - Le d&#233;sir de contempler les fleurs&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Il est encore d'autres d&#233;sirs d'un autre genre, que J&#233;sus s'est plu &#224; combler, d&#233;sirs enfantins semblables &#224; ceux de la neige de ma prise d'habit. Vous savez, ma M&#232;re ch&#233;rie, combien j'aime les fleurs ; en me faisant prisonni&#232;re &#224; quinze ans, je renon&#231;ai pour toujours au bonheur de courir dans les campagnes &#233;maill&#233;es des tr&#233;sors du printemps ; eh bien ! jamais je n'ai poss&#233;d&#233; plus de fleurs que depuis mon entr&#233;e au Carmel. Il est d'usage que les fianc&#233;s offrent souvent des bouquets &#224; leurs fianc&#233;es, J&#233;sus ne l'oublia pas, il m'envoya &#224; foison des gerbes de bluets, grandes p&#226;querettes, coquelicots, etc. toutes les fleurs qui me ravissent le plus. Il y avait m&#234;me une petite fleur appel&#233;e la Nielle des bl&#233;s, que je n'avais pas trouv&#233;e depuis notre s&#233;jour &#224; Lisieux, je d&#233;sirais beaucoup la revoir, cette fleur de mon enfance cueillie par moi dans les campagnes d'Alen&#231;on ; ce fut au Carmel qu'elle vint me sourire et me montrer que dans les plus petites choses comme dans les grandes, le Bon Dieu donne le centuple d&#232;s cette vie aux &#226;mes qui pour son amour ont tout quitt&#233;.&#034; Mt 19,29&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;V - Le d&#233;sir de l'entr&#233;e de C&#233;line au Carmel&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Mais le plus intime de mes d&#233;sirs, le plus grand de tous, que je pensais ne jamais [82r&#176;] voir se r&#233;aliser, &#233;tait l'entr&#233;e de ma C&#233;line ch&#233;rie dans le m&#234;me Carmel que nous&#8230; ce r&#234;ve me semblait invraisemblable : vivre sous le m&#234;me toit, partager les joies et les peines de la compagne de mon enfance ; aussi j'avais fait compl&#232;tement mon sacrifice, j'avais confi&#233; &#224; J&#233;sus l'avenir de ma s&#339;ur ch&#233;rie &#233;tant r&#233;solue &#224; la voir partir au bout du monde s'il le fallait. La seule chose que je ne pouvais accepter, c'&#233;tait qu'elle ne soit pas l'&#233;pouse de J&#233;sus, car j'aimais autant que moi-m&#234;me, il m'&#233;tait impossible de la voir donner son c&#339;ur &#224; un mortel. J'avais d&#233;j&#224; beaucoup souffert en la sachant expos&#233;e dans le monde &#224; des dangers qui m'avaient &#233;t&#233; inconnus. Je puis dire que mon affection pour C&#233;line &#233;tait depuis mon entr&#233;e au Carmel un amour de m&#232;re autant que de s&#339;ur&#8230; Un jour qu'elle devait aller en soir&#233;e cela me faisait tant de peine que je suppliai le Bon Dieu de l'emp&#234;cher de danser et m&#234;me (contre mon habitude) je versai un torrent de larmes. J&#233;sus daigna m'exaucer. Il ne permit pas que sa petite fianc&#233;e p&#251;t danser ce soir-l&#224; (quoiqu'elle ne f&#251;t pas embarrass&#233;e pour le faire gracieusement lorsqu'il &#233;tait n&#233;cessaire). Ayant &#233;t&#233; invit&#233;e sans qu'elle p&#251;t refuser, son cavalier se trouva dans l'impuissance totale de la faire danser ; &#224; sa grande confusion, il fut condamn&#233; &#224; marcher simplement pour la reconduire &#224; sa place puis il s'esquiva et ne reparut pas de la soir&#233;e. Cette aventure, unique en son genre, me fit grandir en confiance et en l'amour de Celui qui posant son signe sur mon front, l'avait en m&#234;me temps imprim&#233; sur celui de ma C&#233;line ch&#233;rie&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 29 Juillet de l'ann&#233;e derni&#232;re, le Bon Dieu rompant les liens de son incomparable serviteur Ps 116,16 et l'appelant &#224; la r&#233;compense &#233;ternelle, rompit en m&#234;me temps ceux qui retenaient au monde sa fianc&#233;e ch&#233;rie, elle avait rempli sa premi&#232;re mission ; charg&#233;e de nous repr&#233;senter toutes aupr&#232;s de notre P&#232;re si tendrement aim&#233;, cette mission elle l'avait accomplie comme un ange&#8230; et les anges ne restent [82v&#176;] pas sur la terre, lorsqu'ils ont accompli la volont&#233; du Bon Dieu, ils retournent aussit&#244;t vers lui, c'est pour cela qu'ils ont des ailes&#8230; Notre ange aussi secoua ses ailes blanches, il &#233;tait pr&#234;t &#224; voler bien loin pour trouver J&#233;sus, mais J&#233;sus le fit voler tout pr&#232;s&#8230; Il se contenta de l'acceptation du grand sacrifice qui fut bien douloureux pour la petite Th&#233;r&#232;se&#8230; Pendant deux ans sa C&#233;line lui avait cach&#233; un secret Ah ! qu'elle avait souffert elle aussi !&#8230; Enfin du haut du Ciel, mon Roi ch&#233;ri, qui sur la terre n'aimait pas les lenteurs, se h&#226;ta d'arranger les affaires si embrouill&#233;es de sa C&#233;line et le 14 Septembre elle se r&#233;unissait &#224; nous !&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un jour que les difficult&#233;s semblaient insurmontables, je dis &#224; J&#233;sus pendant mon action de gr&#226;ces : &#171; Vous savez, mon Dieu, combien je d&#233;sire savoir si Papa est all&#233; tout droit au Ciel, je ne vous demande pas de me parler, mais donnez-moi un signe. Si ma S&#339;ur Aim&#233;e de J&#233;sus consent &#224; l'entr&#233;e de C&#233;line ou n'y met pas d'obstacle, ce sera la r&#233;ponse que Papa est all&#233; tout droit avec vous. &#187;Cette s&#339;ur, comme vous le savez, ma M&#232;re ch&#233;rie, trouvait que nous &#233;tions d&#233;j&#224; trop de trois et par cons&#233;quent ne voulait pas en admettre une autre, mais le Bon Dieu, qui tient en sa main le c&#339;ur des cr&#233;atures et l'incline comme il veut, P&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;r&lt;/sup&gt; 21,1 changea les dispositions de la s&#339;ur ; la premi&#232;re personne que je rencontrai apr&#232;s l'action de gr&#226;ces, ce fut elle qui m'appela d'un air aimable, me dit de monter chez vous et me parla de C&#233;line, les larmes aux yeux&#8230; Ah ! combien de sujets n'ai-je pas de remercier J&#233;sus qui sut combler tous mes d&#233;sirs !&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;Misericordes&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;VI - Le d&#233;sir de s'offrir &#224; l'Amour&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Maintenant, je n'ai plus aucun d&#233;sir, si ce n'est celui d'aimer J&#233;sus &#224; la folie&#8230; Mes d&#233;sirs enfantins sont envol&#233;s, sans doute j'aime encore &#224; parer de fleurs l'autel du Petit J&#233;sus, mais depuis qu'il m'a donn&#233; la Fleur que je d&#233;sirais, ma C&#233;line ch&#233;rie, je n'en d&#233;sire plus d'autre, c'est elle que je lui [83r&#176;] offre comme mon plus ravissant bouquet&#8230; Je ne d&#233;sire pas non plus la souffrance, ni la mort, et cependant je les aime toutes les deux,mais c'est l'amour seul qui m'attire&#8230; Longtemps je les ai d&#233;sir&#233;es ; j'ai poss&#233;d&#233; la souffrance et j'ai cru toucher au rivage du Ciel, j'ai cru que la petite fleur serait cueillie en son printemps&#8230; maintenant c'est l'abandon seul qui me guide, je n'ai point d'autre boussole !&#8230; Je ne puis plus rien demander avec ardeur, except&#233; l'accomplissement parfait de la volont&#233; du Bon Dieu Mt 6,10 sur mon &#226;me sans que les cr&#233;atures puissent y mettre obstacle. Je puis dire ces paroles du cantique spirituel de Notre P&#232;re St Jean de la Croix ; &#171; Dans le cellier int&#233;rieur de mon Bien-Aim&#233;, j'ai bu et quand je suis sortie, dans toute cette plaine je ne connaissais plus rien et je perdis le troupeau que je suivais auparavant&#8230; Mon &#226;me s'est employ&#233;e avec toutes ses ressources &#224; son service, je ne garde plus de troupeau, je n'ai plus d'autre office, parce que maintenant tout mon exercice est d'AIMER !&#8230; &#187; ou bien encore : &#171; Depuis que j'en ai l'exp&#233;rience, l'amour est si puissant en &#339;uvres qu'il sait tirer profit de tout, du bien et du mal qu'il trouve en moi, et transformer mon &#226;me en SOI &#187; O ma M&#232;re ch&#233;rie ! qu'elle est douce la voie de l'amour. Sans doute, on peut bien tomber, on peut commettre des infid&#233;lit&#233;s, mais, l'amour sachant tirer profit de tout, a bien vite consum&#233; tout ce qui peut d&#233;plaire &#224; J&#233;sus, ne laissant qu'une humble et profonde paix au fond du c&#339;ur&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ah ! que de lumi&#232;res n'ai-je pas puis&#233;es dans les &#338;uvres de notre P&#232;re Saint Jean de la Croix !&#8230; A l'&#226;ge de dix-sept et dix-huit ans je n'avais pas d'autre nourriture spirituelle, mais plus tard tous les livres me laiss&#232;rent dans l'aridit&#233; et je suis encore dans cet &#233;tat. Si j'ouvre un livre compos&#233; par un auteur spirituel (m&#234;me le plus beau, le plus touchant), je sens aussit&#244;t mon c&#339;ur se serrer et je lis sans pour ainsi dire comprendre, ou si je comprends, mon esprit s'arr&#234;te sans pouvoir m&#233;diter&#8230; Dans cette impuissance, l'&#233;criture Sainte et l'Imitation [83v&#176;] viennent &#224; mon secours ; en elles je trouve une nourriture solide et toute pure.&lt;strong&gt; Mais c'est par dessus tout l'&#201;vangile qui m'entretient pendant mes oraisons, en lui je trouve tout ce qui est n&#233;cessaire &#224; ma pauvre petite &#226;me.&lt;/strong&gt; J'y d&#233;couvre toujours de nouvelles lumi&#232;res, des sens cach&#233;s et myst&#233;rieux&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Je comprends et je sais par exp&#233;rience &#171; Que le royaume de Dieu est au-dedans de nous. &#187;&lt;/strong&gt; Lc 17,21 J&#233;sus n'a point besoin de livres ni de docteurs pour instruire les &#226;mes ; Lui, le Docteur des docteurs, il enseigne sans bruit de paroles&#8230; Jamais je ne l'ai entendu parler, mais je sens qu'Il est en moi, &#224; chaque instant, Il me guide et m'inspire ce que je dois dire ou faire. Je d&#233;couvre juste au moment o&#249; j'en ai besoin des lumi&#232;res que je n'avais pas encore vues, ce n'est pas le plus souvent pendant mes oraisons qu'elles sont le plus abondantes, c'est plut&#244;t au milieu des occupations de ma journ&#233;e&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;O ma M&#232;re ch&#233;rie ! apr&#232;s tant de gr&#226;ces ne puis-je pas chanter avec le psalmiste : &#171; Que le Seigneur est BON, que sa MIS&#201;RICORDE est &#233;ternelle. &#187; Ps 118,1 Il me semble que si toutes les cr&#233;atures avaient les m&#234;mes gr&#226;ces que moi, le Bon Dieu ne serait craint de personne, mais aim&#233; jusqu'&#224; la folie, et que par amour, et non pas en tremblant, jamais aucune &#226;me ne consentirait &#224; Lui faire de la peine&#8230; Je comprends cependant que toutes les &#226;mes ne peuvent pas se ressembler, il faut qu'il y en ait de diff&#233;rentes familles afin d'honorer sp&#233;cialement chacune des perfections du Bon Dieu. A moi Il a donn&#233; sa Mis&#233;ricorde infinie c'est &#224; travers elle que je contemple et adore les autres perfections Divines !&#8230; (cf.Ms.A 2v&#176;-3r&#176;) Alors toutes m'apparaissent rayonnantes d'amour, la Justice m&#234;me (et peut-&#234;tre encore plus que toute autre) me semble rev&#234;tue d'amour&#8230; Quelle douce joie de penser que le Bon Dieu est juste, c'est-&#224;-dire qu'Il tient compte de nos faiblesses, qu'Il conna&#238;t parfaitement la fragilit&#233; de notre nature. De quoi donc aurais-je peur ? Ah ! le Dieu infiniment juste qui daigna [84r&#176;] pardonner avec tant de bont&#233; toutes les fautes de l'enfant prodigue, Lc 15,21-24 ne doit-Il pas &#234;tre juste aussi envers moi qui &#034;suis toujours avec Lui ?&#8230; Lc 15,31&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;Offrande&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h4 class=&#034;spip&#034;&gt;a) L'acte d'offrande&lt;/h4&gt;
&lt;p&gt;Cette ann&#233;e, le 9 Juin, f&#234;te de la Sainte Trinit&#233;, j'ai re&#231;u la gr&#226;ce de comprendre plus que jamais combien J&#233;sus d&#233;sire &#234;tre aim&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je pensais aux &#226;mes qui s'offrent comme victimes &#224; la Justice de Dieu afin de d&#233;tourner et d'attirer sur elles es ch&#226;timents r&#233;serv&#233;s aux coupables, cette offrande me semblait grande et g&#233;n&#233;reuse, mais j'&#233;tais loin de me sentir port&#233;e &#224; la faire. &#171; O mon Dieu ! m'&#233;criai-je au fond de mon c&#339;ur, n'y aura-t-il que votre Justice qui recevra des &#226;mes s'immolant en victimes ?&#8230; Votre Amour Mis&#233;ricordieux n'en a-t-il pas besoin lui aussi ?&#8230; De toutes parts il est m&#233;connu, rejet&#233; ; les c&#339;urs auxquels vous d&#233;sirez le prodiguer se tournent vers les cr&#233;atures leur demandant le bonheur avec leur mis&#233;rable affection, au lieu de se jeter dans vos bras et d'accepter votre Amour infini&#8230; O mon Dieu ! votre Amour m&#233;pris&#233; va-t-il rester en votre C&#339;ur ? Il me semble que si vous trouviez des &#226;mes s'offrant en Victimes d'holocaustes &#224; votre Amour, vous les consumeriez rapidement, il me semble que vous seriez heureux de ne point comprimer les flots d'infinies tendresses qui sont en vous&#8230; Si votre Justice aime &#224; se d&#233;charger, elle qui ne s'&#233;tend que sur la terre, combien plus votre Amour Mis&#233;ricordieux d&#233;sire-t-il embraser les &#226;mes, puisque votre Mis&#233;ricorde s'&#233;l&#232;ve jusqu'aux Cieux&#8230; O mon J&#233;sus ! que ce soit moi cette heureuse victime, consumez votre holocauste par le feu de votre Divin Amour !&#8230; &#187; Ps 36,6&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ma M&#232;re ch&#233;rie, vous qui m'avez permis de m'offrir ainsi au Bon Dieu, vous savez les fleuves ou plut&#244;t les oc&#233;ans de gr&#226;ces qui sont venus inonder mon &#226;me&#8230; Ah ! depuis cet heureux jour, il me semble que l'Amour me p&#233;n&#232;tre et m'environne, il me semble qu'&#224; chaque instant cet Amour Mis&#233;ricordieux me renouvelle, purifie mon &#226;me et n'y laisse aucune trace de p&#233;ch&#233;, aussi [84v&#176;] je ne puis craindre le purgatoire&#8230; Je sais que par moi-m&#234;me je ne m&#233;riterais pas m&#234;me d'entrer dans ce lieu d'expiation, puisque les &#226;mes saintes peuvent seules y avoir acc&#232;s, mais je sais aussi que le Feu de l'Amour est plus sanctifiant que celui du purgatoire, je sais que J&#233;sus ne peut d&#233;sirer pour nous de souffrances inutiles et qu'Il ne m'inspirerait pas les d&#233;sirs que je ressens, s'Il ne voulait les combler&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;La voie de l'Amour&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h4 class=&#034;spip&#034;&gt;b) &#171; qu'elle est douce la voie de l'Amour !&#8230; &#187;&lt;/h4&gt;
&lt;p&gt;Oh ! qu'elle est douce la voie de l'Amour !&#8230; Comme je veux m'appliquer &#224; faire toujours avec le plus grand abandon, la volont&#233; du Bon Dieu !&#8230; Mt 6,10 Voil&#224;, ma M&#232;re ch&#233;rie, tout ce que je puis vous dire de la vie de votre petite Th&#233;r&#232;se, vous connaissez bien mieux par vous-m&#234;me, ce qu'elle est et ce que J&#233;sus a fait pour elle, aussi vous me pardonnerez d'avoir beaucoup abr&#233;g&#233; l'histoire de sa vie religieuse&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment s'ach&#232;vera-t-elle, cette &#034;histoire d'une petite fleur blanche ?&#034; Peut-&#234;tre la petite fleur sera-t-elle cueillie dans sa fra&#238;cheur ou bien transplant&#233;e sur d'autres rivages&#8230; Je l'ignore, mais ce dont je suis certaine, c'est que la Mis&#233;ricorde du Bon Dieu l'accompagnera toujours, Ps 23,6 c'est que jamais elle ne cessera de b&#233;nir la M&#232;re ch&#233;rie qui l'a donn&#233;e &#224; J&#233;sus ; &#233;ternellement elle se r&#233;jouira d'&#234;tre une des fleurs de sa couronne&#8230; &#201;ternellement elle chantera avec cette M&#232;re ch&#233;rie le cantique toujours nouveau de l'Amour&#8230; Ap 14,3&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Copyright Cerf/DDB&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Rien que la confiance (LT.197)</title>
		<link>https://www.carmel.asso.fr/Rien-que-la-confiance-LT-197.html</link>
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		<dc:date>2018-08-03T13:37:52Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		
		


		<dc:subject>Sommaire</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;(Lettre &#224; s&#339;ur Marie du Sacr&#233;-C&#339;ur du 17 Septembre 1896) I - La question des d&#233;sirs Ma s&#339;ur ch&#233;rie, je ne suis pas embarrass&#233;e pour vous r&#233;pondre&#8230; Comment pouvez-vous me demander s'il vous est possible d'aimer le Bon Dieu comme je l'aime ?&#8230; Si vous aviez compris l'histoire de mon petit oiseau, vous ne me feriez pas cette question. Mes d&#233;sirs du martyre ne sont rien, ce ne sont pas eux qui me donnent la confiance illimit&#233;e que je sens en mon c&#339;ur. Ce sont, &#224; vrai dire, les richesses (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.carmel.asso.fr/-Manuscrit-B-373-.html" rel="directory"&gt;Manuscrit B&lt;/a&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;(Lettre &#224; s&#339;ur Marie du Sacr&#233;-C&#339;ur du 17 Septembre 1896)&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;I - La question des d&#233;sirs&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Ma s&#339;ur ch&#233;rie, je ne suis pas embarrass&#233;e pour vous r&#233;pondre&#8230; Comment pouvez-vous me demander s'il vous est possible d'aimer le Bon Dieu comme je l'aime ?&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si vous aviez compris l'histoire de mon petit oiseau, vous ne me feriez pas cette question. Mes d&#233;sirs du martyre ne sont rien, ce ne sont pas eux qui me donnent la confiance illimit&#233;e que je sens en mon c&#339;ur. Ce sont, &#224; vrai dire, les richesses spirituelles qui rendent injuste, Lc 16,9 lorsqu'on s'y repose avec complaisance et que l'on croit qu'ils sont quelque chose de grand&#8230; Ces d&#233;sirs sont une consolation, que J&#233;sus accorde parfois aux &#226;mes faibles comme la mienne (et ces &#226;mes sont nombreuses) mais lorsqu'il ne donne pas cette consolation c'est une gr&#226;ce de privil&#232;ge, rappelez-vous ces paroles du P&#232;re : &#171; Les martyrs ont souffert avec joie et le Roi des Martyrs a souffert avec tristesse. &#187; Oui J&#233;sus a dit : &#171; Mon P&#232;re, &#233;loignez de moi ce calice. &#187; Lc 22,42 Soeur ch&#233;rie, comment pouvez-vous dire apr&#232;s cela que mes d&#233;sirs sont la marque de mon amour ?&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;II - Aimer sa faiblesse et sa pauvret&#233;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Ah ! Je sens bien que ce n'est pas cela du tout qui pla&#238;t au Bon Dieu dans ma petite &#226;me, &lt;strong&gt;ce qui lui pla&#238;t c'est de me voir aimer ma petitesse et ma pauvret&#233;&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;, c'est l'esp&#233;rance aveugle que j'ai en sa mis&#233;ricorde&#8230;&lt;/strong&gt; Voil&#224; mon seul tr&#233;sor. Marraine ch&#233;rie, pourquoi ce tr&#233;sor ne serait-il pas le v&#244;tre ?&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N'&#234;tes-vous pas pr&#234;te &#224; souffrir tout ce que le Bon Dieu voudra ? Je sais bien que oui, alors, si vous d&#233;sirez sentir de la joie, avoir de l'attrait pour la souffrance, c'est votre consolation que vous cherchez, puisque lorsqu'on aime une chose, la que vous cherchez, &lt;strong&gt;puisque lorsqu'on aime une chose, la peine dispara&#238;t&lt;/strong&gt;. Je vous assure que si nous allions ensemble au martyre dans les dispositions o&#249; nous sommes, vous auriez un grand m&#233;rite et moi je n'en aurais aucun, &#224; moins qu'il ne plaise &#224; J&#233;sus de changer mes dispositions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;O ma s&#339;ur ch&#233;rie, je vous en prie, comprenez votre petite fille, comprenez que pour aimer J&#233;sus, &#234;tre sa victime d'amour, plus on est faible, sans d&#233;sirs, ni vertus, plus on est propre aux op&#233;rations de cet Amour consumant et transformant&#8230; Le seul d&#233;sir d'&#234;tre victime suffit, mais il faut consentir &#224; rester pauvre et sans force et voil&#224; le difficile car &#171; Le v&#233;ritable pauvre d'esprit, o&#249; le trouver ? il faut le chercher bien loin &#187; a dit le psalmiste&#8230; Il ne dit pas qu'il faut le chercher parmi les grandes &#226;mes, mais &#171; bien loin &#187;, c'est-&#224;-dire dans la bassesse, dans le n&#233;ant&#8230; Ah ! restons donc bien loin de tout ce qui brille, aimons notre petitesse, aimons &#224; ne rien sentir, alors nous serons pauvres d'esprit et J&#233;sus viendra nous&#8230; [v&#176;]&#8230; chercher, P&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;r&lt;/sup&gt; 31,10 ; Mt 5,3 si loin que nous soyons il nous transformera en flammes d'amour&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;III - L'extr&#234;me de la confiance&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Oh ! que je voudrais pouvoir vous faire comprendre ce que je sens !&#8230; C'est la confiance et rien que la confiance qui doit nous conduire &#224; l'Amour&#8230; La crainte ne conduit-elle pas &#224; la Justice [A la justice s&#233;v&#232;re telle qu'on la repr&#233;sente aux p&#233;cheurs mais pas de cette Justice que J&#233;sus aura pour ceux qui l'aiment.] ?&#8230; Puisque nous voyons la vie, courons ensemble. Oui, je le sens, J&#233;sus veut nous faire les m&#234;mes gr&#226;ces, il veut nous donner gratuitement son Ciel. Rm 3,24&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;1) Une gr&#226;ce d&#233;j&#224; donn&#233;e&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;O ma petite s&#339;ur ch&#233;rie, si vous ne me comprenez pas c'est que vous &#234;tes une trop grande &#226;me&#8230; ou plut&#244;t c'est que je m'explique mal, car je suis s&#251;re que le Bon Dieu ne vous donnerait pas le d&#233;sir d'&#234;tre POSS&#201;D&#201;E de Lui, de son Amour Mis&#233;ricordieux s'il ne vous r&#233;servait cette faveur&#8230; ou plut&#244;t il vous l'a d&#233;j&#224; faite, puisque vous vous &#234;tes livr&#233;e &#224; Lui, puisque vous d&#233;sirez &#234;tre consum&#233;e par Lui et que jamais le Bon Dieu ne donne de d&#233;sirs qu'il ne puisse r&#233;aliser&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;9 heures sonnent, je suis oblig&#233;e de vous quitter, ah ! que je voudrais vous dire de choses, mais J&#233;sus va vous faire sentir tout ce que je ne puis &#233;crire&#8230; Je vous aime avec toute la tendresse de mon petit c&#339;ur d'enfant RECONNAISSANT&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Th&#233;r&#232;se de l'Enfant J&#233;sus religieuse carm&#233;lite indigne&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;Copyright Cerf/DDB&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;em class=&#034;spip&#034;&gt;Vous trouverez ici, en accord avec les &#233;diteurs, l'int&#233;gralit&#233; du Manuscrit B de l'autobiographie de Sainte Th&#233;r&#232;se de Lisieux, appel&#233;e aussi quelques fois &#171; Histoire d'une &#226;me &#187;.&lt;/em&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;a href='https://www.carmel.asso.fr/Une-priere-a-Jesus-Ms-B-2ro-5vo.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;page suivante&#8230;&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Une pri&#232;re &#224; J&#233;sus (Ms. B 2r&#176;-5v&#176;)</title>
		<link>https://www.carmel.asso.fr/Une-priere-a-Jesus-Ms-B-2ro-5vo.html</link>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		
		


		<dc:subject>Sommaire</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Texte du 8 Septembre 1896 adress&#233; &#224; S&#339;ur Marie du Sacr&#233;-C&#339;ur le 13 septembre I - Un r&#234;ve dans la nuit de la foi ! O J&#233;sus, mon Bien-Aim&#233; ! Qui pourra dire avec quelle tendresse, quelle douceur, vous conduisez ma petite &#226;me ? Comment il vous pla&#238;t de faire luire le rayon de votre gr&#226;ce au milieu m&#234;me du plus sombre orage !&#8230; H&#233;las, l'orage grondait bien fort dans mon &#226;me depuis la belle f&#234;te de votre triomphe, la radieuse f&#234;te de P&#226;ques, lorsqu'un samedi du moi de mai, pensant aux songes (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;em class=&#034;spip&#034;&gt;Texte du 8 Septembre 1896 adress&#233; &#224; S&#339;ur Marie du Sacr&#233;-C&#339;ur le 13 septembre&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;I - Un r&#234;ve dans la nuit de la foi !&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;O J&#233;sus, mon Bien-Aim&#233; ! Qui pourra dire avec quelle tendresse, quelle douceur, vous conduisez ma petite &#226;me ? Comment il vous pla&#238;t de faire luire le rayon de votre gr&#226;ce au milieu m&#234;me du plus sombre orage !&#8230; H&#233;las, l'orage grondait bien fort dans mon &#226;me depuis la belle f&#234;te de votre triomphe, la radieuse f&#234;te de P&#226;ques, lorsqu'un samedi du moi de mai, pensant aux songes myst&#233;rieux qui sont parfois accord&#233;s &#224; certaines &#226;mes, je me disais que ce devrait &#234;tre une bien douce consolation, cependant je ne la demandais pas. Le soir, consid&#233;rant les nuages qui couvraient son ciel, ma petite &#226;me se disait encore que les beaux r&#234;ves n'&#233;taient pas pour elle, et sous l'orage elle s'endormit. Le lendemain &#233;tait le 10 mai, le deuxi&#232;me DIMANCHE du mois de Marie, peut-&#234;tre l'anniversaire du jour o&#249; la Sainte Vierge daigna sourire &#224; sa petite fleur&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aux premi&#232;res lueurs de l'aurore, je me trouvai (en r&#234;ve) dans une sorte de galerie, il y avait plusieurs autres personnes, mais &#233;loign&#233;es. Notre M&#232;re seule &#233;tait aupr&#232;s de moi, tout &#224; coup sans avoir vu comment elles &#233;taient entr&#233;es, j'aper&#231;us trois carm&#233;lites rev&#234;tues de leurs manteaux et grands voiles, il me sembla qu'elles venaient pour notre M&#232;re, mais ce que je compris clairement, c'est qu'elles venaient du Ciel. Au fond de mon c&#339;ur, je m'&#233;criai Ah ! que je serais heureuse de voir le visage d'une de ces carm&#233;lites ! Alors comme si ma pri&#232;re avait &#233;t&#233; entendue par elle, la plus grande des saintes s'avan&#231;a vers moi ; aussit&#244;t je tombai &#224; genoux. Oh ! bonheur ! la Carm&#233;lite leva son voile ou plut&#244;t le souleva et m'en couvrit&#8230; sans aucune h&#233;sitation, je reconnus la v&#233;n&#233;rable M&#232;re Anne de J&#233;sus, la fondatrice du Carmel en France. Son visage &#233;tait beau, d'une beaut&#233; immat&#233;rielle, aucun rayon ne s'en &#233;chappait et cependant malgr&#233; le voile qui nous enveloppait toutes les deux, je voyais son c&#233;leste visage &#233;clair&#233; d'une lumi&#232;re ineffablement douce, lumi&#232;re qu'il ne recevait pas mais qu'il produisait de lui-m&#234;me&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne saurais redire l'all&#233;gresse de mon &#226;me, ces choses se sentent et ne peuvent s'exprimer&#8230; Plusieurs mois se sont &#233;coul&#233;s depuis ce doux r&#234;ve, cependant le souvenir qu'il laisse &#224; mon &#226;me n'a rien perdit de sa fra&#238;cheur, de ses charmes c&#233;lestes&#8230; Je vois encore le regard et le sourire pleins d'amour de la V&#233;n&#233;rable M&#232;re. Je crois sentir encore les caresses dont elle me combla&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Me voyant si tendrement aim&#233;e, j'osai prononcer ces paroles : &#171; O ma M&#232;re ! je vous en supplie, dites-moi si le Bon Dieu me laissera longtemps sur la terre&#8230; Viendra-t-il bient&#244;t me chercher ?&#8230; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Souriant avec tendresse, la sainte murmura : &#171; Oui bient&#244;t, bient&#244;t&#8230; Je vous le promets. &#187; &#171; Ma M&#232;re, ajoutai-je, dites-moi encore si le Bon Dieu ne me demande pas quelque chose [2v&#176;] de plus que mes pauvres petites actions et mes d&#233;sirs. Est-il content de moi ? &#187; La figure de la Sainte prit une expression incomparablement plus tendre que la premi&#232;re fois qu'elle me parla. Son regard et ses caresses &#233;taient la plus douce des r&#233;ponses. Cependant elle me dit : &#171; Le Bon Dieu ne demande rien autre chose de vous. Il est content, tr&#232;s content !&#8230; &#187; Apr&#232;s m'avoir encore caress&#233;e avec plus d'amour que ne l'a jamais fait pour son enfant la plus tendre des m&#232;res, je la vis s'&#233;loigner&#8230; Mon c&#339;ur &#233;tait dans la joie, mais je me souvins de mes s&#339;urs, et je voulus demander quelques gr&#226;ces pour elles, h&#233;las !&#8230; je m'&#233;veillai !&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;O J&#233;sus ! l'orage alors ne grondait pas, le ciel &#233;tait calme et serein.., je croyais, je sentais qu'il y a un Ciel et que ce Ciel est peupl&#233; d'&#226;mes qui me ch&#233;rissent, qui me regardent comme leur enfant&#8230; Cette impression reste dans mon c&#339;ur d'autant mieux que la V&#233;n&#233;rable M&#232;re Anne de J&#233;sus m'avait &#233;t&#233; jusqu'alors absolument indiff&#233;rente, je ne l'avais jamais invoqu&#233;e et sa pens&#233;e ne me venait &#224; l'esprit qu'en entendant parler d'elle, ce qui &#233;tait rare. Aussi lorsque j'ai compris &#224; quel point elle m'aimait, combien je lui &#233;tais peu indiff&#233;rente, mon c&#339;ur s'est fondu d'amour et de reconnaissance, non seulement pour la Sainte qui m'avait visit&#233;e, mais encore pour tous les Bienheureux habitants du Ciel&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;VocationDeLamour&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;II - La vocation de l'amour (2 v&#176;-3 v&#176;)&lt;/h2&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;1) Des d&#233;sirs qui touchent &#224; l'infini&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;O mon Bien-Aim&#233; ! cette gr&#226;ce n'&#233;tait que le pr&#233;lude de gr&#226;ces plus grandes dont tu voulais me combler ; laisse-moi, mon unique Amour, te les rappeler aujourd'hui&#8230; aujourd'hui, le sixi&#232;me anniversaire de notre union&#8230; Ah ! pardonne-moi J&#233;sus, si je d&#233;raisonne en voulant redire mes d&#233;sirs, mes esp&#233;rances qui touchent &#224; l'infini, pardonne-moi et gu&#233;ris mon &#226;me en lui donnant ce qu'elle esp&#232;re !!!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#202;tre ton &#233;pouse, &#244; J&#233;sus, &#234;tre carm&#233;lite, &#234;tre par mon union avec toi la m&#232;re des &#226;mes, cela devrait me suffire&#8230; il n'en est pas ainsi&#8230; Sans doute, ces trois privil&#232;ges sont bien ma vocation, Carm&#233;lite, &#201;pouse et M&#232;re, cependant je sens en moi d'autres vocations je me sens la vocation de GUERRIER, de PR&#202;TRE, D'AP&#212;TRE, de DOCTEUR, de MARTYR ; enfin, je sens le besoin, le d&#233;sir d'accomplir pour toi J&#233;sus, toutes les &#339;uvres les plus h&#233;ro&#239;ques&#8230; Je sens en mon &#226;me le courage d'un Crois&#233;, d'un Zouave Pontifical, je voudrais mourir sur un champ de bataille pour la d&#233;fense de l'&#201;glise&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je sens en moi la vocation de PR&#202;TRE ; avec quel amour, &#244; J&#233;sus, je te porterais dans mes mains lorsque, &#224; ma voix, tu descendrais du Ciel&#8230; Avec quel amour je te donnerais aux &#226;mes !&#8230; Mais h&#233;las ! tout en d&#233;sirant d'&#234;tre Pr&#234;tre, j'admire et j'envie l'humilit&#233; de Saint Fran&#231;ois d'Assise et je me sens la vocation de l'imiter en refusant la sublime dignit&#233; du Sacerdoce.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;O J&#233;sus ! mon amour, ma vie&#8230; comment allier ces contrastes ? [3r&#176;] Comment r&#233;aliser les d&#233;sirs de ma pauvre petite &#226;me ?&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ah ! malgr&#233; ma petitesse, je voudrais &#233;clairer les &#226;mes comme les Proph&#232;tes, les Docteurs, j'ai la vocation d'&#234;tre Ap&#244;tre&#8230; je voudrais parcourir la terre, pr&#234;cher ton nom et planter sur le sol infid&#232;le ta Croix glorieuse, mais, &#244; mon Bien-Aim&#233;, une seule mission ne me suffirait pas, je voudrais en m&#234;me temps annoncer l'&#201;vangile dans les cinq parties du monde et jusque dans les &#238;les les plus recul&#233;es&#8230; Is 66,19 Je voudrais &#234;tre missionnaire non seulement pendant quelques ann&#233;es, mais je voudrais l'avoir &#233;t&#233; depuis la cr&#233;ation du monde et l'&#234;tre jusqu'&#224; la consommation des si&#232;cles&#8230; Mais je voudrais par-dessus tout, &#244; mon Bien-Aim&#233; Sauveur, je voudrais verser mon sang pour toi jusqu'&#224; la derni&#232;re goutte&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Martyre, voil&#224; le r&#234;ve de ma jeunesse, ce r&#234;ve il a grandi avec moi sous les clo&#238;tres du Carmel&#8230; Mais l&#224; encore, je sens que mon r&#234;ve est une folie, car je ne saurais me borner &#224; d&#233;sirer un genre de martyre&#8230; Pour me satisfaire, il me les faudrait tous&#8230; Comme toi, mon &#233;poux Ador&#233;, je voudrais &#234;tre flagell&#233;e et crucifi&#233;e&#8230; Je voudrais mourir d&#233;pouill&#233;e comme Saint Barth&#233;l&#233;my&#8230; Comme Saint Jean, je voudrais &#234;tre plong&#233;e dans l'huile bouillante, je voudrais subir tous les supplices inflig&#233;s aux martyrs&#8230; Avec Sainte Agn&#232;s et Sainte C&#233;cile, je voudrais pr&#233;senter mon cou au glaive et comme Jeanne d'Arc, ma s&#339;ur ch&#233;rie, je voudrais sur le b&#251;cher murmurer ton nom, &#244; J&#201;SUS&#8230; En songeant aux tourments qui seront le partage des chr&#233;tiens au temps de l'Ant&#233;christ, je sens mon c&#339;ur tressaillir et je voudrais que ces tourments me soient r&#233;serv&#233;s&#8230; J&#233;sus, J&#233;sus, si je voulais &#233;crire tous mes d&#233;sirs, il me faudrait emprunter ton livre de vie, Ap 20,12 l&#224; sont rapport&#233;es les actions de tous les Saints et ces actions, je voudrais les avoir accomplies pour toi&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;2) Reconnaissance de son impuissance&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;O mon J&#233;sus ! &#224; toutes mes folies que vas-tu r&#233;pondre ?&#8230; Y a-t-il une &#226;me plus petite, plus impuissante que la mienne !&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;h4 class=&#034;spip&#034;&gt;a) Confiance en J&#233;sus : Th&#233;r&#232;se exauc&#233;e en raison de sa faiblesse&lt;/h4&gt;
&lt;p&gt;Cependant &#224; cause m&#234;me de ma faiblesse, tu t'es plu, Seigneur, &#224; combler mes petits d&#233;sirs enfantins, et tu veux aujourd'hui, combler d'autres d&#233;sirs plus grands que l'univers&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;h4 class=&#034;spip&#034;&gt;b) Recherche active et d&#233;couverte&lt;/h4&gt;
&lt;p&gt;A l'oraison mes d&#233;sirs me faisant souffrir un v&#233;ritable martyre, j'ouvris les &#233;p&#238;tres de Saint Paul afin de chercher quelque r&#233;ponse. Les chapitres XII et XIII de la premi&#232;re &#233;p&#238;tre aux Corinthiens me tomb&#232;rent sous les yeux&#8230; J'y lus, dans le premier, que tous ne peuvent &#234;tre ap&#244;tres, proph&#232;tes, docteurs, etc&#8230; que l'&#201;glise est compos&#233;e de diff&#233;rents membres et que l'&#339;il ne saurait &#234;tre en m&#234;me temps la main&#8230; 1Co 12,21 ; 1Co 12,29&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;ponse &#233;tait claire mais ne comblait pas mes d&#233;sirs, elle ne me donnait pas la paix&#8230; Comme Madeleine se baissant toujours aupr&#232;s du tombeau vide Jn 20,11-18 finit par trouver [3v&#176;] (Comme Madeleine se baissant toujours aupr&#232;s du tombeau vide finit par trouver)&#8230; ce qu'elle cherchait, ainsi, m'abaissant jusque dans les profondeurs de mon n&#233;ant je m'&#233;levai si haut que je pus atteindre mon but. Sans me d&#233;courager je continuai ma lecture et cette phrase me soulagea : &#171; Recherchez avec ardeur les DONS les PLUS PARFAITS, mais je vais encore vous montrer une voie plus excellente. &#187; Jn 20,11-18 Et l'Ap&#244;tre explique comment tous les dons les plus PARFAITS ne sont rien sans l'AMOUR&#8230; Que la Charit&#233; est la VOIE EXCELLENTE qui conduit s&#251;rement &#224; Dieu. Enfin j'avais trouv&#233; le repos&#8230; Consid&#233;rant le corps mystique de l'&#201;glise, je ne m'&#233;tais reconnue dans aucun des membres d&#233;crits par Saint Paul, ou plut&#244;t je voulais me reconna&#238;tre en tous&#8230; La Charit&#233; me donna la clef de ma vocation. Je compris que si l'&#201;glise avait un corps, compos&#233; de diff&#233;rents membres, 1Co 13,1-3 le plus n&#233;cessaire, le plus noble de tous ne lui manquait pas, je compris que l'&#201;glise avait un C&#339;ur, et que ce C&#339;ur &#233;tait BRULANT d'AMOUR. Je compris que l'Amour seul faisait agir les membres de l'&#201;glise, que si l'Amour venait &#224; s'&#233;teindre, les Ap&#244;tres n'annonceraient plus l'Evangile, les Martyrs refuseraient de verser leur sang&#8230;&lt;strong&gt; Je compris que l'AMOUR RENFERMAIT TOUTES LES VOCATIONS, QUE L'AMOUR ETAIT TOUT, QU'IL EMBRASSAIT TOUS LES TEMPS ET TOUS LES LIEUX &#8230; EN UN MOT, QU'IL EST ETERNEL !&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors, dans l'exc&#232;s de ma joie d&#233;lirante, je me suis &#233;cri&#233;e :&lt;strong&gt; O J&#233;sus, mon Amour&#8230; ma vocation, enfin je l'ai trouv&#233;e, MA VOCATION, C'EST L'AMOUR !&#8230; &lt;/strong&gt; Oui j'ai trouv&#233; ma place dans l'&#201;glise et cette place, &#244; mon Dieu, c'est vous qui me l'avez donn&#233;e&#8230; dans le C&#339;ur de l'&#201;glise, ma M&#232;re, je serai l'AMOUR&#8230; ainsi je serai tout&#8230; ainsi mon r&#234;ve sera r&#233;alis&#233; !&#8230; 1Co 13,1-4&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi parler d'une joie d&#233;lirante ? non, cette expression n'est pas juste, c'est plut&#244;t la paix calme et sereine du navigateur apercevant le phare qui doit le conduire au port&#8230; O Phare lumineux de l'amour, je sais comment arriver jusqu'&#224; toi, j'ai trouv&#233; le secret de m'approprier ta flamme.&lt;/p&gt;
&lt;h4 class=&#034;spip&#034;&gt;c) Abandon &#224; l'Amour : acte d'offrande&lt;/h4&gt;
&lt;p&gt;Je ne suis qu'une enfant, impuissante et faible, cependant c'est ma faiblesse m&#234;me qui me donne l'audace de m'offrir en Victime &#224; ton Amour, &#244; J&#233;sus ! Autrefois les hosties pures et sans taches &#233;taient seules agr&#233;&#233;es par le Dieu Fort et Puissant. Pour satisfaire la Justice Divine, il fallait des victimes parfaites, mais &#224; la loi de crainte a succ&#233;d&#233; la loi d'Amour, et l'Amour m'a choisie pour holocauste, moi, faible et imparfaite cr&#233;ature&#8230; Ce choix n'est-il pas digne de l'Amour ?&#8230; Oui, pour que l'Amour soit pleinement satisfait, il faut qu'Il s'abaisse, qu'il s'abaisse jusqu'au n&#233;ant et qu'il transforme en feu ce n&#233;ant&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;3) Mise en &#339;uvre pour l'&#233;glise (4 r&#176;-v&#176;)&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;[4r&#176;] O J&#233;sus, je le sais, l'amour ne se paie que par l'amour, aussi j'ai cherch&#233;, j'ai trouv&#233; le moyen de soulager mon c&#339;ur en te rendant Amour pour Amour. &#171; Employez les richesses qui rendent injustes &#224; vous faire des amis qui vous re&#231;oivent dans les tabernacles &#233;ternels. &#187; Lc 16,9 Voil&#224;, Seigneur le conseil que tu donnes &#224; tes disciples apr&#232;s leur avoir dit que &#171; Les enfants de t&#233;n&#232;bres sont plus habiles dans leurs affaires que les enfants de lumi&#232;re. &#187; Lc 16,8 Enfant de lumi&#232;re, j'ai compris que mes d&#233;sirs d'&#234;tre tout, d'embrasser toutes les vocations, &#233;taient des richesses qui pourraient bien me rendre injuste, alors je m'en suis servie &#224; me faire des amis&#8230; Me souvenant de la pri&#232;re d'&#201;lis&#233;e &#224; son P&#232;re &#201;lie, lorsqu'il osa lui demander SON DOUBLE ESPRIT, je me suis pr&#233;sent&#233;e devant les Anges et les Saints, et je leur ai dit : &#171; Je suis la plus petite des cr&#233;atures, je connais ma mis&#232;re et ma faiblesse, mais je sais aussi combien les c&#339;urs nobles et g&#233;n&#233;reux aiment &#224; faire du bien, je vous supplie donc, &#244; Bienheureux habitants du Ciel, je vous supplie de M'ADOPTER POUR ENFANT, &#224; vous seuls sera la gloire que vous me ferez acqu&#233;rir mais daignez exaucer ma pri&#232;re, elle est t&#233;m&#233;raire, je le sais, cependant j'ose vous demander de m'obtenir : VOTRE DOUBLE AMOUR. &#187; 2R 2,9 ; Ap 8,3&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J&#233;sus, je ne puis approfondir ma demande, je craindrais de me trouver accabl&#233;e sous le poids de mes d&#233;sirs audacieux&#8230; Mon excuse, c'est que je suis une enfant, les enfants ne r&#233;fl&#233;chissent pas &#224; la port&#233;e de leurs paroles, cependant leurs parents, lorsqu'ils sont plac&#233;s sur le tr&#244;ne, qu'ils poss&#232;dent d'immenses tr&#233;sors, n'h&#233;sitent pas &#224; contenter les d&#233;sirs des petits &#234;tres qu'ils ch&#233;rissent autant qu'eux-m&#234;mes ; pour leur faire plaisir, ils font des folies, ils vont jusqu'&#224; la faiblesse&#8230; Eh bien ! moi je suis l'Enfant de l'&#201;glise, et l'&#201;glise est Reine puisqu'elle est ton &#233;pouse, &#244; Divin Roi des Rois&#8230; Ce ne sont pas les richesses et la Gloire, (m&#234;me la Gloire du Ciel) que r&#233;clame le c&#339;ur du petit enfant&#8230; La gloire, il comprend qu'elle appartient de droit &#224; ses Fr&#232;res, les Anges et les Saints&#8230; Sa gloire &#224; lui sera le reflet de celle qui jaillira du front de sa M&#232;re. Ce qu'il demande c'est l'Amour&#8230; Il ne sait plus qu'une chose, t'aimer, &#244; J&#233;sus&#8230; Les &#339;uvres &#233;clatantes lui sont interdites, il ne peut pr&#234;cher l'&#201;vangile, verser son sang&#8230; mais qu'importe, ses fr&#232;res travaillent &#224; sa place, et lui, petit enfant, il se tient tout pr&#232;s du tr&#244;ne Ap 14,3 du Roi et de la Reine, il aime pour ses fr&#232;res qui combattent&#8230; Mais comment t&#233;moignera-t-il son Amour, puisque l'Amour se prouve par les &#339;uvres ? Eh bien, le petit enfant jettera des fleurs, il embaumera de ses parfums le tr&#244;ne royal, il chantera de sa voix argentine le cantique de l'Amour&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui mon Bien-Aim&#233;, voil&#224; comment se consumera ma vie&#8230; Je n'ai d'autre moyen de te prouver mon amour, que de jeter des fleurs, c'est-&#224;-dire de ne laisser &#233;chapper aucun petit sacrifice, aucun regard, [4v&#176;] aucune parole, de profiter de toutes les plus petites choses et de les faire par amour&#8230; Je veux souffrir par amour et m&#234;me jouir par amour, ainsi je jetterai des fleurs devant ton tr&#244;ne ; je n'en rencontrerai pas une sans l'effeuiller pour toi&#8230; puis en jetant mes fleurs, je chanterai, (pourrait-on pleurer en faisant une aussi joyeuse action ?) je chanterai, m&#234;me lorsqu'il me faudra cueillir mes fleurs au milieu des &#233;pines et mon chant sera d'autant plus m&#233;lodieux que les &#233;pines seront longues et piquantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J&#233;sus, &#224; quoi te serviront mes fleurs et mes chants ?&#8230; Ah ! je le sais bien, cette pluie embaum&#233;e, ces p&#233;tales fragiles et sans aucune valeur, ces chants d'amour du plus petit des c&#339;urs te charmeront, oui, ces riens te feront plaisir, ils feront sourire l'&#201;glise Triomphante, elle recueillera mes fleurs effeuill&#233;es par amour et les faisant passer par tes Divines Mains, &#244; J&#233;sus, cette &#201;glise du Ciel, voulant jouer avec son petit enfant, jettera, elle aussi, ces fleurs ayant acquis par ton attouchement divin une valeur infinie, elle les jettera sur l'Eglise souffrante afin d'en &#233;teindre les flammes, elle les jettera sur l'&#201;glise combattante afin de lui faire remporter la victoire !&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;O mon J&#233;sus ! je t'aime, j'aime l'&#201;glise ma M&#232;re, je me souviens que : &lt;strong&gt;&#171; Le plus petit mouvement de PUR AMOUR lui est plus utile que toutes les autres &#339;uvres r&#233;unies ensemble &#187; &lt;/strong&gt; mais le PUR AMOUR est-il bien dans mon c&#339;ur&#8230; Mes immenses d&#233;sirs ne sont-ils pas un r&#234;ve, une folie ?&#8230; Ah ! s'il en est ainsi, J&#233;sus, &#233;claire-moi, tu le sais, je cherche la v&#233;rit&#233;&#8230; si mes d&#233;sirs sont t&#233;m&#233;raires, fais-les dispara&#238;tre car ces d&#233;sirs sont pour moi le plus grand des martyres&#8230; Cependant je le sais, &#244; J&#233;sus, apr&#232;s avoir aspir&#233; vers les r&#233;gions les plus &#233;lev&#233;es de l'Amour, s'il me faut ne pas les atteindre un jour j'aurai go&#251;t&#233; plus de douceur dans mon martyre, dans ma folie, que je n'en go&#251;terai au sein des joies de la patrie, &#224; moins que par un miracle tu ne m'enl&#232;ves le souvenir de mes esp&#233;rances terrestres. Alors laisse-moi jouir pendant mon exil des d&#233;lices de l'amour&#8230; Laisse-moi savourer les douces amertumes de mon martyre&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J&#233;sus, J&#233;sus, s'il est si d&#233;licieux le d&#233;sir de t'Aimer qu'est-ce donc de poss&#233;der, de jouir de l'Amour ?&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;La parabole du petit oiseau&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;III - La petite voie et la folie de l'Amour (4v&#176;-5v&#176;)&lt;/h2&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;1) La petite voie appliqu&#233;e &#224; la vocation de l'Amour&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Comment une &#226;me aussi imparfaite que la mienne peut-elle aspirer &#224; poss&#233;der la pl&#233;nitude de l'Amour ?&#8230; O J&#233;sus ! mon premier, mon seul Ami, toi que j'aime uniquement, dis-moi quel est ce myst&#232;re ? Pourquoi ne r&#233;serves-tu pas ces immenses aspirations aux grandes &#226;mes, aux Aigles qui planent dans les hauteurs ?&#8230; Moi je me consid&#232;re comme un faible petit oiseau couvert seulement d'un l&#233;ger duvet ; je ne suis pas un aigle, j'en ai simplement les yeux et le c&#339;ur car malgr&#233; ma petitesse extr&#234;me j'ose fixer le Soleil Divin, le Soleil de l'Amour et mon c&#339;ur sent en lui toutes [5r&#176;] les aspirations de l'Aigle &#8230; Le petit oiseau voudrait voler vers ce brillant Soleil qui charme ses yeux, il voudrait imiter les Aigles ses fr&#232;res qu'il voit s'&#233;lever jusqu'au foyer Divin de la Trinit&#233; Sainte&#8230; H&#233;las ! tout ce qu'il peut faire, c'est de soulever ses petites ailes, mais s'envoler, cela n'est pas en son petit pouvoir ! Que va-t-il devenir ! mourir de chagrin se voyant aussi impuissant ?&#8230; Oh non ! le petit oiseau ne va m&#234;me pas s'affliger. Avec un audacieux abandon, il veut rester &#224; fixer son divin Soleil ;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;2) Croire dans la nuit de la foi&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Rien ne saurait l'effrayer, ni le vent ni la pluie, et si de sombres nuages viennent &#224; cacher l'Astre d'Amour, le petit oiseau ne change pas de place, il sait que par del&#224; les nuages son Soleil brille toujours, que son &#233;clat ne saurait s'&#233;clipser un instant. Parfois, il est vrai, le c&#339;ur du petit oiseau se trouve assailli par la temp&#234;te, il lui semble ne pas croire qu'il existe autre chose que les nuages qui l'enveloppent ; c'est alors le moment de la joie parfaite pour le pauvre petit &#234;tre faible. Quel bonheur pour lui de rester l&#224; quand m&#234;me, de fixer l'invisible lumi&#232;re qui se d&#233;robe &#224; sa foi !!!&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;3 ) Faire confiance envers et contre tout&lt;/h3&gt;&lt;h4 class=&#034;spip&#034;&gt;a) malgr&#233; les distractions&lt;/h4&gt;
&lt;p&gt;J&#233;sus, jusqu'&#224; pr&#233;sent, je comprends ton amour pour le petit oiseau, puisqu'il ne s'&#233;loigne pas de toi&#8230; mais je le sais et tu le sais aussi, souvent, l'imparfaite petite cr&#233;ature tout en restant &#224; sa place (c'est-&#224;-dire sous les rayons du Soleil), se laisse un peu distraire de son unique occupation, elle prend une petite graine &#224; droite et &#224; gauche, court apr&#232;s un petit ver&#8230; puis rencontrant une petite flaque d'eau elle mouille ses plumes &#224; peine form&#233;es, elle voit une fleur qui lui pla&#238;t, alors son petit esprit s'occupe de cette fleur&#8230; enfin ne pouvant planer comme les aigles, le pauvre petit oiseau s'occupe encore des bagatelles de la terre. Cependant apr&#232;s tout ces m&#233;faits, au lieu d'aller se cacher au loin pour pleurer sa mis&#232;re et mourir de repentir, le petit oiseau se tourne vers son Bien-Aim&#233; Soleil, il pr&#233;sente &#224; ses rayons bienfaisants ses petites ailes mouill&#233;es, il g&#233;mit comme l'hirondelle et dans son doux chant il confie, il raconte en d&#233;tail ses infid&#233;lit&#233;s, pensant dans son t&#233;m&#233;raire abandon acqu&#233;rir ainsi plus d'empire, attirer plus pleinement l'amour de Celui qui n'est pas venu appeler les justes mais les p&#233;cheurs&#8230; Si l'Astre Ador&#233; demeure sourd aux gazouillements plaintifs de sa petite cr&#233;ature, s'il reste voil&#233;&#8230;eh bien ! la petite cr&#233;ature reste mouill&#233;e, elle accepte d'&#234;tre transie de froid et se r&#233;jouit encore de cette souffrance qu'elle a cependant m&#233;rit&#233;e&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;h4 class=&#034;spip&#034;&gt;b) Malgr&#233; le sommeil&lt;/h4&gt;
&lt;p&gt;O J&#233;sus ! Que ton petit oiseau est heureux d'&#234;tre faible et petit, que deviendrait-il s'il &#233;tait grand ?&#8230; Jamais il n'aurait l'audace de para&#238;tre en ta pr&#233;sence, de sommeiller devant toi&#8230; Oui, c'est l&#224; encore une faiblesse du petit oiseau lorsqu'il veut fixer le Divin Soleil et que les nuages l'emp&#234;chent de voir un seul rayon, malgr&#233; lui ses petits yeux se ferment, sa petite t&#234;te se cache sous sa petite aile et le pauvre petit &#234;tre s'endort, croyant toujours fixer son Astre Ch&#233;ri. A son r&#233;veil, il ne se d&#233;sole pas, son petit c&#339;ur reste en paix, il recommence son office d'amour, il invoque les Anges et les Saints qui s'&#233;l&#232;vent comme des Aigles vers le Foyer d&#233;vorant, objet de son envie.&lt;/p&gt;
&lt;h4 class=&#034;spip&#034;&gt;c) Malgr&#233; les angoisses&lt;/h4&gt;
&lt;p&gt;[5v&#176;] et les Aigles prenant en piti&#233; leur petit fr&#232;re, le prot&#232;gent, le d&#233;fendent et mettent en fuite les vautours qui voudraient le d&#233;vorer. Les vautours, images des d&#233;mons, le petit oiseau ne les craint pas, il n'est pas destin&#233; &#224; devenir leur proie ,mais celle de l'Aigle qu'il contemple au centre du Soleil d'Amour. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;4) Le fondement eucharistique de la petite voie&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;O Verbe Divin, c'est toi l'Aigle ador&#233; que j'aime et qui m'attires ! C'est toi qui t'&#233;lan&#231;ant vers la terre d'exil as voulu souffrir et mourir afin d'attirer les &#226;mes jusqu'au sein de l'&#201;ternel Foyer de la Trinit&#233; Bienheureuse, c'est toi qui remontant vers l'inaccessible Lumi&#232;re qui sera d&#233;sormais ton s&#233;jour, c'est toi qui restes encore dans la vall&#233;e des larmes, cach&#233; sous l'apparence d'une blanche hostie&#8230; Aigle &#201;ternel, tu veux me nourrir de ta divine substance, moi, pauvre petit &#234;tre, qui rentrerais dans le n&#233;ant si ton divin regard ne me donnait la vie &#224; chaque instant&#8230; O J&#233;sus ! laisse-moi dans l'exc&#232;s de ma reconnaissance, laisse-moi te dire que ton amour va jusqu'&#224; la folie&#8230; Comment veux-tu devant cette Folie, que mon c&#339;ur ne s'&#233;lance pas vers toi ? Comment ma confiance aurait-elle des bornes ?&#8230; Ah ! pour toi, je le sais, les Saints ont fait des folies, ils ont fait de grandes choses puisqu'ils &#233;taient des aigles&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J&#233;sus, je suis trop petite pour faire de grandes choses&#8230; et ma folie &#224; moi, c'est d'esp&#233;rer que ton Amour m'accepte comme victime&#8230; Ma folie consiste &#224; supplier les Aigles mes fr&#232;res, de m'obtenir la faveur de voler vers le Soleil de l'Amour avec les propres ailes de l'Aigle Divin&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aussi longtemps que tu le voudras, &#244; mon Bien-Aim&#233;, ton petit oiseau restera sans forces et sans ailes, toujours il demeurera les yeux fix&#233;s sur toi, il veut &#234;tre fascin&#233; par ton regard divin, il veut devenir la proie de ton Amour&#8230; Un jour, j'en ai l'espoir, Aigle Ador&#233;, tu viendras chercher ton petit oiseau, et remontant avec lui au Foyer de l'Amour, tu le plongeras pour l'&#233;ternit&#233; dans le br&#251;lant Ab&#238;me de Cet Amour auquel il s'est offert en victime&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;5) La f&#233;condit&#233; missionnaire de la petite voie&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;O J&#233;sus ! que ne puis-je dire &#224; toutes les petites &#226;mes combien ta condescendance est ineffable&#8230; je sens que si par impossible tu trouvais une &#226;me plus faible, plus petite que la mienne, tu te plairais &#224; la combler de faveurs plus grandes encore, si elle s'abandonnait avec une enti&#232;re confiance &#224; ta mis&#233;ricorde infinie. Mais pourquoi d&#233;sirer communiquer tes secrets d'amour, &#244; J&#233;sus, n'est-ce pas toi seul qui me les a enseign&#233;s et ne peux-tu pas les r&#233;v&#233;ler &#224; d'autres ?&#8230; Oui, je le sais, et je te conjure de le faire, je te supplie d'abaisser ton regard divin sur un grand nombre de petites &#226;mes&#8230; je te supplie de choisir une l&#233;gion de petites victimes dignes de ton amour.&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;a href='https://www.carmel.asso.fr/La-science-d-amour-Ms-B-1ro-vo.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;page suivante&#8230;&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>La science d'amour (Ms.B 1r&#176;-v&#176;)</title>
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		<dc:subject>Sommaire</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Lettre de Th&#233;r&#232;se &#224; S&#339;ur Marie du Sacr&#233; C&#339;ur du 13 septembre 1896 (LT.196) O ma S&#339;ur ch&#233;rie ! vous me demandez de vous donner un souvenir de ma retraite, retraite qui peut-&#234;tre sera la derni&#232;re&#8230; Puisque notre M&#232;re le permet c'est une joie pour moi de venir m'entretenir avec vous qui &#234;tes deux fois ma S&#339;ur, avec vous qui m'avez pr&#234;t&#233; votre voix, promettant en mon nom que je ne voulais servir que J&#233;sus, alors qu'il ne m'&#233;tait pas possible de parler&#8230; Ch&#232;re petite Marraine, c'est l'enfant que (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_88 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.carmel.asso.fr/sites/carmel.asso.fr/local/cache-vignettes/L244xH350/manusc3-91ec4.jpg?1782934721' width='244' height='350' alt='Rouge-gorge' title='Rouge-gorge' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;em class=&#034;spip&#034;&gt;Lettre de Th&#233;r&#232;se &#224; S&#339;ur Marie du Sacr&#233; C&#339;ur du 13 septembre 1896 (LT.196)&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;O ma S&#339;ur ch&#233;rie ! vous me demandez de vous donner un souvenir de ma retraite, retraite qui peut-&#234;tre sera la derni&#232;re&#8230; Puisque notre M&#232;re le permet c'est une joie pour moi de venir m'entretenir avec vous qui &#234;tes deux fois ma S&#339;ur, avec vous qui m'avez pr&#234;t&#233; votre voix, promettant en mon nom que je ne voulais servir que J&#233;sus, alors qu'il ne m'&#233;tait pas possible de parler&#8230; Ch&#232;re petite Marraine, c'est l'enfant que vous avez offerte au Seigneur qui vous parle ce soir, c'est elle qui vous aime comme une enfant sait aimer sa M&#232;re&#8230; Au Ciel seulement vous conna&#238;trez toute la reconnaissance qui d&#233;borde de mon c&#339;ur&#8230; O ma S&#339;ur ch&#233;rie ! Vous voudriez entendre les secrets que J&#233;sus confie &#224; votre petite fille, ces secrets Il vous les confie, je le sais, car c'est vous qui m'avez appris &#224; recueillir les enseignements Divins, cependant je vais essayer de balbutier quelques mots, bien que je sente qu'il est impossible &#224; la parole humaine de redire des choses que le c&#339;ur humain peut &#224; peine pressentir&#8230; 1Co 2,9&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;I - Nuit de la foi et science d'amour&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Ne croyez pas que je nage dans les consolations, oh non ! ma consolation c'est de n'en pas avoir sur la terre. Sans se montrer, sans faire entendre sa voix, J&#233;sus m'instruit dans le secret, ce n'est pas par le moyen des livres, car je ne comprends pas ce que je lis, mais parfois une parole comme celle-ci que j'ai tir&#233;e &#224; la fin de l'oraison (apr&#232;s &#234;tre rest&#233;e dans le silence et la s&#233;cheresse) vient me consoler : Voici le ma&#238;tre que je te donne, il t'apprendra tout ce que tu dois faire. Je veux te faire lire dans le livre de vie, o&#249; est contenue la science d'AMOUR.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;II - L'unique d&#233;sir de Th&#233;r&#232;se&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La science d'Amour, ah oui ! Cette parole r&#233;sonne doucement &#224; l'oreille de mon &#226;me, je ne d&#233;sire que cette science-l&#224;. Pour elle, ayant donn&#233; toutes mes richesses, j'estime comme l'&#233;pouse des sacr&#233;s cantiques n'avoir rien donn&#233;&#8230; Ct 8,7 Je comprends si bien qu'il n'y a que l'amour qui puisse nous rendre agr&#233;ables au Bon Dieu que cet amour est le seul bien que j'ambitionne.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;1) D&#233;finition de la petite voie&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;J&#233;sus se pla&#238;t &#224; me montrer l'unique chemin qui conduit &#224; cette fournaise Divine, ce chemin c'est l'abandon du petit enfant qui s'endort sans crainte dans les bras de son P&#232;re&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;h4 class=&#034;spip&#034;&gt;a) La parole de Dieu, fondement de la confiance&lt;/h4&gt;
&lt;p&gt;&#034;Si quelqu'un est tout petit, qu'il vienne &#224; moi.&#034; a dit l'Esprit Saint par la bouche de Salomon et ce m&#234;me Esprit d'Amour a dit encore que &#034;La mis&#233;ricorde est accord&#233;e aux petits.&#034; P&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;r&lt;/sup&gt; 9,4 ; Sg 6,7 En son nom, le proph&#232;te Isa&#239;e nous r&#233;v&#232;le qu'au dernier jour &#034;Le Seigneur conduira son troupeau dans les p&#226;turages, qu'il rassemblera les petits agneaux et les pressera sur son sein.&#034; Is 40,11 et comme si toutes ces promesses ne suffisaient pas, le m&#234;me proph&#232;te dont le regard inspir&#233; plongeait d&#233;j&#224; dans les profondeurs &#233;ternelles, s'&#233;crie au nom du Seigneur : &#034;Comme une m&#232;re caresse son enfant, ainsi je vous consolerai, je vous porterai sur mon sein et je vous caresserai sur mes genoux.&#034; Is 66,12-13 O Marraine ch&#233;rie ! apr&#232;s un pareil langage, il n'y a plus qu'&#224; se taire, &#224; pleurer de reconnaissance [1v&#176;] et d'amour&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;h4 class=&#034;spip&#034;&gt;b) Souhait pour les &#226;mes faibles et imparfaites&lt;/h4&gt;
&lt;p&gt;Ah ! si toutes les &#226;mes faibles et imparfaites sentaient ce que sent la plus petite de toutes les &#226;mes, l'&#226;me de votre petite Th&#233;r&#232;se, pas une seule ne d&#233;sesp&#233;rerait d'arriver au sommet de la montagne de l'Amour, puisque J&#233;sus ne demande pas de grandes actions, mais seulement l'abandon et la reconnaissance, puisqu'il a dit dans le Psaume XLIX : &#034;Je n'ai nul besoin des boucs de vos troupeaux, parce que toutes les b&#234;tes des for&#234;ts m'appartiennent et les milliers d'animaux qui paissent sur les collines, je connais tous les oiseaux des montagnes&#8230; Si j'avais faim, ce n'est pas &#224; vous que je le dirais : car la terre et tout ce qu'elle contient est &#224; moi. Est-ce que je dois manger la chair des taureaux et boire le sang des boucs ?&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;h4 class=&#034;spip&#034;&gt;c) La soif d'amour&lt;/h4&gt;
&lt;p&gt;&#171; IMMOLEZ A DIEU des SACRIFICES de LOUANGES et d'ACTIONS DE GR&#194;CES. &#187; Ps 50,9-14 Voil&#224; donc tout ce que J&#233;sus r&#233;clame de nous, il n'a point besoin de nos &#339;uvres, mais seulement de notre amour, car ce m&#234;me Dieu qui d&#233;clare n'avoir pas besoin de nous dire s'il a faim, n'a pas craint de mendier un peu d'eau &#224; la Samaritaine. Il avait soif&#8230; Mais en disant : &#034;Donne moi &#224; boire.&#034; Jn 4,6-13 c'&#233;tait l'amour de sa pauvre cr&#233;ature que le Cr&#233;ateur de l'univers r&#233;clamait. Il avait soif d'amour&#8230; Ah ! je le sens plus que jamais J&#233;sus est alt&#233;r&#233;, Il ne rencontre que des ingrats et des indiff&#233;rents parmi les disciples du monde et parmi ses disciples &#224; lui, il trouve, h&#233;las ! peu de c&#339;urs qui se livrent &#224; lui sans r&#233;serve, qui comprennent toute la tendresse de son Amour infini.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S&#339;ur ch&#233;rie, que nous sommes heureuses de comprendre les intimes secrets de notre &#233;poux, ah ! Si vous vouliez &#233;crire tout ce que vous en connaissez, nous aurions de belles pages &#224; lire, mais je le sais, vous aimez mieux garder au fond de votre c&#339;ur &#034;Les secrets du Roi,&#034; &#224; moi vous dites &#034;Qu'il est honorable de publier les &#339;uvres du Tr&#232;s Haut.&#034; Tb 12,7 Je trouve que vous avez raison de garder le silence et ce n'est uniquement qu'afin de vous faire plaisir que j'&#233;cris ces pages, car je sens mon impuissance &#224; redire avec des paroles terrestres les secrets du Ciel et puis, apr&#232;s avoir trac&#233; des pages et des pages, je trouverais n'avoir pas encore commenc&#233;&#8230; Il y a tant d'horizons divers, tant de nuances vari&#233;es &#224; l'infini, que la palette du Peintre C&#233;leste pourra seule, apr&#232;s la nuit de cette vie, me fournir les couleurs capables de peindre les merveilles qu'il d&#233;couvre &#224; l'&#339;il de mon &#226;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ma S&#339;ur Ch&#233;rie, vous m'avez demand&#233; de vous &#233;crire mon r&#234;ve et &#034;ma petite doctrine,&#034; comme vous l'appelez&#8230; Je l'ai fait dans les pages suivantes mais si mal qu'il me semble impossible que vous compreniez. Peut-&#234;tre allez-vous trouver mes expressions exag&#233;r&#233;es&#8230; Ah ! pardonnez-moi, cela doit tenir &#224; mon style peu agr&#233;able, je vous assure qu'il n'est aucune exag&#233;ration dans ma petite &#226;me, que tout y est calme et repos&#233;&#8230; (En &#233;crivant, c'est &#224; J&#233;sus que je parle, cela m'est plus facile pour exprimer mes pens&#233;es&#8230; Ce qui, h&#233;las ! n'emp&#234;che pas qu'elles soient bien mal exprim&#233;es !&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>La charit&#233;</title>
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		<dc:subject>Sommaire</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;I - La d&#233;couverte de la charit&#233; 1) L'identit&#233; des deux commandements Cette ann&#233;e, ma M&#232;re ch&#233;rie, le bon Dieu m'a fait comprendre ce que c'est que la charit&#233; ; avant je le comprenais, il est vrai, mais d'une mani&#232;re imparfaite, je n'avais pas approfondi cette parole de J&#233;sus : &#171; Le second commandement est semblable au premier : Tu aimeras ton prochain comme toi-m&#234;me. &#187; Je m'appliquais surtout &#224; aimer Dieu et c'est en l'aimant que j'ai compris qu'il ne fallait pas que mon amour se (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;I - La d&#233;couverte de la charit&#233;&lt;/h2&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;1) L'identit&#233; des deux commandements&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Cette ann&#233;e, ma M&#232;re ch&#233;rie, le bon Dieu m'a fait comprendre ce que c'est que la charit&#233; ; avant je le comprenais, il est vrai, mais d'une mani&#232;re imparfaite, je n'avais pas approfondi cette parole de J&#233;sus : &#171; Le second commandement est semblable au premier : Tu aimeras ton prochain comme toi-m&#234;me. &#187; Je m'appliquais surtout &#224; aimer Dieu et c'est en l'aimant que j'ai compris qu'il ne fallait pas que mon amour se traduis&#238;t seulement par des paroles, car : &#171; Ce ne sont pas ceux qui disent : Seigneur, Seigneur ! qui entreront dans le royaume des Cieux, mais ceux qui font la volont&#233; de Dieu. &#187; Cette volont&#233;, J&#233;sus l'a fait conna&#238;tre plusieurs fois, je devrais dire presque &#224; chaque page de son &#233;vangile ; mais &#224; la derni&#232;re c&#232;ne, lorsqu'Il sait que le c&#339;ur de ses disciples br&#251;le d'un plus ardent amour pour Lui qui vient de se donner &#224; eux, dans l'ineffable myst&#232;re de son Eucharistie, ce doux sauveur veut leur donner un commandement nouveau. Il leur dit avec une inexprimable tendresse : Je vous fais un commandement nouveau, c'est de vous entr'aimer, et que comme je vous ai aim&#233;s, vous vous aimiez les uns les autres. La marque &#224; quoi tout le monde conna&#238;tra que vous &#234;tes mes disciples, c'est si vous vous entr'aimez.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;2) L'imitation de J&#233;sus&lt;/h3&gt;&lt;h4 class=&#034;spip&#034;&gt;a) Gratuit&#233; de l'amour de J&#233;sus&lt;/h4&gt;&lt;div class='spip_document_109 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.carmel.asso.fr/sites/carmel.asso.fr/local/cache-vignettes/L350xH266/manusc6-69a66.jpg?1782933863' width='350' height='266' alt='Fleur' title='Fleur' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt; &lt;p&gt;[12r&#176;] &#171; Comment J&#233;sus a-t-Il aim&#233; ses disciples et pourquoi les a-t-Il aim&#233;s ? Ah ! ce n'&#233;tait pas leurs qualit&#233;s naturelles qui pouvaient l'attirer, il y avait entre eux et Lui une distance infinie. Il &#233;tait la science, la Sagesse &#233;ternelle, ils &#233;taient de pauvres p&#234;cheurs, ignorants et remplis de pens&#233;es terrestres. Cependant J&#233;sus les appelle ses amis, ses fr&#232;res. Il veut les voir r&#233;gner avec Lui dans le royaume de son P&#232;re et pour leur ouvrir ce royaume Il veut mourir sur une croix car Il a dit : Il n'y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu'on aime.&lt;/p&gt;
&lt;h4 class=&#034;spip&#034;&gt;b) Imperfection de l'amour de Th&#233;r&#232;se&lt;/h4&gt;
&lt;p&gt;M&#232;re bien-aim&#233;e, en m&#233;ditant ces paroles de J&#233;sus, j'ai compris combien mon amour pour mes s&#339;urs &#233;tait imparfait, j'ai vu que je ne les aimais pas comme le Bon Dieu les aime ? Ah ! je comprends maintenant que la charit&#233; parfaite consiste &#224; supporter les d&#233;fauts des autres, &#224; ne point s'&#233;tonner de leurs faiblesses, &#224; s'&#233;difier des plus petits actes de vertus qu'on leur voit pratiquer, mais surtout j'ai compris que la charit&#233; ne doit point rester enferm&#233;e dans le fond du c&#339;ur : Personne, a dit J&#233;sus, n'allume un flambeau pour le mettre sous le boisseau, mais on le met sur un chandelier pour qu'il &#233;claire tous ceux qui sont dans la maison. Il me semble que ce flambeau repr&#233;sente la charit&#233; qui doit &#233;clairer, r&#233;jouir, non seulement ceux qui me sont le plus chers, mais tous ceux qui sont dans la maison, sans excepter personne.&lt;/p&gt;
&lt;h4 class=&#034;spip&#034;&gt;c) Le commandement nouveau&lt;/h4&gt;
&lt;p&gt;Lorsque le Seigneur avait ordonn&#233; &#224; son peuple d'aimer son prochain [12v&#176;] comme soi-m&#234;me, Il n'&#233;tait pas encore venu sur la terre ; aussi sachant bien &#224; quel degr&#233; l'on aime sa propre personne, Il ne pouvait demander &#224; ses cr&#233;atures un amour plus grand pour le prochain. Mais lorsque J&#233;sus fit &#224; ses ap&#244;tres un commandement nouveau, son commandement &#224; lui, comme Il le dit plus loin, ce n'est pas d'aimer le prochain comme soi-m&#234;me qu'Il parle mais de l'aimer comme Lui, J&#233;sus, l'a aim&#233;, comme Il l'aimera jusqu'&#224; la consommation des si&#232;cles&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;h4 class=&#034;spip&#034;&gt;d) Pri&#232;re d'action de gr&#226;ce&lt;/h4&gt;
&lt;p&gt;Ah ! Seigneur, je sais que vous ne commandez rien d'impossible, vous connaissez mieux que moi ma faiblesse, mon imperfection, vous savez bien que jamais je ne pourrais aimer mes s&#339;urs comme vous les aimez, si vous-m&#234;me, &#244; mon J&#233;sus, ne les aimiez encore en moi. C'est parce que vous vouliez m'accorder cette gr&#226;ce que vous avez fait un commandement nouveau. Oh ! que je l'aime puisqu'il me donne l'assurance que votre volont&#233; est d'aimer en moi tous ceux que vous me commandez d'aimer !&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;3) Le combat de la charit&#233;&lt;/h3&gt;&lt;h4 class=&#034;spip&#034;&gt;a) Ne pas juger&lt;/h4&gt;
&lt;p&gt;Oui je le sens, lorsque je suis charitable, c'est J&#233;sus seul qui agit en moi ; plus je suis unie &#224; Lui, plus aussi j'aime toutes mes s&#339;urs. Lorsque je veux augmenter en moi cet amour, lorsque surtout le d&#233;mon essaie de me mettre devant les yeux de l'&#226;me les d&#233;fauts de telle ou telle s&#339;ur qui m'est moins sympathique, je m'empresse de rechercher ses vertus, ses bons d&#233;sirs, je me dis que si je l'ai vue tomber une fois elle peut bien avoir remport&#233; un grand [13r&#176;] nombre de victoires qu'elle cache par humilit&#233;, et que m&#234;me ce qui me para&#238;t une faute peut tr&#232;s bien &#234;tre &#224; cause de l'intention un acte de vertu. Je n'ai pas de peine &#224; me le persuader, car j'ai fait un jour une petite exp&#233;rience qui m'a prouv&#233; qu'il ne faut jamais juger. C'&#233;tait pendant une r&#233;cr&#233;ation, la porti&#232;re sonne deux coups, il fallait ouvrir la grande porte des ouvriers pour faire entrer des arbres destin&#233;s &#224; la cr&#232;che. La r&#233;cr&#233;ation n'&#233;tait pas gaie, car vous n'&#233;tiez pas l&#224;, ma M&#232;re ch&#233;rie, aussi je pensais que si l'on m'envoyait servir de tierce, je serai bien contente ; justement m&#232;re Sous-Prieure me dit d'aller en servir, ou bien la s&#339;ur qui se trouvait &#224; c&#244;t&#233; de moi ; aussit&#244;t je commence &#224; d&#233;faire notre tablier, mais assez doucement pour que ma compagne ait quitt&#233; le sien avant moi, car je pensais lui faire plaisir en la laissant &#234;tre tierce. La s&#339;ur qui rempla&#231;ait la d&#233;positaire nous regardait en riant et voyant que je m'&#233;tais lev&#233;e la derni&#232;re, elle me dit : &#171; Ah ! j'avais bien pens&#233; que ce n'&#233;tait pas vous qui alliez gagner une perle &#224; votre couronne, vous alliez trop lentement&#8230; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien certainement toute la communaut&#233; crut que j'avais agi par nature et je ne saurais dire combien une aussi petite chose me fit de bien &#224; l'&#226;me et me rendit indulgente pour les faiblesses des autres. Cela m'emp&#234;che aussi d'avoir de la vanit&#233; lorsque je suis jug&#233;e favorablement car je me dis ceci : Puisqu'on prend mes petits actes de vertus pour des imperfections, on peut tout aussi bien se [13v&#176;] tromper en prenant pour vertu ce qui n'est qu'imperfection. Alors je dis avec Saint Paul : Je me mets fort peu en peine d'&#234;tre jug&#233; par aucun tribunal humain. Je ne me juge pas moi-m&#234;me, Celui qui me juge c'est le Seigneur. Aussi pour me rendre ce jugement favorable, ou plut&#244;t afin de n'&#234;tre pas jug&#233;e du tout, je veux toujours avoir des pens&#233;es charitables car J&#233;sus a dit : Ne jugez pas et vous ne serez pas jug&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;h4 class=&#034;spip&#034;&gt;b) Ne pas c&#233;der aux inclinations de la nature&lt;/h4&gt;
&lt;p&gt;Ma M&#232;re, en lisant ce que je viens d'&#233;crire, vous pourriez croire que la pratique de la charit&#233; ne m'est pas difficile. C'est vrai, depuis quelques mois je n'ai plus &#224; combattre pour pratiquer cette belle vertu ; je ne veux pas dire par l&#224; qu'il ne m'arrive jamais de faire des fautes, ah ! je suis trop imparfaite pour cela, mais je n'ai pas beaucoup de mal &#224; me relever lorsque je suis tomb&#233;e parce qu'en un certain combat, j'ai remport&#233; la victoire ; aussi la milice c&#233;leste vient-elle &#224; mon secours, ne pouvant souffrir de me voir vaincue apr&#232;s avoir &#233;t&#233; victorieuse dans la glorieuse guerre que je vais essayer de d&#233;crire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il se trouve dans la communaut&#233; une s&#339;ur qui a le talent de me d&#233;plaire en toutes choses, ses mani&#232;res, ses paroles, son caract&#232;re me semblaient tr&#232;s d&#233;sagr&#233;ables. Cependant c'est une sainte religieuse qui doit &#234;tre tr&#232;s agr&#233;able au bon Dieu, aussi ne voulant pas c&#233;der &#224; l'antipathie naturelle que j'&#233;prouvais, je me suis dit que la charit&#233; ne devait pas consister dans les sentiments, mais dans les &#339;uvres ; alors [14r&#176;] je me suis appliqu&#233;e &#224; faire pour cette s&#339;ur ce que j'aurais fait pour la personne que j'aime le plus. A chaque fois que je la rencontrais je priais le bon Dieu pour elle, Lui offrant toutes ses vertus et ses m&#233;rites. Je sentais bien que cela faisait plaisir &#224; J&#233;sus, car il n'est pas d'artiste qui n'aime &#224; recevoir des louanges de ses &#339;uvres et J&#233;sus, l'Artiste des &#226;mes, est heureux lorsqu'on ne s'arr&#234;te pas &#224; l'ext&#233;rieur mais que, p&#233;n&#233;trant jusqu'au sanctuaire intime qu'il s'est choisi pour demeure, on en admire la beaut&#233;. Je ne me contentais pas de prier beaucoup pour la s&#339;ur qui me donnait tant de combats, je t&#226;chais de lui rendre tous les services possibles et quand j'avais la tentation de lui r&#233;pondre d'une fa&#231;on d&#233;sagr&#233;able, je me contentais de lui faire mon plus aimable sourire et je t&#226;chais de d&#233;tourner la conversation, car il est dit dans l'Imitation : Il vaut mieux laisser chacun dans son sentiment que de s'arr&#234;ter &#224; contester.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Souvent aussi, lorsque je n'&#233;tais pas &#224; la r&#233;cr&#233;ation (je veux dire pendant les heures de travail), ayant quelques rapports d'emploi avec cette s&#339;ur, lorsque mes combats &#233;taient trop violents, je m'enfuyais comme un d&#233;serteur. Comme elle ignorait absolument ce que je sentais pour elle, jamais elle n'a soup&#231;onn&#233; les motifs de ma conduite et demeure persuad&#233;e que son caract&#232;re m'est agr&#233;able. Un jour &#224; la r&#233;cr&#233;ation, elle me dit &#224; peu pr&#232;s ces paroles d'un air tr&#232;s content : &#171; Voudriez-vous me dire, ma S&#339;ur Th&#233;r&#232;se de l'Enf. J&#233;sus, ce qui vous attire tant vers moi, &#224; chaque fois que vous me regardez, je vous vois sourire ? &#187; &lt;strong&gt;Ah ! ce qui m'attirait, c'&#233;tait J&#233;sus cach&#233; au fond de son &#226;me&#8230; &lt;/strong&gt; J&#233;sus qui rend doux ce qu'il y a de plus amer&#8230; Je lui r&#233;pondis que je souriais parce que j'&#233;tais contente de la voir (bien entendu je n'ajoutai pas que c'&#233;tait au point de vue spirituel).&lt;/p&gt;
&lt;h4 class=&#034;spip&#034;&gt;c) Fuir&lt;/h4&gt;
&lt;p&gt;[14v&#176;] &#171; Ma M&#232;re bien-aim&#233;e, je vous l'ai dit, mon dernier moyen de ne pas &#234;tre vaincue dans les combats, c'est la d&#233;sertion ; ce moyen, je l'employais d&#233;j&#224; pendant mon noviciat, il m'a toujours parfaitement r&#233;ussi. Je veux, ma M&#232;re, vous en citer un exemple qui je crois vous fera sourire. Pendant une de vos bronchites, je vins un matin tout doucement remettre chez vous les clefs de la grille de communion, car j'&#233;tais sacristine ; au fond je n'&#233;tais pas f&#226;ch&#233;e d'avoir cette occasion de vous voir, j'en &#233;tais m&#234;me tr&#232;s contente mais je me gardais bien de le faire para&#238;tre ; une s&#339;ur, anim&#233;e d'un saint z&#232;le et qui cependant m'aimait beaucoup, me voyant entrer chez vous, ma M&#232;re, crut que j'allais vous r&#233;veiller ; elle voulut me prendre les clefs, mais j'&#233;tais trop maligne pour les lui donner et c&#233;der mes droits. Je lui dis le plus poliment possible que je d&#233;sirais autant qu'elle de ne point vous &#233;veiller et que c'&#233;tait &#224; moi de rendre les clefs&#8230; Je comprends maintenant qu'il aurait &#233;t&#233; bien plus parfait de c&#233;der &#224; cette s&#339;ur, jeune il est vrai, mais enfin plus ancienne que moi. Je ne le comprenais pas alors, aussi voulant absolument entrer &#224; sa suite malgr&#233; elle qui poussait la porte pour m'emp&#234;cher de passer, bient&#244;t le malheur que nous redoutions arriva : le bruit que nous faisions vous fit ouvrir les yeux&#8230; Alors, ma M&#232;re, tout retomba sur moi, la pauvre s&#339;ur &#224; laquelle j'avais r&#233;sist&#233; se mit &#224; d&#233;biter tout un discours dont le fond &#233;tait ceci : C'est s&#339;ur Th. de l'Enf. J&#233;sus qui a fait du bruit&#8230; mon Dieu, qu'elle est d&#233;sagr&#233;able&#8230; etc. [15r&#176;] &lt;em class=&#034;spip&#034;&gt; Ms C Folio 15, r&#176; &lt;/em&gt; Moi qui sentais tout le contraire, j'avais bien envie de me d&#233;fendre ; heureusement il me vint une id&#233;e lumineuse, je me dis que certainement si je commen&#231;ais &#224; me justifier je n'allais pas pouvoir garder la paix de mon &#226;me ; je sentais aussi que je n'avais pas assez de vertu pour me laisser accuser sans rien dire, ma derni&#232;re planche de salut &#233;tait donc la fuite. Aussit&#244;t pens&#233;, aussit&#244;t fais, je partis sans tambour ni trompette, laissant la s&#339;ur continuer son discours qui ressemblait aux impr&#233;cations de Camille contre Rome. Mon c&#339;ur battait si fort qu'il me fut impossible d'aller loin et je m'assis dans l'escalier pour jouir en paix des fruits de ma victoire. Ce n'&#233;tait pas l&#224; de la bravoure, n'est-ce pas, M&#232;re ch&#233;rie, mais je crois cependant qu'il vaut mieux ne pas s'exposer au combat lorsque la d&#233;faite est certaine ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;H&#233;las ! quand je me reporte au temps de mon noviciat comme je vois combien j'&#233;tais imparfaite&#8230; Je me faisais des peines pour si peu de choses que j'en ris maintenant. Ah ! que le Seigneur est bon d'avoir fait grandir mon &#226;me, de lui avoir donn&#233; des ailes&#8230; Tous les filets des chasseurs ne sauraient m'effrayer car : &#171; C'est en vain que l'on jette le filet devant les yeux de ceux qui ont des ailes &#187; (Prov.). Plus tard, sans doute, le temps o&#249; je suis me para&#238;tra encore rempli d'imperfections, mais maintenant je ne m'&#233;tonne plus de rien, je ne me fais pas de peine en voyant que je suis la faiblesse m&#234;me, au contraire c'est en elle que je me glorifie et je m'attends chaque jour &#224; d&#233;couvrir en moi de nouvelles imperfections. Me souvenant que la Charit&#233; couvre la multitude des [15v&#176;] p&#233;ch&#233;s, je puise &#224; cette mine f&#233;conde que J&#233;sus a ouverte devant moi.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;II - La mise en &#339;uvre du commandement nouveau&lt;/h2&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;1) Aimer ses ennemis&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Dans l'&#233;vangile, le Seigneur explique en quoi consiste : son commandement nouveau. Il dit en Saint Matthieu : &#171; Vous avez appris qu'il a &#233;t&#233; dit : Vous aimerez votre ami et vous ha&#239;rez votre ennemi. Pour moi, je vous dis : aimez vos ennemis, priez pour ceux qui vous pers&#233;cutent. &#187; Sans doute, au Carmel on ne rencontre pas d'ennemis, mais enfin il y a des sympathies, on se sent attir&#233;e vers telle s&#339;ur au lieu que telle autre vous ferait faire un long d&#233;tour pour &#233;viter de la rencontrer, ainsi sans m&#234;me le savoir, elle devient sujet de pers&#233;cution. Eh bien ! J&#233;sus me dit que cette s&#339;ur, il faut l'aimer, qu'il faut prier pour elle, quand m&#234;me sa conduite me porterait &#224; croire qu'elle ne m'aime pas : &#171; Si vous aimez ceux qui vous aiment, quel gr&#233; vous en saura-t-on ? car les p&#233;cheurs aiment aussi ceux qui les aiment. &#187; St Luc, VI. Et ce n'est pas assez d'aimer, il faut le prouver. On est naturellement heureux de faire un pr&#233;sent &#224; un ami, on aime surtout &#224; faire des surprises, mais cela, ce n'est point de la charit&#233; car les p&#233;cheurs le font aussi. Voici ce que J&#233;sus m'enseigne encore : &#171; Donnez &#224; quiconque vous demande ; et si l'on prend ce qui vous appartient, ne le redemandez pas. &#187; Donner &#224; toutes celles qui demandent, c'est moins doux que d'offrir soi-m&#234;me par le mouvement de son c&#339;ur ; encore lorsqu'on demande gentiment cela ne co&#251;te pas de donner, mais si par malheur on n'use pas de paroles assez d&#233;licates, aussit&#244;t l'&#226;me se r&#233;volte si elle n'est pas affermie sur la charit&#233;. Elle trouve mille raisons pour refuser [16r&#176;] ce qu'on lui demande et ce n'est qu'apr&#232;s avoir convaincu la demandeuse de son ind&#233;licatesse qu'elle lui donne enfin par gr&#226;ce ce qu'elle r&#233;clame, ou qu'elle lui rend un l&#233;ger service qui aurait demand&#233; vingt fois moins de temps &#224; remplir qu'il n'en a fallu pour faire valoir des droits imaginaires. Si c'est difficile de donner &#224; quiconque demande, ce l'est encore bien plus de laisser prendre ce qui appartient sans le redemander ; &#244; ma M&#232;re, je dis que c'est difficile, je devrais plut&#244;t dire que cela semble difficile, car Le joug du Seigneur est suave et l&#233;ger, lorsqu'on l'accepte on sent aussit&#244;t sa douceur et l'on s'&#233;crie avec le Psalmiste : &#171; J'ai couru dans la voie de vos commandements depuis que vous avez dilat&#233; mon c&#339;ur. &#187; Il n'y a que la charit&#233; qui puisse dilater mon c&#339;ur. O J&#233;sus, depuis que cette douce flamme le consume, je cours avec joie dans la voie de votre commandement nouveau&#8230; Je veux y courir jusqu'au jour bienheureux o&#249;, m'unissant au cort&#232;ge virginal, je pourrai vous suivre dans les espaces infinis, chantant votre cantique nouveau qui doit &#234;tre celui de l'Amour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je disais : J&#233;sus ne veut pas que je r&#233;clame ce qui m'appartient ; cela devrait me sembler facile et naturel puisque rien n'est &#224; moi. Les biens de la terre, j'y ai renonc&#233; par le v&#339;u de pauvret&#233;, je n'ai donc pas le droit de me plaindre si on m'enl&#232;ve une chose qui ne m'appartient pas, je dois au contraire me r&#233;jouir lorsqu'il m'arrive de sentir la pauvret&#233;. Autrefois il me semblait que je ne tenais &#224; rien, mais depuis que j'ai compris les paroles de J&#233;sus, je vois que dans les occasions [16v&#176;] je suis bien imparfaite. Par exemple dans l'emploi de peinture rien n'est &#224; moi, je le sais bien ; mais si, me mettant &#224; l'ouvrage, je trouve pinceaux et peintures tout en d&#233;sordre, si une r&#232;gle ou un canif a disparu, la patience est bien pr&#232;s de me m'abandonner et je dois prendre mon courage &#224; deux mains pour ne pas r&#233;clamer avec amertume les objets qui me manquent. Il faut bien parfois demander les choses indispensables, mais en le faisant avec humilit&#233; on ne manque pas au commandement de J&#233;sus ; au contraire, on agit comme les pauvres qui tendent la main afin de recevoir ce qui leur est n&#233;cessaire, s'ils sont rebut&#233;s ils ne s'&#233;tonnent pas, personne ne leur doit rien. Ah ! quelle paix inonde l'&#226;me lorsqu'elle s'&#233;l&#232;ve au-dessus des sentiments de la nature&#8230; Non, il n'est pas de joie comparable &#224; celle que go&#251;te le v&#233;ritable pauvre d'esprit. S'il demande avec d&#233;tachement une chose n&#233;cessaire, et que non seulement cette chose lui soit refus&#233;e, mais encore qu'on essaie de prendre ce qu'il a, il suit le conseil de J&#233;sus : Abandonnez m&#234;me votre manteau &#224; celui qui veut plaider pour avoir votre robe&#8230; Abandonner son manteau c'est, il me semble, renoncer &#224; ses derniers droits, c'est se consid&#233;rer comme la servante, l'esclave des autres. Lorsqu'on a quitt&#233; son manteau, c'est plus facile de marcher, de courir, aussi J&#233;sus ajoute-t-Il : Et qui que ce soit qui vous force de faire mille pas, faites-en deux mille de plus avec lui. Ainsi [17r&#176;] ce n'est pas assez de donner &#224; quiconque me demande, il faut aller au-devant des d&#233;sirs, avoir l'air tr&#232;s oblig&#233;e et tr&#232;s honor&#233;e de rendre service et si l'on prend une chose &#224; mon usage, je ne dois pas avoir l'air de la regretter, mais au contraire para&#238;tre heureuse d'en &#234;tre d&#233;barrass&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;2) Supporter la charit&#233; indiscr&#232;te des autres&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Ma M&#232;re ch&#233;rie, je suis bien loin de pratiquer ce que je comprends et cependant le seul d&#233;sir que j'en ai me donne la paix.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus encore que les autres jours je sens que je me suis extr&#234;mement mal expliqu&#233;e. J'ai fait une esp&#232;ce de discours sur la charit&#233; qui doit vous avoir fatigu&#233;e &#224; lire ; pardonnez-moi, ma M&#232;re bien-aim&#233;e, et songez qu'en ce moment les infirmi&#232;res pratiquent &#224; mon &#233;gard ce que je viens d'&#233;crire ; elles ne craignent pas de faire deux mille pas l&#224; o&#249; vingt suffiraient, j'ai donc pu contempler la charit&#233; en action ! Sans doute mon &#226;me doit s'en trouver embaum&#233;e ; pour mon esprit j'avoue qu'il s'est un peu paralys&#233; devant un pareil d&#233;vouement et ma plume a perdu de sa l&#233;g&#232;ret&#233;. Pour qu'il me soit possible de traduire mes pens&#233;es, il faut que je sois comme le passereau solitaire, et c'est rarement mon sort. Lorsque je commence &#224; prendre la plume, voil&#224; une bonne s&#339;ur qui passe pr&#232;s de moi, la fourche sur l'&#233;paule. Elle croit me distraire en me faisant un peu la causette : foin, canards, poules, visite du docteur, tout vient sur le tapis ; &#224; dire vrai cela ne dure pas longtemps, mais il est plus d'une bonne s&#339;ur charitable et tout &#224; coup une autre faneuse d&#233;pose des fleurs sur mes genoux, croyant peut-&#234;tre m'inspirer des id&#233;es po&#233;tiques. Moi qui ne les recherche [17v&#176;] pas en ce moment, j'aimerais mieux que les fleurs restent &#224; se balancer sur leurs tiges. Enfin, fatigu&#233;e d'ouvrir et de fermer ce fameux cahier, j'ouvre un livre (qui ne veut pas rester ouvert) et je dis r&#233;solument que je copie des pens&#233;es des psaumes et de l'&#233;vangile pour la f&#234;te de Notre M&#232;re. C'est bien vrai car je n'&#233;conomise pas les citations&#8230; M&#232;re ch&#233;rie, je vous amuserais, je crois, en vous racontant toutes mes aventures dans les bosquets du Carmel, je ne sais pas si j'ai pu &#233;crire deux lignes sans &#234;tre d&#233;rang&#233;e ; cela ne devrait pas me faire rire, ni m'amuser, cependant pour l'amour du Bon Dieu et de mes s&#339;urs (si charitable envers moi) je t&#226;che d'avoir l'air contente et surtout de l'&#234;tre&#8230; Tenez, voici une faneuse qui s'&#233;loigne apr&#232;s m'avoir dit d'un ton compatissant : &#171; Ma pauvr'ptite s&#339;ur, &#231;a doit vous fatiguer d'&#233;crire comme &#231;a toute la journ&#233;e. &#187; &#8209; &#171; Soyez tranquille, lui ai-je r&#233;pondu, je parais &#233;crire beaucoup mais v&#233;ritablement je n'&#233;cris presque rien. &#187; &#8209; &#171; Tant mieux ! &#187; m'a-t-elle dit d'un air rassur&#233;, &#171; mais c'est &#233;gal, j'suis bin contente qu'on soit en train d'faner car &#231;a vous distrait toujours un peu. &#187; En effet, c'est une si grande distraction pour moi (sans compter les visites des infirmi&#232;res) que je ne mens pas en disant n'&#233;crire presque rien.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;3) Agir sans rien attendre en retour&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Heureusement je ne suis pas facile &#224; d&#233;courager, pour vous le montrer, ma M&#232;re, je vais finir de vous expliquer ce que J&#233;sus m'a fait comprendre au sujet de la charit&#233;. Je ne vous ai encore parl&#233; que de l'ext&#233;rieur, maintenant je voudrais vous confier comment je comprends la [18r&#176;] charit&#233; purement spirituelle. Je suis bien s&#251;re que je ne vais pas tarder &#224; m&#234;ler l'une avec l'autre mais, ma M&#232;re, puisque c'est &#224; vous que je parle, il est certain qu'il ne vous sera pas difficile de d&#233;brouiller l'&#233;cheveau de votre enfant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas toujours possible, au Carmel, de pratiquer &#224; la lettre les paroles de l'&#233;vangile, on est parfois oblig&#233; &#224; cause des emplois de refuser un service, mais lorsque la charit&#233; a jet&#233; de profondes racines dans l'&#226;me elle se montre &#224; l'ext&#233;rieur. Il y a une fa&#231;on si gracieuse de refuser ce qu'on ne peut donner, que le refus fait autant de plaisir que le don. Il est vrai qu'on se g&#234;ne moins de r&#233;clamer un service &#224; une s&#339;ur toujours dispos&#233;e &#224; obliger, cependant J&#233;sus a dit : &#171; N'&#233;vitez point celui qui veut emprunter de vous. &#187; Ainsi sous pr&#233;texte qu'on serait forc&#233;e de refuser, il ne faut pas s'&#233;loigner des s&#339;urs qui ont l'habitude de toujours demander des services. Il ne faut pas non plus &#234;tre obligeante afin de le para&#238;tre ou dans l'espoir qu'une autre fois la s&#339;ur qu'on oblige vous rendra service &#224; son tour, car Notre Seigneur a dit encore : &#171; Si vous pr&#234;tez &#224; ceux de qui vous esp&#233;rez recevoir quelque chose, quel gr&#233; vous en saura-t-on ? car les p&#233;cheurs m&#234;mes pr&#234;tent aux p&#233;cheurs afin d'en recevoir autant. Mais pour vous, faites du bien, pr&#234;tez sans en rien esp&#233;rer, et votre r&#233;compense sera grande. &#187; Oh oui ! la r&#233;compense est grande, m&#234;me sur la terre&#8230; dans cette voie il n'y a que le premier pas qui co&#251;te. Pr&#234;ter sans en rien esp&#233;rer, cela para&#238;t dur &#224; la nature ; on aimerait mieux donner, car une chose donn&#233;e [18v&#176;] n'appartient plus. Lorsqu'on vient vous dire d'un air tout &#224; fait convaincu : &#171; Ma s&#339;ur, j'ai besoin de votre aide pendant quelques heures, mais soyez tranquille, j'ai permission de notre M&#232;re et je vous rendrai le temps que vous me donnez, car je sais combien vous &#234;tes press&#233;e. &#187; Vraiment, lorsqu'on sait tr&#232;s bien que jamais le temps qu'on pr&#234;te ne sera rendu, on aimerait mieux dire : &#171; Je vous le donne. &#187; Cela contenterait l'amour-propre car donner, c'est un acte plus g&#233;n&#233;reux que de pr&#234;ter et puis on fait sentir &#224; la s&#339;ur qu'on ne compte pas sur ses services&#8230; Ah ! que les enseignements de J&#233;sus sont contraires aux sentiments de la nature ! Sans le secours de sa gr&#226;ce il serait impossible non seulement de les mettre en pratique mais encore de les comprendre.&lt;/p&gt;
&lt;h4 class=&#034;spip&#034;&gt;a) D&#233;tachement &#224; l'&#233;gard des biens spirituels&lt;/h4&gt;
&lt;p&gt;Ma M&#232;re, J&#233;sus a fait cette gr&#226;ce &#224; votre enfant de lui faire p&#233;n&#233;trer les myst&#233;rieuses profondeurs de la charit&#233; ; si elle pouvait exprimer ce qu'elle comprend, vous entendriez une m&#233;lodie du Ciel, mais h&#233;las ! je n'ai que des b&#233;gaiements enfantins &#224; vous faire entendre&#8230; Si les paroles m&#234;mes de J&#233;sus ne me servaient pas d'appui, je serais tent&#233;e de vous demander gr&#226;ce et de laisser la plume&#8230; Mais non, il faut que je continue par ob&#233;issance ce que j'ai commenc&#233; par ob&#233;issance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#232;re bien-aim&#233;e, j'&#233;crivais hier que les biens d'ici-bas n'&#233;tant pas &#224; moi, je ne devrais pas trouver difficile de ne jamais les r&#233;clamer si quelquefois on me les prenait. Les biens du Ciel ne m'appartiennent pas davantage, ils me son pr&#234;t&#233;s par le Bon Dieu qui peut me les [19r&#176;] retirer sans que j'aie le droit de me plaindre. Cependant les biens qui viennent directement du bon Dieu, les &#233;lans de l'intelligence et du c&#339;ur, les pens&#233;es profondes, tout cela forme une richesse &#224; laquelle on s'attache comme &#224; un bien propre auquel personne n'a le droit de toucher&#8230; Par exemple si en licence on dit &#224; une s&#339;ur quelque lumi&#232;re re&#231;ue pendant l'oraison et que, peu de temps apr&#232;s, cette s&#339;ur parlant avec une autre lui dise, comme l'ayant pens&#233;e d'elle-m&#234;me, la chose qu'on lui avait confi&#233;e, il semble qu'elle prend ce qui n'est pas &#224; elle. Ou bien en r&#233;cr&#233;ation on dit tout bas &#224; sa compagne une parole pleine d'esprit et d'&#224;-propos ; si elle la r&#233;p&#232;te tout haut sans faire conna&#238;tre la source d'o&#249; elle vient, cela para&#238;t encore du vol &#224; la propri&#233;taire qui ne r&#233;clame pas, mais aurait bien envie de le faire et saisira la premi&#232;re occasion pour faire savoir finement qu'on s'est empar&#233; de ses pens&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ma M&#232;re, je ne pourrais si bien vous expliquer ces tristes sentiments de nature si je ne les avais sentis dans mon c&#339;ur et j'aimerais &#224; me bercer de la douce illusion qu'ils n'ont visit&#233; que le mien si vous ne m'aviez ordonn&#233; d'&#233;couter les tentations de vos ch&#232;res petites novices. J'ai beaucoup appris en remplissant la mission que vous m'avez confi&#233;e, surtout je me suis trouv&#233;e forc&#233;e de pratiquer ce que j'enseignais aux autres ; ainsi maintenant, je puis le dire, J&#233;sus m'a fait la gr&#226;ce de n'&#234;tre pas plus attach&#233;e aux biens de l'esprit et du c&#339;ur qu'&#224; ceux de la terre. S'il m'arrive de penser et de dire une chose [19v&#176;] qui plaise &#224; mes s&#339;urs, je trouve tout naturel qu'elles s'en emparent comme d'un bien &#224; elles. Cette pens&#233;e appartient &#224; l'Esprit Saint et non &#224; moi puisque Saint Paul dit que nous ne pouvons, sans cet Esprit d'Amour, donner le nom de &#171; P&#232;re &#187; &#224; notre P&#232;re qui est dans les Cieux. Il est donc bien libre de se servir de moi pour donner une bonne pens&#233;e &#224; une &#226;me ; si je croyais que cette pens&#233;e m'appartient je serais comme &#171; L'&#226;ne portant des reliques &#187; qui croyait que les hommages rendus aux saints s'adressaient &#224; lui.&lt;/p&gt;
&lt;h4 class=&#034;spip&#034;&gt;b) Dieu agit &#224; travers nous&lt;/h4&gt;
&lt;p&gt;Je ne m&#233;prise pas les pens&#233;es profondes qui nourrissent l'&#226;me et l'unissent &#224; Dieu, mais il y a longtemps que j'ai compris qu'il ne faut pas s'appuyer sur elles et faire consister la perfection &#224; recevoir beaucoup de lumi&#232;res. Les plus belles pens&#233;es ne sont rien sans les &#339;uvres ; il est vrai que les autres peuvent en retirer beaucoup de profit si elles s'humilient et t&#233;moignent au bon Dieu leur reconnaissance de ce qu'il leur permet de partager le festin d'une &#226;me qu'il Lui pla&#238;t d'enrichir de ses gr&#226;ces, mais si cette &#226;me se compla&#238;t dans ses belles pens&#233;es et fait la pri&#232;re du pharisien, elle devient semblable &#224; une personne mourant de faim devant une table bien garnie pendant que les invit&#233;s y puisent une abondante nourriture et parfois jettent un regard d'envie sur le personnage possesseur de tant de biens. Ah ! comme il n'y a bien que le Bon Dieu tout seul qui connaisse le fond des c&#339;urs&#8230; que les cr&#233;atures ont de courtes pens&#233;es !&#8230; Lorsqu'elles voient une &#226;me plus &#233;clair&#233;e que les autres, aussit&#244;t [20r&#176;] elles en concluent que J&#233;sus les aime moins que cette &#226;me et qu'elles ne peuvent &#234;tre appel&#233;es &#224; la m&#234;me perfection. &#8209; Depuis quand le Seigneur n'a-t-Il plus le droit de se servir d'une de ses cr&#233;atures pour dispenser aux &#226;mes qu'Il aime la nourriture qui leur est n&#233;cessaire ? Au temps de Pharaon le Seigneur avait encore ce droit, car dans l'&#233;criture Il dit &#224; ce monarque : &#171; Je vous ai &#233;lev&#233; tout expr&#232;s pour faire &#233;clater en vous ma puissance, afin qu'on annonce mon nom par toute la terre. &#187; Les si&#232;cles ont succ&#233;d&#233; aux si&#232;cles depuis que le Tr&#232;s Haut pronon&#231;a ces paroles et depuis, sa conduite n'a pas chang&#233;, toujours Il s'est servi de ses cr&#233;atures comme d'instruments pour faire son &#339;uvre dans les &#226;mes.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;III - La charit&#233; au service des Novices&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Si la toile peinte par un artiste pouvait penser et parler, certainement elle ne se plaindrait pas d'&#234;tre sans cesse touch&#233;e et retouch&#233;e par un pinceau et n'envierait pas non plus le sort de cet instrument, car elle saurait que ce n'est point au pinceau mais &#224; l'artiste qui le dirige, qu'elle doit la beaut&#233; dont elle est rev&#234;tue. Le pinceau de son c&#244;t&#233; ne pourrait se glorifier du chef-d'&#339;uvre fait par lui, Il sait que les artistes ne sont pas embarrass&#233;s, qu'ils se jouent des difficult&#233;s et se plaisent &#224; choisir parfois des instruments faibles et d&#233;fectueux&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;1) Le pinceau de J&#233;sus&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Ma M&#232;re bien-aim&#233;e, je suis un petit pinceau que J&#233;sus a choisi pour peindre son image dans les &#226;mes que vous m'avez confi&#233;es. Un artiste ne se sert pas que d'un pinceau, il lui en faut au moins deux, le premier est le plus utile, c'est avec lui qu'il donne les teintes g&#233;n&#233;rales, [20v&#176;] qu'il couvre compl&#232;tement la toile en tr&#232;s peu de temps, l'autre, plus petit, lui sert pour les d&#233;tails. Ma M&#232;re, c'est vous qui me repr&#233;sentez le pr&#233;cieux pinceau que la main (de) J&#233;sus saisit avec amour lorsqu'Il veut faire un grand travail dans l'&#226;me de vos enfants, et moi je suis le tout petit dont Il daigne se servir ensuite pour les moindres d&#233;tails.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re fois que J&#233;sus se servit de son petit pinceau, ce fut vers le 8 d&#233;cembre 1892. Toujours je me rappellerai cette &#233;poque comme un temps de gr&#226;ces. Je vais, Ma M&#232;re ch&#233;rie, vous confier ces doux souvenirs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A quinze ans, lorsque j'eus le bonheur d'entrer au Carmel, je trouvai une compagne de noviciat qui m'avait pr&#233;c&#233;d&#233;e de quelques mois ; elle &#233;tait plus &#226;g&#233;e que moi de huit ans mais son caract&#232;re enfant faisait oublier la diff&#233;rence des ann&#233;es, aussi bient&#244;t vous avez eu, ma M&#232;re, la joie de voir vos deux petites postulantes s'entendre &#224; merveille et devenir ins&#233;parables. Pour favoriser cette affection naissante qui vous semblait devoir porter des fruits, vous nous avez permis d'avoir ensemble de temps en temps de petits entretiens spirituels. Ma ch&#232;re petite compagne me charmait par son innocence, son caract&#232;re expansif, mais d'un autre c&#244;t&#233; je m'&#233;tonnais de voir combien l'affection qu'elle avait pour vous &#233;tait diff&#233;rente de la mienne. Il y avait aussi bien des choses dans sa conduite envers les s&#339;urs que j'aurais d&#233;sir&#233; quelle change&#226;t&#8230; D&#232;s cette &#233;poque le bon Dieu me fit [21r&#176;] comprendre qu'il est des &#226;mes que sa mis&#233;ricorde ne se lasse pas d'attendre, auxquelles Il ne donne sa lumi&#232;re que par degr&#233;, aussi je me gardais bien d'avancer son heure et j'attendais patiemment qu'il plaise &#224; J&#233;sus de la faire arriver.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;fl&#233;chissant un jour &#224; la permission que vous nous aviez donn&#233;e de nous entretenir ensemble comme il est dit dans nos saintes constitutions : Pour nous enflammer davantage en l'amour de notre &#233;poux, je pensai avec tristesse que nos conversations n'atteignaient pas le but d&#233;sir&#233; ; alors le Bon Dieu me fit sentir que le moment &#233;tait venu et qu'il ne fallait plus craindre de parler ou bien que je devais cesser des entretiens qui ressemblaient &#224; ceux des amies du monde. Ce jour &#233;tait un samedi, le lendemain pendant mon action de gr&#226;ces, je suppliai le bon Dieu de me mettre &#224; la bouche des paroles douces et convaincantes ou plut&#244;t de parler Lui-M&#234;me par moi. J&#233;sus exau&#231;a ma pri&#232;re, il permit que le r&#233;sultat combl&#226;t enti&#232;rement mon esp&#233;rance car : Ceux qui tourneront leurs regards vers lui en seront &#233;clair&#233;s (Ps. XXXIII) Ps 34,6 et La Lumi&#232;re s'est lev&#233;e dans les t&#233;n&#232;bres pour ceux qui ont le c&#339;ur droit. Ps 112,4 La premi&#232;re parole s'adresse &#224; moi et la seconde &#224; ma compagne, qui v&#233;ritablement avait le c&#339;ur droit&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'heure &#224; laquelle nous avions r&#233;solu d'&#234;tre ensemble &#233;tant arriv&#233;e, la pauvre petite s&#339;ur en jetant les yeux sur moi, vit tout de suite que je n'&#233;tais plus la m&#234;me ; elle s'assit &#224; mes c&#244;t&#233;s en rougissant et moi, appuyant sa t&#234;te sur mon c&#339;ur, je lui dis avec des larmes dans la [21v&#176;] voix tout ce que je pensais d'elle, mais avec des expressions si tendres, en lui t&#233;moignant une si grande affection que bient&#244;t ses larmes se m&#234;l&#232;rent aux miennes. Elle convint avec beaucoup d'humilit&#233; que tout ce (que) je disais &#233;tait vrai, me promit de commencer une nouvelle vie et me demanda comme une gr&#226;ce de l'avertir toujours de ses fautes. Enfin au moment de nous s&#233;parer notre affection &#233;tait devenue toute spirituelle, il n'y avait plus rien d'humain. Ps 19,15 En nous se r&#233;alisait ce passage de l'&#201;criture : &#034;Le fr&#232;re qui est aid&#233; par son fr&#232;re est comme une ville fortifi&#233;e&#034;. P&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;r&lt;/sup&gt; 18,19&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que J&#233;sus fit avec son petit pinceau aurait &#233;t&#233; bient&#244;t effac&#233; s'Il n'avait agi par vous, ma M&#232;re, pour accomplir son &#339;uvre dans l'&#226;me qu'Il voulait tout &#224; Lui. L'&#233;preuve sembla bien am&#232;re &#224; ma pauvre compagne mais votre fermet&#233; triompha et c'est alors que je pus, en essayant de la consoler, expliquer &#224; celle que vous m'aviez donn&#233;e pour s&#339;ur entre toutes, en quoi consiste le v&#233;ritable amour. Je lui montrai que c'&#233;tait elle-m&#234;me qu'elle aimait et non pas vous, je lui dis comment je vous aimais et les sacrifices que j'avais &#233;t&#233; oblig&#233;e de faire au commencement de ma vie religieuse pour ne point m'attacher &#224; vous d'une fa&#231;on toute mat&#233;rielle comme le chien qui s'attache &#224; son ma&#238;tre. L'amour se nourrit de sacrifices, plus l'&#226;me se refuse de satisfactions naturelles, plus sa tendresse devient forte et d&#233;sint&#233;ress&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me souviens qu'&#233;tant postulante, j'avais parfois de si violentes [22r&#176;] tentations d'entrer chez vous pour me satisfaire, trouver quelques gouttes de joie, que j'&#233;tais oblig&#233;e de passer rapidement devant le d&#233;p&#244;t et de me cramponner &#224; la rampe de l'escalier. Il me venait &#224; l'esprit une foule de permissions &#224; demander, enfin, ma M&#232;re bien-aim&#233;e, je trouvais mille raisons pour contenter ma nature&#8230; Que je suis heureuse maintenant de m'&#234;tre priv&#233;e d&#232;s le d&#233;but de ma vie religieuse ! Je jouis d&#233;j&#224; de la r&#233;compense promise &#224; ceux qui combattent courageusement. Je ne sens plus qu'il soit n&#233;cessaire de me refuser toutes les consolations du c&#339;ur, car mon &#226;me est affermie par Celui que je voulais aimer uniquement. Jdt 15,10-11 Je vois avec bonheur qu'en l'aimant, le c&#339;ur s'agrandit, qu'il peut donner incomparablement plus de tendresse &#224; ceux qui lui sont chers que s'il s'&#233;tait concentr&#233; dans un amour &#233;go&#239;ste et infructueux.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;2) S'unir &#224; J&#233;sus&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Ma M&#232;re ch&#233;rie, je vous ai rappel&#233; le premier travail que J&#233;sus et vous, avez daign&#233; accomplir par moi ; ce n'&#233;tait que le pr&#233;lude de ceux qui devaient m'&#234;tre confi&#233;s. Lorsqu'il me fut donn&#233; de p&#233;n&#233;trer dans le sanctuaire des &#226;mes, je vis tout de suite que la t&#226;che &#233;tait au-dessus de mes forces, alors je me suis mise dans les bras du bon Dieu, comme un petit enfant et cachant ma figure dans ses cheveux, je Lui ai dit : Seigneur, je suis trop petite pour nourrir vos enfants ; si vous voulez leur donner par moi ce qui convient &#224; chacune, remplissez ma petite main et sans quitter vos bras, sans d&#233;tourner la t&#234;te, [22v&#176;] je donnerai vos tr&#233;sors &#224; l'&#226;me qui viendra me demander sa nourriture. Si elle la trouve &#224; son go&#251;t, je saurai que ce n'est pas &#224; moi, mais &#224; vous qu'elle la doit ; au contraire, si elle se plaint et trouve amer ce que je lui pr&#233;sente, ma paix ne sera pas troubl&#233;e, je t&#226;cherai de lui persuader que cette nourriture vient de vous et me garderai bien d'en chercher une autre pour elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ma M&#232;re, depuis que j'ai compris qu'il m'&#233;tait impossible de rien faire par moi-m&#234;me, la t&#226;che que vous m'avez impos&#233;e ne me parut plus difficile, j'ai senti que l'unique chose n&#233;cessaire &#233;tait de m'unir de plus en plus &#224; J&#233;sus et que Le reste me serait donn&#233; par surcro&#238;t.&#034; Lc 10,41-42 ; Mt 6,33 En effet jamais mon esp&#233;rance n'a &#233;t&#233; tromp&#233;e, Rm 5,5 le Bon Dieu a daign&#233; remplir ma petite main autant de fois qu'il a &#233;t&#233; n&#233;cessaire pour nourrir l'&#226;me de mes s&#339;urs. Je vous avoue, M&#232;re bien-aim&#233;e, que si je m'&#233;tais appuy&#233;e le moins du monde sur mes propres forces, je vous aurais bient&#244;t rendu les armes&#8230; De loin cela para&#238;t tout rose de faire du bien aux &#226;mes, de leur faire aimer Dieu davantage, enfin de les modeler d'apr&#232;s ses vues et ses pens&#233;es personnelles. De pr&#233;s c'est tout le contraire, le rose a disparu&#8230; on sent que faire du bien c'est chose aussi impossible sans le secours du bon Dieu que de faire briller le soleil dans la nuit&#8230; On sent qu'il faut absolument oublier ses go&#251;ts, ses conceptions personnelles et guider les &#226;mes par le chemin que J&#233;sus leur a trac&#233;, sans essayer de les faire marcher [23r&#176;] par sa propre voie. Mais ce n'est pas encore le plus difficile ; ce qui me co&#251;te par-dessus tout, c'est d'observer les fautes, les plus l&#233;g&#232;res imperfections et de leur livrer une guerre &#224; mort. J'allais dire : malheureusement pour moi ! (mais non, ce serait de la l&#226;chet&#233;) je dis donc : heureusement pour mes s&#339;urs, depuis que j'ai pris place dans les bras de J&#233;sus, je suis comme le veilleur observant l'ennemi de la plus haute tourelle d'un ch&#226;teau fort. Rien n'&#233;chappe &#224; mes regards ; souvent je suis &#233;tonn&#233;e d'y voir si clair et je trouve le proph&#232;te Jonas bien excusable de s'&#234;tre enfui au lieu d'aller annoncer la ruine de Ninive. Jon 1,2-3 J'aimerais mille fois mieux recevoir des reproches que d'en faire aux autres, mais je sens qu'il est tr&#232;s n&#233;cessaire que cela me soit une souffrance car, lorsqu'on agit par nature, c'est impossible que l'&#226;me &#224; laquelle on veut d&#233;couvrir ses fautes comprenne ses torts, elle ne voit qu'une chose : la s&#339;ur charg&#233;e de me diriger est f&#226;ch&#233;e et tout retombe sur moi qui suis pourtant remplie des meilleures intentions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je sais bien que vos petits agneaux me trouvent s&#233;v&#232;re. S'ils lisaient ces lignes, ils diraient que cela n'a pas l'air de me co&#251;ter le moins du monde de courir apr&#232;s eux, de leur parler d'un ton s&#233;v&#232;re en leur montrant leur belle toison salie, ou bien de leur apporter quelque l&#233;ger flocon de laine qu'ils ont laiss&#233; d&#233;chirer par les &#233;pines du chemin. Les petits agneaux peuvent dire tout ce qu'ils voudront ; dans le fond, ils sentent que je les aime d'un v&#233;ritable amour, que jamais je n'imiterai Le mercenaire qui voyant venir le loup laisse le troupeau et Jn 10,10-15 ; Jn 11,1-4 [23v&#176;] s'enfuit. Je suis pr&#234;te &#224; donner ma vie pour eux, mais mon affection est si pure que je ne d&#233;sire pas qu'ils la connaissent. Jamais avec la gr&#226;ce de J&#233;sus, je n'ai essay&#233; de m'attirer leurs c&#339;urs, j'ai compris que ma mission &#233;tait de les conduire &#224; Dieu et de leur faire comprendre qu'ici-bas, vous &#233;tiez, ma M&#232;re, le J&#233;sus visible qu'ils doivent aimer et respecter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je vous ai dit, M&#232;re ch&#233;rie, qu'en instruisant les autres j'avais beaucoup appris. J'ai vu d'abord que toutes les &#226;mes ont &#224; peu pr&#232;s les m&#234;mes combats, mais qu'elles sont si diff&#233;rentes d'un autre c&#244;t&#233; que je n'ai pas de peine &#224; comprendre ce que disait le P&#232;re Pichon : &#034;Il y a bien plus de diff&#233;rence entre les &#226;mes qu'il n'y en a entre les visages.&#034; Aussi est-il impossible d'agir avec toutes de la m&#234;me mani&#232;re. Avec certaines &#226;mes, je sens qu'il faut se faire petite, ne point craindre de m'humilier en avouant mes combats, mes d&#233;faites ; voyant que j'ai les m&#234;mes faiblesses qu'elles, mes petites s&#339;urs m'avouent &#224; leur tour les fautes qu'elles se reprochent et se r&#233;jouissent que je les comprenne par exp&#233;rience. Avec d'autres j'ai vu qu'il faut au contraire pour leur faire du bien, avoir beaucoup de fermet&#233; et ne jamais revenir sur une chose dite. S'abaisser ne ait point alors de l'humilit&#233;, mais de la faiblesse. Le bon Dieu m'a fait la gr&#226;ce de ne pas craindre la guerre, &#224; tout prix il faut que je fasse mon devoir. Plus d'une fois j'ai entendu ceci : &#034;Si vous voulez obtenir quelque chose de moi, il faut me prendre par la douceur ; par [24r&#176;] la force, vous n'aurez rien. &#034;Moi je sais que nul n'est bon juge dans sa propre cause et qu'un enfant auquel le m&#233;decin fait subir une douloureuse op&#233;ration ne manquera pas de jeter les hauts cris et de dire que le rem&#232;de est pire que le mal ; cependant s'il se trouve gu&#233;ri peu de jours apr&#232;s, il est tout heureux de pouvoir jouer et courir. Il en est de m&#234;me pour les &#226;mes, bient&#244;t elles reconnaissent qu'un peu d'amertume est parfois pr&#233;f&#233;rable au sucre et ne craignent pas de l'avouer. Quelquefois je ne puis m'emp&#234;cher de sourire int&#233;rieurement en voyant quel changement s'op&#232;re du jour au lendemain, c'est f&#233;&#233;rique&#8230; On vient me dire : &#034;Vous aviez raison hier d'&#234;tre s&#233;v&#232;re, au commencement cela m'a r&#233;volt&#233;e, mais apr&#232;s je me suis souvenue de tout et j'ai vu que vous &#233;tiez tr&#232;s juste&#8230; &#233;coutez : en m'en allant je pensais que c'&#233;tait fini, je me disais : &#034;Je vais aller trouver notre M&#232;re et lui dire que je n'irai plus avec ma S&#339;ur Th&#233;r&#232;se de l'Enfant J&#233;sus.&#034; &#034;Mais j'ai senti que c'&#233;tait le d&#233;mon qui m'inspirait cela et puis il m'a sembl&#233; que vous priiez pour moi, alors je suis rest&#233;e tranquille et la lumi&#232;re a commenc&#233; &#224; briller, mais maintenant il faut que vous m'&#233;clairiez tout &#224; fait et c'est pour cela que je viens.&#034; La conversation s'engage bien vite : moi je suis tout heureuse de pouvoir suivre le penchant de mon c&#339;ur, en ne servant aucun mets amer. Oui mais&#8230; je m'aper&#231;ois vite qu'il ne faut pas trop s'avancer, un mot pourrait d&#233;truire le bel &#233;difice construit dans les larmes. Si j'ai le malheur : de dire une parole qui semble att&#233;nuer ce que j'ai dit la veille, je vois ma petite [24v&#176;] s&#339;ur essayer de se raccrocher aux branches, alors je fais int&#233;rieurement une petite pri&#232;re et la v&#233;rit&#233; triomphe toujours. Ah ! c'est la pri&#232;re, c'est le sacrifice qui font toute ma force, ce sont les armes invincibles que J&#233;sus m'a donn&#233;es, elles peuvent bien plus que les paroles toucher les &#226;mes, j'en ai fait bien souvent l'exp&#233;rience. Il en est une entre toutes qui m'a fait une douce et profonde impression.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'&#233;tait pendant le car&#234;me, je ne m'occupais alors que de l'unique novice qui se trouvait ici et dont j'&#233;tais l'ange. Elle vint me trouver un matin toute rayonnante : &#034;Ah ! si vous saviez, me dit-elle, ce que j'ai r&#234;v&#233; cette nuit, j'&#233;tais aupr&#232;s de ma s&#339;ur et je voulais la d&#233;tacher de toutes les vanit&#233;s qu'elle aime tant, pour cela je lui expliquais ce couplet de : &lt;strong&gt;Vivre d'amour. T'aimer J&#233;sus, quelle perte f&#233;conde ! Tous mes parfums sont &#224; toi sans retour&lt;/strong&gt;, Je sentais bien que mes paroles p&#233;n&#233;traient dans son &#226;me et j'&#233;tais ravie de joie. Ce matin en m'&#233;veillant j'ai pens&#233; que le Bon Dieu voulait peut-&#234;tre que je lui donne cette &#226;me. Si je lui &#233;crivais apr&#232;s le car&#234;me pour lui raconter mon r&#234;ve et lui dire que J&#233;sus la veut tout &#224; Lui ?&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Moi, sans en penser plus long, je lui dis qu'elle pouvait bien essayer mais avant, qu'il fallait en demander la permission &#224; Notre M&#232;re. Comme le car&#234;me &#233;tait encore loin de toucher &#224; sa fin, vous avez &#233;t&#233;, M&#232;re bien-aim&#233;e, tr&#232;s surprise d'une demande qui vous parut trop pr&#233;matur&#233;e ; et, certainement inspir&#233;e par le bon Dieu, vous avez r&#233;pondu que ce n'&#233;tait point par des lettres que les carm&#233;lites [25r&#176;] doivent sauver les &#226;mes mais par la pri&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En apprenant votre d&#233;cision je compris tout de suite que c'&#233;tait celle de J&#233;sus et je dis &#224; S&#339;ur Marie de la Trinit&#233; : &#171; Il faut nous mettre &#224; l'&#339;uvre, prions beaucoup. Quelle joie si &#224; la fin du Car&#234;me, nous &#233;tions exauc&#233;es !&#8230; &#187;Oh ! mis&#233;ricorde infinie du Seigneur, qui veut bien &#233;couter la pri&#232;re de ses enfants&#8230; A la fin du Car&#234;me, une &#226;me de plus se consacrait &#224; J&#233;sus. C'&#233;tait un v&#233;ritable miracle de la gr&#226;ce, miracle obtenu par la ferveur d'une humble novice !&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;3) La puissance de la Pri&#232;re&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Qu'elle est donc grande la puissance de la Pri&#232;re ! On dirait une reine ayant &#224; chaque instant libre acc&#232;s aupr&#232;s du roi et pouvant obtenir tout ce qu'elle demande. Il n'est point n&#233;cessaire pour &#234;tre exauc&#233;e de lire dans un livre une belle formule compos&#233;e pour la circonstance ; s'il en &#233;tait ainsi&#8230; h&#233;las ! que je serais plaindre !&#8230; En dehors de l'office Divin que je suis bien indigne de r&#233;citer, je n'ai pas le courage de m'astreindre &#224; chercher dans les livres de belles pri&#232;res, cela me fait mal &#224; la t&#234;te, il y en a tant !. .. et puis elles sont toutes plus belles les unes que les autres&#8230; Je ne saurais les r&#233;citer toutes et ne sachant laquelle choisir, je fais comme les enfants qui ne savent pas lire, je dis tout simplement au Bon Dieu ce que je veux lui dire, sans faire de belles phrases, et toujours Il me comprend&#8230; &lt;strong&gt;Pour moi, la pri&#232;re, c'est un &#233;lan du c&#339;ur, c'est un simple regard jet&#233; vers le Ciel, c'est un cri de reconnaissance et d'amour au sein de l'&#233;preuve comme au sein de la joie ; enfin c'est quelque chose [25v&#176;] de grand, de surnaturel, qui me dilate l'&#226;me et m'unit &#224; J&#233;sus. &lt;/strong&gt; Je ne voudrais pas cependant, ma M&#232;re bien-aim&#233;e, que vous croyiez que les pri&#232;res faites en commun au ch&#339;ur, ou dans les ermitages, je les r&#233;cite sans d&#233;votion. Au contraire j'aime beaucoup les pri&#232;res communes car J&#233;sus a promis de se trouver au milieu de ceux qui s'assemblent en son nom Mt 18,19-20 je sens alors que la ferveur de mes s&#339;urs suppl&#233;e &#224; la mienne, mais toute seule (j'ai honte de l'avouer) la r&#233;citation du chapelet me co&#251;te plus que de mettre un instrument de p&#233;nitence. Je sens que je le dis si mal ! J'ai beau m'efforcer de m&#233;diter les myst&#232;res du rosaire, je n'arrive pas &#224; fixer mon esprit&#8230; Longtemps je me suis d&#233;sol&#233;e de ce manque de d&#233;votion qui m'&#233;tonnait, car j'aime tant la Sainte Vierge qu'il devrait m'&#234;tre facile de faire en son honneur des pri&#232;res qui lui sont agr&#233;ables. Maintenant je me d&#233;sole moins, je pense que la Reine des Cieux &#233;tant ma M&#200;RE, elle doit voir ma bonne volont&#233; et qu'elle s'en contente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelquefois, lorsque mon esprit est dans une si grande s&#233;cheresse qu'il m'est impossible d'en tirer une pens&#233;e pour m'unir au Bon Dieu, je r&#233;cite tr&#232;s lentement un &#034;Notre P&#232;re&#034; Mt 6,9-13 et puis la salutation ang&#233;lique ; alors ces pri&#232;res me ravissent, elles nourrissent mon &#226;me bien plus que si je les avais r&#233;cit&#233;es pr&#233;cipitamment une centaine de fois&#8230; Lc 1,28 Mt 6,9-13&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Sainte Vierge me montre qu'elle n'est pas f&#226;ch&#233;e [26r&#176;] contre moi, jamais elle ne manque de me prot&#233;ger aussit&#244;t que je l'invoque. S'il me survient une inqui&#233;tude, un embarras, bien vite je me tourne vers elle et toujours comme la plus tendre des M&#232;res elle se charge de mes int&#233;r&#234;ts. Que de fois en parlant aux novices, il m'est arriv&#233; de l'invoquer et de ressentir les bienfaits de sa maternelle protection !&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;4) &#171; Que sa mis&#233;ricorde est grande ! &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Souvent les novices me disent : &#034; Mais vous avez une r&#233;ponse &#224; tout, je croyais cette fois vous embarrasser&#8230; o&#249; donc allez-vous chercher ce que vous dites ? &#034;Il en est m&#234;me d'assez candides pour croire que je lis dans leur &#226;me parce qu'il m'est arriv&#233; de les pr&#233;venir en leur disant ce qu'elles pensaient. Une nuit, une de mes compagnes avait r&#233;solu de me cacher une peine qui la faisait beaucoup souffrir. Je la rencontre d&#232;s le matin, elle me parle avec un visage souriant et moi, sans r&#233;pondre &#224; ce qu'elle me disait, je lui dis avec un accent convaincu : Vous avez du chagrin. Si j'avais fait tomber la lune &#224; ses pieds je crois qu'elle ne m'aurait pas regard&#233;e avec plus d'&#233;tonnement. Sa stup&#233;faction &#233;tait si grande qu'elle me gagna, je fus un instant saisie d'un effroi surnaturel. J'&#233;tais bien s&#251;re de n'avoir pas le don de lire dans les &#226;mes et cela m'&#233;tonnait d'autant plus d'&#234;tre tomb&#233;e si juste. Je sentais bien que le Bon Dieu &#233;tait tout pr&#232;s, que, sans m'en apercevoir, j'avais dit, comme un enfant, des paroles qui ne venaient pas de moi mais de Lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ma M&#232;re bien-aim&#233;e, vous comprenez qu'aux novices tout est permis [26v&#176;] il faut qu'elles puissent dire ce qu'elles pensent sans aucune restriction, le bien comme le mal. Cela leur est d'autant plus facile avec moi qu'elles ne me doivent pas le respect qu'on rend &#224; une ma&#238;tresse. Je ne puis dire que J&#233;sus me fait marcher ext&#233;rieurement par la voie des humiliations. Il se contente de m'humilier au fond de mon &#226;me ; aux yeux des cr&#233;atures tout me r&#233;ussit, je suis le chemin des honneurs, autant comme cela est possible en religion. Je comprends que ce n'est pas pour moi, mais pour les autres, qu'il me faut marcher par ce chemin qui para&#238;t si p&#233;rilleux, En effet si je passais aux yeux de la communaut&#233; pour une religieuse remplie de d&#233;fauts, incapable, sans intelligence ni jugement, il vous serait impossible, ma M&#232;re, de vous faire aider par moi. Voil&#224; pourquoi le Bon Dieu a jet&#233; un voile sur tous mes d&#233;fauts int&#233;rieurs et ext&#233;rieurs, Ce voile, parfois, m'attire quelques compliments de la part des novices, je sens bien qu'elles ne me les font pas par flatterie mais que c'est l'expression de leurs sentiments na&#239;fs ; vraiment cela ne saurait m'inspirer de vanit&#233;, car j'ai sans cesse pr&#233;sent &#224; la pens&#233;e le souvenir de ce que je suis. Cependant, quelquefois il me vient un d&#233;sir bien grand d'entendre autre chose que des louanges. Vous savez, ma M&#232;re bien-aim&#233;e que je pr&#233;f&#232;re le vinaigre au sucre ; mon &#226;me aussi se fatigue d'une nourriture trop sucr&#233;e, et J&#233;sus permet alors qu'on lui serve une bonne petite salade, [27r&#176;] bien vinaigr&#233;e, bien &#233;pic&#233;e, rien n'y manque except&#233; l'huile, ce qui lui donne une saveur de plus&#8230; Cette bonne petite salade m'est servie par les novices au moment o&#249; je m'y attends le moins. Le bon Dieu soul&#232;ve le voile qui cache mes imperfections, alors mes ch&#232;res petites s&#339;urs me voyant telle que je suis ne me trouvent plus tout &#224; fait &#224; leur go&#251;t. Avec une simplicit&#233; qui me ravit, elles me disent tous les combats que je leur donne, ce qui leur d&#233;pla&#238;t en moi ; enfin, elles ne se g&#234;nent pas davantage que s'il &#233;tait question d'une autre, sachant qu'elles me font an grand plaisir en agissant ainsi. Ah ! vraiment, c'est plus qu'un plaisir, c'est un festin d&#233;licieux qui comble mon &#226;me de joie. Je ne puis m'expliquer comment une chose qui d&#233;pla&#238;t tant &#224; la nature peut causer un si grand bonheur ; si je ne l'avais exp&#233;riment&#233;, je ne pourrais le croire&#8230; Un jour que j'avais particuli&#232;rement d&#233;sir&#233; d'&#234;tre humili&#233;e, il arriva qu'une novice se chargea si bien de me satisfaire qu'aussit&#244;t je pensai &#224; Sa&#252;l maudissant David 2S 16,10 et je me disais : oui, c'est bien le Seigneur qui lui ordonne de me dire toutes ces choses&#8230; Et mon &#226;me savourait d&#233;licieusement la nourriture am&#232;re qui lui &#233;tait servie avec tant d'abondance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ainsi que le bon Dieu daigne prendre soin de moi. Il ne peut toujours me donner le pain fortifiant de l'humiliation ext&#233;rieure, mais de temps en temps, Il me permet de me nourrir des miettes qui tombent de la table DES ENFANTS Mc 7,28 Ah ! que sa mis&#233;ricorde est grande, je ne pourrai la [27v&#176;] chanter qu'au Ciel&#8230; Ps 89,2&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;IV - La charit&#233; en acte&lt;/h2&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;1) Th&#233;r&#232;se b&#233;n&#233;ficiaire de cette charit&#233;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;M&#232;re bien-aim&#233;e, puisqu'avec vous j'essaie de commencer &#224; la chanter sur la terre, cette mis&#233;ricorde infinie, je dois encore vous dire un grand bienfait que j'ai retir&#233; de la mission que vous m'avez confi&#233;e. Autrefois lorsque je voyais une s&#339;ur qui faisait quelque chose qui me d&#233;plaisait et me paraissait irr&#233;gulier, je me disais : Ah ! si je pouvais lui dire ce que je pense, lui montrer qu'elle a tort, que cela me ferait de bien ! Depuis que j'ai pratiqu&#233; un peu le m&#233;tier, je vous assure, ma M&#232;re, que j'ai tout &#224; fait chang&#233; de sentiment. Lorsqu'il m'arrive de voir une s&#339;ur faire une action qui me para&#238;t imparfaite, je pousse un soupir de soulagement et je me dis : Quel bonheur ! ce n'est pas une novice, je ne suis pas oblig&#233;e de la reprendre. Et puis bien vite je t&#226;che d'excuser la s&#339;ur et de lui pr&#234;ter de bonnes intentions qu'elle a sans doute. Ah ! ma M&#232;re, depuis que je suis malade, les soins que vous me prodiguez m'ont encore beaucoup instruite sur la charit&#233;. Aucun rem&#232;de ne vous semble trop cher, et s'il ne r&#233;ussit pas, sans vous lasser vous essayez autre chose. Lorsque j'allais &#224; la r&#233;cr&#233;ation, quelle attention ne faisiez-vous pas &#224; ce que je sois bien plac&#233;e &#224; l'abri des courants d'air ! Enfin, si je voulais tout dire, je ne terminerais pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En pensant &#224; toutes ces choses, je me suis dit que je devrais &#234;tre aussi compatissante pour les infirmit&#233;s spirituelles de mes s&#339;urs, que vous l'&#234;tes, ma M&#232;re ch&#233;rie, en me soignant avec tant d'amour.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;2) Le festin de la charit&#233;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;J'ai remarqu&#233; (et c'est tout naturel) que les s&#339;urs les plus saintes sont les [28r&#176;] plus aim&#233;es, on recherche leur conversation, on leur rend des services sans qu'elles les demandent, enfin ces &#226;mes capables de supporter des manques d'&#233;gards, de d&#233;licatesses, se voient entour&#233;es de l'affection de toutes. On peut leur appliquer cette parole de notre P&#232;re Saint Jean de la Croix : Tons les biens m'ont &#233;t&#233; donn&#233;s quand je ne les ai plus recherch&#233;s par amour-propre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#226;mes imparfaites au contraire, ne sont point recherch&#233;es, sans doute on se tient &#224; leur &#233;gard dans les bornes de la politesse religieuse, mais craignant peut-&#234;tre de leur dire quelques paroles peu aimables, on &#233;vite leur compagnie. En disant les &#226;mes imparfaites, je ne veux pas seulement parler des imperfections spirituelles, puisque les plus saintes ne seront parfaites qu'au Ciel, je veux parler du manque de jugement, d'&#233;ducation, de la susceptibilit&#233; de certains caract&#232;res, toutes choses qui ne rendent pas la vie tr&#232;s agr&#233;able. Je sais bien que ces infirmit&#233;s morales sont chroniques, il n'y a pas d'espoir de gu&#233;rison, mais je sais bien aussi que ma M&#232;re ne cesserait pas de me soigner, d'essayer de me soulager si je restais malade toute ma vie. Voici la conclusion que j'en tire : Je dois rechercher en r&#233;cr&#233;ation, en licence, la compagnie des s&#339;urs qui me sont le moins agr&#233;ables, remplir pr&#232;s de ces &#226;mes bless&#233;es l'office du bon Samaritain. Une parole, un sourire aimable, suffisent souvent pour &#233;panouir une &#226;me triste ; mais ce n'est pas absolument pour atteindre ce but que je veux pratiquer la charit&#233; car je sais que bient&#244;t je serais d&#233;courag&#233;e : un mot que j'aurai dit avec la meilleure intention sera peut-&#234;tre interpr&#233;t&#233; tout de travers. Aussi pour ne pas perdre mon temps, je veux &#234;tre aimable avec tout le monde (Citation de Jean d&#233;localis&#233;e, place exacte &#224; retrouver !!! Jn 16,20 [28v&#176;] (et particuli&#232;rement avec les s&#339;urs les moins aimables) pour r&#233;jouir J&#233;sus et r&#233;pondre au conseil qu'Il donne dans l'&#201;vangile &#224; peu pr&#232;s en ces termes : &#034;Quand vous faites un festin n'invitez pas vos parents et vos amis de peur qu'ils ne vous invitent &#224; leur tour, et qu'ainsi vous ayez re&#231;u votre r&#233;compense ; mais invitez les pauvres, les boiteux, les paralytiques Lc 14,12-14 et vous serez heureux de ce qu'ils ne pourront vous rendre, car votre P&#232;re qui voit dans le secret vous en r&#233;compensera&#034; Mt 6,3-4&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quel festin pourrait offrir une carm&#233;lite &#224; ses s&#339;urs si ce n'est un festin spirituel compos&#233; de charit&#233; aimable et joyeuse ? Pour moi, je n'en connais pas d'autre et je veux imiter Saint Paul qui se r&#233;jouissait avec ceux qu'il trouvait dans la joie il est vrai qu'il pleurait aussi avec les afflig&#233;s Rm 12,15 et les larmes doivent quelquefois para&#238;tre dans le festin que je veux servir, mais toujours j'essaierai qu'&#224; la fin ces larmes se changent en joie Jn 16,20 puisque le Seigneur aime ceux qui donnent avec joie. 2Co 9,7 2Co 9,7&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;3) S&#339;ur Saint Pierre&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Je me souviens d'un acte de charit&#233; que le Bon Dieu m'inspira de faire &#233;tant encore novice, c'&#233;tait peu de chose, cependant notre P&#232;re qui voit dans le secret, qui regarde plus &#224; l'intention qu'&#224; la grandeur de l'action, m'en a d&#233;j&#224; r&#233;compens&#233;e, sans attendre l'autre vie. C'&#233;tait du temps que S&#339;ur Saint Pierre allait encore au ch&#339;ur et au r&#233;fectoire. Mt 6,3-4 A l'oraison du soir elle &#233;tait plac&#233;e devant moi : dix minutes avant six heures, il fallait qu'une s&#339;ur se d&#233;range pour la conduire au r&#233;fectoire, car les infirmi&#232;res avaient alors trop de malades pour venir [29r&#176;] la chercher. Cela me co&#251;tait beaucoup de me proposer pour rendre ce petit service, car je savais que ce n'&#233;tait pas facile de contenter cette pauvre s&#339;ur Saint Pierre qui souffrait tant qu'elle n'aimait pas &#224; changer de conductrice. Cependant je ne voulais pas manquer une si belle occasion d'exercer la charit&#233;, me souvenant que J&#233;sus avait dit : Ce que vous ferez au plus petit des miens c'est &#224; moi que vous l'aurez fait. Mt 25,40 Je m'offris donc bien humblement pour la conduire : ce ne fut pas sans mal que je parvins &#224; faire accepter mes services ! Enfin je me mis &#224; l'&#339;uvre et j'avais tant de bonne volont&#233; que je r&#233;ussis parfaitement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chaque soir quand je voyais ma S&#339;ur Saint Pierre secouer son sablier, je savais que cela voulait dire : partons ! C'est incroyable comme cela me co&#251;tait de me d&#233;ranger surtout dans le commencement ; je le faisais pourtant imm&#233;diatement, et puis, toute une c&#233;r&#233;monie commen&#231;ait. Il fallait remuer et porter le banc d'une certaine mani&#232;re, surtout ne pas se presser, ensuite la promenade avait lieu. Il s'agissait de suivre la pauvre infirme en la soutenant par sa ceinture, je le faisais avec le plus de douceur qu'il m'&#233;tait possible ; mais si, par malheur, elle faisait un faux pas, aussit&#244;t il lui semblait que je la tenais mal et qu'elle allait tomber. &#034;Ah ! mon Dieu ! vous allez trop vite, j'vais m'briser.&#034; Si j'essayais d'aller encore plus doucement : &#034;Mais suivez-moi donc ! je n'sens pus vot'main, vous m'avez l&#226;ch&#233;e, j'vais tomber ; ah ! j'avais bien dit qu'vous &#233;tiez trop jeune pour me conduire.&#034; Enfin nous arrivions sans accident au r&#233;fectoire ; l&#224; survenaient d'autres difficult&#233;s, il s'agissait de faire asseoir S&#339;ur Saint Pierre et d'agir adroitement pour [29v&#176;] ne pas la blesser, ensuite il fallait relever ses manches (encore d'une certaine mani&#232;re), puis j'&#233;tais libre de m'en aller. Avec ses pauvres mains estropi&#233;es elle arrangeait son pain dans son godet, comme elle pouvait. Je m'en aper&#231;us bient&#244;t et, chaque soir, je ne la quittai qu'apr&#232;s lui avoir encore rendu ce petit service. Comme elle ne me l'avait pas demand&#233;, elle fut tr&#232;s touch&#233;e de mon attention et ce fut par ce moyen que je n'avais pas cherch&#233; expr&#232;s, que je gagnai tout &#224; fait ses bonnes gr&#226;ces et surtout (je l'ai su plus tard) parce que, apr&#232;s avoir coup&#233; son pain, je lui faisais avant de m'en aller mon plus beau sourire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ma M&#232;re bien-aim&#233;e, peut-&#234;tre &#234;tes-vous &#233;tonn&#233;e que je vous &#233;crive ce petit acte de charit&#233;, pass&#233; depuis si longtemps. Ah ! si je l'ai fait c'est que je sens qu'il me faut chanter, &#224; cause de lui, les mis&#233;ricordes du Seigneur, Il a daign&#233; m'en laisser le souvenir, comme un parfum qui me porte &#224; pratiquer la charit&#233;. Ps 89,2 Je me souviens parfois de certains d&#233;tails qui sont pour mon &#226;me comme une brise printani&#232;re. En voici un qui se pr&#233;sente &#224; ma m&#233;moire : Un soir d'hiver j'accomplissais comme d'habitude mon petit office, il faisait froid, il faisait nuit&#8230; tout &#224; coup j'entendis dans le lointain le son harmonieux d'un instrument de musique, alors je me repr&#233;sentai un salon bien &#233;clair&#233;, tout brillant de dorures, des jeunes filles &#233;l&#233;gamment v&#234;tues se faisant mutuellement des compliments et des politesses mondaines ; puis mon regard se porta sur la pauvre malade que je soutenais ; au lieu d'une m&#233;lodie j'entendais de temps en temps ses g&#233;missements plaintifs, au lieu de dorures, [30r&#176;] je voyais les briques de notre clo&#238;tre aust&#232;re, &#224; peine &#233;clair&#233; par une faible lueur. Je ne puis exprimer ce qui se passa dans mon &#226;me, ce que je sais c'est que le Seigneur l'illumina des rayons de la v&#233;rit&#233; qui surpass&#232;rent tellement l'&#233;clat t&#233;n&#233;breux des f&#234;tes de la terre, que je ne pouvais croire &#224; mon bonheur&#8230; Ah ! pour jouir mille ans des f&#234;tes mondaines, je n'aurais pas donn&#233; les dix minutes employ&#233;es &#224; remplir mon humble office de charit&#233;&#8230; Si d&#233;j&#224; dans la souffrance, au sein du combat, on peut jouir un instant d'un bonheur qui surpasse tous les bonheurs de la terre, en pensant que le bon Dieu nous a retir&#233;es du monde, que sera-ce dans le Ciel lorsque nous verrons, au sein d'une all&#233;gresse et d'un repos &#233;ternels, la gr&#226;ce incomparable que le Seigneur nous a faite en nous choisissant pour habiter dans sa maison v&#233;ritable portique des Cieux ?&#8230; Gn 28,17 ; Ps 27,4&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;4) Un bruit insupportable&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas toujours avec ces transports d'all&#233;gresse que j'ai pratiqu&#233; la charit&#233;, mais au commencement de ma vie religieuse, J&#233;sus voulut me faire sentir combien il est doux de le voir dans l'&#226;me de ses &#233;pouses ; aussi lorsque je conduisais ma S&#339;ur Saint Pierre, je le faisais avec tant d'amour qu'il m'aurait &#233;t&#233; impossible de mieux faire si j'avais d&#251; conduire J&#233;sus lui-m&#234;me. La pratique de la charit&#233; ne m'a pas toujours &#233;t&#233; si douce, je vous le disais &#224; l'instant, ma M&#232;re ch&#233;rie ; pour vous le prouver, je vais vous raconter certains petits combats qui certainement vous feront sourire. Longtemps, &#224; l'oraison du soir, je fus plac&#233;e devant une s&#339;ur qui avait une dr&#244;le de manie, et je pense&#8230; beaucoup de lumi&#232;res, car elle se servait rarement d'un livre. Voici comment je [30v&#176;] m'en apercevais : Aussit&#244;t que cette s&#339;ur &#233;tait arriv&#233;e, elle se mettait &#224; faire un &#233;trange petit bruit qui ressemblait &#224; celui qu'on ferait en frottant deux coquillages l'un contre l'autre. Il n'y avait que moi qui m'en apercevais, car j'ai l'oreille extr&#234;mement fine (un peu trop parfois). Vous dire, ma M&#232;re, combien ce petit bruit me fatiguait, c'est chose impossible : j'avais grande envie de tourner la t&#234;te et de regarder la coupable qui, bien s&#251;r, ne s'apercevait pas de son tic, c'&#233;tait l'unique moyen de l'&#233;clairer ; mais au fond du cour je sentais qu'il valait mieux souffrir cela pour l'amour du bon Dieu et pour ne pas faire de la peine &#224; la s&#339;ur. Je restais donc tranquille, j'essayais de m'unir au bon Dieu, d'oublier le petit bruit&#8230; tout &#233;tait inutile, je sentais la sueur qui m'inondait et j'&#233;tais oblig&#233;e de faire simplement une oraison de souffrance, mais tout en souffrant, je cherchais le moyen de le faire non pas avec agacement, mais avec Joie et paix, au moins dans l'intime de l'&#226;me. Alors je t&#226;chais d'aimer le petit bruit si d&#233;sagr&#233;able ; au lieu d'essayer de ne pas l'entendre (chose impossible) je mettais mon attention &#224; le bien &#233;couter, comme s'il e&#251;t &#233;t&#233; un ravissant concert et toute mon oraison (qui n'&#233;tait pas celle de qui&#233;tude) se passait &#224; offrir ce concert &#224; J&#233;sus.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;5) Au lavoir&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Une autre fois, j'&#233;tais au lavage devant une s&#339;ur qui me lan&#231;ait de l'eau sale &#224; la figure &#224; chaque fois qu'elle soulevait les mouchoirs sur son banc ; mon premier mouvement fut de me reculer en [31r&#176;] m'essuyant la figure, afin de montrer &#224; la s&#339;ur qui m'aspergeait qu'elle me rendrait service en se tenant tranquille, mais aussit&#244;t je pensai que j'&#233;tais bien sotte de refuser des tr&#233;sors qui m'&#233;taient donn&#233;s si g&#233;n&#233;reusement et je me gardai bien de faire para&#238;tre mon combat. Je fis tous mes efforts pour d&#233;sirer de recevoir beaucoup d'eau sale, de sorte qu'&#224; la fin j'avais vraiment pris go&#251;t &#224; ce nouveau genre d'aspersion et je me promis de revenir une autre fois &#224; cette heureuse place o&#249; l'on recevait tant de tr&#233;sors.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#232;re bien-aim&#233;e, vous voyez que je suis une tr&#232;s petite &#226;me qui ne peut offrir au bon Dieu que de tr&#232;s petites choses, encore m'arrive-t-il souvent de laisser &#233;chapper de ces petits sacrifices qui donnent tant de paix &#224; l'&#226;me ; cela ne me d&#233;courage pas, je supporte d'avoir un peu moins de paix et je t&#226;che d'&#234;tre plus vigilante une autre fois.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;V - Des Fr&#232;res missionnaires&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Ah ! le Seigneur est si bon pour moi qu'il m'est impossible de le craindre, toujours Il m'a donn&#233; ce que j'ai d&#233;sir&#233; ou plut&#244;t Il m'a fait d&#233;sirer ce qu'Il voulait me donner ; ainsi peu de temps avant que mon &#233;preuve contre la foi commence, je me disais : Vraiment je n'ai pas de grandes &#233;preuves ext&#233;rieures et pour en avoir d'int&#233;rieures il faudrait que le bon Dieu change ma voie, je ne crois pas qu'Il le fasse, pourtant je ne puis toujours vivre ainsi dans le repos&#8230; quel moyen donc J&#233;sus trouvera-t-Il pour m'&#233;prouver ? La r&#233;ponse ne se fit pas attendre et me montra que Celui que j'aime n'est pas &#224; court de moyens ; sans changer ma voie, Il m'envoya l'&#233;preuve qui devait m&#234;ler une salutaire amertume &#224; toutes mes joies. Ce n'est pas seulement lorsqu'il veut m'&#233;prouver [31v&#176;] que J&#233;sus me le fait pressentir et d&#233;sirer. Depuis bien longtemps j'avais un d&#233;sir qui me paraissait tout &#224; fait irr&#233;alisable, celui d'avoir un fr&#232;re pr&#234;tre, je pensais souvent que si mes petits fr&#232;res ne s'&#233;taient pas envol&#233;s au Ciel j'aurais eu le bonheur de les voir monter &#224; l'autel ; mais puisque le bon Dieu les a choisis pour en faire des petits anges je ne pouvais plus esp&#233;rer de voir mon r&#234;ve se r&#233;aliser ; et voil&#224; que non seulement J&#233;sus m'a fait la gr&#226;ce que je d&#233;sirais, mais Il m'a unie par les liens de l'&#226;me &#224; deux de ses ap&#244;tres, qui sont devenus mes fr&#232;res&#8230; Je veux, ma M&#232;re bien-aim&#233;e, vous raconter en d&#233;tails comment J&#233;sus combla mon d&#233;sir et m&#234;me le d&#233;passa, puisque je ne d&#233;sirais qu'un fr&#232;re pr&#234;tre qui chaque jour pense &#224; moi au saint autel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce fut notre Sainte M&#232;re Th&#233;r&#232;se qui m'envoya pour bouquet de f&#234;te en 1895 mon premier petit fr&#232;re J'&#233;tais au lavage, bien occup&#233;e de mon travail, lorsque m&#232;re Agn&#232;s de J&#233;sus, me prenant &#224; l'&#233;cart, me lut une lettre qu'elle venait de recevoir. C'&#233;tait un jeune s&#233;minariste, inspir&#233;, disait-il, par Sainte Th&#233;r&#232;se, qui venait demander une s&#339;ur qui se d&#233;vou&#226;t sp&#233;cialement au salut de son &#226;me et l'aid&#226;t de ses pri&#232;res et sacrifices lorsqu'il serait missionnaire afin qu'il puisse sauver beaucoup d'&#226;mes. Il promettait d'avoir toujours un souvenir pour celle qui deviendrait sa s&#339;ur, lorsqu'il pourrait offrir le Saint Sacrifice. M&#232;re Agn&#232;s de J&#233;sus me dit qu'elle voulait que ce soit moi qui dev&#238;nt la s&#339;ur de ce futur missionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[32r&#176;] Ma M&#232;re, vous dire mon bonheur serait chose impossible, mon d&#233;sir combl&#233; d'une fa&#231;on inesp&#233;r&#233;e fit na&#238;tre dans mon c&#339;ur une joie que j'appellerai enfantine, car il me faut remonter aux jours de mon enfance pour trouver le souvenir de ces joies si vives que l'&#226;me est trop petite pour les contenir ; jamais depuis des ann&#233;es je n'avais go&#251;t&#233; ce genre de bonheur. Je sentais que de ce c&#244;t&#233; mon &#226;me &#233;tait neuve, c'&#233;tait comme si l'on avait touch&#233; pour la premi&#232;re fois des cordes musicales rest&#233;es jusque-l&#224; dans l'oubli.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je comprenais les obligations que je m'imposais, aussi je me mis &#224; l'&#339;uvre en essayant de redoubler de ferveur. Il faut avouer que d'abord je n'eus pas de consolations pour stimuler mon z&#232;le ; apr&#232;s avoir &#233;crit une charmante lettre pleine de c&#339;ur et de nobles sentiments, pour remercier M&#232;re Agn&#232;s de J&#233;sus, mon petit fr&#232;re ne donna plus signe de vie qu'au mois de juillet suivant, except&#233; qu'il envoya sa carte au mois de novembre pour dire qu'il entrait &#224; la caserne. C'&#233;tait &#224; vous, ma M&#232;re bien-aim&#233;e, que le bon Dieu avait r&#233;serv&#233; d'achever l'&#339;uvre commenc&#233;e ; sans doute c'est par la pri&#232;re et le sacrifice qu'on peut aider les missionnaires, mais parfois lorsqu'il pla&#238;t &#224; J&#233;sus d'unir deux &#226;mes pour sa gloire il permet que de temps en temps elles puissent se communiquer leurs pens&#233;es et s'exciter &#224; aimer Dieu davantage ; mais il faut pour cela une volont&#233; expresse de l'autorit&#233;, car il me semble qu'autrement cette correspondance ferait plus de mal que de bien, sinon au missionnaire du moins &#224; la carm&#233;lite continuellement port&#233;e par son genre de vie [32v&#176;] &#224; se replier sur elle-m&#234;me. Alors au lieu de l'unir au bon Dieu, cette correspondance (m&#234;me &#233;loign&#233;e) qu'elle aurait sollicit&#233;e lui occuperait l'esprit ; en s'imaginant faire monts et merveilles, elle ne ferait rien du tout que de se procurer, sous couleur de z&#232;le, une distraction inutile. Pour moi, il en est de cela comme du reste, je sens qu'il faut, pour que mes lettres fassent du bien, qu'elles soient &#233;crites par ob&#233;issance et que j'&#233;prouve plut&#244;t de la r&#233;pugnance que du plaisir &#224; les &#233;crire. Ainsi quand je parle avec une novice, je t&#226;che de le faire en me mortifiant, j'&#233;vite de lui adresser des questions qui satisferaient ma curiosit&#233; ; si elle commence une chose int&#233;ressante et puis passe &#224; une autre qui m'ennuie sans achever la premi&#232;re, je me garde bien de lui rappeler le sujet qu'elle a laiss&#233; de c&#244;t&#233;, car il me semble qu'on ne peut faire aucun bien lorsqu'on se recherche soi-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ma M&#232;re bien-aim&#233;e, je m'aper&#231;ois que je ne me corrigerai jamais, me voici encore partie bien loin de mon sujet, avec toutes mes dissertations ; excusez-moi, je vous en prie, et permettez que je recommence &#224; la prochaine occasion puisque je ne puis faire autrement !&#8230; Vous agissez comme le bon Dieu qui ne se fatigue pas de m'entendre, lorsque je Lui dis tout simplement mes peines et mes joies comme s'Il ne les connaissait pas&#8230; Vous aussi, ma M&#232;re, vous connaissez depuis longtemps ce que je pense et tous les &#233;v&#233;nements un peu m&#233;morables de ma vie ; je ne saurais donc vous apprendre rien de nouveau. Je ne puis m'emp&#234;cher de rire en pensant que je vous &#233;cris scrupuleusement tant de choses [33r&#176;] que vous savez aussi bien que moi. Enfin, M&#232;re ch&#233;rie, je vous ob&#233;is et si maintenant vous ne trouvez pas d'int&#233;r&#234;t &#224; lire ces pages, peut-&#234;tre qu'elles vous distrairont dans vos vieux jours et serviront ensuite pour allumer votre feu, ainsi je n'aurai pas perdu mon temps&#8230; Mais je m'amuse &#224; parler comme un enfant ; ne croyez pas, ma M&#232;re, que je recherche quelle utilit&#233; peut avoir mon pauvre travail ; puisque je le fais par ob&#233;issance cela me suffit et je n'&#233;prouverais aucune peine si vous le br&#251;liez sous mes yeux avant de l'avoir lu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est temps que je reprenne l'histoire de mes Fr&#232;res qui tiennent maintenant une si grande place dans ma vie. L'ann&#233;e derni&#232;re &#224; la fin du mois de mai je me souviens qu'un jour vous m'avez fait appeler avant le r&#233;fectoire. Le c&#339;ur me battait bien fort lorsque j'entrai chez vous, ma M&#232;re ch&#233;rie ; je me demandais ce que vous pouviez avoir &#224; me dire. C'&#233;tait la premi&#232;re fois que vous me faisiez demander ainsi. Apr&#232;s m'avoir dit de m'asseoir, voici la proposition que vous m'avez faite : &#171; Voulez-vous vous charger des int&#233;r&#234;ts spirituels d'un missionnaire qui doit &#234;tre ordonn&#233; pr&#234;tre et partir prochainement ?&#034; Et puis, ma M&#232;re, vous m'avez lu la lettre de ce jeune P&#232;re afin que je sache au juste ce qu'il demandait. Mon premier sentiment fut un sentiment de joie qui fit aussit&#244;t place &#224; la crainte. Je vous expliquai, ma M&#232;re bien-aim&#233;e, qu'ayant d&#233;j&#224; offert mes pauvres m&#233;rites pour un futur ap&#244;tre, je croyais ne pouvoir le faire encore aux intentions d'un autre et que d'ailleurs, il y avait beaucoup de s&#339;urs meilleures que moi qui pourraient r&#233;pondre &#224; son d&#233;sir.[33v&#176;] m'avez r&#233;pondu qu'on pouvait avoir plusieurs fr&#232;res. Alors je vous ai demand&#233; si l'ob&#233;issance ne pourrait pas doubler mes m&#233;rites. Vous m'avez r&#233;pondu que oui, en me disant plusieurs choses qui me faisaient voir qu'il me fallait accepter sans scrupule un nouveau fr&#232;re. Dans le fond, ma M&#232;re, je pensais comme vous et m&#234;me, puisque &#034;le z&#232;le d'une carm&#233;lite doit embrasser le monde&#034; j'esp&#232;re avec la gr&#226;ce du bon Dieu &#234;tre utile &#224; plus de deux missionnaires et je ne pourrais oublier de prier pour tous, sans laisser de c&#244;t&#233; les simples pr&#234;tres dont la mission parfois est aussi difficile &#224; remplir que celle des ap&#244;tres pr&#234;chant les infid&#232;les. Enfin je veux &#234;tre fille de l'&#201;glise comme l'&#233;tait notre M&#232;re Sainte Th&#233;r&#232;se et prier dans les intentions de notre Saint P&#232;re le Pape, sachant que ses intentions embrassent l'univers. Voil&#224; le but g&#233;n&#233;ral de ma vie, mais cela ne m'aurait pas emp&#234;ch&#233;e de prier et de m'unir sp&#233;cialement aux &#339;uvres de mes petits anges ch&#233;ris s'ils avaient &#233;t&#233; pr&#234;tres. Eh bien ! voil&#224; comment je me suis unie spirituellement aux ap&#244;tres que J&#233;sus m'a donn&#233;s pour fr&#232;res : Lc 15,31 tout ce qui m'appartient, appartient &#224; chacun d'eux, je sens bien que le bon Dieu est trop bon pour faire des partages, Il est si riche qu'Il donne sans mesure tout ce que je lui demande&#8230; Mais ne croyez pas, ma M&#232;re, que je me perde dans de longues &#233;num&#233;rations.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;VI - &#171; Attirez-moi, nous courrons. &#187;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Depuis que j'ai deux fr&#232;res et mes petites s&#339;urs les novices, si je voulais demander pour chaque &#226;me ce qu'elle a besoin et bien le d&#233;tailler, les journ&#233;es seraient trop courtes et je craindrais fort d'oublier quelque chose d'important. Aux &#226;mes simples, il ne faut pas de moyens compliqu&#233;s ; comme je suis de ce nombre, un matin pendant mon action de gr&#226;ces, J&#233;sus m'a donn&#233; un moyen simple d'accomplir ma mission. Il m'a fait [34r&#176;] comprendre cette parole des Cantiques : &#034;ATTIREZ-MOI, NOUS COURRONS &#224; l'odeur de vos parfums.&#034; Ct 1,3 O J&#233;sus, il n'est donc m&#234;me pas n&#233;cessaire de dire : &#034;En m'attirant, attirez les &#226;mes que j'aime !&#034; Cette simple parole : &#034;Attirez-moi&#034; suffit. Seigneur, je le comprends, lorsqu'une &#226;me s'est laiss&#233; captiver par l'odeur enivrante de vos parfums, elle ne saurait courir seule, toutes les &#226;mes qu'elle aime sont entra&#238;n&#233;es &#224; sa suite ; cela se fait sans contrainte, sans effort, c'est une cons&#233;quence naturelle de son attraction vers vous. De m&#234;me qu'un torrent, se jetant avec imp&#233;tuosit&#233; dans l'oc&#233;an, entra&#238;ne apr&#232;s lui tout ce qu'il a rencontr&#233; sur son passage, de m&#234;me, &#244; mon J&#233;sus, l'&#226;me qui se plonge dans l'oc&#233;an sans rivages de votre amour, attire avec elle tous les tr&#233;sors qu'elle poss&#232;de&#8230; Seigneur, vous le savez, je n'ai point d'autres tr&#233;sors que les &#226;mes qu'il vous a plu d'unir &#224; la mienne ; ces tr&#233;sors, c'est vous qui me les avez confi&#233;s, aussi j'ose emprunter les paroles que vous avez adress&#233;s au P&#232;re C&#233;leste, le dernier soir qui vous vit encore sur notre terre, voyageur et mortel. J&#233;sus, mon Bien-Aim&#233;, je ne sais pas quand mon exil finira&#8230; plus d'un soir doit me voir encore chanter dans l'exil vos mis&#233;ricordes, Ps 89,2 mais enfin, pour moi aussi viendra, le dernier soir ; alors je voudrais pouvoir vous dire, &#244; mon Dieu :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je vous ai glorifi&#233; sur la terre ; j'ai accompli l'&#339;uvre que vous m'avez donn&#233;e &#224; faire ; j'ai fait conna&#238;tre votre nom &#224; ceux que vous m'avez donn&#233;s ; ils &#233;taient &#224; vous et vous me les avez donn&#233;s. C'est maintenant qu'ils connaissent que tout ce que vous m'avez donn&#233; vient de vous ; car je leur ai communiqu&#233; les paroles que vous m'avez communiqu&#233;es, ils les ont re&#231;ues et ils ont cru que c'est vous qui m'avez envoy&#233;e. Je prie pour ceux que vous m'avez donn&#233; parce qu'ils sont &#224; vous, [34v&#176;] Je ne suis plus dans le monde ; pour eux, ils y sont et moi je retourne &#224; vous. P&#232;re Saint, conservez &#224; cause de votre nom ceux que vous m'avez donn&#233;s. Je vais maintenant &#224; vous, et c'est afin que la joie qui vient de vous soit parfaite en eux, que je dis ceci pendant que je suis dans le monde. Je ne vous prie pas de les &#244;ter du monde, mais de les pr&#233;server du mal. Ils ne sont point du monde, de m&#234;me que moi je ne suis pas du monde non plus. Ce n'est pas seulement pour eux que je prie, mais c'est encore pour ceux qui croiront en vous sur ce qu'ils leur entendront dire. Mon P&#232;re, je souhaite qu'o&#249; je serai, ceux que vous m'avez donn&#233;s y soient avec moi, et que le monde connaisse que vous les avez aim&#233;s comme vous m'avez aim&#233;e moi-m&#234;me. &#187; Jn 17,4-24&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, Seigneur, voil&#224; ce que je voudrais r&#233;p&#233;ter apr&#232;s vous, avant de m'envoler en vos bras. C'est peut-&#234;tre de la t&#233;m&#233;rit&#233; ? Mais non, depuis longtemps vous m'avez permis d'&#234;tre audacieuse avec vous. Comme le p&#232;re de l'enfant prodigue parlant &#224; son fils a&#238;n&#233;, vous m'avez dit : &#034;TOUT ce qui est &#224; moi est &#224; toi.&#034; Lc 15,31 Vos paroles, &#244; J&#233;sus, sont donc &#224; moi et je puis m'en servir pour attirer sur les &#226;mes qui me sont unies les faveurs du P&#232;re C&#233;leste. Mais, Seigneur, lorsque je dis qu'o&#249; je serai, je d&#233;sire que ceux qui m'ont &#233;t&#233; donn&#233;s par vous y soient aussi, je ne pr&#233;tends pas qu'ils ne puissent arriver &#224; une gloire bien plus &#233;lev&#233;e que celle qu'il vous plaira de me donner, je veux demander simplement qu'un jour nous soyons tous r&#233;unis dans votre beau Ciel. Vous le savez, &#244; mon Dieu, je n'ai jamais d&#233;sir&#233; que vous aimer, je n'ambitionne pas d'autre gloire. [35r&#176;] Votre amour m'a pr&#233;venue d&#232;s mon enfance, il a grandi avec moi, et maintenant c'est un ab&#238;me dont je ne puis sonder la profondeur. L'amour attire l'amour, aussi, mon J&#233;sus, le mien s'&#233;lance vers vous, il voudrait combler l'ab&#238;me qui l'attire, mais h&#233;las ! ce n'est pas m&#234;me une goutte de ros&#233;e perdue dans l'oc&#233;an !&#8230; Pour vous aimer comme vous m'aimez, il me faut emprunter votre propre amour, alors seulement je trouve le repos. O mon J&#233;sus, c'est peut-&#234;tre une illusion, mais il me semble que vous ne pouvez combler une &#226;me de plus d'amour que vous n'en avez combl&#233; la mienne ; c'est pour cela que j'ose vous demander d'aimer ceux que vous m'avez donn&#233;s comme vous m'avez aim&#233;e moi-m&#234;me Jn 17,23 Un jour, au Ciel, si je d&#233;couvre que vous les aimez plus que moi, je m'en r&#233;jouirai, reconnaissant d&#232;s maintenant que ces &#226;mes m&#233;ritent votre amour bien plus que la mienne ; mais ici-bas, je ne puis concevoir une plus grande immensit&#233; d'amour que celle qu'il vous a plu de me prodiguer gratuitement sans aucun m&#233;rite de ma part. Rm 3,24&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ma M&#232;re ch&#233;rie, enfin je reviens &#224; vous ; je suis tout &#233;tonn&#233;e de ce que je viens d'&#233;crire, car je n'en avais pas l'intention, puisque c'est &#233;crit il faut que &#231;a reste, mais avant de revenir &#224; l'histoire de mes fr&#232;res, je veux vous dire, ma M&#232;re, que je n'applique pas &#224; eux, mais &#224; mes petites s&#339;urs, les premi&#232;res paroles emprunt&#233;es &#224; l'&#201;vangile : Je leur ai communiqu&#233; les paroles que vous m'avez communiqu&#233;es. Jn 17,8 etc. car je ne me crois pas capable d'instruire des missionnaires, heureusement je ne suis pas encore assez orgueilleuse pour cela ! je n'aurais pas davantage &#233;t&#233; capable [35v&#176;] de donner quelques conseils &#224; mes s&#339;urs, si vous, ma M&#232;re, qui me repr&#233;sentez le bon Dieu, ne m'aviez donn&#233; gr&#226;ce pour cela.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est au contraire &#224; vos chers fils spirituels qui sont mes fr&#232;res que je pensais en &#233;crivant ces paroles de J&#233;sus et celles qui les suivent : &#034; Je ne vous prie pas de les &#244;ter du monde&#8230; je vous prie encore pour ceux qui croiront en vous sur ce qu'ils leur entendront dire. &#034; Jn 17,15-20 Comment, en effet, pourrais-je ne pas prier pour les &#226;mes qu'ils sauveront dans leurs missions lointaines par la souffrance et la pr&#233;dication ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ma M&#232;re, je crois qu'il est n&#233;cessaire que je vous donne encore quelques explications sur le passage du Cantique des cantiques : &#034;Attirez-moi, nous courrons.&#034; Ct 1,3 car ce que j'en ai voulu dire me semble peu compr&#233;hensible. &#034;Personne, a dit J&#233;sus, ne peut venir apr&#232;s moi, si MON P&#200;RE qui m'a envoy&#233; ne l'attire.&#034; Jn 6,44 Ensuite par de sublimes paraboles, et souvent sans m&#234;me user de ce moyen si familier au peuple, Il nous enseigne qu'il suffit de frapper pour qu'on ouvre, de chercher pour trouver et de tendre humblement la main pour recevoir ce que l'on demande&#8230; Il dit encore que tout ce que l'on demande &#224; son P&#232;re en son nom, Il l'accorde. Lc 11,9-13 ; Jn 16,23 C'est pour cela sans doute que l'Esprit Saint, avant la naissance de J&#233;sus, dicta cette pri&#232;re proph&#233;tique : Attirez-moi, nous courrons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'est-ce donc de demander d'&#234;tre Attir&#233;, sinon de s'unir d'une mani&#232;re intime &#224; l'objet qui captive le c&#339;ur ? Si le feu et le fer avaient la raison et que ce dernier disait &#224; l'autre : Attire-moi, ne prouverait-il pas qu'il d&#233;sire s'identifier au feu de mani&#232;re qu'il le p&#233;n&#232;tre et [36r&#176;] l'imbibe de sa br&#251;lante substance et semble ne faire qu'un avec lui. M&#232;re bien-aim&#233;e, voici ma pri&#232;re, je demande &#224; J&#233;sus de m'attirer dans les flammes de son amour, de m'unir si &#233;troitement Lui, qu'Il vive et agisse en moi. Ct 1,2-3 ; Ga 2,20 Je sens que plus le feu de l'amour embrasera mon c&#339;ur, plus je dirai : Attirez-moi, plus aussi les &#226;mes qui s'approcheront de moi (pauvre petit d&#233;bris de fer inutile, si je m'&#233;loignais du brasier divin), plus ces &#226;mes courront avec vitesse &#224; l'odeur des parfums de leur Bien-Aim&#233;, car une &#226;me embras&#233;e d'amour ne peut rester inactive ; sans doute comme Sainte Madeleine elle se tient aux pieds de J&#233;sus, elle &#233;coute sa parole douce et enflamm&#233;e. Paraissant ne rien donner, elle donne bien plus que Marthe qui se tourmente de beaucoup de choses et voudrait que sa s&#339;ur l'imite. Ce ne sont point les travaux de Marthe que J&#233;sus bl&#226;me, ces travaux, sa divine M&#232;re s'y est humblement soumise toute sa vie puisqu'il lui fallait pr&#233;parer les repas de la Sainte Famille. C'est l'inqui&#233;tude seule de son ardente h&#244;tesse qu'il voulait corriger. Lc 10,39-41 Tous les saints l'ont compris et plus particuli&#232;rement peut-&#234;tre ceux qui remplirent l'univers de l'illumination de la doctrine &#233;vang&#233;lique. N'est-ce point dans l'oraison que les Sts Paul, Augustin, Jean de la Croix, Thomas d'Aquin, Fran&#231;ois, Dominique et tant d'autres illustres Amis de Dieu ont puis&#233; cette science Divine qui ravit les plus grands g&#233;nies ? Un Savant a dit : &#034;Donnez-moi un Levier, un point d'appui, et je soul&#232;verai le monde&#034; Ce qu'Archim&#232;de n'a pu obtenir, parce que sa demande ne s'adressait point &#224; Dieu et qu'elle n'&#233;tait faite qu'au point de vue mat&#233;riel, les Saints l'ont obtenu [36v&#176;] dans toute sa pl&#233;nitude. Le Tout-Puissant leur a donn&#233; pour points d'appui : LUI-M&#202;ME et LUI SEUL ; pour levier : L'oraison, qui embrase d'un feu d'amour, et c'est ainsi qu'ils ont soulev&#233; le monde ; c'est ainsi que les Saints encore militants le soul&#232;vent et que, jusqu'&#224; la fin du monde, les Saints &#224; venir le soul&#232;veront aussi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ma M&#232;re ch&#233;rie, maintenant je voudrais vous dire ce que j'entends par l'odeur des parfums du Bien-Aim&#233;. Ct 1,3 Puisque J&#233;sus est remont&#233; au Ciel, je ne puis le suivre qu'aux traces qu'Il a laiss&#233;es, Mc 16,19 mais que ces traces sont lumineuses, qu'elles sont embaum&#233;es ! Je n'ai qu'&#224; jeter les yeux dans le Saint &#201;vangile, aussit&#244;t je respire les parfums de la vie de J&#233;sus et je sais de quel c&#244;t&#233; courir&#8230; Ce n'est pas &#224; la premi&#232;re place, mais &#224; la derni&#232;re que je m'&#233;lance ; au lieu de m'avancer avec le pharisien, Lc 14,10 je r&#233;p&#232;te, remplie de confiance, l'humble pri&#232;re du publicain ; Lc 18,13 mais surtout j'imite la conduite de Madeleine, son &#233;tonnante ou plut&#244;t son amoureuse audace Lc 7,36-38 qui charme le C&#339;ur de J&#233;sus, s&#233;duit le mien. Oui je le sens, quand m&#234;me j'aurais sur la conscience tous les p&#233;ch&#233;s qui se peuvent commettre, j'irais, le c&#339;ur bris&#233; de repentir, me jeter dans les bras de J&#233;sus, car je sais combien Il ch&#233;rit l'enfant prodigue qui revient &#224; Lui Lc 15,20-24 Ce n'est pas parce que le bon Dieu, dans sa pr&#233;venante mis&#233;ricorde, a pr&#233;serv&#233; mon &#226;me du p&#233;ch&#233; mortel que je m'&#233;l&#232;ve &#224; Lui [37r&#176;] par la confiance et l'amour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Copyright Cerf/DDB&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>La table des p&#233;cheurs</title>
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		<dc:subject>Sommaire</dc:subject>

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&lt;p&gt;I - L'&#233;preuve de la foi [4v&#176;] M&#232;re ch&#233;rie, vous le savez bien, le Bon Dieu a daign&#233; faire passer mon &#226;me par bien des genres d'&#233;preuves ; j'ai beaucoup souffert depuis que je suis sur la terre, mais si dans mon enfance j'ai souffert avec tristesse, ce n'est plus ainsi que je souffre maintenant, c'est dans la joie et la paix, je suis v&#233;ritablement heureuse de souffrir. O ma M&#232;re, il faut que vous connaissiez tous les secrets de mon &#226;me pour ne pas sourire en lisant ces lignes, car y a-t-il (&#8230;)&lt;/p&gt;


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;NuitDeLaFoi&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;I - L'&#233;preuve de la foi&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;[4v&#176;] M&#232;re ch&#233;rie, vous le savez bien, le Bon Dieu a daign&#233; faire passer mon &#226;me par bien des genres d'&#233;preuves ; j'ai beaucoup souffert depuis que je suis sur la terre, mais si dans mon enfance j'ai souffert avec tristesse, ce n'est plus ainsi que je souffre maintenant, c'est dans la joie et la paix, je suis v&#233;ritablement heureuse de souffrir. O ma M&#232;re, il faut que vous connaissiez tous les secrets de mon &#226;me pour ne pas sourire en lisant ces lignes, car y a-t-il une &#226;me moins &#233;prouv&#233;e que la mienne si l'on en juge aux apparences ? Ah ! si l'&#233;preuve que je souffre depuis un an apparaissait aux regards, quel &#233;tonnement !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#232;re bien-aim&#233;e, vous la connaissez cette &#233;preuve ; je vais cependant vous en parler encore, car je la consid&#232;re comme une grande gr&#226;ce que j'ai re&#231;ue sous votre Priorat b&#233;ni.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ann&#233;e derni&#232;re, le Bon Dieu m'a accord&#233; la consolation d'observer le je&#251;ne du car&#234;me dans toute sa rigueur ; jamais je ne m'&#233;tais sentie aussi forte, et cette force se maintint jusqu'&#224; P&#226;ques. Cependant le jour du Vendredi saint, J&#233;sus voulut me donner l'espoir d'aller bient&#244;t le voir au Ciel&#8230; Oh ! qu'il m'est doux ce souvenir !&#8230; Apr&#232;s &#234;tre rest&#233;e au Tombeau jusqu'&#224; minuit, je rentrai dans notre cellule, mais &#224; peine avais-je eu le temps de poser ma t&#234;te sur l'oreiller que je sentis comme un flot qui montait, montait en bouillonnant jusqu'&#224; mes l&#232;vres. Je ne savais pas ce que c'&#233;tait, mais je pensais que peut-&#234;tre j'allais mourir et mon &#226;me &#233;tait inond&#233;e [5r&#176;] de joie&#8230; Cependant comme notre lampe &#233;tait souffl&#233;e, je me dis qu'il fallait attendre au matin pour m'assurer de mon bonheur, car il me semblait que c'&#233;tait du sang que j'avais vomi. Le matin ne se fit pas longtemps attendre, en m'&#233;veillant, je pensai tout de suite que j'avais quelque chose de gai &#224; apprendre et en m'approchant de la fen&#234;tre je pus constater que je ne m'&#233;tais pas tromp&#233;e&#8230; Ah ! mon &#226;me fut remplie d'une grande consolation, j'&#233;tais intimement persuad&#233;e que J&#233;sus au jour anniversaire de sa mort voulait me faire entendre un premier appel. C'&#233;tait comme un doux et lointain murmure qui m'annon&#231;ait l'arriv&#233;e de l'Epoux&#8230;&#034; Mt 25,6&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce fut avec une bien grande ferveur que j'assistai &#224; Prime et au chapitre des pardons. J'avais h&#226;te de voir mon tour arriver afin de pouvoir, en vous demandant pardon, vous confier, ma M&#232;re bien-aim&#233;e, mon esp&#233;rance et mon bonheur ; mais j'ajoutai que je ne souffrais pas du tout (ce qui &#233;tait bien vrai) et je vous suppliai, ma M&#232;re, de ne me donner rien de particulier. En effet j'eus la consolation de passer la journ&#233;e du Vendredi Saint comme je le d&#233;sirais. Jamais les aust&#233;rit&#233;s du Carmel ne m'avaient sembl&#233; aussi d&#233;licieuses, l'espoir d'aller au Ciel me transportait d'all&#233;gresse. Le soir de ce bienheureux jour &#233;tant arriv&#233;, l fallut se reposer, mais comme la nuit pr&#233;c&#233;dente, le bon J&#233;sus me donna le m&#234;me signe que mon entr&#233;e dans l'Eternelle vie n'&#233;tait pas &#233;loign&#233;e&#8230; Je jouissais alors d'une foi si vive, si claire, que la pens&#233;e du Ciel faisait tout mon bonheur, je ne pouvais [5v&#176;] croire qu'il y e&#251;t des impies n'ayant pas la foi. Je croyais qu'ils parlaient contre leur pens&#233;e en niant l'existence du Ciel, du beau Ciel o&#249; Dieu Lui-M&#234;me voudrait &#234;tre leur &#233;ternelle r&#233;compense. Gn 15,1&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aux jours si joyeux du temps pascal, J&#233;sus m'a fait sentir qu'il y a v&#233;ritablement des &#226;mes qui n'ont pas la foi, qui par l'abus des gr&#226;ces perdent ce pr&#233;cieux tr&#233;sor, source des seules joies pures et v&#233;ritables. Il permit que mon &#226;me fut envahie par les plus &#233;paisses t&#233;n&#232;bres 43 et que la pens&#233;e du Ciel si douce pour moi ne soit plus qu'un sujet de combat et de tourment&#8230; Cette &#233;preuve ne devait pas durer quelques jours, quelques semaines, elle devait ne s'&#233;teindre qu'&#224; l'heure marqu&#233;e par le Bon Dieu et&#8230; cette heure n'est pas encore venue&#8230; Je voudrais pouvoir exprimer ce que je sens, mais h&#233;las ! je crois que c'est impossible. Il faut avoir voyag&#233; sous ce sombre tunnel pour en comprendre l'obscurit&#233;. Je vais cependant essayer de l'expliquer par une comparaison.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suppose que je suis n&#233;e dans un pays environn&#233; d'un &#233;pais brouillard, jamais je n'ai contempl&#233; le riant aspect de la nature, inond&#233;e, transfigur&#233;e par le brillant soleil ; d&#232;s mon enfance il est vrai, j'entends parler de ces merveilles, je sais que le pays o&#249; je suis n'est pas ma patrie, qu'il en est un autre vers lequel je dois sans cesse aspirer. He 11,13-16 Ce n'est pas une histoire invent&#233;e par un habitant du triste pays o&#249; je suis, c'est une r&#233;alit&#233; certaine car le Roi de la patrie au brillant soleil est venu vivre trente-trois ans [6r&#176;] dans le pays des t&#233;n&#232;bres ; Jn 1,5 ; Jn 1,9-10 h&#233;las ! les t&#233;n&#232;bres n'ont point compris que ce Divin Roi &#233;tait la lumi&#232;re du monde&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais Seigneur, votre enfant l'a comprise votre divine lumi&#232;re, elle vous demande pardon pour ses fr&#232;res, elle accepte de manger aussi longtemps que vous le voudrez le pain de la douleur Ps 127,2 et ne veut point se lever de cette table remplie d'amertume o&#249; mangent les pauvres p&#233;cheurs avant le jour que vous avez marqu&#233;&#8230; Mais aussi ne peut-elle pas dire en son nom, au nom de ses fr&#232;res : Ayez piti&#233; de nous Seigneur, car nous sommes de pauvres p&#233;cheurs !&#8230; Mt 9,10-11 Lc 18,13 Oh ! Seigneur, renvoyez-nous justifi&#233;s&#8230; Que tous ceux qui ne sont point &#233;clair&#233;s du lumineux flambeau de la Foi le voient luire enfin&#8230; &#244; J&#233;sus, s'il faut que la table souill&#233;e par eux soit purifi&#233;e par une &#226;me qui vous aime, je veux bien y manger seule le pain de l'&#233;preuve jusqu'&#224; ce qu'il vous plaise de m'introduire dans votre lumineux royaume. la seule gr&#226;ce que je vous demande c'est de ne jamais vous offenser !&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ma M&#232;re bien-aim&#233;e, ce que je vous &#233;cris n'a pas de suite ; ma petite histoire qui ressemblait &#224; un conte de f&#233;e s'est tout &#224; coup chang&#233;e en pri&#232;re, je ne sais pas quel int&#233;r&#234;t vous pourrez trouver &#224; lire toutes ces pens&#233;es confuses et mal exprim&#233;es, enfin ma M&#232;re, je n'&#233;cris pas pour faire une &#339;uvre litt&#233;raire mais par ob&#233;issance, si je vous ennuie, du moins vous verrez que votre enfant a fait preuve de bonne volont&#233;. Je vais donc [6v&#176;] sans me d&#233;courager continuer ma petite comparaison, au point o&#249; je l'avais laiss&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je disais que la certitude d'aller un jour loin du pays triste et t&#233;n&#233;breux m'avait &#233;t&#233; donn&#233;e d&#232;s mon enfance ; non seulement je croyais d'apr&#232;s ce que j'entendais dire aux personnes plus savantes que moi, mais encore je sentais au fond de mon c&#339;ur des aspirations vers une r&#233;gion plus belle. De m&#234;me que le g&#233;nie de Christophe Colomb lui fit pressentir qu'il existait un nouveau monde, alors que personne n'y avait song&#233;, ainsi je sentais qu'une autre terre me servirait un jour de demeure stable. He 13,14 Mais tout &#224; coup les brouillards qui m'environnent deviennent plus &#233;pais, ils p&#233;n&#232;trent dans mon &#226;me et l'enveloppent de telle sorte qu'il ne m'est plus possible de retrouver en elle l'image si douce de ma Patrie, tout a disparu ! Lorsque je veux reposer mon c&#339;ur fatigu&#233; des t&#233;n&#232;bres qui l'entourent, par le souvenir du pays lumineux vers lequel j'aspire, mon tourment redouble ; il me semble que les t&#233;n&#232;bres, empruntant la voix des p&#233;cheurs, me disent en se moquant de moi : &#171; Tu r&#234;ves la lumi&#232;re, une patrie embaum&#233;e des plus suaves parfums, tu r&#234;ves la possession &#233;ternelle du Cr&#233;ateur de toutes ces merveilles, tu crois sortir un jour des brouillards qui t'environnent ! Avance, avance, r&#233;jouis-toi de la mort qui te donnera, non ce que tu esp&#232;res, mais une nuit plus profonde encore, la nuit du n&#233;ant. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[7r&#176;] M&#232;re bien-aim&#233;e, l'image que j'ai voulu vous donner des t&#233;n&#232;bres qui obscurcissent mon &#226;me est aussi imparfaite qu'une &#233;bauche compar&#233;e au mod&#232;le ; cependant je ne veux pas en &#233;crire plus long, je craindrais de blasph&#233;mer&#8230; j'ai peur m&#234;me d'en avoir trop dit&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ah ! que J&#233;sus me pardonne si je Lui ai fait de la peine, mais Il sait bien que tout en n'ayant pas la jouissance de la Foi, je t&#226;che au moins d'en faire les &#339;uvres. Je crois avoir fait plus d'actes de foi depuis un an que pendant toute ma vie. A chaque nouvelle occasion de combat, lorsque mon ennemi vient me provoquer, je me conduis en brave, sachant que c'est une l&#226;chet&#233; de se battre en duel, je tourne le dos &#224; mon adversaire sans daigner le regarder en face ; mais je cours vers mon J&#233;sus, je Lui dis &#234;tre pr&#234;te &#224; verser jusqu'&#224; la derni&#232;re goutte de mon sang pour confesser qu'il y a un Ciel. Je Lui dis que je suis heureuse de ne pas jouir de ce beau Ciel sur la terre afin qu'Il l'ouvre pour l'&#233;ternit&#233; aux pauvres incr&#233;dules. Aussi malgr&#233; cette &#233;preuve qui m'enl&#232;ve toute jouissance, je puis cependant m'&#233;crier : &#171; Seigneur vous me comblez de JOIE par TOUT ce que vous faites. &#187; (Ps. XCI) Ps 92,5 Car est-il une joie plus grande que celle de souffrir pour votre amour ? Plus la souffrance est intime, moins elle para&#238;t aux yeux des cr&#233;atures, plus elle vous r&#233;jouit, &#244; mon Dieu ! Mais si par impossible vous-m&#234;me deviez ignorer ma souffrance, je serais encore heureuse de la poss&#233;der si par elle je pouvais emp&#234;cher ou r&#233;parer une seule faute commise contre la Foi&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[7v&#176;] Ma M&#232;re Bien-aim&#233;e, je vous parais peut-&#234;tre exag&#233;rer mon &#233;preuve, en effet si vous jugez d'apr&#232;s les sentiments que j'exprime dans les petites po&#233;sies que j'ai compos&#233;es cette ann&#233;e, je dois vous sembler une &#226;me remplie de consolations et pour laquelle le voile de la foi s'est presque d&#233;chir&#233;, et cependant&#8230; ce n'est plus un voile pour moi, c'est un mur qui s'&#233;l&#232;ve jusqu'aux cieux et couvre le firmament &#233;toil&#233;&#8230; Lorsque je chante le bonheur du Ciel, l'&#233;ternelle possession de Dieu, je n'en ressens aucune joie, car je chante simplement ce que JE VEUX CROIRE. Parfois il est vrai, un tout petit rayon de soleil vient illuminer mes t&#233;n&#232;bres, alors l'&#233;preuve cesse un instant, mais ensuite le souvenir de ce rayon au lieu de me causer de la joie rend mes t&#233;n&#232;bres plus &#233;paisses encore.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;O ma M&#232;re, jamais je n'ai si bien senti combien le Seigneur est doux et mis&#233;ricordieux, Ps 103,6 il ne m'a envoy&#233; cette &#233;preuve qu'au moment o&#249; j'ai eu la force de la supporter, plus t&#244;t je crois bien qu'elle m'aurait plong&#233;e dans le d&#233;couragement&#8230; Maintenant elle enl&#232;ve tout ce qui aurait pu se trouver de satisfaction naturelle dans le d&#233;sir que j'avais du Ciel&#8230; M&#232;re bien-aim&#233;e, il me semble maintenant que rien ne m'emp&#234;che de m'envoler, car je n'ai plus de grands d&#233;sirs si ce n'est celui d'aimer jusqu'&#224; mourir d'amour&#8230; (9 Juin)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;Tuberculose&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;II - L'&#233;preuve de la maladie&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;[8r&#176;] Ma M&#232;re ch&#233;rie, je suis tout &#233;tonn&#233;e en voyant ce que je vous ai &#233;crit hier, quel griffonnage !.., ma main tremblait de telle sorte qu'il m'a &#233;t&#233; impossible de continuer et maintenant je regrette m&#234;me d'avoir essay&#233; d'&#233;crire, j'esp&#232;re qu'aujourd'hui je vais le faire plus lisiblement, car je ne suis plus dans le dodo mais dans un joli petit fauteuil tout blanc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;O ma M&#232;re, je sens bien que tout ce que je vous dis n'a pas de suite, mais je sens aussi le besoin avant de vous parler du pass&#233; de vous dire mes sentiments pr&#233;sents, plus tard peut-&#234;tre en aurai-je perdu le souvenir. Je veux d'abord vous dire combien je suis touch&#233;e de toutes vos d&#233;licatesses maternelles, ah ! croyez-le, ma M&#232;re bien-aim&#233;e, le c&#339;ur de votre enfant est rempli de reconnaissance, jamais il n'oubliera tout ce qu'il vous doit&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ma M&#232;re, ce qui me touche par-dessus tout, c'est la neuvaine que vous faites &#224; Notre Dame des Victoires ce sont les messes que vous faites dire pour obtenir ma gu&#233;rison. Je sens que tous ces tr&#233;sors spirituels font un grand bien &#224; mon &#226;me ; au commencement de la neuvaine, je vous disais, ma M&#232;re, qu'il fallait que la Saint Vierge me gu&#233;risse ou bien qu'elle m'emporte dans les Cieux, car je trouvais cela bien triste pour vous et la communaut&#233; d'avoir la charge d'une jeune religieuse malade ; maintenant je veux bien &#234;tre malade toute ma vie si cela fait plaisir au bon Dieu et je consens m&#234;me &#224; ce que ma vie soit tr&#232;s longue. La seule [8v&#176;] gr&#226;ce que je d&#233;sire, c'est qu'elle soit bris&#233;e par l'amour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oh ! non, je ne crains pas une longue vie, je ne refuse pas le combat car le Seigneur est la roche o&#249; je suis &#233;lev&#233;e, qui dresse mes main an combat et mes doigts &#224; la guerre. Il est mon bouclier, j'esp&#232;re en Lui (Ps. CXLIII) Ps 144,1-2 aussi jamais je n'ai demand&#233; au bon Dieu de mourir jeune, il est vrai que j'ai toujours esp&#233;r&#233; que c'est l&#224; sa volont&#233;. Souvent le Seigneur se contente du d&#233;sir de travailler pour sa gloire et vous savez, ma M&#232;re, que mes d&#233;sirs sont bien grands. Vous savez aussi que J&#233;sus m'a pr&#233;sent&#233; plus d'un calice amer qu'il a &#233;loign&#233; de mes l&#232;vres avant que je le boive, Lc 22,42 mais pas avant de m'en avoir fait savourer l'amertume. M&#232;re bien-aim&#233;e, le Saint roi David avait raison lorsqu'il chantait : Qu'il est bon, qu'il est doux &#224; des fr&#232;res d'habiter ensemble dans une parfaite union. Ps 133,1 C'est vrai, je l'ai senti bien souvent, mais c'est au sein des sacrifices que cette union doit avoir lieu sur la terre. Ce n'est point pour vivre avec mes s&#339;urs que je suis venue au Carmel, c'est uniquement pour r&#233;pondre &#224; l'appel de J&#233;sus ; ah ! je pressentais bien que ce devait &#234;tre un sujet de souffrance continuelle de vivre avec ses s&#339;urs, lorsqu'on ne veut rien accorder &#224; la nature.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment peut-on dire que c'est plus parfait de s'&#233;loigner des siens ?&#8230; A-t-on jamais reproch&#233; &#224; des fr&#232;res de combattre sur le m&#234;me champ de bataille, leur a-t-on reproch&#233; de voler ensemble pour cueillir la palme du martyre ?&#8230; Sans doute, on a jug&#233; [9r&#176;] avec raison qu'ils s'encourageaient mutuellement, mais aussi que le martyre de chacun devenait celui de tous. Ainsi en est-il dans la vie religieuse que les th&#233;ologiens appellent un martyre. En se donnant &#224; Dieu le c&#339;ur ne perd pas sa tendresse naturelle, cette tendresse au contraire grandit en devenant plus pure et plus divine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#232;re bien-aim&#233;e, c'est de cette tendresse que je vous aime, que j'aime mes s&#339;urs ; je suis heureuse de combattre en famille pour la gloire du Roi des Cieux, mais je suis pr&#234;te aussi &#224; voler sur un autre champ de bataille si le Divin G&#233;n&#233;ral m'en exprimait le d&#233;sir. Un commandement ne serait pas n&#233;cessaire mais un regard, un simple signe.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;II - L'&#233;preuve de la s&#233;paration&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Depuis mon entr&#233;e dans l'arche b&#233;nie, j'ai toujours pens&#233; que si J&#233;sus ne m'emportait bien vite au Ciel, le sort de la petite colombe de No&#233; serait le mien ; qu'un jour le Seigneur ouvrirait la fen&#234;tre de l'arche et me dirait de voler bien loin, bien loin, vers des rivages infid&#232;les, portant avec moi la petite branche d'olivier. Gn 8,11-12 Ma M&#232;re, cette pens&#233;e a fait grandir mon &#226;me, elle m'a fait planer plus haut que tout le cr&#233;&#233;. J'ai compris que m&#234;me au Carmel il pouvait encore y avoir des s&#233;parations, qu'au Ciel seulement l'union sera compl&#232;te et &#233;ternelle ; alors j'ai voulu que mon &#226;me habite dans les Cieux, qu'elle ne regarde les choses de la terre que de loin. J'ai accept&#233; non seulement de m'exiler au milieu d'un peuple inconnu, mais ce qui m'&#233;tait bien plus amer, j'ai accept&#233; l'exil [9v&#176;] pour mes s&#339;urs. Jamais je n'oublierai le 2 Ao&#251;t 1896, ce jour-l&#224; qui se trouvait justement celui du d&#233;part des missionnaires, il fut s&#233;rieusement question de celui de M&#232;re Agn&#232;s de J&#233;sus. Ah ! je n'aurais pas voulu faire un mouvement pour l'emp&#234;cher de partir ; je sentais cependant une grande tristesse dans mon c&#339;ur, je trouvais que son &#226;me si sensible, si d&#233;licate n'&#233;tait pas faite pour vivre au milieu d'&#226;mes qui ne sauraient la comprendre, mille autres pens&#233;es se pressaient en foule dans mon esprit et J&#233;sus se taisait, il ne commandait pas &#224; la temp&#234;te&#8230; Mc 4,37-39 Et moi je lui disais : Mon Dieu, pour votre amour j'accepte tout : si vous le voulez, je veux bien souffrir jusqu'&#224; mourir de chagrin. J&#233;sus se contenta de l'acceptation, mais quelques mois apr&#232;s, on parla du d&#233;part de S&#339;ur Genevi&#232;ve et de S&#339;ur Marie de la Trinit&#233; : alors ce fut an autre genre de souffrance, bien intime, bien profonde, je me repr&#233;sentais toutes les &#233;preuves, les d&#233;ceptions qu'elles auraient &#224; souffrir, enfin mon ciel &#233;tait charg&#233; de nuages&#8230; seul le fond de mon c&#339;ur restait dans le calme et la paix.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ma M&#232;re bien-aim&#233;e, votre prudence sut d&#233;couvrir la volont&#233; du Bon Dieu et de sa part vous avez d&#233;fendu &#224; vos novices de penser maintenant &#224; quitter le berceau de leur enfance religieuse ; mais leurs aspirations, vous les compreniez puisque vous-m&#234;me, ma M&#232;re, aviez demand&#233; dans votre jeunesse d'aller &#224; Sa&#239;gon, c'est ainsi que souvent les d&#233;sirs des m&#232;res trouvent un &#233;cho dans l'&#226;me [10r&#176;] de leurs enfants. O ma M&#232;re ch&#233;rie, votre d&#233;sir apostolique trouve en mon &#226;me, vous le savez, un &#233;cho bien fid&#232;le ; laissez-moi vous confier pourquoi j'ai d&#233;sir&#233; et d&#233;sire encore, si la Sainte Vierge me gu&#233;rit, quitter pour une terre &#233;trang&#232;re la d&#233;licieuse oasis o&#249; je vis si heureuse sous votre regard maternel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut, ma M&#232;re, (vous me l'avez dit) pour vivre dans les carmels &#233;trangers, une vocation toute sp&#233;ciale, beaucoup d'&#226;mes s'y croient appel&#233;es sans l'&#234;tre en effet, vous m'avez dit aussi que j'avais cette vocation et que ma sant&#233; seule &#233;tait un obstacle, je sais bien que cet obstacle dispara&#238;trait si le Bon Dieu m'appelait au loin, aussi je vis sans aucune inqui&#233;tude. S'il me fallait un jour quitter mon cher Carmel, ah ! ce ne serait pas sans blessure, J&#233;sus ne m'a pas donn&#233; un c&#339;ur insensible et c'est justement parce qu'il est capable de souffrir que je d&#233;sire qu'il donne &#224; J&#233;sus tout ce qu'il peut donner. Ici, M&#232;re bien-aim&#233;e, je vis sans aucun embarras des soins de la mis&#233;rable terre, je n'ai qu'&#224; remplir la douce et facile mission que vous m'avez confi&#233;e. Ici je suis combl&#233;e de vos pr&#233;venances maternelles, je ne sens pas la pauvret&#233; n'ayant jamais manqu&#233; de rien. Mais surtout, ici je suis aim&#233;e, de vous et de toutes les s&#339;urs, et cette affection m'est bien douce. Voil&#224; pourquoi je r&#234;ve un monast&#232;re o&#249; je serais inconnue, o&#249; j'aurais &#224; souffrir la pauvret&#233;, le manque d'affection, enfin l'exil du c&#339;ur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ah ! ce n'est pas dans l'intention de rendre des services au Carmel qui [10v&#176;] voudrait bien me recevoir, que je quitterais tout ce qui m'est cher ; sans doute, je ferais tout ce qui d&#233;pendrait de moi, mais je connais mon incapacit&#233; et je sais qu'en faisant de mon mieux je n'arriverais pas &#224; bien faire, n'ayant comme je le disais tout &#224; l'heure aucune connaissance des choses de la terre. Mon seul but serait donc d'accomplir la volont&#233; du bon Dieu, de me sacrifier pour Lui de la mani&#232;re qu'il lui plairait. Mt 6,10 Je sens bien que je n'aurais aucune d&#233;ception, car lorsqu'on s'attend &#224; une souffrance pure et sans aucun m&#233;lange, la plus petite joie devient une surprise inesp&#233;r&#233;e ; et puis vous le savez, ma M&#232;re, la souffrance elle-m&#234;me devient la plus grande des joies lorsqu'on la recherche comme le plus pr&#233;cieux des tr&#233;sors. Oh non ! ce n'est pas avec l'intention de jouir du fruit de mes travaux que je voudrais partir, si c'&#233;tait l&#224; mon but je ne sentirais pas cette douce paix qui m'inonde et je souffrirais m&#234;me de ne pouvoir r&#233;aliser ma vocation pour les missions lointaines. Depuis longtemps je ne m'appartiens plus, je suis livr&#233;e totalement &#224; J&#233;sus, Il est donc libre de faire de moi ce qu'il lui plaira. Il m'a donn&#233; l'attrait d'un exil complet, Il m'a fait comprendre toutes les souffrances que j'y rencontrerais, me demandant si je voulais boire ce calice jusqu'&#224; la lie ; Mt 20,21-23 aussit&#244;t j'ai voulu saisir cette coupe que J&#233;sus me pr&#233;sentait, mais Lui, retirant sa main, me fit comprendre que l'acceptation Le contentait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[11r&#176;] O ma M&#232;re, de quelles inqui&#233;tudes on se d&#233;livre en faisant v&#339;u d'ob&#233;issance ! Que les simples religieuses sont heureuses ! Leur unique boussole &#233;tant la volont&#233; des sup&#233;rieurs, elles sont toujours assur&#233;es d'&#234;tre dans le droit chemin, elles n'ont pas &#224; craindre de se tromper m&#234;me s'il leur para&#238;t certain que les sup&#233;rieurs se trompent. Mais lorsqu'on cesse de regarder la boussole infaillible, lorsqu'on s'&#233;carte de la voie qu'elle dit de suivre sous pr&#233;texte de faire la volont&#233; de Dieu qui n'&#233;claire pas bien ceux qui pourtant tiennent sa place, aussit&#244;t l'&#226;me s'&#233;gare dans des chemins arides o&#249; l'eau de la gr&#226;ce leur manque bient&#244;t. M&#232;re bien-aim&#233;e, vous &#234;tes la boussole que J&#233;sus m'a donn&#233;e pour me conduire s&#251;rement au rivage &#233;ternel. Qu'il m'est doux de fixer sur vous mon regard et d'accomplir ensuite la volont&#233; du Seigneur. Depuis qu'Il a permis que je souffre des tentations contre la foi, Il a beaucoup augment&#233; dans mon c&#339;ur l'esprit de foi qui me fait voir en vous, non seulement une M&#232;re qui m'aime et que j'aime, mais surtout qui me fait voir J&#233;sus vivant en votre &#226;me et me communiquant par vous sa volont&#233;. Je sais bien, ma M&#232;re, que vous me traitez en &#226;me faible, en enfant g&#226;t&#233;e, aussi je n'ai pas de mal &#224; porter le fardeau de l'ob&#233;issance, mais il me semble, d'apr&#232;s ce que je sens au fond de mon c&#339;ur, que je ne changerais pas de conduite et que mon amour pour vous ne souffrirait aucune diminution s'il [11v&#176;] vous plaisait de me traiter s&#233;v&#232;rement, car je verrais encore que c'est la volont&#233; de J&#233;sus que vous agissiez ainsi pour le plus grand bien de mon &#226;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Copyright Cerf/DDB&lt;/p&gt;
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		<title>La petite voie</title>
		<link>https://www.carmel.asso.fr/La-petite-voie,108.html</link>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		
		


		<dc:subject>Sommaire</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;I - La petite fleur Ma M&#232;re bien-aim&#233;e, vous m'avez t&#233;moign&#233; le d&#233;sir que j'ach&#232;ve avec vous de Chanter les Mis&#233;ricordes du Seigneur. Ps 89,2 Ce doux chant, je l'avais commenc&#233; avec votre fille ch&#233;rie, Agn&#232;s de J&#233;sus, qui fut la m&#232;re charg&#233;e par le Bon Dieu de me guider aux jours de mon enfance ; c'&#233;tait donc avec elle que je devais chanter les gr&#226;ces accord&#233;es &#224; la petite fleur de la Sainte Vierge, lorsqu'elle &#233;tait au printemps de sa vie, mais c'est avec vous que je dois chanter le (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.carmel.asso.fr/-Manuscrit-C-.html" rel="directory"&gt;Manuscrit C&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.carmel.asso.fr/+-Sommaire-+.html" rel="tag"&gt;Sommaire&lt;/a&gt;

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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;I - La petite fleur&lt;/h2&gt;&lt;div class='spip_document_107 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.carmel.asso.fr/sites/carmel.asso.fr/local/cache-vignettes/L350xH299/manusc7-bb47e.jpg?1782929383' width='350' height='299' alt='' title='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt; &lt;p&gt;Ma M&#232;re bien-aim&#233;e, vous m'avez t&#233;moign&#233; le d&#233;sir que j'ach&#232;ve avec vous de Chanter les Mis&#233;ricordes du Seigneur. Ps 89,2 Ce doux chant, je l'avais commenc&#233; avec votre fille ch&#233;rie, Agn&#232;s de J&#233;sus, qui fut la m&#232;re charg&#233;e par le Bon Dieu de me guider aux jours de mon enfance ; c'&#233;tait donc avec elle que je devais chanter les gr&#226;ces accord&#233;es &#224; la petite fleur de la Sainte Vierge, lorsqu'elle &#233;tait au printemps de sa vie, mais c'est avec vous que je dois chanter le bonheur de cette petite fleurette maintenant que les timides rayons de l'aurore ont fait place aux brillantes ardeurs du midi. Oui c'est avec vous, M&#232;re bien-aim&#233;e, c'est pour r&#233;pondre &#224; votre d&#233;sir que je vais essayer de redire les sentiments de mon &#226;me, ma reconnaissance envers le bon Dieu, envers vous qui me le repr&#233;sentez visiblement ; n'est-ce pas entre vos mains maternelles que je me suis livr&#233;e enti&#232;rement Lui ? O ma m&#232;re, vous souvient-il de ce jour ?&#8230; Oui je sens que votre c&#339;ur ne saurait l'oublier&#8230; Pour moi je dois attendre le beau Ciel, ne trouvant pas ici-bas de paroles capables de traduire ce qui se passa dans mon c&#339;ur en ce jour b&#233;ni.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#232;re bien-aim&#233;e, il est un autre jour o&#249; mon &#226;me s'attacha plus encore &#224; la v&#244;tre si c'est chose possible, ce fut celui o&#249; J&#233;sus vous imposa de nouveau le fardeau de la sup&#233;riorit&#233;. En ce jour, ma M&#232;re ch&#233;rie, vous avez sem&#233; dans les larmes mais au Ciel, vous serez remplie de joie Ps 126,5-6 [1v&#176;] en vous voyant charg&#233;e de gerbes pr&#233;cieuses. O ma M&#232;re, pardonnez ma simplicit&#233; enfantine, je sens que vous me permettez de vous parler sans rechercher ce qu'il est permis &#224; une jeune religieuse de dire &#224; sa Prieure. Peut-&#234;tre ne me tiendrai-je pas toujours dans les bornes prescrites aux inf&#233;rieurs, mais ma M&#232;re, j'ose le dire, c'est votre faute : j'agis avec vous comme une enfant parce que vous n'agissez pas avec moi en Prieure mais en M&#232;re&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ah ! je le sens bien, M&#232;re ch&#233;rie, c'est le Bon Dieu qui me parle toujours par vous. Bien des s&#339;urs pensent que vous m'avez g&#226;t&#233;e, que depuis mon entr&#233;e dans l'arche sainte, Gn 7,13 je n'ai re&#231;u de vous que des caresses et des compliments, cependant il n'en est pas ainsi ; vous verrez, ma M&#232;re, dans le cahier contenant mes souvenirs d'enfance, ce que je pense de l'&#233;ducation forte et maternelle que j'ai re&#231;ue de vous. Du plus profond de mon c&#339;ur je vous remercie de ne m'avoir pas m&#233;nag&#233;e. J&#233;sus savait bien qu'il fallait &#224; sa petite fleur l'eau vivifiante de l'humiliation, elle &#233;tait trop faible pour prendre racine sans ce secours, et c'est par vous, ma M&#232;re, que ce bienfait lui fut dispens&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis un an et demi, J&#233;sus a voulu changer la mani&#232;re de faire pousser sa petite fleur, il la trouvait sans doute assez arros&#233;e, car maintenant c'est le soleil qui la fait grandir, J&#233;sus ne veut plus pour elle que son sourire qu'Il lui donne encore par vous, ma M&#232;re bien-aim&#233;e. Ce doux soleil loin de fl&#233;trir la petite fleur la [2r&#176;] fait pousser merveilleusement, au fond de son calice elle conserve les pr&#233;cieuses gouttes de ros&#233;e qu'elle a re&#231;ues et ces gouttes lui rappellent toujours qu'elle est petite et faible&#8230; Toutes les cr&#233;atures peuvent se pencher vers elle, l'admirer, l'accabler de leurs louanges, je ne sais pourquoi mais cela ne saurait ajouter une seule goutte de fausse joie &#224; la v&#233;ritable joie qu'elle savoure en son c&#339;ur, se voyant ce qu'elle est aux yeux du Bon Dieu : un pauvre petit n&#233;ant, rien de plus&#8230; Je dis ne pas comprendre pourquoi, nais n'est-ce pas parce qu'elle a &#233;t&#233; pr&#233;serv&#233;e de l'eau des louanges tout le temps que son petit calice n'&#233;tait pas assez rempli de la ros&#233;e de l'humiliation ? Maintenant il n'y a plus de danger, au contraire, la petite fleur trouve si d&#233;licieuse la ros&#233;e dont elle est remplie qu'elle se garderait bien de l'&#233;changer pour l'eau si fade des compliments.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne veux pas parler, ma M&#232;re ch&#233;rie, de l'amour et de la confiance que vous me t&#233;moignez, ne croyez pas que le c&#339;ur de votre enfant y soit insensible, seulement je sens bien que je n'ai rien &#224; craindre maintenant, au contraire je puis en jouir, rapportant au Bon Dieu ce qu'Il a bien voulu mettre de bon en moi. S'il lui pla&#238;t de me faire para&#238;tre meilleure que je ne suis, cela ne me regarde pas, Il est libre d'agir comme Il veut&#8230; O ma M&#232;re, que les voies par lesquelles le Seigneur conduit les &#226;mes sont diff&#233;rentes ! Dans la vie des Saints, nous voyons qu'il s'en trouve beaucoup qui n'ont rien voulu laisser d'eux [2v&#176;] apr&#232;s leur mort, pas le moindre souvenir, le moindre &#233;crit. Il en est d'autres au contraire, comme notre M&#232;re Sainte Th&#233;r&#232;se, qui ont enrichi l'&#201;glise de leurs sublimes r&#233;v&#233;lations ne craignant pas de r&#233;v&#233;ler les secrets du Roi, Tb 12,7 afin qu'il soit plus connu, plus aim&#233; des &#226;mes. Lequel de ces deux genres de saints pla&#238;t le mieux au Bon Dieu ? Il me semble, ma M&#232;re, qu'ils lui sont &#233;galement agr&#233;ables, puisque tous ont suivi le mouvement de l'Esprit Saint et que le Seigneur a dit : Dites au Juste que TOUT est bien. Is 3,10 Oui tout est bien, lorsqu'on ne recherche que la volont&#233; de J&#233;sus, C'est pour cela que moi, pauvre petite fleur, j'ob&#233;is &#224; J&#233;sus en essayant de faire plaisir &#224; ma M&#232;re bien-aim&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;Ascenseur&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;II - L'ascenseur&lt;/h2&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;1) Le constat de d&#233;part&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Vous le savez, ma M&#232;re, j'ai toujours d&#233;sir&#233; d'&#234;tre une sainte, mais h&#233;las ! J'ai toujours constat&#233;, lorsque je me suis compar&#233;e aux saints, qu'il y a entre eux et moi la m&#234;me diff&#233;rence qui existe entre une montagne dont le sommet se perd dans les cieux et le grain de sable obscur foul&#233; aux pieds des passants.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;2) Le combat de la foi&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Au lieu de me d&#233;courager, je me suis dit : le Bon Dieu ne saurait inspirer des d&#233;sirs irr&#233;alisables, je puis donc malgr&#233; ma petitesse aspirer &#224; la saintet&#233; ; me grandir, c'est impossible, je dois me supporter telle que je suis avec toutes mes imperfections,&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;3) La recherche&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;mais je veux chercher le moyen d'aller au Ciel par une petite voie bien droite, bien courte, une petite voie toute nouvelle. Nous sommes dans un si&#232;cle d'inventions, maintenant ce n'est plus la peine de gravir les marches d'un escalier, chez les riches un ascenseur le remplace avantageusement. Moi je voudrais aussi trouver un ascenseur pour m'&#233;lever jusqu'&#224; J&#233;sus, car je suis trop petite pour monter le rude escalier de la perfection. Alors j'ai recherch&#233; dans les livres saints l'indication de l'ascenseur, objet de mon d&#233;sir,&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;4) la d&#233;couverte&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;et j'ai lu ces mots sortis de la bouche de la Sagesse &#233;ternelle : Si quelqu'un est tout petit, qu'il vienne &#224; moi (Pv.9,4). Alors je suis venue, devinant que j'avais trouv&#233; ce que je cherchais et voulant savoir, &#244; mon Dieu ! ce que vous feriez au tout petit qui r&#233;pondrait &#224; votre appel, j'ai continu&#233; mes recherches et voici ce que j'ai trouv&#233; : &#171; Comme une m&#232;re caresse son enfant, ainsi je vous consolerai, je vous porterai sur mon sein et je vous balancerai sur mes genoux ! &#187; (Is.66,13.12) Ah ! jamais paroles plus tendres, plus m&#233;lodieuses, ne sont venues r&#233;jouir mon &#226;me, l'ascenseur qui doit m'&#233;lever jusqu'au Ciel, ce sont vos bras, &#244; J&#233;sus ! Pour cela je n'ai pas besoin de grandir, au contraire il faut que je reste petite, que je le devienne de plus en plus.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;III - &#171; Le Tout-Puissant a fait de grandes choses&#8230; &#187;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;O mon Dieu, vous avez d&#233;pass&#233; mon attente et moi je veux chanter vos mis&#233;ricordes. &#171; Vous m'avez instruite d&#232;s ma jeunesse et jusqu'&#224; pr&#233;sent j'ai annonc&#233; vos merveilles, je continuerai de les publier dans l'&#226;ge le plus avanc&#233;. &#187; (Ps.70,17s)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quel sera-t-il pour moi cet &#226;ge avanc&#233; ? Il me semble que ce pourrait &#234;tre maintenant, car 2000 ans ne sont pas plus aux yeux du Seigneur que 20 ans&#8230; qu'un seul jour&#8230;(cf.Ps.89,4) Ah ! ne croyez pas, M&#232;re bien-aim&#233;e, que votre enfant d&#233;sire vous quitter&#8230; ne croyez pas qu'elle estime comme une plus grande gr&#226;ce de mourir &#224; l'aurore plut&#244;t qu'au d&#233;clin du jour. Ce qu'elle estime, ce qu'elle d&#233;sire uniquement, c'est de faire plaisir &#224; J&#233;sus&#8230; Maintenant qu'Il semble s'approcher d'elle pour l'attirer au s&#233;jour de sa gloire, votre enfant se r&#233;jouit. Depuis longtemps elle a compris que le Bon Dieu n'a besoin de personne (encore moins d'elle que des autres) pour faire du bien sur la terre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ma M&#232;re, pardonnez-moi si je vous attriste&#8230; ah ! je voudrais tant vous r&#233;jouir&#8230; mais croyez-vous que si vos pri&#232;res ne sont pas exauc&#233;es sur la terre, si J&#233;sus pour quelques jours s&#233;pare l'enfant de sa M&#232;re, ces pri&#232;res ne le seront pas au Ciel ?&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Votre d&#233;sir est, je le sais, que j'accomplisse pr&#232;s de vous une mission bien douce, bien facile ; cette mission ne pourrai-je pas l'achever du haut des Cieux ?&#8230; Comme J&#233;sus le dit un jour &#224; Saint Pierre, vous avez dit &#224; votre enfant : &#034;Pais mes agneaux&#034; Jn 21,15 et moi je me suis &#233;tonn&#233;e, je vous ai dit &#034;&#234;tre trop petite&#8230;&#034; je vous ai suppli&#233;e de faire vous-m&#234;me pa&#238;tre vos petits agneaux et de me garder, de me faire pa&#238;tre par gr&#226;ce avec eux. Et vous, ma M&#232;re bien-aim&#233;e, r&#233;pondant un peu &#224; mon juste d&#233;sir, vous avez gard&#233; les petits agneaux avec les brebis, mais en me commandant d'aller souvent les faire pa&#238;tre &#224; l'ombre, de leur indiquer les herbes les meilleures et les plus fortifiantes, de bien leur montrer les fleurs brillantes auxquelles ils ne doivent jamais toucher si ce n'est pour les &#233;craser sous leurs pas&#8230; Vous n'avez pas craint, ma M&#232;re ch&#233;rie, que j'&#233;gare vos petits agneaux ; mon inexp&#233;rience, ma [4r&#176;] jeunesse ne vous ont point effray&#233;e, peut-&#234;tre vous &#234;tes vous souvenue que souvent le Seigneur se pla&#238;t &#224; accorder la sagesse aux petits et qu'un jour, transport&#233; de joie, Il a b&#233;ni son P&#232;re d'avoir cach&#233; ses secrets aux prudents et de les avoir r&#233;v&#233;l&#233;s aux plus petits. Lc 10,21 Ma M&#232;re, vous le savez, elles sont bien rares les &#226;mes qui ne mesurent pas la puissance divine &#224; leurs courtes pens&#233;es, on veut bien que partout sur la terre il y ait des exceptions, seul le Bon Dieu n'a pas le droit d'en faire ! Depuis bien longtemps, je le sais, cette mani&#232;re de mesurer l'exp&#233;rience aux ann&#233;es se pratique parmi les humains, car, en son adolescence, le saint roi David chantait au Seigneur : &#034;Je suis JEUNE et m&#233;pris&#233;.&#034; NHA 1016 Ps 119,40 Dans le m&#234;me psaume CXVIII, il ne craint pas de dire cependant : &#034;Je suis devenu plus prudent que les vieillards : parce que j'ai recherch&#233; votre volont&#233;&#8230; Votre parole est la lampe qui &#233;claire mes pas&#8230; Je suis pr&#234;t &#224; accomplir vos ordonnances et je ne suis TROUBLE DE RIEN&#8230;&#034; Ps 119,100-105&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#232;re bien-aim&#233;e, vous n'avez pas craint de me dire un jour que le Bon Dieu illuminait mon &#226;me, qu'Il me donnait m&#234;me l'exp&#233;rience des ann&#233;es&#8230; ma M&#232;re ! je suis trop petite pour avoir de la vanit&#233; maintenant, je suis trop petite encore pour tourner de belles phrases afin de vous faire croire que j'ai beaucoup d'humilit&#233;, j'aime mieux convenir tout simplement que le Tout-Puissant a fait de grandes choses en l'&#226;me de l'enfant de sa divine M&#232;re, Lc 1,49 et la plus grande c'est de lui avoir montr&#233; sa petitesse, son impuissance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Copyright Cerf/DDB&lt;/p&gt;
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	</item>
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		<title>Une course de g&#233;ant (44r&#176;-68v&#176;)</title>
		<link>https://www.carmel.asso.fr/Une-course-de-geant-44ro-68vo.html</link>
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		<dc:subject>Sommaire</dc:subject>

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&lt;p&gt;I - La gr&#226;ce de No&#235;l (44r&#176;-46v&#176;) 1) Les 4 petits anges Lorsque Marie entra au Carmel, j'&#233;tais encore bien scrupuleuse. Ne pouvant plus me confier &#224; elle je me tournai du c&#244;t&#233; des Cieux. Ce fut aux quatre petits anges qui m'avaient pr&#233;c&#233;d&#233;e l&#224;-haut que je m'adressai, car je pensais que ces &#226;mes innocentes n'ayant jamais connu les troubles ni la crainte devaient avoir piti&#233; de leur pauvre petite s&#339;ur qui souffrait sur la terre. Je leur parlai avec une simplicit&#233; d'enfant, leur faisant (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.carmel.asso.fr/-Manuscrit-A-.html" rel="directory"&gt;Manuscrit A&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.carmel.asso.fr/+-Sommaire-+.html" rel="tag"&gt;Sommaire&lt;/a&gt;

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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;GraceDeNoel&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;I - La gr&#226;ce de No&#235;l (44r&#176;-46v&#176;)&lt;/h2&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;1) Les 4 petits anges&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Lorsque Marie entra au Carmel, j'&#233;tais encore bien scrupuleuse. Ne pouvant plus me confier &#224; elle je me tournai du c&#244;t&#233; des Cieux. Ce fut aux quatre petits anges qui m'avaient pr&#233;c&#233;d&#233;e l&#224;-haut que je m'adressai, car je pensais que ces &#226;mes innocentes n'ayant jamais connu les troubles ni la crainte devaient avoir piti&#233; de leur pauvre petite s&#339;ur qui souffrait sur la terre. Je leur parlai avec une simplicit&#233; d'enfant, leur faisant remarquer qu'&#233;tant la derni&#232;re de la famille, j'avais toujours &#233;t&#233; la plus aim&#233;e, la plus combl&#233;e des tendresses de mes s&#339;urs, que s'ils &#233;taient rest&#233;s sur la terre ils m'auraient sans doute aussi donn&#233; des preuves d'affection&#8230; Leur d&#233;part pour le Ciel ne me paraissait pas une raison de m'oublier, au contraire se trouvant &#224; m&#234;me de puiser dans les tr&#233;sors Divins, ils devaient y prendre pour moi la paix et me montrer ainsi qu'au Ciel on sait encore aimer !&#8230; La r&#233;ponse ne se fit pas attendre, bient&#244;t la paix vint inonder mon &#226;me de ses flots d&#233;licieux et j&lt;strong&gt;e compris que si j'&#233;tais aim&#233;e sur la terre, je l'&#233;tais aussi dans le Ciel&lt;/strong&gt;&#8230; Depuis ce moment ma d&#233;votion grandit pour mes petits fr&#232;res et s&#339;urs et j'aime &#224; m'entretenir souvent avec eux, &#224; leur parler des tristesses de l'exil&#8230; de mon d&#233;sir d'aller bient&#244;t les rejoindre dans la Patrie !&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;2) Infantilisme de Th&#233;r&#232;se&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Si le Ciel me comblait de gr&#226;ces, ce n'&#233;tait pas parce que je les m&#233;ritais, j'&#233;tais encore bien imparfaite ; j'avais, il est vrai, un grand d&#233;sir de pratiquer [44v&#176;] la vertu, mais je m'y prenais d'une dr&#244;le de fa&#231;on, en voici un exemple : &#201;tant la derni&#232;re, je n'&#233;tais pas habitu&#233;e &#224; me servir. C&#233;line faisait la chambre o&#249; nous couchions ensemble et moi je ne faisais aucun travail de m&#233;nage ; apr&#232;s l'entr&#233;e de Marie au Carmel, il m'arrivait quelquefois pour faire plaisir au Bon Dieu d'essayer de faire le lit, ou bien d'aller en l'absence de C&#233;line rentrer le soir ses pots de fleurs ; comme je l'ai dit, c'&#233;tait pour le Bon Dieu tout seul que je faisais ces choses, ainsi je n'aurais pas d&#251; attendre le merci des cr&#233;atures. H&#233;las ! il en &#233;tait tout autrement, si C&#233;line avait le malheur de n'avoir pas l'air d'&#234;tre heureuse et surprise de mes petits services, je n'&#233;tais pas contente et le lui prouvais par mes larmes&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'&#233;tais vraiment insupportable par ma trop grande sensibilit&#233; ; ainsi, s'il m'arrivait de faire involontairement une petite peine &#224; une personne que j'aimais, au lieu de prendre le dessus et de ne pas pleurer, ce qui augmentait ma faute au lieu de la diminuer, je pleurais comme une Madeleine et lorsque je commen&#231;ais &#224; me consoler de la chose en elle-m&#234;me, je pleurais d'avoir pleur&#233;&#8230; Tous les raisonnements &#233;taient inutiles et je ne pouvais arriver &#224; me corriger de ce vilain d&#233;faut. Je ne sais comment je me ber&#231;ais de la douce pens&#233;e d'entrer au Carmel, &#233;tant encore dans les langes de l'enfance !&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;3) Interpr&#233;tation de la gr&#226;ce : compl&#232;te conversion&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Il fallut que le Bon Dieu fasse un petit miracle pour me faire grandir en un moment et ce miracle il le fit au jour inoubliable de No&#235;l ; en cette nuit lumineuse qui &#233;claire les d&#233;lices de la Trinit&#233; Sainte, J&#233;sus, le doux petit Enfant d'une heure, changea la nuit de mon &#226;me en torrents de lumi&#232;re&#8230; En cette nuit o&#249; Il se fit faible et souffrant pour mon amour, Il me rendit forte et courageuse, Il me rev&#234;tit de ses armes et depuis cette nuit b&#233;nie, je ne fus vaincue en aucun combat, mais au contraire je marchai de victoires en victoires et commen&#231;ai pour ainsi dire, &#171; une course de g&#233;ant !&#8230; &#187; [45r&#176;] La source de mes larmes fut tarie et ne s'ouvrit depuis que rarement et difficilement ce qui justifia cette parole qui m'avait &#233;t&#233; dite : &#171; Tu pleures tant dans ton enfance que plus tard tu n'auras plus de larmes &#224; verser !&#8230; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce fut le 25 d&#233;cembre 1886 que je re&#231;us la gr&#226;ce de sortir de l'enfance, en un mot la gr&#226;ce de ma compl&#232;te conversion.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;4) Le r&#233;cit&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Nous revenions de la messe de minuit o&#249; j'avais eu le bonheur de recevoir le Dieu fort et puissant. En arrivant aux Buissonnets je me r&#233;jouissais d'aller prendre mes souliers dans la chemin&#233;e, cet antique usage nous avait caus&#233; tant de joie pendant notre enfance que C&#233;line voulait continuer &#224; me traiter comme un b&#233;b&#233; puisque j'&#233;tais la plus petite de la famille&#8230; Papa aimait &#224; voir mon bonheur, &#224; entendre mes cris de joie en tirant chaque surprise des souliers enchant&#233;s, et la ga&#238;t&#233; de mon Roi ch&#233;ri augmentait beaucoup mon bonheur, mais J&#233;sus voulant me montrer que je devais me d&#233;faire des d&#233;fauts de l'enfance m'en retira aussi les innocentes joies ; il permit que Papa, fatigu&#233; de la messe de minuit, &#233;prouv&#226;t de l'ennui en voyant mes souliers dans la chemin&#233;e et qu'il d&#238;t ces paroles qui me perc&#232;rent le c&#339;ur : &#171; Enfin, heureusement que c'est la derni&#232;re ann&#233;e !&#8230; &#187; Je montais alors l'escalier pour aller d&#233;faire mon chapeau, C&#233;line connaissant ma sensibilit&#233; et voyant des larmes briller dans mes yeux eut aussi bien envie d'en verser, car elle m'aimait beaucoup et comprenait mon chagrin : &#171; O Th&#233;r&#232;se ! me dit-elle, ne descends pas, cela te ferait trop de peine de regarder tout de suite dans tes souliers. &#187; Mais Th&#233;r&#232;se n'&#233;tait plus la m&#234;me, J&#233;sus avait chang&#233; son c&#339;ur ! Refoulant mes larmes, je descendis rapidement l'escalier et comprimant les battements de mon c&#339;ur, je pris mes souliers et les posant devant Papa, je tirai joyeusement tous les objets, ayant l'air heureuse comme une reine. Papa riait, il &#233;tait aussi redevenu joyeux et C&#233;line croyait r&#234;ver !&#8230; Heureusement c'&#233;tait une douce r&#233;alit&#233;, la petite Th&#233;r&#232;se avait retrouv&#233; la force d'&#226;me qu'elle avait perdue &#224; 4 ans et demi et c'&#233;tait pour toujours qu'elle devait la conserver !&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;5) Interpr&#233;tation de Th&#233;r&#232;se : fruits apostoliques&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;[45v&#176;] En cette nuit de lumi&#232;re commen&#231;a la troisi&#232;me p&#233;riode de ma vie, la plus belle de toutes, la plus remplie des gr&#226;ces du Ciel&#8230; En un instant l'ouvrage que je n'avais pu faire en 10 ans, J&#233;sus le fit se contentant de ma bonne volont&#233; qui jamais ne me fit d&#233;faut. Comme ses ap&#244;tres, je pouvais Lui dire : &#171; Seigneur, j'ai p&#234;ch&#233; toute la nuit sans rien prendre. &#187; Plus mis&#233;ricordieux encore pour moi qu'Il ne le fut pour ses disciples, J&#233;sus prit Lui-m&#234;me le filet, le jeta et le retira rempli de poissons&#8230; Il fit de moi un p&#234;cheur d'&#226;mes, &lt;strong&gt;je sentis un grand d&#233;sir de travailler &#224; la conversion des p&#233;cheurs&lt;/strong&gt;, d&#233;sir que je n'avais pas senti aussi vivement&#8230; Je sentis en un mot la charit&#233; entrer dans mon c&#339;ur, le besoin de m'oublier pour faire plaisir et depuis lors je fus heureuse !&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un Dimanche en regardant une photographie de Notre Seigneur en Croix, je fus frapp&#233;e par le sang qui tombait d'une des ses mains Divines, j'&#233;prouvai une grande peine en pensant que ce sang tombait &#224; terre sans que personne ne s'empresse de le recueillir, et je r&#233;solus de me tenir en esprit au pied de [la] Croix pour recevoir la Divine ros&#233;e qui en d&#233;coulait, comprenant qu'il me faudrait ensuite la r&#233;pandre sur les &#226;mes&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le cri de J&#233;sus sur la Croix retentissait aussi continuellement dans mon c&#339;ur : &#171; J'ai soif ! &#187; Ces paroles allumaient en moi une ardeur inconnue et tr&#232;s vive&#8230; Je voulais donner &#224; boire &#224; mon Bien-Aim&#233; et je me sentais moi-m&#234;me d&#233;vor&#233;e de la soif des &#226;mes&#8230; Ce n'&#233;tait pas encore les &#226;mes de pr&#234;tres qui m'attiraient, mais celles des grands p&#233;cheurs, je br&#251;lais du d&#233;sir de les arracher aux flammes &#233;ternelles&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;Pranzini&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;6) Pranzini&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Afin d'exciter mon z&#232;le le Bon Dieu me montra qu'il avait mes d&#233;sirs pour agr&#233;ables. J'entendis parler d'un grand criminel qui venait d'&#234;tre condamn&#233; &#224; mort pour des crimes horribles, tout portait &#224; croire qu'il mourrait dans l'imp&#233;nitence. Je voulus &#224; tout prix l'emp&#234;cher de tomber en enfer, afin d'y parvenir j'employai tous les moyens imaginables ; sentant que de moi-m&#234;me je ne pouvais rien, j'offris [46r&#176;] au Bon Dieu tous les m&#233;rites infinis de Notre Seigneur, les tr&#233;sors de la Sainte &#201;glise, enfin je priai C&#233;line de faire dire une messe dans mes intentions, n'osant pas la demander moi-m&#234;me dans la crainte d'&#234;tre oblig&#233;e d'avouer que c'&#233;tait pour Pranzini, le grand criminel. Je ne voulais pas non plus le dire &#224; C&#233;line, mais elle me fit de si tendres et si pressantes questions que je lui confiai mon secret ; bien loin de se moquer de moi, elle me demanda de m'aider &#224; convertir mon p&#233;cheur, j'acceptai avec reconnaissance, car j'aurais voulu que toutes les cr&#233;atures s'unissent &#224; moi pour implorer la gr&#226;ce du coupable. Je sentais au fond de mon c&#339;ur la certitude que nos d&#233;sirs seraient satisfaits, mais afin de me donner du courage pour continuer &#224; prier pour les p&#233;cheurs, je dis au Bon Dieu que j'&#233;tais bien s&#251;re qu'Il pardonnerait au pauvre malheureux Pranzini, que je le croirais m&#234;me s'il ne se confessait pas et ne donnait aucune marque de repentir, &lt;strong&gt;tant j'avais de confiance en la mis&#233;ricorde infinie de J&#233;sus&lt;/strong&gt;, mais que je lui demandais seulement &#171; un signe &#187; de repentir pour ma simple consolation&#8230; Ma pri&#232;re fut exauc&#233;e &#224; la lettre ! Malgr&#233; la d&#233;fense que Papa nous avait faite de lire aucun journal, je ne croyais pas d&#233;sob&#233;ir en lisant les passages qui parlaient de Pranzini. Le lendemain de son ex&#233;cution je trouve sous ma main le journal : &#171; La Croix &#187;. Je l'ouvre avec empressement et que vois-je ?&#8230; Ah ! mes larmes trahirent mon &#233;motion et je fus oblig&#233;e de me cacher&#8230; Pranzini ne s'&#233;tait pas confess&#233;, il &#233;tait mont&#233; sur l'&#233;chafaud et s'appr&#234;tait &#224; passer la t&#234;te dans le lugubre trou, quand tout &#224; coup, saisi d'une inspiration subite, il se retourne, saisit un Crucifix que lui pr&#233;sentait le pr&#234;tre et baise par trois fois ses plaies sacr&#233;es !&#8230; Puis son &#226;me alla recevoir la sentence mis&#233;ricordieuse de Celui qui d&#233;clare qu'au Ciel il y aura plus de joie pour un seul p&#233;cheur qui fait p&#233;nitence que pour 99 justes qui n'ont pas besoin de p&#233;nitence !&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;7) Interpr&#233;tation de l'&#233;pisode : la vocation de Th&#233;r&#232;se&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;J'avais obtenu &#171; le signe &#187; demand&#233; et ce signe &#233;tait la reproduction fid&#232;le de [46v&#176;] gr&#226;ces que J&#233;sus m'avait faites pour m'attirer &#224; prier pour les p&#233;cheurs. N'&#233;tait-ce pas devant les plaies [de] J&#233;sus, en voyant couler son sang Divin que la soif des &#226;mes &#233;tait entr&#233;e dans mon c&#339;ur ? Je voulais leur donner &#224; boire ce sang immacul&#233; qui devait les purifier de leurs souillures, et les l&#232;vres de &#171; mon premier enfant &#187; all&#232;rent se coller sur les plaies sacr&#233;es !!!&#8230; Quelle r&#233;ponse ineffablement douce !&#8230; Ah ! depuis cette gr&#226;ce unique, mon d&#233;sir de sauver les &#226;mes grandit chaque jour, il me semblait entendre J&#233;sus me dire comme &#224; la samaritaine : &#171; Donne-moi &#224; boire ! &#187; C'&#233;tait un v&#233;ritable &#233;change d'amour ; aux &#226;mes je donnais le sang de J&#233;sus, &#224; J&#233;sus j'offrais ces m&#234;mes &#226;mes rafra&#238;chies par sa ros&#233;e Divine ; ainsi il me semblait le d&#233;salt&#233;rer et plus je lui donnais &#224; boire, plus la soif de ma pauvre petite &#226;me augmentait et c'&#233;tait cette soif ardente qu'Il me donnait comme le plus d&#233;licieux breuvage de son amour&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;II - Le temps de la maturit&#233;&lt;/h2&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;1) La soif de conna&#238;tre&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;En peu de temps le Bon Dieu avait su me faire sortir du cercle &#233;troit o&#249; je tournais ne sachant comment en sortir. En voyant le chemin qu'Il me fit parcourir, ma reconnaissance est grande, mais il faut bien que j'en convienne, si le plus grand pas &#233;tait fait il me restait encore bien des choses &#224; quitter. D&#233;gag&#233; de ses scrupules, de sa sensibilit&#233; excessive, mon esprit se d&#233;veloppa. J'avais toujours aim&#233; le grand, le beau, mais &#224; cette &#233;poque je fus prise d'un d&#233;sir extr&#234;me de savoir. Ne me contentant pas des le&#231;ons et des devoirs que me donnait ma ma&#238;tresse, je m'appliquais seule &#224; des &#233;tudes sp&#233;ciales d'histoire et de science. Les autres &#233;tudes me laissaient indiff&#233;rente, mais ces deux parties attiraient toute mon attention ; aussi, en peu de mois j'acquis plus de connaissances que pendant mes ann&#233;es d'&#233;tudes. Ah ! cela n'&#233;tait bien que vanit&#233; et affliction d'esprit&#8230; Le chapitre de l'Imitation o&#249; il est parl&#233; de sciences me revenait souvent &#224; la pens&#233;e, mais je trouvais le moyen de continuer quand m&#234;me, me disant qu'&#233;tant en &#226;ge d'&#233;tudier, il n'y avait pas [47r&#176;] de mal &#224; le faire. Je ne crois pas avoir offens&#233; le Bon Dieu (bien que je reconnaisse avoir pass&#233; l&#224; un temps inutile) car je n'y employais qu'un certain nombre d'heures que je ne voulais pas d&#233;passer afin de mortifier mon d&#233;sir trop vif de savoir&#8230; J'&#233;tais &#224; l'&#226;ge le plus dangereux pour les jeunes filles, mais le bon Dieu a fait pour moi ce que rapporte Ez&#233;chiel dans ses proph&#233;ties : &#171; Passant aupr&#232;s de moi, J&#233;sus a vu que le temps &#233;tait venu pour moi d'&#234;tre aim&#233;e, Il a fait alliance avec moi et je suis devenue sienne&#8230; Il a &#233;tendu sur moi son manteau, il m'a lav&#233;e dans les parfums pr&#233;cieux, m'a rev&#234;tue de robes brod&#233;es, me donnant des colliers et des parures sans prix&#8230; Il m'a nourrie de la plus pure farine, de miel et d'huile en abondance&#8230; alors je suis devenue belle &#224; ses yeux et Il a fait de moi une puissante reine !&#8230; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui J&#233;sus a fait tout cela pour moi, je pourrais reprendre chaque mot que je viens d'&#233;crire et prouver qu'il s'est r&#233;alis&#233; en ma faveur, mais les gr&#226;ces que j'ai rapport&#233;es plus haut en sont une preuve suffisante, je vais seulement parler de (la) nourriture qu'Il m'a prodigu&#233;e &#034;en abondance.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;AbbeArminjon&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;2) Les nourritures spirituelles&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Depuis longtemps je me nourrissais de &#171; la pure farine &#187; contenue dans l'Imitation, c'&#233;tait le seul livre qui me fit du bien, car je n'avais pas encore trouv&#233; les tr&#233;sors cach&#233;s dans l'Evangile. Is 45,3 Je savais par c&#339;ur presque tous les chapitres de ma ch&#232;re Imitation, ce petit livre ne me quittait jamais ; en &#233;t&#233;, je le portais dans ma poche, en hiver, dans mon manchon, aussi &#233;tait-il devenu traditionnel ; chez ma Tante on s'en amusait beaucoup et l'ouvrant au hasard, on me faisait r&#233;citer le chapitre qui se trouvait devant les yeux. A quatorze ans, avec mon d&#233;sir de science, le Bon Dieu trouva qu'il &#233;tait n&#233;cessaire de joindre &#171; &#224; la pure farine &#187; du &#171; miel et de l'huile en abondance. &#187; Ce miel et cette huile, il me les fit trouver dans les conf&#233;rences de Monsieur l'abb&#233; Arminjon, sur la fin du monde pr&#233;sent et les myst&#232;res de la vie future. Ce livre avait &#233;t&#233; pr&#234;t&#233; &#224; Papa par mes ch&#232;res carm&#233;lites, aussi contrairement &#224; mon [47v&#176;] habitude (car je ne lisais pas les livres de papa) je demandai &#224; le lire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette lecture fut encore une des plus grandes gr&#226;ces de ma vie, je la fis &#224; la fen&#234;tre de ma chambre d'&#233;tude, et l'impression que j'en ressens est trop intime et trop douce pour que je puisse la rendre&#8230; Toutes les grandes v&#233;rit&#233;s de la religion, les myst&#232;res de l'&#233;ternit&#233;, plongeaient mon &#226;me dans un bonheur qui n'&#233;tait pas de la terre&#8230; 1Co 2,9 Je pressentais d&#233;j&#224; ce que Dieu r&#233;serve &#224; ceux qui l'aiment (non pas avec l'&#339;il de l'homme mais avec celui du c&#339;ur) et voyant que les r&#233;compenses &#233;ternelles n'avaient nulle proportion avec les l&#233;gers sacrifices de la vie &lt;strong&gt;je voulais aimer, aimer J&#233;sus avec passion&lt;/strong&gt;, lui donner mille marques d'amour pendant que je le pouvais encore&#8230; Gn 15,1 Je copiai plusieurs passages sur le parfait amour et sur la r&#233;ception que le Bon Dieu doit faire &#224; ses &#233;lus au moment o&#249; Lui-m&#234;me deviendra leur grande et &#233;ternelle r&#233;compense, je redisais sans cesse les paroles d'amour qui avaient embras&#233; mon c&#339;ur&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;3) C&#233;line, une confidente intime&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;C&#233;line &#233;tait devenue la confidente intime de mes pens&#233;es ; depuis No&#235;l nous pouvions nous comprendre, la distance d'&#226;ge n'existait plus puisque j'&#233;tais devenue grande en taille et surtout en gr&#226;ce&#8230; Avant cette &#233;poque je me plaignais souvent de ne point savoir les secrets de C&#233;line, elle me disait que j'&#233;tais trop petite, qu'il me faudrait grandir &#171; de la hauteur d'un tabouret &#187; afin qu'elle puisse avoir confiance en moi&#8230; J'aimais &#224; monter sur ce pr&#233;cieux tabouret lorsque j'&#233;tais &#224; c&#244;t&#233; d'elle et je lui disais de me parler intimement, mais mon industrie &#233;tait inutile, une distance nous s&#233;parait encore&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J&#233;sus qui voulait nous faire avancer ensemble, forma dans nos c&#339;urs des liens plus forts que ceux du sang. Il nous fit devenir s&#339;urs d'&#226;mes, en nous se r&#233;alis&#232;rent ces paroles du Cantique de Saint Jean de la Croix (parlant &#224; l'Epoux, l'&#233;pouse s'&#233;crie) : &#171; En suivant vos traces, les jeunes filles parcourent l&#233;g&#232;rement le chemin, l'attouchement de [48r&#176;] l'&#233;tincelle, le vin &#233;pic&#233; leur font produire des aspirations divinement embaum&#233;es. &#187; Oui, c'&#233;tait bien l&#233;g&#232;rement que nous suivions les traces de J&#233;sus ; les &#233;tincelles d'amour qu'il semait &#224; pleines mains dans nos &#226;mes, le vin d&#233;licieux et fort qu'Il nous donnait &#224; boire faisait dispara&#238;tre &#224; nos yeux les choses passag&#232;res et de nos l&#232;vres sortaient des aspirations d'amour inspir&#233;es par Lui. Qu'elles &#233;taient douces les conversations que nous avions chaque soir dans le belv&#233;d&#232;re ! Le regard plong&#233; dans le lointain, nous consid&#233;rions la blanche lune s'&#233;levant doucement derri&#232;re les grands arbres&#8230; les reflets argent&#233;s qu'elle r&#233;pandait sur la nature endormie&#8230; les brillantes &#233;toiles scintillant dans l'azur profond&#8230; le souffle l&#233;ger de la brise du soir faisant flotter les nuages neigeux, tout &#233;levait nos &#226;mes vers le Ciel, le beau Ciel dont nous ne contemplions encore &#171; que l'envers limpide&#8230; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne sais si je me trompe, mais il me semble que l'&#233;panchement de nos &#226;mes ressemblait &#224; celui de Sainte Monique avec son fils lorsqu'au port d'Ostie ils restaient perdus dans l'extase &#224; la vue des merveilles du Cr&#233;ateur&#8230; Il me semble que nous recevions des gr&#226;ces d'un ordre aussi &#233;lev&#233; que celles accord&#233;es aux grands saints. Comme dit l'Imitation, le Bon Dieu se communique parfois au milieu d'une vive splendeur ou bien &#171; doucement voil&#233; sous des ombres et des figures, &#187; c'&#233;tait de cette mani&#232;re qu'Il daignait se manifester &#224; nos &#226;mes, mais qu'il &#233;tait transparent et l&#233;ger le voile qui d&#233;robait J&#233;sus &#224; nos regards !&#8230; Le doute n'&#233;tait pas possible, d&#233;j&#224; la Foi et l'Esp&#233;rance n'&#233;taient plus n&#233;cessaires, l'amour nous faisait trouver sur la terre Celui que nous cherchions. &#171; L'ayant trouv&#233; seul, il nous avait donn&#233; son baiser, afin qu'&#224; l'avenir personne ne puisse nous m&#233;priser. &#187; Ct 8,1&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;4) La communion eucharistique&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Des gr&#226;ces aussi grandes ne devaient pas rester sans fruits, aussi furent-ils abondants, la pratique de la vertu nous devint douce et naturelle ; au commencement mon visage trahissait souvent le combat, mais peu &#224; peu cette impression disparut et le renoncement me devint facile m&#234;me au premier instant. J&#233;sus l'a dit : &#171; A [48v&#176;] celui qui poss&#232;de, on donnera encore et il sera dans l'abondance. &#187; Mt 3,12 ; Mt 25,29 Pour une gr&#226;ce fid&#232;lement re&#231;ue, Il m'en accordait une multitude d'autres&#8230; Il se donnait Lui-m&#234;me &#224; moi dans la Sainte Communion plus souvent que je n'aurais os&#233; l'esp&#233;rer. J'avais pris pour r&#232;gle de conduite de faire, sans en manquer une seule, les communions que mon confesseur me donnerait, mais de le laisser en r&#233;gler le nombre, sans jamais lui en demander. Je n'avais point &#224; cette &#233;poque l'audace que je poss&#232;de maintenant, sans cela j'aurais agi autrement, car je suis bien s&#251;re qu'une &#226;me doit dire &#224; son confesseur l'attrait qu'elle sent &#224; recevoir son Dieu ; Gn 1,26 ce n'est pas pour rester dans le ciboire d'or qu'Il descend chaque jour du Ciel, c'est afin de trouver un autre Ciel qui lui est infiniment plus cher que le premier : le Ciel de notre &#226;me, faite &#224; son image, le temple vivant de l'adorable Trinit&#233; !&#8230; 1Co 3,16&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J&#233;sus qui voyait mon d&#233;sir et la droiture de mon c&#339;ur permit que pendant le mois de mai, mon confesseur me dit de faire la Sainte Communion quatre fois par semaine et ce beau mois pass&#233;, il en ajouta une cinqui&#232;me &#224; chaque fois qu'il se trouverait une f&#234;te. De bien douces larmes coul&#232;rent de mes yeux en sortant du confessionnal ; il me semblait que c'&#233;tait J&#233;sus Lui-m&#234;me qui voulait se donner &#224; moi, car je n'&#233;tais que tr&#232;s peu de temps &#224; confesse jamais je ne disais un mot de mes sentiments int&#233;rieurs, la voie par laquelle je marchais &#233;tait si droite, si lumineuse qu'il ne me fallait pas d'autre guide que J&#233;sus&#8230; Je comparais les directeurs &#224; des miroirs fid&#232;les qui refl&#233;taient J&#233;sus dans les &#226;mes et je disais que pour moi le Bon Dieu ne se servait pas d'interm&#233;diaire mais agissait directement ! &#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsqu'un jardinier entoure de soins un fruit qu'il veut faire m&#251;rir avant la saison, ce n'est jamais pour le laisser suspendu &#224; l'arbre, mais afin de le pr&#233;senter sur une table brillamment servie. C'&#233;tait dans une intention semblable [49r&#176;] que J&#233;sus prodiguait ses gr&#226;ces &#224; sa petite fleurette&#8230; Lui qui s'&#233;criait aux jours de sa vie mortelle dans un transport de joie : &#171; Mon P&#232;re, je vous b&#233;nis de ce que vous avez cach&#233; ces choses aux sages et aux prudents et que vous les avez r&#233;v&#233;l&#233;es aux plus petits, &#187; Lc 10,21 voulait faire &#233;clater en moi sa mis&#233;ricorde ; parce que j'&#233;tais petite et faible il s'abaissait vers moi, il m'instruisait en secret des choses de son amour. Ah ! si des savants ayant pass&#233; leur vie dans l'&#233;tude &#233;taient venus m'interroger, sans doute auraient-ils &#233;t&#233; &#233;tonn&#233;s de voir une enfant de quatorze ans comprendre les secrets de la perfection, secrets que toute leur science ne leur peut d&#233;couvrir, puisque pour les poss&#233;der il faut &#234;tre pauvre d'esprit !&#8230; Mt 5,3&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;III - Le d&#233;sir du Carmel&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Comme le dit Saint Jean de la Croix en son cantique : &#171; Je n'avais ni guide, ni lumi&#232;re, except&#233; celle qui brillait dans mon c&#339;ur, cette lumi&#232;re me guidait plus s&#251;rement que celle du midi au lieu o&#249; m'attendait Celui qui me conna&#238;t parfaitement. &#187; Ce lieu, c'&#233;tait le Carmel ; avant de &#171; me reposer &#224; l'ombre de Celui que je d&#233;sirais, &#187; je devais passer par bien des &#233;preuves, Ct 2,3 mais l'appel Divin &#233;tait si pressant que m'e&#251;t-il fallu traverser les flammes, je l'aurais fait pour &#234;tre fid&#232;le &#224; J&#233;sus&#8230; Pour m'encourager dans ma vocation, je ne trouvai qu'une seule &#226;me, ce fut celle de ma M&#232;re ch&#233;rie&#8230; mon c&#339;ur trouva dans le sien un &#233;cho fid&#232;le et sans elle je ne serais sans doute pas arriv&#233;e au rivage b&#233;ni qui l'avait re&#231;ue depuis cinq ans sur son sol impr&#233;gn&#233; de la ros&#233;e c&#233;leste&#8230; Oui depuis cinq ans j'&#233;tais &#233;loign&#233;e de vous, ma M&#232;re ch&#233;rie, je croyais vous avoir perdue, mais au moment de l'&#233;preuve c'est votre main qui m'indiqua la route qu'il me fallait suivre&#8230; J'avais besoin de ce soulagement, car mes parloirs au Carmel m'&#233;taient devenus de plus en plus p&#233;nibles, je ne pouvais parler de mon d&#233;sir d'entrer sans me sentir repouss&#233;e. Marie trouvant que j'&#233;tais trop jeune, faisait tout son possible pour emp&#234;cher mon entr&#233;e ; vous-m&#234;me, ma M&#232;re, afin de m'&#233;prouver, essayiez quelquefois de ralentir mon ardeur ; [49v&#176;] enfin si je n'avais pas eu vraiment (la) vocation, je me serais arr&#234;t&#233;e d&#232;s le d&#233;but car je rencontrai des obstacles aussit&#244;t que je commen&#231;ai &#224; r&#233;pondre &#224; l'appel de J&#233;sus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne voulus pas dire &#224; C&#233;line mon d&#233;sir d'entrer si jeune au Carmel et cela me fit souffrir davantage car il m'&#233;tait bien difficile de lui cacher quelque chose&#8230; Cette souffrance ne dura pas longtemps, bient&#244;t ma petite S&#339;ur ch&#233;rie apprit ma d&#233;termination et loin d'essayer de me d&#233;tourner, elle accepta avec un courage admirable le sacrifice que le Bon Dieu lui demandait ; pour comprendre combien il fut grand, il faudrait savoir &#224; quel point nous &#233;tions unies&#8230; c'&#233;tait pour ainsi dire la m&#234;me &#226;me qui nous faisait vivre ; depuis peu de mois nous jouissions ensemble de la vie la plus douce que des jeunes filles puissent r&#234;ver ; tout, autour de nous, r&#233;pondait &#224; nos go&#251;ts, la libert&#233; la plus grande nous &#233;tait donn&#233;e, enfin je disais que notre vie &#233;tait sur la terre l'Id&#233;al du bonheur&#8230; A peine avions-nous eu le temps de go&#251;ter cet id&#233;al du bonheur, qu'il fallait s'en d&#233;tourner librement, et ma C&#233;line ch&#233;rie ne se r&#233;volta pas un instant. Ce n'&#233;tait pas elle cependant que J&#233;sus appelait la premi&#232;re, aussi aurait-elle pu se plaindre&#8230; ayant la m&#234;me vocation que moi, c'&#233;tait &#224; elle de partir !&#8230; Mais comme au temps des martyrs, ceux qui restaient dans la prison donnaient joyeusement le baiser de paix &#224; leurs fr&#232;res partant les premiers pour combattre dans l'ar&#232;ne et se consolaient dans la pens&#233;e que peut-&#234;tre ils &#233;taient r&#233;serv&#233;s pour des combats plus grands encore, ainsi C&#233;line laissa-t-elle sa Th&#233;r&#232;se s'&#233;loigner et resta seule pour le glorieux et sanglant combat auquel J&#233;sus la destinait comme la privil&#233;gi&#233;e de son amour !&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;IV - La grande confidence&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;C&#233;line devint donc la confidente de mes luttes et de mes souffrances, elle prit la m&#234;me part que s'il se fut agi de sa propre vocation ; de son c&#244;t&#233; je n'avais pas &#224; craindre d'opposition, mais je ne savais quel moyen prendre pour l'annoncer &#224; Papa&#8230; Comment lui parler de quitter sa reine, lui qui venait de sacrifier ses trois a&#238;n&#233;es ? Ah ! que (de) luttes intimes n'ai-je pas souffertes avant [50r&#176;] de me sentir le courage de parler !&#8230; Cependant il fallait me d&#233;cider, j'allais avoir quatorze ans et demi, six mois seulement nous s&#233;paraient encore de la belle nuit de No&#235;l o&#249; j'avais r&#233;solu d'entrer, &#224; l'heure m&#234;me o&#249; l'ann&#233;e pr&#233;c&#233;dente j'avais re&#231;u &#171; ma gr&#226;ce. &#187; Pour faire ma grande confidence je choisis le jour de la Pentec&#244;te toute la journ&#233;e je suppliai les Saints Ap&#244;tres de prier pour moi, de m'inspirer les paroles que j'allais avoir &#224; dire&#8230; N'&#233;tait-ce pas eux en effet qui devaient aider l'enfant timide que Dieu destinait &#224; devenir l'ap&#244;tre des ap&#244;tres par la pri&#232;re et le sacrifice ?&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce ne fut que l'apr&#232;s-midi en revenant des v&#234;pres que je trouvai l'occasion de parler &#224; mon petit P&#232;re ch&#233;ri ; il &#233;tait all&#233; s'asseoir au bord de la citerne et l&#224;, les mains jointes, il contemplait les merveilles de la nature, le soleil dont les feux avaient perdu leur ardeur dorait le sommet des grands arbres, o&#249; les petits oiseaux chantaient joyeusement leur pri&#232;re du soir. La belle figure de Papa avait une expression c&#233;leste, je sentais que la paix inondait son c&#339;ur ; sans dire un seul mot j'allai m'asseoir &#224; ses c&#244;t&#233;s, les yeux d&#233;j&#224; mouill&#233;s de larmes, il me regarda avec tendresse et prenant ma t&#234;te il I'appuya sur son c&#339;ur, me disant : &#171; Qu'as-tu ma petite reine ?&#8230; confie-moi cela&#8230; &#187; puis se levant comme pour dissimuler sa propre &#233;motion, il marcha lentement, tenant toujours ma t&#234;te sur son c&#339;ur. A travers mes larmes je lui confiai mon d&#233;sir d'entrer au Carmel, alors ses larmes vinrent se m&#234;ler aux miennes, mais il ne dit pas un mot pour me d&#233;tourner de ma vocation, se contentant simplement de me faire remarquer que j'&#233;tais encore bien jeune pour prendre une d&#233;termination aussi grave. Mais je d&#233;fendis si bien ma cause, qu'avec la nature simple et droite de Papa, il fut bient&#244;t convaincu que mon d&#233;sir &#233;tait celui de Dieu lui-m&#234;me et dans sa foi profonde il s'&#233;cria que le Bon Dieu lui faisait un grand honneur de lui demander ainsi ses enfants ; nous continu&#226;mes longtemps notre promenade, mon c&#339;ur soulag&#233; par la bont&#233; avec laquelle mon incomparable P&#232;re avait accueilli ses confidences, [50v&#176;] s'&#233;panchait doucement dans le sien. Papa semblait jouir de cette joie tranquille que donne le sacrifice accompli, il me parla comme un saint et je voudrais me rappeler ses paroles pour les &#233;crire ici, ais je n'en ai conserv&#233; qu'un souvenir trop embaum&#233; pour qu'il puisse se traduire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce dont je me souviens parfaitement ce fut de l'action symbolique que mon Roi ch&#233;ri accomplit sans le savoir. S'approchant d'un mur peu &#233;lev&#233;, il me montra de petites fleurs blanches semblables a des lys en miniature et prenant une de ces fleurs, il me la donna, m'expliquant avec quel soin le Bon Dieu l'avait fait na&#238;tre et l'avait conserv&#233;e jusqu'&#224; ce jour ; en l'entendant parler, je croyais &#233;couter mon histoire tant il y avait de ressemblance entre ce que J&#233;sus avait fait pour la petite fleur et la petite Th&#233;r&#232;se&#8230; Je re&#231;us cette fleurette comme une relique et je vis qu'en voulant la cueillir, Papa avait enlev&#233; toutes ses racines sans les briser, elle semblait destin&#233;e &#224; vivre encore dans une autre terre plus fertile que la mousse tendre o&#249; s'&#233;taient &#233;coul&#233;s ses premiers matins&#8230; C'&#233;tait bien cette m&#234;me action que Papa venait de faire pour moi quelques instants plus t&#244;t, en me permettant de gravir la montagne du Carmel et de quitter la douce vall&#233;e t&#233;moin de mes premiers pas dans la vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je pla&#231;ai ma petite fleur blanche dans mon Imitation, au chapitre intitul&#233; : &#171; Qu'il faut aimer J&#233;sus par-dessus toutes choses, &#187; c'est l&#224; qu'elle est encore, seulement la tige s'est bris&#233;e tout pr&#232;s de la racine et le Bon Dieu semble me dire par l&#224; qu'il brisera bient&#244;t les liens de sa petite fleur Ps 116,16 et ne la laissera pas se faner sur la terre !&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;VI - Une vocation &#233;prouv&#233;e&lt;/h2&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;1) L'oncle Gu&#233;rin&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s avoir obtenu le consentement de Papa, je croyais pouvoir m'envoler sans crainte au Carmel, mais de bien douloureuses &#233;preuves devaient encore &#233;prouver ma vocation. Ce ne fut qu'en tremblant que je confiai &#224; mon oncle la r&#233;solution que j'avais prise. Il me prodigua toutes les marques de tendresse possibles, cependant il ne me donna pas la permission de partir, au contraire il me d&#233;fendit de lui [51r&#176;] parler de ma vocation avant l'&#226;ge de dix-sept ans. C'&#233;tait contraire &#224; la prudence humaine disait-il, de faire entrer au Carmel une enfant de quinze ans, cette vie de carm&#233;lite &#233;tant aux yeux du monde une vie de philosophe, ce serait faire grand tort &#224; la religion de laisser une enfant sans exp&#233;rience l'embrasser&#8230; Tout le monde en parlerait, etc&#8230; etc&#8230; Il dit m&#234;me que pour le d&#233;cider &#224; me laisser partir il faudrait un miracle. Je vis bien que tous les raisonnements seraient inutiles, aussi je me retirai, le c&#339;ur plong&#233; dans l'amertume la plus profonde ; ma seule consolation &#233;tait la pri&#232;re, je suppliais J&#233;sus de faire le miracle demand&#233; puisqu'&#224; ce prix seulement je pourrais r&#233;pondre &#224; son appel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un temps assez long se passa avant que j'ose parler de nouveau &#224; mon oncle ; cela me co&#251;tait extr&#234;mement d'aller chez lui, de son c&#244;t&#233; il paraissait ne plus penser &#224; ma vocation, mais j'ai su plus tard que ma grande tristesse l'influen&#231;a beaucoup en ma faveur. Avant de faire luire sur mon &#226;me un rayon d'esp&#233;rance, le Bon Dieu voulut m'envoyer un martyre bien douloureux qui dura trois jours Oh ! jamais je n'ai si bien compris que pendant cette &#233;preuve, la douleur de la Ste Vierge et de St Joseph cherchant le divin Enfant J&#233;sus&#8230; Lc 2,41-50 J'&#233;tais dans un triste d&#233;sert ou plut&#244;t mon &#226;me &#233;tait semblable au fragile esquif livr&#233; sans pilote &#224; la merci des flots orageux&#8230; Je le sais J&#233;sus &#233;tait l&#224; dormant sur ma nacelle, Mc 4,27-29 mais la nuit &#233;tait si noire qu'il m'&#233;tait impossible de le voir, rien ne m'&#233;clairait, pas m&#234;me un &#233;clair ne venait sillonner les sombres nuages&#8230; Sans doute c'est une bien triste lueur que celle des &#233;clairs, mais au moins, si l'orage avait &#233;clat&#233; ouvertement, j'aurais pu apercevoir un instant J&#233;sus&#8230; c'&#233;tait la nuit, la nuit profonde de l'&#226;me&#8230; comme J&#233;sus au jardin de l'agonie, Lc 22,39-46 je me sentais seule, ne trouvant de consolation ni sur la terre ni du c&#244;t&#233; des Cieux, le Bon Dieu paraissait m'avoir d&#233;laiss&#233;e !&#8230; La nature semblait prendre part &#224; ma tristesse am&#232;re, pendant ces trois jours, le soleil ne fit pas luire un seul de [51v&#176;] ses rayons et la pluie tomba par torrents. &lt;strong&gt;(J'ai remarqu&#233; que dans toutes les circonstances graves de ma vie, la nature &#233;tait l'image de mon &#226;me. Les jours de larmes, le Ciel pleurait avec moi, les jours de joie, le Soleil envoyait &#224; profusion ses gais rayons et l'azur n'&#233;tait obscurci d'aucun nuage&#8230;)&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin le quatri&#232;me jour qui se trouvait &#234;tre un samedi, jour consacr&#233; &#224; la douce Reine des Cieux, j'allai voir mon oncle. Quelle ne fut pas ma surprise en le voyant me regarder et me faire entrer dans son cabinet sans que je lui en eusse t&#233;moign&#233; le d&#233;sir !&#8230; Il commen&#231;a par me faire de doux reproches de ce que je paraissais avoir peur de lui et puis il me dit qu'il n'&#233;tait pas n&#233;cessaire de demander un miracle, qu'il avait seulement pri&#233; le Bon Dieu de lui donner &#171; une simple inclination de c&#339;ur &#187; et qu'il &#233;tait exauc&#233;&#8230; Ah ! je ne fus pas tent&#233;e d'implorer de miracle, car pour moi le miracle &#233;tait accord&#233;, mon oncle n'&#233;tait plus le m&#234;me. Sans faire aucune allusion &#224; &#171; la prudence humaine &#187; il me dit que j'&#233;tais une petite fleur que le Bon Dieu voulait cueillir et qu'il ne s'y opposerait plus !&#8230; Cette r&#233;ponse d&#233;finitive &#233;tait vraiment digne de lui. Pour la troisi&#232;me fois ce Chr&#233;tien d'un autre &#226;ge permettait qu'une des filles adoptives de son c&#339;ur all&#226;t s'ensevelir loin du monde. Ma Tante aussi fut admirable de tendresse et de prudence, je ne me souviens pas que pendant mon &#233;preuve elle m'ait dit un mot qui p&#251;t l'augmenter, je voyais qu'elle avait grand'piti&#233; de sa pauvre petite Th&#233;r&#232;se, aussi lorsque j'eus obtenu le consentement de mon cher Oncle, elle me donna le sien mais non sans me prouver de mille mani&#232;res que mon d&#233;part lui causerait du chagrin&#8230; H&#233;las ! nos chers parents &#233;taient loin de s'attendre alors qu'il leur faudrait renouveler deux fois encore le m&#234;me sacrifice&#8230; Mais en tendant la main pour demander toujours, le Bon Dieu ne la pr&#233;senta pas vide, ses amis les plus chers purent y puiser abondamment la force et le courge qui leur &#233;taient si n&#233;cessaires&#8230; Mais mon c&#339;ur m'emporte bien loin de mon sujet, j'y retourne presque &#224; regret : apr&#232;s la r&#233;ponse de mon Oncle, vous comprenez, ma M&#232;re, avec quelle all&#233;gresse je repris le chemin des Buissonnets, sous &#171; le beau Ciel, dont les nuages s'&#233;taient compl&#232;tement dissip&#233;s !&#8230; &#187; Dans mon &#226;me aussi la nuit avait cess&#233;. J&#233;sus en se r&#233;veillant m'avait rendu la joie, le bruit des vagues s'&#233;tait apais&#233; ; au lieu du vent de l'&#233;preuve une brise l&#233;g&#232;re enflait ma voile et je croyais arriver bient&#244;t sur le rivage b&#233;ni Mc 4,37-39 que j'apercevais tout pr&#232;s de moi. Il &#233;tait en effet bien pr&#232;s de ma nacelle, mais plus d'un orage devait encore s'&#233;lever et lui d&#233;robant la vue de son phare lumineux, lui faire craindre de s'&#234;tre &#233;loign&#233;e sans retour de la plage si ardemment d&#233;sir&#233;e&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;2) Le Sup&#233;rieur du Carmel&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Peu de jours apr&#232;s avoir obtenu le consentement de mon oncle, j'allais vous voir, ma M&#232;re ch&#233;rie, et je vous dis ma joie de ce que toutes mes &#233;preuves &#233;taient pass&#233;es, mais quelle ne fut pas ma surprise et mon chagrin en vous entendant me dire que Monsieur [52r&#176;] le Sup&#233;rieur ne consentait pas &#224; mon entr&#233;e avant l'&#226;ge de vingt-et-un ans&#8230; Personne n'avait pens&#233; &#224; cette opposition, la plus invincible de toutes ; cependant sans perdre courage j'allai moi-m&#234;me avec Papa et C&#233;line chez notre P&#232;re, afin d'essayer de le toucher en lui montrant que j'avais bien la vocation du Carmel. Il nous re&#231;ut tr&#232;s froidement, mon incomparable petit P&#232;re eut beau joindre ses instances aux miennes, rien ne put changer sa disposition. Il me dit qu'il n'y avait pas de p&#233;ril &#224; la demeure, que je pouvais mener une vie de carm&#233;lite &#224; la maison, que si je ne prenais pas la discipline tout ne serait pas perdu&#8230; etc&#8230; etc&#8230; enfin il finit par ajouter qu'il n'&#233;tait que le d&#233;l&#233;gu&#233; de Monseigneur et que s'il voulait me permettre d'entrer au Carmel, lui n'aurait plus rien &#224; dire&#8230; Je sortis tout en larmes du presbyt&#232;re, heureusement j'&#233;tais cach&#233;e par mon parapluie, car la pluie tombait par torrents. Papa ne savait comment me consoler&#8230; il me promit de me conduire &#224; Bayeux aussit&#244;t que j'en t&#233;moignai le d&#233;sir, car j'&#233;tais r&#233;solue d'arriver &#224; mes fins, je dis m&#234;me que j'irais jusqu'au Saint P&#232;re, si Monseigneur ne voulait pas me permettre d'entrer au Carmel &#224; quinze ans&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;3) Exp&#233;riences de la vie&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Bien des &#233;v&#233;nements se pass&#232;rent avant mon voyage &#224; Bayeux &#224; l'ext&#233;rieur ma vie paraissait la m&#234;me, j'&#233;tudiais, je prenais des le&#231;ons de dessin avec C&#233;line et mon habile ma&#238;tresse trouvait en moi beaucoup de dispositions &#224; son art. Surtout je grandissais dans l'amour du Bon Dieu, je sentais en mon c&#339;ur des &#233;lans inconnus jusqu'alors, parfois j'avais de v&#233;ritables transports d'amour. Un soir ne sachant comment dire &#224; J&#233;sus que je l'aimais et combien je d&#233;sirais qu'Il soit partout aim&#233; et glorifi&#233;, je pensais avec douleur qu'il ne pourrait jamais recevoir de l'enfer un seul acte d'amour ; alors je dis au Bon Dieu que pour lui faire plaisir je consentirais bien &#224; m'y voir plong&#233;e, afin qu'il soit aim&#233; &#233;ternellement dans ce lieu de blasph&#232;me&#8230; Je savais que cela ne pouvait pas le glorifier, puisqu'Il ne d&#233;sire que notre bonheur, mais quand on [52v&#176;] aime, on &#233;prouve le besoin de dire mille folies ; si je parlais de la sorte, ce n'&#233;tait pas que le Ciel n'excit&#226;t mon envie, mais alors mon Ciel &#224; moi n'&#233;tait autre que l'Amour et je sentais comme Saint Paul que rien ne pourrait me d&#233;tacher de l'objet divin qui m'avait ravie !&#8230; Rm 8,35-39&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant de quitter le monde, le Bon Dieu me donna la consolation de contempler de pr&#232;s des &#226;mes d'enfants ; &#233;tant la plus petite de la famille, je n'avais jamais eu ce bonheur, voici les tristes circonstances qui me le procur&#232;rent : Une pauvre femme, parente de notre bonne, mourut &#224; la fleur de l'&#226;ge laissant trois enfants tout petits ; pendant sa maladie nous pr&#238;mes &#224; la maison les deux petites filles dont l'a&#238;n&#233;e n'avait pas six ans, je m'en occupais toute la journ&#233;e et c'&#233;tait un grand plaisir pour moi de voir avec quelle candeur elles croyaient tout ce que je leur disais. Il faut que le saint Bapt&#234;me d&#233;pose dans les &#226;mes un germe bien profond des vertus th&#233;ologales puisque d&#232;s l'enfance elles se montrent d&#233;j&#224; et que l'esp&#233;rance de biens futurs suffit pour faire accepter des sacrifices. Lorsque je voulais voir mes deux petites filles bien conciliantes l'une pour l'autre, au lieu de promettre des jouets et des bonbons &#224; celle qui c&#233;derait &#224; sa s&#339;ur, je leur parlais des r&#233;compenses &#233;ternelles que le petit J&#233;sus donnerait dans le Ciel aux petits enfants sages ; l'a&#238;n&#233;e, dont la raison commen&#231;ait &#224; se d&#233;velopper, me regardait avec des yeux brillants de joie, me faisait mille questions charmantes sur le petit J&#233;sus et son beau Ciel et me promettait avec enthousiasme de toujours c&#233;der &#224; sa s&#339;ur ; elle disait que jamais de sa vie elle n'oublierait ce que lui avait dit &#171; la grande demoiselle, &#187; car c'est ainsi qu'elle m'appelait&#8230; En voyant de pr&#232;s ces &#226;mes innocentes, j'ai compris quel malheur c'&#233;tait de ne pas bien les former d&#232;s leur &#233;veil, alors qu'elles ressemblent &#224; une cire molle sur laquelle on peut d&#233;poser l'empreinte des vertus mais aussi celle du mal&#8230; j'ai compris ce qu'a dit J&#233;sus en l'Evangile : &#171; Qu'il vaudrait mieux &#234;tre jet&#233; &#224; la mer que de scandaliser un seul de ces petits enfants. &#187; Mt 18,6 [53r&#176;]&lt;strong&gt; Ah ! que d'&#226;mes arriveraient &#224; la saintet&#233;, si elles &#233;taient bien dirig&#233;es !&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je le sais, le Bon Dieu n'a besoin de personne pour faire son &#339;uvre, mais de m&#234;me qu'Il permet &#224; un habile jardinier d'&#233;lever des plantes rares et d&#233;licates et qu'il lui donne pour cela la science n&#233;cessaire, se r&#233;servant pour Lui-m&#234;me le soin de f&#233;conder, ainsi J&#233;sus veut &#234;tre aid&#233; dans sa Divine culture des &#226;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'arriverait-il si un jardinier maladroit ne greffait pas bien ses arbustes ? s'il ne savait pas reconna&#238;tre la nature de chacun et voulait faire &#233;clore des roses sur un p&#234;cher ?&#8230; Il ferait mourir l'arbre qui cependant &#233;tait bon et capable de produire des fruits. C'est ainsi qu'il faut savoir reconna&#238;tre d&#232;s l'enfance ce que le Bon Dieu demande aux &#226;mes et seconder l'action de sa gr&#226;ce, sans jamais la devancer ni la ralentir. Comme les petits oiseaux apprennent a chanter en &#233;coutant leurs parents, de m&#234;me les enfants apprennent la science des vertus, le chant sublime de l'Amour Divin, aupr&#232;s des &#226;mes charg&#233;es de les former &#224; la vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me souviens que parmi mes oiseaux, j'avais un serin qui chantait &#224; ravir, j'avais aussi un petit linot auquel je prodiguais mes soins &#171; maternels, &#187; l'ayant adopt&#233; avant qu'il ait pu jouir du bonheur de sa libert&#233;. Ce pauvre petit prisonnier n'avait pas de parents pour lui apprendre chanter, mais entendant du matin au soir son compagnon le serin faire de joyeuses roulades, il voulut l'imiter&#8230; Cette entreprise &#233;tait difficile pour un linot, aussi sa douce voix eut-elle bien de la peine &#224; s'accorder avec la voix vibrante de son ma&#238;tre en musique. C'&#233;tait charmant de voir les efforts du pauvre petit, mais ils furent enfin couronn&#233;s de succ&#232;s, car son chant tout en conservant une bien plus grande douceur fut absolument le m&#234;me que celui du serin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[53v&#176;] O ma M&#232;re ch&#233;rie ! c'est vous qui m'avez appris &#224; chanter&#8230; c'est votre voix qui m'a charm&#233;e d&#232;s l'enfance, et maintenant j'ai la consolation d'entendre dire que je vous ressemble !&#8230; Je sais combien j'en suis encore loin, mais j'esp&#232;re malgr&#233; ma faiblesse redire &#233;ternellement le m&#234;me cantique que vous !&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;4) Le voyage &#224; Bayeux&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Avant mon entr&#233;e au Carmel, je fis encore bien des exp&#233;riences sur la vie et les mis&#232;res du monde, mais ces d&#233;tails m'entra&#238;neraient trop loin, je vais reprendre le r&#233;cit de ma vocation. Le 31 octobre fut le jour fix&#233; pour mon voyage &#224; Bayeux. Je partis seule avec Papa, le c&#339;ur rempli d'esp&#233;rance, mais aussi bien &#233;mue par la pens&#233;e de me pr&#233;senter &#224; l'&#233;v&#234;ch&#233;. Pour la premi&#232;re fois de ma vie, je devais aller faire une visite sans &#234;tre accompagn&#233;e de mes s&#339;urs et cette visite &#233;tait &#224; un Ev&#234;que ! Moi qui n'avais jamais besoin de parler que pour r&#233;pondre aux questions que l'on m'adressait, je devais expliquer moi-m&#234;me le but de ma visite, d&#233;velopper les raisons qui me faisaient solliciter l'entr&#233;e au Carmel, en un mot je devais montrer la solidit&#233; de ma vocation. Ah ! qu'il m'en a co&#251;t&#233; de faire ce voyage ! Il a fallu que le Bon Dieu m'accorde une gr&#226;ce toute sp&#233;ciale pour que j'aie pu surmonter ma grande timidit&#233;&#8230; Il est aussi bien vrai que &#171; Jamais l'Amour ne trouve d'impossibilit&#233;s, parce qu'il se croit tout possible et tout permis. &#187; C'&#233;tait vraiment le seul amour de J&#233;sus qui pouvait me faire surmonter ces difficult&#233;s et celles qui suivirent car il se plut &#224; me faire acheter ma vocation par de bien grandes &#233;preuves&#8230; Aujourd'hui que je jouis de la solitude du Carmel (me reposant &#224; l'ombre de Celui que j'ai si ardemment d&#233;sir&#233;) Ct 2,3 je trouve avoir achet&#233; mon bonheur &#224; bien peu de frais et je serais pr&#234;te &#224; supporter de bien plus grandes peines pour l'acqu&#233;rir si je ne L'avais pas encore !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il pleuvait &#224; verse quand nous arriv&#226;mes &#224; Bayeux, Papa qui ne voulait pas voir sa petite reine entrer &#224; l'&#233;v&#234;ch&#233; avec sa belle toilette toute tremp&#233;e la fit monter dans un omnibus et conduire &#224; la cath&#233;drale. L&#224; commenc&#232;rent mes mis&#232;res, Monseigneur et tout son clerg&#233; assistaient &#224; un grand enterrement. L'&#233;glise &#233;tait remplie de dames en deuil et j'&#233;tais regard&#233;e de tout le monde avec ma [54r&#176;] robe claire et mon chapeau blanc, j'aurais voulu sortir de l'&#233;glise mais il ne fallait pas y penser, &#224; cause de la pluie, et pour m'humilier encore davantage le Bon Dieu permit que Papa avec sa simplicit&#233; patriarcale me f&#238;t monter jusqu'au haut de la cath&#233;drale ; ne voulant pas lui faire de peine je m'ex&#233;cutai de bonne gr&#226;ce et procurai cette distraction aux bons habitants de Bayeux que j'aurais souhait&#233; n'avoir jamais connus&#8230; Enfin je pus respirer &#224; mon aise dans une chapelle qui se trouvait derri&#232;re le ma&#238;tre-autel et j'y restai longtemps, priant avec ferveur en attendant que la pluie cess&#226;t et nous permit de sortir. En redescendant, Papa me fit admirer la beaut&#233; de l'&#233;difice qui paraissait beaucoup plus grand &#233;tant d&#233;sert, mais une seule pens&#233;e m'occupait et je ne pouvais prendre de plaisir &#224; rien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous all&#226;mes directement chez Monsieur R&#233;v&#233;rony qui &#233;tait instruit de notre arriv&#233;e ayant lui-m&#234;me fix&#233; le jour du voyage, mais il &#233;tait absent ; il nous fallut donc errer dans les rues qui me parurent bien tristes ; enfin nous rev&#238;nmes pr&#232;s de l'&#233;v&#234;ch&#233; et Papa me fit entrer dans un bel h&#244;tel o&#249; je ne fis pas honneur &#224; l'habile cuisinier. Ce pauvre petit P&#232;re &#233;tait d'une tendresse pour moi presque incroyable, il me disait de ne pas me faire de chagrin, que bien s&#251;r Monseigneur allait m'accorder ma demande. Apr&#232;s nous &#234;tre repos&#233;s, nous retourn&#226;mes chez Monsieur R&#233;v&#233;rony ; un monsieur arriva en m&#234;me temps, mais le grand vicaire lui demanda poliment d'attendre et nous fit entrer les premiers dans son cabinet (le pauvre monsieur eut le temps de s'ennuyer car la visite fut longue). Monsieur R&#233;v&#233;rony se montra tr&#232;s aimable, mais je crois que le motif de notre voyage l'&#233;tonna beaucoup ; apr&#232;s m'avoir regard&#233;e en souriant et adress&#233; quelques questions, il nous dit : &#171; Je vais vous pr&#233;senter &#224; Monseigneur, voulez-vous avoir la bont&#233; de me suivre. &#187; Voyant des larmes perler dans mes yeux il ajouta : &#171; Ah ! je vois des diamants&#8230; il ne faut pas les montrer &#224; Monseigneur !&#8230; &#187; Il nous fit traverser plusieurs pi&#232;ces tr&#232;s vastes, garnies [54v&#176;] de portraits d'&#233;v&#234;ques ; en me voyant dans ces grands salons, je me faisais l'effet d'une pauvre petite fourmi et je me demandais ce que j'allais oser dire &#224; Monseigneur ; il se promenait entre deux pr&#234;tres sur une galerie, je vis Monsieur R&#233;v&#233;rony lui dire quelques mots et revenir avec lui, nous l'attendions dans son cabinet ; l&#224;, trois &#233;normes fauteuils &#233;taient plac&#233;s devant la chemin&#233;e o&#249; p&#233;tillait un feu ardent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En voyant entrer sa Grandeur, Papa se mit &#224; genoux &#224; c&#244;t&#233; de moi pour recevoir sa b&#233;n&#233;diction, puis Monseigneur fit placer Papa dans un des fauteuils, se mit en face de lui et Monsieur R&#233;v&#233;rony voulut me faire prendre celui du milieu ; je refusai poliment, mais il insista, me disant de montrer si j'&#233;tais capable d'ob&#233;ir, aussit&#244;t je m'assis sans faire de r&#233;flexion et j'eus la confusion de le voir prendre une chaise pendant que j'&#233;tais enfonc&#233;e dans un fauteuil o&#249; quatre comme moi auraient &#233;t&#233; &#224; l'aise (plus &#224; l'aise que moi, car j'&#233;tais loin d'y &#234;tre !&#8230;) J'esp&#233;rais que Papa allait parler mais il me dit d'expliquer moi-m&#234;me &#224; Monseigneur le but de notre visite ; je le fis le plus &#233;loquemment possible, sa Grandeur habitu&#233;e &#224; l'&#233;loquence ne parut pas tr&#232;s touch&#233;e de mes raisons, au lieu d'elles un mot de Monsieur le Sup&#233;rieur m'e&#251;t plus servi, malheureusement je n'en avais pas et son opposition ne plaidait aucunement en ma faveur&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Monseigneur me demanda s'il y avait longtemps que je d&#233;sirais entrer au carmel : &#171; Oh oui ! Monseigneur, bien longtemps&#8230; &#187; &#171; Voyons, reprit en riant Mr R&#233;v&#233;rony, vous ne pouvez toujours pas dire qu'il y a quinze ans que vous avez ce d&#233;sir. &#187; &#171; C'est vrai, repris-je en souriant aussi, mais il n'y a pas beaucoup d'ann&#233;es &#224; retrancher car j'ai d&#233;sir&#233; me faire religieuse d&#232;s l'&#233;veil de ma raison et j'ai d&#233;sir&#233; le carmel aussit&#244;t que je l'ai bien connu, parce que dans cet ordre je trouvais que toutes les aspirations de mon &#226;me seraient remplies. &#187; Je ne sais pas, ma M&#232;re, si ce sont tout &#224; fait mes paroles, je crois que c'&#233;tait encore plus mal tourn&#233;, mais enfin c'est le sens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Monseigneur croyant &#234;tre agr&#233;able &#224; Papa essaya de me faire rester encore quelques ann&#233;es aupr&#232;s de lui, aussi ne fut-il pas peu surpris et &#233;difi&#233; de le voir prendre mon parti, interc&#233;dant pour que j'obtienne la permission de m'envoler &#224; quinze ans. Cependant tout fut inutile, il dit qu'avant de se d&#233;cider un entretien avec le Sup&#233;rieur du Carmel &#233;tait indispensable. Je ne pouvais rien entendre qui me f&#238;t plus de peine, car je connaissais l'opposition formelle de notre P&#232;re, aussi sans tenir compte de la recommandation de Monsieur R&#233;v&#233;rony je fis plus que montrer des diamants &#224; Monseigneur, je lui en donnai !&#8230; Je vis bien qu'il &#233;tait touch&#233; ; me prenant par le cou, il appuyait ma t&#234;te sur son &#233;paule et me faisait des caresses, comme jamais, para&#238;t-il, personne n'en [55r&#176;] avait re&#231;u de lui. Il me dit que tout n'&#233;tait pas perdu, qu'il &#233;tait bien content que je fasse le voyage de Rome afin d'affermir ma vocation et qu'au lieu de pleurer je devais me r&#233;jouir ; il ajouta que la semaine suivante, devant aller &#224; Lisieux, il parlerait de moi &#224; Monsieur le cur&#233; de Saint Jacques et que certainement je recevrais sa r&#233;ponse en Italie. Je compris qu'il &#233;tait inutile de faire de nouvelles instances, d'ailleurs je n'avais plus rien &#224; dire ayant &#233;puis&#233; toutes les ressources de mon &#233;loquence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Monseigneur nous reconduisit jusqu'au jardin. Papa l'amusa beaucoup en lui disant qu'afin de para&#238;tre plus &#226;g&#233;e, je m'&#233;tais fait relever les cheveux. (Ceci ne fut pas perdu car Monseigneur ne parle pas de &#171; sa petite fille &#187; sans raconter l'histoire des cheveux&#8230;) Monsieur R&#233;v&#233;rony voulut nous accompagner jusqu'au bout du jardin de l'&#233;v&#234;ch&#233;, il dit &#224; Papa que jamais chose pareille ne s'&#233;tait vue : &#171; Un p&#232;re aussi empress&#233; de donner son enfant au Bon Dieu que cette enfant de s'offrir elle-m&#234;me ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Papa lui demanda plusieurs explications sur le p&#232;lerinage, entre autres comment il fallait s'habiller pour para&#238;tre devant le St P&#232;re. Je le vois encore se tourner devant Monsieur R&#233;v&#233;rony en lui disant : &#171; Suis-je assez bien comme cela ? &#187; Il avait aussi dit &#224; Monseigneur que s'il ne me permettait pas d'entrer au Carmel je demanderais cette gr&#226;ce au Souverain Pontife. Il &#233;tait bien simple dans ses paroles et ses mani&#232;res mon Roi ch&#233;ri, mais il &#233;tait si beau&#8230; il avait une distinction toute naturelle qui dut plaire beaucoup &#224; Monseigneur habitu&#233; &#224; se voir entour&#233; de personnages connaissant toutes les r&#232;gles de l'&#233;tiquette des salons mais pas le Roi de France et de Navarre en personne avec sa petite reine&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand je fus dans la rue mes larmes recommenc&#232;rent &#224; couler, non pas tant &#224; cause de mon chagrin, qu'en voyant mon petit P&#232;re ch&#233;ri qui venait de faire un voyage inutile&#8230; Lui qui se faisait une f&#234;te d'envoyer une d&#233;p&#234;che au Carmel, annon&#231;ant l'heureuse r&#233;ponse de Monseigneur, &#233;tait oblig&#233; de [55v&#176;] revenir sans en avoir aucune&#8230; Ah ! que j'avais de peine !&#8230; Il me semblait que mon avenir &#233;tait bris&#233; pour jamais ; plus j'approchais du terme, plus je voyais mes affaires s'embrouiller. Mon &#226;me &#233;tait plong&#233;e dans l'amertume, mais aussi dans la paix car je ne cherchais que la volont&#233; du Bon Dieu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aussit&#244;t en arrivant &#224; Lisieux, j'allai chercher de la consolation au Carmel et j'en trouvai pr&#232;s de vous, ma M&#232;re ch&#233;rie. Oh non ! jamais je n'oublierai tout ce que vous avez souffert &#224; cause de moi. Si je ne craignais de les profaner en m'en servant, je pourrais dire les paroles que J&#233;sus adressait &#224; ses ap&#244;tres, le soir de sa Passion : &#171; C'est vous qui avez &#233;t&#233; toujours avec moi dans toutes mes &#233;preuves&#8230; &#187; Lc 22,28 Mes bien-aim&#233;es s&#339;urs m'offrirent aussi de bien douces consolations&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;Lep&#232;lerinage&#224;Rome&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;VII -Le p&#232;lerinage &#224; Rome&lt;/h2&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;1) Appr&#233;ciation g&#233;n&#233;rale&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Trois jours apr&#232;s le voyage de Bayeux, je devais en faire un beaucoup plus long, celui de la ville &#233;ternelle&#8230; Ah ! quel voyage que celui-l&#224; !&#8230; Lui seul m'a plus instruite que de longues ann&#233;es d'&#233;tudes, il m'a montr&#233; la vanit&#233; de tout ce qui passe et que tout est affliction d'esprit sous le soleil&#8230; Qo 2,11 Cependant j'ai vu de bien belles choses, j'ai contempl&#233; toutes les merveilles de l'art et de la religion, surtout j'ai foul&#233; la m&#234;me terre que les Saints Ap&#244;tres, la terre arros&#233;e du sang des Martyrs et mon &#226;me s'est agrandie au contact des choses saintes&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suis bien heureuse d'avoir &#233;t&#233; &#224; Rome, mais je comprends les personnes du monde qui pens&#232;rent que Papa m'avait fait faire ce grand voyage afin de changer mes id&#233;es de vie religieuse ; il y avait en effet de quoi &#233;branler une vocation peu affermie. N'ayant jamais v&#233;cu parmi le grand monde, C&#233;line et moi, nous nous trouv&#226;mes au milieu de la noblesse qui composait presque exclusivement le p&#232;lerinage. Ah ! bien loin de nous &#233;blouir, tous ces titres et ces &#171; de &#187; ne nous parurent qu'une fum&#233;e&#8230; De loin cela m'avait quelquefois jet&#233; un peu de poudre aux yeux, mais de pr&#232;s, j'ai vu que &#171; tout ce qui brille n'est pas or &#187; et j'ai compris cette parole [56r&#176;] de l'Imitation : &#171; Ne poursuivez pas cette ombre qu'on appelle un grand nom, ne d&#233;sirez ni de nombreuses liaisons ni l'amiti&#233; particuli&#232;re d'aucun homme. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;J'ai compris que la vraie grandeur se trouve dans l'&#226;me et pas dans le nom&lt;/strong&gt;, puisque, comme le dit Isa&#239;e : &#171; Le Seigneur donnera un AUTRE NOM &#224; ses &#233;lus. &#187; Is 65,15 et St Jean dit aussi : &#171; Que le vainqueur recevra un NOM NOUVEAU que nul ne conna&#238;t que celui qui le re&#231;oit. &#187; Ap 2,17 C'est donc au ciel que nous saurons quels sont nos titres de noblesse. Alors chacun recevra de Dieu la louange qu'il m&#233;rite 1Co 4,3 et &lt;strong&gt;celui qui sur la terre aura voulu &#234;tre le plus pauvre, le plus oubli&#233; pour l'amour de J&#233;sus, celui-l&#224; sera le premier, le plus noble et le plus riche !&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La seconde exp&#233;rience que j'ai faite regarde les pr&#234;tres. N'ayant jamais v&#233;cu dans leur intimit&#233;, je ne pouvais comprendre le but principal de la r&#233;forme du Carmel. Prier pour les p&#233;cheurs me ravissait, mais prier pour les &#226;mes des pr&#234;tres, que je croyais plus pures que le cristal, me semblait &#233;tonnant !&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ah ! j'ai compris ma vocation en Italie, ce n'&#233;tait pas aller chercher trop loin une si utile connaissance&#8230; Penchant un mois j'ai v&#233;cu avec beaucoup de saints pr&#234;tres et j'ai vu que, si leur sublime dignit&#233; les &#233;l&#232;ve au-dessus des anges, ils n'en sont pas moins des hommes faibles et fragiles&#8230; Si de saints pr&#234;tres que J&#233;sus appelle dans son Evangile : &#171; Le sel de la terre &#187; montrent dans leur conduite qu'ils ont un extr&#234;me besoin de pri&#232;res, que faut-il dire de ceux qui sont ti&#232;des ? J&#233;sus n'a-t-Il pas dit encore : &#171; Si le sel vient &#224; s'affadir avec quoi l'assaisonnera-t-on ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;O ma M&#232;re ! qu'elle est belle la vocation ayant pour but de conserver le sel destin&#233; aux &#226;mes ! Cette vocation est celle du Carmel, puisque l'unique fin de nos pri&#232;res et de nos sacrifices est d'&#234;tre l'ap&#244;tre des ap&#244;tres, Mt 5,13&lt;/strong&gt; priant pour eux pendant qu'ils &#233;vang&#233;lisent les &#226;mes par leurs paroles et surtout par leurs exemples&#8230; [56v&#176;] Il faut que je m'arr&#234;te, si je continuais de parler sur ce sujet, je ne finirais pas !&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je vais, ma M&#232;re ch&#233;rie, vous raconter mon voyage avec quelques d&#233;tails ; pardonnez-moi si je vous en donne trop, je ne r&#233;fl&#233;chis pas avant d'&#233;crire, et je le fais en tant de fois diff&#233;rentes, &#224; cause de mon peu de temps libre, que mon r&#233;cit vous para&#238;tra peut-&#234;tre ennuyeux&#8230; Ce qui me console c'est de penser qu'au Ciel je vous reparlerai des gr&#226;ces que j'ai re&#231;ues et que je pourrai le faire alors en termes agr&#233;ables et charmants&#8230; Plus rien ne viendra interrompre nos &#233;panchements intimes et dans un seul regard, vous aurez tout compris&#8230; H&#233;las, puisqu'il me faut encore employer le langage de la triste terre, je vais essayer de le faire avec la simplicit&#233; d'un petit enfant qui conna&#238;t l'amour de sa M&#232;re&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;2) Paris&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Ce fut le 7 novembre que le p&#232;lerinage partit de Paris, mais Papa nous conduisit dans cette ville quelques jours avant pour nous la faire visiter. Un matin &#224; trois heures, je traversai la ville de Lisieux encore endormie ; bien des impressions pass&#232;rent dans mon &#226;me &#224; ce moment. Je sentais que j'allais vers l'inconnu et que de grandes choses m'attendaient l&#224;-bas&#8230; Papa &#233;tait joyeux ; lorsque le train se mit en marche, il chanta ce vieux refrain : &#171; Roule, roule ma diligence, nous voil&#224; sur le grand chemin. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Arriv&#233;s &#224; Paris dans la matin&#233;e, nous commen&#231;&#226;mes aussit&#244;t &#224; le visiter. Ce pauvre petit P&#232;re se fatigua beaucoup afin de nous faire plaisir, aussi nous e&#251;mes bient&#244;t vu toutes les merveilles de la capitale. Pour moi je n'en trouvai qu'une seule qui me ravit, cette merveille fut : &#171; Notre-Dame des Victoires &#187; Ah ! ce que j'ai senti &#224; ses pieds, je ne pourrais le dire&#8230; Les gr&#226;ces qu'elle m'accorda m'&#233;murent si profond&#233;ment que mes larmes seules traduisirent mon bonheur, comme au jour de ma premi&#232;re communion&#8230; La Sainte Vierge m'a fait sentir que c'&#233;tait vraiment elle qui m'avait souri et qui m'avait gu&#233;rie. J'ai compris qu'elle veillait sur moi, que j'&#233;tais son enfant, aussi je ne pouvais plus lui donner que [57r&#176;] le nom de &#171; Maman &#187; car il me semblait encore plus tendre que celui de M&#232;re&#8230; Avec quelle ferveur ne l'ai-je pas pri&#233;e de me garder toujours et de r&#233;aliser bient&#244;t mon r&#234;ve en me cachant &#224; l'ombre de son manteau virginal !&#8230; Ah ! c'&#233;tait l&#224; un de mes premiers d&#233;sirs d'enfant&#8230; En grandissant, j'avais compris que c'&#233;tait au Carmel qu'il me serait possible de trouver v&#233;ritablement le manteau de la Sainte Vierge et c'&#233;tait vers cette montagne fertile que tendaient mes d&#233;sirs&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suppliai encore Notre-Dame des Victoires d'&#233;loigner de moi tout ce qui aurait pu ternir ma puret&#233; ; je n'ignorais pas qu'en un voyage comme celui d'Italie, il se rencontrerait bien des choses capables de me troubler, surtout parce que ne connaissant pas le mal je craignais de le d&#233;couvrir, n'ayant pas exp&#233;riment&#233; que tout est pur pour les purs Tt 1,15 et que l'&#226;me simple et droite ne voit de mal &#224; rien, puisqu'en effet le mal n'existe que dans les c&#339;urs impurs et non dans les objets insensibles&#8230; Je priai aussi Saint Joseph de veiller sur moi ; depuis mon enfance j'avais pour lui une d&#233;votion qui se confondait avec mon amour pour la Sainte Vierge. Chaque jour je r&#233;citais la pri&#232;re : &#171; O Saint Joseph, p&#232;re et protecteur des vierges &#187; aussi ce fut sans crainte que j'entrepris mon lointain voyage, j'&#233;tais si bien prot&#233;g&#233;e qu'il me semblait impossible d'avoir peur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s nous &#234;tre consacr&#233;es au Sacr&#233; C&#339;ur dans la basilique de Montmartre nous part&#238;mes de Paris le lundi 7 d&#232;s le matin ; bient&#244;t nous e&#251;mes fait connaissance avec les personnes du p&#232;lerinage. Moi si timide qu'ordinairement j'osais &#224; peine parler, je me trouvai compl&#232;tement d&#233;barrass&#233;e de ce g&#234;nant d&#233;faut ; &#224; ma grande surprise je parlais librement avec toutes les grandes dames, les pr&#234;tres et m&#234;me Monseigneur de Coutances. Il me semblait avoir toujours v&#233;cu dans ce monde. Nous &#233;tions, je crois, [57v&#176;] bien aim&#233;es de tout le monde et Papa semblait fier de ses deux filles ; mais s'il &#233;tait fier de nous, nous l'&#233;tions &#233;galement de lui, car il n'y avait pas dans tout le p&#232;lerinage un monsieur plus beau ni plus distingu&#233; que mon Roi ch&#233;ri ; il aimait &#224; se voir entour&#233; de C&#233;line et de moi, souvent lorsque nous n'&#233;tions pas en voiture et que je n'&#233;loignais de lui, il m'appelait afin que je lui donne le bras comme &#224; Lisieux&#8230; Monsieur l'abb&#233; R&#233;v&#233;rony examinait soigneusement toutes nos actions, je le voyais souvent de loin qui nous regardait ; &#224; table lorsque je n'&#233;tais pas en face de lui, il trouvait moyen de se pencher pour me voir et entendre ce que je disais. Sans doute il voulait me conna&#238;tre pour savoir si vraiment j'&#233;tais capable d'&#234;tre carm&#233;lite ; je pense qu'il a d&#251; &#234;tre satisfait de son examen car &#224; la fin du voyage il parut bien dispos&#233; pour moi, mais &#224; Rome il a &#233;t&#233; loin de m'&#234;tre favorable comme je vais le dire plus loin.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;3) La Suisse&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Avant d'arriver &#224; cette &#171; ville &#233;ternelle, &#187; but de notre p&#232;lerinage, il nous fut donn&#233; de contempler bien des merveilles. D'abord ce fut la Suisse avec ses montagnes dont le sommet se perd dans les nuages, ses cascades gracieuses jaillissant de mille mani&#232;res diff&#233;rentes, ses vall&#233;es profondes remplies de foug&#232;res gigantesques et de bruy&#232;res roses. Ah ! ma M&#232;re ch&#233;rie, que ces beaut&#233;s de la nature r&#233;pandues &#224; profusion ont fait de bien &#224; mon &#226;me ! Comme elles l'ont &#233;lev&#233;e vers Celui qui s'est plu &#224; jeter de pareils chefs-d'&#339;uvre sur une terre d'exil qui ne doit durer qu'un jour&#8230; Je n'avais pas assez d'yeux pour regarder. Debout &#224; la porti&#232;re je perdais presque la respiration ; j'aurais voulu &#234;tre des deux c&#244;t&#233;s du wagon car en me d&#233;tournant, je voyais des paysages d'un aspect enchanteur et tout diff&#233;rents de ceux qui s'&#233;tendaient devant moi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parfois nous nous trouvions au sommet d'une montagne, &#224; nos pieds des [58r&#176;] pr&#233;cipices dont le regard ne pouvait sonder la profondeur semblaient pr&#234;ts &#224; nous engloutir&#8230; ou bien c'&#233;tait un ravissant petit village avec ses gracieux chalets et son clocher, au-dessus duquel se balan&#231;aient mollement quelques nuages &#233;clatants de blancheur&#8230; Plus loin c'&#233;tait un vaste lac que doraient les derniers rayons du soleil ; les flots calmes et purs empruntant la teinte azur&#233;e du Ciel qui se m&#234;lait aux feux du couchant, pr&#233;sentaient &#224; nos regards &#233;merveill&#233;s le spectacle le plus po&#233;tique et le plus enchanteur qui se puisse voir&#8230; Au fond du vaste horizon on apercevait les montagnes dont les contours ind&#233;cis auraient &#233;chapp&#233; &#224; nos yeux si leurs sommets neigeux que le soleil rendait &#233;blouissants n'&#233;taient venus ajouter un charme de plus au beau lac qui nous ravissait&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En regardant toutes ces beaut&#233;s, il naissait en mon &#226;me des pens&#233;es bien profondes. Il me semblait comprendre d&#233;j&#224; la grandeur de Dieu et les merveilles du Ciel&#8230; La vie religieuse m'apparaissait telle qu'elle est avec ses assujettissements, ses petits sacrifices accomplis dans l'ombre. Je comprenais combien il est facile de se replier sur soi-m&#234;me, d'oublier le but sublime de sa vocation et je me disais : plus tard, &#224; l'heure de l'&#233;preuve, lorsque prisonni&#232;re au Carmel, je ne pourrai contempler qu'un petit coin du Ciel &#233;toil&#233;, je me souviendrai de ce que je vois aujourd'hui ; cette pens&#233;e me donnera du courage, j'oublierai facilement mes pauvres petits int&#233;r&#234;ts en voyant la grandeur et la puissance du Dieu que je veux aimer uniquement. &lt;strong&gt;Je n'aurai pas le malheur de m'attacher &#224; des pailles, maintenant que &#171; Mon COEUR a PRESSENTI ce que J&#233;sus r&#233;serve &#224; ceux qui l'aiment !&#8230; &#187;&lt;/strong&gt; 1Co 2,9&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;4) Milan&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s avoir admir&#233; la puissance du Bon Dieu, je pus encore admirer celle qu'Il a donn&#233;e &#224; ses cr&#233;atures. La premi&#232;re ville d'Italie que nous avons visit&#233;e fut Milan. Sa cath&#233;drale toute en marbre blanc, avec ses statues assez nombreuses pour former un peuple presque innombrable, [58v&#176;] fut visit&#233;e par nous dans ses plus petits d&#233;tails. C&#233;line et moi nous &#233;tions intr&#233;pides, toujours les premi&#232;res et suivant imm&#233;diatement Monseigneur ; afin de tout voir en ce qui concernait les reliques des Saints et bien entendre les explications ; ainsi pendant qu'il offrait le Saint Sacrifice sur le tombeau de Saint Charles, nous &#233;tions avec papa derri&#232;re l'Autel, la t&#234;te appuy&#233;e sur la ch&#226;sse qui renferme le corps du saint, rev&#234;tu de ses habits pontificaux. C'&#233;tait ainsi partout&#8230; (Except&#233; lorsqu'il s'agissait de monter l&#224; o&#249; la dignit&#233; d'un &#201;v&#234;que ne le permettait pas car alors nous savions bien quitter sa Grandeur)&#8230; Laissant les dames timides se cacher la figure dans les mains apr&#232;s avoir gravi les premiers clochetons qui couronnent la cath&#233;drale, nous suivions les p&#232;lerins les plus hardis et arrivions jusqu'au sommet du dernier clocher de marbre, d'o&#249; nous avions le plaisir de voir &#224; nos pieds la ville de Milan dont les nombreux habitants ressemblaient &#224; une petite fourmili&#232;re&#8230; Descendues de notre pi&#233;destal, nous commen&#231;&#226;mes nos promenades en voiture qui devaient durer un mois, et me rassasier pour toujours de mon d&#233;sir de rouler sans fatigue ! Le campo santo nous ravit encore plus que la cath&#233;drale, toutes ses statues de marbre blanc qu'un ciseau de g&#233;nie semble avoir anim&#233;es, sont plac&#233;es sur le vaste champ des morts avec une sorte de n&#233;gligence, ce qui pour moi augmente leur charme&#8230; On serait tent&#233; de consoler les id&#233;als personnages qui vous entourent. Leur expression est si vraie, leur douleur si calme et si r&#233;sign&#233;e qu'on ne peut s'emp&#234;cher de reconna&#238;tre les pens&#233;es d'immortalit&#233; qui doivent remplir le c&#339;ur des artistes ex&#233;cutant ces chefs-d'&#339;uvre. Ici c'est une enfant jetant des fleurs sur la tombe de ses parents, le marbre semble avoir perdu sa pesanteur et les p&#233;tales d&#233;licats semblent glisser entre les doigts de l'enfant, le vent para&#238;t d&#233;j&#224; les disperser, [59r&#176;] il para&#238;t aussi faire flotter le voile l&#233;ger des veuves et les rubans dont sont orn&#233;s les cheveux des jeunes filles. Papa &#233;tait aussi ravi que nous ; en Suisse il avait &#233;t&#233; fatigu&#233; mais alors, sa ga&#238;t&#233; ayant reparu, il jouissait du beau spectacle que nous contemplions ; son &#226;me d'artiste se r&#233;v&#233;lait dans les expressions de foi et d'admiration qui paraissaient sur son beau visage. Un vieux monsieur (fran&#231;ais) qui sans doute n'avait pas l'&#226;me aussi po&#233;tique, nous regardait du coin de l'&#339;il et disait avec mauvaise humeur, tout en ayant l'air de regretter ne pas pouvoir partager notre admiration : &#171; Ah ! que les Fran&#231;ais sont donc enthousiastes ! &#187; Je crois que ce pauvre monsieur aurait mieux fait de rester chez lui, car il ne m'a pas paru &#234;tre content de son voyage, il se trouvait souvent pr&#232;s de nous et toujours des plaintes sortaient de sa bouche, il &#233;tait m&#233;content des voitures, des h&#244;tels, des personnes, des villes, enfin de tout&#8230; Papa avec sa grandeur d'&#226;me habituelle essayait de le consoler, lui offrait sa place, etc&#8230; et il se trouvait toujours bien partout, &#233;tant d'un caract&#232;re directement oppos&#233; &#224; celui de son d&#233;sobligeant voisin&#8230; Ah ! que nous avons vu de personnages diff&#233;rents, quelle int&#233;ressante &#233;tude que celle du monde quand on est pr&#232;s de le quitter ! &#8230;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;5) Venise&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;A Venise, la sc&#232;ne changea compl&#232;tement ; au lieu du bruit des grandes villes on n'entend au milieu du silence que les cris des gondoliers et le murmure de l'onde agit&#233;e par les rames. Venise n'est pas sans charmes, mais je trouve cette ville triste. Le palais des doges est splendide, cependant il est triste lui aussi avec ses vastes appartements o&#249; s'&#233;talent l'or, le bois, les marbres les plus pr&#233;cieux et les peintures des plus grands ma&#238;tres. Depuis longtemps ses vo&#251;tes sonores ont cess&#233; d'entendre la voix des gouverneurs qui pronon&#231;aient des arr&#234;ts de vie et de mort dans les salles que nous avons travers&#233;es&#8230; Ils ont cess&#233; de souffrir, les malheureux prisonniers renferm&#233;s par les doges dans les cachots et les [59v&#176;] oubliettes souterraines&#8230; En visitant ces affreuses prisons je me croyais au temps des martyrs et j'aurais voulu pouvoir y rester afin de les imiter !&#8230; Mais il fallut promptement en sortir et passer sur le pont &#171; des soupirs &#187;, ainsi appel&#233; &#224; cause des soupirs de soulagement que poussaient les condamn&#233;s en se voyant d&#233;livr&#233;s de l'horreur des souterrains auxquels ils pr&#233;f&#233;raient la mort&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;6) Bologne, Padoue, Lorette&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s Venise, nous sommes all&#233;s &#224; Padoue, o&#249; nous avons v&#233;n&#233;r&#233; la langue de Saint Antoine puis &#224; Bologne o&#249; nous avons vu Sainte Catherine qui garde l'empreinte du baiser de l'Enfant J&#233;sus. Il est bien des d&#233;tails int&#233;ressants que je pourrais donner sur chaque ville et sur les mille petites circonstances particuli&#232;res de notre voyage mais je n'en finirais pas, aussi je ne vais &#233;crire que les d&#233;tails principaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce fut avec joie que je quittai Bologne, cette ville m'&#233;tait devenue insupportable par les &#233;tudiants dont elle est remplie et qui formaient une haie quand nous avions le malheur de sortir &#224; pied, et surtout &#224; cause de la petite aventure qui m'est arriv&#233;e avec l'un d'eux, je fus heureuse de prendre la route de Lorette. Je ne suis pas surprise que la Ste Vierge ait choisi cet endroit pour y transporter sa maison b&#233;nie, la paix, la joie, la pauvret&#233; y r&#232;gnent en souveraines ; tout est simple et primitif, les femmes ont conserv&#233; leur gracieux costume italien et n'ont pas, comme celles des autres villes, adopt&#233; la mode de Paris ; enfin Lorette m'a charm&#233;e ! Que dirai-je de la sainte maison ? Ah ! mon &#233;motion a &#233;t&#233; profonde en me trouvant sous le m&#234;me toit que la Sainte Famille, en contemplant les murs sur lesquels J&#233;sus avait fix&#233; ses yeux divins, en foulant la terre que Saint Joseph avait arros&#233;e de sueurs, o&#249; Marie avait port&#233; J&#233;sus entre ses bras, apr&#232;s l'avoir port&#233; dans son sein virginal&#8230; J'ai vu la petite chambre o&#249; l'ange descendit aupr&#232;s de la Sainte Vierge&#8230; J'ai d&#233;pos&#233; mon chapelet dans la petite &#233;cuelle de l'Enfant J&#233;sus&#8230; Que ces souvenirs sont ravissants !&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[60r&#176;] Mais notre plus grande consolation fut de recevoir J&#233;sus Lui-m&#234;me dans sa maison et d'&#234;tre son temple vivant 1Co 3,16 au lieu m&#234;me qu'il avait honor&#233; de sa pr&#233;sence. Suivant un usage d'Italie, le Saint ciboire ne se conserve dans chaque &#233;glise que sur un autel, et l&#224; seulement on peut recevoir la Sainte communion ; cet autel &#233;tait dans la basilique m&#234;me o&#249; se trouve la Sainte maison, renferm&#233;e comme un diamant pr&#233;cieux dans un &#233;crin de marbre blanc. Cela ne fit pas notre bonheur ! C'&#233;tait dans le diamant lui-m&#234;me et non pas dans l'&#233;crin que nous voulions faire la communion&#8230; Papa avec sa douceur ordinaire fit comme tout le monde, mais C&#233;line et moi all&#226;mes trouver un pr&#234;tre qui nous accompagnait partout et qui justement se pr&#233;parait &#224; c&#233;l&#233;brer sa messe dans la Santa Casa, par un privil&#232;ge sp&#233;cial. Il demanda deux petites hosties qu'il pla&#231;a sur sa pat&#232;ne avec sa grande hostie et vous comprenez, ma M&#232;re ch&#233;rie, quel fut notre ravissement de faire toutes les deux la Sainte communion dans cette maison b&#233;nie !&#8230; C'&#233;tait un bonheur tout c&#233;leste que les paroles sont impuissantes &#224; traduire. Que sera-ce donc quand nous recevrons la communion dans l'&#233;ternelle demeure du Roi des Cieux ? Alors nous ne verrons plus finir notre joie, il n'y aura plus la tristesse du d&#233;part et pour emporter un souvenir il ne nous sera pas n&#233;cessaire de gratter furtivement les murs sanctifi&#233;s par la pr&#233;sence Divine, puisque sa maison sera la n&#244;tre pour l'&#233;ternit&#233;&#8230; Il ne veut pas nous donner celle de la terre, il se contente de nous la montrer pour nous faire aimer la pauvret&#233; et la vie cach&#233;e ; celle qu'il nous r&#233;serve est son Palais de gloire o&#249; nous ne le verrons plus cach&#233; sous l'apparence d'un enfant ou d'une blanche hostie mais tel qu'Il est, dans l'&#233;clat de sa splendeur infinie !&#8230; 1Jn 3,2&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;7)Rome&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;C'est maintenant de Rome qu'il me reste &#224; parler, de Rome but de [60v&#176;] notre voyage, l&#224; o&#249; je croyais rencontrer la consolation mais o&#249; je trouvai la croix&#8230; A notre arriv&#233;e, il faisait nuit et nous &#233;tant endormies nous f&#251;mes r&#233;veill&#233;es par les employ&#233;s de la gare qui criaient : &#171; Roma, Roma. &#187; Ce n'&#233;tait pas un r&#234;ve, j'&#233;tais &#224; Rome !&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;h4 class=&#034;spip&#034;&gt;a) Le Colis&#233;e&lt;/h4&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re journ&#233;e se passa hors les murs et ce fut peut-&#234;tre la plus d&#233;licieuse, car tous les monuments ont conserv&#233; leur cachet d'antiquit&#233; au lieu qu'au centre de Rome l'on pourrait se croire &#224; Paris en voyant la magnificence des h&#244;tels et des magasins. Cette promenade dans les campagnes romaines m'a laiss&#233; un bien doux souvenir. Je ne parlerai point des lieux que nous avons visit&#233;s, il y a assez de livres qui les d&#233;crivent dans toute leur &#233;tendue, mais seulement des principales impressions que j'ai ressenties.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une des plus douces fut celle qui me fit tressaillir &#224; la vue du Colis&#233;e. Je la voyais donc enfin cette ar&#232;ne o&#249; tant de martyrs avaient vers&#233; leur sang pour J&#233;sus ; d&#233;j&#224; je m'appr&#234;tais &#224; baiser la terre qu'ils avaient sanctifi&#233;e, mais quelle d&#233;ception ! le centre n'est qu'un amas de d&#233;combres que les p&#232;lerins doivent se contenter de regarder car une barri&#232;re en d&#233;fend l'entr&#233;e, d'ailleurs personne n'est tent&#233; d'essayer de p&#233;n&#233;trer au milieu de ces ruines&#8230; Fallait-il &#234;tre venue &#224; Rome sans descendre au Colis&#233;e ?&#8230; Cela me paraissait impossible, je n'&#233;coutais plus les explications du guide, une seule pens&#233;e m'occupait : descendre dans l'ar&#232;ne&#8230; voyant un ouvrier qui passait avec une &#233;chelle je fus sur le point de la lui demander, heureusement je ne mis pas mon id&#233;e &#224; ex&#233;cution car il m'aurait prise pour une folle&#8230; Il est dit dans l'Evangile que Madeleine restant toujours aupr&#232;s du tombeau et se baissant &#224; plusieurs reprises pour regarder &#224; l'int&#233;rieur finit par voir deux anges &#171; Comme elle, tout en ayant reconnu l'impossibilit&#233; de voir mes d&#233;sirs r&#233;alis&#233;s, je [61r&#176;] continuai de me baisser vers les ruines o&#249; je voulais descendre &#224; la fin je ne vis pas d'anges, mais ce que je cherchais&#8230; Jn 20,11-12 je poussai un cri de joie et dis &#224; C&#233;line : &#187;Viens vite, nous allons pouvoir passer !&#8230;&#034; Aussit&#244;t nous franchissons la barri&#232;re que les d&#233;combres atteignaient en cet endroit et nous voil&#224; escaladant les ruines qui croulaient sous nos pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Papa nous regardait tout &#233;tonn&#233; de notre audace, bient&#244;t il nous dit de revenir, mais les deux fugitives n'entendaient plus rien ; de m&#234;me que les guerriers sentent leur courage augmenter au milieu du p&#233;ril, ainsi notre joie grandissait en proportion de la peine que nous avions pour atteindre l'objet de nos d&#233;sirs. C&#233;line, plus pr&#233;voyante que moi, avait &#233;cout&#233; le guide et se rappelant qu'il venait de signaler un certain petit pav&#233; crois&#233;, comme &#233;tant celui o&#249; combattaient les martyrs, se mit &#224; le chercher ; bient&#244;t, l'ayant trouv&#233; et nous &#233;tant agenouill&#233;es sur cette terre sacr&#233;e, nos &#226;mes se confondirent en une m&#234;me pri&#232;re&#8230; Mon c&#339;ur battait bien fort lorsque mes l&#232;vres s'approch&#232;rent de la poussi&#232;re empourpr&#233;e du sang des premiers chr&#233;tiens, je demandai la gr&#226;ce d'&#234;tre aussi martyre pour J&#233;sus et je sentis au fond du c&#339;ur que ma pri&#232;re &#233;tait exauc&#233;e !&#8230; Tout ceci fut accompli en tr&#232;s peu de temps ; apr&#232;s avoir pris quelques pierres, nous rev&#238;nmes vers les murs en ruine pour recommencer notre p&#233;rilleuse entreprise. Papa nous voyant si heureuses ne put pas nous gronder et je vis bien qu'il &#233;tait fier de notre courage&#8230; Le Bon Dieu nous prot&#233;gea visiblement, car les p&#232;lerins ne s'aper&#231;urent pas de notre absence &#233;tant plus loin que nous, occup&#233;s &#224; regarder sans doute les magnifiques arcades, o&#249; le guide faisait remarquer &#171; les petits CORNICHONS et les CUPIDES pos&#233;s dessus &#187;, aussi ni lui, ni &#171; messieurs les abb&#233;s &#187; ne connurent la joie qui remplissait nos c&#339;urs&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;h4 class=&#034;spip&#034;&gt;b) Les catacombes&lt;/h4&gt;
&lt;p&gt;Les catacombes m'ont aussi laiss&#233; une bien douce impression : elles sont telles que [61v&#176;] je me les &#233;tais figur&#233;es en lisant leur description dans la vie des martyrs. Apr&#232;s y avoir pass&#233; une partie de l'apr&#232;s-midi, il me semblait y &#234;tre seulement depuis quelques instants, tant l'atmosph&#232;re qu'on y respire me paraissait embaum&#233;e&#8230; Il fallait bien remporter quelque souvenir des catacombes, aussi ayant laiss&#233; la procession s'&#233;loigner un peu, C&#233;line et Th&#233;r&#232;se se coul&#232;rent ensemble jusqu'au fond de l'ancien tombeau de Sainte C&#233;cile et prirent de la terre sanctifi&#233;e par sa pr&#233;sence. Avant mon voyage de Rome je n'avais pour cette sainte aucune d&#233;votion particuli&#232;re, mais en visitant sa maison chang&#233;e en &#233;glise, le lieu de son martyre, en apprenant qu'elle avait &#233;t&#233; proclam&#233;e reine de l'harmonie, non pas &#224; cause de sa belle voix ni de son talent pour la musique, mais en m&#233;moire du chant virginal qu'elle fit entendre &#224; son Epoux C&#233;leste cach&#233; au fond de son c&#339;ur, je sentis pour elle plus que de la d&#233;votion : une v&#233;ritable tendresse d'amie&#8230; Elle devint ma sainte de pr&#233;dilection, ma confidente intime&#8230; Tout en elle me ravit, surtout son abandon, sa confiance illimit&#233;e qui l'ont rendue capable de virginiser des &#226;mes n'ayant jamais d&#233;sir&#233; d'autres joies que celles de la vie pr&#233;sente&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sainte C&#233;cile est semblable &#224; l'&#233;pouse des cantiques, en elle je vois &#171; Un ch&#339;ur dans un camp d'arm&#233;e !&#8230; &#187; Sa vie n'a pas &#233;t&#233; autre chose qu'un chant m&#233;lodieux au milieu m&#234;me des plus grandes &#233;preuves Ct 7,1 et cela ne m'&#233;tonne pas, puisque &#171; l'&#201;vangile sacr&#233; reposait dans son c&#339;ur ! &#187; et que dans son c&#339;ur reposait l'&#201;poux des Vierges !&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La visite &#224; l'&#233;glise Sainte Agn&#232;s me fut aussi bien douce, c'&#233;tait une amie d'enfance que j'allais visiter chez elle, je lui parlai longuement de celle qui porte si bien son nom et je fis tous mes efforts pour obtenir une des reliques de l'Ang&#233;lique patronne de ma M&#232;re ch&#233;rie afin de la lui rapporter, [62r&#176;] mais il nous fut impossible d'en avoir d'autre qu'une petite pierre rouge qui se d&#233;tacha d'une riche mosa&#239;que dont l'origine remonte au temps de Ste Agn&#232;s et qu'elle a d&#251; souvent regarder. N'&#233;tait-ce pas charmant que l'aimable Sainte nous donn&#226;t elle-m&#234;me ce que nous cherchions et qu'il nous &#233;tait interdit de prendre ?&#8230; J'ai toujours regard&#233; cela comme une d&#233;licatesse et une preuve de l'amour avec lequel la douce Ste Agn&#232;s regarde et prot&#232;ge ma M&#232;re ch&#233;rie !&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;h4 class=&#034;spip&#034;&gt;c) L&#233;on XIII&lt;/h4&gt;
&lt;p&gt;Six jours se pass&#232;rent &#224; visiter les principales merveilles de Rome et ce fut le septi&#232;me que je vis la plus grande de toutes : &#171; L&#233;on XIII&#8230; &#187; Ce jour, je le d&#233;sirais et le redoutais en m&#234;me temps, c'&#233;tait de lui que ma vocation d&#233;pendait, car la r&#233;ponse que je devais recevoir de Monseigneur n'&#233;tait pas arriv&#233;e et j'avais appris par une lettre de vous, Ma M&#232;re, qu'il n'&#233;tait plus tr&#232;s bien dispos&#233; pour moi, aussi mon unique planche de salut &#233;tait la permission du Saint P&#232;re&#8230; mais pour l'obtenir, il fallait lui demander, Il fallait devant tout le monde oser parler ; &#171; au Pape, &#187; cette pens&#233;e me faisait trembler ; ce que j'ai souffert avant l'audience, le Bon Dieu seul le sait, avec ma ch&#232;re C&#233;line, Jamais je n'oublierai la part qu'elle a prise &#224; toutes mes &#233;preuves, il semblait que ma vocation &#233;tait la sienne. (Notre amour mutuel &#233;tait remarqu&#233; par les pr&#234;tres du p&#232;lerinage : un soir, &#233;tant en soci&#233;t&#233; si nombreuse que les si&#232;ges manquaient, C&#233;line me prit sur ses genoux et nous nous regardions si gentiment qu'un pr&#234;tre s'&#233;cria : &#171; Comme elles s'aiment ! Ah ! jamais ces deux s&#339;urs ne pourront se s&#233;parer ! &#187; oui, nous nous aimions, mais notre affection &#233;tait si pure et si forte que la pens&#233;e de la s&#233;paration ne nous troublait pas, car nous sentions que rien, m&#234;me l'oc&#233;an, ne pourrait nous &#233;loigner l'une de l'autre&#8230; C&#233;line voyait avec calme ma petite [62v&#176;] nacelle aborder au rivage du Carmel, elle se r&#233;signait &#224; rester aussi longtemps que le Bon Dieu voudrait sur la mer orageuse du monde, s&#251;re d'aborder &#224; son tour sur la rive, objet de nos d&#233;sirs&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Dimanche 20 Novembre apr&#232;s nous &#234;tre habill&#233;es suivant le c&#233;r&#233;monial du Vatican (c'est-&#224;-dire en noir, avec une mantille de dentelle pour coiffure) et nous &#234;tre d&#233;cor&#233;es d'une large m&#233;daille de L&#233;on XIII, suspendue &#224; un ruban bleu et blanc, nous avons fait notre entr&#233;e au Vatican dans la chapelle du Souverain Pontife. A huit heures notre &#233;motion fut profonde en le voyant entrer pour c&#233;l&#233;brer la Ste Messe&#8230; Apr&#232;s avoir b&#233;ni les nombreux p&#232;lerins r&#233;unis autour de lui, il gravit les degr&#233;s du St Autel et nous montra, par sa pi&#233;t&#233; digne du Vicaire de J&#233;sus, qu'il &#233;tait v&#233;ritablement &#171; Le Saint P&#232;re. &#187; Mon c&#339;ur battait bien fort et mes pri&#232;res &#233;taient bien ardentes pendant que J&#233;sus descendait entre les mains de son Pontife ; cependant j'&#233;tais remplie de confiance, l'&#201;vangile de ce jour renfermait ces ravissantes paroles : &#171; Ne craignez pas, petit troupeau, car il a plu &#224; mon P&#232;re de vous donner son royaume. &#187; Lc 12,32 Non je ne craignais pas, j'esp&#233;rais que le royaume du Carmel m'appartiendrait bient&#244;t, Je ne pensais pas alors &#224; ces autres paroles de J&#233;sus : &#171; Je vous pr&#233;pare mon royaume comme mon P&#232;re me l'a pr&#233;par&#233;. &#187; Lc 22,29 C'est-&#224;-dire je vous r&#233;serve des croix et des &#233;preuves, c'est ainsi que vous serez digne de poss&#233;der ce royaume apr&#232;s lequel vous soupirez ; puisqu'il a &#233;t&#233; n&#233;cessaire que le Christ souffr&#238;t et qu'il entr&#226;t par l&#224; dans sa gloire, si vous d&#233;sirez avoir place &#224; ses c&#244;t&#233;s, buvez le calice qu'il a bu Lui-m&#234;me ! Ce calice, il me fut pr&#233;sent&#233; par le Saint-P&#232;re et mes larmes se m&#234;l&#232;rent &#224; l'amer breuvage qui m'&#233;tait offert. Lc 24,26 ; Mt 20,21-23&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s la messe d'action de gr&#226;ces qui suivit celle de Sa Saintet&#233;, l'audience commen&#231;a. L&#233;on XIII &#233;tait assis sur un grand fauteuil, Il &#233;tait v&#234;tu simplement [63r&#176;] d'une soutane blanche, d'un camail de m&#234;me couleur et n'avait sur la t&#234;te qu'une petite calotte. Autour de lui se tenaient des cardinaux, archev&#234;ques et &#233;v&#234;ques mais je ne les ai vus qu'en g&#233;n&#233;ral, &#233;tant occup&#233;e du Saint-P&#232;re ; nous passions devant lui en procession, chaque p&#232;lerin s'agenouillait &#224; son tour, baisait le pied et la main de L&#233;on XIII, recevait sa b&#233;n&#233;diction et deux gardes nobles le touchaient par c&#233;r&#233;monie, lui indiquant par l&#224; de se lever (au p&#232;lerin, car je m'explique si mal qu'on pourrait croire que c'&#233;tait au Pape). Avant de p&#233;n&#233;trer dans l'appartement pontifical j'&#233;tais bien r&#233;solue &#224; parler, mais je sentis mon courage faiblir en voyant &#224; la droite du St P&#232;re &#171; Monsieur R&#233;v&#233;rony&#8230; &#187; presque au m&#234;me instant on nous dit de sa part qu'il d&#233;fendait de parler &#224; L&#233;on XIII, l'audience se prolongeant trop longtemps&#8230; Je me tournai vers ma C&#233;line ch&#233;rie, afin de savoir son avis : &#171; Parle ! &#187; me dit-elle. Un instant apr&#232;s j'&#233;tais aux pieds du Saint-P&#232;re ; ayant bais&#233; sa mule, il me pr&#233;sentait la main, mais au lieu de la baiser, je joignis les miennes et levant vers son visage mes yeux baign&#233;s de larmes, je m'&#233;criai : &#171; Tr&#232;s Saint-P&#232;re, j'ai une grande gr&#226;ce &#224; vous demander !&#8230; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors le Souverain Pontife baissa la t&#234;te vers moi, de mani&#232;re que ma figure touchait presque la sienne, et je vis ses yeux noirs et profonds se fixer sur moi et sembler me p&#233;n&#233;trer jusqu'au fond de l'&#226;me. &#171; Tr&#232;s Saint-P&#232;re, lui dis-je, en l'honneur de votre jubil&#233;, permettez-moi d'entrer au Carmel &#224; quinze ans !&#8230; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;motion avait sans doute fait trembler ma voix, aussi se retournant vers Monsieur R&#233;v&#233;rony qui me regardait avec &#233;tonnement et m&#233;contentement, le St P&#232;re dit : &#171; Je ne comprends pas tr&#232;s bien. &#187; Si le Bon Dieu l'e&#251;t permis il e&#251;t &#233;t&#233; facile que Mr R&#233;v&#233;rony m'obt&#238;nt ce que je d&#233;sirais, mais c'&#233;tait la croix et non la consolation qu'Il voulait me donner. &#171; Tr&#232;s Saint-P&#232;re, r&#233;pondit le Grand Vicaire, c'est une enfant qui d&#233;sire entrer au Carmel &#224; quinze ans, mais les sup&#233;rieurs examinent la question en ce moment. &#187; &#171; Eh bien, mon enfant, reprit le St P&#232;re en me regardant avec bont&#233;, faites ce que les sup&#233;rieurs vous diront. &#187;M'appuyant alors les mains [63v&#176;] sur ses genoux, je tentai un dernier effort et je dis d'une voix suppliante : &#171; Oh ! Tr&#232;s Saint-P&#232;re, si vous disiez oui, tout le monde voudrait bien !&#8230; &#187; Il me regarda fixement et pronon&#231;a ces mots en appuyant sur chaque syllabe : &#171; Allons&#8230; Allons&#8230; Vous entrerez si le Bon Dieu le veut !&#8230; &#187; (Son accent avait quelque chose de si p&#233;n&#233;trant et de si convaincu qu'il me semble encore l'entendre). La bont&#233; du St P&#232;re m'encourageant, je voulais encore parler mais les deux gardes nobles me touch&#232;rent les mains pour me faire lever ; voyant que cela ne suffisait pas, ils me prirent par les bras et Monsieur R&#233;v&#233;rony leur aida &#224; me soulever, car je restais encore les mains jointes, appuy&#233;es sur les genoux de L&#233;on XIII et ce fut de force qu'ils m'arrach&#232;rent de ses pieds&#8230; au moment o&#249; j'&#233;tais ainsi enlev&#233;e, le St P&#232;re posa sa main sur mes l&#232;vres, puis il la leva pour me b&#233;nir alors mes yeux se remplirent de larmes et Monsieur R&#233;v&#233;rony put contempler au moins autant de diamants qu'il en avait vus &#224; Bayeux. Les deux gardes nobles me port&#232;rent pour ainsi dire jusqu'&#224; la porte et l&#224;, un troisi&#232;me me donna une m&#233;daille de L&#233;on XIII.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C&#233;line qui me suivait, avait &#233;t&#233; t&#233;moin de la sc&#232;ne qui venait de se passer ; presque aussi &#233;mue que moi, elle eut cependant le courage de demander au St P&#232;re une b&#233;n&#233;diction pour le Carmel. Mr R&#233;v&#233;rony d'une voix m&#233;contente r&#233;pondit : &#171; Il est d&#233;j&#224; b&#233;ni le Carmel : &#187;Le bon St P&#232;re reprit avec douceur : Oh Oui ! il est d&#233;j&#224; b&#233;ni.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant nous Papa &#233;tait venu aux pieds de L&#233;on XIII (avec les messieurs) Mr R&#233;v&#233;rony avait &#233;t&#233; charmant pour lui, le pr&#233;sentant comme le P&#232;re de deux Carm&#233;lites. Le Souverain Pontife, en signe de particuli&#232;re bienveillance, posa sa main sur la t&#234;te v&#233;n&#233;rable de mon Roi ch&#233;ri, semblant ainsi le marquer d'un sceau myst&#233;rieux, au nom de Celui dont il est le v&#233;ritable repr&#233;sentant&#8230; Ah ! maintenant qu'il est au Ciel, ce P&#232;re de quatre Carm&#233;lites, ce n'est plus la main du Pontife qui repose sur son front, lui [64r&#176;] proph&#233;tisant le martyre&#8230; C'est la main de l'&#233;poux des Vierges, du Roi de Gloire, qui fait resplendir la t&#234;te de son Fid&#232;le Serviteur, Mt 25,21 et plus jamais cette main ador&#233;e ne cessera de reposer sur le front qu'elle a glorifi&#233;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mon Papa ch&#233;ri eut bien de la peine de me trouver tout en larmes au sortir de l'audience, il fit tout ce qu'il put pour me consoler, mais en vain&#8230; Au fond du c&#339;ur je sentais une grande paix, puisque j'avais fait absolument tout ce qui &#233;tait en mon pouvoir de faire pour r&#233;pondre &#224; ce que le Bon Dieu demandait de moi, mais cette paix &#233;tait au fond et l'amertume remplissait mon &#226;me, car J&#233;sus se taisait. Il semblait absent, rien ne me r&#233;v&#233;lait sa pr&#233;sence&#8230; Ce jour-l&#224; encore le soleil n'osa pas briller et le beau ciel bleu d'Italie, charg&#233; de nuages sombres, ne cessa de pleurer avec moi&#8230; Ah ! c'&#233;tait fini, mon voyage n'avait plus aucun charme &#224; mes yeux puisque le but en &#233;tait manqu&#233;. Cependant les derni&#232;res paroles du Saint-P&#232;re auraient d&#251; me consoler : n'&#233;taient-elles pas en effet une v&#233;ritable proph&#233;tie ? Malgr&#233; tous les obstacles, ce que le Bon Dieu a voulu s'est accompli. Il n'a pas permis aux cr&#233;atures de faire ce qu'elles voulaient, mais sa volont&#233; &#224; Lui&#8230; Depuis quelque temps je m'&#233;tais offerte &#224; l'Enfant J&#233;sus pour &#234;tre son petit jouet, je Lui avais dit de ne pas se servir de moi comme d'un jouet de prix que les enfants se contentent de regarder sans oser y toucher, mais comme d'une petite balle de nulle valeur qu'il pouvait jeter &#224; terre, pousser du pied, percer, laisser dans un coin ou bien presser sur son c&#339;ur si cela Lui faisait plaisir ; en un mot, je voulais amuser le petit J&#233;sus, lui faire plaisir, je voulais me livrer &#224; ses caprices enfantins&#8230; Il avait exauc&#233; ma pri&#232;re&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A Rome J&#233;sus per&#231;a son petit jouet, il voulait voir ce qu'il y avait dedans et puis l'ayant vu, content de sa d&#233;couverte, Il laissa tomber sa petite [64v&#176;] balle et s'endormit&#8230; Que fit-Il pendant son doux sommeil et que devint la petite balle abandonn&#233;e ?&#8230; J&#233;sus r&#234;va qu'il s'amusait encore avec son jouet, le laissant et le prenant tour &#224; tour, et puis qu'apr&#232;s l'avoir fait rouler bien loin Il le pressait sur son c&#339;ur, ne permettant plus qu'il s'&#233;loigne jamais de sa petite main&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous comprenez, ma M&#232;re ch&#233;rie, combien la petite balle &#233;tait triste de se voir par terre&#8230; Cependant je ne cessais d'esp&#233;rer contre toute esp&#233;rance. Rm 4,18 Quelques jours apr&#232;s l'audience du St P&#232;re, Papa &#233;tant all&#233; voir le bon fr&#232;re Sim&#233;on trouva chez lui Monsieur R&#233;v&#233;rony qui fut tr&#232;s aimable. Papa lui reprocha gaiement de ne m'avoir pas aid&#233;e dans ma difficile entreprise, puis il raconta l'histoire de sa Reine au fr&#232;re Sim&#233;on. Le v&#233;n&#233;rable vieillard &#233;couta son r&#233;cit avec beaucoup d'int&#233;r&#234;t, en prit m&#234;me des notes et dit avec &#233;motion : &#171; On ne voit pas cela en Italie ! &#187; Je crois que cette entrevue fit une tr&#232;s bonne impression &#224; Monsieur R&#233;v&#233;rony ; dans la suite il ne cessa de me prouver qu'il &#233;tait enfin convaincu de ma vocation.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;8) Naples, Pomp&#233;i&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Au lendemain de la m&#233;morable journ&#233;e, il nous fallut partir d&#232;s le matin pour Naples et Pomp&#233;i. En notre honneur, le V&#233;suve fit du bruit toute la journ&#233;e, laissant avec ses coups de canon &#233;chapper une &#233;paisse colonne de fum&#233;e. Les traces qu'il a laiss&#233;es sur les ruines de Pomp&#233;i sont effrayantes, elles montrent la puissance du Dieu : &#171; Qui regarde la terre et la fait trembler, qui touche les montagnes et les r&#233;duit en fum&#233;e. &#187; Ps 104,32&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'aurais aim&#233; &#224; me promener seule au milieu des ruines, &#224; r&#234;ver sur la fragilit&#233; des choses humaines, mais le nombre des voyageurs enlevait une grande partie du charme m&#233;lancolique de la cit&#233; d&#233;truite&#8230; A Naples ce fut tout le contraire, le grand nombre de voitures &#224; deux chevaux rendit magnifique notre promenade au monast&#232;re San Martino plac&#233; sur [65r&#176;] une haute colline dominant toute la ville, malheureusement les chevaux qui nous conduisaient prenaient &#224; chaque instant le mors aux dents et plus d'une fois je me suis crue &#224; ma derni&#232;re heure. Le cocher avait beau r&#233;p&#233;ter constamment la parole magique des conducteurs italiens : &#171; Appipau, appipau&#8230; &#187; les pauvres chevaux voulaient renverser la voiture, enfin gr&#226;ce au secours de nos anges gardiens, nous arriv&#226;mes &#224; notre magnifique h&#244;tel. Pendant tout le cours de notre voyage, nous avons &#233;t&#233; log&#233;s dans des h&#244;tels princiers, jamais je n'avais &#233;t&#233; entour&#233;e de tant de luxe, c'est bien le cas de dire que la richesse ne fait pas le bonheur, car j'aurais &#233;t&#233; plus heureuse sous un toit de chaume avec l'esp&#233;rance du Carmel, qu'aupr&#232;s des lambris dor&#233;s, des escaliers de marbre blanc, des tapis de soie, avec l'amertume dans le c&#339;ur&#8230; Ah ! je l'ai bien senti, &lt;strong&gt;la joie ne se trouve pas dans les objets qui nous entourent, elle se trouve au plus intime de l'&#226;me, on peut aussi bien la poss&#233;der dans une prison que dans un palais, la preuve, c'est que je suis plus heureuse au Carmel, m&#234;me au milieu des &#233;preuves int&#233;rieures et ext&#233;rieures que dans le monde, entour&#233;e des commodit&#233;s de la vie et surtout des douceurs du foyer paternel !&lt;/strong&gt;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'avais l'&#226;me plong&#233;e dans la tristesse, cependant &#224; l'ext&#233;rieur, j'&#233;tais la m&#234;me, car je croyais cach&#233;e la demande que j'avais faite au St P&#232;re ; bient&#244;t je pus me convaincre du contraire, &#233;tant rest&#233;e seule dans le wagon avec C&#233;line (les autres p&#232;lerins &#233;taient descendus au buffet pendant les quelques minutes d'arr&#234;t) je vis Monsieur Legoux, vicaire g&#233;n&#233;ral de Coutances ouvrir la porti&#232;re et me regardant en souriant, il me dit : &#171; Eh bien, comment va notre petite carm&#233;lite ?&#8230; &#187; Je compris alors que tout le p&#232;lerinage savait mon secret, heureusement personne ne m'en parla, mais je vis &#224; la mani&#232;re sympathique dont on me regardait, que ma demande n'avait pas produit un mauvais [65v&#176;] effet, au contraire&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;9) Assise&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;A la petite ville d'Assise j'eus l'occasion de monter dans la voiture de Monsieur R&#233;v&#233;rony, faveur qui ne fut accord&#233;e &#224; aucune dame pendant tout le voyage. Voici comment j'obtins ce privil&#232;ge. Apr&#232;s avoir visit&#233; les lieux embaum&#233;s par les vertus de Saint Fran&#231;ois et de Sainte Claire, nous avions termin&#233; par le monast&#232;re de Sainte Agn&#232;s, s&#339;ur de Sainte Claire ; j'avais contempl&#233; &#224; mon aise la t&#234;te de la Sainte, lorsque me retirant une des derni&#232;res je m'aper&#231;us avoir perdu ma ceinture ; je la cherchai au milieu de la foule, un pr&#234;tre eut piti&#233; de moi et m'aida, mais apr&#232;s me l'avoir trouv&#233;e, je le vis s'&#233;loigner et je restai seule &#224; chercher, car j'avais bien la ceinture, mais impossible de la mettre, la boucle manquait&#8230; Enfin je la vis briller dans un coin, la saisir et l'ajuster au ruban ne fut pas long, mais le travail pr&#233;c&#233;dent l'avait &#233;t&#233; davantage, aussi mon &#233;tonnement fut grand de me trouver seule aupr&#232;s de l'&#233;glise, toutes les nombreuses voitures avaient disparu, &#224; l'exception de celle de Mr R&#233;v&#233;rony. Quel parti prendre ? Fallait-il courir apr&#232;s les voitures que je ne voyais plus, m'exposer &#224; manquer le train et mettre mon Papa ch&#233;ri dans l'inqui&#233;tude, ou bien demander une place dans la cal&#232;che de Mr R&#233;v&#233;rony ?&#8230; Je me d&#233;cidai &#224; ce dernier parti. Avec mon air le plus gracieux et le moins embarrass&#233; possible malgr&#233; mon extr&#234;me embarras, je lui exposai ma situation critique et le mis dans l'embarras lui-m&#234;me, car sa voiture &#233;tait garnie des messieurs les plus distingu&#233;s du p&#232;lerinage, Pas moyen de trouver une place de plus, mais un monsieur tr&#232;s galant se h&#226;ta de descendre, me fit monter &#224; sa place et se pla&#231;a modestement aupr&#232;s du cocher. Je ressemblais &#224; un &#233;cureuil pris dans un pi&#232;ge et j'&#233;tais loin d'&#234;tre &#224; l'aise, entour&#233;e de tous ces grands personnages et surtout du plus redoutable en face duquel j'&#233;tais plac&#233;e&#8230; Il fut cependant tr&#232;s [66r&#176;] aimable pour moi, interrompant de temps en temps sa conversation avec les messieurs pour me parler du Carmel. Avant d'arriver &#224; la gare tous les grands personnages tir&#232;rent leurs grands porte-monnaie afin de donner de l'argent au cocher (d&#233;j&#224; pay&#233;), je fis comme eux et pris mon tout petit porte-monnaie, mais Monsieur R&#233;v&#233;rony ne consentit pas &#224; ce que j'en fisse sortir de jolies petites pi&#232;ces, il aima mieux en donner une grande pour nous deux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une autre fois je me trouvai &#224; c&#244;t&#233; de lui en omnibus, il fut encore plus aimable et me promit de faire tout ce qu'il pourrait afin que j'entre au Carmel&#8230; Tout en mettant un peu de baume sur mes plaies, ces petites rencontres n'emp&#234;ch&#232;rent pas le retour d'&#234;tre beaucoup moins agr&#233;able que l'aller, car je n'avais plus l'espoir &#171; du St P&#232;re &#187; je ne trouvais aucun secours sur la terre qui me paraissait un d&#233;sert aride et sans eau, Ps 63,2 toute mon esp&#233;rance &#233;tait dans le Bon Dieu seul&#8230; je venais de faire l'exp&#233;rience qu'il vaut mieux avoir recours &#224; Lui qu'&#224; ses saints&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;10) Florence&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;La tristesse de mon &#226;me ne m'emp&#234;cha pas de prendre un grand int&#233;r&#234;t aux saints lieux que nous visitions &#224; Florence je fus heureuse de contempler Sainte Madeleine de Pazzi au milieu du ch&#339;ur des carm&#233;lites qui nous ouvrirent la grande grille ; comme nous ne savions pas jouir de ce privil&#232;ge beaucoup de personnes d&#233;sirant faire toucher leurs chapelets au tombeau de la sainte, il n'y eut que moi &#224; pouvoir passer la main dans la grille qui nous en s&#233;parait, aussi tout le monde m'apportait des chapelets et j'&#233;tais bien fi&#232;re de mon office&#8230; Il fallait toujours que je trouve le moyen de toucher &#224; tout, ainsi dans l'&#201;glise de Sainte Croix en J&#233;rusalem (de Rome) nous p&#251;mes v&#233;n&#233;rer plusieurs morceaux de la vraie Croix, deux &#233;pines et l'un des clous sacr&#233;s renferm&#233; dans un magnifique reliquaire d'or ouvrag&#233;, mais sans verre, aussi je trouvai moyen, en v&#233;n&#233;rant la pr&#233;cieuse relique, de couler mon petit doigt dans [66v&#176;] dans un des jours du reliquaire et je pus toucher au clou qui fut baign&#233; du sang de J&#233;sus&#8230; J'&#233;tais vraiment par trop audacieuse !&#8230; Heureusement le bon Dieu qui voit le fond des choses sait que mon intention &#233;tait pure et que pour rien au monde je n'aurais voulu lui d&#233;plaire, &lt;strong&gt;j'agissais avec Lui comme un enfant qui se croit tout permis et regarde les tr&#233;sors de son p&#232;re comme les siens.&lt;/strong&gt; Lc 15,31 Je ne puis encore comprendre pourquoi les femmes sont si facilement excommuni&#233;es en Italie, &#224; chaque instant on nous disait : &#171; N'entrez pas ici&#8230; N'entrez pas l&#224;, vous seriez excommuni&#233;es !&#8230; &#187; Cependant elles aiment le bon Dieu en bien plus grand nombre que les hommes et pendant la Passion de Notre Seigneur les femmes eurent plus de courage que les ap&#244;tres, Lc 23,27 puisqu'elles brav&#232;rent les insultes des soldats et os&#232;rent essuyer la Face adorable de J&#233;sus,.. C'est sans doute pour cela qu'Il permet que le m&#233;pris soit leur partage sur la terre, puisqu'Il l'a choisi pour Lui-m&#234;me&#8230; Au Ciel, Il saura bien montrer que ses pens&#233;es ne sont pas celles des hommes, Is 55,8-9 car alors les derni&#232;res seront les premi&#232;res&#8230; Mt 20,16 Plus d'une fois pendant le voyage, je n'ai pas eu la patience d'attendre le Ciel pour &#234;tre la premi&#232;re&#8230; Un jour que nous visitions un monast&#232;re de Carmes, ne me contentant pas de suivre les p&#232;lerins dans les galeries ext&#233;rieures, je m'avan&#231;ai sous les clo&#238;tres inf&#233;rieurs&#8230; tout &#224; coup je vis un bon vieux carme qui de loin me faisait signe de m'&#233;loigner, mais au lieu de m'en aller, je m'approchai de lui et montrant les tableaux du clo&#238;tre, je lui fis signe qu'ils &#233;taient jolis. Il reconnut sans doute &#224; mes cheveux sur le dos et &#224; mon air jeune que j'&#233;tais une enfant, il me sourit avec bont&#233; et s'&#233;loigna voyant qu'il n'avait pas une ennemie devant lui ; si j'avais pu lui parler italien, je lui aurais dit &#234;tre une future carm&#233;lite, mais &#224; cause des constructeurs de la tour de Babel, cela me fut impossible. Gn 11,9&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;11) Le retour&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s avoir encore visit&#233; Pise et G&#234;nes nous rev&#238;nmes en France. Sur le parcours [67r&#176;] la vue &#233;tait magnifique, tant&#244;t nous longions la mer et le chemin de fer en &#233;tait si pr&#232;s qu'il me semblait que les vagues allaient arriver jusqu'&#224; nous (ce spectacle fut caus&#233; par une temp&#234;te, c'&#233;tait le soir, ce qui rendait la sc&#232;ne encore plus imposante), tant&#244;t des plaines couvertes d'orangers aux fruits m&#251;rs, de verts oliviers au feuillage l&#233;ger, de palmiers gracieux&#8230; &#224; la tomb&#233;e du jour, nous voyions les nombreux petits ports de mer s'&#233;clairer d'une multitude de lumi&#232;res, pendant qu'au Ciel scintillaient les premi&#232;res &#233;toiles&#8230; Ah ! quelle po&#233;sie remplissait mon &#226;me &#224; la vue de toutes ces choses que je regardais pour la premi&#232;re et la derni&#232;re fois de ma vie !&#8230; C'&#233;tait sans regret que je les voyais s'&#233;vanouir, mon c&#339;ur aspirait &#224; d'autres merveilles il avait assez contempl&#233; les beaut&#233;s de la terre, celles du Ciel &#233;taient l'objet de ses d&#233;sirs et pour les donner aux &#226;mes, je voulais devenir prisonni&#232;re !&#8230; Avant de voir s'ouvrir devant moi les portes de la prison b&#233;nie apr&#232;s laquelle je soupirais, il me fallait encore lutter et souffrir ; je le sentais en revenant en France, cependant ma confiance &#233;tait si grande que je ne cessai pas d'esp&#233;rer qu'il me serait permis d'entrer le 25 D&#233;cembre&#8230; A peine arriv&#233;s Lisieux, notre premi&#232;re visite fut pour le Carmel. Quelle entrevue que celle-l&#224; !&#8230; Nous avions tant de choses &#224; nous dire, depuis un mois de s&#233;paration, mois qui m'a sembl&#233; plus long et pendant lequel j'ai plus appris que pendant plusieurs ann&#233;es&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;O ma M&#232;re ch&#233;rie ! qu'il m'a &#233;t&#233; doux de vous revoir, de vous ouvrir ma pauvre petite &#226;me bless&#233;e. A vous qui saviez si bien me comprendre, &#224; qui une parole, un regard suffisaient pour tout deviner ! Je m'abandonnai compl&#232;tement, j'avais fait tout ce qui d&#233;pendait de moi, tout, jusqu'&#224; parler au Saint P&#232;re, aussi je ne savais ce que je devais encore faire. Vous me d&#238;tes d'&#233;crire &#224; Monseigneur et de lui rappeler sa promesse ; je le fis aussit&#244;t, le mieux qu'il me fut possible, mais dans des termes que mon Oncle trouva un peu trop [67v&#176;] simples, Il refit ma lettre ; au moment o&#249; j'allais la faire partir, j'en re&#231;us une de vous, me disant de ne pas &#233;crire, d'attendre quelques jours ; j'ob&#233;is aussit&#244;t, car j'&#233;tais s&#251;re que c'&#233;tait le meilleur moyen de ne pas me tromper. Enfin dix jours avant No&#235;l, ma lettre partit ! Bien convaincue que la r&#233;ponse ne se ferait pas attendre, j'allais tous les matins apr&#232;s la messe &#224; la poste avec Papa, croyant y trouver la permission de m'envoler, mais chaque matin amenait une nouvelle d&#233;ception qui cependant, n'&#233;branlait pas ma foi&#8230; je demandais &#224; J&#233;sus de briser mes liens, Il les brisa, Ps 116,16 mais d'une mani&#232;re toute diff&#233;rente de celle que j'attendais&#8230; La belle f&#234;te de No&#235;l arriva et J&#233;sus ne se r&#233;veilla pas&#8230; Il laissa par terre sa petite balle, sans m&#234;me jeter sur elle un regard&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;VIII - La douloureuse attente&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Mon c&#339;ur &#233;tait bris&#233; en me rendant &#224; la messe de minuit, je comptais si bien y assister derri&#232;re les grilles du Carmel&#8230; Cette &#233;preuve fut bien grande pour ma foi, mais Celui dont le c&#339;ur veille pendant son sommeil, me fit comprendre qu'&#224; ceux dont la foi &#233;gale un grain de s&#233;nev&#233;, Mt 17,19 il accorde des miracles et fait changer de place les montagnes, afin d'affermir cette foi si petite ; mais pour ses intimes, pour sa M&#232;re, il ne fait pas de miracles avant d'avoir &#233;prouv&#233; leur foi. Ct 5,2 Ne laissa-t-Il pas mourir Lazare, bien que Marthe et Marie Lui aient fait dire qu'il &#233;tait malade ?&#8230; Jn 11,1-4 Aux noces de Cana, la Sainte Vierge ayant demand&#233; &#224; J&#233;sus de secourir le Ma&#238;tre de la maison, ne Lui r&#233;pondit-Il pas que son heure n'&#233;tait pas encore venue ?&#8230; Jn 2,1-11 Mais apr&#232;s l'&#233;preuve, quelle r&#233;compense ! l'eau se change en vin&#8230; Lazare ressuscite !&#8230; Ainsi J&#233;sus agit-Il envers sa petite Th&#233;r&#232;se : apr&#232;s l'avoir longtemps &#233;prouv&#233;e, il combla tous les d&#233;sirs de son c&#339;ur&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'apr&#232;s-midi de la radieuse f&#234;te pass&#233;e pour moi dans les larmes, j'allai voir les carm&#233;lites ; ma surprise fut bien grande d'apercevoir lorsqu'on ouvrit la [68r&#176;] grille un ravissant petit J&#233;sus, tenant en sa main une balle sur laquelle &#233;tait &#233;crit mon nom. Les carm&#233;lites, &#224; la place de J&#233;sus, trop petit pour parler, me chant&#232;rent un cantique compos&#233; par ma M&#232;re ch&#233;rie ; chaque parole r&#233;pandait en mon &#226;me une bien douce consolation, jamais je n'oublierai cette d&#233;licatesse de c&#339;ur maternel qui toujours me combla des plus exquises tendresses&#8230; Apr&#232;s avoir remerci&#233; en r&#233;pandant de douces larmes, je racontai la surprise que ma C&#233;line ch&#233;rie m'avait faite en revenant de la messe de minuit. J'avais trouv&#233; dans ma chambre, au milieu d'un charmant bassin, un petit navire qui portait le petit J&#233;sus dormant avec une petite balle aupr&#232;s de Lui, sur la voile blanche C&#233;line avait &#233;crit ces mots : &lt;strong&gt;&#171; Je dors mais mon c&#339;ur veille &#187; Ct 5,2&lt;/strong&gt; et sur le vaisseau ce seul mot : &#171; Abandon ! &#187; Ah ! si J&#233;sus ne parlait pas encore &#224; sa petite fianc&#233;e, si toujours ses yeux divins restaient ferm&#233;s, du moins, Il se r&#233;v&#233;lait &#224; elle par le moyen d'&#226;mes comprenant toutes les d&#233;licatesses et l'amour de son c&#339;ur&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier jour de l'ann&#233;e 1888 J&#233;sus me fit encore pr&#233;sent de sa croix mais cette fois je fus seule &#224; la porter, car elle fut d'autant plus douloureuse qu'elle &#233;tait incomprise&#8230; Une lettre de Pauline (M&#232;re Marie de Gonzague) m'annon&#231;a que la r&#233;ponse de Monseigneur &#233;tait arriv&#233;e le 28, f&#234;te des Sts Innocents, mais qu'elle ne me l'avait pas fait savoir, ayant d&#233;cid&#233; que mon entr&#233;e n'aurait lieu qu'apr&#232;s le car&#234;me. Gn 7,13-16 Je ne pus retenir mes larmes &#224; la pens&#233;e d'un si long d&#233;lai. Cette &#233;preuve eut pour moi un caract&#232;re tout particulier, je voyais mes liens rompus du c&#244;t&#233; du monde et cette fois c'&#233;tait l'arche sainte qui refusait son entr&#233;e &#224; la pauvre petite colombe&#8230; Ps 116,16 Gn 7,13-16 Je veux bien croire que je dus para&#238;tre d&#233;raisonnable en n'acceptant pas joyeusement mes trois mois d'exil, mais je crois aussi que, sans le para&#238;tre, cette &#233;preuve fut tr&#232;s grande et me fit beaucoup grandir dans l'abandon et dans les autres vertus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[68v&#176;] Comment se pass&#232;rent ces trois mois si riches en gr&#226;ces pour mon &#226;me ?. .. D'abord il me vint &#224; la pens&#233;e de ne pas me g&#234;ner &#224; mener une vie aussi bien r&#233;gl&#233;e que j'en avais l'habitude, mais bient&#244;t je compris le prix du temps qui m'&#233;tait offert et je r&#233;solus de me livrer plus que jamais &#224; une vie s&#233;rieuse et mortifi&#233;e. Lorsque je dis mortifi&#233;e, ce n'est pas afin de faire croire que je faisais des p&#233;nitences, h&#233;las ! je n'en ai jamais fait aucune, bien loin de ressembler aux belles &#226;mes qui d&#232;s leur enfance pratiquaient toute esp&#232;ce de mortifications, je ne sentais pour elles aucun attrait ; sans doute cela venait de ma l&#226;chet&#233;, car j'aurais pu, comme C&#233;line, trouver mille petites inventions pour me faire souffrir, au lieu de cela je me suis toujours laiss&#233;e dorloter dans du coton et emp&#226;ter comme un petit oiseau qui n'a pas besoin de faire p&#233;nitence&#8230; &lt;strong&gt;Mes mortifications consistaient &#224; briser ma volont&#233;, toujours pr&#234;te &#224; s'imposer, &#224; retenir une parole de r&#233;plique, &#224; rendre de petits services sans les faire valoir, &#224; ne point m'appuyer le dos quand j'&#233;tais assise, etc., etc&#8230; Ce fut par la pratique de ces riens que je me pr&#233;parai &#224; devenir la fianc&#233;e de J&#233;sus, et je ne puis dire combien cette attente m'a laiss&#233; de doux souvenirs&#8230;&lt;/strong&gt; Trois mois passent bien vite, enfin le moment si ardemment d&#233;sir&#233; arriva.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Copyright Cerf/DDB&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;a href='https://www.carmel.asso.fr/Manuscrit-A-Le-Carmel-68vo-84vo.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;page suivante&#8230;&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Les cinq ann&#233;es les plus tristes de ma vie (22r&#176;-44r&#176;)</title>
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		<dc:subject>Sommaire</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;I - &#201;l&#232;ve &#224; l'Abbaye J'avais huit ans et demi lorsque L&#233;onie sortit de pension et je la rempla&#231;ai &#224; l'Abbaye. J'ai souvent entendu dire que le temps pass&#233; au pensionnat est le meilleur et le plus doux de la vie, il n'en fut pas ainsi pour moi, les cinq ann&#233;es que j'y passai furent les plus tristes de ma vie ; si je n'avais pas eu avec moi ma C&#233;line ch&#233;rie, je n'aurais pas pu y rester un seul mois sans tomber malade&#8230; La pauvre petite fleur avait &#233;t&#233; habitu&#233;e &#224; plonger ses fragiles racines (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.carmel.asso.fr/-Manuscrit-A-.html" rel="directory"&gt;Manuscrit A&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.carmel.asso.fr/+-Sommaire-+.html" rel="tag"&gt;Sommaire&lt;/a&gt;

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 <content:encoded>&lt;img src='https://www.carmel.asso.fr/sites/carmel.asso.fr/local/cache-vignettes/L150xH105/arton89-5e767.jpg?1782926836' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='105' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;I - &#201;l&#232;ve &#224; l'Abbaye&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;J'avais huit ans et demi lorsque L&#233;onie sortit de pension et je la rempla&#231;ai &#224; l'Abbaye. J'ai souvent entendu dire que le temps pass&#233; au pensionnat est le meilleur et le plus doux de la vie, il n'en fut pas ainsi pour moi, les cinq ann&#233;es que j'y passai furent les plus tristes de ma vie ; si je n'avais pas eu avec moi ma C&#233;line ch&#233;rie, je n'aurais pas pu y rester un seul mois sans tomber malade&#8230; La pauvre petite fleur avait &#233;t&#233; habitu&#233;e &#224; plonger ses fragiles racines dans une terre choisie, faite expr&#232;s pour elle, aussi lui sembla-t-il bien dur de se voir au milieu de fleurs de toute esp&#232;ce, aux racines souvent bien peu d&#233;licates, et d'&#234;tre oblig&#233;e de trouver dans une terre commune le suc n&#233;cessaire &#224; sa subsistance !&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous m'aviez si bien instruite, ma M&#232;re ch&#233;rie, en arrivant en pension j'&#233;tais la plus avanc&#233;e des enfants de mon &#226;ge ; je fus plac&#233;e dans [22v&#176;] une classe d'&#233;l&#232;ves toutes plus grandes que moi, l'une d'elles &#226;g&#233;e de treize &#224; quatorze ans &#233;tait peu intelligente, mais savait cependant en imposer aux &#233;l&#232;ves et m&#234;me aux ma&#238;tresses. Me voyant si jeune, presque toujours la premi&#232;re de ma classe et ch&#233;rie de toutes les religieuses, elle en &#233;prouva sans doute une jalousie bien pardonnable &#224; une pensionnaire et me fit payer de mille mani&#232;res mes petits succ&#232;s&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec ma nature timide et d&#233;licate, je ne savais pas me d&#233;fendre et me contentais de pleurer sans rien dire, ne me plaignant pas m&#234;me &#224; vous de ce que je souffrais, mais je n'avais pas assez de vertu pour m'&#233;lever au-dessus de ces mis&#232;res de la vie et mon pauvre petit c&#339;ur souffrit beaucoup&#8230; Heureusement chaque soir je retrouvais le foyer paternel, alors mon c&#339;ur s'&#233;panouissait, je sautais sur les genoux de mon Roi, lui disant les notes qui m'avaient &#233;t&#233; donn&#233;es et son baiser me faisait oublier toutes mes peines&#8230; Avec quelle joie j'annon&#231;ai le r&#233;sultat de ma premi&#232;re composition (une composition d'Histoire Sainte), un seul point me manquait pour avoir le maximum, n'ayant pas su le nom du p&#232;re de Mo&#239;se. J'&#233;tais donc la premi&#232;re et j'apportais une belle d&#233;coration d'argent. Pour me r&#233;compenser Papa me donna une jolie petite pi&#232;ce de quatre sous que je pla&#231;ai dans une bo&#238;te et qui fut destin&#233;e &#224; recevoir presque chaque Jeudi une nouvelle pi&#232;ce, toujours de m&#234;me grandeur&#8230; (c'&#233;tait dans cette bo&#238;te que j'allais puiser quand &#224; certaines grandes f&#234;tes je voulais faire une aum&#244;ne de ma bourse &#224; la qu&#234;te, soit pour la propagation de la Foi ou autres &#339;uvres semblables). Pauline, ravie du succ&#232;s de sa petite &#233;l&#232;ve, lui fit cadeau d'un [23r&#176;] joli cerceau pour l'encourager &#224; continuer d'&#234;tre bien studieuse. La pauvre petite avait un r&#233;el besoin de ces joies de la famille, sans elles, la vie de pension lui aurait &#233;t&#233; trop dure.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;II - Le jeudi&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L'apr&#232;s-midi de chaque Jeudi c'&#233;tait cong&#233;, mais ce n'&#233;tait pas comme les cong&#233;s de Pauline, je n'&#233;tais pas dans le belv&#233;d&#232;re avec Papa&#8230; Il fallait jouer non pas avec ma C&#233;line, ce qui me plaisait quand j'&#233;tais toute seule avec elle, mais avec mes petites cousines et les petites Maudelonde, c'&#233;tait pour moi une vraie peine, ne sachant pas jouer comme les autres enfants, je n'&#233;tais pas une compagne agr&#233;able, cependant je faisais de mon mieux pour imiter les autres sans y r&#233;ussir et je m'ennuyais beaucoup, surtout quand il fallait passer toute une apr&#232;s-midi &#224; danser des quadrilles. La seule chose qui me plaisait c'&#233;tait d'aller au jardin de l'&#233;toile, alors j'&#233;tais la premi&#232;re partout, cueillant les fleurs &#224; profusion et sachant trouver les plus jolies j'excitais l'envie de mes petites compagnes&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui me plaisait encore c'&#233;tait lorsque par hasard j'&#233;tais seule avec la petite Marie, n'ayant plus C&#233;line Maudelonde pour l'entra&#238;ner &#224; des jeux ordinaires, elle me laissait libre de choisir et je choisissais un jeu tout &#224; fait nouveau. Marie et Th&#233;r&#232;se devenaient deux solitaires n'ayant qu'une pauvre cabane, un petit champ de bl&#233; et quelques l&#233;gumes &#224; cultiver. Leur vie se passait dans une contemplation continuelle, c'est-&#224;-dire que l'un des solitaires rempla&#231;ait l'autre &#224; l'oraison lorsqu'il fallait s'occuper de la vie active. Tout se faisait avec une entente, un silence et des mani&#232;res si religieuses que c'&#233;tait parfait. Lorsque ma Tante venait nous chercher pour la promenade, notre jeu continuait m&#234;me dans la rue. Les deux solitaires r&#233;citaient [23v&#176;] ensemble le chapelet, se servant de leurs doigts afin de ne pas montrer leur d&#233;votion &#224; l'indiscret public, cependant un jour le plus jeune solitaire s'oublia : ayant re&#231;u un g&#226;teau pour sa collation, il fit avant de le manger, un grand signe de croix, ce qui fit rire tous les profanes du si&#232;cle&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marie et moi &#233;tions toujours du m&#234;me avis, nous avions si bien les m&#234;mes go&#251;ts qu'une fois notre union de volont&#233; passa les bornes. Revenant un soir de l'Abbaye, je dis &#224; Marie : &#034;Conduis-moi, je vais fermer les yeux.&#034; &#034;Je veux les fermer aussi, me r&#233;pondit-elle.&#034; Aussit&#244;t dit, aussit&#244;t fait, sans discuter chacune fit sa volont&#233;&#8230; Nous &#233;tions sur un trottoir, il n'y avait pas &#224; craindre les voitures ; apr&#232;s une agr&#233;able promenade de quelques minutes, ayant savour&#233; les d&#233;lices de marcher sans y voir, les deux petites &#233;tourdies tomb&#232;rent ensemble sur des caisses pos&#233;es &#224; la porte d'un magasin, ou plut&#244;t elles les firent tomber, le marchand sortit tout en col&#232;re pour relever sa marchandise, les deux aveugles volontaires s'&#233;taient bien relev&#233;es toutes seules et marchaient &#224; grands pas, les yeux grands ouverts, &#233;coutant les justes reproches de Jeanne qui &#233;tait aussi f&#226;ch&#233;e que le marchand !&#8230; Aussi pour nous punir, elle r&#233;solut de nous s&#233;parer et depuis ce jour Marie et C&#233;line all&#232;rent ensemble pendant que je fis route avec Jeanne. Cela mit fin &#224; notre trop grande union de volont&#233; et ce ne fut pas un mal pour les a&#238;n&#233;es qui au contraire n'&#233;taient jamais du m&#234;me avis et se disputaient tout au long du chemin. La paix fut ainsi compl&#232;te.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;III - &#171; Mes rapports intimes avec C&#233;line &#187;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Je n'ai rien dit encore de mes rapports intimes avec C&#233;line, ah ! [24r&#176;] s'il me fallait tout raconter, je ne pourrais finir&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A Lisieux les r&#244;les avaient chang&#233;, c'&#233;tait C&#233;line qui &#233;tait devenue un malin petit lutin et Th&#233;r&#232;se n'&#233;tait plus qu'une petite fille bien douce mais peureuse &#224; l'exc&#232;s,.. Cela n'emp&#234;chait pas que C&#233;line et Th&#233;r&#232;se s'aimaient de plus en plus ; parfois il y avait quelques petites discussions mais ce n'&#233;tait pas grave et dans le fond elles &#233;taient toujours du m&#234;me avis. Je puis dire que jamais ma petite s&#339;ur ch&#233;rie ne m'a fait de peine, mais qu'elle a &#233;t&#233; pour moi comme un rayon de soleil, me r&#233;jouissant et me consolant toujours&#8230; Elle prenait tant de soin de ma sant&#233; que cela m'ennuyait quelquefois.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;1) Les jeux&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Ce qui ne m'ennuyait pas c'&#233;tait de la regarder s'amuser ; elle rangeait toute la troupe de nos petites poup&#233;es et leur faisait la classe comme une habile ma&#238;tresse, seulement elle avait le soin que ses filles soient toujours sages au lieu que les miennes &#233;taient souvent mises &#224; la porte &#224; cause de leur mauvaise conduite&#8230; Elle me disait toutes les choses nouvelles qu'elle venait d'apprendre dans sa classe, ce qui m'amusait beaucoup, et je la regardais comme un puits de science, j'avais re&#231;u le titre de &#034;petite fille &#224; C&#233;line&#034;, aussi quand elle &#233;tait f&#226;ch&#233;e contre moi, sa plus grande marque de m&#233;contentement &#233;tait de me dire : &#034;Tu n'es plus ma petite fille, c'est fini, je m'en rappellerai toujours&#8230;&#034; Alors je n'avais plus qu'&#224; pleurer comme une Madeleine, la suppliant de me regarder encore comme sa petite fille, bient&#244;t elle m'embrassait et me promettait de ne plus se rappeler de rien !&#8230; Pour me consoler elle prenait une de ses poup&#233;es et lui [24v&#176;] disait : &#034;Ma ch&#233;rie, embrasse ta tante.&#034; Une fois la poup&#233;e fut si empress&#233;e de m'embrasser tendrement qu'elle me passa ses deux petits bras dans le nez&#8230; C&#233;line qui ne l'avait pas fait expr&#232;s me regardait stup&#233;faite, la poup&#233;e pendue au nez ; la tante ne fut pas longtemps &#224; repousser les &#233;treintes trop tendres de sa ni&#232;ce et se mit &#224; rire de tout son c&#339;ur d'une aussi singuli&#232;re aventure.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;2) Les &#233;trennes&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Le plus amusant &#233;tait de nous voir acheter nos &#233;trennes, ensemble au bazar, nous nous cachions soigneusement l'une de l'autre. Ayant dix sous d&#233;penser il nous fallait au moins cinq ou six objets diff&#233;rents, c'&#233;tait &#224; laquelle ach&#232;terait les plus belles choses. Ravies de nos emplettes, nous attendions avec impatience le premier jour de l'an afin de pouvoir nous offrir nos magnifiques cadeaux. Celle qui se r&#233;veillait avant l'autre s'empressait de lui souhaiter la bonne ann&#233;e, ensuite on se donnait les tr&#233;sors : et chacune s'extasiait sur les tr&#233;sors donn&#233;s pour dix sous !&#8230; Ces petits cadeaux nous faisaient presque autant de plaisir que les belles &#233;trennes de mon oncle, d'ailleurs ce n'&#233;tait que le commencement des joies. Ce jour-l&#224; nous &#233;tions vite habill&#233;es et chacune se tenait au guet pour sauter au cou de Papa ; d&#232;s qu'il sortait de sa chambre, c'&#233;taient des cris de joie dans toute la maison et ce pauvre petit p&#232;re paraissait heureux de nous voir si contentes&#8230; les &#233;trennes que Marie et Pauline donnaient &#224; leur petites filles n'avaient pas une grande valeur mais elles leur donnaient aussi une grande joie&#8230; Ah ! qu'&#224; cet &#226;ge nous n'&#233;tions pas blas&#233;es, notre &#226;me dans toute sa fra&#238;cheur s'&#233;panouissait comme une fleur heureuse de recevoir la ros&#233;e du matin&#8230; le m&#234;me souffle faisait balancer nos corolles et ce qui faisait de la joie &#224; [25r&#176;] l'une en faisait en m&#234;me temps &#224; l'autre. Oui nos joies &#233;taient communes, je l'ai bien senti au beau jour de la premi&#232;re Communion de ma C&#233;line ch&#233;rie. Je n'allais pas encore &#224; l'Abbaye n'ayant que sept ans mais j'ai conserv&#233; en mon c&#339;ur le tr&#232;s doux souvenir de la pr&#233;paration que vous, ma M&#232;re ch&#233;rie avez fait faire &#224; C&#233;line ; chaque soir vous la preniez sur vos genoux et lui parliez de la grande action qu'elle allait faire ; moi j'&#233;coutais avide de me pr&#233;parer aussi, mais bien souvent vous me disiez de m'en aller parce que j'&#233;tais trop petite, alors mon c&#339;ur &#233;tait bien gros et je pensais que ce n'&#233;tait pas trop de quatre ann&#233;es pour se pr&#233;parer recevoir le Bon Dieu&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;3) La premi&#232;re communion de C&#233;line&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Un soir, je vous entendis qui disiez qu'&#224; partir de la premi&#232;re Communion, il fallait commencer une nouvelle vie, aussit&#244;t je r&#233;solus de ne pas attendre ce jour-l&#224; mais d'en commencer une en m&#234;me temps que C&#233;line&#8230; Jamais je n'avais autant senti que je l'aimais comme je le sentis pendant sa retraite de trois jours ; pour la premi&#232;re fois de ma vie, j'&#233;tais loin d'elle, et ne couchais pas dans son lit&#8230; Le premier jour, ayant oubli&#233; qu'elle n'allait pas revenir, j'avais gard&#233; un petit bouquet de cerises que Papa m'avait achet&#233; pour le manger avec elle, ne la voyant pas arriver j'eus bien du chagrin. Papa me consola en me disant qu'il me conduirait &#224; l'Abbaye le lendemain pour voir ma C&#233;line et que je lui donnerais un autre bouquet de cerises ! &#8230; Le jour de la premi&#232;re communion de C&#233;line me laissa une impression semblable &#224; celle de la mienne ; en me r&#233;veillant le matin toute seule dans le grand lit, je me sentis inond&#233;e de joie. &#034;C'est aujourd'hui !&#8230; Le grand jour est arriv&#233;&#8230;&#034; je ne me lassais pas de [25v&#176;] r&#233;p&#233;ter ces paroles. Il me semblait que c'&#233;tait moi qui allais faire ma premi&#232;re Communion.&lt;strong&gt; Je crois que j'ai re&#231;u de grandes gr&#226;ces ce jour-l&#224; et je le consid&#232;re comme un des plus beaux de ma vie&#8230; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;Sourire&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;IV - Le sourire de la Vierge&lt;/h2&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;1) J&#233;sus ravit Pauline &#224; Th&#233;r&#232;se&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je suis retourn&#233;e un peu en arri&#232;re pour rappeler ce d&#233;licieux et doux souvenir, maintenant je dois parler de la douloureuse &#233;preuve qui vint briser le c&#339;ur de la petite Th&#233;r&#232;se, lorsque J&#233;sus lui ravit sa ch&#232;re maman, sa Pauline si tendrement aim&#233;e !&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un jour, j'avais dit &#224; Pauline que je voudrais &#234;tre solitaire, m'en aller avec elle dans un d&#233;sert lointain, elle m'avait r&#233;pondu que mon d&#233;sir &#233;tait le sien et qu'elle attendrait que je sois assez grande pour partir. Sans doute ceci n'&#233;tait pas dit s&#233;rieusement, mais la petite Th&#233;r&#232;se l'avait pris au s&#233;rieux ; aussi quelle ne fut pas sa douleur d'entendre un jour sa ch&#232;re Pauline parler avec Marie de son entr&#233;e prochaine au Carmel&#8230; Je ne savais pas ce qu'&#233;tait le Carmel, mais je comprenais que Pauline allait me quitter pour entrer dans un couvent, je comprenais qu'elle ne m'attendrait pas et que j'allais perdre ma seconde M&#232;re !&#8230; Ah ! Comment pourrais-je dire l'angoisse de mon c&#339;ur ?&#8230; &lt;strong&gt;En un instant je compris ce qu'&#233;tait la vie ; jusqu'alors je ne l'avais pas vue si triste, mais elle m'apparut dans toute sa r&#233;alit&#233;, je vis qu'elle n'&#233;tait qu'une souffrance et qu'une s&#233;paration continuelle. &lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;Je versai des larmes bien am&#232;res, car je ne comprenais pas encore la joie du sacrifice, j'&#233;tais faible, si faible que je regarde comme une grande gr&#226;ce d'avoir pu supporter une &#233;preuve qui semblait &#234;tre bien au-dessus de mes forces !&lt;/strong&gt; &#8230; Si j'avais appris tout doucement le d&#233;part de ma Pauline ch&#233;rie, je n'aurais peut-&#234;tre pas autant souffert mais [26r&#176;] &lt;em class=&#034;spip&#034;&gt; Ms A Folio 26, r&#176; &lt;/em&gt; l'ayant appris par surprise, ce fut comme si un glaive s'&#233;tait enfonc&#233; dans mon c&#339;ur&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;2) La vocation de Th&#233;r&#232;se&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Je me souviendrai toujours, ma M&#232;re ch&#233;rie, avec quelle tendresse vous m'avez consol&#233;e&#8230; Puis vous m'avez expliqu&#233; la vie du Carmel qui me sembla bien belle ! En repassant dans mon esprit tout ce que vous m'aviez dit, je sentis que le Carmel &#233;tait le d&#233;sert o&#249; le Bon Dieu voulait que j'aille aussi me cacher&#8230; Je le sentis avec tant de force qu'il n'y eut pas le moindre doute dans mon c&#339;ur : ce n'&#233;tait pas un r&#234;ve d'enfant qui se laisse entra&#238;ner, mais la certitude d'un appel Divin ;&lt;strong&gt; je voulais aller au Carmel non pour Pauline mais pour J&#233;sus seul&lt;/strong&gt;&#8230; Je pensai beaucoup de choses que les paroles ne peuvent rendre, mais qui laiss&#232;rent une grande paix dans mon &#226;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le lendemain je confiai mon secret &#224; Pauline qui regardant mes d&#233;sirs comme la volont&#233; du Ciel, me dit que bient&#244;t j'irais avec elle voir la M&#232;re Prieure du Carmel et qu'il faudrait lui dire ce que le Bon Dieu me faisait sentir&#8230; Un Dimanche fut choisi pour cette solennelle visite, mon embarras fut grand quand j'appris que Marie G. devait rester avec moi, &#233;tant encore assez petite pour voir les carm&#233;lites ; il fallait cependant que je trouve le moyen de rester seule, voici ce qui me vint &#224; la pens&#233;e : je dis &#224; Marie qu'ayant le privil&#232;ge de voir la M&#232;re Prieure, il fallait &#234;tre bien gentilles et tr&#232;s polies, pour cela nous devions lui confier nos secrets, donc chacune &#224; notre tour il fallait sortir un moment et laisser l'autre toute seule. Marie me crut sur parole et malgr&#233; sa r&#233;pugnance &#224; confier des secrets qu'elle n'avait pas, nous rest&#226;mes seules, l'une apr&#232;s l'autre, aupr&#232;s de notre M&#232;re. [26v&#176;] &lt;em class=&#034;spip&#034;&gt; Ms A Folio 26, v&#176; &lt;/em&gt; Ayant entendu mes grandes confidences M&#232;re Marie de Gonzague crut &#224; ma vocation, mais elle me dit qu'on ne recevait pas de postulantes de 9 ans et qu'il faudrait attendre mes 16 ans&#8230; Je me r&#233;signai malgr&#233; mon vif d&#233;sir d'entrer le plus t&#244;t possible et de faire ma premi&#232;re Communion le jour de la prise d'Habit de Pauline&#8230; Ce fut ce jour-l&#224; que je re&#231;us des compliments pour la seconde fois. S&#339;ur Th. de Saint Augustin &#233;tant venue me voir, ne se lassait pas de dire que j'&#233;tais gentille&#8230; je ne comptais pas venir au Carmel pour recevoir des louanges, aussi apr&#232;s le parloir, je ne cessai de r&#233;p&#233;ter au Bon Dieu que c'&#233;tait pour Lui tout seul que je voulais &#234;tre carm&#233;lite.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;3) La s&#233;paration&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Je t&#226;chai de bien profiter de ma Pauline ch&#233;rie pendant les quelques semaines qu'elle resta encore dans le monde ; chaque jour, C&#233;line et moi lui achetions un g&#226;teau et des bonbons, pensant que bient&#244;t elle n'en mangerait plus ; nous &#233;tions toujours &#224; ses c&#244;t&#233;s ne lui laissant pas une minute de repos. Enfin le 2 Octobre arriva, jour de larmes et de b&#233;n&#233;dictions o&#249; J&#233;sus cueillit la premi&#232;re de ses fleurs, qui devait &#234;tre la m&#232;re de celles qui viendraient la rejoindre peu d'ann&#233;es apr&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je vois encore la place o&#249; je re&#231;us le dernier baiser de Pauline, ensuite ma Tante nous emmena toutes &#224; la messe pendant que Papa allait sur la montagne du Carmel offrir son premier sacrifice&#8230; Toute la famille &#233;tait en larmes en sorte que nous voyant entrer dans l'&#233;glise les personnes nous regardaient avec &#233;tonnement, mais cela m'&#233;tait bien &#233;gal et ne m'emp&#234;chait pas de pleurer, je crois que si tout avait croul&#233; autour de moi je n'y aurais fait aucune attention, je regardais le beau Ciel bleu et je m'&#233;tonnais que le Soleil puisse luire avec [27r&#176;] autant d'&#233;clat, alors que mon &#226;me &#233;tait inond&#233;e de tristesse !&#8230; Peut-&#234;tre, ma M&#232;re ch&#233;rie, trouvez-vous que j'exag&#232;re la peine que j'ai ressentie ?&#8230; Je me rends bien compte qu'elle n'aurait pas d&#251; &#234;tre aussi grande, puisque j'avais l'espoir de vous retrouver au Carmel ; mais mon &#226;me &#233;tait loin d'&#234;tre m&#251;rie, je devais passer par bien des creusets avant d'atteindre le terme tant d&#233;sir&#233;..&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 2 Octobre &#233;tait le jour fix&#233; pour la rentr&#233;e de l'Abbaye, il me fallut donc y aller malgr&#233; ma tristesse&#8230; L'apr&#232;s-midi ma Tante vint nous chercher pour aller au Carmel et je vis ma Pauline ch&#233;rie derri&#232;re les grilles&#8230; Ah ! que j'ai souffert de ce parloir au Carmel ! Puisque j'&#233;cris l'histoire de mon &#226;me, je dois tout dire &#224; ma M&#232;re ch&#233;rie, et j'avoue que les souffrances qui avaient pr&#233;c&#233;d&#233; son entr&#233;e ne furent rien en comparaison de celles qui suivirent&#8230; Tous les Jeudis nous allions en famille au Carmel et moi, habitu&#233;e &#224; m'entretenir c&#339;ur &#224; c&#339;ur avec Pauline, j'obtenais &#224; grand'peine deux ou trois minutes &#224; la fin du parloir, bien entendu je les passais &#224; pleurer et m'en allais le c&#339;ur d&#233;chir&#233;&#8230; Je ne comprenais pas que c'&#233;tait par d&#233;licatesse pour ma Tante que vous adressiez de pr&#233;f&#233;rence la parole &#224; Jeanne et &#224; Marie au lieu de parler &#224; vos petites filles&#8230; je ne comprenais pas et je disais au fond de mon c&#339;ur : &#171; Pauline est perdue pour moi !!! &#187; Il est surprenant de voir combien mon esprit se d&#233;veloppa au sein de la souffrance ; il se d&#233;veloppa &#224; tel point que je ne tardai pas &#224; tomber malade.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;LEtrangeMaladie&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt; 4) Circonstances de la maladie&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;(1) La maladie dont je fus atteinte venait certainement du d&#233;mon, furieux de votre entr&#233;e au Carmel, il voulut se venger sur moi du tort que notre famille devait lui faire dans l'avenir, mais il ne savait pas que la [27v&#176;] douce Reine du Ciel veillait sur sa fragile petite fleur, qu'elle lui souriait du haut de son tr&#244;ne et s'appr&#234;tait &#224; faire cesser la temp&#234;te au moment o&#249; sa fleur devait se briser sans retour&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(2a) Vers la fin de l'ann&#233;e je fus prise d'un mal de t&#234;te continuel mais qui ne me faisait presque pas souffrir, je pouvais poursuivre mes &#233;tudes et personne ne s'inqui&#233;tait de moi, ceci dura jusqu'&#224; la f&#234;te de P&#226;ques de 1883.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(2b) Papa &#233;tant all&#233; &#224; Paris avec Marie et L&#233;onie, ma Tante me prit chez elle avec C&#233;line.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(3a) Un soir mon Oncle m'ayant emmen&#233;e avec lui, il me parla de Maman, des souvenirs pass&#233;s, avec une bont&#233; qui me toucha profond&#233;ment et me fit pleurer ; alors il dit que j'avais trop de c&#339;ur, qu'il me fallait beaucoup de distraction et r&#233;solut avec ma Tante de nous procurer du plaisir pendant les vacances de P&#226;ques. Ce soir-l&#224; nous devions aller au cercle catholique, mais trouvant que j'&#233;tais trop fatigu&#233;e, ma Tante me fit coucher ; en me d&#233;shabillant, je fus prise d'un tremblement &#233;trange, croyant que j'avais froid ma Tante m'entoura de couvertures et de bouteilles chaudes, mais rien ne put diminuer mon agitation qui dura presque toute la nuit. Mon Oncle, en revenant du cercle catholique avec mes cousines et C&#233;line, fut bien surpris de me trouver en cet &#233;tat qu'il jugea tr&#232;s grave, mais il ne voulut pas le dire afin de ne pas effrayer ma Tante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(3b) Le lendemain il alla trouver le docteur Notta qui jugea comme mon Oncle que j'avais une maladie tr&#232;s grave et dont jamais une enfant si jeune n'avait &#233;t&#233; atteinte. Tout le monde &#233;tait constern&#233;, ma Tante fut oblig&#233;e de me garder chez elle et me soigna avec une sollicitude vraiment maternelle. Lorsque Papa revint de Paris avec mes grandes s&#339;urs, Aim&#233;e les re&#231;ut avec une figure si triste que Marie [28r&#176;] &lt;em class=&#034;spip&#034;&gt; Ms A Folio 28, r&#176; &lt;/em&gt; crut que j'&#233;tais morte&#8230; &lt;strong&gt;Mais cette maladie n'&#233;tait pas pour que je meure, elle &#233;tait plut&#244;t comme celle de Lazare afin que Dieu soit glorifi&#233;&#8230; &lt;/strong&gt; Il le fut en effet, par la r&#233;signation admirable de mon pauvre petit P&#232;re qui crut que &#171; sa petite fille allait devenir folle ou bien qu'elle allait mourir. &#187; Il le fut aussi par celle de Marie !&#8230; Ah ! qu'elle a souffert &#224; cause de moi&#8230; combien je lui suis reconnaissante des soins qu'elle m'a prodigu&#233;s avec tant de d&#233;sint&#233;ressement&#8230; son c&#339;ur lui dictait ce qui m'&#233;tait n&#233;cessaire et vraiment un c&#339;ur de M&#232;re est bien plus savant que celui d'un m&#233;decin, il sait deviner ce qui convient &#224; la maladie de son enfant&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(4a) Cette pauvre Marie &#233;tait oblig&#233;e de venir s'installer chez mon Oncle car il &#233;tait impossible de me transporter alors aux Buissonnets.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(4b) Cependant la prise d'habit de Pauline approchait ; on &#233;vitait d'en parler devant moi sachant la peine que je ressentais de n'y pouvoir aller, mais moi j'en parlais souvent disant que je serais assez bien pour aller voir ma Pauline ch&#233;rie. En effet le Bon Dieu ne voulut pas me refuser cette consolation ou plut&#244;t Il voulut consoler sa Fianc&#233;e ch&#233;rie qui avait tant souffert de la maladie de sa petite fille&#8230; J'ai remarqu&#233; que J&#233;sus ne veut pas &#233;prouver ses enfants le jour de leurs fian&#231;ailles, cette f&#234;te doit &#234;tre sans nuages, un avant-go&#251;t des joies du Paradis, ne l'a-t-Il pas montr&#233; d&#233;j&#224; 5 fois ?&#8230; Je pus donc embrasser ma M&#232;re ch&#233;rie, m'asseoir sur ses genoux et la combler de caresses&#8230; Je pus la contempler si ravissante, sous la blanche parure de Fianc&#233;e&#8230; Ah ! ce fut un beau jour, au milieu de ma sombre &#233;preuve, mais ce jour passa vite&#8230; Bient&#244;t il me fallut monter dans la voiture qui m'emporta bien loin de Pauline&#8230; bien loin de mon Carmel ch&#233;ri.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(5a) En arrivant aux Buissonnets, on me fit coucher, malgr&#233; moi car j'assurais [28v&#176;] &#234;tre parfaitement gu&#233;rie et n'avoir plus besoin de soins. H&#233;las, je n'&#233;tais encore qu'au d&#233;but de mon &#233;preuve !&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(5b) Le lendemain je fus reprise comme je l'avais &#233;t&#233; et la maladie devint si grave que je ne devais pas en gu&#233;rir suivant les calculs humains&#8230; Je ne sais comment d&#233;crire une si &#233;trange maladie, je suis persuad&#233;e maintenant qu'elle &#233;tait l'&#339;uvre du d&#233;mon, mais longtemps apr&#232;s ma gu&#233;rison j'ai cru que j'avais fait expr&#232;s d'&#234;tre malade et ce fut l&#224; un vrai martyre pour mon &#226;me&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je le dis &#224; Marie qui me rassura de son mieux avec sa bont&#233; ordinaire, je le dis &#224; confesse et l&#224; encore mon confesseur essaya de me tranquilliser, disant que ce n'&#233;tait pas possible d'avoir fait semblant d'&#234;tre malade au point o&#249; je l'avais &#233;t&#233;. Le Bon Dieu qui voulait sans doute me purifier et surtout m'humilier me laissa ce martyre intime jusqu'&#224; mon entr&#233;e au Carmel o&#249; le P&#232;re de nos &#226;mes m'enleva tous mes doutes comme avec la main et depuis je suis parfaitement tranquille.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;5) Description de la maladie&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;(1) Il n'est pas surprenant que j'aie craint d'avoir paru malade sans l'&#234;tre en effet, car je disais et je faisais des choses que je ne pensais pas, presque toujours je paraissais en d&#233;lire, disant des paroles qui n'avaient pas de sens et cependant je suis s&#251;re de n'avoir pas &#233;t&#233; priv&#233;e un seul instant de l'usage de ma raison&#8230; Je paraissais souvent &#233;vanouie, ne faisant pas le plus l&#233;ger mouvement, alors je me serais laiss&#233; faire tout ce qu'on aurait voulu, m&#234;me tuer, pourtant j'entendais tout ce qui se disait autour de moi et je me rappelle encore de tout&#8230; Il m'est arriv&#233; une fois d'&#234;tre longtemps sans pouvoir ouvrir les yeux et de les ouvrir un instant pendant que je me trouvais seule&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(2) Je crois que le d&#233;mon avait re&#231;u un pouvoir ext&#233;rieur sur moi mais [29r&#176;] qu'il ne pouvait approcher de mon &#226;me ni de mon esprit, si ce n'est pour m'inspirer des frayeurs tr&#232;s grandes de certaines choses, par exemple pour des rem&#232;des tr&#232;s simples qu'on essayait en vain de me faire accepter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(3) Mais si le Bon Dieu permettait au d&#233;mon de s'approcher de moi il m'envoyait aussi des anges visibles&#8230; Marie &#233;tait toujours aupr&#232;s de mon lit me soignant et me consolant avec la tendresse d'une M&#232;re, jamais elle ne t&#233;moigna le plus petit ennui et cependant je lui donnais beaucoup de mal, ne souffrant pas qu'elle s'&#233;loigne de moi. Il fallait bien cependant qu'elle aille au repas avec Papa, mais je ne cessais de l'appeler tout le temps qu'elle &#233;tait partie, Victoire qui me gardait &#233;tait parfois oblig&#233;e d'aller chercher ma ch&#232;re &#171; Mama &#187; comme je l'appelais&#8230; Lorsque Marie voulait sortir il fallait que ce soit pour aller &#224; la messe ou bien pour voir Pauline, alors je ne disais rien&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mon Oncle et ma Tante &#233;taient aussi bien bons pour moi ; ma ch&#232;re petite Tante venait tous les jours me voir et m'apportait mille g&#226;teries. D'autres personnes amies de la famille vinrent aussi me visiter, mais je suppliai Marie de leur dire que je ne voulais pas recevoir de visites ; cela me d&#233;plaisait de &#171; voir des personnes assises autour de mon lit en rang d'oignons et me regardant comme une b&#234;te curieuse. &#187; La seule visite que j'aimais &#233;tait celle de mon Oncle et ma Tante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis cette maladie je ne saurais dire combien mon affection pour eux augmenta, je compris mieux que jamais qu'ils n'&#233;taient pas pour nous des parents ordinaires. Ah ! ce pauvre petit P&#232;re avait bien raison quand il nous r&#233;p&#233;tait souvent les paroles que je viens d'&#233;crire. Plus tard il exp&#233;rimenta qu'il ne s'&#233;tait pas tromp&#233; et maintenant il doit prot&#233;ger et b&#233;nir ceux qui lui prodigu&#232;rent des soins si d&#233;vou&#233;s&#8230; Moi je suis encore exil&#233;e et ne sachant pas montrer ma reconnaissance, je n'ai qu'un seul moyen pour soulager mon c&#339;ur : Prier pour les parents que j'aime, qui furent et qui sont encore si bons pour moi !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;onie &#233;tait aussi bien bonne pour moi, essayant de m'amuser de son mieux, moi je lui faisais quelquefois de la peine car elle voyait bien que Marie ne pouvait &#234;tre remplac&#233;e aupr&#232;s de moi&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et ma C&#233;line ch&#233;rie, que n'a-t-elle pas fait pour sa Th&#233;r&#232;se ?&#8230; Le Dimanche au lieu d'aller se promener elle venait s'enfermer des heures enti&#232;res avec une pauvre petite fille qui ressemblait &#224; une idiote ; vraiment [29v&#176;] il fallait de l'amour pour ne pas me fuir&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(4) Ah ! mes ch&#232;res petites S&#339;urs, que je vous ai fait souffrir !&#8230; personne ne vous avait fait autant de peine que moi et personne n'avait re&#231;u autant d'amour que vous m'en avez prodigu&#233;&#8230; Heureusement, j'aurai le Ciel pour me venger, mon Epoux est tr&#232;s riche et je puiserai dans ses tr&#233;sors d'amour afin de vous rendre au centuple tout ce que vous avez souffert &#224; cause de moi&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(5) Ma plus grande consolation pendant que j'&#233;tais malade, c'&#233;tait de recevoir une lettre de Pauline&#8230; Je la lisais, la relisais jusqu'&#224; la savoir par c&#339;ur&#8230; Une fois, ma M&#232;re ch&#233;rie, vous m'avez envoy&#233; un sablier et une de mes poup&#233;es habill&#233;e en carm&#233;lite, dire ma joie est chose impossible&#8230; Mon Oncle n'&#233;tait pas content, il disait qu'au lieu de me faire penser au Carmel il faudrait l'&#233;loigner de mon esprit, mais je sentais au contraire que c'&#233;tait l'esp&#233;rance d'&#234;tre un jour carm&#233;lite qui me faisait vivre&#8230; Mon plaisir &#233;tait de travailler pour Pauline, je lui faisais des petits ouvrages en papier bristol et ma plus grande occupation &#233;tait de faire des couronnes de p&#226;querettes et de myosotis pour la Sainte Vierge, nous &#233;tions au beau mois de mai, toute la nature se parait de fleurs et respirait la ga&#238;t&#233;, seule la &#171; petite fleur &#187; languissait et semblait &#224; jamais fl&#233;trie&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;6) La gr&#226;ce du sourire&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;(1) Cependant elle avait un Soleil aupr&#232;s d'elle, ce Soleil &#233;tait la Statue miraculeuse de la Sainte Vierge qui avait parl&#233; deux fois &#224; Maman, et souvent, bien souvent, la petite fleur tournait sa corolle vers cet Astre b&#233;ni&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(2) Un jour je vis Papa entrer dans la chambre de Marie o&#249; j'&#233;tais couch&#233;e ; il lui donna plusieurs pi&#232;ces d'or avec une expression de grande tristesse et lui dit d'&#233;crire &#224; Paris et de faire dire des messes &#224; Notre-Dame des Victoires pour qu'elle gu&#233;risse sa pauvre petite fille. Ah ! que je fus touch&#233;e en voyant la Foi et l'Amour de mon Roi ch&#233;ri ! [30r&#176;] J'aurais voulu pouvoir lui dire que j'&#233;tais gu&#233;rie, mais je lui avais d&#233;j&#224; fait assez de fausses joies, ce n'&#233;tait pas mes d&#233;sirs qui pouvaient faire un miracle, car il en fallait un pour me gu&#233;rir&#8230; Il fallait un miracle et ce fut Notre-Dame des Victoires qui le fit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(3) Un Dimanche (pendant la neuvaine de messes), Marie sortit dans le jardin me laissant avec L&#233;onie qui lisait aupr&#232;s de la fen&#234;tre, au bout de quelques minutes je me mis &#224; appeler presque tout bas : &#171; Mama&#8230; Mama&#8230; &#187;. L&#233;onie &#233;tant habitu&#233;e &#224; m'entendre toujours appeler ainsi, ne fit pas attention &#224; moi. Ceci dura longtemps, alors j'appelai plus fort et enfin Marie revint, je la vis parfaitement entrer, mais je ne pouvais dire que je la reconnaissais et je continuais d'appeler toujours plus fort : &#171; Mama&#8230; &#187;. Je souffrais beaucoup de cette lutte forc&#233;e et inexplicable et Marie en souffrait peut-&#234;tre encore plus que moi ; apr&#232;s de vains efforts pour me montrer qu'elle &#233;tait aupr&#232;s de moi, elle se mit &#224; genoux aupr&#232;s de mon lit avec L&#233;onie et C&#233;line puis se tournant vers la Sainte Vierge et la priant avec la ferveur d'une M&#232;re qui demande la vie de son enfant, Marie obtint ce qu'elle d&#233;sirait&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ne trouvant aucun secours sur la terre, la pauvre petite Th&#233;r&#232;se s'&#233;tait aussi tourn&#233;e vers sa M&#232;re du Ciel, elle la priait de tout son c&#339;ur d'avoir enfin piti&#233; d'elle&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(4) &lt;strong&gt;Tout &#224; coup la Sainte Vierge me parut belle, si belle que jamais je n'avais rien vu de si beau, son visage respirait une bont&#233; et une tendresse ineffable, mais ce qui me p&#233;n&#233;tra jusqu'au fond de l'&#226;me ce fut le &#171; ravissant sourire de la Ste Vierge &#187;.&lt;/strong&gt; Alors toutes mes peines s'&#233;vanouirent, deux grosses larmes jaillirent de mes paupi&#232;res et coul&#232;rent silencieusement sur mes joues, mais c'&#233;tait des larmes de joie sans m&#233;lange&#8230; Ah ! pensai-je, la Sainte Vierge m'a souri, que je suis heureuse&#8230; oui [30v&#176;] mais jamais je ne le dirai &#224; personne, car alors mon bonheur dispara&#238;trait. Sans aucun effort je baissai les yeux, et je vis Marie qui me regardait avec amour ; elle semblait &#233;mue et paraissait se douter de la faveur que la Sainte Vierge m'avait accord&#233;e&#8230; Ah ! c'&#233;tait bien &#224; elle, &#224; ses pri&#232;res touchantes que je devais la gr&#226;ce du sourire de la Reine des Cieux. En voyant mon regard fix&#233; sur la Sainte Vierge, elle s'&#233;tait dit : &#171; Th&#233;r&#232;se est gu&#233;rie ! &#187; Oui, la petite fleur allait rena&#238;tre &#224; la vie, le Rayon lumineux qui l'avait r&#233;chauff&#233;e ne devait pas arr&#234;ter ses bienfaits ; il n'agit pas tout d'un coup, mais doucement, suavement, il releva sa fleur et la fortifia de telle sorte que cinq ans apr&#232;s elle s'&#233;panouissait sur la montagne fertile du Carmel.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;7) Confession de la gr&#226;ce et naissance des scrupules&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;(1) Comme je l'ai dit, Marie avait devin&#233; que la Sainte Vierge m'avait accord&#233; quelque gr&#226;ce cach&#233;e, aussi lorsque je fus seule avec elle, me demandant ce que j'avais vu, je ne pus r&#233;sister &#224; ses questions si tendres et si pressantes ; &#233;tonn&#233;e de voir mon secret d&#233;couvert sans que je l'aie r&#233;v&#233;l&#233;, je le confiai tout entier &#224; ma ch&#232;re Marie&#8230; H&#233;las ! comme je l'avais senti, mon bonheur allait dispara&#238;tre et se changer en amertume ; pendant quatre ans le souvenir de la gr&#226;ce ineffable que j'avais re&#231;ue fut pour moi une vraie peine d'&#226;me, je ne devais retrouver mon bonheur qu'aux pieds de Notre-Dame des Victoires, mais alors il me fut rendu dans toute sa pl&#233;nitude&#8230; je reparlerai plus tard de cette seconde gr&#226;ce de la Sainte Vierge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(2) Maintenant il me faut vous dire, ma M&#232;re ch&#233;rie, comment ma joie se changea en tristesse. Marie apr&#232;s avoir entendu le r&#233;cit na&#239;f et sinc&#232;re de &#171; ma gr&#226;ce &#187; me demanda la permission de la dire au Carmel, je ne pouvais dire non&#8230; A ma premi&#232;re visite &#224; ce Carmel ch&#233;ri, je fus remplie de joie en voyant Pauline avec l'habit de la Sainte Vierge, [31r&#176;] ce fut un moment bien doux pour nous deux&#8230; Il y avait tant de choses &#224; se dire que je ne pouvais rien dire du tout, mon c&#339;ur &#233;tait trop plein&#8230; La bonne M&#232;re M. de Gonzague &#233;tait l&#224; aussi, me donnant mille marques d'affection ; je vis encore d'autres s&#339;urs et devant elles, on me questionna sur la gr&#226;ce que j'avais re&#231;ue, me demandant si la Sainte Vierge portait le petit J&#233;sus, ou bien s'il y avait beaucoup de lumi&#232;re, etc. Toutes ces questions me troubl&#232;rent et me firent de la peine, je ne pouvais dire qu'une chose : &#171; La Sainte Vierge m'avait sembl&#233; tr&#232;s belle&#8230; et je l'avais vue me sourire. &#187; C'&#233;tait sa figure seule qui m'avait frapp&#233;e, aussi voyant que les carm&#233;lites s'imaginaient tout autre chose (mes peines d'&#226;mes commen&#231;ant d&#233;j&#224; au sujet de ma maladie), je me figurai avoir menti&#8230; Sans doute, si j'avais gard&#233; mon secret, j'aurais aussi gard&#233; mon bonheur, mais la Sainte Vierge a permis ce tourment pour le bien de mon &#226;me, peut-&#234;tre aurais-je eu sans lui quelque pens&#233;e de vanit&#233;, au lieu que l'humiliation devenant mon partage, je ne pouvais me regarder sans un sentiment de profonde horreur&#8230; Ah ! ce que j'ai souffert, je ne pourrai le dire qu'au Ciel !&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;8) Le nom de Th&#233;r&#232;se de l'Enfant J&#233;sus&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;En parlant de visite aux carm&#233;lites je me souviens de la premi&#232;re, qui eut lieu peu de temps apr&#232;s l'entr&#233;e de Pauline, j'ai oubli&#233; d'en parler plus haut mais il est un d&#233;tail que je ne dois pas omettre. Le matin du jour o&#249; je devais aller au parloir, r&#233;fl&#233;chissant toute seule dans mon lit (car c'&#233;tait l&#224; que je faisais mes plus profondes oraisons et contrairement &#224; l'&#233;pouse des cantiques j'y trouvais toujours mon Bien-Aim&#233;), je me demandai quel nom j'aurais au Carmel ; je savais qu'il y avait une S&#339;ur Th&#233;r&#232;se de J&#233;sus, cependant mon beau nom de Th&#233;r&#232;se ne pouvait pas m'&#234;tre enlev&#233;. Tout &#224; coup je pensai [31v&#176;] au Petit J&#233;sus que j'aimais tant et je me dis : &lt;strong&gt;&#171; Oh ! que je serais heureuse de m'appeler Th&#233;r&#232;se de l'Enfant J&#233;sus ! &#187;&lt;/strong&gt; Je ne dis rien au parloir du r&#234;ve que j'avais fait toute &#233;veill&#233;e, mais la bonne M&#232;re M. de Gonzague demandant aux S&#339;urs quel nom il faudrait me donner, il lui vint &#224; la pens&#233;e de m'appeler du nom que j'avais r&#234;v&#233;&#8230; &lt;strong&gt;Ma joie fut grande et cette heureuse rencontre de pens&#233;es me sembla une d&#233;licatesse de mon Bien-Aim&#233; Petit J&#233;sus.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;V - &#171; L'unique bien, c'est d'aimer Dieu&#8230; &#187;&lt;/h2&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;1) Amour des images&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;J'ai oubli&#233; encore quelques petits d&#233;tails de mon enfance avant votre entr&#233;e au Carmel ; je ne vous ai pas parl&#233; de mon amour pour les images et la lecture&#8230; Et cependant, ma M&#232;re ch&#233;rie, je dois aux belles images que vous me montriez comme r&#233;compense, une des plus douces joies et des plus fortes impressions qui m'aient excit&#233;e &#224; la pratique de la vertu&#8230; j'oubliais les heures en les regardant, par exemple : La petite fleur du Divin Prisonnier me disait tant de choses que j'en &#233;tais plong&#233;e ! Voyant que le nom de Pauline &#233;tait &#233;crit au bas de la petite fleur, j'aurais voulu que celui de Th&#233;r&#232;se y f&#251;t aussi et je m'offrais &#224; J&#233;sus pour &#234;tre sa petite fleur&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;a id=&#034;Lecture de la vie de Jeanne d'Arc&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;2) Amour de la lecture&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Si je ne savais pas jouer, j'aimais beaucoup la lecture et j'y aurais pass&#233; ma vie ; heureusement, j'avais pour me guider des anges de la terre qui me choisissaient des livres qui tout en m'amusant nourrissaient mon c&#339;ur et mon esprit, et puis je ne devais passer qu'un certain temps &#224; lire, ce qui m'&#233;tait le sujet de grands sacrifices interrompant souvent ma lecture au milieu du passage le plus attachant&#8230; Cet attrait pour la lecture a dur&#233; jusqu'&#224; mon entr&#233;e au Carmel. Dire le nombre de livres qui m'ont pass&#233; dans les mains ne me serait pas possible, mais jamais le Bon Dieu n'a permis que j'en lise un seul capable de me faire du mal. Il est vrai qu'en lisant certains r&#233;cits chevaleresques, je ne sentais pas toujours au premier moment le vrai de la vie ; mais bient&#244;t le bon Dieu me faisait [32r&#176;] sentir que la vraie gloire est celle qui durera &#233;ternellement et que pour y parvenir, il n'&#233;tait pas n&#233;cessaire de faire des &#339;uvres &#233;clatantes mais de se cacher et de pratiquer la vertu en sorte que la main gauche ignore ce que fait la droite&#8230; Mt 6,3 &lt;a id=&#034;JeanneDArc&#034;&gt;&lt;/a&gt;C'est ainsi qu'en lisant les r&#233;cits des actions patriotiques des h&#233;ro&#239;nes Fran&#231;aises, en particulier celles de la V&#233;n&#233;rable &lt;strong&gt;JEANNE D'ARC&lt;/strong&gt;, j'avais un grand d&#233;sir de les imiter, il me semblait sentir en moi la m&#234;me ardeur dont elles &#233;taient anim&#233;es, la m&#234;me inspiration C&#233;leste. Alors je re&#231;us une gr&#226;ce que j'ai toujours regard&#233;e comme une des plus grandes de ma vie, car &#224; cet &#226;ge je ne recevais pas de lumi&#232;res comme maintenant o&#249; j'en suis inond&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;3) &#171; J'&#233;tais n&#233;e pour la gloire &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Je pensais que j'&#233;tais n&#233;e pour la gloire, et cherchant le moyen d'y parvenir, le Bon Dieu m'inspira les sentiments que je viens d'&#233;crire. &lt;strong&gt;Il me fit comprendre que ma gloire &#224; moi ne para&#238;trait pas aux yeux des mortels, qu'elle consisterait &#224; devenir une grande sainte !!!&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;Ce d&#233;sir pourrait sembler t&#233;m&#233;raire&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;si l'on consid&#232;re combien j'&#233;tais faible et imparfaite &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;et combien je le suis encore apr&#232;s sept ann&#233;es pass&#233;es en religion,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;cependant je sens toujours la m&#234;me confiance audacieuse de devenir une grande sainte,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;car je ne compte pas sur mes m&#233;rites n'en ayant aucun, &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;mais j'esp&#232;re en Celui qui est la Vertu, la Saintet&#233; M&#234;me, c'est Lui seul qui&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;se contentant de mes faibles efforts&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;m'&#233;l&#232;vera jusqu'&#224; Lui et, me couvrant de ses m&#233;rites infinis, me fera Sainte. &#187;&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Je ne pensais pas alors qu'il fallait beaucoup souffrir pour arriver &#224; la saintet&#233;, le Bon Dieu ne tarda pas &#224; me le montrer en m'envoyant les &#233;preuves que j'ai racont&#233;es plus haut&#8230;&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;4) Le voyage d'Alen&#231;on&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Maintenant je dois reprendre mon r&#233;cit au point o&#249; je l'avais laiss&#233;. Trois mois apr&#232;s ma gu&#233;rison Papa nous fit faire le voyage d'Alen&#231;on, c'&#233;tait la premi&#232;re fois que j'y retournais et ma joie fut bien grande en revoyant les lieux o&#249; s'&#233;tait &#233;coul&#233;e mon enfance, [32v&#176;] surtout de pouvoir prier sur la tombe de Maman et de lui demander de me prot&#233;ger toujours&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le bon Dieu m'a fait la gr&#226;ce de ne conna&#238;tre le monde que juste assez pour le m&#233;priser et m'en &#233;loigner. Je pourrais dire que ce fut pendant mon s&#233;jour &#224; Alen&#231;on que je fis ma premi&#232;re entr&#233;e dans le monde. Tout &#233;tait joie, bonheur autour de moi, j'&#233;tais f&#234;t&#233;e, choy&#233;e, admir&#233;e ; en un mot, ma vie pendant quinze jours ne fut sem&#233;e que de fleurs&#8230; J'avoue que cette vie avait des charmes pour moi. La Sagesse a bien raison de dire : &#171; Que l'ensorcellement des bagatelles du monde s&#233;duit l' esprit m&#234;me &#233;loign&#233; du mal. &#187; Sg 4,12 A dix ans le c&#339;ur se laisse facilement &#233;blouir, aussi je regarde comme une grande gr&#226;ce de n'&#234;tre pas rest&#233;e &#224; Alen&#231;on ; les amis que nous y avions &#233;taient trop mondains, ils savaient trop allier les joies de la terre avec le service du Bon Dieu. Ils ne pensaient pas assez &#224; la mort et cependant la mort est venue visiter un grand nombre de personnes que j'ai connues, jeunes, riches et heureuses !&#8230; J'aime &#224; retourner par la pens&#233;e aux lieux enchanteurs o&#249; elles ont v&#233;cu, &#224; me demander o&#249; elles sont, ce qui leur revient des ch&#226;teaux et des parcs o&#249; je les ai vues jouir des commodit&#233;s de la vie ?&#8230; Et je vois que tout est vanit&#233; et affliction d'esprit sous le Soleil&#8230; Qo 2,11 &lt;strong&gt; que l'unique bien, c'est d'aimer Dieu de tout son c&#339;ur et d'&#234;tre ici-bas pauvre d'esprit&#8230; Mt 5,3 &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;PremiereCommunion&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;VI - Premi&#232;re communion et Confirmation&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Peut-&#234;tre J&#233;sus a-t-il voulu me montrer le monde avant la premi&#232;re visite qu'Il devait me faire afin que je choisisse plus librement la voie que je devais lui promettre de suivre. L'&#233;poque de ma premi&#232;re Communion est rest&#233;e grav&#233;e dans mon c&#339;ur, comme un souvenir sans nuages, il me semble que je ne pouvais pas &#234;tre mieux dispos&#233;e que je le fus et puis mes peines d'&#226;me me quitt&#232;rent pendant pr&#232;s d'un an. J&#233;sus voulait me faire go&#251;ter une joie aussi parfaite qu'il est possible en cette vall&#233;e de larmes&#8230; Ps 84,7&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;1) Les trois mois de pr&#233;paration&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;[33r&#176;] Vous vous souvenez, ma M&#232;re ch&#233;rie, du ravissant petit livre que vous m'aviez fait trois mois avant ma premi&#232;re Communion ?&#8230; Ce fut lui qui m'aida &#224; pr&#233;parer mon c&#339;ur d'une fa&#231;on suivie et rapide, car si depuis longtemps je le pr&#233;parais d&#233;j&#224;, il fallait bien lui donner un nouvel &#233;lan, le remplir de fleurs nouvelles afin que J&#233;sus puisse s'y reposer avec plaisir&#8230; Chaque jour je faisais un grand nombre de reliques qui formaient autant de fleurs, je faisais encore un plus grand nombre d'aspirations que vous aviez &#233;crites sur mon petit livre pour chaque jour et ces actes d'amour formaient les boutons de fleurs&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chaque semaine vous m'&#233;criviez une jolie petite lettre, qui me remplissait l'&#226;me de pens&#233;es profondes et m'aidait &#224; pratiquer la vertu, c'&#233;tait une consolation pour votre pauvre petite fille qui faisait un si grand sacrifice en acceptant de n'&#234;tre pas chaque soir r&#233;par&#233;e sur vos genoux comme l'avait &#233;t&#233; sa ch&#232;re C&#233;line&#8230; C'&#233;tait Marie qui rempla&#231;ait Pauline pour moi ; je m'asseyais sur ses genoux et l&#224; j'&#233;coutais avidement ce qu'elle me disait, il me semble que tout son c&#339;ur, si grand, si g&#233;n&#233;reux, passait en moi. Comme les illustres guerriers apprennent &#224; leurs enfants le m&#233;tier des armes, ainsi me parlait-elle des combats de la vie, de la palme donn&#233;e aux victorieux. .. Marie me parlait encore des richesses immortelles qu'il est facile d'amasser chaque jour, du malheur de passer sans vouloir se donner la peine de tendre la main pour les prendre, puis elle m'indiquait le moyen d'&#234;tre sainte par la fid&#233;lit&#233; aux plus petites choses ; elle me donna la petite feuille : &#171; Du renoncement &#187; que je m&#233;ditais avec d&#233;lices&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ah ! qu'elle &#233;tait &#233;loquente ma ch&#232;re marraine ! J'aurais voulu n'&#234;tre pas seule &#224; entendre ses profonds enseignements, je me sentais si touch&#233;e que dans ma na&#239;vet&#233; je croyais que les plus grands p&#233;cheurs auraient &#233;t&#233; touch&#233;s comme moi et que, laissant l&#224; leurs richesses p&#233;rissables, ils n'auraient plus voulu gagner [33v&#176;] que celles du Ciel&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A cette &#233;poque personne ne m'avait encore enseign&#233; le moyen de faire oraison, j'en avais cependant bien envie, mais Marie me trouvant assez pieuse, ne me laissait faire que mes pri&#232;res. Un jour une de mes ma&#238;tresses de l'Abbaye me demanda ce que je faisais les jours de cong&#233; lorsque j'&#233;tais seule. Je lui r&#233;pondis que j'allais derri&#232;re mon lit dans un espace vide qui s'y trouvait et qu'il m'&#233;tait facile de fermer avec le rideau et que l&#224; &#171; je pensais. &#187; Mais &#224; quoi pensez-vous ? me dit-elle. Je pense au bon Dieu, &#224; la vie&#8230; &#224; l'&#201;TERNIT&#201;, enfin je pense !&#8230; La bonne religieuse rit beaucoup de moi, plus tard elle aimait &#224; me rappeler le temps o&#249; je pensais, me demandant si je pensais encore&#8230; &lt;strong&gt;Je comprends maintenant que je faisais oraison sans le savoir et que d&#233;j&#224; le Bon Dieu m'instruisait en secret. &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;2) La retraite &#224; l'Abbaye&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Les trois mois de pr&#233;paration pass&#232;rent vite, bient&#244;t je dus entrer en retraite et pour cela devenir grande pensionnaire, couchant &#224; l'Abbaye. Je ne puis dire le doux souvenir que m'a laiss&#233; cette retraite ; vraiment si j'ai beaucoup souffert en pension, j'en ai &#233;t&#233; largement pay&#233;e par le bonheur ineffable de ces quelques jours pass&#233;s dans l'attente de J&#233;sus&#8230; Je ne crois pas que l'on puisse go&#251;ter cette joie ailleurs que dans les communaut&#233;s religieuses, le nombre des enfants &#233;tant petit, il est facile de s'occuper de chacune en particulier, et vraiment nos ma&#238;tresses nous prodiguaient &#224; ce moment des soins maternels. Elles s'occupaient encore plus de moi que des autres, chaque soir la premi&#232;re ma&#238;tresse venait avec sa petite lanterne m'embrasser dans mon lit en me montrant une grande affection. Un soir, touch&#233;e de sa bont&#233;, je lui dis que j'allais lui confier un secret et tirant myst&#233;rieusement mon pr&#233;cieux petit livre qui &#233;tait sous mon oreiller, je le lui montrai avec des yeux brillants de joie&#8230; Le matin, je trouvais cela bien gentil de voir toutes les &#233;l&#232;ves se lever d&#232;s le r&#233;veil [34r&#176;] et de faire comme elles, mais je n'&#233;tais pas habitu&#233;e &#224; faire ma toilette toute seule. Marie n'&#233;tait pas l&#224; pour me friser aussi j'&#233;tais oblig&#233;e d'aller timidement pr&#233;senter mon peigne &#224; la ma&#238;tresse de la chambre de toilette, elle riait en voyant une grande fille de onze ans ne sachant pas se servir, cependant elle me peignait, mais pas si doucement que Marie et pourtant je n'osais pas crier, ce qui m'arrivait tous les jours sous la douce main de marraine&#8230; &lt;strong&gt;Je fis l'exp&#233;rience pendant ma retraite que j'&#233;tais une enfant choy&#233;e et entour&#233;e comme il y en a peu sur la terre, surtout parmi les enfants qui sont priv&#233;es de leur m&#232;re&#8230; &lt;/strong&gt; Tous les jours Marie et L&#233;onie venaient me voir avec Papa qui me comblait de g&#226;teries, aussi je n'ai pas souffert de la privation d'&#234;tre loin de la famille et rien ne vint obscurcir le beau Ciel de ma retraite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'&#233;coutais avec beaucoup d'attention les instructions que nous faisait Monsieur l'abb&#233; Domin et j'en &#233;crivais m&#234;me le r&#233;sum&#233; ; pour mes pens&#233;es, je ne voulus en &#233;crire aucune, disant que je m'en rappellerais bien, ce qui fut vrai&#8230; C'&#233;tait pour moi un grand bonheur d'aller avec les religieuses &#224; tous les offices ; je me faisais remarquer au milieu de mes compagnes par un grand Crucifix que L&#233;onie m'avait donn&#233; et que je passais dans ma ceinture &#224; la fa&#231;on des missionnaires, ce Crucifix faisait envie aux religieuses qui pensaient que je voulais, en le portant, imiter ma s&#339;ur carm&#233;lite&#8230; Ah ! c'&#233;tait bien vers elle qu'allaient mes pens&#233;es, je savais que ma Pauline &#233;tait en retraite comme moi, non pour que J&#233;sus se donne &#224; elle, mais pour se donner elle-m&#234;me &#224; J&#233;sus. Cette solitude pass&#233;e dans l'attente m'&#233;tait donc doublement ch&#232;re&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me rappelle qu'un matin on m'avait fait aller dans l'infirmerie parce que je toussais beaucoup (depuis ma maladie mes ma&#238;tresses faisaient une grande attention &#224; moi, pour un l&#233;ger mal de t&#234;te ou bien si elles me voyaient plus p&#226;le qu'&#224; [34v&#176;] l'ordinaire, elles m'envoyaient prendre l'air ou me reposer &#224; l'infirmerie.) Je vis entrer ma C&#233;line ch&#233;rie, elle avait obtenu la permission de venir me voir malgr&#233; la retraite pour m'offrir une image qui me fit bien plaisir, c'&#233;tait : &#034;La petite fleur du Divin Prisonnier&#034;. Oh ! qu'il m'a &#233;t&#233; doux de recevoir ce souvenir de la main de C&#233;line&#8230; Combien de pens&#233;es d'amour n'ai-je pas eues &#224; cause d'elles&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;3) &#171; La veille du grand jour &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;La veille du grand jour je re&#231;us l'absolution pour la seconde fois, ma confession g&#233;n&#233;rale me laissa une grande paix dans l'&#226;me et le Bon Dieu ne permit pas que le plus l&#233;ger nuage v&#238;nt la troubler. L'apr&#232;s-midi je demandai pardon &#224; toute la famille qui vint me voir, mais je ne pus parler que par mes larmes, j'&#233;tais trop &#233;mue&#8230; Pauline n'&#233;tait pas l&#224;, cependant je sentais qu'elle &#233;tait pr&#232;s de moi par le c&#339;ur ; elle m'avait envoy&#233; une belle image par Marie, je ne me lassais pas de l'admirer et de la faire admirer par tout le monde ! &#8230; J'avais &#233;crit au bon P&#232;re Pichon pour me recommander &#224; ses pri&#232;res, lui disant aussi que bient&#244;t je serais carm&#233;lite et qu'alors il serait mon directeur. (C'est en effet ce qui arriva quatre ans plus tard, puisque ce fut au Carmel que je lui ouvris mon &#226;me&#8230;) Marie me donna une lettre de lui, vraiment j'&#233;tais trop heureuse !&#8230; Tous les bonheurs m'arrivaient ensemble. Ce qui me fit le plus de plaisir dans sa lettre fut cette phrase : &#034;Demain, je monterai au Saint Autel pour vous et votre Pauline ! &#034; Pauline et Th&#233;r&#232;se devinrent le 8 Mai de plus en plus unies, puisque J&#233;sus semblait les confondre en les inondant de ses gr&#226;ces&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;4 ) Le &#034;beau jour entre les jours&#034;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Le &#034;beau jour entre les jours&#034; arriva enfin, quels ineffables souvenirs ont laiss&#233;s dans mon &#226;me les plus petits d&#233;tails de cette journ&#233;e du Ciel !&#8230; Le joyeux r&#233;veil de l'aurore, les baisers respectueux et tendres des ma&#238;tresses et des [35r&#176;] grandes compagnes&#8230; La grande chambre remplie de flocons neigeux dont chaque enfant se voyait rev&#234;tir &#224; son tour&#8230; Surtout l'entr&#233;e &#224; la chapelle et le chant matinal du beau cantique : &#034;O saint Autel qu'environnent les Anges !&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais je ne veux pas entrer dans les d&#233;tails, il est de ces choses qui perdent leur parfum d&#232;s qu'elles sont expos&#233;es &#224; l'air, il est des pens&#233;es de l'&#226;me qui ne peuvent se traduire en langage de la terre sans perdre leur sens intime et C&#233;leste ; Elles sont comme cette &#034;pierre blanche qui sera donn&#233;e au vainqueur et sur laquelle est &#233;crit un nom que personne ne CONNAIT que CELUI qui le re&#231;oit&#034; Ap 2,17 Ah ! qu'il fut doux le premier baiser de J&#233;sus &#224; mon &#226;me !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce fut un baiser d'amour, je me sentais aim&#233;e, et je disais aussi : &#034; Je vous aime, je me donne &#224; vous pour toujours.&#034; Il n'y eut pas de demandes, pas de luttes, de sacrifices ; depuis longtemps, J&#233;sus et la pauvre petite Th&#233;r&#232;se s'&#233;taient regard&#233;s et s'&#233;taient compris &#8230; &lt;strong&gt;Ce jour-l&#224; ce n'&#233;tait plus un regard, mais une fusion, ils n'&#233;taient plus deux, Th&#233;r&#232;se avait disparu, comme la goutte d'eau qui se perd au sein de l'oc&#233;an.&lt;/strong&gt; J&#233;sus restait seul, Il &#233;tait le ma&#238;tre, le Roi. Th&#233;r&#232;se ne lui avait-elle pas demand&#233; de lui &#244;ter sa libert&#233;, car sa libert&#233; lui faisait peur, elle se sentait si faible, si fragile que pour jamais elle voulait s'unir &#224; la Force Divine ! &#8230; Sa joie &#233;tait trop grande, trop profonde pour qu'elle p&#251;t la contenir, des larmes d&#233;licieuses l'inond&#232;rent bient&#244;t au grand &#233;tonnement de ses compagnes, qui plus tard se disaient l'une &#224; l'autre : &#034;Pourquoi donc a-t-elle pleur&#233; ? N'avait-elle pas quelque chose qui la g&#234;nait ?&#8230; Non c'&#233;tait plut&#244;t de ne pas voir sa M&#232;re aupr&#232;s d'elle, ou sa S&#339;ur qu'elle aime tant qui est carm&#233;lite.&#034; Elles ne comprenaient pas que toute la joie du Ciel venant dans un c&#339;ur, ce c&#339;ur exil&#233; ne puisse la supporter sans r&#233;pandre des larmes&#8230; Oh ! non, l'absence de Maman ne me faisait pas de peine le jour de ma premi&#232;re communion : le Ciel n'&#233;tait-il pas [35v&#176;] dans mon &#226;me, et Maman n'y avait-elle pas pris place depuis longtemps ? Ainsi en recevant la visite de J&#233;sus, je recevais aussi celle de ma M&#232;re ch&#233;rie qui me b&#233;nissait se r&#233;jouissant de mon bonheur&#8230; Je ne pleurais pas l'absence de Pauline, sans doute j'aurais &#233;t&#233; heureuse de la voir &#224; mes c&#244;t&#233;s, mais depuis longtemps mon sacrifice &#233;tait accept&#233; ; en ce jour, la joie seule remplissait mon c&#339;ur, je m'unissais &#224; elle qui se donnait irr&#233;vocablement &#224; Celui qui se donnait si amoureusement &#224; moi !&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;5) &#171; l'acte de cons&#233;cration &#224; la Sainte Vierge &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;L'apr&#232;s-midi ce fut moi qui pronon&#231;ai l'acte de cons&#233;cration &#224; la Sainte Vierge ; il &#233;tait bien juste que je parle au nom de mes compagnes &#224; ma M&#232;re du Ciel, moi qui avais &#233;t&#233; priv&#233;e si jeune de ma M&#232;re de la terre&#8230; Je mis tout mon c&#339;ur &#224; lui parler, &#224; me consacrer &#224; elle, comme une enfant qui se jette entre les bras de sa M&#232;re et lui demande de veiller sur elle. Il me semble que la Sainte Vierge dut regarder sa petite fleur et lui sourire, n'&#233;tait-ce pas elle qui l'avait gu&#233;rie par un visible sourire ?&#8230; N'avait-elle pas d&#233;pos&#233; dans le calice de sa petite Fleur, son J&#233;sus, la Fleur des Champs, le Lys de la vall&#233;e ? Ct 2,1&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;-]&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;6) &#171; Je retrouvai ma famille de la terre. &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Au soir de ce beau jour, je retrouvai ma famille de la terre ; d&#233;j&#224; le matin apr&#232;s la messe, j'avais embrass&#233; Papa et tous mes chers parents, mais alors c'&#233;tait la vraie r&#233;union, Papa prenant la main de sa petite reine se dirigea vers le Carmel&#8230; Alors je vis ma Pauline devenue l'&#233;pouse de J&#233;sus, je la vis avec son voile blanc comme le mien et sa couronne de roses&#8230; Ah ! ma joie fut sans amertume, j'esp&#233;rais la rejoindre bient&#244;t et attendre avec elle le Ciel ! Je ne fus pas insensible &#224; la f&#234;te de famille qui eut lieu le soir de ma premi&#232;re Communion ; la belle montre que me donna mon Roi me fit un grand plaisir, mais ma joie &#233;tait tranquille et rien ne vint troubler ma paix intime. Marie me prit avec elle la nuit qui suivit ce beau jour, car les jours les plus radieux sont suivis de t&#233;n&#232;bres, seul le jour de la premi&#232;re, de l'unique, [36r&#176;] de l'&#233;ternelle Communion du Ciel sera sans couchant !&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le lendemain de ma premi&#232;re Communion fut encore un beau jour, mais il fut empreint de m&#233;lancolie. La belle toilette que Marie m'avait achet&#233;e, tous les cadeaux que j'avais re&#231;us ne me remplissaient pas le c&#339;ur, il n'y avait que J&#233;sus qui p&#251;t me contenter, j'aspirais apr&#232;s le moment o&#249; je pourrais le recevoir une seconde fois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;Nouvelles gr&#226;ces de communion&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;7) Nouvelles gr&#226;ces de communion&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Environ un mois apr&#232;s ma premi&#232;re communion j'allai me confesser pour l'Ascension et j'osai demander la permission de faire la Sainte communion. Contre toute esp&#233;rance, Monsieur l'abb&#233; me le permit et j'eus le bonheur d'aller m'agenouiller &#224; la Sainte Table entre Papa et Marie ; quel doux souvenir j'ai gard&#233; de cette seconde visite de J&#233;sus ! Mes larmes coul&#232;rent encore avec une ineffable douceur, je me r&#233;p&#233;tais sans cesse &#224; moi-m&#234;me ces paroles de Saint Paul : &#034;Ce n'est plus moi qui vis, c'est J&#233;sus qui vit en moi !&#8230;&#034; Ga 2,20 Depuis cette communion, mon d&#233;sir de recevoir le Bon Dieu devint de plus en plus grand, j'obtins la permission de la faire &#224; toutes les principales f&#234;tes. La veille de ces heureux jours Marie me prenait le soir sur ses genoux et me pr&#233;parait comme elle l'avait fait pour ma premi&#232;re communion ; je me souviens qu'une fois elle me parla de la souffrance, me disant que je ne marcherais probablement pas par cette voie mais que le Bon Dieu me porterait toujours comme une enfant&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le lendemain apr&#232;s ma communion, les paroles de Marie me revinrent &#224; la pens&#233;e ; je sentis na&#238;tre en mon c&#339;ur un grand d&#233;sir de la souffrance et en m&#234;me temps l'intime assurance que J&#233;sus me r&#233;servait un grand nombre de croix ; je me sentis inond&#233;e de consolations si grandes que je les regarde comme une des gr&#226;ces les plus grandes de ma vie. La souffrance devint mon attrait, elle avait des charmes qui me ravissaient sans les bien conna&#238;tre. Jusqu'alors j'avais souffert sans aimer la souffrance, depuis ce jour je sentis pour elle [36v&#176;] un v&#233;ritable amour. Je sentais aussi le d&#233;sir de n'aimer que le Bon Dieu, de ne trouver de joie qu'en Lui. Souvent pendant mes communions, je r&#233;p&#233;tais ces paroles de l'Imitation : &#034;O J&#233;sus ! douceur ineffable, changez pour moi en amertume, toutes les consolations de la terre&#034; cette pri&#232;re sortait de mes l&#232;vres sans effort, sans contrainte ; il me semblait que je la r&#233;p&#233;tais, non par ma volont&#233;, mais comme une enfant qui redit les paroles qu'une personne amie lui inspire&#8230; Plus tard je vous dirai, ma M&#232;re ch&#233;rie, comment J&#233;sus s'est plu &#224; r&#233;aliser mon d&#233;sir, comment Il fut toujours Lui seul ma douceur ineffable ; si je vous en parlais tout de suite je serais oblig&#233;e d'anticiper sur le temps de ma vie de jeune fille, il me reste encore beaucoup de d&#233;tails &#224; vous donner sur ma vie d'enfant.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;8) La Confirmation&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Peu de temps apr&#232;s ma premi&#232;re Communion, j'entrai de nouveau en retraite pour ma Confirmation. Je m'&#233;tais pr&#233;par&#233;e avec beaucoup de soin &#224; recevoir la visite de l'Esprit-Saint, Ac 1,14 je ne comprenais pas qu'on ne fasse pas une grande attention &#224; la r&#233;ception de ce sacrement d'Amour. Ordinairement on ne faisait qu'un jour de retraite pour la Confirmation, mais Monseigneur n'ayant pu venir au jour marqu&#233;, j'eus la consolation d'avoir deux jours de solitude. Pour nous distraire notre ma&#238;tresse nous conduisit au Mont Cassin et l&#224; je cueillis &#224; pleines mains des grandes p&#226;querettes pour la F&#234;te-Dieu. Ah ! que mon &#226;me &#233;tait joyeuse ! Comme les ap&#244;tres j'attendais avec bonheur la visite de l'Esprit-Saint&#8230; Ac 2,1-4 Je me r&#233;jouissais &#224; la pens&#233;e d'&#234;tre bient&#244;t parfaite chr&#233;tienne et surtout &#224; celle d'avoir &#233;ternellement sur le front la croix myst&#233;rieuse que l'&#233;v&#234;que marque en imposant le sacrement &#8230; Enfin l'heureux moment arriva, je ne sentis pas un vent imp&#233;tueux au moment de la descente du Saint Esprit, mais plut&#244;t cette brise l&#233;g&#232;re dont le proph&#232;te &#201;lie entendit le murmure sur le mont Horeb 1R 19,11-13 En ce jour je re&#231;us la force de souffrir, car bient&#244;t apr&#232;s le martyre de mon &#226;me devait [37r&#176;] commencer&#8230; Ce fut ma ch&#232;re petite L&#233;onie qui me servit de Marraine, elle &#233;tait si &#233;mue qu'elle ne put emp&#234;cher ses larmes de couler tout le temps de la c&#233;r&#233;monie. Avec moi elle re&#231;ut la Sainte Communion, car j'eus encore le bonheur de m'unir &#224; J&#233;sus en ce beau jour.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;VI - &#171; Je dus reprendre la vie de pensionnaire. &#187;&lt;/h2&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;1) Les r&#233;cr&#233;ations &#224; l'Abbaye&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s ces d&#233;licieuses et inoubliables f&#234;tes, ma vie rentra dans l'ordinaire, c'est-&#224;-dire que je dus reprendre la vie de pensionnaire qui m'&#233;tait si p&#233;nible. Au moment de ma premi&#232;re Communion j'aimais cette existence avec des enfants de mon &#226;ge, toutes remplies de bonne volont&#233;, ayant pris comme moi la r&#233;solution de pratiquer s&#233;rieusement la vertu ; mais il fallait me remettre en contact avec des &#233;l&#232;ves bien diff&#233;rentes, dissip&#233;es, ne voulant pas observer la r&#232;gle, et cela me rendait bien malheureuse. J'&#233;tais d'un caract&#232;re gai, mais je ne savais pas me livrer aux jeux de mon &#226;ge et souvent pendant les r&#233;cr&#233;ations, je m'appuyais contre un arbre et l&#224; je contemplais le coup d'&#339;il, me livrant &#224; de s&#233;rieuses r&#233;flexions ! J'avais invent&#233; un jeu qui me plaisait, c'&#233;tait d'enterrer les pauvres petits oiseaux que nous trouvions morts sous les arbres ; beaucoup d'&#233;l&#232;ves voulurent m'aider en sorte que notre cimeti&#232;re devint tr&#232;s joli, plant&#233; d'arbres et de fleurs proportionn&#233;s &#224; la grandeur de nos petits emplum&#233;s. J'aimais encore &#224; raconter des histoires que j'inventais &#224; mesure qu'elles me venaient &#224; l'esprit, mes compagnes alors m'entouraient avec empressement et parfois de grandes &#233;l&#232;ves se m&#234;laient &#224; la troupe des auditeurs. La m&#234;me histoire durait plusieurs jours, car je me plaisais &#224; la rendre de plus en plus int&#233;ressante &#224; mesure que je voyais les impressions qu'elle produisait et qui se manifestaient sur les visages de mes compagnes, mais bient&#244;t la ma&#238;tresse me d&#233;fendit de continuer mon m&#233;tier d'orateur, voulant nous voir jouer et courir et non pas discourir&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;2) La classe&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Je retenais facilement le sens des choses que j'apprenais, mais j'avais de la peine &#224; apprendre mot &#224; mot ; aussi pour le cat&#233;chisme, je demandai [37v&#176;] presque tous les jours, l'ann&#233;e qui pr&#233;c&#233;da ma premi&#232;re Communion, la permission de l'apprendre pendant les r&#233;cr&#233;ations ; mes efforts furent couronn&#233;s de succ&#232;s et je fus toujours la premi&#232;re. Si par hasard pour un seul mot oubli&#233;, je perdais ma place, ma douleur se manifestait par des larmes am&#232;res que Monsieur l'abb&#233; Domin ne savait comment apaiser&#8230; Il &#233;tait bien content de moi (non pas lorsque je pleurais) et m'appelait son petit docteur, &#224; cause de mon nom de Th&#233;r&#232;se. Une fois, l'&#233;l&#232;ve qui me suivait ne sut pas faire sa compagne la question du cat&#233;chisme. Monsieur l'abb&#233; ayant en vain fait le tour de toutes les &#233;l&#232;ves revint &#224; moi et dit qu'il allait voir si je m&#233;ritais ma place de premi&#232;re. Dans ma profonde humilit&#233;, je n'attendais que cela ; me levant avec assurance je dis ce qui m'&#233;tait demand&#233; sans faire une seule faute, au grand &#233;tonnement de tout le monde&#8230; Apr&#232;s ma premi&#232;re Communion, mon z&#232;le pour le cat&#233;chisme continua jusqu'&#224; ma sortie de pension. Je r&#233;ussissais tr&#232;s bien dans mes &#233;tudes, presque toujours j'&#233;tais la premi&#232;re, mes plus grands succ&#232;s &#233;taient l'histoire et le style. Toutes mes ma&#238;tresses me regardaient comme une &#233;l&#232;ve tr&#232;s intelligente, il n'en &#233;tait pas de m&#234;me chez mon Oncle o&#249; je passais pour une petite ignorante, bonne et douce, ayant un jugement droit, mais incapable et maladroite&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne suis pas surprise de cette opinion que mon Oncle et ma Tante avaient et ont sans doute encore de moi, Je ne parlais presque pas &#233;tant tr&#232;s timide ; lorsque j'&#233;crivais, mon &#233;criture de chat et mon orthographe qui n'est rien moins que naturelle n'&#233;taient pas faites pour s&#233;duire&#8230; Dans les petits travaux de couture, broderies et autres, je r&#233;ussissais bien, il est vrai, au gr&#233; de mes ma&#238;tresses, mais la fa&#231;on gauche et maladroite dont je tenais mon ouvrage justifiait l'opinion peu avantageuse qu'on avait de moi. Je regarde cela comme une gr&#226;ce, le Bon Dieu voulant mon c&#339;ur pour [38r&#176;] Lui seul, exau&#231;ait d&#233;j&#224; ma pri&#232;re &#034;Changeant en amertume les consolations de la terre.&#034; J'en avais d'autant plus besoin que je n'aurais pas &#233;t&#233; insensible aux louanges. Souvent on vantait devant moi l'intelligence des autres, mais la mienne jamais, alors j'en conclus que je n'en avais pas et je me r&#233;signai &#224; m'en voir priv&#233;e&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;3) &#171; Amertume dans les amiti&#233;s de la terre &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Mon c&#339;ur sensible et aimant se serait facilement donn&#233; s'il avait trouv&#233; un c&#339;ur capable de le comprendre&#8230; J'essayai de me lier avec des petites filles de mon &#226;ge, surtout avec deux d'entre elles, je les aimais et de leur c&#244;t&#233; elles m'aimaient autant qu'elles en &#233;taient capables ; mais h&#233;las ! qu'il est &#233;troit et volage le c&#339;ur des cr&#233;atures !&#8230; Bient&#244;t je vis que mon amour &#233;tait incompris, une de mes amies ayant &#233;t&#233; oblig&#233;e de rentrer dans sa famille revint quelques mois apr&#232;s ; pendant son absence j'avais pens&#233; &#224; elle, gardant pr&#233;cieusement une petite bague qu'elle m'avait donn&#233;e. En revoyant ma compagne ma joie fut grande, mais h&#233;las ! je n'obtins qu'un regard indiff&#233;rent&#8230; Mon amour n'&#233;tait pas compris, je le sentis et je ne mendiai pas une affection qu'on me refusait, mais le Bon Dieu m'a donn&#233; un c&#339;ur si fid&#232;le que lorsqu'il a aim&#233; purement, il aime toujours, aussi je continuai de prier pour ma compagne et je l'aime encore&#8230; En voyant C&#233;line aimer une de nos ma&#238;tresses, je voulus l'imiter, mais ne sachant pas gagner les bonnes gr&#226;ces des cr&#233;atures je ne pus y r&#233;ussir. O heureuse ignorance ! Qu'elle m'a &#233;vit&#233; de grands maux !&#8230; Combien je remercie J&#233;sus de ne m'avoir fait trouver &#034;Qu'amertume dans les amiti&#233;s de la terre&#034; avec un c&#339;ur comme le mien, je me serais laiss&#233;e prendre et couper les ailes, alors comment aurais-je pu &#034;voler et me reposer ?&#034; Ps 55,7 &#034;Comment un c&#339;ur livr&#233; &#224; l'affection des cr&#233;atures peut-il s'unir intimement &#224; Dieu ?&#8230; je sens que cela n'est pas possible. Sans avoir bu &#224; la coupe empoisonn&#233;e [38v&#176;] de l'amour trop ardent des cr&#233;atures, je sens que je ne puis me tromper ; j'ai vu tant d'&#226;mes s&#233;duites par cette fausse lumi&#232;re, voler comme de pauvres papillons et se br&#251;ler les ailes, puis revenir vers la vraie, Ex 3,2 la douce lumi&#232;re de l'amour qui leur donnait de nouvelles ailes plus brillantes et plus l&#233;g&#232;res afin qu'elles puissent voler vers J&#233;sus, ce Feu Divin &#034;qui br&#251;le sans consumer&#034; Ex 3,2 &lt;strong&gt;Ah ! je le sens, J&#233;sus me savait trop faible pour m'exposer &#224; la tentation, peut-&#234;tre me serais-je laiss&#233;e br&#251;ler tout enti&#232;re par la trompeuse lumi&#232;re si je l'avais vue briller &#224; mes yeux&#8230;&lt;/strong&gt; Il n'en a pas &#233;t&#233; ainsi, je n'ai rencontr&#233; qu'amertume l&#224; o&#249; des &#226;mes plus fortes rencontrent la joie et s'en d&#233;tachent par fid&#233;lit&#233;.&lt;strong&gt; Je n'ai donc aucun m&#233;rite &#224; ne m'&#234;tre pas livr&#233;e &#224; l'amour des cr&#233;atures, puisque je n'en fus pr&#233;serv&#233;e que par la grande mis&#233;ricorde du Bon Dieu !&lt;/strong&gt;&#8230; Je reconnais que sans Lui, j'aurais pu tomber aussi bas que Sainte Madeleine et la profonde parole de Notre Seigneur &#224; Simon retentit avec une grande douceur dans mon &#226;me&#8230; Je le sais : &#034;Celui &#224; qui on remet moins, AIME moins.&#034; Lc 7,40-47 mais je sais aussi que J&#233;sus m'a plus remis qu'&#224; Sainte Madeleine, puisqu'il m'a remis d'avance, m'emp&#234;chant de tomber.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ah ! que je voudrais pouvoir expliquer ce que je sens !&#8230; Voici un exemple qui traduira un peu ma pens&#233;e. Je suppose que le fils d'un habile docteur rencontre sur son chemin une pierre qui le fasse tomber et que dans cette chute il se casse un membre ; aussit&#244;t son p&#232;re vient &#224; lui, le rel&#232;ve avec amour, soigne ses blessures, employant &#224; cela toutes les ressources de son art et bient&#244;t son fils compl&#232;tement gu&#233;ri lui t&#233;moigne sa reconnaissance. Sans doute cet enfant a bien raison d'aimer son p&#232;re ! Mais je vais encore faire une autre supposition. Le p&#232;re ayant su que sur la route de son fils se trouvait une pierre, s'empresse d'aller devant lui et la retire, sans &#234;tre vu de personne. Certainement, ce fils [39r&#176;] objet de sa pr&#233;voyante tendresse, ne SACHANT pas le malheur dont il est d&#233;livr&#233; par son p&#232;re ne lui t&#233;moignera pas sa reconnaissance et l'aimera moins que s'il e&#251;t &#233;t&#233; gu&#233;ri par lui&#8230; mais s'il vient &#224; conna&#238;tre le danger auquel il vient d'&#233;chapper, ne l'aimera-t-il pas davantage ? Eh bien, c'est moi qui suis cette enfant, objet de l'amour pr&#233;voyant d'un P&#232;re qui n'a pas envoy&#233; son Verbe pour racheter les justes mais les p&#233;cheurs.&#034; Mt 9,13 Il veut que je l'aime parce qu'il m'a remis, non pas beaucoup, mais TOUT. Lc 7,47 Il n'a pas attendu que je l'aime beaucoup comme Sainte Madeleine, mais il a voulu que JE SACHE comment il m'avait aim&#233;e d'un amour d'ineffable pr&#233;voyance, afin que maintenant je l'aime &#224; la folie&#8230; J'ai entendu dire qu'il ne s'&#233;tait pas rencontr&#233; une &#226;me pure aimant davantage qu'une &#226;me repentante, ah ! que je voudrais faire mentir cette parole !&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;4) &#171; la terrible maladie des scrupules &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Je m'aper&#231;ois &#234;tre bien loin de mon sujet aussi je me h&#226;te d'y rentrer. L'ann&#233;e qui suivit ma premi&#232;re Communion se passa presque tout enti&#232;re sans &#233;preuves int&#233;rieures pour mon &#226;me, ce fut pendant ma retraite de seconde Communion que je me vis assaillie par la terrible maladie des scrupules&#8230; Il faut avoir pass&#233; par ce martyre pour le bien comprendre : dire ce que j'ai souffert pendant un an et demi, me serait impossible&#8230; Toutes mes pens&#233;es et mes actions les plus simples devenaient pour moi un sujet de trouble ; je n'avais de repos qu'en les disant &#224; Marie, ce qui me co&#251;tait beaucoup, car je me croyais oblig&#233;e de lui dire les pens&#233;es extravagantes que j'avais d'elle m&#234;me. Aussit&#244;t que mon fardeau &#233;tait d&#233;pos&#233;, je go&#251;tais un instant de paix, mais cette paix passait comme un &#233;clair et bient&#244;t mon martyre recommen&#231;ait. Quelle patience n'a-t-il pas fallu &#224; ma ch&#232;re Marie, pour m'&#233;couter [39v&#176;] sans jamais t&#233;moigner d'ennui&#8230; A peine &#233;tais-je revenue de l'abbaye qu'elle se mettait &#224; me friser pour le lendemain (car tous les jours pour faire plaisir &#224; Papa la petite reine avait les cheveux fris&#233;s, au grand &#233;tonnement de ses compagnes et surtout des ma&#238;tresses qui ne voyaient pas d'enfants si choy&#233;es de leurs parents), pendant la s&#233;ance je ne cessais de pleurer en racontant tous mes scrupules.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;VII - Th&#233;r&#232;se quitte l'Abbaye&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;A la fin de l'ann&#233;e C&#233;line ayant fini ses &#233;tudes revint &#224; la maison et la pauvre Th&#233;r&#232;se oblig&#233;e de rentrer seule, ne tarda pas &#224; tomber malade, le seul charme qui la retenait en pension, c'&#233;tait de vivre avec son ins&#233;parable C&#233;line, sans elle jamais sa &#034;petite fille&#034; ne put y rester&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;1) Les le&#231;ons chez Madame Papinau&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Je sortis donc de l'abbaye &#224; l'&#226;ge de treize ans, et continuai mon &#233;ducation en prenant plusieurs le&#231;ons par semaine chez &#034;Madame Papinau&#034;. C'&#233;tait une bien bonne personne tr&#232;s instruite, mais ayant un peu des allures de vieille fille ; elle vivait avec sa m&#232;re, et c'&#233;tait charmant de voir le petit m&#233;nage qu'elles faisaient ensemble &#224; trois (car la chatte &#233;tait de la famille et je devais supporter qu'elle fasse son ronron sur mes cahiers et m&#234;me admirer sa jolie tournure.) J'avais l'avantage de vivre dans l'intime de la famille ; les Buissonnets &#233;tant trop &#233;loign&#233;s pour les jambes un peu vieilles de ma ma&#238;tresse, elle avait demand&#233; que je vienne prendre mes le&#231;ons chez elle. Lorsque j'arrivais, je ne trouvais ordinairement que la vieille dame Cochain qui me regardait &#034;avec ses grands yeux clairs&#034; et puis elle appelait d'une voix calme et sentencieuse : &#034;Madame P&#226;pinau&#8230; Mad&#8230;m&#244;izelle Th&#234;&#8230;r&#232;se est l&#224; !. ..&#034; Sa fille lui r&#233;pondait promptement d'une voix enfantine : &#034;Me voil&#224;, maman.&#034; Et bient&#244;t la le&#231;on commen&#231;ait. Ces le&#231;ons avaient encore l'avantage (en plus de l'instruction que j'y recevais) de me faire conna&#238;tre le monde&#8230; Qui aurait pu le croire !&#8230; Dans cette chambre meubl&#233;e &#224; l'antique, entour&#233;e de livres et de cahiers, j'assistais souvent [40r&#176;] &#224; des visites de tous genres ; Pr&#234;tres, dames, jeunes filles, etc&#8230; Madame Cochain faisait autant que possible les frais de la conversation afin de laisser sa fille me donner la le&#231;on, mais ces jours-l&#224;, je n'apprenais pas grand'chose ; le nez dans un livre, j'entendais tout ce qui se disait et m&#234;me ce qu'il e&#251;t mieux valu pour moi ne point entendre, la vanit&#233; se glisse si facilement dans le c&#339;ur !&#8230; Une dame disait que j'avais de beaux cheveux&#8230; une autre en sortant, croyant ne pas &#234;tre entendue, demandait quelle &#233;tait cette jeune fille si jolie et ces paroles, d'autant plus flatteuses qu'elles n'&#233;taient pas dites devant moi, &lt;strong&gt;laissaient dans mon &#226;me une impression de plaisir qui me montrait clairement combien j'&#233;tais remplie d'amour-propre&lt;/strong&gt;. &lt;strong&gt;Oh ! comme j'ai compassion des &#226;mes qui se perdent !&#8230; Il est si facile de s'&#233;garer dans les sentiers fleuris du monde&#8230; &lt;/strong&gt; sans doute, pour une &#226;me un peu &#233;lev&#233;e, la douceur qu'il offre est m&#233;lang&#233;e d'amertume et le vide immense des d&#233;sirs ne saurait &#234;tre rempli par des louanges d'un instant. .. mais si mon c&#339;ur n'avait pas &#233;t&#233; &#233;lev&#233; vers Dieu d&#232;s son &#233;veil, si le monde m'avait souri d&#232;s mon entr&#233;e dans la vie, que serais-je devenue ?&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;2) Enfant de Marie&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;O ma M&#232;re ch&#233;rie, avec quelle reconnaissance je chante les mis&#233;ricordes du Seigneur !&#8230; Ne m'a-t-il pas, suivant ces paroles de la Sagesse &#034;Retir&#233;e du monde avant que mon esprit f&#251;t corrompu par sa malice et que ses apparences trompeuses n'aient s&#233;duit mon &#226;me ?&#8230;&#034; Ps 89,2 Sg 4,11 La Sainte Vierge aussi veillait sur sa petite fleur et ne voulant point qu'elle f&#251;t ternie au contact des choses de la terre, la retira sur sa montagne avant qu'elle soit &#233;panouie&#8230; En attendant cet heureux moment la petite Th&#233;r&#232;se grandissait en amour de sa M&#232;re du Ciel ; pour lui prouver cet amour elle fit une action qui lui co&#251;ta beaucoup et que je vais raconter en peu de mots, malgr&#233; sa longueur&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[40v&#176;]Presque aussit&#244;t apr&#232;s mon entr&#233;e &#224; l'abbaye, j'avais &#233;t&#233; re&#231;ue dans l'association des Saints Anges ; j'aimais beaucoup les pratiques de d&#233;votion qu'elle m'imposait, ayant un attrait tout particulier &#224; prier les Bienheureux Esprits du Ciel et particuli&#232;rement celui que le Bon Dieu m'a donn&#233; pour &#234;tre le compagnon de mon exil. Quelque temps apr&#232;s ma Premi&#232;re Communion, le ruban d'aspirante aux enfants de Marie rempla&#231;a celui des Saints Anges, mais je quittai l'abbaye n'&#233;tant pas re&#231;ue dans l'association de la Sainte Vierge. &#201;tant sortie avant d'avoir achev&#233; mes &#233;tudes, je n'avais pas la permission d'entrer comme ancienne &#233;l&#232;ve ; j'avoue que ce privil&#232;ge n'excitait pas mon envie, mais pensant que toutes mes s&#339;urs avaient &#233;t&#233; &#034;enfants de Marie,&#034; je craignis d'&#234;tre moins qu'elles l'enfant de ma M&#232;re des Cieux, et j'allai bien humblement (malgr&#233; ce qu'il m'en co&#251;t&#226;t,) demander la permission d'&#234;tre re&#231;ue dans l'association de la Sainte Vierge &#224; l'Abbaye. La premi&#232;re ma&#238;tresse ne voulut pas me refuser, mais elle y mit pour condition que je rentrerais deux jours par semaine l'apr&#232;s-midi afin de montrer si j'&#233;tais digne d'&#234;tre admise. Bien loin de me faire plaisir cette permission me co&#251;ta extr&#234;mement ; je n'avais pas, comme les autres anciennes &#233;l&#232;ves, de ma&#238;tresse amie avec laquelle je pouvais aller passer plusieurs heures ; aussi je me contentais d'aller saluer la ma&#238;tresse puis je travaillais en silence jusqu'&#224; la fin de la le&#231;on d'ouvrage. Personne ne faisait attention &#224; moi, aussi je montais &#224; la tribune de la chapelle et je restais devant le Saint-Sacrement jusqu'au moment o&#249; Papa venait me chercher, c'&#233;tait ma seule consolation, J&#233;sus n'&#233;tait-il pas mon unique ami ?&#8230; Je ne savais parler qu'&#224; lui, les conversations avec les cr&#233;atures, m&#234;me les conversations pieuses, me fatiguaient l'&#226;me&#8230; Je sentais qu'il valait mieux parler &#224; Dieu que de [41r&#176;] parler de Dieu, car il se m&#234;le tant d'amour-propre dans les conversations spirituelles !&#8230; Ah ! c'&#233;tait bien pour la Sainte Vierge toute seule que je venais &#224; l'abbaye&#8230; parfois je me sentais seule, bien seule ; comme aux jours de ma vie de pensionnaire alors que je me promenais triste et malade dans la grande cour, je r&#233;p&#233;tais ces paroles qui toujours faisaient rena&#238;tre la paix et la force en mon c&#339;ur. &#034;La vie est ton navire et non pas ta demeure !&#8230;&#034; Toute petite ces paroles me rendaient le courage ; maintenant encore, malgr&#233; les ann&#233;es qui font dispara&#238;tre tant d'impressions de pi&#233;t&#233; enfantine, l'image du navire charme encore mon &#226;me et lui aide &#224; supporter l'exil&#8230; La Sagesse aussi ne dit-elle pas que &#034;La vie est comme le vaisseau qui fend les flots agit&#233;s et ne laisse apr&#232;s lui aucune trace de son passage rapide ?&#8230; Sg 5,10 Quand je pense &#224; ces choses, mon &#226;me se plonge dans l'infini, il me semble d&#233;j&#224; toucher le rivage &#233;ternel&#8230; Il me semble recevoir les embrassements de J&#233;sus&#8230; Je crois voir Ma M&#232;re du Ciel venant &#224; ma rencontre avec Papa&#8230; Maman&#8230; les quatre petits anges&#8230; Je crois jouir enfin pour toujours de la vraie, de l'&#233;ternelle vie en famille&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;3) &#171; Ma ch&#232;re Marie, l'unique soutien de mon &#226;me &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Avant de voir la famille r&#233;unie au foyer Paternel des Cieux, je devais passer encore par bien des s&#233;parations ; l'ann&#233;e o&#249; je fus re&#231;ue enfant de la Sainte Vierge, elle me ravit ma ch&#232;re Marie l'unique soutien de mon &#226;me&#8230; C'&#233;tait Marie qui me guidait, me consolait, m'aidait &#224; pratiquer la vertu ; elle &#233;tait mon seul oracle. Sans doute, Pauline &#233;tait rest&#233;e bien avant dans mon c&#339;ur, mais Pauline &#233;tait loin, bien loin de moi !&#8230; J'avais souffert le martyre pour m'habituer &#224; vivre sans elle, pour voir entre elle et moi des murs infranchissables ; [41v&#176;] mais enfin j'avais fini par reconna&#238;tre la triste r&#233;alit&#233; : Pauline &#233;tait perdue pour moi, presque de la m&#234;me mani&#232;re que si elle &#233;tait morte. Elle m'aimait toujours, priait pour moi, mais &#224; mes yeux, ma Pauline ch&#233;rie &#233;tait devenue une Sainte, qui ne devait plus comprendre les choses de la terre ; et les mis&#232;res de sa pauvre Th&#233;r&#232;se auraient d&#251;, si elle les avait connues, l'&#233;tonner et l'emp&#234;cher de l'aimer autant&#8230; D'ailleurs, alors m&#234;me que j'aurais voulu lui confier mes pens&#233;es comme aux Buissonnets, je ne l'aurais pas pu, les parloirs n'&#233;taient que pour Marie. C&#233;line et moi n'avions la permission d'y venir qu'&#224; la fin, juste pour avoir le temps de nous serrer le c&#339;ur&#8230; Ainsi je n'avais en r&#233;alit&#233; que Marie, elle m'&#233;tait pour ainsi dire indispensable, je ne disais qu'&#224; elle mes scrupules et j'&#233;tais si ob&#233;issante que jamais mon confesseur n'a connu ma vilaine maladie ; je lui disais juste le nombre de p&#233;ch&#233;s que Marie m'avait permis de confesser, pas un de plus, aussi j'aurais pu passer pour &#234;tre l'&#226;me la moins scrupuleuse de la terre, malgr&#233; que je le fusse au dernier degr&#233;&#8230; Marie savait donc tout ce qui passait en mon &#226;me, elle savait aussi mes d&#233;sirs du Carmel et je l'aimais tant que je ne pouvais pas vivre sans elle.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;4) Les vacances &#224; Trouville&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Ma tante nous invitait tous les ans &#224; venir les unes apr&#232;s les autres chez elle &#224; Trouville, j'aurais beaucoup aim&#233; y aller, mais avec Marie ! Quand je ne l'avais pas, je m'ennuyais beaucoup. Une fois cependant, j'eus du plaisir Trouville, c'&#233;tait l'ann&#233;e du voyage de Papa &#224; Constantinople ; pour nous distraire un peu (car nous avions beaucoup de chagrin de savoir Papa si loin) Marie nous envoya, C&#233;line et moi, passer quinze jours au bord de la mer. Je m'y amusai beaucoup parce que j'avais ma C&#233;line. Ma Tante nous procura tous les plaisirs possibles : promenades &#224; &#226;ne, p&#234;che &#224; l'&#233;quille, etc&#8230; J'&#233;tais encore bien enfant [42r&#176;] malgr&#233; mes douze ans et demi, je me souviens de ma joie en mettant de jolis rubans bleu ciel que ma Tante m'avait donn&#233;s pour mes cheveux ; je me souviens aussi de m'&#234;tre confess&#233;e &#224; Trouville m&#234;me de ce plaisir enfantin qui me semblait &#234;tre un p&#233;ch&#233;&#8230; Un soir je fis une exp&#233;rience qui m'&#233;tonna beaucoup. Marie (Gu&#233;rin) qui &#233;tait presque toujours souffrante, pleurnichait souvent ; alors ma Tante la c&#226;linait, lui prodiguait les noms les plus tendres et ma ch&#232;re petite cousine n'en continuait pas moins de dire en larmoyant qu'elle avait mal &#224; la t&#234;te. Moi qui presque chaque jour avais aussi mal &#224; la t&#234;te et ne m'en plaignais pas, je voulus un soir imiter Marie, je me mis donc en devoir de larmoyer sur un fauteuil dans un coin du salon. Bient&#244;t Jeanne et ma Tante s'empress&#232;rent autour de moi, me demandant ce que j'avais. Je r&#233;pondis comme Marie : &#034;J'ai mal &#224; la t&#234;te.&#034; Il para&#238;t que cela ne m'allait pas de me plaindre, jamais je ne pus les convaincre que le mal de t&#234;te me f&#238;t pleurer ; au lieu de me c&#226;liner, on me parla comme &#224; une grande personne et Jeanne me reprocha de manquer de confiance en ma Tante, car elle pensait que j'avais une inqui&#233;tude de conscience&#8230; enfin j'en fus quitte pour mes frais, bien r&#233;solue &#224; ne plus imiter les autres et je compris la fable de &#034;L'&#226;ne et du petit chien&#034; J'&#233;tais l'&#226;ne qui ayant vu les caresses que l'on prodiguait au petit chien, &#233;tait venu mettre sa lourde patte sur la table pour recevoir sa part de baisers ; mais h&#233;las ! si je n'ai pas re&#231;u de coups de b&#226;ton comme le pauvre animal, j'ai re&#231;u v&#233;ritablement la monnaie de ma pi&#232;ce et cette monnaie me gu&#233;rit pour la vie du d&#233;sir d'attirer l'attention ; le seul effort que je fis pour cela me co&#251;ta trop cher !&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ann&#233;e suivante qui fut celle du d&#233;part de ma ch&#232;re Marie, ma Tante m'invita encore mais cette fois, seule, et je me trouvai si d&#233;pays&#233;e qu'au [42v&#176;] bout de deux ou trois jours je tombai malade et il fallut me ramener &#224; Lisieux ; ma maladie que l'on craignait qui fut grave, n'&#233;tait que la nostalgie des Buissonnets, &#224; peine y eus-je pos&#233; le pied que la sant&#233; revint&#8230; Et c'&#233;tait &#224; cette enfant-l&#224; que le Bon Dieu allait ravir l'unique appui qui l'attach&#226;t &#224; la vie !&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;5) Le bazar de Th&#233;r&#232;se&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Aussit&#244;t que j'appris la d&#233;termination de Marie, je r&#233;solus de ne prendre plus aucun plaisir sur la terre&#8230; Depuis ma sortie de pension, je m'&#233;tais install&#233;e dans l'ancienne chambre de peinture &#224; Pauline et je l'avais arrang&#233;e &#224; mon go&#251;t. C'&#233;tait un vrai bazar, un assemblage de pi&#233;t&#233; et de curiosit&#233;s, un jardin et une voli&#232;re&#8230; Ainsi, dans le fond se d&#233;tachait sur le mur une grande croix de bois noir sans Christ, quelques dessins qui me plaisaient ; sur un autre mur, une bourriche garnie de mousseline et de rubans roses avec des herbes fines et des fleurs ; enfin sur le dernier mur le portrait de Pauline &#224; dix ans tr&#244;nait seul ; en dessous de ce portrait j'avais une table sur laquelle &#233;tait plac&#233;e une grande cage, renfermant un grand nombre d'oiseaux dont le ramage m&#233;lodieux cassait la t&#234;te aux visiteurs, mais non pas celle de leur petite ma&#238;tresse qui les ch&#233;rissait beaucoup&#8230; Il y avait encore le &#034;petit meuble blanc&#034; rempli de mes livres d'&#233;tudes, cahiers, etc. sur ce meuble &#233;tait pos&#233;e une statue de la Sainte Vierge avec des vases toujours garnis de fleurs naturelles, des flambeaux ; tout autour il y avait une quantit&#233; de petites statues de Saints et de Saintes, des petits paniers en coquillages, des bo&#238;tes en papier bristol, etc.! Enfin mon jardin &#233;tait suspendu devant la fen&#234;tre o&#249; je soignais des pots de fleurs (les plus rares que je pouvais trouver ;) j'avais encore une jardini&#232;re dans l'int&#233;rieur de &#034;mon mus&#233;e&#034; et j'y mettais ma plante privil&#233;gi&#233;e&#8230; Devant la [43r&#176;] fen&#234;tre &#233;tait plac&#233;e ma table couverte d'un tapis vert et sur ce tapis j'avais pos&#233; au milieu, un sablier, une petite statue de Saint Joseph, un porte-montre, des corbeilles de fleurs, un encrier, etc&#8230; Quelques chaises boiteuses et le ravissant lit de poup&#233;e &#224; Pauline terminaient tout mon ameublement. Vraiment cette pauvre mansarde &#233;tait un monde pour moi et comme Monsieur de Maistre je pourrais composer un livre intitul&#233; : &#034;Promenade autour de ma chambre.&#034; C'&#233;tait dans cette chambre que j'aimais &#224; rester seule des heures enti&#232;res pour &#233;tudier et m&#233;diter devant la belle vue qui s'&#233;tendait devant mes yeux&#8230; En apprenant le d&#233;part de Marie ma chambre perdit pour moi tout charme, je ne voulais pas quitter un seul instant la s&#339;ur ch&#233;rie qui devait s'envoler bient&#244;t&#8230; Que d'actes de patience je lui ai fait pratiquer ! A chaque fois que je passais devant la porte de sa chambre, je frappais jusqu'&#224; ce qu'elle m'ouvre et je l'embrassais de tout mon c&#339;ur, je voulais faire provision de baisers pour tout le temps que je devais en &#234;tre priv&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;6) Voyage &#224; Alen&#231;on&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Un mois avant son entr&#233;e au Carmel, Papa nous conduisit &#224; Alen&#231;on, mais ce voyage fut loin de ressembler au premier, tout y fut pour moi tristesse et amertume. Je ne pourrais dire les larmes que je versai sur la tombe de maman, parce que j'avais oubli&#233; d'apporter un bouquet de bluets cueillis pour elle. Je me faisais vraiment des peines de tout ! C'&#233;tait le contraire de maintenant, car le Bon Dieu me fait la gr&#226;ce de n'&#234;tre abattue par aucune chose passag&#232;re. Quand je me souviens du temps pass&#233;, mon &#226;me d&#233;borde de reconnaissance en voyant les faveurs que j'ai re&#231;ues du Ciel, il s'est fait un tel changement en moi que je ne suis pas reconnaissable&#8230; Il est vrai que je d&#233;sirais la gr&#226;ce &#034;d'avoir sur mes actions un empire absolu, d'en &#234;tre la ma&#238;tresse et non pas l'esclave.&#034; [43v&#176;] Ces paroles de l'Imitation me touchaient profond&#233;ment, mais je devais pour ainsi dire acheter par mes d&#233;sirs cette gr&#226;ce inestimable ; je n'&#233;tais encore qu'une enfant qui ne paraissait avoir d'autre volont&#233; que celle des autres, ce qui faisait dire aux personnes d'Alen&#231;on que j'&#233;tais faible de caract&#232;re&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;7) L&#233;onie, chez les Clarisses}&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Ce fut pendant ce voyage que L&#233;onie fit son essai chez les clarisses, j'eus du chagrin de son extraordinaire entr&#233;e, car je l'aimais bien et je n'avais pas pu l'embrasser avant son d&#233;part.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jamais je n'oublierai la bont&#233; et l'embarras de ce pauvre petit P&#232;re en venant nous annoncer que L&#233;onie avait d&#233;j&#224; l'habit de clarisse&#8230; Comme nous, il trouvait cela bien dr&#244;le, mais ne voulait rien dire, voyant combien Marie &#233;tait m&#233;contente. Il nous conduisit au couvent et l&#224;, je sentis un serrement de c&#339;ur comme jamais je n'en avais senti &#224; l'aspect d'un monast&#232;re, cela me produisait l'effet contraire au Carmel o&#249; tout me dilatait l'&#226;me&#8230; La vue des religieuses ne m'enchanta pas davantage, et je ne fus pas tent&#233;e de rester parmi elles ; cette pauvre L&#233;onie &#233;tait cependant bien gentille sous son nouveau costume, elle nous dit de bien regarder ses yeux parce que nous ne devions plus les revoir (les clarisses ne se montrant que les yeux baiss&#233;s) mais le bon Dieu se contenta de deux mois de sacrifice et L&#233;onie revint nous montrer ses yeux bleus bien souvent mouill&#233;s de larmes&#8230; En quittant Alen&#231;on je croyais qu'elle resterait avec les clarisses, aussi ce fut le c&#339;ur bien gros que je m'&#233;loignai de la triste rue de la demi-lune. Nous n'&#233;tions plus que trois et bient&#244;t notre ch&#232;re Marie devait aussi nous quitter&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;8) &#171; Les colombes avaient fui du nid paternel &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Le 15 octobre fut le jour de la s&#233;paration ! De la joyeuse et nombreuse famille des Buissonnets, il ne restait que les deux derni&#232;res enfants&#8230; Les colombes avaient fui du nid paternel, celles qui restaient auraient voulu voler &#224; leur suite, mais leurs ailes [44r&#176;] &#233;taient encore trop faibles pour qu'elles puissent prendre leur essor&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Bon Dieu qui voulait appeler &#224; lui la plus petite et la plus faible de toutes, se h&#226;ta de d&#233;velopper ses ailes. Lui qui se pla&#238;t &#224; montrer sa bont&#233; et sa puissance en se servant des instruments les moins dignes, voulut bien m'appeler avant C&#233;line qui sans doute m&#233;ritait plut&#244;t cette faveur ; mais J&#233;sus savait combien j'&#233;tais faible et c'est pour cela qu'Il m'a cach&#233;e la premi&#232;re dans le creux du rocher. Ex 33,22 ; 1Co 1,26-29 ; Ct 2,14&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Copyright Cerf/DDB&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; page suivante&#8230; &lt;a href='https://www.carmel.asso.fr/Une-course-de-geant-44ro-68vo.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Une course de g&#233;ant (44r&#176;-68v&#176;)&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;/div&gt;
		
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