L’attention au corps dans la prière

Nous voulons proposer ici une méthode active de recueillement qui prenne en compte la totalité de notre être dans ses dimensions corporelles et spirituelles. Notre but est de pouvoir mieux entrer dans le sanctuaire intérieur de notre cœur où le Seigneur demeure pour nous tenir en sa présence et fonder sur lui notre existence. La prière doit ensuite pouvoir rayonner sur notre vie quotidienne et nous permettre de vivre en présence de Dieu. Utiliser des moyens concrets est particulièrement utile lorsque l’on a du mal à se recueillir et à lutter contre les distractions.

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Introduction

Ce qui est proposer ici est donc de l’ordre de l’exercice. La prière n’est pas un temps de repos, mais un travail, un temps de service, voire de combat. Cela ne contredit en rien le fait que la prière soit un don de Dieu. Lui seul peut nous donner en effet d’être en relation avec lui, mais il ne le fait pas sans notre collaboration, sans l’engagement actif de notre liberté : tout vient de Dieu et pourtant tout vient de l’homme, la collaboration humaine se situant sur un plan totalement différent de celui de l’action divine.

Le but recherché est de faire que ce temps donné soit véritablement vécu comme un moment de relation réelle avec « Celui dont nous nous savons aimés » selon la belle expression de Thérèse d’Avila. Il ne s’agit pas d’éprouver des sensations mystiques, mais de faire tout ce qui dépend de nous pour donner le mieux possible ce temps à Dieu, nous en remettant totalement à lui dans la foi pour ce qui est des fruits de cette rencontre.

Pour vivre cela, nous vous invitons à mettre en œuvre quatre éléments pratiques pouvant vous aider à demeurer en présence de Dieu. Ces éléments prennent en compte l’esprit et le corps et s’articulent autour d’un mot clé : attention ! Attention à notre corps, attention au réel qui nous environne, attention à Dieu. Il ne s’agit pas en effet de faire abstraction de tout ce qui n’est pas Dieu pour prier. Il faut au contraire être pleinement présent au réel grâce à la conscience de la dimension corporelle et sensible de notre être.

2a) attention au sensible2

La prière suppose un environnement calme, qui ne sollicite pas trop nos sens extérieurs. Par contre, elle ne nécessite pas de faire abstraction totale du sensible qui nous entoure. Il nous faut accueillir simplement les sensations sans chercher à nous en abstraire, mais en les intégrant à notre exercice de présence à Dieu.

Cette ouverture des sens au monde environnant est signifiée concrètement par le fait de garder les yeux ouverts durant la prière. Le regard est posé sur un point du sol situé à un ou deux mètres devant soi. Il ne regarde rien de précis. Les yeux ne sont pas en effet pour autant grands ouverts ou écarquillés !

Nous pouvons placer devant nous une image du Christ particulièrement parlante pour notre sensibilité afin d’être mieux conscients de notre relation avec lui. Dans la foi, cette relation est intérieure et le fait de s’aider d’une représentation extérieure du Seigneur ne doit pas nous détourner d’un regard intérieur de foi quant à sa présence en notre cœur.

2b) attention à la position du corps2

La position de notre corps est une expression de notre relation à Dieu. La verticalité naturelle de l’être humain signifie déjà que l’homme est en relation conjointe avec la terre et le ciel. La station verticale symbolise cette double appartenance de l’homme à la terre et au ciel liée à sa dimension tout à la fois matérielle et spirituelle. La position verticale permet ainsi de nous tenir devant Dieu dans toute la dignité de notre être créé à son image et à sa ressemblance.

Nous pouvons en revanche terminer chaque temps de prière par une prosternation prolongée, front incliné vers la terre pour exprimer aussi notre adoration à l’égard de Dieu.

La stabilité facilitée par une juste position nous rend sensible à la dimension terrestre de notre être. Avoir les pieds sur la terre et la tête au ciel suppose un profond enracinement. Nous devons bien percevoir notre appui sur le sol, notre lien à la terre. Nous prenons le temps au début de la prière de sentir le poids de notre corps sur le coussin, le petit banc ou le siège.

L’immobilité du corps est également importante pour le recueillement. La stabilité trouvée grâce à un bon appui sur notre siège permet de demeurer immobile. L’intégration du corps et de l’esprit fait qu’un esprit agité conduit à l’agitation du corps et qu’au contraire, un corps stable et apaisé rend possible l’apaisement et le recueillement de l’esprit. Nous cherchons pour cela à avoir une position détendue, les genoux légèrement écartés. Les mains sont posées contre le bas-ventre, le dos de la main gauche dans la paume de la main droite, les extrémités des deux pouces se touchant. Les épaules sont tombantes, comme relâchées.

Cette détente du corps n’est pas synonyme d’avachissement. Elle implique aussi d’avoir une position corporelle droite. Pour trouver cette juste position qui permettra de concilier fermeté et douceur, rectitude et souplesse, nous pouvons nous aider d’un repère concret. Il nous permet de trouver facilement la bonne position pour la colonne vertébrale. Il nous faut nous imaginer le sommet de notre crane comme tiré vers le haut par un fil qui lui serait attaché. Le menton n’est pas alors trop penché vers le thorax, ni le front trop relevé. De la sorte, la colonne vertébrale trouve facilement son axe vertical.

2c) attention à la respiration2

Elle est le symbole de la vie. Elle est mouvement et échange. Par elle, nous sommes en symbiose avec notre environnement. A travers elle, no us recevons et nous donnons. Nous recevons passivement le don de la vie lors de l’inspiration : attitude d’accueil. Nous donnons ensuite activement la vie reçue lors de l’expiration : nous nous offrons.

L’inspiration naturelle est passive et part de l’abdomen : la respiration abdominale prévaut en effet sur la respiration thoracique dans la respiration normale, spontanée. Une légère pose inspiratoire permet de communier au don qui nous est fait de la présence de Dieu.

L’expiration est active exprimant ainsi le caractère libre et volontaire du don de soi. Les muscles de l’abdomen chassent l’air thoracique en se contractant. La pose expiratoire est un peu plus longue que la pose inspiratoire pour signifier que ce don est réel et fait avec confiance.

Les mouvements respiratoires peuvent être amples au début de l’oraison et trouver ensuite un rythme plus naturel. L’important est de garder son esprit attentif à la respiration avec la symbolique qu’elle exprime. La facilité de la respiration est aussi un bon témoin de notre état de détente et de la rectitude de notre position. Nous devons en effet pouvoir sentir que la colonne d’air circule sans peine dans les voies respiratoires.

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Conclusion

Cette attention à la réalité vécue à travers les sens, la statique corporelle, la respiration et la parole nous aide à être présents à nous-mêmes et au Seigneur. C’est par un acte de foi en lui que nous donnons sens à la position de notre corps, à sa situation dans l’espace, au souffle et à la parole. La prière n’introduit pas de rupture avec le reste de la vie durant laquelle nous demeurons en présence de Dieu moyennant une attention effective aux réalités concrètes les plus simples du moment présent. La prière est aussi une école d’attention au réel et de maîtrise de soi pour demeurer dans la présence du Dieu vivant à travers tout le déploiement de notre propre vie. De brefs moments de prière ainsi fondés sur la respiration peuvent venir scander notre journée dès que nous avons un moment de pause ou d’attente.

Nous vivons ainsi dans l’attention à la présence de Dieu que nous prolongeons dans l’attention aux choses, aux personnes à travers nos tâches et nos relations quotidiennes. Nous cherchons à vivre à travers toute réalité une juste relation de respect et d’amour envers Dieu puisque toute chose est son œuvre et un don de son amour.

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