Textes liturgiques (année B) : Jr 23, 1-6 ; Ps 22 (23) ; Ep 2, 13-18 ; Mc 6, 30-34
Frères et sœurs, la semaine dernière nous avons assisté à l’envoi des disciples, deux par deux, pour proclamer la conversion, pour chasser les démons, pour guérir… (voir Mc 6,7.12). Aujourd’hui nous assistons à leur retour : « Après leur première mission, les Apôtres se réunirent auprès de Jésus » (Mc 6,30). C’est la première et la seule fois, où Marc nomme les disciples de Jésus : apôtres, c’est-à-dire « envoyés ».
Il précise, et prenons le temps de contempler cela : « Il se réunirent auprès de Jésus » (Mc 6,30). Lors de l’appel des Douze, Marc avait déjà noté : « Il appela ceux qu’il voulait. Ils virent auprès de lui » (Mc 3,13). Être disciples, c’est se réunir auprès de Jésus. Et c’est bien ce que nous faisons ensemble ce matin dans cette chapelle. Nous avons quitté nos différents lieux, nous nous sommes rassemblés autour de Jésus pour écouter sa parole, pour communier à son Corps livré, à son Sang versé, pour vivre de Sa Vie.
Réunis auprès de Jésus, les Apôtres vont lui rendre compte : « Ils lui annoncèrent tout ce qu’ils avaient fait et enseigné » (Mc 6,30). L’ordre des verbes à son importance : « Faire » et « enseigner ».
Notre première mission, notre première prédication passe par notre manière d’être, de vivre, par notre « faire », et c’est cela qui donnera ensuite de la force à notre « enseignement ». Il nous faut être vigilant pour que Jésus ne nous adresse pas le reproche qu’il faisait à propos des scribes et des pharisiens : « Donc tout ce qu’ils vous disent, faites-le et observez-le. Mais n’agissez pas d’après leurs actes, car ils disent et ne font pas » (Mt 23,3). Envoyés par Jésus, il nous faut être toujours vigilant à la cohérence qu’il y a entre notre agir et notre parole.
Les disciples rendent compte à Jésus de la mission qu’il leur a confié. C’est une manière pour eux de manifester clairement et concrètement que cette mission ne leur appartient pas. Elle leur est simplement confiée ; elle participe de la mission de Jésus et elle doit lui revenir.
Savons-nous prendre le temps de rendre compte de notre mission ?À Jésus bien-sûr, en prenant le temps de l’intimité avec lui, mais aussi aux médiateurs qui, en son nom, nous ont envoyés en mission ?
Après cela, Jésus les invite au repos : « Venez à l’écart dans un endroit désert et reposez-vous un peu » (Mc 6,31). Jésus est attentif à la santé de ses disciples, à leur équilibre de vie. Savons-nous prendre le temps du repos ? un temps de re-création auprès de Jésus, un temps de récréation où nous refaisons nos forces humaines et spirituelles pour pouvoir être de nouveau envoyé en mission. Chacun, chacune de nous peut s’interroger sur la part de « désert » qu’il met dans sa vie, au quotidien, dans la semaine, dans le mois, dans l’année.
Jésus est très explicite, il les invite à aller à l’écart, loin de la foule, dans un endroit désert pour se reposer un peu. Parfois devant le champ de la mission, nous pouvons avoir mauvaise conscience de prendre de la détente, du repos. Le mauvais esprit est alors à l’œuvre pour nous culpabiliser et nous convaincre de ne pas décrocher, nous conduisant ainsi peu à peu à l’épuisement, au burn-out ! Écoutons Jésus nous inviter au repos, nous inviter à nous ressourcer pour mieux pouvoir repartir dans l’annonce de la Parole par notre agir et par notre enseignement.
Les disciples obéissent à l’invitation de leur Maître : « Alors ils partirent en barque pour un endroit désert » (Mc 6,32). Et voilà que la foule, se rendant compte de leur départ, va les précéder et, à leur arrivée, la foule est aussi dense et nombreuse que de là où ils sont partis.
Mais ce ne sont plus les disciples qui sont aux commandes, si j’ose dire. Marc précise : « En débarquant, Jésus vit une grande foule » (Mc 6,34). Comme toujours, le regard de Jésus est attentif ; il se pose sur les réalités qui l’entourent ; il « voit » la grande foule. Ce regard de Jésus nous interroge : Comment regardons-nous les réalités de notre monde ? Quel regard portons-nous sur elles ?
Jésus voit une grande foule nous dit l’évangéliste, mais il ajoute : « Il fut saisi de compassion envers parce qu’ils étaient comme des brebis sans bergers » (Mc 6,34). Jésus pose un regard d’amour sur ce qui l’entoure ; ce regard est habité par la compassion. Aujourd’hui encore, c’est un regard de compassion que Jésus pose sur notre monde, sur chacun et chacune d’entre nous.
Il nous faut, tout d’abord, accueillir ce regard pour nous-mêmes. Il nous faut laisser la compassion de Jésus, à notre égard, pénétrer au plus intime de notre être, pour que nous puissions à notre tour poser un regard de compassion sur le monde, sur les réalités que nous vivons, sur les personnes que nous croisons.
Être disciples de Jésus, être envoyés par lui à nos frères et sœurs en humanité, c’est d’abord et avant tout poser sur le monde, sur les autres, un regard de compassion. Il voit les besoins de cette foule qui est comme égarée : « Ils étaient comme des brebis sans berger » (Mc 6,34). Ils ne trouvent pas le sens de leur vie, alors lui, le Bon Berger, si bien évoqué dans le Psaume 22, va prendre soin de ces brebis égarées.
« Alors il se mit à les enseigner longuement » (Mc 6,34). Le premier service que Jésus rend aux foules désorientées, c’est le service de la Parole. Rien ne nous est dit du contenu de son enseignement, mais nous savons que l’enseignement et l’être de Jésus ne font qu’un. Son enseignement, c’est lui-même. Il est le Verbe de Dieu. Il nous faut nous mettre à son école, à son écoute.
Nous pouvons faire nôtre la belle invocation de sainte Élisabeth de la Trinité dans son élévation à la Sainte Trinité : « Ô Verbe éternel, Parole de mon Dieu, je veux passer ma vie à vous écouter, je veux me faire tout enseignable afin d’apprendre tout de vous » (Notes Intimes n° 15).
C’est ainsi que nous deviendrons toujours plus des disciples-missionnaires dont le Christ Jésus et le monde ont tant besoin. Amen !
Fr. Didier-Marie Golay - (Couvent de Paris)
