Textes liturgiques (année B) : Am 7, 12-15 ; Ps 84 (85) ; Ep 1,3-14 ; Mc 6,7-13
Fût-elle chantée un 14 juillet, l’hymne de notre deuxième lecture n’est ni masculine ni nationale, c’est une hymne liturgique aux horizons universels. Voudrions-nous y trouver du bleu, du blanc et du rouge, peut-être évoquerions-nous le ciel, l’immaculé de notre destinée et le sang du Christ sauveur mais nous en manquerions le sens. Sa triade n’est pas coloriste mais trinitaire. Elle proclame le projet du Père (il « bénit », il « choisit ») qui se réalise dans le Fils (« dans » le Christ » « devant lui », « par lui », « en lui) et par l’Esprit (« première avance » dont nous avons été « marqués »). Sans martialité mais avec un lyrisme indéniable, notre hymne chante néanmoins une victoire, celle du salut (« Rédemption », « récapitulation »), celle d’une libération, prise de la Bastille si l’on veut mais celle de nos servitudes, de nos refus et de notre péché. L’hymne qui ouvre l’épitre aux Ephésiens proclame avant tout non tant nos conquêtes que l’œuvre de la grâce. C’est la musique tenace de notre identité chrétienne (« être fils » qui « écoute » et qui « croit »), la source toujours désaltérante de Dieu qui sans cesse se donne et le paysage fascinant de notre destinée qui est la sainteté.
Ses promesses ne sont pas électorales car les ingrédients de notre sainteté sont déjà offerts et notre élection acquise. Choisis depuis toujours, nous avons la grâce d’avoir reconnu dès ici-bas la révélation du mystère de la volonté bienveillante de Dieu et de vouloir vivre « à la louange de sa gloire ». Oh si peu, si mal, si difficilement dirons-nous mais en cordée avec tous les saints qui l’ont pleinement vécu (et comment ne pas évoquer la si simple mais si belle Élisabeth de la Trinité qui a trouvé en cette posture de « louange de gloire » le nom nouveau de sa vocation) et en percevant dans ce chant le sens et la profondeur de notre vie.
Alors n’entonnons pas tant cette hymne aux seuls moments solennels de nos défilés mais fredonnons-la sans cesse dans l’intimité de notre cœur et au quotidien de notre vie. Car là se trouve notre prière – la réalité profonde de l’oraison – et là se trouve la réponse de notre vie à cet appel. Je crois que le privilège de la vie chrétienne – privilège qui ne sera pas aboli mais offert à tous – réside dans cette avance (« ceux qui ont espéré d’avance »). Nous n’avons peut-être pas d’autre joie, celle du « ciel anticipé » comme aimait le dire Elisabeth : avoir vue sur les horizons de notre destinée ! Certes, la destinée ultime ne nous donne pas le détail précis des chemins concrets par lesquels elle se réalise. Loin s’en faut. Et là est le tourment de notre existence mais aussi la grandeur de notre dignité et de notre liberté. Ce privilège oblige et requiert notre réponse : réponse avant tout de notre foi et de notre vie de service : service de la louange, service de nos frères, service de l’annonce de la Bonne Nouvelle. La première lecture qui présente prophète Amos et l’évangile où sont envoyés les disciples nous en dessinent quelques traits. Trait de gratuité car le Seigneur n’appelle pas selon le mérite. Amos a été tiré de son étable et de son verger sans avoir rien demandé. Mystère de l’appel ! Trait de pauvreté (« pas de pain, pas de sac, pas de pièces de monnaie ») pour que resplendisse la « richesse de la grâce » de Dieu. Mystère de la grâce ! Trait de vulnérabilité. La proclamation n’est pas promise au succès : « Va-t-en » dit-on à Amos qui dérange, en tâchant de l’amadouer avec quelques arrangements de salaire et les disciples doivent se contenter parfois de secouer la poussière de leur sandale car, comme ce sera dit si clairement maints siècles plus tard, ils ne sont pas « chargés de vous le faire croire mais de vous le dire ».
Mystère de la liberté et du péché ! Trait enfin de la rencontre. Dans le cas où le témoignage reçoit bon accueil, il se traduit par l’hospitalité du disciple qui ainsi donne et reçoit : mystère de la fraternité ! Ainsi se tisse le chemin de notre sainteté : avec la grâce de Dieu et les réponses de notre liberté au gré des discernements pas à pas mais avec les boussoles sûres de l’évangile et du chant que nous méditons en ce jour. En ce 14 juillet, nous prions pour notre pays. Chrétiens nous savons que nous y sommes minoritaires et héritiers d’une histoire compliquée entre notre République française et notre Église catholique, notre foi chrétienne et les valeurs de notre pays, faite de fécondations indéniables, de conflits tenaces et pitoyables et dont l’avenir est incertain. Mais nous ne prônons pas des valeurs ni des modèles. Nous croyons au Christ et au dessein de sainteté de Dieu notre Père. L’Esprit nous guide. Chaque eucharistie nous en fait goûter la force et la beauté, nous donne de nous donner et nous transforme peu à peu. Qu’en réponse, nous servions la république, le bien commun de nos concitoyens. Puissions-nous le vivre avec courage, joie, lucidité et générosité. A la louange de sa gloire ! Amen
Fr. Guillaume Dehorter - (Couvent d’Avon)
