Textes liturgiques (année A) : Ap 11, 19a ; 12, 1-6a.10ab ; Ps 44, (45) ; 1 Co 15, 20-27a ; Lc 1, 39-56
« Marie s’en retourna chez elle. » Cette finale de l’évangile n’est-elle pas une excellente introduction à la fête célébrée en ce jour ? Car au fond que fait la Vierge Marie en entrant au Ciel sinon de retourner chez elle ? Elle retourne à la demeure du Père comme tous y sont appelés. Certes, Marie, comme chacun de nous, vient bien de la terre puisqu’elle est une créature ; mais c’est toute la création qui est appelée à retrouver la pleine communion avec Dieu. Le mystère de l’Assomption nous montre donc la direction, le sens de notre vie ; le Ciel est pour nous. Mais il nous en montre aussi le chemin. Comment Marie est-elle entrée au Ciel à la suite de son Fils ? Par la charité. Nous pouvons penser ici à une très belle homélie de Fulgence de Ruspe utilisée pour l’office des Lectures de la Saint Etienne : « La charité qui a fait descendre le Christ du ciel sur la terre, c’est elle qui a élevé saint Etienne de la terre jusqu’au ciel. La charité, qui existait d’abord chez le Roi, c’est elle qui, à sa suite, a resplendi chez le soldat. »
La transposition est aisée : c’est bien cette même charité qui a donné le mystère de l’Incarnation et qui a conduit à celui de l’Assomption ; la charité qui fait descendre le Fils et qui fait monter la Mère. Dans les deux cas, Marie a un rôle privilégié. Elle accueille son Roi puis comme reine, le retrouve dans le sein du Père. L’évangile choisi pour cette fête illustre merveilleusement cette force de la charité : c’est cette vertu qui fait lever Marie et la met en chemin pour monter vers la Judée afin de servir sa cousine Élisabeth. C’est bien la charité divine reçue par Marie qui la soulève et l’emporte au service de son prochain. Ainsi sera toute la vie de Marie : l’accueil en elle de la charité et le consentement à laisser cet amour l’emporter plus loin. Ceci n’est pas abstrait : Marie a concrètement accueilli en sa chair le Dieu-Amour, la charité incarnée. L’amour de Dieu est descendu sur elle comme nous l’avons entendu dans son chant : « Sa miséricorde s’étend d’âge en âge sur ceux qui le craignent. » Marie a accueilli sans réserve l’amour de Dieu dans sa vie et c’est cet amour seul qui a conduit l’Immaculée jusqu’à l’emporter dans la gloire du Ciel. L’Assomption, c’est la victoire de l’Amour divin, victoire de la charité dans l’humain. L’Amour a tout emporté car il a tout transformé en lui-même comme le chante St Jean de la Croix.
Mais cette victoire n’est pas magique : elle a supposé la liberté pleine et entière d’une créature. « Heureuse celle qui a cru à l’accomplissement des paroles qui lui furent dites de la part du Seigneur. » Marie a cru à l’Amour et elle a dit son oui. La charité ne s’infiltre pas par effraction. Elle suppose la foi et une grande humilité. « Il s’est penché sur son humble servante. » L’Amour de Dieu s’est en effet déversé sur l’abaissement de la Vierge Marie et a pu y descendre. Ste Thérèse de l’Enfant-Jésus l’a dit : « Le propre de l’Amour est de s’abaisser. » (Ms A 2) La charité divine a trouvé en Marie de Nazareth un espace libre et disposé à accueillir le Fils de Dieu. Elle y est descendue et y a demeuré, conduisant cette femme discrète jusqu’aux sommets de la sainteté. Thérèse, encore elle, nous aide à comprendre comment quand elle écrit : « lorsque je suis charitable, c’est Jésus seul qui agit en moi ; plus je suis unie à Lui, plus aussi j’aime toutes mes sœurs. » (Ms C 12) La Vierge a laissé, par sa foi humble et courageuse, l’Amour divin prendre toute initiative dans sa vie. C’est ce que dit autrement st Jean de la Croix : « toujours sa motion fut du Saint-Esprit. » (III Montée 2,10)
Par sa foi, Marie a accueilli pleinement l’amour et ainsi elle fut conduite au paroxysme de l’espérance. Au pied de la croix, elle se tenait debout, vide de tout sinon des vertus théologales de foi, amour et espérance. Tout le reste avait disparu. Sur le Golgotha Marie brille déjà dans les ténèbres comme la figure de l’Eglise promise à la lumière éternelle. Son Assomption est la suite logique de son existence puisque la charité qui l’a mue ne pouvait que la polariser vers le Ciel : l’amour attire l’amour et comme l’épouse du Cantique, Marie a dit : « Attirez-moi, nous courrons ! »
Nous courrons, oui car le mystère de l’Assomption est pour nous, pour l’Église. Marie ne veut pas entrer seule au ciel mais elle emporte dans son manteau de lumière les enfants de sa miséricorde. Tous ceux et celles qui courent avec elle, grâce aux vertus théologales, sont promis à la même destinée. Le Christ a ouvert la porte des cieux en son Ascension ; Marie, la première des croyants a suivi son Fils et désormais la voie est ouverte pour ceux et celles qui se lancent dans l’aventure de la foi. Seul l’Amour aura le dernier mot de l’histoire, même si nous n’en connaissons pas les modalités. Ressourçons-nous donc aujourd’hui en ce grand mystère pour réveiller en nous l’espérance et la foi. En regardant « celle-ci qui monte à l’orient des cieux nouveaux », retrouvons force et courage. Laissons l’Amour vaincre en nous toutes nos résistances.
