Jésus Christ Roi de l’Univers [Ho Christ Roi dim TO - Année C]

donnée au couvent d’Avon

Textes liturgiques (année C) : 2 S 5, 1-3 ; Ps 121 (122) ; Col 1, 12-20 ; Lc 23, 35-43

Jésus est tenté trois fois après son baptême, alors qu’il séjourne au désert. Et la tentation est de faire un miracle, un geste de puissance, prouver qu’il est ainsi réellement le fils de Dieu. Car lors du baptême il reçoit cette parole : « tu es mon fils, moi aujourd’hui je t’ai engendré. »

Jésus est tenté sur cette relation fondamentale et vitale qu’il a avec son Père. Il est tenté jusqu’à la racine de son être là où il est aimé, là où il est fils. Mais cette tentation qu’il subit, c’est la nôtre à tous. Il y a un doute au fond de notre cœur sur l’amour, sur la condition filiale. Est-ce que je suis aimé, est-ce que je suis réellement le fils bien aimé. Et parce qu’il y a un doute, je vais essayer de le vérifier, de le prouver. Je ne vais pas essayer de faire des miracles comme pour la tentation de Jésus, je vais essayer par ma vie de prouver aux autres et à moi-même que j’ai de la valeur, que j’ai du poids, que je suis digne d’estime, que je mérite d’être aimé, d’être au centre des regards. Et je peux ainsi parcourir le monde, acquérir de hauts diplômes, prendre des responsabilités. En fait, ce n’est pas pour servir, mais pour se trouver au centre des regards. Et bien, Jésus est tenté à sa façon à ce niveau-là, prouver qu’il est le Fils bien aimé. Il ne répondra pas, car il n’a rien à prouver, il est fils. La tentation porte, non sur le faire, mais par delà le miracle, sur l’être.

« Ayant ainsi épuisé toute tentation, le diable s’éloigna de lui jusqu’au moment favorable. » (Luc 3, 13) Et bien, on se trouve avec notre évangile en ce moment crucial, en ce lieu de la vulnérabilité extrême. Jésus est tenté de nouveau par trois fois :

  • Les chefs, eux, se moquaient : "Il en a sauvé d’autres, disaient-ils ; qu’il se sauve lui-même, s’il est le Christ de Dieu, l’Élu !" (Luc 23, 34)
  • Les soldats disaient : "Si tu es le roi des Juifs, sauve-toi toi-même !" (Luc 23, 36)
  • L’un des malfaiteurs suspendus à la croix l’injuriait : "N’es-tu pas le Christ ? Sauve-toi toi-même, et nous aussi." (Luc 23, 38)

Jésus est humilié par tout le monde, par tous ceux qu’il vient sauver. Il pourrait prouver qu’il est vraiment le messie pour qu’on croie en lui. Et bien, là non plus, il ne prendra pas les moyens surnaturels pour prouver quoi que ce soit.

Pourtant il y aura miracles, d’abord en la façon dont l’un des malfaiteurs s’adresse à lui d’une façon singulière : « Jésus, souviens-toi de moi quand tu viendras dans ton règne » C’est la seule foi dans les évangiles qu’un homme s’adresse ainsi au Seigneur utilisant seulement son nom sans complément. Comme si cela ouvrait un espace d’intimité entre les deux hommes, comme si cet instant ouvrait cette proximité, la permettait. En cet instant, confessant l’innocence de Jésus, il est celui qui est le plus proche de lui dans l’acceptation des souffrances et de la mort. Jésus étant sur la croix comme lui, le rejoint dans sa souffrance, il se fait proche de lui. Cela permet au malfaiteur de tutoyer Jésus dont il se sent proche aussi, même s’il porte un lourd péché. Autre miracle, la façon dont ce malfaiteur repenti et Jésus parlent, alors qu’ils sont cloués sur la croix et que la souffrance doit être à un certain niveau et qu’elle devrait prendre toute la place. Or ils semblent parler tranquillement.

Autre miracle encore, l’entrée de ce malfaiteur dans le paradis à l’encontre de toute justice. A nous aussi il nous faut parfois, comme le malfaiteur, toucher le fond pour que nous lâchions réellement prise avec nous-mêmes et que nous puissions nous ouvrir à une autre vie. Cet homme confesse à sa façon que Jésus règne et Jésus lui répond : « Aujourd’hui avec moi tu seras dans le paradis » Il est dans le paradis déjà parce qu’il s’ouvre à la présence de Jésus dans une relation de dépendance. Non pas de soumission, d’esclavage. Car le paradis ce n’est pas un lieu d’abord, ce n’est pas un temps non plus. C’est une relation trouvée, découverte entre le Christ et soi-même. Le paradis c’est une relation partagée dans laquelle le Christ est souverain, où il règne. Et la souveraineté est d’amour, et le règne est d’amour. Ce n’est pas un pouvoir, ce n’est pas une domination, c’est un regard d’amour reçu qui transfigure toute chose, dans lequel tout est pardonné. Qui n’a pas été touché par un geste, un regard d’amour posé sur soi ? et n’en a pas découvert une vie qui vient d’ailleurs ?

Qu’est-ce qui fait le plus grand bonheur sur terre sinon la relation d’amour qui peut s’instaurer entre deux personnes, sinon sentir de cœur et l’âme envahie d’une lumière nouvelle ? Oui, l’homme est mort avec Jésus, mais il s’est ouvert à une vie nouvelle, à la vie éternelle. Jésus est roi, oui, mais pas comme on le comprend sur la terre. Il est roi parce qu’il règne en son royaume qui est d’amour, qui est de relation partagée, parce qu’il est à l’origine de cet amour, parce qu’il est à l’origine de la vie.

Il faut relire l’épître de Paul : Col 1,12 » vous remercierez le Père qui vous a mis en mesure de partager le sort des saints dans la lumière. 13 Il nous a en effet arrachés à l’empire des ténèbres et nous a transférés dans le Royaume de son Fils bien-aimé, 14 en qui nous avons la rédemption, la rémission des péchés. » Le Christ, dans le don qu’il fait de lui-même jusqu’au bout, rejoint tout homme dans sa déchéance pour ouvrir dans le cœur de l’homme un espace de lumière et de paix, je joie infinie qu’il détient du Père. Saurons-nous accueillir ce don ?

[/Fr. Yannick Bonhomme, ocd - (couvent d’Avon)/

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