L’Amour de Dieu vivant en nos cœurs (Ho Pentecôte - 05/06/22)

donnée au couvent d’Avon

Textes liturgiques (année C) : Gn 11, 1-9 ; Ex 19, 3-8a.16-20b ; Ez 37, 1-14 ; Jl 3, 1-5a ; Ps 103 (104) ; Rm 8, 22-27 ; Jn 7, 37-39 ; Ac 2, 1-11 ; Ps 103 (104) ; Rm 8, 8-17 ; Jn 14, 15-16.23b-26

Avec la résurrection de Jésus, tout un univers d’espérance s’ouvre en chacun de nous : la mort, avec son cortège de souffrances, n’a plus le dernier mot. C’est déjà beaucoup.

Jésus nous emmène plus loin cependant en nous ouvrant à notre destinée d’enfants de Dieu. C’est bien plus que d’un homme augmenté dont nous parlons, de cet homme que la science barde d’une multitude d’artifices électroniques pour ajouter de la puissance, de la performance à ses capacités naturelles. C’est par présence à l’intime de notre cœur en son Esprit que Jésus vient nous augmenter. En cela, il nous révèle notre véritable humanité. Par la mort et la résurrection de Jésus, nous sommes comme greffés en Lui, comme immergés en son Amour.

Il nous faut maintenant apprendre à accueillir l’Amour du Dieu vivant en nos cœurs. Croire en lui avec tout notre être, c’est accueillir son Amour infini, c’est accueillir son intimité la plus profonde en nos cœurs, c’est vivre de sa Vie qui est l’Esprit. En cela la résurrection est à l’œuvre, en ce que nous le laissons agir en nous. En même temps, Jésus nous invite à poursuivre son œuvre sur la terre. Il demande de témoigner de son amour pour nous, de témoigner que Dieu nous aime jusqu’à mourir en son corps de chair. Ce témoignage porte quelque chose de fou, d’inouï : Dieu existe, il nous aime, il a assumé notre humanité, il est mort en Jésus, il est ressuscité et nous invite à ressusciter avec Lui, en Lui.

Cet événement de la Pentecôte dont nous faisons mémoire, va propulser les apôtres aux quatre coins du monde, leur donner la force d’entrer dans l’aventure de la mission.Vivre de l’Esprit, c’est justement apprendre à quitter notre moi narcissique, indépendant. C’est renoncer à s’engager avec nos propres forces pour recevoir la force de Dieu.

D’une façon ou d’une autre, nous allons avoir à nous débarrasser de nos illusions pour pouvoir laisser la place à la vie de l’Esprit, pour découvrir notre véritable image. Pour illustrer cela, je vous propose ce témoignage du père Alfred Delp (SJ) arrêté par la Gestapo le 2 février 1945. Alfred Delp écrit en prison, les mains enchaînées, mais le cœur libre :

« Les collines éternelles sont là, d’où vient le salut. Leur secours est prêt, il attend, il vient. Dieu me le montre chaque jour et ma vie tout entière en témoigne maintenant. Tout ce que je portais en moi d’assurance, de ruse et d’habileté a volé en éclats sous le poids de la violence et de ce qui m’était opposé. Ces mois de captivité ont brisé ma résistance physique et beaucoup d’autres choses en moi, et pourtant j’ai vécu des heures merveilleuses. Dieu a tout pris en main, et je sais maintenant implorer et attendre le secours et les forces des collines éternelles.

L’homme qui reconnaît sa pauvreté, qui rejette loin de lui toute suffisance et tout orgueil, même celui de ses haillons, l’homme qui se tient devant Dieu devant toute sa nudité, sans voile et dans son indigence, cet homme-là connaît les miracles de l’amour et de la miséricorde : depuis la consolation du cœur et l’illumination de l’Esprit jusqu’à l’apaisement de la faim et de la soif.

Souvent dans l’agitation et les souffrances de ces derniers mois, ployant sous le poids de la violence, j’ai senti tout d’un coup la paix et la joie spirituelle envahir mon âme avec la force victorieuse du soleil levant.

Le Saint-Esprit est la passion dont Dieu s’aime. C’est à cette passion que l’homme doit s’accorder, c’est elle qu’il doit ratifier et accomplir. Alors le monde redeviendra capable d’amour vrai. Nous ne pouvons reconnaître et aimer Dieu que si Dieu nous saisit lui-même et nous arrache à notre égoïsme. Il faut qu’en nous et par nous Dieu s’aime lui-même alors nous vivrons dans la vérité et l’amour de Dieu redeviendra le cœur vivant du monde. »

Les apôtres ont été amenés jusqu’à cet état d’humilité en suivant Jésus, en échouant, en le reniant, en recevant son pardon au matin de la résurrection. Leur cœur blessé par leur misère rencontrée, sous le regard de la Miséricorde, a permis que leur mission ne se bâtisse pas d’abord sur leur compétence, leur savoir-faire, leur prétention, mais sur leur complémentarité.

Dieu voudrait mettre toute sa beauté en nos cœurs, mais c’est nous qui y mettons un frein par notre suffisance. Or le savoir isole plus qu’il ne construit la relation, l’humanité. Il y a là matière à relire à notre propre profit ce que signifie notre engagement en ce temps de reconstruction de l’Église, en ce temps de réflexion sur la synodalité ; c’est-à-dire sur notre capacité d’avancer ensemble par l’écoute mutuelle de l’action de l’Esprit en la multiplicité de nos cœurs, de nos intelligences. Notre bon vouloir ne suffit pas, il nous faut aussi nous laisser purifier de nos suffisances, de nos jalousies, de nos prétentions pour pouvoir nous écouter. L’Église n’est pas notre propriété, elle est don de Dieu, elle est le fruit de la multiplicité de nos regards pacifiés sur Dieu et sur le monde, une et multiple.

Fr. Yannick Bonhomme, ocd - (couvent d’Avon)
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