Textes liturgiques (année A) : Ac 8, 5-8.14-17 ; Ps 65 (66), 1-3a, 4-5, 6-7a, 16.20 ; 1 P 3, 15-18 ; Jn 14, 15-21

« Au milieu de vous se tient quelqu’un que vous ne connaissez pas. » Cette affirmation du Baptiste adressée aux pharisiens au début de l’évangile désigne Jésus. Elle consonne pourtant fortement avec ce que Jésus lui-même dit, dans l’Evangile, de l’Esprit Saint : « le monde ne le connaît pas. » L’Esprit Saint serait-il un clone du Verbe de Dieu ? Il y a en effet 4 autres caractéristiques dans l’évangile d’aujourd’hui qui pourraient laisser croire qu’il s’agit au moins de deux jumeaux.

Premièrement, l’Esprit est désigné comme « un autre Défenseur » : le 1er Défenseur des disciples est bien Jésus et l’Esprit est comme l’Autre du Fils qui assistera les disciples pendant les persécutions.

Deuxièmement, l’Esprit est comme Jésus, donné et envoyé par le Père.

Troisièmement, comme Jésus, l’Esprit « demeure  » auprès de ceux qui l’accueillent et même il « sera en » eux.

Enfin, « il sera toujours avec » les disciples, comme ce qu’affirme Jésus de lui-même dans la finale de l’évangile de Matthieu : « et moi, je serai toujours avec vous ». Le Verbe et l’Esprit ont donc en commun d’être envoyés par le Père, d’être inconnus du monde, défenseurs des disciples et présences intérieures à ces mêmes disciples, pour toujours. Ces caractéristiques communes soulignent en tout cas la profonde continuité entre la mission de Jésus et celle de l’Esprit Saint. Leur œuvre est commune !

C’est peut-être saint Luc qui nous aide à y voir plus clair avec son évangile et ses Actes des Apôtres : l’Esprit parachève l’œuvre de Jésus de Nazareth. Sa mission est à la fois similaire et distincte de celle du Fils. Le chapitre 8 en donne un bel exemple à travers deux figures en contraste : Philippe et Simon. Philippe est l’un des Sept choisis par les Apôtres pour le service des tables. Il proclame la Bonne Nouvelle en Samarie et accomplit de grands signes de puissance : guérisons et délivrances. C’est un homme de la Parole qui aide un éthiopien à interpréter Isaïe à la lumière de la Passion du Verbe incarné. C’est aussi un homme conduit par l’Esprit du Seigneur, cet Esprit qui lui parle et l’enlève subitement, comme il enleva le prophète Elie.

Face à lui, il y a Simon qui « pratiquait la magie et éblouissait la population ». Ce Simon écouta la prédication de Philippe, devint croyant et se fit baptiser. Mais il n’avait pas encore reçu pleinement l’Esprit Saint et cela se voit. Tandis que « les foules, d’un même cœur, s’attachent à ce que dit Philippe » c’est-à-dire à la Parole de Dieu, ces mêmes foules « s’attachent à Simon en disant : ‘c’est lui la Puissance de Dieu.’ » Simon attire les foules pour lui et non pour Dieu. Il ne laisse pas place à la Parole. Il tente après son baptême d’acheter le don de l’Esprit Saint aux apôtres mais Pierre le met en garde. Pierre a bien vu que cet homme cherche, selon ses mots, un pouvoir car il est ébloui par les miracles opérés par Philippe. La jalousie gagne son cœur. Or l’Esprit Saint n’est pas une énergie anonyme ou une force : il est une Personne divine qui ne peut être accueillie que chez celui qui a aussi obéi à la Parole de Dieu.

Le Verbe et l’Esprit travaillent de concert mais chacun à sa manière. L’Esprit-Saint est bien l’Esprit de Jésus envoyé par le Père. Son accueil est nécessaire pour que le disciple devienne un chrétien accompli et la demeure de la Très Sainte Trinité. L’Esprit est Dieu comme le Verbe et il a sa propre personnalité, sa propre mission. C’est lui qui nous donne de confesser que Jésus est Seigneur et qui nous permet d’appeler Dieu notre Père. Que ce temps proche de la Pentecôte nous permette de mieux le connaître afin qu’il devienne vraiment notre hôte intérieur. Amen

Fr. Jean-Alexandre de l’Agneau, ocd - (couvent d’Avon)