Textes liturgiques (année A) : 2 R 4, 8-11.14-16a ; Ps 88 ;Rm 6, 3-4.8-11 ; Mt 10, 37-42
C’est à ses disciples que Jésus s’adresse, à ceux qui veulent le suivre, c’est un appel radical qu’il leur adresse. Quelques versets plus hauts nous avons : 10,34 " N’allez pas croire que je sois venu apporter la paix sur la terre ; je ne suis pas venu apporter la paix, mais le glaive." Cela sonne comme un gong, surtout de la part de quelqu’un qui prône la douceur ! Cela sonne comme un gong en cette période de conflits sociaux. C’est bien à un combat que Jésus nous convie, celui qui touche tout être humain.
Le glaive vient trancher, séparer et l’on comprend dans les versets que nous avons lus en quoi consiste ce glaive : c’est le choix du plus grand amour. Par exemple, cette dynamique, nous la voyons à l’œuvre au plus près de nos vies lorsqu’un homme et une femme décident de mener vie commune. L’expérience d’un même amour leur donne la force de quitter réellement et surtout symboliquement leur famille. C’est alors l’expérience d’un amour plus grand qui donnera l’impulsion nécessaire pour quitter le nid familial. Il y a souvent un cordon à couper avec les parents lorsqu’ils sont trop proches. Il y a de la confusion à dénoncer de toute relation malsaine, trop fusionnelle, trop dépendante. Parfois ce peut être vécu très douloureusement. C’est cependant le prix à payer pour que le couple ait un avenir, pour que le couple puisse se constituer et s’épanouir.
C’est à vivre avec des parents qui se montreraient trop inquisiteurs. Ce travail est aussi à vivre au sein même du couple. Ce n’est pas en étant collé l’un à l’autre que la relation sera forte et épanouissante, c’est en prenant de la distance, en acceptant que la relation ne se constitue pas au niveau fusionnel, avec comme parole : « toi c’est moi ». Cela peut être ressenti pour un temps, mais ce n’est pas la vérité de la relation. Il y a une prise de conscience progressive à faire en acceptant que l’autre soit différent. C’est l’enjeu d’une relation authentique qui va permettre avec la distance assumée d’ouvrir l’espace du cœur. C’est le temps de l’apprentissage de la parole, d’apprendre à se parler en vérité. Car la distance est au service de la relation authentique. Sinon le couple pourrait se faire illusion et finalement tourner en rond. À commencer par le couple chrétien !
"Qui aime son père ou sa mère plus que moi n’est pas digne de moi. Qui aime son fils ou sa fille plus que moi n’est pas digne de moi. Qui ne prend pas sa croix et ne me suit pas n’est pas digne de moi. Qui aura trouvé sa vie la perdra et qui aura perdu sa vie à cause de moi la trouvera". (Mt 10,37-39) Jésus nous invite à faire le choix du plus grand amour, tous, et pour cela il nous invite à mettre de l’air dans nos relations, à prendre de la distance. Et si c’est important dans une famille, cela l’est aussi dans toutes les relations. Il ne nous demande pas dans la même foulée de devenir célibataire en nous demandant de le suivre, il nous dit qu’au cœur de tout choix de vie, Lui, doit être au centre. Nous disant cela, il ouvre en nous un espace de respiration profonde. Il nous invite à ne pas tourner autour de nous-mêmes, à regarder plus loin. Certains comprendront cela comme un appel particulier à le suivre en quittant tout.
Jésus nous apprend qu’il est au cœur de toute relation, que nous soyons en couples ou célibataires. L’être humain n’a pas de finalité en lui-même, mais dans l’ouverture de son cœur à plus grand, à ce plus grand qui se découvre dans une relation d’amour entre la créature et son Créateur. Jésus ne se présente pas à nous comme un despote, comme quelqu’un de jaloux qui viendrait capter nos vies, qui viendrait nous étouffer, mais comme celui qui est au cœur de toute relation et leur permet de croître à l’infini. Dieu, en son Esprit, ne fait pas nombre avec nous, avec nos relations. Il est au contraire au cœur de toute relation d’amour. Dieu est Amour. Dieu est donateur de vie et c’est en surabondance qu’il la donne par sa présence.
