« Il y a des derniers qui seront premiers » [Ho 21° dim. TO - Année C]

donnée au couvent d’Avon

Textes liturgiques (année C) : Is 66, 18-21 ; Ps 116 (117) ; He 12, 5-7.11-13 ; Lc 13, 22-30

Cet Évangile donne l’espérance du salut, mais pas une espérance facile car il invite à passer la porte étroite et à s’engager pour le Royaume. Sur la route de la Galilée à Jérusalem, alors que Jésus enseigne la vie de foi, un passant l’interpelle : "Seigneur, n’y a-t-il que peu de gens qui soient sauvés ?" Être sauvés, le salut ? Dans l’Ancien Testament, le salut désigne souvent une délivrance physique ou une protection accordée par Dieu, par exemple, la sortie d’Égypte (Exode 14-15). Dans le Nouveau Testament, le salut prend une dimension plus large : il s’agit de la libération du péché et de la réconciliation avec Dieu, rendue possible par la mort et la résurrection de Jésus-Christ. Le salut biblique implique une relation restaurée avec Dieu. Il ne se limite pas à une délivrance ponctuelle, mais inclut la promesse d’une vie éternelle et d’une transformation intérieure. Le salut est également une espérance eschatologique : il annonce la victoire finale sur le mal et la mort, et l’avènement du royaume de Dieu (Apocalypse 21,4). Aujourd’hui, la question du salut, ne remue pas les foules. Indifférence religieuse, ignorance ? Cependant, beaucoup cherche un salut personnel dans de multiples voies, au « supermarché du bien-être ». À l’époque de Jésus, cette question n’est pas théorique : elle est vitale. Beaucoup de Juifs attendent alors l’avènement imminent du Royaume de Dieu. Le salut n’est pas une abstraction, mais une réalité qui engage l’existence.

A la question qui lui est posée, Jésus ne répond pas directement, mais sa parole est claire : "Efforcez-vous d’entrer par la porte étroite, car, je vous le déclare, beaucoup chercheront à entrer et n’y parviendront pas." Le message est sans équivoque : le salut exige un combat, une lutte, une ascèse. La vie chrétienne n’est pas une quête de confort, mais un engagement total, comparable à l’effort d’un athlète. Ensuite Jésus donne la parabole de la porte fermée, une parabole qui doit nous faire réfléchir, nous les croyants : « Quand le maître de maison se sera levé pour fermer la porte, si vous, du dehors, vous vous mettez à frapper en disant : " Seigneur, ouvre-nous ! ", il vous répondra : "Je ne sais pas d’où vous êtes. " ».

Ceux qui invoquent une familiarité passée – Nous avons mangé et bu en ta présence, tu as enseigné sur nos places – se voient opposer un refus catégorique : Je ne sais pas d’où vous êtes. Éloignez-vous de moi, vous tous qui commettez l’injustice. Faire le mal, c’est trahir la volonté de Dieu, inscrite dans la Loi et résumée par Jésus en un commandement unique : celui de l’Amour. Comme Jean-Baptiste avant lui, Jésus dénonce l’illusion d’un salut assuré par la seule appartenance au peuple d’Abraham (Luc 3, 7-14). Jésus annonce alors un renversement inattendu, très évangélique, par une conclusion radicale : « Il y aura des pleurs et des grincements de dents quand vous verrez Abraham, Isaac, Jacob et tous les prophètes dans le Royaume de Dieu, et que vous, vous serez jetés dehors. L’appartenance au peuple juif n’est pas une garantie pour participer au festin du Royaume. Des hommes et des femmes issues de toutes nations viendront, de l’orient et de l’occident, du nord et du midi pour prendre place au festin du Royaume. Oui, il y a des derniers qui seront premiers, et des premiers qui seront derniers. »

Ce renversement évangélique est toujours actuel et ils nous concernent, nous aussi. Le salut n’est ni un dû, ni une évidence. Il est donné par une vie fidèle à l’Évangile, marquée par l’amour et la justice. La porte est étroite, mais elle est ouverte à tous – y compris à ceux que l’on croit les plus éloignés. La deuxième lecture, des Hébreux, nous rappelle ceci : « Mon fils, ne néglige pas les leçons du Seigneur, ne te décourage pas quand il te fait des reproches. Quand le Seigneur aime quelqu’un, il lui donne de bonnes leçons ; il corrige tous ceux qu’il accueille comme ses fils. » (Cf. Pr 3,11-12) Recevoir ces paroles, y consentir, nous rend humble, peut-être triste dans un premier temps, puis elles nous relèvent et nous permettent d’agir selon sa volonté et de repartir de bon pied ! Et la lettre aux Hébreux poursuit la métaphore : «  C’est pourquoi, redressez les mains inertes et les genoux qui fléchissent, et rendez droits pour vos pieds les sentiers tortueux. Ainsi, celui qui boite ne se fera pas d’entorse ; bien plus, il sera guéri. » Comprenons que les situations ne sont pas acquises, bloquées, sans espérance d’évolution positive… Il n’y a pas de fatalité ! Voilà qui nous encourage à l’effort d’entrer par la porte étroite. Il n’est jamais trop tard en cette vie, ici-bas. Croyons que notre propre mouvement pour suivre le Christ, nos efforts ne seront pas vains…, et encourageons-nous les uns les autres à cela, car la conversion est à la fois affaire personnelle et communautaire. Croyons que le salut est offert à ceux qui sont en bonne relation avec Dieu, sur le chemin d’une vraie conversion, en route pour prendre place au festin dans le royaume de Dieu.

fr. Robert Arcas, ocd (Couvent d’Avon)
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