Textes liturgiques (année B) : Dt 18, 15-20 ; Ps 94 (95) ; 1 Co 7, 32-35 ; Mc 1, 21-28
Dans l’Évangile de ce jour, Jésus enseigne avec autorité et guérit avec bonté, il est la réponse à la promesse entendue dans la première lecture. En effet, au jours de Moïse, au Sinaï, le peuple d’Israël avait trouvé Dieu si épouvantable, et si insupportable, de par sa manifestation par des éclairs et sa voix qui grondait comme le roulement du tonnerre. Ils avaient crié vers Dieu qu’ils ne voulaient plus entendre cette voix, ni contempler un tel embrasement du ciel, de peur d’en mourir. Et Dieu avait promis de se faire moins redoutable, plus proche, en se dissimulant derrière des hommes, ses intermédiaires, les prophètes. Il s’était engagé devant Moïse, qui intercédait pour le peuple, de leur susciter un prophète comme lui, dans la bouche duquel il mettrait sa Parole.
Ainsi, pendant des siècles, les prophètes se succédèrent, porteur de la Parole de Dieu auprès du peuple, jusqu’au jour où Dieu envoya son propre fils, le dernier et le plus parfait des prophètes, son verbe incarné, sa parole qui prit chair et se fit homme parmi les hommes. Jésus est bien le même Dieu qui s’est manifesté au Sinaï, terrible en ses exploits et auteur de prodige, mais il est devenu abordable et, se promenant parmi les hommes, mêlés à la foule, longtemps inaperçue, il ne se distinguait en rien jusqu’au jour où, au beau milieu d’un culte à la synagogue, il saisit le rouleau des écritures pour prendre à son tour la parole. Par Jésus, Dieu lui-même prend la parole dans l’assemblée, et ce fut comme une révélation, un retentissement qui bouleversa tous ceux qui de près ou de loin en furent touchés. Dans son Évangile, Saint Marc nous donne un écho de l’étonnement des contemporains de Jésus. Ceux qui l’écoutaient ont été bouleversés, non par les éclairs et les tonnerres, mais par l’autorité qui se dégageait de Jésus. Tout le monde, dit l’Évangile, était bouleversé par son enseignement, car il n’enseignait pas comme les scribes, mais comme quelqu’un qui avait de l’autorité.
Les scribes avaient une certaine autorité, une autorité fondée sur les études qu’ils avaient faites, sur leur savoir et leur compétence, particulièrement en matière d’Écriture sainte. Mais, dans le cas de Jésus, il ne s’agissait pas d’un savoir plus ou moins étendu. Sa compétence à lui était d’un autre ordre, elle venait de sa personne et de son être. Il n’en imposait pas par la science, mais par sa sagesse. Sa manière de vivre et de parler touchait chacun personnellement et mystérieusement. Son autorité provenait du mystère même de sa personne. Ceux qui étaient quelque peu disposés à écouter Jésus déjà s’en apercevaient. Mais plus encore, ceux qui ne l’étaient aucunement, ceux qui vivaient sous l’emprise des forces du mal que l’Évangile appelle esprit mauvais. À peine Jésus a-t-il ouvert la bouche, que sa parole touche et frappe à mort cette mystérieuse présence du mal. Et l’esprit mauvais se rebiffe et crie quand Jésus parle : « Que nous veux-tu, Jésus de Nazareth ? Es-tu venu pour nous perdre ? Je sais fort bien qui tu es : tu es le saint de Dieu ! »
Cette autorité d’enseignement est immédiatement accompagnée par l’autorité d’action qui libère l’homme tourmenté par un esprit impur. Le diable est un intrus dans l’homme qui est fils de Dieu. La parole du Fils de Dieu chasse le Mauvais et met fin à une cohabitation dévastatrice et ruineuse. L’affrontement est extrêmement bref et l’issue est immédiate ! Jésus a débusqué le mal, non pour condamner, mais pour soulager et rendre à l’homme sa liberté. Le Dieu du Sinaï n’a rien perdu de sa vigueur et de sa force, mais désormais il ne se montre terrifiant que pour le mal et que pour libérer l’homme.
Cette force de la Parole de Dieu, telle qu’elle fut en Jésus, est désormais toujours avec nous dans son Église. La même force qui mit le Sinaï à feu et à flamme, et qui fut tempérée et dissimulée dans un visage d’homme en Jésus, trouve toujours à s’exprimer dans la parole et les gestes des prophètes d’aujourd’hui qui se laissent agir par cette puissance de Dieu. Il s’agit pour nous aujourd’hui, à l’école des saints et des prophètes, de savoir accueillir cette puissance de Dieu présente en sa Parole, en ses sacrements et dans son Église. Accueillir et se laisser transformer, il avait raison l’homme possédé par un esprit impur en s’écriant : « Que nous veux-tu, Jésus de Nazareth ? » Il veut nous libérer et nous sanctifier, pour agir avec nous et à travers nous.
Aujourd’hui nous aussi sommes invités à rencontrer, dans la liturgie, le Seigneur qui vient avec sa Parole, prononcée avec autorité, pour nous libérer du Mauvais qui s’insinue en nous, ce mal qui voudrait nous enlever ce que le baptême nous a donné en nous faisant fils de Dieu. Heureusement aussi aujourd’hui le Christ est présent au milieu de nous réunis en prière, il vient à notre rencontre et nous enseigne avec autorité. L’important est que notre esprit et notre cœur soient tournés vers le Christ, convertis, c’est-à-dire tournés vers Lui, avec nos frères et sœurs. Ainsi, tourné vers Lui, nous pourrons recevoir sa grâce et vivre avec Lui. Et je pourrais conclure comme Paul dans la seconde lecture : « C’est dans votre intérêt que je dis cela ; ce n’est pas pour vous tendre un piège, mais pour vous proposer ce qui est bien, afin que vous soyez attachés au Seigneur sans partage. »
Fr. Antoine-Marie Leduc - (Couvent d’Avon)
