Répondre à l’amour de Dieu par toute notre vie [Ho 28e dim. TO - Année A]

donnée au couvent d’Avon

Textes liturgiques (année A) : Is 25, 6-10a ; Ps 22 (23) ; Ph 4, 12-14.19-20 ; Mt 22, 1-14

Si une personne ne connaissant pas les Évangiles venait à participer à notre assemblée dominicale aujourd’hui ou était venue dimanche dernier, elle pourrait être surprise de nous entendre affirmer que Dieu est amour. En effet, aujourd’hui comme dimanche dernier, la liturgie nous propose des paraboles de Jésus dans laquelle Dieu notre Père est présenté comme un maître exigeant, faisant périr misérablement les vignerons de son domaine, ou comme un roi n’hésitant pas à massacrer les sujets qui ne répondent pas à son invitation. Avec un tel Dieu, mieux vaudrait filer droit ! Certes, le Seigneur est bon : il nous confie sa vigne et nous invite aux noces, mais gare à celui qui ne lui remet pas le fruit de son travail ou ne répond pas à son invitation !

Ces paraboles de Jésus ne nous sont données ni pour nous faire peur ni pour remettre en cause la révélation de l’amour miséricordieux du Seigneur. Elles nous invitent plutôt à prendre au sérieux notre existence humaine et notre relation avec Dieu notre Père. Il y aurait, en effet, une manière de comprendre la miséricorde de Dieu qui conduirait à ne prendre au sérieux ni notre propre vie ni notre réponse à son amour. Croire en cet amour, ce n’est pas croire que nos paroles, nos actes et nos choix de vie n’ont aucune importance, comme si, quoi que nous fassions, les actes et les choix de notre vie demeuraient sans conséquence parce que, finalement, Dieu recouvrirait tout de sa miséricorde. Car, « l’amour ne se paie que par l’amour  », comme l’aimait à le souligner Saint Jean de la Croix (CS B Str.9) : à l’inépuisable miséricorde du Seigneur répond mon amour, certes imparfait, limité et toujours à renouveler, mais qui manifeste le sérieux de ma vie et ma bonne volonté à collaborer à l’œuvre de Dieu. C’est ce que Jésus veut nous faire comprendre aujourd’hui.

Pour comprendre cette parabole des invités à la noce, nous pouvons, tout d’abord, en faire une lecture historique et nous reconnaissons le drame de l’Alliance dans l’Ancien Testament. Le Seigneur a invité son peuple à entrer en alliance avec lui et à partager son amour. Cette invitation est ici figurée par celle au repas de noces, où est célébrée l’alliance entre son Fils et l’humanité. À cette invitation, les hommes ont souvent répondu par l’indifférence, le mépris et voire le rejet des prophètes. Cependant, le refus de quelques-uns a permis d’ouvrir l’invitation à un plus grand nombre. Le mystère du salut s’accomplit même à travers nos refus ! Ce qui faisait l’espérance de Saint Paul au chapitre 11 de l’épitre aux Romains. C’est pourquoi nous ne pouvons pas condamner ceux qui ont refusé d’entrer dans l’Alliance, d’autant plus que le rejet de l’homme qui n’avait pas revêtu le vêtement de noces doit nous mettre en garde contre notre propre attitude.

Car le roi condamne sévèrement cet homme qui est entré sans porter le vêtement requis pour les noces. Mais comment un invité de la dernière heure, rencontré au détour d’un chemin, aurait-il eu le temps de revêtir un costume de fête ? Il ne faut pas s’arrêter au détail incohérent de cette histoire, mais s’ouvrir à une lecture symbolique. Ici, le vêtement de noces doit être compris comme le symbole des œuvres de notre conversion. Nous devons exprimer extérieurement ce que nous avons accueilli intérieurement dans la foi. Nous retrouvons cette image du vêtement dans le livre de l’Apocalypse, où il est dit que le lin dont sont revêtus les saints représente leurs bonnes œuvres (Ap 19, 8). Saint Jérôme commente ce passage de l’Évangile en ce sens lorsqu’il dit : « À lui seul, cet homme personnifie tout ce que le mal rassemble. Le vêtement des noces, ce sont les préceptes du Seigneur, les œuvres accomplies selon la Loi et l’Évangile, qui constituent le vêtement de l’homme nouveau. »

Heureux les invités au repas des noces de l’Agneau ! Nous connaissons cette invitation proclamée avant la communion. Elle nous concerne particulièrement, nous qui avons entendu l’appel du Seigneur et sommes ici rassemblés. Toutes nos eucharisties sont comme une annonce et une anticipation de ce grand repas de noces : les noces du Christ qui épouse l’humanité. Nous ne pouvons pas participer aux noces de l’Agneau sans chercher à nous revêtir des bonnes œuvres de l’Esprit, comme nous y invite Saint Paul : « Puisque vous avez été choisis par Dieu, que vous êtes sanctifiés, aimés par lui, revêtez-vous de tendresse, de compassion, de bonté, d’humilité, de douceur et de patience » (Col 3,12). Le vêtement de noces signifie notre transformation en réponse à l’invitation. Par ses bonnes œuvres, l’invité aux noces s’ajuste à la grandeur de celui qui l’a appelé et à l’honneur qui lui est fait d’entrer en communion avec Dieu. Nous répondons à cet appel par une transformation généreuse de notre conduite. Ainsi, nous poursuivons la transformation intérieure et extérieure inaugurée par notre nouvelle naissance dans la foi, au jour de notre baptême.

Vous avez certainement remarqué qu’au cours de l’Eucharistie, nous demandons pardon au Seigneur à de nombreuses reprises : « Seigneur, prends pitié !  » C’est une façon de reconnaître que, dans nos vies, notre préparation à l’accueil du don de Dieu demeure bien imparfaite. Nous ne sommes pas à la hauteur d’une telle invitation, mais nous nous confions à la miséricorde de Dieu et désirons y répondre de mieux en mieux chaque jour. Comme le rappelait la première lecture, cette préparation peut parfois ressembler au franchissement d’une montagne, qui demande de la peine. Mais cette peine est largement récompensée : l’Eucharistie est un repas extraordinaire, préparé par le Dieu qui nous sauve. Tous les hommes sont invités, sans distinction ni privilège d’origine. Mais on ne peut s’approcher du Seigneur sans chercher à lui plaire, c’est-à-dire sans nous revêtir du Christ en accomplissant, comme lui, ce qui plaît au Père. Saint Jean de la Croix résume cette exigence en une parole lumineuse : « Au soir de notre vie, nous serons jugés sur l’amour.  » (Avisos, 57) Ainsi, prendre part au repas du Seigneur nous engage à prolonger dans le monde l’amour que nous y recevons. Jour après jour, par nos choix, nos gestes de bonté, de patience et de pardon, nous tissons le vêtement de noces dont le Christ veut nous revêtir. Que cette Eucharistie renouvelle donc en nous le désir de répondre à son invitation par toute notre vie. Alors, déjà unis à lui dans la foi et dans la charité, nous goûterons la joie du festin des noces de l’Agneau.

Fr. Antoine-Marie Leduc, ocd - (couvent d’Avon)
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