Textes liturgiques (année A) : Ac 6, 1-7 ; Ps 32 (33) ; 1 P 2, 4-9 ; Jn 14, 1-12
À Thomas le sceptique, à Philippe l’impatient, il faut rajouter la figure de Pierre le téméraire. Autant de figures qui peuvent nous parler, plus ou moins nous ressembler. Chacun a sa vision de la vie, de la suite de Jésus. Lui voudrait, avec eux, que nous élevions nos regards vers plus grand, que nous ayons foi en lui.
Le chapitre 13 se termine ainsi : « Simon-Pierre lui dit : "Seigneur, où vas-tu ?" Jésus lui répondit : "Où je vais, tu ne peux pas me suivre maintenant ; mais tu me suivras plus tard." Pierre lui dit : "Pourquoi ne puis-je pas te suivre à présent ? Je donnerai ma vie pour toi." Jésus répond : "Tu donneras ta vie pour moi ? En vérité, en vérité, je te le dis, le coq ne chantera pas que tu ne m’aies renié trois fois. »
Nous sommes, nous, au début du chapitre 14 et nous comprenons le trouble, le désarroi, des disciples alors que la mort de leur maître leur paraît inéluctable. C’est pour cela que Jésus intervient pour donner sens à la mort qui se profile. Il les invite à tenir bon dans la foi, à passer du trouble profond qui les gagne à la confiance en lui. Le trouble les agite et avec lui, la perte de sens ; ils sont bloqués, enfermés dans leur intelligence. Ce que Jésus leur dit, c’est que son départ, n’est pas la fin de leur histoire, de leur compagnonnage. C’est à ce niveau que Jésus parle. Il y a un sens plus grand à découvrir par-delà les évènements sombres qui se profilent. Un passage est à vivre de la vie quotidienne et de ses soucis, à la pleine communion avec Dieu. Il nous faut apprendre à ne pas rester enlisés, mais à élever nos regards vers Dieu. C’est ce que nous sommes appelés à faire lorsque nous récitons le Notre Père qui est aux Cieux.
C’est qu’il indique par cette parole énigmatique : « et du lieu où je vais, vous savez le chemin », Thomas, le sceptique, le rationaliste qui voudra mettre les mains dans les plaies de Jésus plus tard, manifeste son incompréhension. Ce que Jésus lui répond n’est pas plus clair : « "Je suis le Chemin, la Vérité et la Vie. Nul ne vient au Père que par moi. ». Ce qui peut se résumer ainsi : Jésus va auprès du Père, il en est le chemin. Ils sont invités à croire en celui qui les a rejoints et qui ne cessera pas de leur être présent par-delà la croix.
Philippe, l’impatient, qui veut voir clair, qui est peut-être un peu agacé, va droit au but : « il lui dit : "Seigneur, montre-nous le Père et cela nous suffit." Jésus lui répond : "Voilà si longtemps que je suis avec vous, et tu ne me connais pas, Philippe ? Qui m’a vu a vu le Père. Comment peux-tu dire : Montre-nous le Père !" »
Philippe se méprend en ne percevant pas ce qu’il y a à voir en Jésus, à savoir précisément Dieu. Il admet que Jésus mène à Dieu, mais il n’identifie pas en Jésus la présence plénière de Dieu. Ce qu’il faut entendre de cet ensemble, c’est le lien étroit entre Jésus et le Père, Jésus comme l’image parfaite du Père, Jésus comme l’être au monde du Père, en tant qu’homme. Cela en dit beaucoup sur la nature de Dieu vis-à-vis de l’homme.
Mais aussi, le départ de Jésus n’est pas à percevoir comme un échec de sa mission, mais comme la parole du Père pour nous, sa proximité avec nos histoires. Jean ne fait pas de récit de la nativité. Ici il rejoint les autres évangélistes en marquant d’une façon particulière la proximité de Jésus avec le Père et avec nous. La croix qui se profile est la manifestation de l’amour infini de Dieu pour nous en Jésus. Il n’y a pas à se troubler, mais en fait à se réjouir parce que l’univers clos dans lequel les hommes marchent, s’ouvrent par la croix au royaume de Dieu. C’est dire qu’il y a une vie plus grande qui nous attend. Et qui est déjà là par la foi. Elle est là notre espérance chrétienne. Ainsi la mort ne devrait pas nous faire peur, elle est un passage vers une autre vie, vers la vie véritable, vers la vérité de notre existence, de notre être.
En se laissant élever sur la croix, Jésus ne nous abandonne pas, mais il nous prépare par sa mort et sa résurrection, une place auprès du Père, auprès de Lui. En Jésus, Dieu ne se révèle pas comme une menace, mais comme l’ouverture d’un univers de grâce. Le sens de la vie s’ouvre dans une relation à la personne de Jésus. C’est ce qui fait la particularité de la religion chrétienne. Le sens n’est pas le fruit d’une vérité, d’une lumière que l’on atteindrait par ses efforts, mais le fruit d’une relation d’amour et c’est capital, car le chemin ne sera pas parcouru de la même manière par un chrétien ou par un bouddhiste, ou un hindou.
La foi en sa parole doit nous permettre de le suivre par-delà les évènements, de rester près de Lui. À la fin du chapitre 6 dans notre évangile, il y a cette interrogation « "Que devons-nous faire pour travailler aux œuvres de Dieu ?" Jésus leur répondit : "L’œuvre de Dieu, c’est que vous croyiez en celui qu’il a envoyé." »
