Vivre sous les étreintes de la Ste Trinité (Ho. Ste Trinité 26/05/2024)

donnée au couvent de Paris

Textes liturgiques (année B) : Dt 4, 32-34.39-40 ; Ps 32 (33) ; Rm 8, 14-17 ; Mt 28, 16-20

Frères et Sœurs,

Huit jours après la fête de la Pentecôte, nous sommes invités à célébrer la Sainte Trinité : Trois Personnes, le Père, le Fils et l’Esprit Saint, qui sont un seul et même Dieu.

Cela peut nous sembler compliquer, difficile à comprendre. Ce n’est pas d’abord une question d’intelligence ou d’explication. Bien sûr, il nous faut mobiliser toutes les ressources de notre intelligence et de notre esprit pour mieux connaître, comprendre et rendre compte de ce que nous confessons et célébrons. Mais gardons-nous d’oublier que cette connaissance s’approfondit peu à peu, d’abord et surtout au rythme de notre vie spirituelle. Ce qui nous fait comprendre, ce qui nous fait connaître le Mystère du Dieu Trinité, c’est l’expérience que nous en faisons. Expérience personnelle et expérience ecclésiale, les deux sont indissociables. Au début de notre célébration nous nous sommes enveloppés du signe de la Croix en invoquant notre Dieu, Père, Fils et Saint Esprit.

La liturgie est le lieu où nous approfondissons sans cesse notre connaissance de la Très Sainte Trinité, car elle est le lieu où nous sommes emportés par le Fils dans l’Esprit jusqu’au sein du Père. Ce que nous célébrons, nous l’expérimentons ; ce que nous expérimentons, nous le connaissons, au sens de cette connaissance biblique qui est l’union la plus intime entre les êtres. Cette connaissance est donc de l’ordre du don mutuel. Nous sommes invités à nous donner, à nous livrer à Celui qui se donne à nous et qui nous communique sa vie.

Je vous propose de prendre un guide incomparable pour nous laisser emporter, déborder par la vie trinitaire : Sainte Élisabeth de la Trinité (1880-1906). Elle écrit à son ami, le chanoine Angles : «  J’aime tant ce mystère de la Sainte Trinité, c’est un abîme dans lequel je me perds.  » (L 62, du 14 juin 1901) Quelques années plus tard, elle écrit à Madame de Sourdon : «  Dès ici-bas, il nous permet de vivre en son intimité, et nous commençons en quelque sorte notre éternité, vivant en “société” avec les trois Personnes divines.  » (L 223 du 20 janvier 1905)

Nous sentons bien que pour Élisabeth, la Trinité est un mystère de vie, de relation. Il y a là tout une dynamique dans laquelle elle se laisse emporter et dans laquelle elle voudrait voir ses divers correspondants s’immerger. La Sainte Trinité est pour Élisabeth : « Notre demeure, notre “chez nous”, la maison paternelle d’où nous ne devons jamais sortir. » (Ciel dans la Foi, n° 2) Pour vivre de ce don mutuel, Élisabeth de la Trinité nous invite à être « là, tout entier, tout éveillé en notre foi, tout adorant, tout livré à l’action créatrice  » des Trois (Note Intime 15, du 21 novembre 1904). Il s’agit de se laisser transformer par le Dieu trois fois Saint, le laisser déployer en nous le don qui nous a été fait au jour du Saint Baptême. Nous l’avons entendu dans l’Évangile, Jésus demande à ses apôtres de « baptiser au nom du Père, et du Fils, et du Saint Esprit » (Mt 28,19).

Au moment de notre baptême, la Trinité Sainte vient faire sa demeure au plus intime de notre être et qu’alors nous sommes invités à demeurer au sein des Trois. Dans l’un de ses traités spirituels, elle écrit : « C’est le baptême qui t’a faite enfant d’adoption, qui t’a marqué du sceau de la Trinité. » (Grandeur de la Vocation, n° 9) Lors de la naissance de sa nièce, le 11 mars 1904, elle écrit à sa mère : « Tu seras bien bonne de me faire savoir le jour du baptême car je pourrai accompagner ma petite nièce aimée aux fonts baptismaux tandis que la Sainte Trinité descendra en son âme » (Lettre 196, du 11 mars, 1904).

Le lendemain, elle écrit à sa sœur : « Je me sens toute pénétrée de respect en face de ce petit temple de la Sainte Trinité. Son âme m’apparaît comme un cristal qui rayonne le bon Dieu, et si j’étais près d’elle je me mettrais à genoux pour adorer Celui qui demeure en elle » (Lettre 197, du 12 mars 1904).

Avec Élisabeth, nous sommes invités à découvrir en tout chrétien la présence mystérieuse de la Trinité Sainte et à l’adorer… Quel changement de perspective cela opèrerait dans nos relations, si nous envisagions l’autre comme porteur de la présence trinitaire et qu’en premier lieu nous adorions cette présence en lui…

En novembre 1905, Élisabeth écrit à Mme de Sourdon, qui lui a offert une représentation du Mystère de l’Annonciation : « Je m’unirai à l’âme de la Vierge alors que le Père la couvrait de son ombre, tandis que le Verbe s’incarnait en elle, et que l’Esprit Saint survenait pour opérer le grand mystère. C’est toute la Trinité qui est en action, qui se livre, qui se donne ; et n’est-ce pas sous ces étreintes divines que doit s’écouler la vie de la carmélite… » (Lettre 246, du 12 novembre 1905).

Élisabeth parle de la vie de la carmélite, mais nous pouvons sans peine extrapoler sa parole et l’étendre à tous les chrétiens, car tous les baptisés sont invités à vivre sous les étreintes divines de la Sainte Trinité.

D’ailleurs, elle-même le manifeste dans une lettre qu’elle écrit à sa sœur Guite, mariée et mère de deux enfants : « Je te laisse ma dévotion pour les Trois, à l’“Amour”. Vis au-dedans avec Eux dans le ciel de ton âme ; le Père te couvrira de son ombre, mettant comme une nuée entre toi et les choses de la terre pour te garder toute sienne. Il te communiquera sa puissance pour que tu l’aimes d’un amour fort comme la mort ; le Verbe imprimera en ton âme comme en un cristal l’image de sa propre beauté, afin que tu sois pure de sa pureté, lumineuse de sa lumière ; l’Esprit Saint te transformera en une lyre mystérieuse qui, dans le silence, sous sa touche divine, produira un magnifique cantique à l’Amour ;  » (Lettre 269, vers fin avril 1906).

Elle applique ici à sa sœur qui est mariée et mère de famille cette étreinte trinitaire où le Père couvre de son ombre, où le Verbe imprime son image et où l’Esprit opère le mystère.

Sur le même registre, elle écrit à son amie Germaine de Gémeaux : « Que le Père vous couvre de son ombre et que cette ombre soit comme une nuée qui vous enveloppe et vous sépare ; que le Verbe imprime en vous sa beauté, pour se contempler en votre âme comme en un autre Lui-même ; que l’Esprit-Saint qui est l’Amour fasse de votre cœur un petit foyer qui réjouisse les Trois Personnes divines par l’ardeur de ses flammes » (Lettre 278, du 10 juin 1906).

À travers ces deux exemples, nous voyons bien qu’Élisabeth invite tout chrétien à vivre sous les étreintes de la Sainte Trinité.

Contemplons un instant cette vie trinitaire : le Père, de toute éternité est Père, et il livre tout ce qu’il a, tout ce qu’il est pour engendrer son Fils. Le Fils tourné vers le sein du Père se reçoit totalement de son Père. En réponse à ce don, il se donne avec tout ce qu’il a et tout ce qu’il est pour que le Père soit Père. De ce mouvement de don mutuel et permanent, d’oubli de soi, de don de soi à l’autre jaillit l’Esprit d’Amour. Cette circulation d’amour qui se vit de toute éternité au sein des Trois et qui a conduit à l’acte Créateur puis à l’acte Rédempteur. Il me semble que notre sœur Elisabeth l’a non seulement comprise, mais qu’elle y a participé intensément et intimement. C’est là, je crois la source de la grande grâce qui donna naissance le 21 novembre 1904 à sa magnifique prière à la Trinité : «  Ô mon Dieu, Trinité que j’adore » (Note Intime 15). En donnant la Bienheureuse Elisabeth à l’Eglise, à l’Ordre du Carmel, Dieu nous fait une très grande grâce, car en lisant, en méditant, en vivant sa prière à la Trinité, nous sommes emportés dans la circulation d’amour qui unit les trois Personne divines, nous vivons au sein des Trois.

En cette fête de la Sainte Trinité, écoutons ce que notre amie du Ciel écrivait à sa mère, le 20 octobre 1906 :
« Il y a un être qui est l’Amour et qui veut que nous vivions en société avec Lui. […]
Il est là qui me tient compagnie. […]
Fais comme moi, tu verras que cela transforme tout » (L 327).

Amen

Fr. Didier-Marie Golay - (Couvent de Paris)

Revenir en haut