Le poète, docteur mystique

Une seule fois, Jean de la Croix emploie le terme « poète ». C’est peu, pour un poète ! Il l’est d’autant plus ! Il dit « le poète » pour parler d’Ovide, comme il dit « le philosophe » pour parler d’Aristote.

Dès que notre cœur se sentira ému de cette joie vaine que causent les agréments naturels, nous souvenir combien il est vain, dangereux et pernicieux de se réjouir d’autre chose que d’être tout à Dieu… Animons-nous à parer au mal en temps voulu : c’est le conseil du poète à ceux qui sentent les premières atteintes de ce poison : « Hâte-toi dès le premier instant de prendre le remède, car lorsqu’on a laissé aux maux le temps de grandir, la médecine vient trop tard. » [MC3, 22, 6]

Jean exprime ainsi la souffrance du poète dans l’expérience initiale de la beauté. Il traduit le mouvement intérieur qui fait transcender la retombée des choses et des êtres avant qu’elle n’apparaisse.

« Le premier instant » est celui de la création poétique, du paroxysme de la vie de l’esprit dans le dépassement du sensible.

Le génie poétique de Jean lui vient de la richesse de sa sensibilité et de son désir d’être tout à Dieu ; il fait de lui « le poète mystique ».

Jean s’en explique dans le Prologue du Cantique spirituel.