15e Dimanche T.O. ; Mt13,1-23

Le semeur est sorti pour jeter à pleine main la semence, le semeur, c’est Jésus, la semence, c’est sa parole, son Évangile, et la terre qui reçoit cette semence, c’est le cœur de l’homme, le cœur de chacun de nous. Aujourd’hui Jésus nous rappelle qu’il n’est pas suffisant de jeter la semence pour qu’elle porte du fruit. Il est tout aussi nécessaire que cette semence tombe dans une bonne terre. Et le seigneur relève dans cette parabole trois obstacles à la croissance de la parole : l’absence d’accueil de cette parole qui permet à l’ennemi de voler la parole, le manque de profondeur qui fait que l’épi se dessèche, et enfin les soucis du monde et les séductions de la richesse qui étouffe l’épi.

Lorsque la foi est annoncée à des hommes au cœur fermé, la parole glisse sur leur vie. Le trésor de la foi demeure extérieur à la vie des personnes qui n’ont pas su ou pu s’ouvrir à la dimension spirituelle de leur humanité. Ils demeurent étrangers aux réalités spirituelles. Les oiseaux du ciel n’ont encore aucune difficulté à venir en manger de cette semence dont ils n’ont pas su se nourrir eux-mêmes. L’homme n’est pas avant tout un mammifère, ni seulement un mammifère raisonnable. C’est un être spirituel créé à l’image et à la ressemblance de Dieu, et dont la vocation fondamentale et de s’ouvrir à cette relation spirituelle. Nous savons avoir une juste compassion pour les personnes qui souffrent d’un handicap physique ou intellectuel, mais savons nous mesurer la manière dont notre société fabrique de nombreux handicapés spirituels par le renversement des valeurs humaines, le matérialisme.

Lorsque le cœur de la personne qui écoute la Parole n’est pas fermé, elle peut alors accueillir avec joie cette parole. Mais cela n’est pas suffisant, il faut faire prendre racine à cette parole par un travail de labour profond du sol, et enlever les mauvaises pierres qui empêchent le développement des racines. Avoir la foi, recevoir la parole, cela nous demande de lui offrir les meilleures conditions de croissance. Et la première étape de ce travail, c’est de reconnaître que notre cœur demande à être retourné, converti, et dépierré pour permettre à la parole de prendre racine en nos cœurs. Le pire est d’ailleurs pour un chrétien de ne pas avoir conscience de ce travail de conversion à effectuer dans sa vie, de ne pas percevoir ce qui en lui ressort de la mauvaise terre et des pierres à enlever. Je dois vous avouer que dans mon expérience de confesseur ce qui me peine le plus ce sont ces personnes qui viennent de se confesser seulement une fois par an, et qui commencent leur confession en disant qu’elles ne savent pas ce qu’elles ont à dire, qu’elles ont toujours essayé de faire au mieux et n’ont rien à se reprocher. Finalement, leur foi est-elle encore vivante ? Aucun de nous ne sais aimer avec la profondeur de l’Amour même de Dieu, c’est pourquoi nous avons toujours à progresser.

À côté de ce travail et d’enracinement par l’amélioration de la terre d’accueil, l’Évangile de ce jour nous invite aussi à faire attention à ce qui peut de l’extérieur étouffer la croissance de l’épi. Après avoir accueilli la parole, lui faire prendre racine dans la bonne terre, il nous faut veiller à ne pas étouffer le bon grain par les mauvaises herbes qui sans cesse croissent et risquent de prédominer sur la bonne plante. Ce travail de nettoyage est un travail de vigilance et de fidélité, les jardiniers le savent bien. Ce travail sera sans cesse à reprendre chaque semaine pour ne pas se laisser envahir. On devient chaque jour chrétien par les choix, les actes que l’on pose en fidélité à notre foi.

La parabole de ce jour souligne donc qu’être disciple de Jésus, c’est entrer dans une relation de vie avec le seigneur qui a ses exigences. Exigence qui demande un travail d’ouverture de soi pour accueillir la parole, d’amélioration de notre vie pour permettre à la parole de prendre racine, de vigilance et de fidélité pour ne pas se laisser déborder par les mauvaises herbes. Ses exigences de la vie spirituelle nous font mieux comprendre l’image prise par Saint-Paul dans la seconde lecture. « Nous le savons bien, la création tout entière crie sa souffrance, elle passe par les douleurs d’un enfantement qui dure encore. Et elle n’est pas seule. Nous aussi, nous crions en nous-mêmes notre souffrance ; nous avons commencé par recevoir le Saint-Esprit, mais nous attendons de notre adoption et la délivrance de notre corps. » Les exigences de ce travail, c’est ce travail de libération intérieure et d’enfantement dont parle Saint-Paul. Nous devons nous libérer de ce qu’il y a de mauvais en nous, des convoitises, de l’orgueil, et finalement nous libérer de nous-mêmes, pour enfanter en nous l’homme nouveau créé à l’image et à la ressemblance de Dieu. Et ce travail a une dimension douloureuse car c’est un travail de purification du péché qui est aussi enraciné en nous.

La parole recréatrice du seigneur agit dans nos vies et la transforme, dans la mesure de notre disponibilité à l’action de l’esprit saint. Autrement dit, ce n’est pas Dieu qui tarde à établir son règne dans le monde et en nous. C’est plutôt nous qui ne sommes pas au rendez-vous de l’œuvre de grâces de l’esprit saint en nos cœurs. Mais Dieu notre père est avant tout un Dieu patient et généreux qui ne cesse pas de nous combler des grâces dont nous avons besoin et il nous accompagne à notre rythme dans ce travail spirituel. Le seigneur sait combien le cœur de l’homme est compliqué et malade, mais il est aussi le meilleur médecin pour chacun de nous.

La lenteur avec laquelle la parole de Dieu s’enracine et se développe dans notre cœur ne doit pas nous étonner, mais être aussi un temps d’action de grâces pour la patience de Dieu pour chacun de nous. Depuis le jour de notre baptême, la Parole est semée en nos cœurs, considérons notre vie spirituelle comme notre jardin intérieur et mettons-nous au travail pour qu’un jour nous puissions offrir à Dieu de beaux fruits.