Chap. 15 à 18 : l’humilité

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Les fondements de la prière : l’humilité

2CHAPITRE XV2

3Il ne faut point s’excuser, même quand on est condamné sans être coupable.3

C’est pour moi une grande confusion de parler d’un tel sujet : j’aurais au moins dû pratiquer tant soit peu ce que je vais vous dire concernant cette vertu, et j’avoue que j’y fait très peu de progrès[1]. Jamais je ne manque de quelque raison pour me persuader qu’il est mieux de m’excuser. Quelquefois, je le sais, cela est permis, et ce serait mal de l’omettre ; mais je n’ai pas la discrétion, ou pour mieux dire, l’humilité qui me serait nécessaire pour faire ce discernement. Oui, il faut être véritablement humble pour se voir condamner sans être coupable, et se taire : on imite alors de bien près Notre-Seigneur qui a pris sur lui toutes nos fautes. Je vous en conjure, adonnez-vous, de tout votre cœur, à cette pratique, parce qu’elle a les plus précieux avantages ; tandis que je n’en vois aucun à nous disculper, aucun, dis-je, si ce n’est en certaines circonstances, où l’on pourrait causer de la peine et du scandale, en ne déclarant pas la vérité. Celui qui aura plus de discrétion que je n’en ai, verra aisément quand il est convenable de parler.

Il est très important, à mon avis, de s’exercer dans cette vertu, en d’autres termes, de tâcher d’obtenir de Notre-Seigneur la véritable humilité, qui en est la source. En effet, celui qui est véritablement humble, doit désirer sincèrement d’être méprisé, persécuté, et condamné sans sujet, même en des choses graves. S’il veut imiter Notre-Seigneur, en quoi le peut-il mieux ? Il n’a besoin pour cela ni de forces corporelles, ni de l’aide de qui que ce soit, si ce n’est de Dieu seul.

Je voudrais, mes sœurs, que ces grandes vertus fussent la matière de notre étude et de notre pénitence. Je vous retiens, vous le savez, pour les pénitences excessives, parce qu’elles peuvent nuire à la santé, quand on s’y livre sans discrétion. Ici rien de pareil à craindre ; quelque grandes que soient les vertus intérieures, elles n’enlèvent point les forces du corps nécessaires pour servir la communauté, et elles communiquent à l’âme de l’énergie. Comme je vous l’ai dit autrefois, prenez d’abord l’habitude de vous vaincre dans les plus petites choses, et vous vous rendrez capables de remporter la victoire dans les grandes. Quant à moi, jamais je n’ai eu occasion de faire cette épreuve en des choses de conséquence ; jamais je n’ai ouï dire du mal de moi, qui ne fût manifestement au-dessous de la vérité ; et si j’étais innocente de ce dont on m’accusait, j’étais coupable de tant d’autres fautes envers Dieu, qu’il me semblait que c’était me faire une grande grâce de ne point les dire. J’ajoute que j’ai toujours aimé mieux être blâmée de fautes supposées que de mes fautes réelles.

Il sert beaucoup pour acquérir cette vertu, de méditer les précieux avantages qu’elle nous procure de toute manière, et comment, tout bien considéré, jamais on ne nous condamne, sans que nous ayons des fautes à nous reprocher. Hélas ! nous en sommes toujours remplies ; le juste tombe sept fois par jour, et ce serait mentir que de nous dire sans péché. Ainsi, lors même que nous sommes injustement accusées sur un point, jamais en réalité nous ne sommes entièrement exemptes de fautes, comme l’était le bon Jésus.

O mon Seigneur, quand je considère combien vous avez souffert sans l’avoir mérité en rien, je ne comprends plus, je ne sais plus où j’avais l’esprit, lorsque je ne désirais pas souffrir : je ne sais maintenant encore comment il est possible que je m’excuse. Vous n’ignorez pas, ô mon souverain Bien, que s’il y a quelque chose de bon en moi, c’est un don qui me vient uniquement de vos mains. Qu’est-ce qui vous détermine, Seigneur, à donner moins ou à donner plus ? Si vous avez égard au mérite ou au démérite, n’étais-je pas indigne des faveurs que vous m’avez déjà faites ? Quoi ! je pourrais désirer que quelqu’un pensât favorablement d’une créature aussi mauvaise que moi, après que l’on a dit tant de mal de vous, qui êtes le bien suprême ! Non, non, mon Dieu, cela ne peut se souffrir. Et vous, ne souffrez point qu’il y ait jamais en votre servante rien qui déplaise à vos yeux. Mes yeux à moi, Seigneur, sont à peine ouverts et ils ne s’offensent de presque rien. Eclairez-moi, et faites que je désire, du fond du cœur, être abhorrée du monde entier, puisque je vous ai délaissé si souvent, vous, qui m’aviez aimée avec tant de fidélité ! Qu’est-ce donc, ô mon Dieu, que nous pouvons gagner à contenter les créatures ? Et quand elles nous condamneraient toutes, qu’avons-nous de plus ou de moins, si nous sommes innocentes aux yeux du Seigneur ?

O mes sœurs, c’est parce que nous ne comprenons pas assez cette vérité, que nous ne serons jamais parfaites. Il faut donc considérer à loisir et estimer à sa juste valeur ce qui est et ce qui n’est pas.

Quand il n’y aurait, dans une fausse accusation, d’autre avantage que la honte de la personne qui vous accuse, en voyant que vous vous laissez condamner injustement, ne serait-ce pas un très grand bien ? Un acte de ce genre parle quelquefois plus éloquemment que dix sermons ; et puisqu’il nous est interdit par l’apôtre et par notre incapacité naturelle de prêcher de paroles, efforçons-nous de prêcher d’exemple : c’est pour toutes un devoir. Quelque étroite que soit la clôture, ne pensez pas que le mal ou le bien que vous ferez doive rester secret ; et parce que vous ne vous excusez point, gardez-vous bien de croire, mes filles, que vous deviez rester sans défenseur. Voyez comment Notre-Seigneur prit la parole en faveur de Madeleine, soit dans la maison du Pharisien, soit lorsque sa sœur Marthe l’accusait devant lui. Il n’usera pas devant vous de la rigueur dont il usa envers lui-même, car il ne permit au bon larron de prendre sa défense que lorsqu’il était attaché à la croix. Ainsi le divin Maître suscitera quelqu’un pour vous défendre, et quand il ne le fera pas, c’est qu’il n’y aura aucune nécessité.

J’ai moi-même l’expérience de ce que je vous dis, et rien n’est plus véritable. Toutefois je désire que cet espoir de trouver des défenseurs ne soit pas le motif qui vous détermine à la pratique d’une si belle vertu : je souhaite qu’au fond de votre cœur vous ayez de la joie de n’être point justifiées. Vous verrez avec le temps les admirables progrès que l’on fait en marchant par cette voie : on acquiert la liberté d’esprit, et cette heureuse indifférence sur tout ce qu’on peut dire de nous, soit en bien, soit en mal, l’âme n’en étant pas plus touchée que s’il était question d’une personne étrangère. De même qu’il ne nous vient point à l’esprit de répondre à deux personnes qui s’entretiennent ensemble, parce que ce n’est pas à nous qu’elles s’adressent ; de même, ayant pris la salutaire habitude de nous taire dans les occasions où nous sommes injustement accusées, il nous semblera que ce n’est point à nous qu’on parle. Ceci paraîtra impraticable aux âmes très sensibles et peu mortifiées. Dans les commencements, la pratique, je l’avoue, en est difficile ; mais je sais qu’avec la grâce de Dieu on peut obtenir cette liberté, cette abnégation et ce détachement de soi-même.

2Ancien CHAPITRE XVII du Manuscrit de Valladolid2

(Le manuscrit de Valladolid permet de constater ici la suppression de quatre pages déchirées, formant le chapitre XVII. Comme elles manquent aussi dans deux copies de ce manuscrit, signées par la sainte, on croit que cette suppression est l’œuvre de la sainte elle-même. Voici la traduction de ces pages, telles qu’elles existent dans le manuscrit de l’Escurial)

Ne vous figurez pas que tout cela soit grand’chose ; je ne fais que préparer le jeu, comme on dit. Vous m’avez priée de vous expliquer le moyen de parvenir à l’oraison ; je n’en connais point d’autre que ces vertus dont je vous ai parlé, bien que Dieu ne m’ait pas conduite par ce chemin, où je n’ai pas, semble-t-il, encore mis le pied. Soyez donc persuadées que celui qui n’entend rien à disposer les pièces du jeu d’échecs sera un mauvais joueur ; s’il ne sait pas faire échec, il ne saura pas faire mat.

Vous allez me blâmer de parler de jeu dans une maison où le jeu est inconnu et même interdit. Vous voyez par là quelle mère Dieu vous a donnée, puisqu’elle a appris cette futilité. On dit pourtant que ce jeu est quelquefois permis. Combien il le sera donc pour nous, et comme il nous mènera vite, par l’exercice, à faire mat au divin Roi, qui ne pourra dès lors ni ne voudra nous échapper des mains. La dame est la pièce qui peut faire le plus contre lui, bien que les autres pièces concourent au même effort. Or il n’y a pas de dame qui l’amène à se rendre comme l’humilité. C’est elle qui l’attira du ciel dans le sein de la Vierge ; par elle aussi nous l’attirerons nous-mêmes, et sans qu’il résiste, dans nos âmes. Tenez ceci pour certain : on possède plus ou moins Dieu, suivant qu’on a plus ou moins d’humilité. Car je ne comprends pas qu’il y ait jamais d’humilité sans amour ou amour sans humilité ; et ces deux vertus ne vont jamais non plus sans un absolu détachement des créatures.

Vous me demandez, mes filles, pourquoi je vous parle de vertus, alors que vous possédez assez de livres sur cette matière et que vous attendez seulement quelque chose sur la contemplation. Je réponds que si vous aviez voulu quelques mots sur la méditation, j’aurais pu y consentir et vous la conseiller à toutes, bien que vous n’ayez pas encore des vertus. La méditation en effet nous aide à les obtenir toutes. C’est un exercice auquel un chrétien doit à tout prix se résoudre ; et il n’est personne, pour perdu qu’il soit, qui doive en négliger la pratique, quand Dieu lui en donne l’idée. J’ai déjà écrit ailleurs sur ce sujet ; beaucoup d’autres l’ont fait aussi, qui savent ce qu’ils écrivent ; car pour mon compte, je l’ignore certainement, Dieu le sait.

Mais la contemplation est autre chose, mes filles, car voici ce qui nous trompe tous. Dès que quelqu’un prend chaque jour un certain temps pour penser à ses péchés, considération qu’il est tenu de faire, s’il n’est pas seulement chrétien de nom, aussitôt l’on dit : Voilà un grand contemplatif ; et lui-même élève encore plus haut ses prétentions. Erreur fondamentale : il n’a pas su disposer les pièces de son jeu ; il pensait que c’était assez de les connaître pour faire mat. Mais ce Roi ne se livre qu’à ceux qui se donnent entièrement à lui.

2CHAPITRE XVI2 [2]

3La contemplation demande une plus haute perfection de vie que la simple oraison.- Pourquoi cependant Dieu élève quelquefois des âmes dissipées à la contemplation parfaite.3

Souffrez, mes filles, qu’avant de vous montrer, selon votre désir, le chemin de la contemplation, je vous parle avec quelque étendue de certains points, qui vous paraîtront peut-être moins importants, mais qui ne laissent pas, à mon avis, de l’être beaucoup. Si vous ne voulez ni les entendre, ni les pratiquer, restez-en toute votre vie à votre oraison mentale. Je vous déclare à vous, et à toutes les âmes qui prétendent s’élever à la contemplation, que vous n’y arriverez jamais. Il peut se faire que je me trompe en jugeant des autres par moi-même ; mais moi, j’en ai fait la triste expérience pendant vingt ans.

Comme peut-être quelques unes d’entre vous ne savent pas bien ce que c’est que l’oraison mentale, je vais l’expliquer ; plaise à Dieu que chacune de vous pratiquât cette oraison comme il faut ! Mais je crains que vous n’ayez beaucoup de peine à y réussir, si vous ne travaillez énergiquement à l’acquisition des vertus ; à la vérité, il n’est pas requis, pour la simple oraison, de les posséder dans un degré aussi éminent que pour la contemplation.

Non, jamais le Roi de gloire ne viendra dans notre âme, j’entends pour lui être uni, si nous ne faisons de vrais efforts pour arriver à la vertu et à la vertu très haute. Je veux pourtant ajouter ici une explication ; car si vous constatiez dans mes écrits quelque inexactitude, vous ne me croiriez plus en rien, et vous auriez raison, si je le faisais de propos délibéré ; mais Dieu m’en garde ! Le jour où je m’écarterai de la vérité, ce sera par inadvertance et faute d’en savoir davantage. Je veux donc dire que quelquefois il plaira à Dieu d’accorder cette insigne faveur de l’union à des personnes qui sont en mauvais état, afin de les retirer par ce moyen d’entre les mains du démon.

O mon Seigneur, que de fois nous vous mettons aux prises avec cet ennemi ! Pour nous apprendre à le vaincre, n’était-ce pas assez d’avoir souffert qu’il vous prît entre ses bras, quand il vous porta sur le haut du temple ? Quel spectacle, mes filles, que celui de ce divin soleil saisi par les ténèbres ! De quelle terreur dut être agité ce malheureux esprit, sans toutefois en comprendre la cause, parce qu’il plut à Dieu de la lui cacher ! Bénies soient une si grande bonté, et une si grande miséricorde ! Mais quelle honte, je le répète, que des chrétiens le livrent ainsi chaque jour aux étreintes d’un si abominable monstre ! Vous eûtes besoin, Seigneur, pour vaincre ce maudit, d’avoir les bras bien forts. Mais comment ne sont-ils pas restés affaiblis par les tourments de la croix ? Oh ! qu’il est bien vrai que l’amour guérit lui-même toutes les blessures qu’il fait ! Aussi je crois que si vous eussiez voulu survivre à vous tourments, le même amour qui vous les fit endurer pour nous, aurait , sans nul autre remède, refermé vos plaies.

O mon Dieu, qui versera donc ce baume de l’amour sur les peines et les souffrances de ma vie ? J’irais au-devant d’elles avec bonheur, sûre d’être guérie par un remède si salutaire !

Je reviens à ce que je disais : il est des âmes que Dieu sait pouvoir gagner par le moyen de ses faveurs. Quoiqu’il les voie entièrement perdues, il ne veut rien négliger pour les faire revenir à lui. Ainsi, malgré le mauvais état et le dénuement de vertus où elles sont, il leur accorde des goûts, des délices, des tendresses qui commencent à exciter en elles de saints désirs ; quelquefois même, mais rarement, il les fait entrer dans une contemplation qui, à la vérité, dure peu. Il en use ainsi, comme j’ai dit, pour constater si, au moyen de ses faveurs, elles voudront se mettre en état de recevoir souvent ses visites. Si elles ne s’y disposent pas, qu’elles me pardonnent de le leur dire, ou plutôt daignez vous-même nous le pardonner, Seigneur : c’est un bien grand mal, que le contraste d’un Dieu qui va ainsi vers les âmes et des âmes qui se détournent de Dieu pour s’attacher aux choses de la terre.

Je crois que Notre-Seigneur propose ces faveurs à beaucoup de personnes, mais qu’il y en a peu qui se mettent dans les dispositions requises pour en jouir. Lorsque le divin Maître accorde ces faveurs à une âme et qu’elle reste fidèle à y répondre, il ne cesse plus de l’enrichir qu’il ne l’ait conduite à un très haut degré de perfection. Si au contraire nous nous donnons à lui avec une résolution moins absolue que la sienne, c’est beaucoup qu’il nous laisse dans l’oraison mentale, et nous visite de temps en temps comme des serviteurs qui travaillent à sa vigne. Mais ceux qui se sont donnés à lui sans réserve sont ses enfants bien-aimés ; il ne peut se résoudre à les éloigner de lui, et il ne les éloigne point en effet, parce qu’eux-mêmes ne veulent plus s’éloigner de sa présence. Il les fait asseoir à sa table, et il leur sert les mets dont il se nourrit lui-même, jusqu’à s’ôter, comme on dit, le morceau de la bouche pour le leur donner.

Heureuse union, mes filles ! Heureux abandon des choses terrestres, qui nous vaut un comble de gloire ! O mes filles ! quand vous serez ainsi dans les bras de Dieu, que vous importera que le monde entier vous condamne ? Le Tout-Puissant est votre défenseur ; d’un mot il a créé le monde, et vouloir, pour lui, c’est faire. Ne craignez donc pas qu’il souffre que l’on parle contre vous, à moins que ce ne soit pour votre plus grand bien ; il ne porte pas si peu d’amour à ceux dont il est aimé ! S’il en est ainsi, pourquoi, mes sœurs, ne lui témoigneriez-vous pas tout l’amour dont nous sommes capables ? Est-il pour nous un plus bel échange que de lui donner notre amour à la place du sien ? Lui, il peut tout ; nous, nous ne pouvons rien que ce qu’il nous fait pouvoir. Au fond, que faisons-nous pour vous, ô Seigneur, de qui nous tenons l’être ? Nous prenons une petite résolution de vous servir, voilà tout : en vérité ce n’est rien. Mais si le divin Maître veut qu’à l’aide de ce rien nous méritions le tout, ne soyons pas si insensées que de ne point nous rendre à son désir.

O Seigneur, tout notre mal vient de ce que nous ne tenons pas nos yeux attachés sur vous. Si nous ne considérions point autre chose que le chemin, nous arriverions bientôt ; mais, hélas ! nous faisons mille chutes, mille faux pas, nous sortons enfin de la voie, parce que, je le répète, nous ne tenons pas les yeux fixés sur la voie véritable. On dirait, Seigneur, que ce chemin n’a jamais été suivi, tant il nous paraît nouveau. N’est-il pas déplorable de voir ce qui se passe si souvent ? Dès qu’on nous déprécie tant soit peu, nous ne le supportons pas, nous trouvons cela intolérable et nous nous hâtons de dire : Oh ! nous ne sommes pas saintes. Non, mes sœurs, n’excusez pas vos imperfections, en disant que vous n’êtes ni des saintes, ni des anges ; vous ne l’êtes pas sans doute, mais pensez plutôt qu’avec des efforts et avec l’aide de Dieu, vous pouvez le devenir. N’appréhendez pas que Dieu cesse de vous soutenir ; craignez plutôt votre négligence. Puisque nous n’avons pas eu d’autre dessein en venant ici que de nous sanctifier, mettons la main à l’œuvre, croyons qu’il n’y a rien de si parfait dans le service de Dieu, que nous ne devions nous promettre de l’accomplir avec son secours. Je voudrais voir parmi vous cette présomption, toute au profit de l’humilité, cette sainte et audacieuse confiance, que Dieu aide les braves, et qu’il ne fait pas acception de personnes[3].

Voilà une grande digression : revenant à mon sujet, je vais exposer la nature de l’oraison mentale et de la contemplation. Il y a là, ce me semble, de la témérité ; mais avec vous tout passe. Peut-être comprendrez-vous mieux cette matière, dans mon style grossier, que dans le style d’auteurs élégants. Daigne le Seigneur me donner grâce pour cela. Amen.

2CHAPITRE XVII2

3Toutes les âmes ne sont pas faites pour la contemplation.- Quelques-unes n’y arrivent que tard. – L’âme véritablement humble doit être contente de la voie par laquelle Notre-Seigneur la conduit.3

Vous croyez, mes filles, que je vais aborder le sujet de l’oraison ; vous vous trompez. J’ai à vous dire auparavant un petit lot, mais de grande importance, sur l’humilité. Ce mot me semble même nécessaire en une maison où l’oraison est le principal exercice des sœurs. Rien d’utile pour vous, ai-je dit, comme de savoir vous exercer et vous appliquer à l’humilité. Or, un des principaux exercices de cette vertu, et des plus nécessaires à toutes les personnes d’oraison, est celui dont je vais vous entretenir.

La contemplation étant une si haute faveur de Dieu, comment celui qui est véritablement humble pourra-t-il se croire élevé au rang des contemplatifs ? Sans doute Dieu peut, par sa bonté et sa miséricorde, lui accorder une pareille grâce. Mais s’il veut m’en croire, qu’il se mette toujours à la dernière place, comme Notre-Seigneur nous l’a ordonné et enseigné par son exemple. Disposez-vous de votre côté à la contemplation, s’il plait à Dieu de vous mener par ce chemin ; et si telle n’est pas sa volonté, que l’humilité vienne, que l’humilité vous fasse apprécier le bonheur de servir les servantes du Seigneur. Bénissez le divin Maître de vous avoir introduites dans leur compagnie, vous qui méritiez d’être les esclaves des démons dans l’enfer.

Je ne dis pas cela sans grande raison : il importe beaucoup, je le répète, de comprendre que Dieu ne nous conduit pas tous par le même chemin ; celui qui est le plus petit à ses propres yeux, est peut-être le plus élevé devant le Seigneur. Ainsi, quoique toutes les religieuses de ce monastère s’appliquent à l’oraison, il ne s’ensuit pas qu’elles doivent être toutes contemplatives : cela est impossible. Ce sera une grande désolation pour celle qui n’a pas reçu ce don, de ne pas comprendre qu’il vient de Dieu. On peut se sauver sans la contemplation ; et puisque Dieu ne l’exige point pour nous admettre en son paradis, une religieuse ne doit pas non plus se persuader qu’on l’exigera d’elle en cette maison. Sans être contemplative, elle ne laissera pas d’être parfaite, si elle s’acquitte de ce qui a été dit ; elle pourra même surpasser les autres en mérite, parce qu’elle aura la vertu plus laborieuse. Le divin Maître, la traitant comme une âme forte, joindra aux félicités qu’il lui réserve en l’autre vie, toutes les consolations dont elle n’aura pas joui en celle-ci. Qu’elle ne perde donc point courage ; qu’elle n’abandonne point l’oraison et qu’elle continue de faire en tout comme les autres. Notre-Seigneur tarde quelquefois beaucoup à visiter une âme, mais il lui donne en une seule visite ce qu’il a donné aux autres en plusieurs années. J’ai passé plus de quatorze ans sans pouvoir même méditer autrement qu’avec un livre. Il y aura bien des personnes dans le même cas ; il s’en trouvera qui ne pourront pas, même avec un livre, faire un peu de méditation ; elles ne sont capables que de prier vocalement, cela fixe un peu plus l’attention ; d’autres ont l’esprit si léger, qu’elles ne peuvent se fixer à un sujet, et elles sont si inquiètes que lorsqu’elles veulent se contraindre pour arrêter leurs pensées en Dieu, elles tombent dans mille rêveries, mille scrupules et mille doutes.

Je connais une personne d’un âge déjà avancé, fort vertueuse, fort pénitente, grande servante de Dieu, qui depuis bien des années consacre chaque jour plusieurs heures à la prière vocale. D’oraison mentale, jamais, elle ne peut pas. Le plus qu’elle puisse faire, c’est de s’arrêter un peu en prononçant lentement ses prières vocales. Un grand nombre de personnes sont de même ; mais pourvu qu’elles soient humbles, je crois qu’à la fin elles trouveront aussi bien leur compte que celles qui ont beaucoup de consolations dans l’oraison. Je dis même qu’à un point de vue leur voie aura été plus sûre ; car nous ne savons pas si ces consolations viennent de Dieu, ou si le démon en est l’auteur. Si elles ne procèdent pas de Dieu, elles sont plus périlleuses, parce que le démon s’en sert pour nous inspirer de l’orgueil. Au contraire, quand elles viennent de Dieu, il n’y a rien à craindre, parce qu’elles portent avec elles l’humilité, ainsi que je l’ai écrit fort au long dans un autre livre[4].

Les personnes qui ne reçoivent point ces consolations, marchent dans l’humilité, craignant toujours qu’il n’y ait de leur faute, et prenant un soin continuel de leur avancement. Voient-elles une larme aux yeux des autres, soudain elles s’imaginent que si elles n’en répandent point, c’est qu’elles sont à une immense distance dans le service de Dieu ; et peut-être elles les ont de beaucoup dépassées. Car les larmes, quoique bonnes, ne sont pas toutes parfaites. Il u a toujours plus de sûreté dans l’humilité, la mortification, le détachement et les autres vertus. Aucun danger dans cette voie ; aucune appréhension non plus de ne point arriver à la perfection aussi bien que les plus grands contemplatifs.

Sainte Marthe était une sainte, quoiqu’on ne dise point qu’elle fût contemplative. N’enviez-vous pas pourtant, sans rien de plus, la condition de cette bienheureuse, qui mérita de recevoir tant de fois dans sa maison Notre-Seigneur Jésus-Christ, de lui donner à manger, de le servir, et de s’asseoir à sa table ? Si elle eût été, comme Madeleine, plongée dans la contemplation, il n’y aurait eu personne pour préparer le repas à l’hôte divin. Eh bien ! imaginez-vous que cette congrégation du Carmel est la maison de sainte Marthe et qu’il y faut exercer les deux offices. Si Dieu vous conduit par la vie active, ne murmurez pas d’en voir d’autres se livrer aux douceurs de la vie contemplative ; Notre-Seigneur est là pour les défendre, quoiqu’elles n’ouvrent pas la bouche, car le plus souvent, il fait qu’elles ne songent ni à elles-mêmes ni aux choses créées. Souvenez-vous qu’il en faut parmi vous pour préparer le repas du Sauveur, et estimez-vous heureuses de le servir avec Marthe. Enfin, considérez que la véritable humilité, dans les chrétiens, consiste principalement à se soumettre avec promptitude et avec joie à tout ce qui plaît à Notre-Seigneur d’ordonner d’eux, et à se trouver indignes de porter le nom de ses serviteurs.

Ainsi, mes filles, puisqu’il est vrai que, soit par la contemplation, soit par l’oraison mentale ou vocale, en assistant les malades ou en nous employant aux autres offices de la maison, et même dans les plus bas, nous servons toujours cet hôte divin, qui vient loger, manger, se reposer chez nous, que nous importe de nous acquitter de nos devoirs envers lui, plutôt d’une manière que d’une autre ?

Je ne dis pas que nous sommes libres de suivre nos préférences ; soyons plutôt contentes de notre part, quelle qu’elle soit, car ce n’est pas à nous de choisir, mais à Dieu.

Si, après que vous aurez servi plusieurs années dans un même office, il veut que vous y demeuriez encore, ne serait-ce pas une plaisante humilité de vouloir passer à une autre ? Laissez faire le Maître de la maison : il est sage, il est puissant, il sait ce qui vous convient, et ce qui lui convient à lui-même. Faites ce qui dépend de vous ; préparez-vous à la contemplation avec le zèle dont j’ai parlé, et le divin Maître vous l’accordera. S’il vous la refuse (ce que je ne crois pas, si votre détachement et votre humilité sont sincères), c’est qu’il veut vous réserver cette joie pour le moment, où il vous mettra en possession de toutes les joies du paradis. Je me plais à le redire, il vous traite comme des âmes fortes, en vous faisant porter la croix, ainsi qu’il la porta, tant qu’il fut sur la terre. Quelle amitié plus excellente que de vouloir ainsi pour vous ce qu’il a voulu pour lui-même ? Et ne pourrait-il pas se faire que la vie de la contemplation fût moins féconde en mérites pour vous que l’état où vous êtes ? Ce sont des jugements que le Seigneur réserve, et qu’il ne nous appartient pas de pénétrer. Il nous est même salutaire que l’élection de notre voie ne soit pas laissée à notre libre arbitre ; car comme il nous semble qu’il y a dans la vie contemplative plus de repos, nous voudrions tous sur-le-champ devenir de grands contemplatifs. O le grand avantage de ne rechercher aucun avantage par le choix de notre propre volonté ! L’on n’a alors aucune perte à craindre ; et si Notre-Seigneur permet que l’âme véritablement mortifiée en éprouve quelqu’une, c’est toujours afin qu’elle réalise des gains plus considérables.

2CHAPITRE XVIII2

3Suite du même sujet – Les souffrances des contemplatifs dépassent de beaucoup celles des personnes qui sont dans la vie active. – Celles-ci trouvent là une grande consolation.3

Gardez-vous de croire, mes filles (je m’adresse à celles que Dieu ne conduit pas par le chemin de la contemplation), que les croix des contemplatifs soient plus légères que les vôtres. Certes, si j’en juge par ce que j’ai vu et entendu, elles sont tout autrement pesantes. Vous seriez saisies d’effroi, si Dieu vous montrait la manière dont il les traite. Je connais ces deux états ; je sais que les tribulations par les quelles Dieu fait passer les contemplatifs sont intolérables ; c’est au point que si Dieu ne fortifiait leur âme par l’aliment des délices intérieures, ils n’auraient point la force de les supporter : cela est évident. Car il est certain, d’une part, que Dieu mène ceux qu’il aime beaucoup, par le chemin des souffrances, et que plus il les aime, plus les souffrances sont vives ; si, d’autre part, Dieu ne hait pas les contemplatifs, s’il les loue au contraire lui-même et s’il les appelle se amis, il y aurait contradiction à croire que Dieu admet à son intimité des personnes de vie molle et délicate. Je tiens donc pour très certain que Dieu envoie aux contemplatifs des croix beaucoup plus grandes qu’aux autres. Le chemin par lequel il les amène est si âpre et si rude, que souvent il leur arrive de se croire égarés, et d’être tentés de revenir sur leurs pas pour retrouver leur route. Aussi faut-il que Notre-Seigneur leur donne un fortifiant, non pas d’une eau quelconque, mais d’un vin qui les enivre, afin qu’ils ne pensent pas à leurs souffrances et qu’ils puissent les supporter.

Ainsi je vois peu de contemplatifs qui ne soient courageux et déterminés à souffrir. La première chose que Notre-Seigneur fait en eux, lorsqu’il les voit faibles, est de leur donner du courage et de leur ôter l’appréhension des croix. Ceux qui sont dans la vie active s’imaginent sans doute, dès qu’ils sont témoins de la plus petite faveur accordée aux âmes élevées à la contemplation, qu’il n’y a dans cet état que douceurs et délices ; et moi je dis que peut-être ils ne pourraient supporter, durant un jour, les souffrances des contemplatifs. Mais Dieu, qui nous connaît tous, sait à quoi nous sommes propres, et il donne à chacun l’office qu’il voit être le plus convenable au salut de son âme, à sa propre gloire et au bien du prochain. Ainsi, mes filles, pourvu que vous vous soyez mises à la disposition de Dieu, ne craignez point que votre travail soit perdu. Comprenez bien mes paroles ; je dis que nous devons toutes nous y préparer : nous ne sommes ici assemblées que pour cela. Et nous n’y sommes pas pour un an ou deux, ou dix seulement ; limiter là notre fidélité serait lâche. Que Dieu voie bien en nous cette disposition de toute générosité.

Imitons ces soldats qui, même après de longues années de service, sont toujours à l’ordre, et prêts, sur un signe du capitaine, à prendre le poste où il les enverra ; car ils sont à sa solde, et il les paiera. Or, qu’est-ce que la solde des rois de la terre, en comparaison de celle de notre Roi ? Quand il voit ses fidèles debout devant lui et désireux de le servir, lui qui connaît les forces de chacun, il répartit les emplois selon les forces. S’ils ne se présentaient pas, ils ne recevraient pas d’ordre, ils n’auraient rien à faire à son service. Soyez donc exactes, mes sœurs, à l’oraison mentale, et si quelqu’une ne peut faire cette oraison, qu’elle vaque à la prière vocale, à la lecture, à de pieux colloques avec Dieu, comme je dirai dans la suite. Mais que nulle d’entre vous ne manque aux heures d’oraison prescrites par la règle. Vous ne savez point quand l’Epoux vous appellera, et vous devez craindre le sort des vierges folles. Peut-être lui plaira-t-il de vous appeler, sous couleur de consolations, à de plus grands travaux. S’il ne le fait pas, vous devez croire que vous n’y êtes pas propres et qu’il vous convient de servir dans la voie commune. Et c’est déjà une humilité de quelque mérite que de vous croire incapables même du bien que vous faites. Oui, servez avec allégresse le divin Maître en ce qu’il demande présentement de vous. Si elles ont vraiment cette humilité-là, bienheureuses ces servantes de la vie active ! Sans se plaindre d’autre chose que de leur faiblesse, elles laissent aux contemplatifs les combats qu’ils ont à soutenir et qui ne sont pas petits.

Considérez les porte-drapeaux dans les batailles ; ils ne se battent point, il est vrai, mais ils n’en courent pas moins de grands dangers, et il leur faut au cœur un courage supérieur à celui des autres ; parce que, chargés du drapeau, ils ne peuvent parer les coups et doivent se laisser mettre en pièces plutôt que de l’abandonner. De même les contemplatifs doivent porter haut l’étendard de l’humilité, et demeurer exposés à tous les coups, sans en rendre aucun : leur office est de souffrir comme Jésus-Christ a souffert, et de tenir toujours la croix élevée, sans l’abandonner, quelques dangers qu’ils courent, sans montrer de la faiblesse, quelques peines qu’ils aient à souffrir. C’est dans cette vue que Dieu leur donne un emploi si honorable. Qu’ils prennent donc bien garde à ce qu’ils feront. Les enseignes abandonnent-ils leur drapeau, la bataille est infailliblement perdue. De même, les contemplatifs cessent-ils de répondre par leurs œuvres au rang qu’ils occupent, leur exemple est très funeste aux personnes encore peu avancées dans la vertu, qui les regardaient comme leurs capitaines et de véritables amis de Dieu. Que de simples soldats aillent au combat comme ils peuvent, et quelquefois même lâchent pied, aux endroits où le péril est le plus grand, personne n’y prendra garde, et ils n’en sont point déshonorés. Mais les capitaines, exposés à tous les regards, ne sauraient faire un pas en arrière qu’on ne le remarque. Sans doute il est beau, il est glorieux, de marcher en tête des autres ; ceux à qui le Roi confie cet emploi, reçoivent une éminente faveur ; mais ils ne s’obligent pas à peu de chose en l’acceptant[5].

Mes sœurs, puisque nous ne savons ce que nous demandons, laissons faire Dieu et n’imitons pas ceux qui croient pouvoir en justice implorer des faveurs. Plaisante manière de s’humilier ! Aussi rarement, je pense, l’auteur de tout bien les leur accorde-t-il, parce que pénétrant le fond des cœurs, il ne les voit point disposés à boire son calice.

Voulez-vous avoir, mes filles, une marque de votre avancement dans la vertu ? Que chacune de vous examine si elle se croit la plus mauvaise de toutes, et s’il y paraît à ses œuvres, pour l’édification et l’utilité du prochain : là est la marque du progrès, et non dans les délices de l’oraison, dans les ravissements, les visions et les autres faveurs de cette nature que Dieu fait aux âmes. De ces faveurs-là nous ne connaîtrons la valeur vraie que dans l’autre monde. Mais voici une monnaie qui a toujours cours, un revenu assuré, une rente perpétuelle ; et non pas une avance précaire et variable. Notre vrai trésor est une humilité profonde, une grande mortification, et une obéissance qui, voyant Dieu même dans le supérieur, se soumet à tout ce qu’il commande.

Je devrais, avant tout, insister sur l’obéissance, puisque sans elle il n’y a point de vraie religieuse ; mais je parle à des religieuses qui, à mon avis, sont bonnes, ou du moins désirent l’être : d’une vertu si connue et si importante je ne dirai qu’un mot, retenez-le. Toute personne qui, étant soumise par vœu à l’obéissance, y manque, et n’apporte pas tout le soin possible à accomplir ce vœu, je ne sais pas pourquoi elle reste dans le monastère. J’assure hardiment que tant qu’elle y manquera, elle n’arrivera jamais à être contemplative, ni même à se bien acquitter des devoirs de la vie active. Cela me paraît indubitable. Je dis plus, quand même ce serait une personne qui n’aurait point fait de vœu, si elle prétend arriver à la contemplation, elle doit, pour n’être point trompée, se résoudre fermement à soumettre sa volonté à la conduite d’un confesseur expérimenté dans cette voie. C’est une vérité reconnue que l’on avance plus de cette sorte en un an, que l’on ne ferait autrement en plusieurs années. Mais comme l’avis ne vous regarde point, il serait inutile de m’y arrêter davantage.

Ce sont donc là, mes filles, les vertus que je vous souhaite, que vous devez tâcher d’acquérir, et pour lesquelles vous pouvez concevoir une sainte envie. Quant à ces autres faveurs, n’ayez point de peine d’en être privées ; leur origine est douteuse. Tandis qu’en certaines âmes elles sont réellement un don céleste, Dieu pourrait permettre qu’elles ne fussent en vous qu’illusion du démon, qui vous tromperait ainsi qu’il en a trompé d’autres. Pourquoi aspirer à servir Dieu dans une chose incertaine, lorsque vous pouvez le servir en tant d’autres qui sont sûres ? et qui vous oblige à vous engager dans ce péril ?

Il m’a semblé nécessaire de parler avec quelque étendue sur ce sujet, parce que je connais la faiblesse de notre nature et aussi la force que Dieu donne, lorsqu’il lui plaît d’élever une âme à la contemplation. Pour ceux à qui Dieu ne veut pas faire cette grâce, j’ai cru leur devoir donner ces avis, grâce auxquels les contemplatifs eux-mêmes trouveront de quoi s’humilier. Je conjure Notre-Seigneur, au nom de sa bonté infinie, de nous éclairer pour accomplir en tout sa volonté ; et ainsi nous n’aurons rien à craindre.

Notes :

[1] « Quel désordre dans ce que j’écris ! En vérité je suis comme quelqu’un qui n’entend rien à ce qu’il fait. A vous la faute, mes sœurs, vous me l’avez ordonné. Lisez ces pages comme vous pourrez ; je les écris, moi, comme je peux : sinon jetez-les au feu ; c’est tout ce qu’elles méritent. Un pareil travail exige du calme et des loisirs ; et moi, j’en ai si peu, vous le voyez, que je passe huit jours sans écrire. J’oublie alors ce que j’ai dit et ce que je vais dire.

Mais c’est mal à moi de m’excuser et de vous engager en même temps à ne pas le faire. » (Esc.)

[2] Pour le numérotage des chapitres, nous suivrons jusqu’à la fin du livre l’édition de D. Francisco Herrero Bayona

[3] « Et qu’il vous aidera, vous et moi. » (Esc.)

[4] Le livre de sa Vie, ch. Xv, p. 149.

[5] « Voyez comme dans les batailles les portes-drapeaux et les officiers sont obligés à plus de valeur. Un pauvre petit soldat va son train ordinaire, et s’il se cache une fois ou une autre, pour n’aller pas dans la mêlée plus ardente, on ne fait aucune attention à lui ; on ne le voit pas, il ne perd pas l’honneur, il ne risque pas sa vie ; au contraire le porte-drapeaux doit aller de l’avant, avec sa bannière, sans la jeter, sans la lâcher, quand même on le mettrait en pièces, et toute l’armée a les yeux sur lui. » (Esc.)

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