Homélie solennité nativité de Saint Jean Baptiste : « Tout est grâce »

donnée au couvent d’Avon

Textes liturgiques (année B) : Jr 1, 4-10 ; Ps 70 (71) ; 1P 1, 8-12 ; Lc 1, 5-17 ; Is 49, 1-6 ; Lc 1, 57-66.80

Nous sommes dans un monde ou plutôt dans un pays où il fait bon râler, être mécontent de tout, de la politique ou du moins des politiques, de la SNCF, des fonctionnaires et j’en passe – à vous de mettre la liste au goût du jour, de vos expériences passées et futures –, c’est parfois justifié et parfois non mais l’essentiel étant de râler, une forme de sinistrose collective, cela doit faire du bien, avoir une vertu thérapeutique. Nous allons certainement avoir bientôt l’occasion de râler, puisque sans paraître défaitiste, nous allons bien finir par perdre dans la coupe du monde de football… Quel rapport vous me direz avec la solennité de ce jour, de la nativité de saint Jean Baptiste, certains doivent penser aucun ! Je me risque un peu en revenant à l’étymologie du prénom Jean, qui vient de l’hébreu et signifie : Dieu fait grâce, grâce de Dieu, c’est-à-dire celui en qui est la grâce. Il ne s’agit donc plus de râler mais bien d’accueillir le don de Dieu, Dieu qui fait grâce. Rien ne pouvait prédisposer Élisabeth à enfanter elle avait deux empêchements majeurs : la stérilité et un âge avancé. Élisabeth et Zacharie n’auraient pas de descendance, tel était leur sort mais la vie en a décidé autrement ou plutôt Dieu leur a fait grâce et comme le dit l’Évangile de ce jour : «  le Seigneur leur a montré la grandeur de sa miséricorde ». Alors que cela n’était plus possible, Dieu l’a rendu possible. Il ne s’agit pas pour autant de s’engouffrer dans la voie du miracle pour demander à Dieu de venir combler tous nos manques, nos injustices, nos souffrances, comme s’il y avait une baguette magique dont on nous aurait caché l’existence jusqu’à aujourd’hui. Non, il s’agit d’accueillir dans la joie cette merveille que Dieu fait dans la vie de ce vieux couple stérile et de se réjouir avec eux sans les envier, sans les jalouser car Dieu a fait grâce.

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Avec la naissance tant inespérée qu’inattendue de saint Jean-Baptiste, c’est la grandeur de la Miséricorde de Dieu qui s’exprime. La miséricorde de Dieu se manifeste concrètement à l’intérieur de tant d’événements de l’histoire du salut, tout au long de la longue histoire du peuple hébreu comme il en est pour notre propre histoire. La miséricorde de Dieu n’est pas une idée abstraite, mais une réalité concrète à travers laquelle il révèle son amour comme celui d’un père qui se laisse émouvoir au plus profond du cœur par ses enfants. La miséricorde est, dans l’Écriture, le mot-clef pour indiquer l’agir de Dieu envers nous. Son amour n’est pas seulement affirmé, mais il est rendu visible, tangible, palpable. La naissance de Jean le Baptiste est la manifestation de Dieu pour son peuple, Dieu fait grâce, Dieu nous fait grâce. Comprendre la grâce, c’est accueillir une Bonne Nouvelle qui nous surprend. C’est la prise de conscience que quelque chose de radicalement neuf et de radicalement bon est à la base de nos vies, et que ce quelque chose est quelqu’un : le Christ. Car Dieu s’est bien souvenu d’Élisabeth. Et c’est exactement le sens étymologique en hébreu du nom de son mari Zacharie : « Dieu se souvient  » et par ce changement de nom du Baptiste est signifiée, non seulement la grâce particulière dont il est l’objet, mais aussi l’étape nouvelle, les temps nouveaux, le temps messianique. Car il ne s’agit plus maintenant de s’établir dans le souvenir, ce n’est pas simplement «  Dieu se souvient de vos misères, de vos peines, de vos limites et répond à vos espérances », mais « Dieu fait grâce, Dieu va donner sa grâce ».

Oui Dieu fait grâce, Dieu nous fait grâce. Dans une lettre à un ami, Georges Bernanos en 1935 décrit le projet de rédaction de son roman : Journal d’un curé de campagne : « J’ai commencé un beau vieux livre, que vous aimerez, je crois. J’ai résolu de faire le journal d’un jeune prêtre, à son entrée dans une paroisse. Il va chercher midi à quatorze heures, se démener comme quatre, faire des projets mirifiques, qui échoueront naturellement, se laisser plus ou moins duper par des imbéciles, des vicieuses ou des salauds, et alors qu’il croira avoir tout perdu, il aura servi le bon Dieu dans la mesure même où il croira l’avoir desservi. Sa naïveté aura raison de tout, et il mourra tranquillement d’un cancer ». La dernière phrase du livre sera : « Tout est grâce ». Cette phrase qui nous vient tout droit de sainte Thérèse de Lisieux est une invitation pour nous à accueillir la venue de Jean le Baptiste et celle du Christ dans nos vies. Oui sachons accueillir la grâce qu’il veut nous donner à chacun de nous, personnellement, et réjouissons-nous ! Amen.

fr. Christophe-Marie, ocd - (Couvent d’Avon)