Le scapulaire, signe de consécration

Nous voulons faire percevoir ici le sens profond du scapulaire : c’est un habit, un vêtement tissé en quelque sorte par la Vierge, jeté par Elle sur nos épaules, comme une protection contre les périls spirituels et corporels et comme un signe d’appartenance.

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Un vêtement

Ai-je besoin de porter sur moi ce petit carré d’étoffe pour savoir que je fais partie de la famille de Dieu ? L’objection, où se décèle un certain refus du sensible, trouve sa réponse dans la leçon de l’Incarnation. Le Verbe s’est fait chair ! Connaissant mieux que nous toute la fragilité et la caducité de l’ordre matériel, il s’en est cependant servi pour élever l’homme au surnaturel divin, pour lui communiquer sa Vie. L’eau dans laquelle il s’est baigné au Jourdain, il l’a rendue apte à nous laver de nos fautes, à faire de nous des femmes et des hommes nouveaux par le Baptême. Le pain, dont il a connu la saveur substantielle, il en a fait le don de son propre Corps. La coupe de vin, qu’il a tenue dans ses mains, il en a fait la coupe de son Sang pour réjouir notre cœur de son amour, et par ce Vin et par ce Pain nous incorporer à Lui. Dans une religion où l’eau, le pain, le vin et même l’huile apparaissent comme des signes efficaces de notre communion avec Dieu dans le mystère du Verbe fait chair, le vêtement ne doit-il pas signifier aussi quelque chose de cette réalité ? Sans être pour autant un sacrement, il constitue un signe sensible capable d’exprimer adéquatement notre foi. C’est ce que laissent entendre les belles prières de la bénédiction du scapulaire : « Père éternel et Dieu tout-puissant, qui as voulu que ton Fils unique portât le vêtement de notre mortalité, nous te supplions de répandre l’immense bénédiction de ta libéralité sur cet habit que les saints Pères ont jugé bon de porter en signe d’innocence et d’humilité ; daigne le bénir afin que ton serviteur qui en fera usage, mérite de se revêtir de Notre Seigneur Lui-même. »

En nous créant, Dieu notre Père a voulu nous revêtir de sa grâce, symbolisée par ce vêtement, dont il revêtit Adam et Ève après leur désobéissance, avant de les chasser du Paradis terrestre (Gn.3,21). Pourquoi nous étonner de ce geste ? Lui, le Très-Haut, s’occupe de nos moindres nécessités et le vêtement n’échappe pas plus à sa sollicitude que la nourriture. Le scapulaire nous rappelle que Dieu élève notre souci légitime du vêtement terrestre à un plan plus élevé. Il a voulu nous revêtir d’un habit, qui, au lieu de cacher seulement notre nudité, soit pour nous dès ici-bas, le signe de la grâce retrouvée. Il convenait que Marie fût chargée de nous donner cet habit. N’est-ce pas là sa fonction de mère ? Elle continue ainsi en notre faveur le premier geste si touchant qu’elle fit à l’égard de son premier-né, l’enveloppant de langes et le couchant dans une crèche (cf. Lc.2,7). Isaïe chantait déjà :

« J’exulte de joie dans le Seigneur. Mon cœur jubile en mon Dieu, parce qu’il m’a revêtu d’un vêtement de salut et m’a couvert du manteau de sa justice. » (Is.61,10)

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Une protection

Le vêtement sert à protéger au moins du froid celui qui le porte. Le corps humain est sans défense naturelle contre les agressions de la nature, les intempéries, les animaux sauvages… Nous aimons ainsi retrouver dans le scapulaire ce caractère de protection. Il s’agit d’abord de la protection contre les peines du jugement dernier dans la vie éternelle ainsi que l’expriment les paroles de la Vierge rapportées par nos vieux auteurs : « Voici le privilège que je te donne, dit-elle à saint Simon Stock, à toi et à tous les enfants du Carmel. Quiconque meurt revêtu de cet habit, ne souffrira pas des feux éternels. ». La Vierge ne prétend pas ici nous donner un talisman contre la mort éternelle par son seul scapulaire tel que nous soyons dispensés de vivre en conformité avec l’Évangile. Par ailleurs, personne d’autre que le Christ, pas même la Vierge, ne peut nous obtenir ce salut que Dieu désire nous donner gratuitement en son Fils. La certitude du salut par le Scapulaire est une certitude morale. Prétendre être sauvé par le Scapulaire sans mener une vie chrétienne ne peut se soutenir. Est-ce pour cet habit, pour les soins et les grâces dont Elle m’entoure que Marie m’aidera à me sauver ? Oui, mais plus encore pour l’amour, dont ces choses ne sont que le signe. Le problème du salut, comme nous le dit Saint Jean, est celui de la foi en l’Amour, à travers tous les démentis et toutes les incertitudes : « Pour nous, nous avons cru à l’Amour. » (1 Jn.4,16) Le scapulaire est un moyen et un signe, dont se sert l’Amour de Dieu et de Marie, et dont nous profiterons à la mesure de notre confiance. Alors il nous sera, dès ici-bas, une protection contre le mal. Car nous n’avons pas à lutter seulement contre la chair et le sang, mais contre les principautés et les puissances du monde des ténèbres. Le scapulaire, comme l’eau bénite ou le signe de la croix, devient dans la foi une arme de lumière, une pièce de l’armure spirituelle du chrétien, en même temps qu’il affirme une appartenance.

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Une appartenance

Dans toutes ses entreprises, l’homme dépasse la stricte utilité. C’est ainsi qu’il a su charger ses vêtements d’une signification symbolique. Il est même des civilisations où le caractère emblématique du vêtement l’a presque totalement emporté sur le côté utilitaire. Même dans nos civilisations modernes nous connaissons le prestige des insignes, des décorations, des brassards et certaines professions conservent l’usage symbolique d’un vêtement spécifique. « L’habit aide puissamment à faire et à garder le moine » dit Lanza del Vasto. Il est certain que l’Église a cru à cette valeur symbolique de l’habit et à son influence spirituelle. Dans cette ligne, nous comprenons qu’elle ait pu avoir le souci de donner à ses fidèles un vêtement, qui soit comme un abrégé du vêtement monastique, et qui conserve quelque chose de sa vertu. Le scapulaire, forme raccourcie du vêtement du Carme, est donc un habit marial. Il dit à sa manière que nous sommes les familiers de Dieu et de Marie. Mais il s’intègre dans un ensemble encore plus vaste. Il a sa place dans une spiritualité chrétienne, grâce au symbolisme qu’il évoque et que l’Écriture sanctionne. Lorsque celle-ci parle de conversion, elle nous invite à renoncer à notre propre justice, semblable à un vêtement souillé, pour revêtir l’éclatante blancheur de la justice le Dieu. Saint Paul utilise ainsi cette image en parlant du baptême : « Baptisés dans le Christ, vous avez revêtus le Christ. » (Ga.3,27) Nous revêtons le Christ, non comme un manteau, qui couvrirait notre misère, mais comme une forme vivante, qui nous fait participer à sa vie. Cela ne se fait pas sans notre collaboration. « Revêtez-vous du Seigneur ! » demande saint Paul (Rm.12,14). En ayant les sentiments qui sont dans le Christ Jésus (cf. Ph.2,5), nous sommes ainsi peu à peu transformés en lui.

Le scapulaire ne se borne pas à nous rappeler la nécessité de nous conformer au Christ. Il nous fait aussi une obligation de nous revêtir de Marie. Ceci se fonde sur la fonction maternelle de la Vierge à notre égard, sur son rôle universel dans la distribution actuelle des grâces. Selon la pensée des saints Pères, Dieu a décrété de n’accorder aux hommes aucune grâce qui ne passât par les mains de Marie. Voilà qui soutient théologiquement l’effort d’imitation de Marie que nous sommes invités à poursuivre notre vie durant, par l’habit même que nous portons. Est-il d’ailleurs possible de ressembler à Jésus sans avoir quelque chose de sa Mère ? Le chrétien, image de Jésus, doit devenir aussi une réplique de Marie à mesure que la grâce s’épanouit dans sa vie.

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