Troisième conférence P. Bruno Secondin, o. carm.

RELIRE LA REGLE DU CARMEL : pour vivre au sein d’un monde en transformation

Je voudrai commencer par exprimer ma perplexité, une perplexité que j’ai aussi souvent rencontrée parmi les membres de la famille carmélitaine. Cela a-t-il un sens de considérer aujourd’hui comme une source de vie personnelle et de discernement ecclésial un texte datant du début du 13e siècle ? Celui-ci a été écrit en latin sous forme de lettre, par le Patriarche de Jérusalem, Albert de Vercel (1150-1214) qui ne put jamais occuper son siège épiscopal. Ce document était destiné à un petit groupe de laïcs pénitents, d’origine européenne, formant une petite colonie d’ermites située près de « la fontaine d’Elie » dans le Wadi ein es Siah, non loin du promontoire du Carmel. Leur contexte de vie, leur origine, leurs problèmes, leur mentalité et leur expérience spirituelle diffèrent totalement de notre expérience, de notre culture, de notre spiritualité. Le Moyen-âge, avec ses cathédrales romanes et gothiques, ses multiples courants théologiques, ses textes mystiques, ses mises en scènes tourmentées, peut bien nous fasciner, mais nul ne souhaite vivre ainsi aujourd’hui.

Bruno SECONDIN, o. carm. Nous pouvons encore nous demander, à la lumière du grand patrimoine de théologie spirituelle et de sainteté personnelle représenté par les grands Maîtres du Carmel, Thérèse de Jésus, Jean de la Croix, Thérèse de l’Enfant Jésus, ce que la Règle du Carmel, antérieure de quatre siècles au moins, peut nous dire d’intéressant, de suggestif, d’actuel ? De plus, que peut-elle dire face à un monde moderne affronté à des transformations rapides et convulsives ? Cela vaut-il la peine de mettre l’accent sur cette mémoire des origines, sa vision du monde, son anthropologie médiévale, ses soubassements ascétiques, ses généralisations périlleuses ? Ne vaudrait-il pas mieux réécrire de manière moderne et avec un langage évocateur et suggestif, comme le font certaines communautés nouvelles, le projet du Carmel sur la base des exigences et des défis actuels ?

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A. Des doutes aux découvertes

Nous pourrions continuer à soulever bien d’autres questions de ce genre, chacun d’entre vous ayant sans doute les siennes. Je suis passé moi-même par là dans les années 60 et 70 tandis que le souffle du Concile avait ouvert de nombreuses perspectives ecclésiales et culturelles nouvelles que je ne parvenais pas à mettre en relation avec la Règle du Carmel et ce que j’en avais compris jusque là. Elle m’apparaissait comme une réalité archéologique semblable à tant de monuments fameux que le temps nous a légués à demi-détruits et dont pourtant personne ne veut se débarrasser. Ils sont tout à la fois encombrants et intouchables. La Règle, placée par tradition comme entête des Constitutions apparaissait intouchable, mais en pratique inutile. Elle constituait peut-être un hommage à une tradition lointaine ou l’affirmation sourcilleuse d’une appartenance et d’une filiation, spécialement lorsqu’on la désignait comme la « Règle primitive ». Peut-être aussi pouvait-elle être une source d’inspiration et un critère d’authenticité pour tout ce que les Constitutions présentaient de manière très détaillée ?

A partir de là, une nouvelle aventure a commencé. Beaucoup ont vécu en particulier au début des années 80 cette recherche de voies innovantes pour l’interprétation et l’application de la Règle, ce qui a donné à ce texte une nouvelle jeunesse. Grâce à des études et à des réflexions, à un effort de réévaluation et de démythologisation, il a été possible de découvrir une portée moderne et une actualité ecclésiale à ce projet de vie représenté par la Règle du Carmel tant du point de vue de ses perspectives spirituelles qu’ecclésiales. Le malaise qu’engendrait la lecture classique de la Règle du Carmel a provoqué la recherche d’une actualisation, non pas en vue d’une régression vers le passé, mais de la découverte des germes d’avenir qu’elle contenait. Cela nécessitait d’en reprendre l’interprétation à la base, avec l’aide des nouvelles méthodes herméneutiques et en faisant écho aux requêtes existentielles contemporaines. Il s’agissait-là d’un jeu complexe, d’un travail éprouvant à certains moments, exaltant à d’autres. Plusieurs s’y attelèrent avec beaucoup de patience et de passion.

Nombre de sujets ont été repris à la base avec en premier lieu la question de l’histoire du texte tant du point de vue de sa rédaction que de sa transmission. Il est ainsi apparu de manière évidente qu’il n’existait qu’une seule version de la Règle du Carmel et que cela n’avait pas de sens de parler d’une Règle primitive. Le seul texte autorisé et existant est en effet celui qui fut approuvé définitivement en 1247 par la bulle « Quae Honorem Conditoris » d’Innocent IV. On étudia aussi la figure historique d’Albert de Jérusalem et son importance ecclésiale. L’auteur de la vitae formula y a transmis sa propre sagesse de vie (sapientia vitae) et non pas une simple approbation. A cause de cela, certains sont tentés de voir en lui le fondateur de l’Ordre au sens où cette vitae formula a conféré à celui-ci l’occasion de transmettre sa sagesse y son identité charismatique. Le monde des croisades avec ses utopies, sa symbolique du combat et des passions humaines se retrouve très bien dans la Règle du Carmel, mais nous y rencontrons aussi l’influence de ces groupes laïcs qui avaient un propos de vie évangélique et qui se multipliaient en Europe au tournant du 13e siècle.

Les Ordres mendiants vers lesquels les premiers Carmes se sont rapidement orientés sont eux-mêmes issus de ce mouvement. La prise en compte du pluralisme des origines au sein de ce groupe d’ermites latins composé de pèlerins, de laïcs itinérants, d’anciens croisés, a permis de mieux comprendre le langage nuancé, les adaptations fréquentes, les exceptions éparses dans le texte, le sens nouveau donné à la symbolique des armes spirituelles.

Par dessus tout, l’analyse des multiples réminiscences bibliques présentes dans le texte (150 citations) a permis de mettre en valeur la familiarité et la liberté de sa relation à la Parole. Celle-ci constitue le canevas de la partie plus spirituelle de la Règle, mais fournit aussi ailleurs de multiples éléments intéressants à explorer. A titre d’exemples de cet enracinement dans l’Ecriture, nous y rencontrons : une christologie basée sur ces trois piliers que sont la suite du Christ, sa présence actuelle et l’attente de sa venue en gloire ; une référence intentionnelle à l’Eglise primitive ; une insistance sur la figure de Paul comme modèle d’évangélisateur auprès des Nations ; une pratique de la lectio divina qui inspire nombre de prescriptions ; une organisation fraternelle qui débouche sur une adelphocratie (pouvoir partagé entre frères) ; une attente d’un Jugement imminent tel qu’elle se vivait à cette époque.

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B. Des discours aux parcours

Il est nécessaire de faire le point quant aux principaux commentaires écrits de la Règle du Carmel qui ont été et demeurent des références. Il ne faut pas négliger en outre de prendre en compte leur rapport avec la pratique, car ils ont forgé une mentalité qui constitue sans doute l’obstacle le plus tenace à l’accueil de nouvelles interprétations en plus de la paresse intellectuelle qui empêche de repenser les choses. La relecture de chacun de ces commentaires a permis de comprendre les perspectives personnelles de leurs auteurs, l’influence du contexte ecclésial ou des courants spirituels de leur époque et ainsi à surmonter la peur de profaner des convictions acquises et sacralisées, apparues en fait à la fin du Moyen-âge ou à l’époque baroque. Elle autorisait les lecteurs d’aujourd’hui à exercer leur liberté et leur créativité en vue d’une relecture vivante de ce texte. L’originalité de la Règle tient pour une part aux multiples signes de flexibilité et d’ouverture qu’elle comporte. Elle offre des possibilités variées d’interprétation et nous incite à exercer notre liberté en vue d’une relecture fidèle et dynamique au service non seulement d’une compréhension exhaustive, mais surtout d’un projet et d’une visée créative.

Paul Ricœur disait qu’il fallait passer du « croire en » au « croire pour », c’est-à-dire de la vérité déposée dans un texte comme un totem sacré à connaître en tous ses détails à la mise en mouvement d’un accomplissement de la vérité remise entre les mains du lecteur. Celui-ci doit devenir le protagoniste d’une parole qui se donne à voir et à rencontrer moyennant la découverte de nouveaux horizons et l’engagement sur de nouveaux sentiers. En conséquence, les indications les plus substantielles du texte, à savoir les passages à portée existentielle qui appellent à un engagement personnel, sont à considérer comme des pôles dynamiques qui assument la diversité des lectures sans les contraindre à entrer dans un cadre uniforme et qui dans le même temps ouvrent de nouvelles possibilités d’expression à mettre en œuvre avec une fidélité créative.

Nous avons fait allusion aux espaces ouverts au sein même des passages prescriptifs de la Règle : le texte témoigne ainsi d’une capacité à se laisser interpréter de multiples manières par un lecteur aussi éloigné que nous de son contexte d’origine. Pourtant, l’interprétation traditionnelle de la Règle a fait preuve dans le passé d’une certaine rigidité et parfois d’ un esprit polémique, en prétendant identifier la fidélité à la Règle à des questions de nourriture et de jeûne, de temps d’oraison mentale ou de lieu de solitude. Le lecteur de la Règle en est le véritable interprète quand il y trouve une lumière pour relire sa vie de manière à l’assumer dans la durée tout en demeurant ouvert à l’avenir et non lorsqu’il fait de celle-ci une urne sainte.

Celui qui momifie la lettre et fait de la Règle un écrit quasi marmoréen ne réussira jamais à retrouver sa fonction mystagogique, sapientielle et non contraignante qui caractérise pourtant ce texte. Celui-ci a une structure ouverte parce qu’il est en relation avec une vie capable de changements et d’adaptation à des situations nouvelles. Il fait en effet référence à ces circonstances qui exigent flexibilité, adaptation, options diverses, respect, attention au réel et acceptation des exceptions.

L'assistance du colloque sur la Règle du Carmel, Chapelle d'Avon Je m’explique. La Règle codifie - en un sens ample qui n’est pas seulement juridique mais aussi symbolique, charismatique, organisationnel - et propose un parcours éducatif, transformateur et symbolique qui ne peut être réduit à une liste d’obligations et d’interdits. Elle a pardessus tout une fonction mystagogique et sapientielle, non contraignante. C’est ce qui explique et donne sens aux exceptions, aux alternatives, aux restrictions, aux possibilités etc… Du reste, à l’époque et dans le contexte qui furent ceux d’Albert de Jérusalem, chanoine régulier de Mortara qui avait collaboré à la rédaction de la Règle des Humiliés et avait su leur trouver une solution originale, le concept de Règle n’était pas le nôtre. Il n’avait pas le sens d’un code contraignant auquel il aurait fallu se soumettre en observant préceptes et interdits. C’était plutôt un chemin de vie, une sagesse directrice dont le caractère d’obligation était plus d’ordre moral que juridique. Nous comprenons mieux ainsi pourquoi la Règle est pleine de ces espaces ouverts qu’il convient de préserver et de faire valoir. Aussi n’est-ce pas être cohérent avec l’esprit de la Règle du Carmel que d’y chercher scrupuleusement ce qu’elle permet et ce qu’elle défend.

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C. Des découvertes au projet actuel

Je ne peux pas traiter ici chacun des thèmes abordé par la Règle, chacun exigeant une étude spécifique. Je renvoie pour cela au livre que j’ai publié : La Règle du Carmel. Un projet spirituel pour aujourd’hui. Ed. Parole et Silence. 2004. Je choisis d’en aborder seulement quelques uns.

21. Un groupe de laïcs engagés2

L’expression « formule de vie » se trouve dans le texte y compris après son approbation officielle comme Règle. Cela signifie en clair que les destinataires de la proposition faite par Albert étaient des laïcs consacrés à une vie pénitente. Cette identité originaire continua à être perçue comme pertinente après l’implantation en Europe et donc dans des circonstances différentes. Et pourtant, l’institution ecclésiale faisait de plus en plus pression pour ramener les mouvements les plus récents tels que les Ordres Mendiants à un modèle clérical afin de tenir sous son contrôle la prédication, la pastorale, la gestion de la religion populaire. Nous autres Carmes, nous résisterons jusqu’à la fin du siècle avant de retirer le droit de parole aux non prêtres, bien que l’accès aux études et l’exercice de la prédication portaient naturellement à promouvoir le sacerdoce pour les accomplir.

Il me semble que cette dimension laïque des origines maintenue durant toute la durée d’un siècle peut fournir une clé d’interprétation efficace pour une actualisation de la Règle. Le véritable projet originel n’était en rien clérical. Il se situait donc davantage à la périphérie de l’institution qu’en son centre géré par ses fonctionnaires afin de réaliser non une hiérarchie pyramidale, mais une fraternité horizontale. Une relecture de la Règle attentive à cette identité originelle doit éviter toute sorte d’élitisme ou de verticalisation et favoriser la parité et la responsabilité de tous.

Dans notre contexte actuel j’étendrai cette parité jusque à l’inclusion d’égalité entre laïcs et femmes, la sympathie pour une Eglise fraternelle, la valorisation de la réligiosité de la vie dans son sens le plus ample. Cela amène à être attentif aux expériences ecclésiales qui naissent de la base et à avoir une attitude empathique vis à vis de la culture populaire. Le Carmel, je le sais bien, a particulièrement la réputation d’être un chemin réservé à des âmes d’exception, de constituer au sein de la vie consacrée, en général, une élite bénéficiant d’une prestigieuse tradition spirituelle et des modèles exceptionnels de sainteté. C’est certainement un don de l’Esprit Saint dans la mesure où nous en tirons des conclusions bénéfiques.

C’est une bonne chose si cela sert à activer la sanctification du corps entier de l’Eglise en favorisant une sainteté du peuple de Dieu vivante et féconde. Pour cela, il faut en faire une présentation qui n’effraie pas les petits et les faibles dans la foi (Rm 14,1). Si au contraire cela sert à constituer une élite de la sainteté et de l’ascèse, de la prière et de la radicalité afin de se distinguer des autres, voire pour critiquer les autres quant à leur médiocrité et leur manque de perfection, alors je doute que l’on soit fidèle à l’esprit et au charisme des origines. La tentation reste trop vive chez certains d’opposer l’esprit primitif à une forme mitigée, la pureté originaire à une identité faible. C’est à l’opposé de ce que la Règle du Carmel en elle-même nous enseigne sur le sens de la diversité.

22. La loi universelle de la suite du Christ2

La Règle du Carmel nous met tout de suite sous les yeux et à l’esprit, comme un grand portique d’entrée, une affirmation forte et sans nuance : « A bien des reprises et de bien des manières, les saints Pères ont réglé de quelle façon chacun, en quelqu’ordre qu’il se trouve ou quelque soit le genre de vie religieuse qu’il s’est choisi, doit vivre dans la dépendance (in obsequio) de Jésus-Christ et le servir fidèlement d’un cœur pur et d’une bonne conscience. » Il s’agit d’une loi universelle tout à fait contraignante pour le groupe lui-même.

Nous pouvons comprendre ce que la formule de vie propose ici comme une perspective fondamentale et un devoir valable pour tous. En conséquence, quand la Règle se fait explicite, elle indique ce qui est « à conserver dans l’avenir » (quam tenere in posterum debeatis : RC 3) en précisant les modalités concrètes d’application du principe fondamental. Mais nous pouvons aussi interpréter les choses autrement : tout ce que contient la vitae formula et ce que la vie elle-même conduira à vivre et à choisir n’a de valeur que si ce précepte de base reste une référence évidente en tant que guide et principe de discernement.

En pratique, le grand principe évangélique doit se vivre selon la Règle du Carmel d’une manière concrète et selon des modalités spécifiques. Dans le même temps, non seulement les Carmes se doivent de rester chrétiens, mais de plus la plénitude de la vie selon la vitae formula sera proprement atteinte en vivant dans la dépendance de Jésus-Christ et en le servant fidèlement d’un cœur pur et d’une bonne conscience. Nous n’atteindrons pas à un accomplissement élevé et plénier de cette loi fondamentale en dépassant cette perspective au nom d’une perfection plus haute, mais en vivant les indications concrètes à la lumière de ce vaste horizon. C’est un parcours particulier (juxta propositum vestrum : RC 3) qui conduit à un unique but commun à tous. Sa valeur et son caractère ecclésial se vérifient dans la mesure où ce chemin conduit à cet unique but déjà défini, renforçant ainsi la fraternité et la communion.

La place centrale du Christ que nous devons suivre et servir fidèlement (RC 2), que nous honorons comme sauveur (RC14), en qui nous vivons (RC18) et dont nous attendons la venue (RC 19,24), est exprimée dans la Règle du Carmel de manière à en faire la réalité essentielle. Nous sommes bien loin ici des pratiques de dévotion qui envahissaient à l’époque la pratique religieuse. Ce n’est que plus tard que le Carmel a développé les diverses dévotions aux plaies du Christ, à l’Enfant Jésus, au Sacré-Cœur, à la Sainte Face, à l’Eucharistie, au Bon Pasteur, perdant ainsi de vue l’essentiel de la christologie de la Règle au profit d’aspects secondaires. Nous pouvons aujourd’hui retrouver cet essentiel et la densité de ce point de départ en purifiant notre imaginaire spirituel et en revenant à une foi plus sobre et moins émotionnelle. Benoît XVI avec son livre Jésus de Nazareth et l’ensemble de ses discours nous aide à en trouver l’expression. Il faudrait aussi repenser la dépendance à l’égard de Jésus-Christ (RC 2) en fonction des évolutions de la théologie de la « suite du Christ » : la théologie a purifié beaucoup de choses dans ce domaine et la spiritualité du Carmel n’a peut-être pas encore assimilé de manière sérieuse cette nouvelle richesse.

23. Le primat de la Parole de Dieu2

Nous avons déjà dit que la Règle du Carmel apparaissait comme une longue lectio divina, parce que la Parole de Dieu la traverse et la féconde de manière très profonde, riche et diversifiée. Cela est particulièrement sensible en certains chapitres que nous appelons le « code spirituel » (RC 18-24), mais cela se manifeste aussi en nombre de prescriptions concrètes sous forme d’allusions (RC 1,9,15,17,24) ou de citations littérales (RC 1,2,4,10,11,12,14,17,18-23,24).

Il est aujourd’hui admis de manière pratiquement unanime que les chapitres 10 à 17 de la Règle constituent une unité, qui reproduit, en l’intégrant intelligemment au texte, le modèle de l’Eglise de Jérusalem fondée sur la Parole, la prière, la communion fraternelle, la fraction du pain, la simplicité de vie et le partage des biens. Cela n’est en rien une nouveauté ni à ce moment-là, ni au regard des expériences d’aujourd’hui. Mais cela peut nous encourager à réaliser davantage une fraternité authentique qui soit ferment et signe de concorde et d’unité et qui se présente comme une prophétie de la réconciliation au sein d’un monde divisé et injuste.

Le primat de la Parole ne doit cependant pas se mesurer au nombre des citations et des références bibliques. Il y en a certes 150 pour un total de 1070 mots, ce qui n’est pas peu. Ce primat de la Parole s’apprécie à la capacité de la Règle à évoquer l’Ecriture, à la citer, à y faire allusion, à en utiliser les symboles. Il se vérifie dans la capacité de la Règle à structurer la vie sur la base de la Parole et à témoigner ainsi de la sagesse qui procède d’une telle familiarité avec elle. La Règle habite naturellement le monde biblique avec son vocabulaire, ses perspectives, ses options et ses attentes. La Parole de Dieu est omniprésente, mais sans artifice, de manière spontanée en associant des textes et des symboles de manière cohérente et sans que cela fasse désordre. Cette Parole engendre de l’harmonie, conduit à un agir, donne sens à des coutumes et ouvre de nouveaux horizons.

Voici quelques manifestations de ce primat de la Parole : la Parole est connue, lue et méditée (RC7,10). Elle est mise en pratique (RC 22). Elle guide l’agir et les sentiments (RC 10,21). Le prieur lui-même doit avoir le Christ pour modèle, lui qui est le serviteur et la porte des brebis (RC 9,22). La pratique de la Parole est la clé de discernement quant à la maturité de la communauté et de chacun des frères (RC 22,23). Quand la Parole est sérieusement mise en pratique, nous parvenons à une authentique maturité. Ce thème réapparaît à la fin du texte à propose de la relation entre le prieur et les frères alors que nous l’aurions attendu après le paragraphe RC 4. Le carme parfait selon la Règle n’est pas celui qui jouit de grâces mystiques, d’états de prières singuliers et sublimes, mais celui en qui la Parole devient vie jusqu’à le transfigurer. Comme par un travail de chirographie, la conduite de l’Esprit rend sa mémoire féconde et le conduit vers la vérité tout entière (Jn 16,13 ; RC 19 et 24).

Dans les temps modernes, Thérèse de Lisieux et Elisabeth de la Trinité furent sans doute celles qui surent le mieux retrouver cette herméneutique biblique de la Règle. Elles font une lecture priante et sapientielle de la Parole de Dieu qui ne se réduit pas chez elles à des citations autoritaires utilisées pour empêcher toute discussion. Elles y découvrent une clé d’interprétation pour expliquer une vie, qui sans qu’elles le sachent, était déjà conforme à cette Parole, cette vie recevant un nouveau dynamisme de cette source de lumière. C’est ainsi que la Règle déclare, lorsqu’elle rapproche la citation biblique de l’expérience vécue : « ainsi que ne l’enseigne pas moins l’expérience » (RC 21).

Les carmes devraient percevoir le kaïros actuel que constitue le grand renouveau de la lectio divina. Celle-ci se trouve en effet réhabilitée comme expérience privilégiée et fondatrice de la véritable spiritualité chrétienne tant du point de vue de la prière que de la sanctification (VC 94 ; NMI 39). Les carmes devraient se sentir à l’aise dans le contexte de cette nouvelle expérience ecclésiale souvent encouragée par Benoît XVI et sur laquelle le prochain Synode des Evêques sur la pastorale biblique insistera certainement (cf. les Lineamanta récemment publiés). La Règle est en effet d’une part le fruit évident d’une rumination prolongée et fervente de la Parole. Elle constitue d’autre part une invitation pressante, d’inspiration paulinienne, à faire « habiter cette parole en abondance dans la bouche et dans le cœur de sorte que tout ce qui est à faire soit fait sous son inspiration » (cf. RC 19). Du reste, l’une des recommandations essentielles du texte est que chacun reste seul dans sa cellule, « méditant jour et nuit la loi du Seigneur » (RC 10). Sans cette place centrale de la Parole, tout ce que la Règle propose et suggère perdrait totalement sa saveur et son caractère de sagesse.

24. Fraternité vécue dans un monde agressif et injuste2

Nous avons déjà souligné comment la Règle invitait à réaliser une fraternité authentique qui soit ferment et signe de concorde et d’unité et qui se présente comme une prophétie de la réconciliation au sein d’un monde divisé et injuste. Mais il y a plus. J’ai fait référence à la mentalité des Croisés, c’est-à-dire à ce phénomène guerrier complexe destiné à tenir sous domination chrétienne les territoires où l’histoire biblique s’est déroulée et où notre Seigneur Jésus-Christ a prêché. C’est une situation historique très complexe dans laquelle deux camps se détruisaient et s’entretuaient avec la conviction de devoir éliminer un adversaire considéré comme l’ennemi absolu. Le fanatisme religieux conduit ainsi à faire sien un monde d’injustice, de violence et de férocité.

Les premiers carmes vivaient dans ce contexte et avaient peut-être été les témoins de cette violence. Il aurait été logique de retrouver dans la Règle une forme sacralisée de ce Christianisme militant. Ou bien au contraire, nous aurions pu nous attendre à une forte réaction de contestation à l’égard de ce militarisme religieux, convertissant ainsi cette agressivité en une sorte de catharsis régénératrice. En fait le texte, quoiqu’il reflète bien cette mentalité en utilisant le vocabulaire des croisés (cf. Obsequium, servitium, militia, armatura Dei, tela ignea, insidias inimici, etc…) semble proposer une issue constructive, sereine et confiante.

Bruno SECONDIN, o. carm., conférence dans la chapelle d'Avon Les fragilités et les excès (excessus et culpae fratrum : RC 15) sont rappelés, mais seulement en vue d’indiquer la manière de les affronter, c’est-à-dire « en corrigeant les manquements avec charité ». Ils doivent donc être corrigés uniquement par le moyen de la charité. Sachant que normalement, dans les règlements de la vie religieuse, on indiquait ici une liste de peines à infliger (codex poenarum), comprenant des châtiments corporels tels que les verges, l’emprisonnement ou l’expulsion, cette consigne mérite attention. Pour ce petit groupe de frères ermites aucune faute ou transgression ne pouvait justifier une punition violente, une réaction agressive, un rejet. Tout devait être géré et jugé moyennant la charité : seule la charité et la confiance pouvaient être mises en jeu pour cela. C’était véritablement à l’opposé des pratiques de l’époque dans la tradition monastique. Cependant, nous ne voyons pas non plus de réaction intransigeante à l’égard du mouvement des croisades à l’écart duquel ces ermites se trouvaient.

A cette lumière, nous pouvons expliquer la flexibilité diffuse et les adaptations fréquentes admises également pour les aspects essentiels de la Règle. Nous pouvons dire que dans ce monde divisé, injuste, agressif, celui qui faillit est considéré comme un ennemi à punir et non comme un frère à accueillir dans sa différence moyennant un dialogue de réconciliation sans cesse poursuivi. La Règle du Carmel propose quant à elle un projet de vie communautaire fondé sur la capacité de celle-ci à être le signe prophétique et le ferment d’une fraternité profonde et universelle en étant capable de réconcilier les différences sans agressivité et sans préoccupations élitistes. Il s’agit de vivre l’empathie, de développer une synthèse originale de la diversité apportée par chacun grâce à un élan commun porté des valeurs objectivement signifiantes. Sur la base de telles valeurs supérieures, il est possible d’assumer un pluralisme qui ne soit ni exacerbé, ni réprimé, ce que notre société a souvent de la peine à vivre.

Deux cas : nous risquons soit de nous laisser prendre par un relativisme suicidaire laissant se déployer le libre jeu des choix et des refus personnels, « à la carte » et « do-it jour-self », moyennant un « bricolage » inconvenant et tributaire de points de vue émotionnels, soit de nous laisser entrainer par les nouveaux discours apocalyptiques sur un conflit de civilisations à des options radicales et fanatiques, fondamentalistes et violentes qui font du vivre ensemble une rixe permanente, un combat sans répit. Notre Règle du Carmel requiert au contraire de donner corps à une fraternité fondée sur le respect et l’acceptation des différences entre les cultures et les générations. Elle suppose pour cela du bon sens pour assumer les adaptations nécessaires et rendre ainsi la vie plus simple et plus favorable à un climat de communion et de dialogue.

Nous pouvons certainement comprendre la Règle comme une option en faveur du dialogue et de la paix, d’un pluralisme sans inquiétudes, d’une conception de la personne douée de maturité et non pas infantile. La vie religieuse qu’elle promeut se doit d’être adulte, sereine, solide, capable de liberté et de fidélité. Comment donc alors cette sensibilité si précieuse et si actuelle n’est-elle pas reconnue par le Carmel comme un appel à trouver son identité dans une authentique fraternité ? Comment avons-nous pu nous employer durant des siècles à accumuler dans la vie communautaire des listes d’interdits et de châtiments, à développer le soupçon et le contrôle fanatique, à favoriser l’uniformité moyennant l’auto-répression par chacun de son originalité, à majorer l’importance de coutumes et à exacerber des mortifications consacrant une ascèse verticale du perfectionnement de soi par soi-même ?

Tandis que surgissent aujourd’hui et se diffusent des modèles faussement modernes de communautés nouvelles dans lesquelles la rigidité semble une nouvelle idole, où la suppression des différences et de la souplesse constitue une condition du vivre ensemble, le Carmel peut proposer son antique sagesse. Nous pouvons pour cela, en opposition à certains phénomènes actuels, mais dans une fidélité authentique à nos racines, retrouver le positif de la sagesse antique qui croyait que la convivialité sereine et confiante vécue dans le pluralisme et la multiplicité des adaptations et l’acceptation des exceptions pouvait constituer un chemin positif, une manière originale de vivre dans la dépendance de Jésus-Christ avec un cœur pur et un engagement total. Cela vaut la peine d’offrir cette autre voie sans archaïsme ni fondamentalisme, mais avec une sagesse qui donne des orientations et soit le fruit d’une confiance faite à la loyauté et à la maturité des frères.

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D. La vocation du Carmel à l’oraison

Je voudrais essayer de conclure en faisant une proposition : comment cette nouvelle interprétation peut-elle éclairer notre vocation à une vie d’oraison ?

Comme nous l’avons montré, toute la Règle nous propose un itinéraire de maturation, mais il existe des expressions qui soulignent davantage cette exigence. Par exemple méditer, veiller, d’un cœur pur, plaire à Dieu, dans la dépendance de Jésus-Christ, vivre pieusement en Christ, la voie sainte et bonne, la récompense de la vie éternelle, que toutes choses soient faites selon la parole du Seigneur…

Une tradition séculaire a défini la physionomie du carme principalement à partir du chapitre 10 sur la prière et la solitude. Nous sommes considérés comme des hommes et des femmes de spiritualité, de vie intérieure et de prière. Nous disons facilement aujourd’hui de nos communautés que ce sont des fraternités orantes, contemplatives. Nous devons dire que l’importance donnée par la tradition à ce chapitre 10 interprété comme un précepte concernant la solitude, la méditation et la prière est une chose excellente. Pourtant elle ne correspond pas exactement au sens littéral du texte et encore moins au sens de ce chapitre compris dans la symbolique et la dynamique d’ensemble de la Règle.

Il découle de ce tout ce que nous avons dit que ce chapitre est bien fondamental, mais au titre du caractère central de la Parole de Dieu. Celle-ci doit devenir une priorité absolue jusqu’à remplir la solitude et l’entièreté du temps, méditant jour et nuit. Elle doit être l’objet d’une soif et d’une aspiration, vigilants dans la prière ayant un sens fort qui met en valeur la force du désir. La Règle n’a pas en vue la solitude en elle-même, la prière au sens strict sous quelque forme que ce soit, mais le fait de demeurer avec la Parole pour se laisser imprégner totalement par elle, sans lui opposer nulle résistance et sans la fuir. C’est la Parole qui justifie, selon le chapitre 10, la solitude et qui lui confère sa valeur et non pas le contraire : la Parole n’est pas l’une des multiples manières de passer le temps et de s’occuper l’esprit dans la solitude.

L’oraison à laquelle le carme doit se consacrer est une réponse existentielle à la Parole méditée et assimilée. Prier, c’est alors entrer dans le secret du cœur de Dieu que la Parole dévoile et communique : « Ce n’est pas l’homme qui peut pénétrer la Parole de Dieu, mais seulement celle-ci qui peut le pénétrer et le convertir en lui découvrant ses richesses et ses secrets et en lui ouvrant des horizons de sens, des chemins de liberté et une plénitude de maturation humaine (Lineamenta pour le Synode 2008, n°34).

Il s’agit donc, à travers diverses modalités de réponse, qu’il s’agisse de la prière ou de l’action, de se rendre accueillant à Quelqu’un, qui habite la Parole, qui est la Parole vivante et qui ainsi nous attire à lui. Veiller ainsi, c’est avoir tout son être et tout son esprit tendus vers Dieu à travers l’oraison solitaire, la prière psalmodiée, la communion dans le partage des biens et la communauté de cœur, le travail et le silence, le jeûne et le service, le discernement et le combat spirituel.

La puissance maximale de la Parole et la plus intense expression de la vérité qu’elle annonce et communique se trouvent dans la mémoire de la Pâque, dans l’Eucharistie qui nous fait participer à la vie du Christ ressuscité. Cet oratoire à construire au milieu des cellules (RC 14) qui dans la Règle du Carmel se trouve au centre architectural de l’espace, mais aussi du texte lui-même a une puissance d’évocation quant aux valeurs et aux raisons de vivre qui dépasse tous les autres éléments et les attire à lui comme à un point culminant et à une référence ultime. Il oriente en fait tous les frères dans cette direction, les attirant quotidiennement vers lui dans un venir-ensemble chargé d’émotions et de visée symbolique (convenire : RC 14) vers ce qui s’y célèbre et s’y exprime. Ce venir-ensemble exige parallèlement de sortir de la séparation et de l’autarcie de la cellule isolée et personnelle (RC 6,10) pour aller au-devant des frères en ce lieu où le Seigneur habite en son mystère. C’est un appel à l’écoute (ad audienda : RC 14) et un ferment de communion en vue d’une unité parfaite.

Bruno SECONDIN, o. carm. et Sr Lucienne MICHEL, Providence de la Pommeraye Prier pour le carme, selon la Règle, n’est pas tant se consacrer à faire quelque chose, à penser d’une certaine manière et pour un certain temps. Prier, c’est comme respirer. Cela doit conduire à se laisser convoquer et aimer, juger et sauver par le Seigneur de la communauté. Son action et sa présence suscite la parole et la vie, des engagements extérieurs et la garde de la solitude, le combat et la délibération, la louange et la supplication, le silence et la mémoire, l’invocation et l’attente vigilante, le travail et le service. Il en résulte que l’itinéraire carmélitain est un vrai chemin de maturation par le moyen de la prière dans la mesure où il respecte les principes de la vie en Eglise et se conforme ainsi aux exigences d’une authentique expérience ecclésiale. S’engager sur ce chemin, c’est donner une forme de vie ecclésiale à son propre désir de voir le visage de Dieu, de dialoguer cœur à cœur avec lui (cf St. Thérèse de Jésus). Pour être capables de veiller dans la prière comme Eglise orante, il faut être simultanément l’Eglise de la réconciliation et du service, l’Eglise disciple et témoin de la Parole, l’Eglise du Pain rompu et remplie des consolations de l’Esprit. C’est ainsi que la prière sera authentique.

Nous pouvons aller plus loin : l’organisation matérielle de l’espace, les préceptes, les normes, les pratiques ascétiques, les temps et les modes de vie ne peuvent trouver en eux-mêmes leur justification. Tout est à situer sous le jugement de la Parole, à soumettre à sa lumière dans ce dynamisme orienté vers la Pâque de la nouvelle alliance, accomplie par celui qui est la Parole faite chair pour la vie du monde. C’est pourquoi dans la Règle tout se trouve souvent relativisé, au nom de principes de commodité ou d’opportunité, même pour les choses les plus importantes telles que la célébration quotidienne de la messe, la solitude, l’ascèse et les décisions communautaires. Cela ne signifie pas un refus de vivre sérieusement, mais une volonté de ne pas idolâtrer les observances et de ne pas devenir une Eglise de l’extériorité. La Règle veut se garantir de ces risques pour privilégier une intense fraternité et le primat de la suite du Christ qui seuls doivent guider les choix.

Au plan pratique de la mission ecclésiale du Carmel, nous pourrions dire que les carmes qui se considèrent comme des maîtres et pédagogues de la prière intérieure jusqu’à son accomplissement le plus élevé, celui de la contemplation et de la mystique, devraient devenir capables d’une nouvelle mystagogie. Celle-ci devrait être fondée aussi bien sur l’écoute priante de la Parole (lectio divina) que sur la célébration eucharistique. Développer la créativité liturgique en particulier devrait permettre de mettre en valeur en son sens le plus fort la dimension communautaire de la célébration ainsi que son caractère vital. Une liturgie créative et soignée, marquée par la Parole et la fraternité, comprise comme un chemin vers la Jérusalem céleste pourrait bien être le défi à relever aujourd’hui.

Le charisme du Carmel apparaît ainsi dans toute sa force de projet alternatif. Il consiste à former des croyants non pas préoccupés de faire des choses, mais disposés à se laisser façonner par le Seigneur dans la fraternité vécue. Ils deviendront ainsi toujours mieux des disciples du Christ, des frères ouverts à tous sans élitisme, plus proches des laïcs que de la hiérarchie, des témoins du dialogue et de la paix. Tout cela est à vivre à travers l’écoute et le silence, la lecture spirituelle et la prière des psaumes, l’entraide et le travail assidu, le dialogue et la réconciliation, le service et la lutte intérieure, l’espérance et la célébration festive. Je voudrai appliquer ainsi à la famille carmélitaine ce que Jean-Paul II disait à l’intention de tous les religieux : « Témoigner par une existence transfigurée, en cheminant joyeusement avec tous les autres frères et sœurs, de la grandeur de l’amour de Dieu, de sa bonté miséricordieuse, du salut destiné à tous. » (VC 112). Ça sera comme le parfum de Béthanie, qui remplissai la maison : que notre depandence de Jésus Christ soit gloire et joie et parfum pour toute l’Eglise.

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Bibliographie

  • J. CHALMERS-C. MACCISE, Ouverts au futur de Dieu. Lettre circulaire des Supérieurs Généraux, Rome 1997, à l’occasion du 750e anniversaire de l’approbation définitive de la Règle par Innocent IV.
  • AA.VV., La Règle du Carmel. Nouveaux horizons, Il Calamo, Roma 2000. GRIFFIN (ed.), Ascending the Mountain : the Carmelite Rule today, Colomba Press, Dublin 2004
  • B. SECONDIN, La Règle du Carmel, un projet spirituel pour aujourd’hui, Parole et Silence, Langres 2004.
  • K. WAAIJMAN, L’espace mystique du Carmel. Un commentaire de la Règle du Carmel, Bellefontaine, Brégolles en Mauge 2001.
  • M. MULHALL (ed.), Albert’s way. The first North American Congress on the Carmelite Rule, Institutum Carmelitanum, Roma 1989
  • B. SECONDIN, L. AROSTEGUI GAMBOA, Alle radici del Carmelo, éd. OCD, Roma Morena 2005
  • B. SECONDIN (éd.), Profeti di fraternità. Per una visione rinnovata della spiritualità carmelitana, Dehoniane, Bologna 1985.

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