À l’école de la Trinité [Ho. Trinité - Année C]

donnée au couvent d’Avon

Textes liturgiques (année C) : Pr 8, 22-31 ; Ps 8, 4-5, 6-7, 8-9 ; Rm 5, 1-5 ; Jn 16, 12-15

Comment, frères et sœurs, dire l’indicible, le mystère du Dieu unique en trois Personnes ? L’Église l’a fait tout d’abord au moyen de la réflexion théologique pour élaborer des définitions dogmatiques, mais elle a cherché aussi d’autres voies. Après la rupture avec les églises d’Orient en 1054, l’Église d’Occident a transgressé l’interdiction biblique de représenter Dieu en produisant des images de la Trinité. Dans ces tableaux appelés « trône de gloire », le Père est représenté sous l’apparence d’un vieillard assis sur un trône ; il porte de ses deux mains la Croix à laquelle Jésus est suspendu, tandis que l’Esprit Saint vole du Père vers le Fils sous l’aspect d’une colombe. La représentation de la Croix met ici en lumière le mystère de Dieu compris comme unité d’Amour entre les trois Personnes divines : le Père nous donne dans l’Esprit son Fils crucifié tandis que le Fils expire en remettant au Père ce même Esprit, qui est résurrection des morts et glorification du Fils ; l’Esprit nous conduit ainsi «  à la vérité tout entière », à savoir l’Amour trinitaire jaillissant du Cœur transpercé de Jésus.

Mais mieux qu’une peinture, l’homme est lui-même l’image de Dieu selon le psalmiste : «  Tu as voulu que l’homme soit un peu moindre qu’un dieu !  » (Ps 8,6a) Saint Augustin a ainsi médité sur le mystère de notre création à l’image de Dieu (Gn 1,26) à partir de l’âme et de ses trois puissances tout à la fois distinctes et unies, la mémoire, l’intelligence et la volonté : la mémoire permet l’activité de l’intelligence tandis que celle-ci permet à son tour l’exercice de la volonté ; pourtant, mémoire, intelligence et volonté, ne sont pas trois âmes, mais une seule. La vie de l’âme est trinitaire à l’image de celle de Dieu dans la mesure où nous faisons mémoire du Père comme origine de notre existence, où nous croyons au Fils dans la contemplation de celui que nous avons transpercé et où nous nous laissons conduire par l’Esprit d’amour source de toute communion. Faire mémoire, contempler et aimer nous fait ainsi communier à la vie du Dieu unique qui est Père, Fils et Esprit Saint.

De plus, lors de notre baptême, nous avons été signés au Nom du Dieu Père, Fils et Esprit Saint de sorte que notre corps, et non pas seulement notre âme, est devenu le sacrement de la présence du Dieu vivant. Notre relation à Dieu passe par ce corps ainsi recréé à l’image de la Trinité. Notre cœur est le symbole du Christ dont le Cœur transpercé sur la Croix nous révèle l’amour de Dieu. Notre souffle est le symbole de l’Esprit Saint en qui nous respirons cet amour de Dieu. Le Père invisible nous donne quant à lui d’exister par son Fils dans l’Esprit un peu comme notre système nerveux végétatif nous permet de ressentir notre corps, mais aussi ces activités vitales que sont le battement cardiaque et le mouvement respiratoire. Nous pouvons vivre notre relation à Dieu en étant attentifs à ces fonctions vitales que le système nerveux végétatif dirige indépendamment de notre pensée et de notre volonté. Dans la prière, je me mets en présence du Père en prenant conscience de mes sensations corporelles ; puis, le regard intérieurement posé sur mon cœur, je prononce le Nom de Jésus ; enfin, en accueillant le rythme de ma respiration, je me recueille au souffle de l’Esprit. Ainsi habité en mon cœur par le Nom de Jésus et respirant dans l’Esprit son amour pour le Père, je peux dire de tout mon être la prière des enfants de Dieu que Jésus nous a transmise.

Enfin, « Dieu créa l’homme à son image ; homme et femme il les créa. » (Gn 1,26) C’est en effet par l’union de l’homme et de la femme que l’humanité coopère à l’œuvre créatrice et manifeste la fécondité de l’amour. Or, pour l’accomplissement ultime de ce dessein de Dieu, un homme et une femme ont dû collaborer au mystère de l’Incarnation. Pour vivre à notre tour notre communion avec Dieu dans le quotidien de nos vies, descendons donc à présent, Frères et Sœurs, du Calvaire pour nous rendre à Nazareth auprès de la Sainte Famille, parfaite image terrestre de la Trinité divine. Marie, épouse de l’Esprit Saint, a conçu le Verbe de Dieu en son Cœur et en sa chair, tandis que Joseph, ombre du Père, fut choisi pour donner le Nom de Jésus au Fils de Dieu. A l’école de la Sainte Famille, apprenons donc à vivre tout proche de Jésus à l’ombre du Père et sous la conduite de l’Esprit. Et pour cela, vivons en communion avec Joseph en prenant chez nous à sa suite la Mère et l’Enfant.

Fr. Olivier-Marie Rousseau, ocd - (couvent d’Avon)
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