A l’école de sainte Thérèse de Lisieux [Ho 28°dim TO - Année C]

donnée au couvent d’Avon

Textes liturgiques (année C) : 2 R 5, 14-17 ; Ps 97 (98) ; 2 Tm 2, 8-13 ; Lc 17, 11-19

Frères et sœurs, les textes de la Parole de Dieu offerts par la liturgie de ce dimanche nous permettent d’évoquer 3 aspects de l’enseignement de notre jeune Docteur de l’Église, sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus de la Sainte-Face. Il s’agit de trois vertus à pratiquer : la confiance, la force et la gratitude.

Commençons par la confiance si chère à sainte Thérèse. Elle est merveilleusement présente dans la 1re lecture et l’évangile à travers ces lépreux qui se fient à un homme pour les guérir. Naaman le général syrien se fie à un prophète étranger, Élisée ; les dix lépreux font de même avec le rabbi de Nazareth. Il s’agit dans les deux cas d’un acte de confiance et d’obéissance à la parole d’un homme de Dieu. Et c’est cet acte de confiance qui donne la disposition nécessaire pour recevoir la grâce de la guérison. Jésus dit au lépreux revenu : « ta foi t’a sauvé.  » La vertu dont nous parle sainte Thérèse est fondamentalement une vertu théologale, celle de la foi. Elle est donc un don de Dieu reçu au baptême qui nous permet d’obéir à la Parole de Dieu. Nous ne sommes pas dans un sentimentalisme qui inviterait à une sorte de confiance naïve envers n’importe qui, avec un manque évident de prudence. La confiance véritable suppose du discernement. Certes Thérèse écrit à la fin de sa vie : «  C’est la confiance et rien que la confiance qui doit nous conduire à l’amour  » (LT 197). Et encore cette dernière phrase du Manuscrit C : «  je m’élève à Lui par la confiance et l’amour  » (Ms C, 36-37). Mais il s’agit d’une confiance placée en Dieu. Or Dieu ne peut jamais tromper notre confiance, puisque Lui seul est fiable et digne de confiance. La voie de la confiance thérésienne n’est pas de l’infantilisme mais un chemin filial qui s’appuie sur la bonté du Dieu bon et fidèle. Seule cette foi sauve et sait tirer parti des joies et des tristesses de la vie ; nous expérimentons tous des déceptions humaines mais la confiance envers Dieu donne de tout traverser ; comme Thérèse a affronté les épreuves de sa vie dès la mort précoce de sa maman. 1re invitation donc : réveiller en nous la foi de notre baptême pour retrouver notre identité d’enfant de Dieu.

La 2e vertu à mettre en pratique, ce n’est plus une vertu théologale, mais une vertu cardinale, celle de force. La vertu de force nous aide à faire face aux épreuves, celles qui jalonnent toute vie et qui accompagnement particulièrement les disciples de Jésus. Saint Paul en témoigne dans la 2e lecture en évoquant ses chaînes et son emprisonnement. Mais l’Apôtre sait qu’il souffre à cause de Jésus : « C’est pour lui que j’endure la souffrance, jusqu’à être enchaîné comme un malfaiteur. » Sainte Thérèse ne nous enseigne pas un chemin facile à travers sa petite voie ; c’est un chemin simple mais exigeant et qui ne fait pas l’économie de la souffrance. Elle l’écrit à l’approche de sa mort, quand elle est rongée par la tuberculose : « J’ai beaucoup souffert depuis que je suis sur la terre » (Ms C 4). Cependant Thérèse a été transformée en guerrière par la grâce. Le jour de Noël 1886, elle passe de l’infantilisme à la capacité d’affronter toutes les épreuves de la vie. Elle écrit en se souvenant de cette grâce : « Jésus, le doux petit Enfant d’une heure, changea la nuit de mon âme en torrents de lumière… En cette nuit où Il se fit faible et souffrant pour mon amour, Il me rendit forte et courageuse, Il me revêtit de ses armes et depuis cette nuit bénie, je ne fus vaincue en aucun combat, mais au contraire je marchai de victoires en victoires et commençai pour ainsi dire, « une course de géant !… » » (Ms A 44)

C’est bien la foi de Thérèse qui l’a aidé à pratiquer la vertu de force mais aussi à en recevoir un don particulier : un don l’aidant à vivre pleinement et à mettre cette force intérieure au service des autres. Thérèse ajoute en effet : « Je sentis en un mot la charité entrer dans mon cœur, le besoin de m’oublier pour faire plaisir et depuis lors je fus heureuse !… » Cette force de l’amour décentre de soi-même et fait se préoccuper du bien des autres. Saint Paul le dit : « C’est pourquoi je supporte tout pour ceux que Dieu a choisis, afin qu’ils obtiennent, eux aussi, le salut qui est dans le Christ Jésus, avec la gloire éternelle. » Et Thérèse âgée de 14 ans va employer sa propre force pour prier pour un criminel, puis elle donnera sa vie au Carmel pour les prêtres et ceux qui sont loin de Dieu. 2e enseignement : en s’appuyant sur la foi et sur l’amour reçu de Jésus, vivre avec force et courage ce que nous avons à vivre, au jour le jour.

Enfin, la 3e attitude enseignée par sainte Thérèse : la gratitude. Elle transparaît dans l’évangile avec le lépreux samaritain qui est le seul à venir rendre grâce. L’ironie est que c’est un homme considéré par les Juifs pieux comme étranger au Peuple de Dieu et hérétique. Il ne suffit pas de pratiquer la confiance et la force si elles nous conduisent à l’orgueil qui est le pire des vices. La gratitude est la vertu qui désamorce la tentation de l’autosuffisance et nous reconduit à l’humilité. Elle nous rappelle que sans les dons de Dieu, nous ne sommes rien. Thérèse est un modèle d’expression de la reconnaissance envers Dieu. Elle ne cesse de célébrer tous les bienfaits de Dieu et parle de la prière comme « un cri de reconnaissance et d’amour » (Ms C 25) envers le Dieu des miséricordes. Elle comprend aussi l’effet de notre manque de gratitude envers Dieu et ses dons, comme elle l’écrit : « Il me semble que c’est ce qui lui doit être le plus sensible que l’ingratitude » (LT 122). Sainte Thérèse propose donc aux bons Français que nous sommes d’arrêter de râler et de nous plaindre. Débutons par exemple chaque jour en remerciant Dieu pour ses dons, à commencer par celui de la vie et celui de la foi. Et avec force, vivons avec l’aide de sainte Thérèse notre vie chrétienne dans la joie et la reconnaissance. Que notre jeune Docteur de l’Eglise nous aide toujours plus à grandir en foi, force et gratitude envers Jésus. Amen

Fr. Jean-Alexandre de l’Agneau, ocd - (couvent d’Avon)
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