Auprès du puits, le Seigneur nous convie à ses noces (Ho 3e dim Carême - 14/03/23)

donnée au couvent d’Avon

Textes liturgiques (année A) : Ex 17, 3-7 ; Ps 94 (95) ; Rm 5, 1-2.5-8 ; Jn 4, 5-42

En ce jour, frères et sœurs, au près du puits, le Seigneur nous convie à ses noces. Dans la Bible, le puits est en effet le lieu où les patriarches Isaac et Jacob, ainsi que Moïse ont reçu leur épouse (cf. Gn 24,14-27 ; 29,1-14 ; Ex 2,15-22).

La rencontre avec la Samaritaine au puits de Jacob annonce, qu’en la personne de cette femme, Jésus vient épouser l’humanité pécheresse. Il accomplit ainsi la prophétie d’Osée : « C’est pourquoi, mon épouse infidèle, je vais la séduire, je vais l’entraîner jusqu’au désert, et je lui parlerai cœur à cœur. » (2,16) La Samaritaine est une figure de cette épouse infidèle qui n’a pas de mari à force d’en avoir changé. Pour sceller cette Alliance nuptiale, le Seigneur lui-même lui quémande de l’eau afin d’éveiller en son cœur la soif du Dieu vivant. Cette Alliance est éminemment personnelle, car la parole de Dieu s’adresse au cœur de chacun. Jésus, assis au bord du puits, rejoint la Samaritaine jusqu’en son être profond dont ce puits est un symbole. Chahina-Marie Baret, convertie de l’Islam, a cette formule choc : « le christianisme n’est pas une religion ; c’est une rencontre.  » Être chrétien, c’est avoir fait en Jésus cette expérience bouleversante décrite par Paul : « la preuve que Dieu nous aime, c’est que le Christ est mort pour nous, alors que nous étions encore pécheurs. » (Rm 5,8)

La rencontre du Christ fait alors jaillir en nous le véritable désir, celui de la communion avec Dieu, par-delà nos résistances et nos refus. Dans le livre de l’Exode, nous voyons les hébreux mettre Dieu à l’épreuve. Confrontés à l’angoisse de la soif, ils sont incapables de s’abandonner avec confiance à celui qui les guide ; ils le mettent au défi et l’obligent à faire un miracle. Oui, un miracle est nécessaire, mais il s’agit du miracle de la foi qui advient en plénitude par la puissance de la Parole de Jésus et par le don de l’Esprit Saint.

Ainsi dans notre évangile, la Parole de Jésus conduit-elle la Samaritaine à reconnaître en vérité l’aliénation de son désir et sa méconnaissance de Dieu. Jésus se présente alors lui-même comme étant la source d’eau vive à laquelle elle aspire sans le savoir, car le péché est fondamentalement une ignorance de Dieu. Le désir, ayant perdu sa véritable orientation, surfe indéfiniment sur la vague de désirs éphémères ou absolutise une réalité terrestre dont il se fait une idole. Dans les deux cas, il y a une soif de possession, de maîtrise, de captation. La parole de Jésus donne de discerner ces désirs désordonnés dont nous sommes esclaves.

L’écouter, c’est se tenir les mains ouvertes afin d’accueillir au jour le jour la grâce de son amour. Dans cette pauvreté d’un cœur disponible, la source jusque-là ensablée peut jaillir du plus profond de notre OUI, au plus secret de la confiance. L’écoute de la Parole de Jésus donne de reconnaître en lui la source de la Vie et le sauveur du monde.

Paul, dans l’épître aux romains, explicite quant à lui l’action de l’Esprit Saint. Il le fait, non pas en partant du désir ou de la soif, mais en soulignant l’importance de l’espérance : Pour accueillir l’eau vive, il faut renoncer à nos déceptions, nous détacher de nos illusions et ouvrir notre cœur à l’espérance de ce qui excède tout désir et toute connaissance. Or, cette espérance est un fruit de l’épreuve : « Nous mettons notre fierté dans la détresse, puisque la détresse produit la persévérance ; la persévérance produit la vertu éprouvée ; la vertu éprouvée produit l’espérance.  » (5,3s) Lorsque nous demeurons fidèles à la Parole de Jésus jusque dans les épreuves, l’Esprit Saint nous donne alors de les traverser moyennant un abandon plus radical à Dieu dans l’espérance qui ne déçoit pas.

L’espérance chrétienne se vit en effet au sein des tribulations, qu’il s’agisse de celles qui affectent le monde ou l’Église ou qu’il s’agisse d’épreuves qui nous touchent plus personnellement. Face à l’impuissance que nous éprouvons, la remise confiante de notre vie à Dieu nous ouvre plus profondément à cette espérance qui « ne déçoit pas, puisque l’amour de Dieu a été répandu dans nos cœurs par l’Esprit Saint qui nous a été donné. » (5,5)

Frères et sœurs, en ce temps de carême, nous sommes appelés à écouter la Parole de Jésus pour que jaillisse en nous le désir de son Amour. Mais pour cela, il nous faut aussi ouvrir notre cœur à l’action de l’Esprit Saint pour qu’il suscite en nous l’espérance qui ne déçoit pas. Ainsi, jusque dans les épreuves, pourrons-nous vivre déjà de la Vie de celui qui « est mort pour nous ». (5,8)

Nous qui sommes donc devenus justes par la foi, nous voici en paix avec Dieu par notre Seigneur Jésus Christ, lui qui nous a donné, par la foi, l’accès à cette grâce dans laquelle nous sommes établis ; et nous mettons notre fierté dans l’espérance d’avoir part à la gloire de Dieu. Bien plus, nous mettons notre fierté dans la détresse elle-même, puisque la détresse, nous le savons, produit la persévérance ; la persévérance produit la vertu éprouvée ; la vertu éprouvée produit l’espérance ; et l’espérance ne déçoit pas, puisque l’amour de Dieu a été répandu dans nos cœurs par l’Esprit Saint qui nous a été donné. Alors que nous n’étions encore capables de rien, le Christ, au temps fixé par Dieu, est mort pour les impies que nous étions. Accepter de mourir pour un homme juste, c’est déjà difficile ; peut-être quelqu’un s’exposerait-il à mourir pour un homme de bien. Or, la preuve que Dieu nous aime, c’est que le Christ est mort pour nous, alors que nous étions encore pécheurs.

Fr. Olivier-Marie Rousseau, ocd - (couvent d’Avon)
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