Textes liturgiques (année A) : Gn 11, 1-9 ; Ex 19, 3-8a.16-20b ; Ez 37, 1-14 ; Jl 3, 1-5a ; Ps 103 (104) ; Jn 20, 19-23
La Parole de Dieu nous parle de Paix … mais aussi de violence, pour ce jour de la Pentecôte. Ce jour de Pentecôte est lié à la Résurrection, puisque Pentecôte signifie cinquantième, en référence à la fête juive où l’on rendait grâce pour la moisson récoltée, et qui se célébrait 50 jours après la Pâque, comme le rappelle saint Luc dans le livre des Actes. La Pentecôte se comprend ainsi comme étant la moisson de Dieu ; le grain a été jeté en terre, au mont du Calvaire et, 50 jours après la mort et la résurrection de Jésus à Pâques, c’est le temps de la moisson pour Dieu. C’est le temps où des hommes sont ramenés à la vie, à la réconciliation et à la communion avec Dieu, grâce au salut de Jésus. Cette « moisson est abondante », comme l’annonçait déjà Jésus à ses apôtres après s’être adressé à la Samaritaine dans l’évangile de Jean (Jn 4). Cette moisson de Pentecôte est donc l’envoi de l’Esprit Saint, l’envoi de l’Esprit de Dieu, l’envoi de l’Esprit qui est Dieu-même, sur tous les disciples qui croient en la victoire de Jésus.
Mais de manière étonnante, cet envoi de l’Esprit venu du Ciel fait grand bruit ! Nous l’avons entendu dans la première lecture : l’Esprit Saint souffle en venant du ciel avec bruit, « comme un violent coup de vent ». Des langues de feu bien visibles apparaissent, et l’Esprit se manifeste à tous – c’est-à-dire non seulement aux disciples, mais aussi aux gens présents à Jérusalem ce jour-là – avec une « voix qui retentissait ». Comme le contraste avec le petit matin de la Résurrection, il y a 50 jours, est saisissant ! Lors de la nuit de la Résurrection en effet, Jésus était ressuscité dans la plus grande discrétion. Personne ne l’avait vu sortir du tombeau. Un grand silence avait entouré cette victoire de Jésus sur la mort. Jésus ne se montrait plus que discrètement à quelques disciples, pour stimuler leur foi toute décontenancée.
Et voilà donc qu’à cette discrétion du Ressuscité, succède un Esprit Saint qui se donne à tous en s’annonçant avec « un violent coup de vent ». Jésus déjà fait référence à cette violence, lors de sa vie publique, en révélant que le Royaume de Dieu appartenait … aux violents ! « Jusqu’à présent, affirmait Jésus, le Royaume des Cieux subit la violence, et ce sont les violents qui s’en emparent » [Mt 11,12]. Mais alors, quelle vérité Dieu veut-il nous enseigner, en envoyant aux hommes son Esprit qui est un Esprit de Paix, mais qui se donne comme un violent coup de vent, à des hommes ‘violents’ ?
En fait, Jésus répond clairement à cette interrogation, et à deux reprises dans l’évangile de ce jour : « la Paix soit avec vous ! » En se donnant à nous, Dieu nous donne sa Paix. « Je vous laisse la paix, je vous donne ma paix, reprenons-nous lors de chaque célébration eucharistique. Et Jésus d’ajouter : ce n’est pas à la manière du monde que je vous la donne » [Jn 14,27]. Le monde, lui, la cherche, mais il ne parvient pas à la trouver, car il la cherche en dehors de la foi en Jésus-Christ.
Nous vivons dans un monde où les hommes ont vraiment soif d’être « désaltérés par un unique Esprit » [1 Co 12,13], comme le dit saint Paul dans la deuxième lecture. Tous les hommes ont soif de Paix et de Joie. Que l’on soit Parthe, Mède, Élamite, habitant de la Mésopotamie, comme au temps des Actes des Apôtres, ou bien que l’on soit français, coréen, congolais ou colombien, chacun porte en soi cette aspiration à la Paix et à la Joie. Et voilà où la violence intervient. C’est que pour recevoir cette Paix et cette Joie, comme les Apôtres au Cénacle, les hommes doivent se faire violence pour se détourner de cette paix des morts – cette paix des cimetières – que le monde propose : une paix qui cherche à légitimer tous les plaisirs individuels (qu’ils soient bons ou mauvais), une paix qui cherche à se construire indépendamment de Dieu, une paix qui se cherche indépendamment des aspirations à la vie heureuse et éternelle que nous portons à l’intime de nous-mêmes.
Cette paix des morts ne parviendra jamais à combler le cœur des hommes. Et il faut se faire violence pour se détourner de cette paix des cimetières, pour se tourner vers le Christ qui envoie son Esprit qui, lui, rend véritablement heureux.
Car le bonheur des hommes, c’est bien la moisson de Dieu à la Pentecôte … Cette moisson se poursuit aujourd’hui, Dieu choisissant et envoyant sans cesse de nouveaux Apôtres pour continuer l’œuvre du Christ sur terre. Lui, Jésus, passait sur les routes de Galilée, au 1er siècle, pour annoncer la Parole de Dieu, pour guérir et pardonner. Et depuis, il ne cesse de choisir de nouveaux Apôtres à envoyer en mission. « De même que le Père m’a envoyé, moi aussi je vous envoie ». C’est bien ce qu’annonce cet attroupement de la foule qui se rassemble. Alors que cette foule vient des quatre coins de la Terre – Juifs, bien sûr, mais aussi hommes venant du Nord (Cappadoce, Province du Pont et d’Asie, Phrygie, Pamphylie), du Sud (Égypte et contrées de Lybie), de l’Est (« Parthes, Mèdes, Élamites, habitants de la Mésopotamie »), et de l’Ouest (Libye antique, Romains de passage) – les hommes de cette foule entendent la bonne nouvelle de la Vie éternelle dans leurs propres langues maternelles. L’Esprit Saint aurait pu faire l’inverse, et choisir de faire en sorte que ces gens comprennent l’araméen, la langue utilisée par les Apôtres pour proclamer. Mais Dieu nous rejoint dans nos dialectes, dans le concret de nos vies, dans nos familles. Souvenons-nous de Lourdes, où Notre-Dame parle à Bernadette dans son propre patois local …
Tous, nous sommes maintenant appelés à être apôtres dans ce premier lieu fondamental de l’humanité, dans cette cellule de la société civile, dans cette première cellule d’Église, qu’est la famille. Oui, vivons du don de l’Esprit, et contribuons – quand l’occasion s’en présente auprès des membres de nos familles – à prolonger ce « violent coup de vent » qui ne détruit pas mais qui secoue les consciences en proclamant : « Jésus est Seigneur » [1 Co 12,7]. L’Esprit-Saint de Jésus, c’est lui qui désaltère et qui donne la vraie Paix. Amen
