Les principaux écrits du P. François Palau sont :

Lutte de l’âme avec Dieu
La vie solitaire
Le catéchisme des vertus
Mois de Marie
Mes relations avec l’Église
L’exorcistat
Correspondance (qui compte 169 lettres)

Voici quelques citations et deux extraits significatifs.

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Citations

L’amour :

« Puisque Dieu et le prochain sont l’Église, l’amour pour Dieu et le prochain doit chercher quels sont les besoins de cette Église pour y porter remède. »

Un mystère à vivre :

« L’Église est un mystère à vivre plus qu’une vérité à croire. »

L’Église :

« Ma compagne, Église sainte, guide-moi dans mon pèlerinage sur la terre. »

Un acte d’union :

« Quand tu entres dans la prière, un acte d’union doit te servir de préparation. Cet acte est une chose très simple et très facile. C’est vouloir ce que Dieu veut et ne pas vouloir ce qu’il ne veut pas ; c’est lui ouvrir ton cœur et s’offrir pour tout ce qu’il exigera de toi et t’ordonnera. Cette union suppose et inclut les actes de foi, d’espérance et de charité. »

Dans la prière :

« C’est dans la prière, dans le silence et la retraite que tu dois avoir affaire en tête à tête avec ton Dieu. »

Notre âme :

« Notre âme a été créée pour contempler, voir, regarder Dieu. »
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Une expérience de l’Église

Dans son ouvrage Mes Relations le père Palau décrit sa vie intérieure, et particulièrement ses rencontres avec l’Église, toujours éprouvée, vue et entendue comme une femme. C’est dans la prière que l’Église lui apparaît et lui parle, comme ici le 24 octobre 1866. Le père Palau est sorti de son ermitage et prie dans la montagne, seul.

Je continuai à prier, et j’attendais la lumière de la lune pour sortir du bois. Et du milieu des ténèbres, je vis une silhouette qui s’approchait de moi, et était aussi noire que les ténèbres ; et il émanait de la silhouette une lumière si faible qu’elle ne servait qu’à la distinguer. Et comme la lumière augmentait, je distinguai sa figure, et cette figure représentait la fille de Dieu, l’Église Sainte ; et parce que la lumière n’était pas très forte, je pus fixer mon regard sur la figure. Elle était vêtue de noir ; et le vêtement était de telle nature que la couleur, bien que noire comme le jais, répandait un éclat comme la soie la plus pure. Son visage n’était pas noir, mais blanc, et la carnation était aussi empourprée et aussi pure qu’une chose transparente dans la lumière. Elle tenait dans sa main gauche un sceptre d’or, et dans la droite une croix. Je me tins attentif à la contemplation de cette figure, et comme la figure se transformait en une lumière brillante comme celle du soleil, il ne me fut plus possible de la contempler ; et alors que mon esprit s’élevait au ciel, je vis, dans la mesure où cela est permis à l’œil mortel, mon Aimée. Sa tête est le Fils de Dieu, et en elle se trouve en plénitude la sagesse éternelle ; et sa beauté est extraordinaire, autant qu’il est possible à l’entendement créé de la concevoir. Les prédestinés à former un corps avec cette tête sont les neufs chœurs des anges avec les saints du ciel et les justes de la terre et d’en-dessous de la terre.

« Que tu es belle, que tu es aimable, ô mon Épouse ! Et tu es mon Aimée, tu es l’objet qui dérobe mon cœur. Que tu es digne d’amour ! Heureux celui qui arrive à te connaître ! Heureux, ô Église sainte, celui qui arrive à s’unir à toi dans la foi, l’espérance et l’amour ! Dans la foi, heureux celui qui croit en toi, parce qu’il te voit et te connaît. Dans l’espérance, heureux celui qui, sur la terre, n’a d’autres espérances qu’en toi ; heureux celui qui espère te voir sans voile et te posséder ; heureux celui qui ne met ni ne veut d’autres espérances qu’en toi ; heureux celui qui n’espère qu’en toi, parce qu’il possède la beauté infiniment aimable ; heureux celui qui te voit, te connaît, t’espère, parce qu’il t’aime ; heureux, et mille fois heureux celui qui n’aime que toi, parce qu’il sera payé de retour et qu’en cet amour, il a les délices de la gloire, puisque, dans le ciel, il n’y a d’autre gloire que de te voir, te posséder et jouir de cette possession ». Ainsi s’exclamait mon esprit, transporté dans les hauteurs, à la vue de son Aimée.

Francisco Palau, Mes relations, in Ecrits, Monte Carmelo, Burgos, 2006, p. 1017-1018.

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Les deux unions

Le texte qui suit est une lettre adressée par le P. Palau à Juana Gratias, une de ses premières disciples – elle s’était mise sous sa direction lors de son séjour à Livron, dans les années 1843-1851. Elle deviendra à partir de 1861 la première religieuse et la pierre angulaire de la congrégation des Carmélites Missionnaires fondées par le Père.

Es Cubells (Ibiza), fête de Notre-Dame du Mont-Carmel 16 Juillet 1857,

Très chère sœur en Jésus-Christ : nous faisons l’octave de Notre Très Sainte Mère la Vierge du Carmel, et elle a pour but de mettre en ordre toutes mes affaires, comme si c’étaient les derniers jours de ma vie. Venons-en à tes problèmes. J’attends une lettre de toi pour m’occuper de ta vie extérieure et, entre-temps, venons-en à la direction de ce qui touche à l’intérieure. La grande œuvre de Dieu dans l’homme se forge au-dedans de lui. L’ordre qui apparaît et se laisse voir au-dehors est œuvre et effet de l’ordre intérieur. Les trois vertus de foi, d’espérance et de charité, aidées des plus hauts et sublimes dons de l’Esprit-Saint tels l’intelligence, la sagesse, la science, et le conseil, unissent la créature au créateur, l’esprit de l’homme à son Dieu, l’âme au Verbe de Dieu. Et cette union sacrée est celle que tu dois rechercher, avoir et posséder, parce qu’en elle est la vie, le salut et la force spirituelle, et c’est d’elle que procèdent toutes les autres innombrables vertus. Mais laissant de côté les théories, allons à ce qui te convient à toi pratiquement et te concerne. Les deux unions à Dieu L’âme regarde Dieu sous deux aspects ou formes.

D’abord, comme l’objet de tous ses attachements, ou comme un être infiniment bon et aimable, et cette figure ravit son cœur ; et parce qu’il est bon, infiniment beau, c’est-à-dire infiniment parfait, sous cet aspect, il prend et ravit à l’âme sa vision intellectuelle, ses pensées et méditations. De ce fait, les vertus théologales et leurs dons font que Dieu et l’âme soient une seule chose par amour et pureté de pensées. Et tandis que se réalise en l’âme d’abord et principalement cette divine union, toutes les autres vertus sont comme des auxiliaires et des servantes et des armées qui défendent et protègent et servent ce travail. Ceci est l’amour de Dieu pour l’âme et l’amour de l’âme envers Dieu. De plus, tandis que ladite union se façonne et s’ordonne, une autre union se bâtit et commence ; c’est celle que je t’ai souvent mentionnée : l’âme s’unit à Dieu d’abord en tant qu’il est aimé, comme centre de ses affections et de ses regards et ensuite comme roi et seigneur et maître et gouverneur universel du monde entier.

La première union fait de l’âme une déesse, c’est-à-dire qu’elle la déifie, la divinise, en fait l’épouse de Dieu. Et la seconde l’élève à la dignité de reine, de co-rédemptrice du monde, de dame et de princesse. La première est l’amour de Dieu et la seconde est l’amour du prochain, comme dans l’amour de Dieu et du prochain s’achève toute l’œuvre de Dieu dans le cœur de l’homme, et comme cette œuvre est celle que l’on doit commencer, continuer et achever en nous-mêmes, et qu’elle est l’accomplissement de toute loi, personne ne peut entrer dans le royaume de Dieu sans que cette œuvre ne soit ordonnée et achevée dans le degré de perfection connu de Dieu seul. Combien nous avons ici la vie, le salut et la force ! Combien ennuie tout ce qui ne serait pas ordonné dans ce sens ! Moi, bien que très en retard, je me complais cependant à prêcher, à parler et à écrire et à méditer sur cette grande œuvre ; et dans sa contemplation, l’âme s’encourage, s’anime et se vivifie.

L’union à Dieu dans la prière Ces deux unions se forgent dans l’oraison, dans la méditation, dans le silence et dans la solitude intérieure. Si tu as cherché avec une telle ardeur solitude, retraite, oubli des créatures, et si tu n’as rêvé que de déserts, crois-le, cette vocation venait et vient de ce que ta pauvre petite âme connaît, entend, touche et palpe le besoin de vivre unie à son Dieu, non de n’importe quelle façon, mais comme Dieu le veut et l’exige d’elle. Elle sait ce que vaut cette union, comprend clairement qu’elle trouvera en elle la vie et la résurrection, son aliment et ses vertus. C’est pourquoi tu l’as cherchée, et où ? Par quels moyens ? Adorons les desseins de Dieu et de sa providence et respectons-les. Il faut tirer de la vie les leçons pour corriger nos erreurs et inquiétudes. Où trouveras-tu donc, très chère sœur, cette union et par quels moyens ? Je te parlerai de cela dans mes lettres comme de l’affaire la plus intéressante et principale. Et c’est bien vrai que le reste, pour toi, vaut bien peu. Venons-en au fait. Il est nécessaire que je dirige les pas de ton âme dans l’oraison et en dehors d’elle, puisque c’est là que se forge cette union sainte. Tu as besoin de doctrine et de conseils en cette matière, parce que cela facilite le chemin. Si j’oublie, demande-le moi toujours, car c’est ce pour quoi tu as le plus d’intérêt.

Dans la prière, tu trouveras la foi, l’espérance et l’amour. Et comme tu as déjà une instruction et une expérience suffisantes pour juger ces vertus, comme ont déjà été détruits les principales inquiétudes et erreurs que tu avais, les actes d’union te sont faciles, doux et satisfaisants, et de là vient que, sans connaître ni voir l’union, tu la sans, tu te trouves bien avec Dieu, tu t’arranges à l’amiable et facilement avec lui, et vous faites bientôt amitié. Eh bien ! Je n’ai rien à te dire pour l’heure sur ce sujet sinon que tu persévères et, mettant à profit ce bien-être intérieur éprouvé avec Dieu, demande des grâces, fortifie, consolide tes vertus morales et, puisant courage dans ton château intérieur, combats tes tristesses et leurs causes, détruis tes peines sans fondement et prépare toi (Le papier s’est achevé parce que je ne pensais pas être aussi long. Puisque je suis avec toi, je continuerai la conférence) pour tous les combats terribles auxquels es exposée cette divine union de la part des trois ennemis. Vis unie à Dieu et veille à ce que rien, ni la faim ni la soif, ni l’épée, ni l’adversité, ni la fortune, que rien ne trouble ton cœur. Vis unie à Dieu et tout le reste est vapeur et fumée et ombres qui s’évanouissent. La paix du cœur Quand tu examines ta conscience (prête bien attention à ce que je vais te dire maintenant), ne va pas trop loin ; regarde-la comme on regarde les plages depuis les hauts sommets des Alpes ou des Pyrénées, grosso modo, sans entrer dans les détails, et si tu ne vois en elle une chose clairement, certainement et évidemment mauvaise, passe outre et reste en paix avec ton Dieu. Fais attention à ceci, je te le répète, et dis-moi comment tu le fais parce que le diable pourrait entrer par là avec ses fausses doctrines et suggestions et te causer des préjudices très graves. Cette union produit la paix du cœur ; cherche donc la paix. Que ne t’inquiète ni ne te trouble rien de ce qui arrive d’heureux ou de contraire autour de toi ; perds tout plutôt que la paix du cœur. Quand tu te sens triste, inquiète, peinée, amère, cherches en la cause et, si la chose n’en vaut pas la peine, comme ne mérite pas qu’on s’attriste tout ce qui n’est pas offense à Dieu, jette dehors ton inquiétude ; et si tu ne vois pas de causes, si tu souffres, si tu te sens inquiète, mécontente sans raison, alors endure, prends patience, laisse passer cette heure de fièvre spirituelle et le calme intérieur reviendra.

Cette union, ma sœur, exige et réclame un cœur en paix, au calme, immobile, inaltérable, comme un ciel paradisiaque, et cette paix, ce calme, cette immobilité, nous pouvons nous autres l’acquérir, nous sommes tenus de la chercher, combattant avec force et vigueur tout ce qui se dresse autour de nous pour nous l’enlever. Cette union, m très chère sœur, bien qu’elle soit en toi, doit être travaillée, consolidée, fortifiée, et je ne cesserai à cet effet de te donner enseignement, préceptes et conseils, et toi, tu t’expliqueras, parce que j’ai besoin que tu te fasses connaître. L’union à Dieu comme Créateur et Rédempteur du monde Venons-en maintenant à l’autre union. La première regarde Dieu infiniment aimable et beau, très beau, et a pour objet la contemplation de ses attributs et perfections. Et la seconde le contemple comme créateur, conservateur, gouverneur, rédempteur et glorificateur et vivificateur du monde entier. À certains moments, l’esprit du Seigneur te poussera et t’emportera vers cette seconde union et tu dois coopérer. Il se présentera à toi comme seigneur, roi et gouverneur du monde, comme seigneur Dieu des armées, et il te portera vers des buts analogues à cette présence. Comme la première union ne se fortifie ni ne se perfectionne ni ne s’achève sinon en celle-ci, il faut que tu commences à y travailler. La Lucha del alma con Dios, ce petit livre te fournira de la doctrine. Il suffit de changer l’objectif. Au lieu d’Espagne, il faut mettre l’Église universelle. Qui lutte pour la défense de la ville, lutte pour sa propre cause. Il te faut commencer par la méditation de Jésus crucifié, regardant en son corps physique le corps mystique et moral de toute son Église, et comme tu es son amie et sa bien-aimée, par la prière telle qu’elle est proposée dans la Lucha il te faut commencer à coopérer en toi à l’amour du prochain. Mais note bien que tu ne dis pas t’employer à cela dans l’oraison au point d’oublier la première union. Dans l’oraison, la première chose que tu dois examiner doit être ton union à Dieu. Cela suffit. Je n’ai pas de temps. Biel et Ramon3 m’appellent pour Vêpres. Dans une autre lettre, je m’étendrai sur ces matières importantes et, lorsque tu m’écriras, ne manque pas de me répondre, me rendant compte de ce que tu fais à ce sujet et de tes doutes et dispositions. Au revoir. Ton père attentionné, Francisco

Ecrits, Trad. A. Duval, Monte Carmelo,Burgos, 2006, p. 1176-1181

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