Textes liturgiques (année A) : Ex 34, 4b-6.8-9 ; Dn 3, 52, 53, 54, 55, 56 ; 2 Co 13, 11-13 ; Jn 3, 16-18

L’office des Laudes de ce matin nous a fait chanter le psaume 62 : « Dieu, tu es mon Dieu, je te cherche dès l’aube, mon âme a soif de toi, après toi languit ma chair, terre aride, altérée sans eau ». Ce cri du psalmiste et sa prière pourraient nous aider à entrer dans ce mystère de la Sainte Trinité. Mystère, sûrement, car reconnaissons-le nous sommes souvent en quête d’une explication. Non, il ne s’agit pas de trois dieux, mais un seul Dieu qui se révèle en trois Personnes. Alors se dresse devant nous une question : qui est Dieu manifesté en sa Trinité Sainte ?

Aussi pour tenter de nous aider, je choisirai de me promener dans le jardin des Écritures de ce dimanche. Recevoir tel ou tel indice laissé par la Parole de Dieu pour éclairer notre compréhension de son mystère trinitaire, et avec cette conviction : seul Dieu peut bien parler de Dieu.

Notre ami Moïse fait cette expérience d’entendre Dieu lui-même se présenter à lui : « Dieu proclama son nom qui est : Le Seigneur, le Seigneur, Dieu tendre et miséricordieux, lent à la colère, plein d’amour et de vérité. ». Aussitôt Moïse s’inclina jusqu’à terre et se prosterna, nous dit le Livre de l’Exode. Moïse reçoit la carte de visite de Dieu qui se présente, et notons-le, avec des qualificatifs de tendresse et de miséricorde, d’amour et de vérité. Alors nous pourrions déjà faire ce petit exercice d’apprendre à gommer de notre définition divine tout ce qui aurait attrait à la colère punitive, à la rancune ou à l’indifférence de Dieu envers sa création et ses créatures…Voilà le tréfonds de son identité qui nous est présente et offert : son amour. Et la Bible, par les Prophètes, développera cette « carte de visite de Dieu », cette révélation : Dieu est ami de l’homme pour toujours.

Osons une affirmation et plaçons-nous comme des marcheurs prêts à une expédition aux sentiers balisés, mais qui conduisent par des chemins encore ignorés pour découvrir la beauté de la création et de toute créature. Dieu est le Tout-Autre. Toujours à connaître. Il reste l’Inconnaissable, mais Il se donne à voir, se fait entendre par les Prophètes. Et nombreux sont les auteurs des livres de la Bible à montrer que Dieu est celui qui a du cœur, des sentiments qui viennent du plus profond de lui-même. Car Dieu a des entrailles de Père pour ses enfants. Rien de ce que nous faisons ou disons n’est étranger pour Lui.

Mais voyant combien son peuple est « un peuple à la nuque raide » Dieu envoie alors son Fils. Lorsqu’il a pris chair, le Fils du Dieu de miséricorde a reçu de Joseph, l’époux de Marie, le nom de Jésus, c’est-à-dire « Le Seigneur sauve ». Faisons aussi mémoire du baptême de Jésus : « Les cieux s’ouvrent et Dieu affirme : « Tu es mon Fils, moi, aujourd’hui, je t’ai engendré. » (Lc 3, 22). En Jésus, Dieu se révèle définitivement. Notre Père St Jean de la Croix, méditant cette présence de Jésus en notre histoire, fera dire à Dieu s’adressant à l’humanité : « Je t’ai dit toutes choses en ma parole qui est mon Fils, je n’en ai point d’autre ». Et Jésus fera écho à cette mission en affirmant : « Je suis le Chemin, la Vérité et la Vie » (Jn 14,6). Ainsi en suivant Jésus à travers ses rencontres développées dans les Évangiles, nous voyons Dieu à l’œuvre, tendant la main vers l’oublié, regardant le blessé, écoutant la prière du rejeté, ne restant pas indifférent à la souffrance du malade. Jésus ouvre à tous et à chacun un chemin de vie, aux parfums du respect et de la dignité enfin retrouvés. Dieu ne se démontre pas, mais il se montre.

Il s’est adressé hier à un peuple. Il se montre à tous aujourd’hui par la grâce et la force de l’Esprit-Saint. Et nous sommes invités à faire un pas nouveau ce dimanche pour recevoir cette vie divine qui nous interroge et nous invite à renouveler sans cesse notre regard sur Dieu et les mots de notre prière. Nous ne serons jamais des répétiteurs fiers de proclamer des définitions de Dieu apprises par cœur mais sans le cœur. Car nous sommes appelés à devenir chaque jour des guetteurs du mystère de Dieu qui se donne à voir et à entendre grâce à l’Esprit Saint. Il nous fait prier Dieu son Père selon la prière laissée par le Fils. Voltaire a pu écrire : « L’univers m’embarrasse, et je ne puis songer / Que cette horloge existe, et n’ait point d’horloger ». Nous pourrions alors lui répondre qu’un charpentier d’un petit village de Nazareth du nom de Jésus qui sait travailler le bois, et non plus un horloger, a pris la tunique du serviteur un soir et a lavé les pieds de ses disciples : Dieu aux genoux de l’humanité qui en son fils Jésus lave les pieds de ceux qui seront chargés d’annoncer la vie de Dieu, à jamais présent à toute notre histoire. Nous portons le message de l’Évangile « dans des vases de peu de valeur », comme dira St Paul. C’est d’aller à la rencontre de tous les mal-aimés, celles et ceux qui se sentent oubliés de tous, ignorés, pour qu’ils sachent qu’ils sont toujours aimés de Dieu. Voilà des tâches et des responsabilités que ce Dieu Trinité demande. Et à qui ? A nous tous réunis pour ce repas de l’Alliance qu’est l’Eucharistie, nourriture des missionnaires que nous sommes.

Alors il fallait une fête pour débarrasser Dieu de tous les oripeaux que nous lui avons mis. Dieu est toujours dans une dynamique de vie qui ne se laisse pas enfermer dans une définition pour toujours, mais Il est ce souffle qui met en nous des mots nouveaux qui renouvellent chaque jour notre dialogue avec lui. Il est Père, Fils et Esprit Saint. Il est le Dieu de l’Alliance qui nous dit à chaque minute : « Mon enfant, viens à la rencontre. » J’ai commencé cette homélie par un extrait de psaume, permettez-moi de la conclure par un extrait d’une hymne, une poésie qui se veut chant à Dieu, un extrait d’un poème que Didier Rimaud a écrit :

« Près de toi se trouve le pardon, toute guérison et toute grâce.
_ Tu entends ma voix au fond de mes impasses !
_ Dieu qui n’oublies pas, rien de ma plainte ne t’échappe. »

Que cette présence de Dieu Trinité – qui entend nos voix, qui n’oublie pas nos plaintes - nous habite tout au long de cette semaine. Soyons heureux de ce don de la foi que Dieu nous offre. Un mystère n’est pas un obstacle insurmontable, mais une source de recherche et d’approfondissements. Oui, ce dimanche plus particulièrement, célébrons l’Amour de Dieu pour tous et sachons le remercier. Il est bon de croire en Dieu Père, Fils et Esprit Saint. Béni sois-tu Dieu pour la joie que tu nous donnes de croire. C’est un bonheur. Ne l’oublions jamais !

Fr. Didier-Joseph, ocd - (couvent d’Avon)