Textes liturgiques (année B) : Is 61, 1-2a.10-11 ; Lc 1, 46b-48, 49-50, 53-54 ; 1 Th 5, 16-24 ; Jn 1, 6-8.19-28

Ce 3e Dimanche de l’Avent est dit Dimanche de la joie, Gaudete en latin. La joie ! Voilà un mot bien court, en français quatre lettres seulement, un mot qui ne passe pas inaperçu, qui ne laisse pas indifférent celui qui l’entend comme celui qui le prononce. La joie, un dictionnaire bien connu, Le Robert, donne cette définition, simple à comprendre : Émotion agréable et profonde, sentiment exaltant ressenti par toute la conscience. Émotion liée à une cause particulière, ajoute le dictionnaire. Une émotion, un sentiment, comment ne pas être d’accord avec cette définition ?

Pourtant la joie de ce Dimanche de l’Avent a pour source, pour origine, non pas une émotion ou un sentiment humain, mais un don de Dieu, qui produit une conviction profonde, celle de la foi en Jésus Christ  ! La naissance de Jésus, que nous attendons dans la liturgie, est source de joie. Mais quelle est donc cette joie dont les lectures du jour nous parlent et à laquelle nous sommes appelés ?

Le prophète Isaïe, sous l’inspiration de l’esprit du Seigneur Dieu, tressaille de joie dans le Seigneur, [son] âme exulte en [son] Dieu. La joie est bien là, et son origine est nommée, l’Esprit du Seigneur. Une joie, par conséquent, dont la cause n’est pas naturelle, humaine.

Une joie qui a un but : …annoncer la bonne nouvelle aux humbles, guérir ceux qui ont le cœur brisé, proclamer aux captifs leur délivrance, aux prisonniers leur libération, proclamer une année de bienfaits accordée par le Seigneur. Une joie qui vient de Dieu, fruit de son Esprit, une joie divine qui donne la vie, la vie en abondance, la vie libérée de la maladie, de la tristesse, de la prison, de la mort. Il ne s’agit donc pas de n’importe quelle joie. Le psaume responsorial n’est autre que le Magnificat où éclate en Marie la joie divine. Marie comblée de grâce ! Marie comblée de joie ! Observons que sa joie n’est pas repliée sur elle-même, elle est largement ouverte à tous ceux qui veulent s’y associer : …désormais, tous les âges me diront bienheureuse. Mais dira-t-on, que penser des joies purement humaines ? Des joies que l’on peut se donner, en faisant la fête par exemple ? Reconnaissons qu’elles sont souvent superficielles, parfois artificielles, en tout cas éphémères. Ne les méprisons pas, elles sont toujours bonnes à vivre, mais sachons qu’elles n’ont ni la profondeur, ni l’intensité, ni l’effet durable de la joie de Dieu que Lui seul donne. Cette joie-là s’imprime durablement dans la mémoire.

Saint Paul exhorte à être toujours dans la joie : Frères, soyez toujours dans la joie, priez sans relâche, rendez grâce en toute circonstance : c’est la volonté de Dieu à votre égard dans le Christ Jésus. Être toujours dans la joie ? Cela ne semble pas réaliste dans la mesure où la joie est seulement une émotion, un sentiment, et pas un témoignage de foi !

Justement, Paul fait un lien, une association entre les trois actions : soyez toujours dans la joie, priez sans relâche et rendez grâce en toute circonstance. La joie est associée à la prière, à l’action de grâce, elle est donc une partie d’un tout que l’on peut nommer lien, relation avec Dieu, présence à Dieu, union à Dieu. La joie est donc intégrée au commandement de Dieu, un témoignage de l’obéissance à la volonté de Dieu. Qui n’a pas fait l’expérience que l’abandon à la volonté de Dieu produit un sentiment de paix et de joie ? Quant à l’Évangile, en quoi est-il gaudete puisque le mot en est absent ! L’Évangile présente la figure de Jean-Baptiste comme un envoyé de Dieu, témoin de la Lumière. Jean-Baptiste est assailli par la question : Qui es-tu ? Il répond d’abord en disant ce qu’il n’est pas ! Puis, il se désigne comme la voix qu’annonçait le prophète Isaïe de longs siècles avant : Je suis la voix de celui qui crie dans le désert : Redressez le chemin du Seigneur Jean-Baptiste n’appelle pas explicitement à la joie, mais à la conversion des pécheurs, conversion engagée, manifestée par le baptême dans l’eau. Mais la joie n’est-elle pas un fruit de la conversion, du retour à Dieu ? Enfin, Jean-Baptiste parle d’un personnage mystérieux, inconnu de ses interlocuteurs, mais pourtant présent au milieu d’eux, pas sur le côté, au milieu. Un personnage plus saint que lui-même puisqu’il se juge indigne de délier la courroie de sa sandale. Ce personnage, nous chrétiens, nous le connaissons, c’est Celui dont nous fêterons joyeusement la naissance à Noël, notre Seigneur et Sauveur Jésus Christ, Prince de la paix et source de la Joie ! Nous le connaissons Jésus Christ, mais il reste cependant un grand mystère, c’est pourquoi nous prions Dieu de nous unir à sa volonté en dirigeant notre joie vers la joie d’un si grand mystère. Amen

Fr. Robert Arcas, ocd - (couvent d’Avon)