La foi n’est pas un médicament miracle ! (5e dim. Temps Pascal 02/05/21)

donnée au couvent d’Avon

Textes liturgiques (année B) : Ac 9, 26-31 ; Ps 21 (22) ; 1 Jn 3, 18-24 ; Jn 15, 1-8

« Demeurez en moi et portez du fruit ! ». Serait-ce l’invitation pressante que Jésus nous offre aujourd’hui ? Un conseil d’ami, un encouragement face à tant et tant de déceptions ou d’incompréhensions. Ces lassitudes que nous pouvons ressentir devant toutes ces orientations que prend notre monde et qui peuvent nous surprendre et nous inquiéter… Que devient la vie humaine dans son respect de sa conception jusqu’à son terme ? Quelle société voulons-nous bâtir pour que toujours plus de justice et de paix sociale se développent ? Comment aussi exprimer notre foi alors que nos rangs semblent se clairsemer ? Est-ce uniquement à cause du virus, du COVID ? … Et la liste pourrait être longue. Chacun de nous pourrait y ajouter telle ou telle question troublante qui l’habite.

Mais justement, ne serait-ce pas une invitation forte, pressante, et plus que nécessaire dont saint Jean, le disciple, l’ami de Jésus, voudrait nous offrir en ce premier dimanche de mai, nous qui sommes en marche vers la Pentecôte. Ce verbe « demeurer » entendu dans le passage de l’Évangile est un des maîtres mots du vocabulaire de St Jean. Il s’y trouve 68 fois dans les écrits de St Jean, ai-je lu dans une étude sur l’Évangile de St Jean. Nous sommes loin d’une répétition, faute d’imagination ou de mots. Si l’auteur du 4e Évangile l’utilise, c’est bien pour appuyer cette nécessité de nous approcher de Jésus, de le laisser être le guide de nos vies, de s’attarder auprès de lui, de l’accueillir chez nous comme Zachée. Jésus l’avait aperçu grimpé sur un arbre. Jésus lui a demandé l’hospitalité, à lui le mécréant. Jésus l’interpelle et s’invite à son histoire peu reluisante. Ou pensons à Matthieu lorsque Jésus l’a sollicité pour le suivre, lui, le collecteur d’impôts à la solde de l’occupant romain. Et combien encore d’hommes et de femmes. Et nous, rassemblés pour cette eucharistie dominicale, comment recevons-nous cet appel de Jésus à demeurer en Lui, avec Lui, prêt de Lui. Serait-ce un bruit parmi d’autres, une sorte de slogan pour la promotion d’un produit euphorisant qui nous ferait quitter le réel de la vie pour un paradis artificiel…Une sorte de tranquillisant spirituel qui nous ferait voir le ciel toujours bleu. On dit que ce commerce est en pleine expansion. Les vendeurs de rêves sont ouverts malgré la restriction. Mais la foi n’est pas un médicament miracle qui transforme le réel et lui apporte des couleurs, ce n’est pas possible. Ces hommes et ces femmes, ces jeunes qui nous ont précédés ont misé leur vie sur l’espérance transmise par Jésus. Je refuse de les oublier et de les enterrer une fois de plus. Ce n’est pas possible d’oublier leur témoignage et d’effacer leur mémoire. Ce serait même leur faire tort.

Ces derniers jours nous avons célébré les funérailles de personnes pour qui Jésus n’était pas un doux rêveur, mais un Vivant qui leur a donné une force, même à travers l’épreuve de la maladie. Se sont-ils trompés ? Ont-ils joué une comédie ? Je ne le crois pas et leur vie porte des traces que beaucoup ont pu percevoir et recueillir. Elles sont comme des graines de vie, d’espérance et de foi.

Alors nous, sommes-nous de celles et de ceux qui vont oser renouveler leur foi ? Oser un pas nouveau et accueillir l’aujourd’hui de la beauté de la foi, de cette vie avec Dieu révélé en son Fils Jésus ? Alors Dieu, en son Fils Jésus ne viendrait-il pas frapper à notre porte, nous réveiller, nous stimuler ? Frères et sœurs dans la foi, nous n’allons pas nous laisser envahir par le pessimisme, cette nonchalance, ce manque d’appétit spirituel… Avec vous je reçois cet appel de Jésus à demeurer auprès de Lui. Cet appel nous presse les uns et les autres à renouveler notre espérance, à oser croire que le Ressuscité vient aujourd’hui nous visiter pour fortifier les mots trop creux ou trop vides de notre foi, et leur donner une nouvelle jeunesse, une coloration pascale, une force. Avons-nous déjà oublié la joie pascale ? En sortant du tombeau, Jésus a emprunté un chemin qu’Il veut que nous prenions à notre tour pour repartir sur des bases nouvelles, fortes, vivifiantes.

« Demeurez en moi comme moi en vous. ». Il se donne à nous, n’allons pas le chercher ailleurs qu’auprès de nous. En nous Jésus fait sa demeure, et c’est la force de la communion. Nous recevons dans l’Eucharistie cette force et cette assurance d’accueillir la vie de Dieu. Ne la laissons pas se perdre. Un chant nous dit : « Devenez ce que vous recevez. ». Allons-nous l’oublier ? Comment allons-nous renouveler notre vocation de disciples, d’appelés à la suite de Jésus.

Dimanche dernier nous avons prié le Maître de la moisson pour les vocations, toutes les vocations. Comment avons-nous été attentifs pour que cet appel nous rejoigne chacune et chacun. Ne faudrait-il pas laisser Dieu, présenté dans notre page d’Évangile comme un vigneron prenant soin de notre existence et coupant les serments secs de nos vies pour laisser la force de la sève – la vie de Dieu - irriguer notre existence et lui faire donner plus de fruits ? Est-ce une histoire pour des enfants que l’on veut endormir, ou une réalité qui vient nous rejoindre et qui nous interpelle ? Hier avec les jeunes frères novices et postulants nous lisions des lettres de sainte Thérèse de l’Enfant Jésus, et nous admirions la force qu’elle avait dans ses écrits à rappeler la nécessité de se présenter à Dieu avec le réel de nos vies. Ainsi écrivait-elle à sœur Marie du Sacré Cœur : «  Il faut consentir à rester pauvre et sans force… Restons donc bien loin de tout ce qui brille, aimons notre petitesse (…) et Jésus viendra nous chercher, si loin que nous soyons, il nous transformera en flamme d’amour… C’est la confiance et rien que la confiance qui doit nous conduire à l’Amour… » (Lettre 197). Ne serait-ce pas un appel pour nous aujourd’hui ?

C’est la Parole de Dieu, écoutée et amoureusement assimilée, qui nous fait demeurer en Jésus, et qui fait que Jésus vient demeurer en nous. Comment allons-nous cette semaine apprendre à demeurer avec Jésus, l’écouter et surtout l’aimer pour mieux le suivre. Là s’arrête ma parole. A nous maintenant d’imaginer comment nous allons nous laisser habiter par l’Esprit Saint, ce souffle de Dieu qui vient nous inviter à l’audace, et l’audace de la foi. Voudrions-nous accepter de laisser la porte de notre cœur ouverte pour que Jésus puisse y demeurer ? Chacun trouvera la réponse. Mais ne laissons pas l’habitude, la peur ou le découragement nous saisir. Le livre de l’Apocalypse, le dernier Livre du Nouveau Testament a cette phrase étonnante montrant Jésus s’invitant à notre histoire : « Je me tiens à la porte et je frappe. Si quelqu’un entend et ouvre, j’entrerai chez lui. » (Ap. 3,20). Allons-nous le laisser dehors ?

Fr. Didier-Joseph, ocd - (couvent d’Avon)
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