Textes liturgiques (année A) : Is 22, 19-23 ; Ps 137 (138) ; Rm 11, 33-36 ; Mt 16, 13-20
Toute l’histoire d’Israël est celle d’une rencontre avec Dieu. La rencontre du peuple de Dieu avec son Seigneur, avec celui qui est le maître de la vie, Dieu notre créateur. Rencontre qui s’est faite tout au long d’une histoire humaine habitée par ses joies, ses peines, ses attentes, ses espérances, ses combats comme aussi ses infidélités. Bien que l’homme se soit éloignée de Dieu à cause du péché, Dieu nous appelle à le rejoindre, à le connaître, à le rencontrer, à l’aimer et nous unir à lui. Dieu se révèle à ceux qui le cherchent ; il avance aux pas des hommes pour que l’homme, à son tour apprenne à avancer, à construire sa vie en Dieu.
Dieu nous appelle tous à la vie. ‘ Il réclame ta vie à la tombe’ nous dit le psaume 109. Dieu, soyons certains, se révèle à ceux qui le cherchent, qui se donnent à Lui et qui n’hésitent pas à partager leur foi et leur joie d’avoir rencontré Dieu. C’est toute la mission des prophètes, celle d’apporter aux hommes une parole de vérité sur Dieu, une parole de vie. Mais ceux-ci n’ont pas toujours été accueillis ni reconnus comme prophètes. Ils ont même été souvent rejetés.
C’est à la suite du témoignage de ces prophètes justement que le Christ vient apporter et accomplir en Lui la plénitude de la révélation. Il affirme clairement et avec autorité qu’il vient de Dieu, qu’il appartient à Dieu, qu’il est le Fils du Dieu vivant. Mais Jésus est très conscient de toutes les oppositions qui, très vite, vont s’imposer à lui jusqu’à le conduire à la croix. Aussi interroge-t-il ses disciples pour savoir, selon eux, l’impact qu’il a aux yeux des foules ? Ils lui redonnent alors les échos qu’ils en ont. En effet beaucoup s’interroge sur Jésus. Pour certains Jésus incarnerait le retour d’une de ces grandes figures qui ont marqué l’histoire d’Israël comme celle toute récente de Jean le baptiste qu’Erode a fait décapiter. Ressort également l’éventuel retour d’un prophète comme Élie ou Jérémie. Finalement Jésus n’apporterait rien de nouveau, aucune révélation autre que celles que ces prophètes ont déjà apportée et sur Dieu et sur l’homme.
Aussi Jésus veut savoir, d’une façon plus précise, ce que, eux, ses disciples, pensent de lui. Eux qui l’ont rencontré, écouté, aimé et suivi. Perçoivent-ils déjà quelque chose sur la place qu’il va prendre maintenant dans l’histoire du salut ? Pierre, toujours spontané, est le premier à intervenir en le reconnaissant comme le Messie attendu par Israël : ‘Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant !’ Parce qu’il avait mis sa foi en Jésus aussitôt Pierre avait lâché ses filets, sa famille, ses proches, pour suivre le Christ. Mais Jésus sait qu’une telle révélation n’a pu lui être donnée que par Dieu : ‘Heureux es-tu, Simon fils de Jonas : ce n’est pas la chair et le sang qui t’ont révélé cela, mais mon Père qui est aux cieux.’ C’est également sous la conduite de l’Esprit Saint que les apôtres ont su reconnaître en Jésus le Messie, celui qui apporte la plénitude de la révélation et l’ont suivi. Promesse qui s’ouvre désormais à l’humanité tout entière. C’est Dieu également qui investira Pierre de son autorité pour rassembler, en une communauté sainte et fraternelle, ceux qui partageront la même foi. Sous la conduite de l’Esprit Saint, Pierre a donc pour mission de bâtir l’Église. Le Christ lui en confie les clefs, c’est-à-dire qu’il devra prendre les décisions qui s’imposent pour garder la foi en Christ et travailler à l’unité de la communauté. ‘Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église ; et la puissance de la mort ne l’emportera pas sur elle… Tout ce que tu auras lié sur la terre sera lié dans les cieux.’ Le Christ ne sera plus là physiquement mais, ressuscité, il restera toujours présent dans le cœur de l’Église. L’Église qui aura pour mission de rejoindre et accueillir ceux qui se convertiront au Seigneur et qui, ensemble, formeront le corps du Christ, seront ses témoins au long des siècles. Il revient pour cela à Pierre de se donner à cette mission et d’en témoigner par toute sa vie.
Le Christ ne peut désormais se révéler au monde que par le témoignage de son Église, corps du Christ. Pourrait-il y avoir une communion réelle entre Dieu et celui qui met sa foi dans le Christ, s’il n’y a pas aussi une communion entre tous les membres de son corps, l’Église ? L’Église est appelée à ne faire qu’un avec le Christ. L’Église n’est pas encore le Royaume mais la communion des croyants que le Christ conduit au Royaume. C’est ensemble, en Église, que nous avançons sur le chemin de la vie éternelle.
Cette question de Jésus à ses disciples nous est posée à nous également : ‘Pour vous qui suis-je ?’ Pour nous comme pour Pierre, les apôtres et les premiers disciples, il nous faut la grâce de l’Esprit Saint pour reconnaître en Jésus le Messie promis à Israël. Le reconnaître comme le Fils du Père dans le sens le plus fort, le plus profond. Aussi demandons au Seigneur qu’il augmente en nous la foi pour que nous aussi nous l’aimions et le suivions avec le même élan et la même joie que celle des apôtres et de tous les disciples qui nous ont précédés. Que notre Église témoigne pour notre monde de la Parole de vie et d’amour apportée par le Christ, témoigne de sa résurrection et du salut qu’il nous révèle.
