Textes liturgiques (année A) : Ml 3, 1-4 ; Ps 23 (24) ; He 2, 14-18 ; Lc 2, 22-40 ; Lc 2, 22-32

La fête d’aujourd’hui donne un peu le sens de la présence d’une communauté religieuse tel que les carmes ici à Avon ou d’autres communautés religieuses, des personnes consacrées, que vous connaissez certainement par un biais ou un autre. Cette fête nous aide aussi à comprendre ce que le Seigneur veut pour chacun, car cette fête de l’Église n’est pas seulement la réjouissance de la présence de la vie consacrée dans le monde mais aussi un appel pour chacun à entrer toujours plus dans une vie de communion avec Dieu. La présentation de Jésus au Temple, on peut aussi la dénommer comme le font nos frères orientaux : la fête de la rencontre, car le Temple devient justement le lieu de la rencontre entre ces priants qui sont là depuis si longtemps, presque des lustres, et cet enfant nouveau-né, 40 jours tout juste après sa naissance comme la loi de Moïse le demandait. Rencontre au sein d’une espérance, une espérance nourrie dans la prière, une espérance qui du tant de fois être éprouvée mais qui est restée vivante, présente, un homme et une femme fidèles. La prophétesse Anne est là comme nous le rapporte l’Évangile : « elle ne s’éloignait pas du Temple, servant Dieu jour et nuit dans le jeûne et la prière », présence au quotidien dans cette attente du Sauveur, une foi ancrée, chevillée au corps.

Mais au fait, à quoi cela sert un moine, une moniale dans un monastère ? A rien, et ce n’est pas les deux fromages et les trois pots de confiture qui vont peser lourd dans notre économie française, même pas la bière d’abbaye quoiqu’elle soit très bonne. A quoi cela sert un religieux, une religieuse, dans un couvent, une communauté, d’autant que contrairement aux moines et moniales nous ne fabriquons rien, on n’a rien à vous vendre si ce n’est une présence ? Il serait bon de s’interroger si la valeur d’une vie, sa réussite se mesure à son compte en banque, à la superficie de sa maison où je ne sais quoi encore ? La vie, la vie reçue de Dieu, a un prix infini qui ne se mesure certainement pas en rapport avec une somme de biens matériels.

Si la vie religieuse continue d’être présente dans notre Église c’est bien pour une raison, une raison qui vous l’avez bien compris n’est pas matérielle ni non plus efficace, optimale. Pourquoi autant de prêtres autour de l’autel, alors qu’un suffirait et les autres pourraient très bien aller desservir des secteurs paroissiaux sans prêtres ? Oui, mais non. Dans la vie religieuse, nous ne nous sommes pas choisis, mais nous avons choisi de donner notre vie, de consacrer notre vie à Dieu, à sa recherche dans le quotidien de nos vies. Nous ne sommes pas des exemples, ni meilleurs que les autres, mais tout simplement des témoins de l’absolu de Dieu qui devrait être présent dans toute existence chrétienne. La vie ne prend sens qu’en Dieu, avec lui à la genèse de la vie jusqu’à sa fin ultime. Nous l’avons choisi comme il nous a choisis bien avant notre initiative, notre démarche d’aller à sa rencontre. Il est ce merveilleux compagnon de route, qui chemine toujours à nos côtés même lorsque nous prenons un chemin de traverse.

Cette fête de la présentation de Jésus au Temple nous montre un enfant, un petit enfant qui porte en lui tout l’espoir de l’humanité, espoir que Syméon et Anne portaient dans le silence et la confiance. Cet enfant qui a l’air fragile (et il l’est) se révèle être la lumière et le Sauveur du monde, cet enfant sera précisément la lumière et le Sauveur du monde parce qu’il est fragile. C’est ce que la lettre aux Hébreux, que nous entendions dans la deuxième lecture, nous révèle : « Puisque les hommes ont tous une nature de chair et de sang, Jésus a voulu partager cette condition humaine ». Il a voulu prendre notre faiblesse, notre fragilité, notre chair, pour que par sa mort, il soit vainqueur de celui qui est le prince de la mort, du prince de ce monde, pour affranchir tous les hommes de la mort. Ainsi, la rencontre de Siméon avec l’Enfant Jésus, est alors comme le prototype de toute rencontre dans notre vie, de toute rencontre avec Dieu qui nous introduit dans son mystère et dans toute rencontre avec nos frères et sœurs qui nous invite à aller au cœur de ce frère, de cette sœur, jusqu’à son mystère là où Dieu est présent en lui. Cette lumière que nous avons fait briller par nos cierges est là pour éclairer nos pas et marcher à sa rencontre, elle est là aussi comme symbole de la vraie lumière qu’est le Christ qui vient luire dans nos obscurités. En ce jour, n’ayons peur de marcher à la rencontre du Christ, il veut se révéler à nos yeux. Amen.

Fr. Christophe-Marie, ocd - (couvent d’Avon)