Textes liturgiques (année A) : Is 8, 23b – 9, 3 ; Ps 26 (27) ; 1 Co 1, 10-13.17 ; Mt 4, 12-23

L’encensement de l’Évangile a lieu après un dialogue : Évangile de Jésus-Christ selon … / Gloire à toi Seigneur ; ce qui est encensé, ce n’est pas le livre, mais Jésus-Christ proclamé et reconnu comme Seigneur par l’assemblée. Cette relativisation de l’écrit a fait, qu’au début de la prédication chrétienne, la diffusion de la Parole s’est appuyée sur l’usage du papyrus et non plus sur celui du parchemin comme dans le Judaïsme. De même aujourd’hui, nous jetons sans scrupules les publications mensuelles de textes liturgiques, ce qui serait impensable dans le Judaïsme ou l’Islam. Le Christianisme n’est pas une religion du livre, mais bien de la Parole de Dieu, Verbe fait chair en Jésus ressuscité, présent à son Église.

Cette Parole est lumière : Isaïe annonce à des tribus occupées par l’Assyrie une libération des ténèbres et de l’angoisse liées à la présence païenne. Matthieu adapte le texte à la situation encore plus grave de ses contemporains : ils sont « assis dans les ténèbres » et non plus en marche. (« Ils habitent … » dans la traduction liturgique) Jésus les appelle à revenir à Dieu. Sa Parole est la lumière libératrice annoncée par le prophète.

Cette Parole est rencontre : Jésus appelle des hommes à marcher à sa suite, non pas d’abord pour être enseignés par un maître spirituel, mais pour prendre une part active à son œuvre : ils seront pécheurs d’hommes, c’est-à-dire prédicateurs du Royaume annoncé par Jésus. Cette parole de Jésus, relayée par celle des apôtres, saisit les hommes comme dans un filet pour les rassembler dans le Royaume de Dieu. L’autorité de cette Parole est telle que ces quatre pécheurs abandonnent sans hésitation leurs filets à l’appel de Jésus. Cette Parole est action : l’activité de Jésus consiste à enseigner, à proclamer la Bonne Nouvelle et à guérir. L’enseignement à la synagogue sur la base de l’écoute et de l’interprétation de l’Écriture prépare la proclamation de l’Évangile destinée à tous : Jésus mène une vie itinérante dans tout le pays, pays des juifs, mais aussi des Nations. Enfin, la mention des guérisons authentifie cette annonce du Royaume : Jésus guérit tous les malades, au sens où, à travers la guérison ou l’exorcisme de quelques-uns, tout le peuple se trouve libéré de ses péchés. La Parole nous libère ainsi de nos enfermements pour nous ouvrir un chemin de conversion.

Nous avons là les étapes d’un processus d’écoute de la Parole qui rappelle celui de la lectio divina. La première étape, celle de la lecture, consiste à comprendre le sens du texte jusqu’à ce qu’il devienne lumière pour notre intelligence. La deuxième étape, celle de la méditation, nous fait ruminer le texte jusqu’à ce que la Parole ouvre la voie d’une vraie rencontre avec le Seigneur et nous fasse entendre son appel à le suivre. La troisième étape, celle de la prière proprement dite, déploie cette rencontre en un dialogue intérieur avec le Seigneur sur la base d’une parole, qui a touché notre cœur. Il y a parfois une quatrième étape lorsque la conscience de sa présence nous conduit au silence de la contemplation : ce silence n’est pas une absence de parole, mais une parole au-delà de la parole, une relation personnelle à Dieu, qui illumine et dilate le cœur ; un simple mot ou une invocation suffisent alors pour fixer notre esprit dans une attention persévérante et amoureuse à Dieu.

Écouter ainsi la Parole, c’est se convertir à Dieu, au sens de se tourner vers lui, de se souvenir de lui. La Bible ne cesse de nous appeler au souvenir de Dieu, de ses bienfaits, de son Alliance : « Écoute Israël ! » La Parole écrite est le mémorial des œuvres de Dieu, d’un Dieu vivant en celles et ceux qui se souviennent de lui. La méditation de cette Parole permet de l’intérioriser de manière à ce que le souvenir du Seigneur demeure en nous. Au terme de cette méditation, nous mémorisons le verset d’Écriture qui a brûlé notre cœur afin qu’il éclaire notre journée et nous garde en la présence du Seigneur. La mémoire de la Parole culmine dans l’Eucharistie : « faites ceci en mémoire de moi. » La Parole du Seigneur prononcée sur le pain et le vin incarne la présence de celui qui s’est déjà manifesté par la proclamation de sa Parole dans l’assemblée des croyants. A présent, il se donne en nourriture pour que nous vivions de sa vie dans la mémoire de sa Parole méditée et gardée avec amour en notre cœur.

Fr. Olivier-Marie Rousseau, ocd - (couvent de Paris)