Article sur saint Joseph par fr. Emanuele Boaga O.Carm. extrait du Grand livre des saints et bienheureux du Carmel

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Statue de St Joseph au couvent d’Avon

Le nom de Joseph apparaît dans la généalogie de Jésus, lequel est considéré comme son fils. Joseph, homme droit charpentier de profession dont nous ne savons rien des jeunes années, est de lignée davidique. Les évangélistes affirment qu’il est l’époux de Marie de qui est né Jésus conçu du Saint Esprit. Il accepte avec foi le message de l’ange – qui apaise ses craintes à propos de la mystérieuse conception de Marie – et se soumet à la volonté de Dieu. Il accompagne Marie à Bethléem, nomme l’enfant ‘Jésus’, l’emmène au Temple avec sa mère, fuit avec eux en Égypte et, à leur retour, s’installe avec toute la Sainte Famille à Nazareth, en Galilée. Le saint est certainement mort avant que Jésus ne commence sa vie publique.

Dévotion et culte

La dévotion à saint Joseph a commencé via des prêtres grecs et latins, puis s’est particulièrement développée en orient au IXe siècle où les Grecs célébraient l’époux de Marie trois fois par an : le dimanche avant Noël, le 26 décembre et le dimanche après Noël. En occident, on trouve les indications d’un culte spécifique à saint Joseph principalement aux XIIe et XIIIe siècles. Saint Bernard, saint Thomas d’Aquin, saint Bonaventure et sainte Brigitte entre autres ont apporté des contributions décisives à la propagation du culte. Sixte IV fut le premier pape à reconnaître officiellement la fête de saint Joseph en 1474 et elle fut étendue à l’Église entière par Grégoire XV en 1621. Le 3 février 1741, Clément XI promulgua un nouvel office pour la fête du 19 mars (ce texte resta en vigueur jusqu’à la réforme faisant suite à Vatican II).

Les trois hymnes de Joseph, Caelitum Joseph et Iste quem laeti sont attribués par quelques érudits au carme espagnol Juan Escalar de la Concepción, tandis que d’autres les attribuent au Cardinal Girolamo Casanate († 1700). En plus de cette fête, l’un des patronages de saint Joseph fut ajouté au calendrier universel en 1847, mais supprimé par la réforme faisant suite à Vatican II. En revanche, depuis 1955, la mémoire de saint Joseph travailleur, instituée par Pie XII, est célébrée le 1er mai afin de pourvoir les travailleurs d’un saint patron et de donner un sens chrétien à la célébration de la Fête du Travail. Le 8 décembre 1870, Pie IX déclara saint Joseph patron de l’Église universelle. Léon XIII l’invoqua en tant que modèle pour les pères de famille et les travailleurs et Jean XXIII inclut son nom dans le Canon Romain (décret de la sacrée congrégation des rites du 13 novembre 1962).

En Europe aux XIIIe et XIVe siècles, avec les franciscains et les servites de Marie, les carmes furent les premiers à étendre largement le culte de saint Joseph. Depuis la fin du XVIe siècle est clairement apparente l’influence de sainte Thérèse de Jésus sur la diffusion du culte envers ce saint, lequel aurait profondément influencé la réforme des carmes déchaux. Au sein de l’Ordre, la fête liturgique du saint patriarcal émerge dans la seconde moitié du XVe siècle dotée d’un office qui lui est entièrement propre. Cet office spécifique est imprimé dans le bréviaire publié à Bruxelles en 1480 et dans les bréviaires suivants, tandis que la messe spécifique se trouve dans les missels publiés à partir de 1500.

L’office particulier – dont les lectures viennent de Pierre d’Ailly (De duodecim honoribus S. Josephi) et dont les hymnes semblent exposer l’élégance et la douceur poétique du Mantouan – fut décrit comme « le premier monument érigé dans l’Église latine à la gloire de saint Joseph » et constitue sans aucun doute un témoignage éloquent de la passion et de la ferveur avec lesquelles les carmes de l’époque honoraient saint Joseph.

En 1680, le chapitre général des grands carmes choisit à l’unanimité saint Joseph comme protecteur principal de l’Ordre. Cette qualification fut subséquemment ajoutée à la fête du saint, le 19 mars, dans toutes les éditions du missel carmélitain. La même année, le pape Innocent XI octroya aux carmes déchaux la permission de célébrer la fête du patronage de saint Joseph le troisième dimanche de Pâques, avec une liturgie propre et au rang de fête double de seconde classe. Cette messe fut rapidement adoptée aussi par les grands carmes et fut imprimée pour la première fois dans le missel carmélitain en 1703. En 1721, une octave fut accordée à cette fête et – comme il est écrit plus haut – elle fut étendue à l’Église entière par Pie IX en 1847 avec les changements nécessaires dans l’eucologe. En 1913, la date de la célébration fut déplacée au mercredi précédant le troisième dimanche après Pâques. Bien que la fête fût supprimée pour l’Église universelle avec la réforme du calendrier faisant suite à Vatican II, les deux branches du Carmel gagnèrent à voir ajouter le titre de « protecteur de notre Ordre » à la fête du 19 mars. De surcroît, les carmes déchaux rendirent la mémoire «  ad libitum » du travailleur saint Joseph obligatoire (1er mai).

Pour en savoir davantage, vous pouvez lire la revue Carmel 139

Témoignage de Sainte Thérèse d’Avila

Extrait de la Vie de Sainte Thérèse (V 6,6-9)

" Je pris pour avocat et maître le glorieux saint Joseph et je me recommandai beaucoup à lui. De cette détresse comme d’autres plus graves, où l’honneur et l’âme étaient en danger, je vis clairement mon père et Seigneur me tirer avec plus de profit que je ne savais lui en demander. Je n’ai pas souvenir, jusqu’à ce jour, de l’avoir jamais supplié de m’accorder quelque chose qu’il m’ait refusé. Les grandes faveurs que Dieu m’a faites par l’intermédiaire de ce bienheureux saint sont chose stupéfiante, ainsi que les périls dont il m’a sauvegardée, corps et âme ; il semblerait que le Seigneur a donné à d’autres saints le pouvoir de nous secourir dans certains cas, mais l’expérience m’a prouvé que ce glorieux saint nous secourt en toutes circonstances ; le Seigneur veut ainsi nous faire entendre que de même qu’il fut soumis sur terre à celui qu’on appelait son père, qui était son père nourricier, et qui à ce titre pouvait lui commander, il fait encore au ciel tout ce qu’il lui demande. D’autres personnes à qui j’ai conseillé de se recommander à lui ont fait, elles aussi, la même expérience ; et encore aujourd’hui nombreux sont ceux dont la ferveur à son égard est renouvelée par l’expérience de cette vérité. Je tâchais de célébrer sa fête avec toute la solennité possible, mais j’y mettais plus de vanité que d’esprit, malgré mes bonnes intentions, voulant que tout fût d’un grand raffinement et fait au mieux. J’avais ceci de mauvais : si le Seigneur m’accordait la grâce d’accomplir quelque chose de bien, j’y mêlais beaucoup d’imperfections et d’erreurs. Pour le mal, les raffinements, les vanités, j’étais fort ingénieuse et diligente ; que le Seigneur me pardonne. Je voulais persuader tout le monde d’avoir de la dévotion pour ce glorieux saint, car j’avais une grande expérience des bienfaits qu’il obtient de Dieu. Jamais je n’ai connu quelqu’un qui ait pour lui une sincère dévotion et le serve tout particulièrement sans mieux progresser dans la vertu ; les âmes gagnent beaucoup à se confier à lui. Depuis plusieurs années, ce me semble, que je lui demande quelque chose le jour de sa fête, il m’a toujours exaucée ; lorsque ma demande n’est pas tout à fait juste, il la redresse, pour mon plus grand bien.

Si j’étais une personne d’assez d’autorité pour écrire, je m’attarderais de bon cœur à dire par le menu les faveurs que ce glorieux saint a accordées à moi-même et à d’autres ; mais pour ne pas dire plus qu’on ne m’a commandé, je serai plus brève sur certains points que je ne le voudrais, et sur d’autres plus longue qu’il ne le faudrait ; je me montrerai enfin comme à l’habitude, peu habile à bien faire. Je demande seulement, pour l’amour de Dieu, à ceux qui ne me croient pas d’en faire l’épreuve ; l’expérience leur montrera combien il est bienfaisant de se confier à ce glorieux patriarche et d’avoir de la dévotion pour lui. Les personnes d’oraison, en particulier, devraient toujours s’attacher à lui ; car je ne sais comment on peut penser à la Reine des Anges, au temps qu’elle vécut auprès de l’enfant Jésus, sans remercier saint Joseph de les avoir si efficacement aidés. Que ceux qui ne trouveraient pas de maître pour leur enseigner l’oraison prennent pour maître ce glorieux saint, et ils ne s’égareront pas en chemin. Plût au Seigneur que je ne me sois pas moi-même égarée en osant parler de lui, car tout en proclamant ma dévotion pour lui, j’ai toujours mal réussi à le servir et à l’imiter. Il me fit pourtant la faveur bien digne de lui de me permettre de me lever, de marcher, et de ne pas rester impotente ; mais pareille à moi-même, je fis mauvais usage de cette faveur.

Qui eût pu croire que je tomberais si vite, après tous ces régals que Dieu m’avait accordés, alors que le Seigneur avait commencé à me donner les vertus mêmes qui m’invitaient à le servir ; après avoir été à la mort et en si grand danger d’être damnée ; après qu’il m’eut ressuscitée corps et âme, car tous ceux qui me virent s’émerveillèrent de me retrouver vivante ! Qu’est-ce là, mon Seigneur ? Devons-nous vivre une si dangereuse vie ? Tandis que j’écris cela, il me semble qu’avec votre faveur et par votre miséricorde je pourrais dire comme saint Paul, mais, avec moins de perfection : « Ce n’est pas moi qui vis, mais c’est Vous, mon Créateur, qui vivez en moi » ; car il y a plusieurs années, à ce que je puis comprendre, que vous me tenez par la main ; je vois en moi certaines aspirations, certaines résolutions de ne rien faire qui soit un tant soit peu contraire à votre volonté, je l’ai prouvé en quelque sorte par l’expérience, en bien des choses, pendant ces années, quoiqu’il doive m’arriver de beaucoup offenser Votre Majesté sans m’en rendre compte. Il me semble aussi qu’il n’est rien que je ne déciderais d’entreprendre pour l’amour de vous, et vous m’avez parfois aidée vous-même à y réussir ; je ne recherche pas le monde ni rien qui le rappelle, rien en dehors de vous ne semble me satisfaire, et le reste me semble une lourde croix. Je puis me tromper, je ne me comporte peut-être pas comme je l’ai dit, mais vous voyez bien, Vous, mon Seigneur, qu’à ma connaissance je ne mens point et que je redoute, avec raison, d’être à nouveau abandonnée de vous ; car je sais ce que deviennent ma force et mes rares vertus lorsque vous ne m’en donnez pas sans cesse, m’aidant à ne pas vous quitter ; et plaise à Votre Majesté que je ne sois pas abandonnée de vous en ce moment même, où je suppose tout cela de moi. Je ne sais comment nous pouvons vouloir vivre, alors que tout est si incertain ! Déjà, mon Seigneur, je croyais impossible de vous quitter si complètement ; mais je vous ai si souvent quitté que je ne puis m’empêcher de craindre, car dès que vous vous écartiez un peu de moi, tout s’écroulait. Soyez béni à jamais, puisque même lorsque je vous quittais, vous ne me quittiez pas complètement, Vous, et pour me relever, toujours Vous me tendiez la main ; souvent, Seigneur, je la repoussais, et je refusais de comprendre que vous m’appeliez de nouveau ."