Suivre le Bon Pasteur, source de joie et de don [Ho 4e Dim. Paques - Année C]

donnée au couvent d’Avon

Textes liturgiques (année C) : Ac 13, 14.43-52 ; Ps 99 (100) ; Ap 7, 9.14b-17 ; Jn 10, 27-30

Depuis Pâques, l’Église chante la résurrection du Christ et la Parole de Dieu écouté durant nos liturgies veut renforcer notre Foi et communiquer la joie de l’espérance chrétienne. Particulièrement, en ce dimanche de prière pour les vocations sacerdotales et religieuses, la liturgie nous offre des textes pour méditer non seulement sur la figure du Bon Pasteur avec l’évangile, mais aussi sur la beauté de l’Église tant dans son travail apostolique, avec le récit du livre des actes des apôtres, et sur la magnifique liturgie céleste où toutes les nations sont rassemblées, comme nous le décrit le livre de l’Apocalypse.

Ce message d’espérance et de beauté peut se heurter aux temps difficiles que nous traversons à cause des guerres et des différentes crises, économique ou politique, et encore la crise de confiance dans l’Église. Cependant, ce qui fait vivre le disciple de Jésus, ce n’est pas la sécurité, ni l’absence de difficultés, mais la certitude qu’offre notre foi dans la victoire de Jésus pour la vie éternelle. C’est pourquoi, dans ce contexte de crise et la perte de repères, vivre de l’espérance chrétienne, c’est rappeler la beauté de notre vocation, ce à quoi nous sommes destinés à savoir la vie éternelle auprès de Dieu, tel que nous le décrivait le livre de l’apocalypse  :

«  Ceux-là viennent de la grande épreuve  ; ils ont lavé leurs robes, ils les ont blanchies par le sang de l’Agneau. C’est pourquoi ils sont devant le trône de Dieu, et le servent, jour et nuit, dans son sanctuaire. Celui qui siège sur le Trône établira sa demeure chez eux. Ils n’auront plus faim, ils n’auront plus soif, ni le soleil ni la chaleur ne les accablera, puisque l’Agneau qui se tient au milieu du Trône sera leur pasteur pour les conduire aux sources des eaux de la vie. Et Dieu essuiera toute larme de leurs yeux.   »

Pour répondre à cet appel de Dieu, pour se mettre en route à la suite du Christ, ne faut-il pas percevoir la beauté de notre vocation chrétienne, en générale, et de la vocations sacerdotale et religieuse, en particulier. Si, comme nous y invite Jésus dans l’évangile de ce jour, nous écoutons et suivons Jésus, le Bon pasteur, c’est parce qu’il nous conduit vers le véritable bonheur, vers la plénitude de la vie. Une des causes de la crise de la vocation sacerdotale et religieuse se trouve peut-être dans le fait que l’on en comprend un peu moins le véritable sens et la valeur de notre vocation.

Or la beauté essentielle de la vocation sacerdotale et religieuse consiste en notre participation directe à l’œuvre de Jésus aujourd’hui, être ses proches collaborateurs, être avec Lui et le servir par amour. Il s’agit d’être de bons pasteurs à la suite de Jésus, d’être avec lui et devenir comme lui. Répondre à l’appel au sacerdoce, c’est vouloir conformer sa vie humaine à l’image du Christ le bon pasteur qui aime les hommes, et à donner toute sa vie pour les conduire au Père. Le cœur du prêtre doit peu à peu ressembler au cœur de Jésus pour rayonner d’une véritable charité pastorale. C’est pourquoi le premier travail du prêtre est de cultiver une amitié fidèle, et une profonde intimité avec le Christ Jésus. Sans cela, il risque de devenir un simple fonctionnaire, il perd la force qui le fait vivre et dénature la beauté de sa vocation.

Cette amitié et cette intimité permettront de recevoir la vie du bon pasteur et de l’imiter, pour être à notre tour de bons pasteurs. Or l’une des caractéristiques un peu surprenantes du bon Pasteur est qu’il a d’abord été une brebis, un agneau avant d’être pasteur  ! C’est pourquoi il nous connaît comme aucun pasteur ne connaîtra jamais ses brebis, puisque notre Pasteur a partagé toute notre existence humaine. Et d’ailleurs le récit du livre de l’Apocalypse nous montre que notre Pasteur demeure au ciel, comme l’agneau qui s’offre toujours à son Père en notre nom. Il est l’agneau qui se tient au milieu du trône pour être notre Pasteur qui nous conduit vers les eaux de la source de vie, nous dit l’Apocalypse. C’est pourquoi, si le prêtre développe l’amitié et l’intimité avec Jésus, c’est pour développer avec lui un profond amour de l’humanité, comme le Christ à aimer les hommes. Et en définitive, c’est ce double amour de Dieu et des hommes qui doit combler le cœur du prêtre et du religieux pour lui permettre de vivre de manière équilibrée la solitude du célibat et rayonner d’une joie profonde. Le cœur de l’homme ne peut être heureux que si un amour le fait vivre, et pour le prêtre, c’est un double amour qui doit animer sa vie.

Car la joie et l’épanouissement personnel, que vivent les prêtres et les religieux, proviennent de cette capacité du Christ à communiquer son amour pour Dieu et l’humanité, et ainsi à donner du sens et de la valeur à nos vies. Le don de soi à l’amour trinitaire, à la suite du Christ qui s’offre au Père dans la puissance de l’Esprit Saint, ce don de soi comble celui qui s’y livre et permet de réaliser notre désir profond d’aimer et d’être aimé. En livrant notre vie à l’amour miséricordieux, le prêtre veut trouver sa joie et son bonheur dans la collaboration à l’œuvre de Dieu pour les hommes. Ainsi, la beauté de la vocation sacerdotale et religieuse se trouve dans cette participation humaine à la vie du Bon Pasteur, à l’amour de Jésus pour l’humanité, au désir de Dieu de sauver tous les hommes. C’est ce que nous montre le Livre des actes des apôtres  : comment l’amour de Dieu et des hommes donne à Paul et à Barnabé une grande force et une grande liberté pour annoncer à tous la Bonne Nouvelle de Jésus ressuscité.

Et que fait-on de mieux sur terre que de travailler pour ce qui demeure pour l’éternité  ? Prions pour que beaucoup de jeunes hommes et de jeunes femmes découvrent cette joie d’une vie donnée à Dieu pour collaborer à son œuvre de salut pour les hommes.

Fr. Antoine-Marie Leduc, ocd - (https://carmes-paris.org)
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