Retour Sommaire

Une femme écrivain

Nous pouvons apprécier la véritable dimension de la personnalité d’Anne de Saint-Barthélemy dans ses écrits. Rappelons les débuts de son activité d’écrivain. Selon le souhait de la mère Thérèse, alors qu’elle était à Salamanque, Anne apprit à écrire, et elle le fit rapidement avec pour modèle l’écriture de la sainte elle-même, si bien que la sienne était très semblable à celle de Thérèse. Cela eut lieu vers septembre-octobre 1579, Anne avait 30 ans. Mais il faut prendre en compte le fait qu’elle savait déjà lire depuis son enfance. À partir de ce séjour à Salamanque elle ne s’arrêta plus d’écrire jusqu’à sa mort à Anvers (1626). Ses écrits s’étalent donc sur 47 ans.

Les écrits historico-autobiographiques la présentent comme une figure importante et représentative dans le contexte du carmel thérésien : elle est compagne, infirmière, secrétaire, conseillère, et amie intime de sa fondatrice charismatique, Thérèse de Jésus. Sa figure est également représentative de la tradition la plus authentique de la doctrine thérésienne, par sa manière de vivre, de gouverner les carmélites déchaussées, par leur insertion charismatique dans l’Église, par son zèle pour les âmes et pour l’Église, etc. Non moins représentative est sa figure de mystique du XVIe siècle, ou de propagatrice zélée du nouveau style de vie thérésien dans la restauration catholique en France et en Flandre au début du XVIIe siècle.

Les abondants écrits autographes ainsi que les copies dignes de foi d’autres écrits autographes de la Bienheureuse sont une base sûre pour constater qu’il s’agit d’une personnalité d’une importance considérable, aussi bien dans l’histoire et dans la mystique que dans l’atmosphère historique propre au carmel thérésien et dans le cadre général de l’Église Catholique des XVIe et XVIIe siècles.

Tout comme sainte Thérèse, elle écrivit beaucoup selon les circonstances, mais elle préférait le travail manuel pour subvenir à ses besoins quotidiens.

On relève une augmentation du nombre de ses écrits dans la dernière étape de sa vie à Anvers. Plusieurs événements internes à l’Ordre devaient la pousser à cette intense activité. Elle rédigea de nombreux écrits historico-autobiographiques. Il s‘agit pour la plupart de rapports, de questions de conscience, et nous pouvons également considérer comme tels les trois autobiographies existantes, celles qu’elle écrivit à Anvers par obéissance. Des aspects historiques se mêlent à la présentation d’expériences ou de vécus mystiques. Ces brefs récits écrits à Paris (1607) sont d’intérêt historique et biographique. À l’époque où elle était à Avila, elle avait écrit des récits relatifs à la mère Thérèse et à la vie des communautés thérésiennes. Elle nous a également laissé quelques écrits doctrinaux, fruits de son office de prieure, deux en particulier : « Conférences spirituelles » – dont il existe différentes rédactions et manuscrits autographes, correspondant à différentes époques – et « Méditations sur le chemin du Christ ». Dans les conférences, elle témoignait de son sentiment et de sa pensée au sujet de la vie religieuse, du don de sa vie par amour, de sa détermination sincère et courageuse ; Anne s’y montre imprégnée du style thérésien dans sa façon de gouverner avec une sage pédagogie. À ces écrits il faut ajouter 15 poésies, motivées par les événements liturgiques comme Noël, les Professions religieuses, etc.

Les très nombreuses lettres de la sainte, toujours spontanées et simples, forment un chapitre à part. Elles sont écrites avec une affectivité débordante et surprenante, mais aussi avec une prudence remarquable, en certaines circonstances difficiles. 683 lettres – en majorité autographes – ont été conservées et disséminées dans toute l’Europe, et certaines d’entre elles en Amérique. Elle écrivit beaucoup (plus de 10000 lettres). Dans ces lettres, on apprécie une femme et une sainte toujours soucieuse de son prochain. Sa plus grande préoccupation était la santé des autres, et bien des lettres manifestent son désir de leur donner du courage et de la joie. Les diverses fondations carmélitaines, en France comme en Flandre, la poussaient à écrire.

Anne apparaît également dans ses lettres comme une femme pleine de vie, une religieuse qui, comme elle le dit elle-même, ne permet à personne d’être triste, particulièrement dans les temps ou événements liturgiques joyeux. Totalement vouée à son engagement maternel au service des autres, elle fait en sorte de trouver une solution aux problèmes de ceux qui l’entourent ; il semble qu’elle ne puisse pas supporter de les voir souffrir ; les malades sont sa préoccupation préférée, avec les travaux quotidiens de la cuisine. Elle porte dans son âme les problèmes du monde qui l’entoure : amis et bienfaiteurs, engagement et dettes, trahisons et faussetés ; tous les incidents de la vie, elle les intègre dans son être, ce qui forge en elle une personnalité mûre, pleine d’humanité, et qui tire sa vitalité de Celui en qui et pour qui elle vit : le Christ.

En plus de l’Autobiographie qu’elle rédige par obéissance et qui rassemble des relations spirituelles couvrant l’ensemble de sa vie, Anne a laissé plus de 665 lettres constituant une précieuse documentation historique ainsi que sept conférences aux novices.

Ces conférences, composées dans les années de maturité à Anvers, témoignent de l’influence marquante de sainte Thérèse et de son expérience propre des réalités humaines et spirituelles.

Nous ne saurions conclure sans recommander vivement la lecture de l’Autobiographie, indispensable pour une meilleure connaissance de la Bienheureuse Anne de Saint-Barthélemy. Son expérience de vie y est racontée avec simplicité et chaleur, le naturel côtoyant le surnaturel d’une manière étonnante.

Retour Sommaire

Citations d’Anne de Saint-Barthélémy

Le vœu d’obéissance :

« Nous n’avons rien de meilleur à donner à Dieu que la volonté. Il fait le même cas des petites choses faites par obéissance que des grandes, car il n’en regarde pas la grandeur, mais l’amour qu’on y apporte et le renoncement à soi-même. »

Le vœu de chasteté :

« Soyons vigilantes, ayons toujours dans nos âmes l’huile de la pureté et croyons qu’il veut toujours nous voir exercées et que cette huile brûle toujours. C’est Sa Majesté qui dépense le plus d’huile par l’amour qu’il nous témoigne et par le désir qu’il suscite en nous d’aimer le trésor caché. »

Le vœu de pauvreté :

« La parole de Dieu ne peut manquer de se réaliser, et il promet que tous ceux qui garderont la pauvreté seront bienheureux. La pauvreté consiste à savoir se mépriser soi-même et toutes les créatures ; et à sortir de soi si totalement qu’il ne nous reste aucune trace d’amour-propre. Il n’y a pas de meilleure marque de pauvreté et d’humilité que l’obéissance. »

L’observance religieuse :

« La mortification extérieure ne vous servira guère si elle n’est pas réglée par l’humilité et la mortification intérieure. Que Dieu nous la donne, avec la lumière pour connaître ce qui nous manque. Marchons dans la crainte de Dieu et dans la sainte humilité. Les erreurs commises par pure faiblesse, il les pardonne aussitôt, mais la tiédeur en amour, surtout persistante, cela lui déplaît beaucoup. La connaissance de nous-mêmes et l’espérance fondée sur la foi en ses paroles, c’est notre vie. »

Le silence :

« Voyons en Sa Majesté une chose à admirer, parmi toutes ses autres actions : le grand silence avec lequel il opérait tous les mystères de notre Rédemption. À son exemple, gardons notre silence pour son amour. Faisons nos œuvres pour lui seul, en silence ; c’est ce qui importe le plus. Notre-Seigneur lui-même dit qu’il parlera en secret aux humbles de cœur… »

La récréation :

« La charité, en effet, couvre les fautes s’il y en a, et l’amitié fait oublier les amertumes et les peines qui peuvent se présenter ; tout se change en vertu et en amour mutuel. Si la rigueur n’est pas accompagnée de prudence, on y renoncera au bon moment. »

La formation des novices :

« Si on les conduit avec prudence et amour, on obtiendra qu’elles prennent les amertumes pour des douceurs. Il est bon de leur parler avec franchise et de leur dire quelquefois nos propres fautes ou quelques-unes de nos tentations, pour leur donner le courage d’avouer les leurs. Quand on enseigne la vertu en paroles, si les œuvres ne se voient pas, on l’enseigne mal. Toute la rigueur de la vie religieuse, on peut la montrer par l’amour et par l’exemple mieux que par la rigueur et les menaces. »

Retour Sommaire