1er Dimanche de l’Avent ; Mt 24,37-40

Avent, les trois avènements

Avec ce premier dimanche de l’Avent, nous entrons dans le cycle liturgique de la préparation à Noël. Une question nous vient spontanément à l’esprit : si le Christ est déjà venu, pourquoi devons-nous l’attendre encore ? C’est qu’en réalité il y a trois avènements du Christ.

  1. L’avènement historique, celui que nous fêterons à Noël : Dieu le Fils, deuxième Personne de la Trinité, a voulu prendre notre chair, partager notre vie de labeur et de souffrances, et enfin mourir pour nous donner la vie. Tout cela, l’histoire humaine l’a enregistré, sous le roi Hérode et sous l’empereur Tibère.
  2. Le deuxième avènement aura lieu à la fin des temps, quand le Christ viendra dans sa gloire pour juger les vivants et les morts, pour transformer notre corps de misère en le faisant participer à l’éclat de sa propre résurrection, et pour récompenser chacun selon ses œuvres. L’Évangile d’aujourd’hui, en style apocalyptique, nous l’annonce :« Il y aura des signes dans le ciel. Et alors on verra le Fils de l’Homme venant sur la nuée, avec une grande puissance et une grande gloire ». Ce que nous proclamons nous-mêmes dans le Credo :« J’attends la résurrection des morts et la vie éternelle ».
  3. Le troisième avènement, celui qu’on est toujours tenté d’oublier, est celui par lequel le Christ vient chaque jour dans son Église et dans notre âme, par son amitié :« Si quelqu’un m’aime, je me manifesterai à lui » ; « Si quelqu’un m’aime, mon Père l’aimera, et nous viendrons, et nous ferons en lui notre demeure ».

L’attente du Christ n’est donc pas finie, parce que sa venue n’est pas une pure chose du passé : le Seigneur est venu, oui ; mais il doit encore venir, et il vient tous les jours.

La vie chrétienne est justement l’attente et l’accueil de Jésus comme le Sauveur, comme celui qui vient nous arracher à nos ténèbres et à nos passions pour nous transplanter dans son Royaume de lumière. La vie chrétienne est donc une sorte d’Avent qui ne finira que lorsqu’il n’y aura plus rien à attendre, c’est-à-dire quand le Christ sera pleinement advenu, quand Dieu sera devenu tout en tous.

C’est pourquoi le christianisme est d’un bout à l’autre, et inséparablement, foi et attente, dans la fidélité aux tâches du présent. Nous célébrons par la foi les événements passés de l’histoire du salut ; nous attendons ardemment l’achèvement de toutes choses et de nous-mêmes dans la vie éternelle ; et nous vivons chaque jour notre destin d’hommes, dans le Christ Jésus et au compte du Père.

Donc, en ce premier dimanche de l’Avent, le Christ attend de nous que nous renouvelions notre espérance. Mais comment faire ?

  1. Il faut d’abord accepter de nous convertir. « L’heure est venue de sortir de notre sommeil », car le salut est proche, pour tous ceux qui veulent vraiment le saisir. Il nous faut secouer notre léthargie spirituelle, cet engourdissement des réflexes chrétiens, que le péché ne fait qu’accélérer. Chaque chrétien doit rejeter ses œuvres de ténèbres, et saint Paul ne mâche pas ses mots :« Pas de bombances, pas d’orgies, pas de luxure ni de débauche, pas de querelles ni de jalousies ». Autrement dit : c’est toute la morale personnelle, familiale et communautaire, qui doit être replacée dans la lumière du Christ. Le chrétien doit se revêtir du Seigneur Jésus, et cela, c’est tout un programme !
  2. Nous devons aussi accepter une rencontre décisive avec le Christ :« Voici que je me tiens à la porte, et je frappe ; si quelqu’un entend ma voix et ouvre la porte, j’entrerai chez lui pour souper, moi près de lui et lui près de moi » (Apoc 3,20). C’est donc une intimité à la fois très forte et très douce que le Christ nous offre. Mais il respecte notre liberté, et n’entrera pas sans frapper. Il frappe doucement, sûr d’être entendu chez ceux qui lui restent fidèles. Parfois, hélas, il doit frapper fort et longtemps. Comme nous disons souvent :« Il n’est pire sourd que celui qui ne veut pas entendre ». Faire la sourde oreille quand le Christ frappe, ce peut être une tragédie dans l’existence. Si, en cet Avent, nous entendons sa voix, n’allons pas« endurcir notre cœur ».
  3. Nous pouvons demander à Marie le secret de son espérance. Elle a vécu cette attente que toutes les mères connaissent bien, faite de rêves heureux et d’inquiétudes, d’allégresse continue et de soucis quotidiens. Mais Marie n’a pas attendu son enfant pour elle seule : elle l’a porté et attendu au nom de l’humanité tout entière. Elle récapitulait dans son cœur de Mère l’espérance de tous les siècles, et spécialement celle des prophètes et des sages du peuple élu. Dieu l’avait déléguée et préparée pour accueillir d’avance en notre nom celui qui venait ôter le péché du monde, et pour être spécialement la Mère de tous les membres du Christ.

Le modèle de notre espérance chrétienne en ce temps de l’Avent, c’est le dialogue silencieux de Marie et de son Enfant-Dieu. Comme Marie, nous, les chrétiens, nous devons espérer le Sauveur au nom de tous ceux qui n’ont pas d’espérance, l’accueillir chaque jour en nous pour le donner chaque jour au monde.

Alors, fiers de notre foi et sûrs de celui en qui nous avons cru, nous présenterons tous ensemble à nos contemporains le visage d’une communauté libre et accueillante, et nous pourrons sans rougir proclamer à tous le message d’espoir du Christ :« Relevez la tête, car votre délivrance approche ».

Fr. Jean-Christian Lévêque, o.c.d.