Une promesse d’alliance (Ho. 20 dim TO - 20/08/23)

donnée au couvent d’Avon

Textes liturgiques (année A) : Is 56, 1.6-7 ; Ps 66 (67) ; Rm 11, 13-15.29-32 ; Mt 15, 21-28

Avec cet extrait de l’Évangile selon St Matthieu, nous voyons Jésus élargir sa mission alors qu’au point de départ il se reconnaissait seulement envoyé aux brebis perdues de la maison d’Israël. Mais devant la foi et l’humilité d’une mère cananéenne, Jésus répond à sa prière pour guérir sa fille. Cet élargissement de la mission et de l’alliance du Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob à tous les peuples de la terre, n’est pas à proprement parler une initiative de Jésus ni une simple réponse à une demande surprenante et qui bouscule les projets de Jésus. En effet nous l’avons entendu dans l’extrait du livre d’Isaïe, cet élargissement de l’alliance aux étrangers est la réalisation de la prophétie d’Isaïe : « ma maison s’appellera maison de prière pour tous les peuples ».

Après 20 siècles de christianisme, cet élargissement nous paraît évident, car le Dieu créateur de l’univers est bien le Dieu et Père de toute l’humanité et il veut accomplir pleinement son œuvre créatrice et rédemptrice en rassemblant tous les peuples dans une seule et même alliance. Oui, aujourd’hui, cela nous paraît évident, mais cela ne l’était pas tout autant au temps de Jésus. Inversement, aujourd’hui, pour beaucoup de chrétiens ne comprennent pas de manière juste la place et la valeur du peuple juif dans le mystère du salut qui occupe les réflexions de Paul dans les chapitres 9 à 11 de l’épître aux Romains dont nous venons d’entendre la finale avec cette phrase clef pour comprendre cette valeur éternelle de la première alliance : « les dons gratuits de Dieu et son appel sont sans repentance ».

En effet, l’alliance que Dieu a conclue avec Israël est irrévocable et celle instituée par Jésus dans sa Pâque ne révoque pas les alliances antérieures, mais elle les porte à leur accomplissement. Avec l’avènement du Christ, nous avons compris que tout ce qui s’était passé auparavant demandait à être réinterprété. La Nouvelle Alliance est le couronnement des promesses de salut de l’Ancienne Alliance et donc elle ne peut jamais être considérée comme indépendante de celle-ci. La Nouvelle Alliance est fondée sur l’ancienne parce qu’en définitive le Dieu d’Israël qui a conclu l’Ancienne Alliance avec Israël, est aussi celui qui conclut la Nouvelle Alliance en Jésus Christ. Or une certaine exégèse christologique peut donner l’impression que les chrétiens considèrent le Nouveau Testament non seulement comme l’accomplissement de l’Ancien, mais comme son substitut.

Mais pour la foi chrétienne, il va de soi qu’il n’y a qu’une seule histoire de l’Alliance de Dieu avec les hommes. L’alliance avec Abraham, dont le signe était la circoncision, l’alliance avec Moïse, restreinte à Israël, qui comportait l’obéissance à la Loi et en particulier l’observance du Sabbat, a été étendue par l’alliance avec Noé à toute la création dont le signe est l’arc-en-ciel. Puis, par la bouche des prophètes, Dieu a promis une alliance nouvelle et éternelle. Chacune de ces alliances incorpore les alliances antérieures et les interprète d’une façon nouvelle. Cela est vrai aussi pour la Nouvelle Alliance, qui est pour les chrétiens l’alliance finale et éternelle, et qui représente par conséquent l’interprétation définitive de ce qu’avaient annoncé les prophètes ou, pour citer une expression de St Paul, Jésus est le Oui et l’Amen à toutes les promesses de Dieu. Dès lors, l’Église est le lieu définitif et insurpassable de l’action salvifique de Dieu. Ce qui ne veut pas dire qu’Israël a été répudié en tant que peuple de Dieu, ni qu’il a perdu sa mission. Pour les chrétiens, la Nouvelle Alliance n’est pas l’annulation ou la substitution des promesses de l’ancienne, mais leur accomplissement.

En comprenant cette histoire unique du salut, il devrait être évident pour les chrétiens que l’alliance que Dieu a conclue avec Israël n’a jamais été révoquée et qu’elle demeure toujours valable, en raison de la fidélité sans faille de Dieu envers son peuple. En conséquence, la Nouvelle Alliance à laquelle les chrétiens croient est bien un accomplissement car, à travers la Nouvelle Alliance, l’alliance abrahamique a été étendue à tous les peuples, en acquérant ainsi l’universalité contenue dès l’origine et dont nous parlait le prophète Isaïe. Cette référence à l’alliance abrahamique est constitutive de la foi chrétienne, et sans Israël, l’Église risquerait de perdre le sens de son rôle dans l’histoire du salut. Ainsi, Israël et l’Église demeurent liés l’un à l’autre à cause de l’Alliance, c’est-à-dire dans l’écoute fidèle du dessein de Dieu sur l’humanité.

La conviction qu’il ne peut y avoir qu’une seule histoire de l’alliance de Dieu avec les hommes, et qu’Israël est par conséquent le peuple élu et aimé de Dieu, le peuple de l’alliance jamais abrogée ni révoquée, est à la base de l’argumentation passionnée de l’Apôtre Paul dans l’épître aux Romains face à la constatation que tandis que l’Ancienne Alliance de Dieu est toujours en vigueur, Israël ne s’est pas rallié à la Nouvelle Alliance. Pour rendre compte de ces deux faits, Paul a recours à l’image expressive de la racine d’Israël sur laquelle ont été greffées les branches sauvages des païens. Cette image représente pour Paul la clef d’interprétation décisive du rapport entre judaïsme et christianisme à la lumière de la foi. À l’aide de cette image, Paul entend exprimer la dualité de l’unité et de la divergence entre Israël et l’Église. Car cette image montre d’une part que les rameaux sauvages de l’olivier ne sont pas nés de la plante sur laquelle ils ont été greffés, et que leur situation nouvelle représente une nouvelle réalité et une nouvelle dimension de l’œuvre salvifique de Dieu, de telle sorte que l’Église chrétienne ne peut pas être considérée simplement comme une branche ou un fruit d’Israël. Et d’autre part, elle montre aussi que l’Église tire sa substance et sa force de la racine d’Israël et que les rameaux greffés se flétriraient et risqueraient de se dessécher s’ils étaient séparés de la racine d’Israël.

La rencontre avec la femme cananéenne nous enseigne que la foi ne connaît pas de frontières ni de limites, l’alliance s’élargit à toutes les nations. Nous ne pouvons pas limiter la puissance et la miséricorde de Dieu à une seule communauté ou à un seul peuple. Mais l’histoire unique du salut, le dessein éternel du Père et sa fidélité, ne peut nous faire perdre la conscience du rôle irremplaçable du peuple d’Israël dans l’accomplissement de l’œuvre de Dieu, et pour lequel nous lui seront toujours redevable.

Fr. Antoine-Marie Leduc, ocd - (Provincial Province de Paris)
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