Au commencement… (Ho. 2e Dim. Avent - 10/12/23)

donnée au couvent d’Avon

Textes liturgiques (année A) : Is 40, 1-5.9-11 ; Ps 84 (85) ; 2 P 3, 8-14 ; Mc 1, 1-8

« Commencement de l’Évangile de Jésus-Christ, Fils de Dieu. » Le premier mot de l’évangile selon Marc, « commencement », peut nous faire l’effet, frères et sœurs, d’une lapalissade. Pourquoi dire que l’on commence par le commencement alors que c’est inéluctable lorsque l’on fait un récit, quel que soit le commencement choisi. C’est qu’il ne s’agit pas d’un commencement ordinaire. Le livre de la Genèse ou le prologue de l’évangile selon Saint Jean débutent eux-mêmes par l’expression « Au commencement » pour évoquer un commencement absolu, celui de l’acte créateur : « AU COMMENCEMENT Dieu créa le ciel et la terre. » (Gn 1,1) « AU COMMENCEMENT était le Verbe, et le Verbe était auprès de Dieu, et le Verbe était Dieu. C’est par lui que tout est venu à l’existence, et rien de ce qui s’est fait ne s’est fait sans lui. » (Jn 1,1.3) Ici aussi, il s’agit d’un commencement absolu, à la différence près que c’est le commencement d’une histoire au sein même de l’histoire du salut. C’est un commencement historique. Le créateur de toute chose se compromet lui-même dans notre histoire ! L’Évangéliste affirme ainsi d’emblée ce qui fait l’originalité de la foi juive, mais qui prend une dimension inimaginable en Jésus-Christ : l’histoire dont il commence le récit est l’histoire de Dieu lui-même dans notre histoire.

« Commencement de l’Évangile de Jésus-Christ, Fils de Dieu. » L’histoire dont il s’agit est précisément celle d’un évangile, c’est-à-dire d’une Bonne Nouvelle. Le récit n’est pas à proprement parler celui de la vie de Jésus, mais de cette Bonne Nouvelle qu’est la manifestation de Dieu dans notre histoire. Cette Bonne Nouvelle est une personne que l’évangéliste qualifie de trois manières : « Jésus-Christ, Fils de Dieu ». C’est donc d’abord une personne humaine, Jésus. C’est ensuite le Christ, le Messie annoncé par les prophètes, qui vient pour accomplir les promesses de Dieu. C’est enfin le Fils de Dieu, expression incompréhensible en cette étape du récit, mais dont le sens sera dévoilé au terme par la profession de foi du Centurion au pied de la Croix. Ainsi, ce commencement de la Bonne Nouvelle retentit aujourd’hui dans notre propre histoire pour nous appeler à une mise en route, car un commencement, c’est toujours un départ.

La suite de l’Evangile nous indique trois étapes pour commencer à nouveau cette histoire que Dieu vient inaugurer avec nous. La première est l’écoute de la Parole prophétique. En tout commencement, nous sommes précédés par une Parole qui suscite en nous le désir d’un salut, la soif d’un accomplissement. Nul commencement ne peut advenir sans ce désir que la Parole de Dieu éveille en notre cœur. Quel est donc, Frères et Sœurs, le désir profond qui nous habite, un désir reconnu comme un don de Dieu capable de nous remettre en chemin par-delà nos déceptions et nos échecs ? Et voici en conséquence la deuxième étape de cet accueil du commencement : la conversion, car le récit de la Bonne Nouvelle commence avec la proclamation par Jean-Baptiste d’un baptême de conversion. La deuxième dimension en effet de cette Bonne Nouvelle est qu’un nouveau départ est toujours possible. Nous ne sommes jamais enfermés dans notre passé. La confession du péché ouvre à nouveau le chemin d’un avenir espéré. Mais quel est-il cet avenir ? La réponse à cette question constitue notre troisième étape : la Bonne Nouvelle de « Jésus-Christ, Fils de Dieu » va bien au-delà d’un appel à mener une vie bonne ainsi que l’annonce encore Jean-Baptiste : « Moi, je vous ai baptisés avec de l’eau ; lui vous baptisera dans l’Esprit Saint. » (Mc 1,8) Se mettre en chemin, c’est accueillir la Bonne Nouvelle d’un accomplissement allant au-delà de nos efforts de conversion et de nos désirs les plus grands, puisqu’il s’agit d’être plongé dans l’Esprit de communion et d’amour qui unit le Père et le Fils et donc d’être immergé dans la Vie divine. Commencer, c’est finalement croire à ce commencement qui n’aura pas de fin et qui surpasse toute espérance.

Ayons foi, frères et sœurs, en ce commencement en nous situant d’abord dans l’écoute de notre désir profond, en abandonnant ensuite à Dieu ces péchés qui nous retiennent dans le passé, en ouvrant enfin notre cœur à l’avenir inespéré que nous a ouvert le baptême dans l’Esprit Saint afin d’accueillir la Vie en plénitude à laquelle nous appelle celui qui vient.

Fr. Olivier-Marie Rousseau - (Couvent d’Avon)

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