Des prophètes de malheur à la petite voie de confiance de Thérèse [Ho 33°dim TO - Année C]

donnée au couvent d’Avon

Textes liturgiques (année C) : Ml 3, 19-20a ; Ps 97 (98) ; 2 Th 3, 7-12 ; Lc 21, 5-19

Quand nous entendons ces paroles de Jésus, si graves, si solennelles, notre cœur pourrait se troubler. Guerres, tremblements de terre, famines, persécutions … Le tableau semble sombre, presque apocalyptique. Et notre cœur, naturellement, pourrait s’inquiéter ou se troubler. Car, nous pensons à notre monde, à ses convulsions, à ses crises. Et certains, parfois, y voient les signes d’une fin imminente. Comme le fit Paco Rabanne à la veille de l’an 2000, y ont vu la fin du monde . Souvenez-vous, à l’approche de l’éclipse solaire du 11 août 1999, ce couturier de renom annonçait l’apocalypse, la fin des temps . Selon ses visions et les prophéties de Nostradamus, la station spatiale Mir devait s’écraser sur Paris. Il y voyait la fin du monde. Mais ce fut sa réputation qui s’écrasa et le monde continua de tourner. Décédé le 3 février 2023, il laisse derrière lui une œuvre artistique audacieuse, mais aussi ce souvenir douloureux d’un emballement prophétique délirant. Nous pouvons sourire de cet événement coquasse, mais aujourd’hui encore, face aux alertes incessantes sur le climat et à ses rumeurs apocalyptiques, sans oublier les fake news qui prolifèrent comme de la mauvaise herbe sur les réseaux sociaux et médias en tout genre, de nombreux prophètes de malheur continuent d’annoncer une fin imminente, ne serions-nous pas tentés de céder à la peur, comme tant d’autres ?

Pourquoi évoquer cela ? Parce que Jésus, lui aussi, parle de catastrophes. Mais à la différence de ces prophètes apocalyptiques, il ne cherche pas à nous effrayer. Il nous réveille. Il nous appelle à la vigilance, à la persévérance, à la confiance. Il ne nous enferme pas dans la peur, il nous ouvre à l’espérance. Il ne nous annonce pas la fin du monde comme un cataclysme, mais comme une naissance : «  Quand vous verrez ces choses, redressez-vous, relevez la tête. » Car ce n’est pas la fin, c’est l’enfantement d’un monde nouveau. «  Ne soyez pas terrifiés  » , dit-il, « Pas un cheveu de votre tête ne sera perdu.  » Ce ne sont pas des paroles sans consistance. Jésus connaît la douleur, il sait que la passion, la mort approchent et la persécution pour ses disciples sera imminente. Mais il nous révèle que le vrai danger n’est pas dans les catastrophes d’un monde qui passe, mais dans l’oubli de Dieu, le Vivant ! Le vrai tremblement de terre, c’est celui qui fait vaciller notre Foi.

Petite Thérèse, dans sa petite voie de confiance et d’abandon, nous apprend à ne pas nous laisser troubler par les secousses du monde. Elle, qui a traversé la nuit de la Foi, les épreuves intérieures, les souffrances du corps, n’a jamais cessé de croire que tout est grâce. Elle ne cherche pas à saisir tous les mystères, elle ne scrute pas les signes des temps comme on les lit dans les horoscopes. Elle aime. Elle fait confiance. Elle persévère dans l’amour. Elle se savait trop petite pour monter les degrés de la perfection humaine, alors elle se laisse porter dans les bras de Jésus . Voilà le regard de la Foi, voilà notre vraie Espérance.

Nous le savons, notre vie ici-bas est passagère. Nous ne sommes pas faits pour vivre éternellement dans ce monde présent, mais nous pouvons vivre dès maintenant pour le Royaume des Cieux, que nous annonce Jésus dans tous ses enseignements. Et ce Royaume ne s’atteint pas par nos propres forces. Il est don. Il est grâce. Il est Vie éternelle. Et cette Vie, nul ne peut la ravir, la voler à celui qui demeure en ce Dieu qui prend chair de notre chair pour nous sauver.

Deux chemins s’ouvrent alors devant nous :

  • Soit nous vivons comme si cette vie terrestre était tout, en cherchant à la remplir de possessions, de plaisirs, de sécurités illusoires. Et nous nous heurtons à la finitude, à la mort, à l’absurde d’une vie idéalisée sans profondeur.
  • Soit nous vivons comme des enfants du Père, confiants, humbles, ouverts à l’Esprit Saint. Et alors, même au cœur des épreuves, nous avançons vers la Vie véritable du Royaume des Cieux.

Le vrai danger n’est pas dans les catastrophes extérieures, mais dans la peur qui nous éloigne de Dieu. Oui, le vrai tremblement de terre, c’est celui qui fissure notre confiance. C’est pourquoi, Jésus, connaissant notre faiblesse, nous promet « un langage et une sagesse. » qui vient de sa Vie divine et qu’il nous offre. Jésus ne nous laisse pas seuls, il nous donne son Esprit Saint. Il nous apprend à vivre en Lui chaque jour dans un acte d’amour. Petite Thérèse l’a bien compris, c’est pourquoi elle nous témoigne avec certitude : «  Ce qui plaît à Dieu, c’est de me voir aimer ma petitesse et ma pauvreté. » Voilà notre Force ! Nous pourrions dire qu’Aimer c’est vivre en acceptant notre petitesse et notre pauvreté dans la confiance et l’abandon d’un Dieu miséricordieux qui nous aime à chaque instant. En tous les cas, ce n’est certainement pas vivre en faisant des prédictions spectaculaires, mais dans la fidélité cachée ; et encore moins, dans la peur de notre fin biologique, mais dans le désir du Ciel sans cesse renouvelé.

Alors, relevons la tête, non pas pour scruter les étoiles, mais pour fixer notre regard sur le Christ Jésus. Il est notre Chemin, notre Vérité, notre Vie. Il est notre paix au cœur des tempêtes. Il est notre espérance au milieu des ruines. Il est notre force dans la faiblesse. Oui, Jésus nous promet son Esprit Saint, cette Force divine égale à Lui-même que nul adversaire ne pourra vaincre. Ce chemin n’est pas une fuite, c’est une traversée. Ce n’est pas une illusion, c’est une résurrection.

Et Marie, notre Mère et notre sœur, nous accompagne. Elle qui, au pied de la Croix, a cru contre toute espérance. Elle qui a vu naître la Vie là où tout semblait perdu. Demandons-lui de nous apprendre à marcher sans peur, à vivre sans illusion, à espérer sans relâche, de nous apprendre à vivre comme Thérèse, dans la confiance et l’abandon, dans l’amour du Cœur de Jésus et dans la joie de se savoir petits, mais infiniment aimés. Amen.

[/Fr. Jean-Sébastien de Notre-Dame du Sacré-Cœur (Pissot), ocd - (couvent d’Avon)/

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