Epiphanie ; Mt2,1-12

Encore tout à la joie de Noël, la magie continue son œuvre avec l’arrivée des mages. Quand nous étions enfants, l’image de ses mages nous a peut-être émerveillés, nous les nommions Melchior, Balthazar et Gaspard, et nous chantions la marche des rois. Mais si nous écoutons bien le texte de l’évangile, nous remarquons qu’ils ne sont ni trois, ni rois, ni représentant des races de la terre. Le texte évangélique nous dit seulement que ce sont des mages venus d’Orient pour offrir l’or, l’encens et la myrrhe. C’est la tradition iconographique et populaire qui a imaginé leur nom, leur nombre et leur race. Cet ajout peut sembler superficiel, mais il souligne une dimension importante de cette fête de l’Epiphanie : l’universalité du salut offert en Jésus-Christ. Ces mages païens sont, à la crèche, les prémices de tous les peuples de la terre pour qui s’ouvre le royaume de Dieu.

C’est vers eux que le Christ ressuscité enverra ses disciples : « Allez, de tous les peuples, faites des disciples. » Comme le disait Saint-Paul : « Ce mystère maintenant révélé, c’est que les païens sont associés au même héritage, au même corps, au partage de la même promesse. » Dieu se manifeste aujourd’hui pour rassembler dans l’unité les enfants de Dieu dispersés. Cependant, pour que se réalise cet appel, il ne suffit pas que Dieu se manifeste, encore faut-il que l’homme le reconnaisse et l’accueil. C’est vrai aujourd’hui comme à Bethléem au temps des mages. Pour cela, l’évangile de nous offre trois figures pour nous interroger : les chefs religieux, le roi Hérode et les mages.

Tout d’abord, il y a ceux qui savent, comme les chefs des prêtres et les scribes d’Israël, et qui sont enfermés dans leur certitude, leur conviction. Ils ne laissent plus de place à l’initiative de Dieu qui se révèle comme il l’entend et où il l’entend. Ce sont pourtant eux qui devraient le mieux savoir que l’initiative de Dieu est toujours surprenante et gratuite. Mais il ne suffit pas d’étudier, de chercher à savoir, il faut encore que notre vie spirituelle soit une mise en route. L’étude théologique et la méditation des écritures, si elles nous permettent de découvrir sans cesse l’amour de Dieu, ne doivent pourtant pas nous amener à croire que l’on connaît pleinement Dieu. Le seigneur est toujours au-delà de nos connaissances, de nos représentations.

À côté des scribes et des prêtres, il y a aussi la figure d’Hérode qui s’oppose, jaloux de ses prérogatives, il semble dire : « On demande le roi, mais le roi, c’est moi ! » La manifestation de Dieu sur terre est vécue comme une agression pour celui qui possède le pouvoir, ou plutôt que le pouvoir possède. La manifestation de Dieu, même sous les traits d’un enfant, le fait apparaître comme un concurrent voire un ennemi. La peur et la crainte ont saisi le roi, dès lors le conflit sera mortel d’abord pour les saints innocents, puis quelques années plus tard pour le Christ lui-même.

Enfin il y a la figure des mages, et leur démarche contient force et beauté : ils ont vu, et ils sont venus. Et entre ces deux verbes, nous en entendons un autre : ils sont crus. Cette figure des mages, Dieu nous la donne à contempler pour découvrir la manière dont il veut se manifester au monde, et à chacun de nous. Car il y a des choses surprenantes et déconcertantes dans cette histoire. Ce sont eux, des mages, des astrologues, des scientifiques pour leur époque, qui au cœur de leur discipline sont amenés à découvrir un signe de Dieu. Si la science et le rationalisme assèchent parfois les cœurs, n’est-il pas aussi significatif qu’aujourd’hui, au bout de leur discipline, des hommes de science posent eux-mêmes la question de Dieu ? Cherchant un sens au monde, certains ont l’intuition d’un signe de Dieu dans leur recherche scientifique. Le travail de l’intelligence, l’énergie intérieure, un mélange de force, de volonté et d’amour de la vérité nous ouvrent quelquefois au mystère de la Foi et peuvent nous lancer sur les routes de l’aventure spirituelle. La figure des mages nous invite donc à ne pas craindre de suivre l’étoile qui se lève en nos cœurs lorsque nous utilisons en conscience nos connaissances et nos moyens humains pour rechercher la vérité et la sagesse. Celui qui cherche avec droiture se lève, il veut écouter et suivre la sagesse qu’il aura découverte.

Cette figure des mages nous fait découvrir aussi que l’aboutissement de cette recherche spirituelle est la contemplation. Au terme de leur parcours, les mages déposent les présents qu’ils ont apportés au pied de Jésus et se prosterne devant lui. Leurs cœurs étaient assez droits pour se mettre en route au signe de l’étoile, et leurs cœurs étaient assez purs pour reconnaître la source de la sagesse dans l’enfant nouveau-né. Les mages nous donnent une illustration d’une belle maxime de Dietrich Bonhoeffer : « Il ne suffit pas d’être croyant, il faut encore être disciple. » Dans le sens où il ne suffit pas de savoir, il faut que la Foi mette en mouvement et nous fasse découvrir Celui qui rassasiera notre soif de sagesse. Le véritable chercheur a le cœur assez ouvert pour reconnaître l’objet de son désir quand il se manifeste à lui. Heureux les cœurs purs, ils verront Dieu ! Que le seigneur nous accorde cette droiture et cette pureté du cœur pour mener à bien notre recherche spirituelle.

Fr. Antoine-Marie Leduc, o.c.d.