Florilège de textes

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Au milieu de notre travail

flor1 Nous devons pendant notre travail et autres actions, même pendant nos lectures et écritures, quoique spirituelles, je dis plus : pendant nos dévotions extérieures et prières vocales, cesser quelque petit moment, le plus souvent même que nous pourrons, pour adorer Dieu au fond de notre cœur, le goûter quoiqu’en passant et comme à la dérobée. Puisque vous n’ignorez pas que Dieu est présent devant vous pendant vos actions, qu’il est au fond et au centre de votre âme, pourquoi donc ne pas cesser au moins de temps en temps vos occupations extérieures, et même vos prières vocales, pour l’adorer intérieurement, le louer, lui demander, lui offrir votre cœur, et le remercier ? Que peut-il y avoir de plus agréable à Dieu que de quitter ainsi, mille et mille fois le jour, toutes les créatures, pour se retirer et l’adorer en son intérieur …pour jouir un seul instant du Créateur ? Outre que c’est détruire l’amour- propre, qui ne peut subsister que parmi les créatures, dont ces retours intérieurs à Dieu nous débarrassent insensiblement ! (MS 9)

Il faut s’appliquer continuellement à ce qu’indifféremment toutes nos actions soient une manière de petits entretiens avec Dieu, pourtant sans étude, mais comme ils viennent de la pureté et simplicité du cœur. (MS 7)

Étant quelquefois un long temps sans y penser , il ne s’en troublait point, mais après avoir avoué à Dieu sa misère, il revenait avec d’autant plus de confiance à Dieu que plus il se trouvait misérable de l’oublier ainsi. (EN 32)

Son seul moyen pour aller à Dieu étant de tout faire pour l’amour de Lui, il lui était indifférent d’être occupé d’une chose ou d’une autre, pourvu qu’il la fît pour Dieu. C’était Lui, et non la chose qu’il regardait. (M 19)

Tout consiste à renoncer une bonne à tout ce que nous reconnaissons ne point tendre à Dieu, pour nous accoutumer à une conversation continuelle avec lui, sans mystère ni finesse. Il n’y a qu’à reconnaître Dieu intimement présent en nous, à nous adresser à tous moments à lui, pour lui demander son secours, pour connaître sa volonté dans les choses douteuses et pour bien faire celles que nous voyons clairement qu’il demande de nous, les lui offrant avant que de les faire et lui rendant grâces de les avoir faites pour lui après l’action. Dans cette conversation continuelle, on est aussi occupé à louer, adorer et aimer incessamment Dieu pour ses infinies bontés et perfections. (EN 42)

Il appelait l’exercice de la présence de Dieu le chemin le plus court et le plus facile pour arriver à la perfection chrétienne. Il assurait que, pour se faciliter cette pratique et pour s’en former l’habitude, il ne fallait que du courage et de la bonne volonté, vérité qu’il a bien mieux prouvé par les œuvres que par les paroles. Car on a remarqué dans sa conduite, lorsqu’il faisait l’office de cuisinier, qu’au fort d’un travail assidu, et au milieu des emplois les plus dissipants, il avait l’esprit recueilli en Dieu. Quoique ses occupations fussent grandes et pénibles, faisant lui seul l’office que deux ont accoutumé de faire, on ne le voyait jamais agir avec empressement, mais, avec une juste modération, il donnait à chaque chose le temps qu’il lui fallait, conservant toujours son air modeste et tranquille, travaillant sans lenteur et sans précipitation, demeurant dans une même égalité d’esprit et dans une paix inaltérable. (EL 32)

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L’exercice de la présence de Dieu

La pratique la plus sainte, la plus commune et la plus nécessaire en la vie spirituelle est la présence de Dieu : c’est de se plaire et s’accoutumer en sa divine compagnie, parlant humblement et s’entretenant amoureusement avec lui en tout temps, à tous moments, sans règles ni mesure, surtout dans le temps des tentations, des peines, des aridités, des dégoûts et même des infidélités et des péchés. (MS 6)

La présence de Dieu est la vie et la nourriture de l’âme, qui se peut acquérir avec la grâce de Dieu. En voici les moyens :

Il faut une grande fidélité à la pratique de cette présence et au regard intérieur de Dieu en soi, qui se doit toujours faire doucement, humblement et amoureusement, sans se laisser aller à aucun trouble ou inquiétude.

Il faut prendre un soin particulier que ce regard intérieur, quoique d’un moment, précède vos actions extérieures, que de temps en temps il les accompagne, et que vous les finissiez toutes par là. Comme il faut du temps et beaucoup de travail pour acquérir cette pratique, aussi ne faut-il pas se décourager lorsqu’on y manque, puisque l’habitude ne se forme qu’avec peine ; mais lorsqu’elle sera formée, tout se fera avec plaisir.

N’est-il pas juste que le cœur…soit le premier et le dernier pour aimer et adorer Dieu, soit en commençant ou finissant nos actions spirituelles et corporelles, et généralement en tous les exercices de la vie ? Et c’est par cet endroit que nous devons avoir soin de produire ce petiot regard intérieur, ce qu’il faut faire sans peine et sans étude, pour le rendre plus facile.

Il ne sera pas hors de propos, pour ceux qui commencent cette pratique, de former intérieurement quelques peu de paroles, comme : « Mon Dieu, je suis tout à vous » ; « Dieu d’amour, je vous aime de tout mon cœur » ; « Seigneur, faites-moi selon votre cœur » ou quelques autres paroles que l’amour produit sur-le-champ.

Cette présence de Dieu, un peu pénible dans les commencements, pratiquée avec fidélité, opère secrètement en l’âme des effets merveilleux, y attire en abondance les grâces du Seigneur et la conduit insensiblement à ce simple regard, à cette vue amoureuse de Dieu présent partout, qui est la plus sainte, la plus solide, la plus facile et la plus efficace manière de faire oraison. (MS 26-31)

Je sais que pour cela, il faut que le cœur soit vide de toutes autres choses, Dieu le voulant posséder seul ; et comme il ne peut le posséder seul sans le vider de tout ce qui n’est pas lui, ainsi ne peut-il y agir ni y faire ce qu’il voudrait. (L 3)

Il faut faire de notre cœur un temple spirituel pour Dieu où nous l’adorons sans cesse. Il faut veiller sans relâche sur nous-mêmes pour ne rien faire ni rien dire et ne rien penser qui lui puisse déplaire. (L 15)

Croyez-moi, faites dès à présent une sainte et ferme résolution de ne vous le éloigner jamais volontairement et de vivre le reste de vos jours en cette sainte présence, privée pour son amour, s’il le juge à propos, des consolations du Ciel et de la terre. Mettez la main à l’œuvre ; si vous le faites comme il faut, soyez assuré que vous en verrez bientôt les effets. Je vous y aiderai par mes prières. (L 3)

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Un continuel entretien avec Dieu

Dieu ne nous demande pas grand chose :un petit souvenir de temps en temps, une petite adoration, tantôt lui demander sa grâce, quelque fois lui offrir vos peines, d’autre fois le remercier des grâces qu’il vous a faites et qu’il vous fait au milieu ade vos travaux, vous consoler avec lui, le plus souvent même que vous pourrez. Pendant vos repas et vos entretiens, élevez quelquefois vers lui votre cœur : le moindre souvenir lui sera toujours fort agréable.

Il ne faut pas pour cela crier bien haut, il est plus près de nous que nous ne pensons. Il n’est pas nécessaire d’être toujours à l’ église pour être avec Dieu ; ous pouvons faire de notre cœur un oratoire dans lequel nous nous retirons de temps en temps pour nous y entretenir avec lui, doucement, humblement et amoureusement.

Tout le monde est capable de ces entretiens familiers avec Dieu, les uns plus, les autres moins : il sait ce que nous pouvons. Commençons, peut-être n’attend-il de nous qu’une généreuse résolution…

Accoutumez-vous donc peu à peu à l’adorer de la sorte, à lui demander sa grâce, à lui offrir votre cœur de temps en temps pendant la journée, parmi vos ouvrages, à tout moment si vous le pouvez ; ne vous contraignez pas par des règles ou des dévotions particulières, faites-le en foi, avec amour et humilité.

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L’abandon

« Durant les 10 premières années (de sa vie religieuse), j’ai beaucoup souffert. L’appréhension que j’avais de n’être pas à Dieu comme je l’eusse souhaité, mes péchés passés toujours présent à mes yeux, et les grandes grâces que Dieu me faisait, étaient la source de tous mes maux. Durant tout ce temps je tombais souvent et je me relevais aussitôt. Il me semblait que les créatures, la raison et Dieu même fussent contre moi ». (L 2)

Laurent pose alors un acte d’abandon qu’évoque ainsi son biographe : « Dans le plus fort de ses peines, il eut toujours recours à la prière, à l’exercice de la présence de Dieu …où enfin un jour – faisant réflexion sur les peines dont son âme était affligée, et connaissant que c’était pour l’amour de Dieu et par la crainte de lui déplaire qu’il les souffrait – il prit une généreuse résolution de les endurer , non seulement pour le reste de sa vie, mais encore toute l’éternité s’i l plaisait à Dieu d’en ordonner ainsi : « Car, disait-il, il ne m’importe plus ce que je fasse ou ce que je souffre, pourvu que je demeure amoureusement uni à sa volonté, étant là toute mon affaire ». (EL 26)

« Je me trouvais tout à coup changé (reprend Laurent) et mon âme, qui jusqu’alors était toujours en trouble, se sentit dans une profonde paix intérieure, comme si elle était en son centre et en un lieu de repos. Depuis ce temps-là, je travaille devant Dieu simplement en foi, avec humilité et avec amour et je m’applique soigneusement à ne rien dire et à ne rien penser qui puisse lui déplaire. J’espère que lorsque j’aurai fait ce que j’aurai pu, il fera de moi ce qui lui plaira. Je n’ai pas d’autre volonté que celle de Dieu, que je tâche d’accomplir en toutes choses et à laquelle je suis si soumis que je ne voudrais pas lever une paille de terre contre son ordre ni par un autre motif que son pur amour. .. Je ne m’occupe plus qu’à me tenir toujours en sa sainte présence, en laquelle je me tiens par une simple attention et un regard général et amoureux en Dieu, que je pourrais nommer présence de Dieu actuelle, ou pour mieux dire un entretien muet et secret de l’âme avec Dieu qui ne passe quasi plus ». (L 2)

La confiance que nous avons en Dieu l’honore beaucoup et nous attire de grandes grâces. (EN 33) Il disait qu’il faut une fois bien se fier à Dieu et s’abandonner à lui seul :il ne nous trompera pas. (EN 48) Il faut se donner entièrement et en pur abandon à Dieu, pour le temporel et pour le spirituel, et prendre son contentement dans l’exécution de sa volonté, soit qu’Il nous conduise par les souffrances ou par les consolations ; tout doit être égal à celui qui est vraiment abandonné ! Il faut de la fidélité dans les aridités par où Dieu éprouve notre amour pour lui. C’est là où nous faisons les bons actes de résignation et d’abandon, dont un seul fait souvent faire beaucoup de chemin. (EN 5)

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Persévérance

Laurent parle d’une de ses correspondantes : « Elle me paraît pleine de bonne volonté, mais elle voudrait aller plus vite que la grâce : on n’est pas saint tout d’un coup ! » (L 8)

Et il écrit à une autre qui se plaint de ses distractions : « Vous ne me mandez rien de nouveau, vous n’êtes pas la seule agitée de pensées ! Lorsque l’esprit a contracté quelques méchantes habitudes d’égarement et de dissipation, elles sont difficiles à vaincre et ordinairement elles nous entraînent malgré nous aux choses de la terre. Je crois qu’un remède à cela est d’avouer nos fautes et de nous humilier devant Dieu. Je ne vous conseille pas de beaucoup discourir à l’oraison, les longs discours étant souvent des occasions d’égarement. Tenez-vous-y devant Dieu comme un pauvre muet et un paralytique à la porte d’un riche. Occupez-vous à tenir votre esprit en la présence du Seigneur. S’il s’égare et s’en retire quelquefois, ne vous en inquiétez pas, les troubles de l’esprit servent plutôt à le distraire qu’à le rappeler ; il faut que la volonté le rappelle tranquillement. Si vous persévérez de la sorte, Dieu aura pitié de vous. » (L 7)

« Ne vous découragez pas pour la répugnance que vous y sentiez du côté de la nature. Il faut vous faire violence ; souvent dans les commencements, on croit que c’est temps perdu, mais il faut continuer à se résoudre d’y persévérer jusqu’à la mort et malgré toutes les difficultés. » (L 4)

« Il faut être fidèle à agir et à se renoncer dans le commencement ; après cela il n’y a plus que contentements indicibles. » (EN 39)

« Si nous faisons de notre part ce que nous pourrons, nous verrons bientôt en nous le changement que nous espérons. » (L 16)

« A force de réitérer ces actes, ils nous deviennent plu familiers, et la présence de Dieu devient comme naturelle. » (L 12)

« Il faut dans le commencement un peu d’application pour se former l’habitude de converser continuellement avec Dieu et lui rapporter tout ce que l’on fait ; mais après un peu de soin, on se sent réveillé par son amour sans aucune peine. » (EN 13)

« Il ne faut point se lasser de faire de petites choses pour l’amour de Dieu, qui regarde non la grandeur de l’œuvre mais l’amour. Il ne faut pas s’étonner d’y manquer souvent dans le commencement : à la fin l’habitude vient, qui nous fait produire nos actes sans y penser et avec un plaisir admirable. » (EN 49)

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Confiance en la miséricorde divine

« Nous devons en toute confiance lui demander sa grâce, sans regarder nos pensées, appuyés sur les mérites infinis de Notre Seigneur. Dieu à chaque action ne manque pas de nous présenter sa grâce. » (EN 43)

« Je me regarde comme le plus misérable de tous les hommes, et qui a commis toutes sortes de crimes contre son Roi. Touché d’un sensible regret, je lui déclare toutes mes malices ; je lui en demande pardon, je m’abandonne entre ses mains pour faire de moi ce qu’il lui plaira. Ce Roi plein de bonté et de miséricorde, bien loin de me châtier, m’embrasse amoureusement, me fait manger à sa table, me sert de ses propres mains, me donne les clefs de ses trésors et me traite en tout comme son favori ; il s’entretient et se plaît sans cesse avec moi en mille et mille manières, sans parler de mon pardon ni m’ôter mes premières habitudes. Quoique je le prie de me faire selon son cœur je me vois toujours plus faible et plus misérable, cependant plus caressé de Dieu. » (L 2)

« Quand nous ferions toutes les pénitences possibles, si elles sont séparées de l’amour, elles ne servent pas à effacer un seul péché ! Il faut, sans s’inquiéter, en attendre la rémission du sang de Jésus-Christ, en travaillant seulement à l’aimer de tout son cœur. Dieu semble choisir ceux qui ont été les plus grands pécheurs pour leur faire ses plus grandes grâces plutôt qu’à ceux qui sont demeurés dans l’innocence, parce que cela montre davantage sa bonté. » (EN 28)

« Quand je reconnais avoir manqué, j’en tombe d’accord et dis : c’est mon ordinaire, je ne sais faire que cela ! Si je n’ai point manqué, j’en rends grâce à Dieu et confesse que cela vient de lui. » (EN 31)

« Il s’apercevait bien de ses fautes et ne s’en étonnait point : il les avouait à Dieu et ne plaidait point contre lui pour les excuser ; après cela il rentrait en paix dans son exercice ordinaire d’amour et d’adoration. » (EN 21)

« Il s’était entièrement oublié lui-même. Il ne pensait plus ni à Paradis ni à Enfer, ni à ses péchés passés ni à ceux qu’il commettait, après qu’il en avait demandé pardon à Dieu. Il ne faisait point de retour sur ses confessions ; il entrait dans une parfaite paix quand il avait avoué à Dieu ses fautes et qu’il ne savait faire que cela. Après quoi il s’abandonnait à Dieu, comme il disait, pour la vie et pour la mort, pour le temps et l’éternité. » (M 11)

« Je suis rempli de honte et de confusion quand je réfléchis, d’un côté sur les grandes grâces que Dieu m’a faites et qu’il continue sans cesse de me faire, et de l’autre sur le mauvais usage que j’en ai fait, et sur mon peu de profit dans le chemin de la perfection. Puisque par sa miséricorde il nous donne encore un peu de temps, commençons tout de bon. Réparons le temps perdu. Retournons avec une entière confiance à ce Père de bonté, qui est toujours prêt à nous recevoir amoureusement. Renonçons généreusement pour son amour à tout ce qui n’est point lui, il en mérite infiniment davantage. Pensons à lui sans cesse. Mettons en lui toute notre confiance, je ne doute pas que nous en expérimentions bientôt les effets et que nous ne ressentions l’abondance de ses grâces, avec lesquelles nous pouvons tout et sans lesquelles nous ne pouvons que le péché. Nous ne pouvons éviter les dangers et les écueils dont la vie est pleine, sans un secours actuel et continuel de Dieu ; demandons-le-lui continuellement. » (L 8)

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La présence de Dieu

« La présence de Dieu, c’est à mon sentiment en quoi consiste toute la vie spirituelle et il me semble qu’en la pratiquant comme il faut, on devient spirituel en peu de temps…Il n’y a pas au monde de manière plus douce ni délicieuse que la conversation continuelle avec Dieu ; ceux-là seuls la peuvent comprendre qui la pratiquent et qui la goûtent. » (L 3)

Son principal soin, depuis plus de 40 ans qu’il est en religion, (écrit son biographe) a été d’être toujours avec Dieu, et de ne rien faire, de ne rien dire, et de ne rien penser qui lui puisse déplaire, sans aucune autre vue que celle de son pur amour et parce qu’il en mérite infiniment davantage. Il est à présent si habitué à cette divine présence, qu’il en reçoit des secours continuels en toutes sortes d’occasion…Si quelquefois il est un peu trop absent de cette divine présence, Dieu se fait sentir aussitôt dans son âme pour le rappeler, ce qui lui arrive souvent lorsqu’il est plus engagé dans ses occupations extérieures. Il répond avec une exacte fidélité à ces attraits intérieurs : ou par une élévation de son cœur vers Dieu, ou par quelques paroles que l’amour forme en ces rencontres , par exemple : « Mon Dieu, me voici tout à vous : Seigneur, faites-moi selon votre cœur ». Et pour lors il lui semble comme, en effet, il sent que ce Dieu d’amour se contentant de ce peu de paroles, se rendort et se repose au fond et au centre de son âme. L’expérience de ces choses le rend si certain que Dieu est toujours en ce fond de son âme, qu’il n’en peut former aucun doute, quoiqu’il fasse et quoiqu’il lui arrive." (L 1)

« Cette conversation avec Dieu se fait au fond et au centre de l’âme. C’est là que l’âme parle à Dieu cœur à cœur, et toujours dans une grande et profonde paix dont l’âme jouit en Dieu : tout ce qui se passe au-dehors n’est à l’âme que comme un feu de paille qui s’éteint à mesure qu’il s’allume, et il n’arrive quasi jamais ou fort peu à troubler sa paix intérieure. » (MS 23)

« [je m’appliquais] soigneusement le reste du jour et même pendant mon travail, à la présence de Dieu, que je considérais toujours auprès de moi, souvent même dans le fond de mon cœur, ce qui me donna une si haute estime de Dieu que la foi seule était capable de me satisfaire sur ce point. » (L 2)

"… l’âme accoutumée à la pratique de la foi, par un simple souvenir voit et sent Dieu présent, elle l’invoque facilement, efficacement, et obtient ce dont elle a besoin. A mesure que notre foi pénètre par ce saint exercice dans les secrets de la divinité, notre espérance croît et se fortifie, et la grandeur de ce bien dont elle prétend jouir et qu’elle goûte en quelque manière la rassure et la soutient. Étant toujours avec Dieu qui est un feu consumant, il réduit en poudre ce qui lui peut être opposé. Et cette âme ainsi embrasée ne peut plus vivre qu’en la présence de son Dieu, présence qui produit dans son cœur une sainte ardeur, un empressement sacré et un désir violent de voir ce Dieu aimé, connu, servi et adoré de toutes les créatures. (MS 33-35)

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Foi et don de Dieu

« Il s’élevait à Dieu par la connaissance des créatures, persuadé qu’il était que les livres des plus fameuses académies n’apprennent que peu de chose en comparaison du grand livre du monde, quand on sait y étudier comme il faut. .Son âme, touchée par la diversité des parties différentes qui la composent, se portait à Dieu si fortement que rien n’était capable de l’en séparer. Il remarquait en chacune de ses merveilles les différents traits de la puissance, de la sagesse et de la bonté du Créateur, qui ravissaient son esprit en admiration et enlevaient son cœur dans des transports d’amour et de joie qui le faisaient écrier avec le Prophète : « O Seigneur, ô Dieu des dieux, que vous êtes incompréhensible en vos pensées, profond en vos desseins et puissant en toutes vos actions ! » (EL 40)

« Dieu a des trésors infinis à nous donner ; et une petite dévotion sensible, qui passe en un moment, nous satisfait…Que nous sommes aveugles, puisque par là nous lions les mains à Dieu et nous arrêtons l’abondance de ses grâces. Mais lorsqu’il trouve une âme pénétrée d’une foi vive, il lui verse des grâces en abondance. C’est un torrent arrêté par force contre son cours ordinaire qui, ayant trouvé une issue, se répand avec impétuosité et avec abondance. Oui, souvent nous l’arrêtons, ce torrent, par le peu d’estime que nous en faisons…Rentrons en nous-mêmes, rompons cette digue, faisons jour à la grâce… » (L 1)

« Il faut nourrir son âme d’une haute idée de Dieu, et de là nous tirerons une grande joie d’être à lui. Il faut vivifier notre foi…Cette voie de foi est l’esprit de l’Église et elle suffit pour arriver à une haute perfection. » (EN 4)

« Que nous serions heureux si nous pouvions trouver le trésor dont parle l’Évangile ; tout le reste ne nous paraîtrait rien. Comme il est infini, plus on y fouille, plus on y trouve de richesses. Occupons-nous sans cesse à le chercher, ne nous lassons pas jusqu’à ce que nous l’ayons trouvé… Que pourrais-je craindre quand je suis avec Dieu. » (L 5)

« Tous les beaux discours que j’entends faire de Dieu, ce que j’en peux lire moi-même ou ce que j’en peux sentir ne me saurait me contenter car, étant infini dans ses perfections, il est par conséquent ineffable et il n’y a point de termes assez énergiques pour me donner une idée parfaite de sa grandeur . C’est la foi qui me le découvre et qui me le fait connaître tel qu’il est. » (EL 43)

« Lui seul est capable de se faire connaître tel qu’il est. Nous cherchons, dans le raisonnement et dans les sciences, comme dans une mauvaise copie ce que nous négligeons de voir dans un excellent original . Dieu lui-même se peint au fond de notre âme, et nous ne voulons pas l’y voir… » (M 5)

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Prière silencieuse

« Dès mon entrée en religion, je regardai Dieu comme le terme et la fin de toutes les pensées et affections de mon âme. Au commencement de mon noviciat, pendant les heures destinées à l’oraison, je m’occupais à me convaincre de la vérité de ce Être divin, plutôt par les lumières de la foi que par le travail de la méditation et du discours et, par ce moyen court et assuré, j’avançais dans la connaissance de cet aimable Objet avec lequel je formais la résolution de demeurer toujours. Ainsi, tout pénétré que j’étais de la grandeur de cet Être infini, j’allais me renfermer dans le lieu que l’obéissance m’avait marqué, qui était la cuisine. Là, solitaire, après avoir prévu toutes les choses nécessaires à mon office, je donnais à l’oraison tout le temps qui me restait, tant devant qu’après le travail. Au commencement de mes occupations, je disais à Dieu avec une confiance filiale : « Mon Dieu, puisque vous êtes avec moi, et que par votre ordre je dois appliquer mon esprit à ces choses extérieures, je vous prie de me faire la grâce de demeurer avec vous et de me tenir compagnie, mais afin que cela soit mieux, mon Seigneur, travaillez avec moi, recevez mes œuvres et possédez toutes mes affections. » Enfin, pendant mon travail, je continuais à lui parler familièrement, à lui offrir mes petits services et à lui demander ses grâces. A la fin de l’action, j’examinais de quelle manière je l’avais faite, ; si j’y trouvais du bien, j’en remerciais Dieu ; si j’y remarquais des fautes, je lui en demandais pardon, et sans me décourager, je rectifiais mon esprit et recommençais à demeurer avec Dieu comme si je ne m’en fusse point écarté. Ainsi, me relevant après mes chutes, et par la multiplicité des actes de foi et d’amour, je suis venu à un état où il me serait aussi peu possible de ne point penser à Dieu qu’il m’ a été difficile de m’y accoutumer au commencement. » (EL 30)

« Ma manière la plus ordinaire est cette simple attention et ce regard général et amoureux en Dieu… Pour ce qui est de mes heures d’oraison, elles ne sont plus qu’une continuation de ce même exercice. Quelquefois je m’y considère comme une pierre devant un sculpteur de laquelle il veut faire une statue ; me présentant ainsi devant Dieu je le prie de former en mon âme sa parfaite image et de me rendre entièrement semblable à lui. » (L 2)

« …quitter de temps en temps l’extérieur pour adorer Dieu au dedans d’elles-mêmes et pour jouir en paix, quelques petits moments, de sa divine présence… Toutes ces adorations doivent se faire par la foi, croyant que véritablement Dieu est en nos cœurs, qu’il le faut adorer, aimer et servir en esprit et vérité , qu’il voit tout ce qui se passe et se passera en nous et en toutes les créatures, qu’il est indépendant de tout et Celui de qui toutes les créatures dépendent, infini en toutes sortes de perfections. » (EN 10)

« Je me tiens retiré avec lui au fond et centre de mon âme autant que je peux… Il est nécessaire de mettre toute sa confiance en Dieu, de se défaire de tous autres soins, même de quantités de dévotions particulières, quoique très bonnes, mais dont on se charge souvent mal à propos, puisqu’enfin, ces dévotions ne sont que des moyens pour arriver à la fin. Ainsi, lorsque par cet exercice de la présence de Dieu, nous sommes avec celui qui est notre fin, il nous est inutile de retourner aux moyens, mais nous pouvons continuer avec lui notre commerce d’amour, demeurant en sa sainte présence, tantôt par un acte d’adoration, de louange, de désir, tantôt par un acte d’offrande, d’action de grâces, et en toutes les manières que notre esprit pourra inventer. » (L 4)

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Dans l’ épreuve

« Je voudrais que vous puissiez vous persuader que Dieu est souvent plus près de nous dans le temps des maladies et des infirmités que lorsque nous jouissons d’une parfaite santé. Mettez toute votre confiance en lui. » (L 11)

"Si nous étions bien habitués dans l’exercice de la présence de Dieu, toutes les maladies du corps nous en seraient légères. Souvent Dieu permet que nous souffrions un peu pour purifier notre âme et nous obliger de demeurer avec lui. Prenez courage, offrez-lui sans cesse vos peines, demandez-lui des forces pour les souffrir, surtout accoutumez-vous à vous entretenir souvent avec lui et ne l’oubliez que le moins que vous le pourrez. Adorez-le dans vos infirmités, offrez-lui de temps en temps, et, dans le plus fort de vos douleurs, demandez-lui, humblement et amoureusement, comme un enfant à son bon père, la conformité à sa sainte volonté et le secours de sa grâce. Je vous y aiderai par mes pauvres et chétives prières.
« Dieu a plusieurs moyens pour nous attirer à lui. Il se cache quelquefois de nous, mais la foi seule, qui ne nous manquera pas au besoin, doit être notre soutien et le fondement de notre confiance, qui doit être toute en Dieu. (L 13)

 »…oublieux de lui-même et de tous ses intérêts, il se jeta à corps perdu entre les bras de la miséricorde infinie. Plus les choses lui paraissaient désespérées, plus il espérait, semblable à un rocher qui, étant battu par les flots de la mer, s’affermit davantage au milieu de la tempête…Il disait que la plus grande gloire que l’on pouvait donner à Dieu, c’était de se défier entièrement de ses propres forces et de se confier parfaitement dans sa protection, parce que c’est par là que l’on fait un aveu sincère de sa propre faiblesse et une confession véritable de la toute-puissance du Créateur." (EL 44)

« Il disait que dans ses peines il n’avait consulté personne, mais avec la lumière de la foi, sachant seulement que Dieu était présent, il se contentait d’agir pour lui, arrive ce qui pourra, et il se voulait bien perdre ainsi pour l’amour de Dieu – dont il s’était bien trouvé. » (EN 22)

« Nous devons recourir à Dieu avec une entière confiance dans l’occasion du combat, demeurer fermes en la présence de sa divine Majesté, l’adorer humblement, lui représenter nos misères et nos faiblesses, lui demander amoureusement les secours de sa grâce. Et nous nous trouverons par là en lui toutes les vertus sans en avoir aucune. » (EN 11)

« Ah ! si nous savions la nécessité que nous avons des grâces et des secours de Dieu, nous ne le perdrions jamais de vue , pas même pour un moment . » (L 3)

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Une vie épanouie

« Il dit une fois à un religieux qu’il ne croyait presque plus la résidence de Dieu dans son âme, mais que, par le moyen de cette foi lumineuse, il voyait déjà quelque chose de cette présence intime. » (EL 56)

« Ce qui me console en cette vie est que je vois Dieu par la foi. Et je le vois d’une manière qui pourrait me faire dire quelquefois : « je ne crois plus, mais je vois, j’expérimente ce que la foi nous enseigne. » Et sur cette assurance et cette pratique de la foi, je vivrai et mourrai avec lui. » (L 11)

« Il disait que son oraison n’était plus que présence à Dieu, son âme y étant endormie à toute autre chose qu’à l’amour, mais que hors de ce temps il ne trouvait guère de différence, se trouvant toujours près de Dieu à le louer et bénir de toutes ses forces, passant sa vie dans une continuelle joie, espérant pourtant que Dieu lui donnerait quelque chose à souffrir lorsqu’il serait plus fort. » (EN 47)

« L’on serait surpris si l’on savait ce que l’âme dit quelquefois à Dieu, qui semble se plaire si fort dans ces entretiens qu’il lui permet tout, pourvu qu’elle veuille toujours demeurer avec lui et en son fond. Et comme s’il craignait qu’elle ne retournât à la créature, il prend soin de lui fournir tout ce qu’elle peut désirer, si bien qu’elle trouve souvent au-dedans de soi une nourriture très savoureuse et très délicieuse à son goût, quoiqu’elle ne l’ait jamais désirée ni procurée en aucune manière et sans même y avoir contribué de sa part que le seul consentement. » (MS 25)

« Par le présence de Dieu et par ce regard intérieur, l’âme se familiarise avec Dieu de telle manière qu’elle passe presque toute sa vie en des actes continuels d’amour, d’adoration, de contrition, de confiance, d’action de grâces, d’offrande, de demande et de toutes les plus excellentes vertus. Et quelquefois même elle ne devient plus qu’un seul acte qui ne passe plus, parce que l’âme est toujours dans l’exercice continuel de cette divine présence.
Je sais que l’on trouve peu de personnes qui arrivent à ce degré : c’est une grâce dont Dieu favorise seulement quelques âmes choisies, puisqu’enfin ce simple regard est un don de sa main libérale. Mais je dirai pour la consolation de ceux qui veulent embrasser cette sainte pratique, qu’il la donne ordinairement aux âmes qui s’y disposent. Et s’il ne la donne pas, on peut du moins, avec le secours de ses grâces ordinaires, acquérir par la pratique de la présence de Dieu une manière et un état d’oraison qui approche beaucoup de ce simple regard. » (MS 36-37)

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Adorer Dieu en esprit et vérité

"Adorer Dieu en esprit et vérité, cela veut dire adorer Dieu comme nous le devons adorer , c’est à dire par une humble et véritable adoration d’esprit dans le fond et au centre de notre âme. Il n’y a que Dieu qui puisse voir cette adoration que nous pouvons réitérer si souvent, qu’à la fin, elle nous deviendra comme naturelle et comme si Dieu était un avec notre âme et que notre âme fût une avec Dieu : la pratique le fait voir.
"Adorer Dieu en vérité, c’est le reconnaître pour ce qu’il est, et nous reconnaître pour ce que nous sommes. Adorer Dieu en vérité, c’est reconnaître véritablement, actuellement et en esprit, que Dieu est ce qu’il est , c’est à dire infiniment parfait, infiniment adorable, infiniment éloigné du mal, et ainsi de tous les attributs divins. Qui sera l’homme, pour peu de raison qu’il ait, qui n’emploiera pas touts ses forces à rendre tous ses respects et ses adorations à ce grand Dieu ?
« Adorer Dieu en vérité, c’est encore avouer que nous lui sommes entièrement contraires et qu’il veut bien nous rendre semblables à lui, si nous le voulons. » (EN 12-14)

« Il faut que tout le monde avoue que Dieu est incompréhensible et que, pour s’unir à lui, il faut priver la volonté de toutes sortes de goûts et de plaisirs spirituels et corporels, afin que, étant ainsi dégagée, elle puisse aimer Dieu sur toutes choses. Car si la volonté peut en quelque façon comprendre Dieu, ce ne peut être que par l’amour. Il y a bien de la différence entre les goûts et les sentiments de la volonté et entre les opérations de la même volonté, puisque les goûts et les sentiments de la volonté sont en l’âme comme en leur terme, et son opération qui est proprement l’amour se termine à Dieu comme à sa fin. » (EN 19)

« Bien loin de se prévaloir des grâces de Dieu et de faire paraître ses vertus pour s’attirer de l’estime, il s’appliquait singulièrement à mener une vie cachée et inconnue….Et comme il voulait n’avoir que Dieu pour témoin de ses actions, aussi ne se proposait-il que Lui pour sa récompense… « Si vous voulez , disait-il à ses frères, faire un grand progrès dans la vie de l’esprit, ne prenez point garde aux belles paroles ni aux subtils discours des savants de la terre. C’est le Créateur qui enseigne la vérité, qui instruit en un moment le cœur des humbles et qui lui fait comprendre plus de choses sur les mystères de notre foi, et sur la Divinité même, que s’il les avait méditées pendant une longue suite d’années. » (EL 36-38)

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