Homélie 1er dim. de Carême : Face à la tentation, restons avec Jésus !

Textes liturgiques (année B) : Gn 9, 8-15 ; Ps 24 (25) ; 1 P 3, 18-22 ; Mc 1, 12-15

Quarante ! Quarante pour les quarante jours du déluge, au terme duquel Dieu fait alliance avec Noé, ses fils et sa descendance. Quarante pour les quarante jours de Jésus au désert. Quarante pour les quarante jours de ce Carême, qui a commencé mercredi !

Mais, pourquoi entrer dans le Carême ? Il s’agit pour nous aujourd’hui de vivre, en Église, tous ensemble, et chacun, chacune, dans son intimité, de vivre une conversion. Ce mot de conversion, nous pouvons le comprendre avec les mots de l’oraison de la messe : se convertir voudrait dire progresser dans la connaissance de Jésus Christ et nous ouvrir à sa lumière par une vie de plus en plus fidèle. Progresser dans la connaissance de Jésus Christ et nous ouvrir à sa lumière, est possible par la lecture et la méditation de la Parole de Dieu, par la prière personnelle, par les gestes de solidarité envers le prochain, etc… Une vie de plus en plus fidèle, fidèle à quoi ? A l’alliance de Dieu !

En vérité, il y a eu plusieurs alliances bibliques, la première lecture nous donne le récit de celle que Dieu a nouée avec Noé et ses fils, l’arc en ciel en étant le signe. La plus connue étant celle qu’Il a nouée avec Moïse et les Hébreux au mont Sinaï. Et puis bien sûr, il y a celle que Jésus nous propose dans ces paroles, on ne peut plus claires : Les temps sont accomplis :le règne de Dieu est tout proche. Convertissez-vous et croyez à l’Évangile. C’est la finale de notre Évangile. L’Évangile du 1er Dimanche de Carême est toujours le récit de la tentation de Jésus au désert, pris dans l’un des trois textes synoptiques. L’année B, c’est l’Évangile de Marc, avec un récit bien plus court que ceux de Matthieu et de Luc ! Marc n’entre pas dans les détails comme les deux autres, et cela a un avantage, celui de ne pas tomber dans l’indifférence par rapport aux trois tentations qui sont présentes dans les récits de Matthieu et de Luc. Ces trois tentations ne rejoignent pas nécessairement tout le monde. Ici, il est dit simplement : Dans le désert, il resta quarante jours, tenté par Satan. La tentation, voilà le mot clé. Tenter, ce verbe parle à nos oreilles et à notre cœur ! Tenter, nous le sommes tous les jours, par ceci ou par cela. Peu importe de quoi il s’agit concrètement. Reconnaissons simplement que la tentation ne nous est pas étrangère. Nous avons tous à affronter, à un moment ou à un autre, le choix entre résister ou céder à quelque chose ou à quelqu’un.

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Jésus face à la tentation

Résister demande l’effort de dire non, alors qu’une part de nous-même préférerait dire oui ! Cela, il faut l’admettre, si nous voulons être honnête, vis-à-vis de Dieu, des autres et de nous-même. S’il n’y a pas d’effort, de choix difficile à faire, y a-t-il vraiment tentation ? La victoire est alors trop facile. Pour un non-fumeur, par exemple, la simple vue d’une cigarette, ou son odeur, ne sera pas une tentation. Il n’y aura pas de combat pour repousser cette vue. Une part en nous dit non ! Une autre part voudrait dire oui !

L’Eglise en nous donnant ce texte à méditer au début du Carême veut nous faire comprendre quelle est l’importance de l’unité, de la recherche de l’unité, du combat intérieur et extérieur pour atteindre et conserver l’unité. Unité avec Dieu, unité avec les autres et unité avec soi-même. Un des grands enjeux de la vie chrétienne est de marcher vers l’unité, de commencer à la vivre. Le salut de Dieu consiste à être uni à Lui, à mettre fin à toutes ces cassures, ces séparations, ces brisures de la vie, à dépasser la mort biologique qui est le sommet du manque d’unité. Mais ne soyons pas désespérés par notre désobéissance, nos péchés, nos erreurs, nos confusions… L’Alliance est solide du côté de Dieu et de son Église.

Il n’y aura plus de déluge pour ravager la terre. Le seul déluge qui nous est offert est de passer par le baptême, le baptême n’est pas un rite magique qui permettrait d’échapper aux difficultés et à la mort. C’est le sacrement de notre alliance avec Dieu, sacrement par lequel Il s’engage à nous sauver. Et nous ? A quoi nous engageons-nous ? Comme nous respirons sans cesse tant que nous sommes en vie, le chemin de conversion est sans cesse ouvert devant nous. Dieu nous appelle à une conversion permanente, à engager notre vie vers une union de volonté avec Lui. Rendons grâce au Seigneur de cette nouvelle possibilité qui nous est offerte de nous convertir à nouveau.

Le salut est donné par Dieu à tous ceux qui veulent s’unir à Lui !

Jésus a vaincu la tentation de la séparation, de la division, suivons-le dans le combat de la vérité et de l’amour. Avec Lui, nous vaincrons la tentation et nous vivrons !

Fr. Robert ARCAS - (Couvent de Paris)