Homélie des rameaux : Celui qui Aime

Textes liturgiques (année B) : Mc 11, 1-10 ; Jn 12, 12-16 ; Is 50, 4-7 ; Ps 21 (22) ; Ph 2, 6-11 ; Mc 14, 1 – 15, 47 ; Mc 15, 1-39

Avons-nous remarqué qu’il n’a pas beaucoup parlé ? Et même, à vrai dire, à mesure que les événements de la Passion se déroulaient et que la violence aveugle se déchaînait contre lui, le Seigneur Jésus a été de plus en plus silencieux. « S’étant levé, le grand prêtre, devant tous, interrogea Jésus : « Tu ne réponds rien ? Que dis-tu des témoignages qu’ils portent contre toi ? » Mais lui gardait le silence et ne répondait rien ». Au cours de sa Passion, le Verbe de Dieu parle avec parcimonie, puis garde le silence, jusqu’à entrer dans le grand silence de la mort : « Jésus, poussant un grand cri, expira ».

Il faut dire qu’il lui a fallu peu de mots pour exprimer son amour pour nous et pour le Père, son amour indéfectible, son amour jusqu’au bout : l’amour n’a pas besoin de grands discours, l’amour n’est pas bavard.

Au jardin de l’agonie, d’abord. Là, Jésus expérimente au plus profond de son être ce vacillement que nous connaissons si souvent : la peur de la mort, l’angoisse de l’inconnu, le doute, peut-être, au sujet de l’amour bienveillant du Père : « Mon âme est triste à mourir ». Mais même au fond de cet abîme, Jésus ne perd pas le lien avec le Père et fait le choix de la foi, le choix de la confiance en l’amour bienveillant du Père : « Abba… Père, tout est possible pour toi. Éloigne de moi cette coupe. Cependant, non pas ce que moi, je veux, mais ce que toi tu veux ». « Ce que toi, tu veux. » « Que ta volonté soit faite » : ce sont les mots mêmes de la prière que Jésus nous a enseignée, le Notre Père. Ces mots sont restés ceux de sa prière jusque dans la nuit de la Passion. Jésus nous a montré le chemin pour que nous marchions sur ses traces : « Père, ce que toi, tu veux », non pas par résignation, mais dans la confiance en ton amour bienveillant ; non pas avec légèreté, mais en sachant qu’il s’agit d’une offrande engageante ; non pas en m’imaginant que j’y serai fidèle par mes propres forces, mais en attendant de ton Fils Jésus que, jusqu’au bout, il prononce en moi ce « oui » de l’offrande confiante à toi, son Père et notre Père : « Père, ce que toi, tu veux ».

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Face au traître, il en est de même : Jésus n’a pas besoin de mots pour dire la fidélité de l’amour jusqu’au bout. « Judas, s’approchant de Jésus, lui dit : « Rabbi ! » Et il l’embrassa ». Il se laisse embrasser par le traître : en faut-il plus pour manifester que cet homme est fils de Dieu ? qui d’autre que Dieu serait capable d’être victime de la violence la plus abominable et de conserver à son bourreau amour et bienveillance ? Nous, ne cherchons pas trop vite à embrasser ou à nous laisser embrasser par nos propres persécuteurs, petits ou grands. Là encore, comme pour le « oui » au Père, il faut que Jésus lui-même, lui qui est pardon toujours offert, prononce cette parole en nous pour que nous la disions en vérité. Mais dès aujourd’hui, au pied de la croix, malgré le péché qui menace de nous éloigner de lui, nous pouvons reconnaitre que Jésus ne cesse de demeurer fidèle à l’alliance qu’il a faite avec chacun de nous. Rien ni personne n’est assez puissant pour nous séparer de l’amour de Dieu, pourvu que nous ayons l’humilité de reconnaître notre péché et que nous acceptions de laisser le regard miséricordieux de Dieu se poser sur nous.

Alors, au cours de cette grande Semaine sainte qui s’ouvre aujourd’hui, demeurons avec Jésus. Ne soyons pas de ceux qui l’acclament au jour de la liesse et qui s’enfuient tout nus lorsque plus aucun bénéfice sensible n’est reçu de sa présence. Écoutons-le nous dire de façon indéfectible : Demeure avec moi, marche avec moi vers le Père, sans craindre qu’aucun obstacle, pas même ton péché, ne puisse t’en rendre indigne, pourvu que tu accueilles la grâce du pardon que je t’ai acquis par le sang de ma croix. Avec lui, répondons avec courage et confiance aux appels du Père : «  Père, je crois en ton amour bienveillant pour moi. Que ta volonté soit faite en moi : quelle qu’elle soit, je l’accueille avec reconnaissance, car je crois que tu veux mon salut et que tu me le donnes en ton Fils Jésus. Amen ».

fr. Anthony-Joseph de S. Th. de Jésus - (Couvent de Paris)