Homélie dim. 3e TO : Je vous ferai devenir pêcheurs d’hommes

Textes liturgiques (année B) : Jon 3, 1-5.10 ; Ps 24 (25) ;1 Co 7, 29-31 ; Mc 1, 14-20

Jésus appelle quatre hommes à le suivre en leur proposant de mettre leurs compétences humaines au service du règne de Dieu : Ils pêchaient des poissons ; ils pêcheront des hommes ! Il y a loin pourtant entre le fait de pécher des poissons et de pécher des hommes ! L’identification de l’annonce de la Bonne Nouvelle à une pêche est un symbole fort du salut. Elle témoigne de la situation dramatique dans laquelle l’humanité se trouve tant qu’elle n’a pas reçu l’annonce du règne de Dieu. Les hommes qui vivent dans l’ignorance de la proximité de Dieu sont des asphyxiés au plan spirituel. C’est comme s’ils en étaient encore au stade aquatique d’une vie fœtale. Ils ne vivent pas dans la lumière de l’amour de Dieu. Ils ne respirent pas le souffle de l’Esprit Saint. Ils nagent dans les réalités du monde comme des poissons dans l’eau dans l’ignorance de leur dignité d’enfant de Dieu.

« Les temps sont accomplis : le règne de Dieu est tout proche. » En Jésus, le temps est venu de rendre manifeste le règne de Dieu. Jésus témoigne ici de ce dont il a fait l’expérience : il a entendu la voix du Père le désigner comme son Fils lors de son baptême par Jean. Il a reçu la plénitude de son amour par la venue de l’Esprit Saint. Il vit de la réalité de ce règne que l’Esprit le pousse à annoncer au monde : « Convertissez-vous et croyez à l’Évangile. » Pour accueillir ce règne, il suffit de croire vraiment en la parole de Jésus. La conversion chrétienne consiste avant tout à reconnaître dans la foi l’infini amour de Dieu manifesté en Jésus-Christ. Croire, c’est pouvoir faire l’expérience de cet amour comme étant celui d’un père pour son enfant. La prière est un chemin privilégié pour cette conversion du cœur. Elle permet d’intérioriser la Parole de Jésus jusqu’à acquérir la certitude de cet amour de Dieu, car nous éprouvons sa présence à l’intime de nous-mêmes.

Jésus nous a précédés sur ce chemin. Il a vécu l’expérience de sa communion avec le Père à travers une succession de passages : le baptême, l’exode au désert, les multiples étapes de sa mission. Cette communion avec le Dieu dans l’Esprit Saint a fait de sa vie un mouvement permanent. « Venez à ma suite », nous dit-il. Accueillir la Bonne Nouvelle de la proximité du règne, c’est être pris à son tour dans ce mouvement de la vie de Dieu. C’est être engagé dans une histoire qui n’est plus la nôtre, mais celle du règne de Dieu en croissance dans le monde. Ainsi en va-t-il pour les premiers disciples qui se mettent à la suite de Jésus pour répondre à son appel ; suivre le Christ par la foi, c’est être en mouvement ; c’est le chercher ; c’est accepter de ne jamais être arrivé une fois pour toute. Cette expérience de la proximité du règne se vit dans une itinérance placée sous le signe de la confiance ; c’est aussi une marche avec d’autres disciples, car nul ne peut vivre au service du règne de manière isolée.

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« Venez à ma suite. Je vous ferai devenir pêcheurs d’hommes. »

« Je vous ferai devenir pécheurs d’hommes. » La parole de Jésus nous donne de faire l’expérience du règne de Dieu, mais elle nous appelle aussi à en témoigner. Être sauvé, c’est vivre dans la conscience de l’amour de Dieu pour nous-mêmes, mais aussi pour toute personne en ce monde. Cette expérience transforme notre regard sur le monde, un monde aimé de Dieu bien qu’il n’en sache rien le plus souvent. Le travail, la vie de famille, le service de l’Eglise, les engagements divers, changent de sens dès lors qu’ils sont vécus à la lumière de la Parole de Jésus. Vivre notre existence dans la confiance et l’espérance en l’amour de Dieu réalise déjà la présence de son règne dans le monde. Cette Bonne Nouvelle vécue dans la foi et la prière est la source de cette mission que Jésus nous confie. La Parole de Jésus nous fait ainsi sortir de l’eau de l’inconscience spirituelle. Elle nous donne accès à l’incroyable lumière de l’amour divin. Il suffit pour cela d’avoir un cœur de pauvre, un cœur d’enfant, qui sait saisir la main que Dieu lui tend, spécialement dans les moments d’épreuves où nous nous sentons comme des naufragés. La foi est en effet un chemin d’humilité, car elle exige de recevoir gratuitement le don de Dieu. Nous célébrons cela dans l’Eucharistie : Jésus s’offre pour nous afin d’être lui-même le pain que le Père donne gratuitement à ses enfants. En nous donnant de vivre ainsi par lui, avec lui et pour lui, il fait de nous les témoins de l’amour du Père.

fr. Olivier Marie Rousseau - (Couvent de Paris)