Homélie dim. 4e TO : Comment recevons-nous la Parole de Dieu ?

Textes liturgiques (année B) : Dt 18, 15-20 ; Ps 94 (95) ;1 Co 7, 32-35 ;Mc 1, 21-28

L’évangéliste St Marc nous entraîne à accompagner Jésus, à entrer avec lui dans la synagogue de Capharnaüm. Une notion de temps est mentionnée : c’est « le jour du sabbat ». Le rendez-vous hebdomadaire des croyants juifs. Alors entrons avec Jésus, accompagnés de ses disciples, dans ce lieu de la prière, et comme les habitants de Capharnaüm écoutons-Le. Jésus enseigne. Acceptons de nous mettre quelques instants à son école. Oublions un peu toutes nos préoccupations quotidiennes et diverses. Laissons-Lui toute la place. Disposons-nous à recevoir de Lui Jésus, une nourriture pour notre vie de croyant. Que va-t-il nous confier ce Jésus de Nazareth ?

Nous qui risquons si souvent d’apparaître comme des habitués de tout, et parfois même de la Parole de Dieu, la recevant comme du « déjà entendu » ! N’y aurait-il pas pour chacun de nous un risque permanent d’une forme de lassitude, voire d’usure, ce parasite qui ronge notre foi au point de lui faire perdre toute sa force. Sommes-nous encore surpris par la Parole de Dieu ? Voilà un questionnement que je retiendrai ce dimanche. Comment recevons-nous la Parole de Dieu ? Que me dit-elle de Dieu, de sa relation avec les hommes, de son projet d’amour et de miséricorde ? Marc signale que l’auditoire était frappé par l’enseignement de Jésus. Il parlait avec autorité, et son discours n’était pas comme les scribes. Mais d’où lui vient cette autorité ? Nous ne sommes pas dans un meeting et Jésus n’a pas de propositions alléchantes à offrir pour obtenir des suffrages. Il n’a rien à vendre ni à gagner, et ce qu’Il veut dire lui a été donné par son Père. Cette autorité viendrait-elle du fait que ce qu’Il annonce trouve déjà un écho dans sa présence ? En Lui, annonce et action sont intimement liées. Nous sommes après son baptême par le Baptiste et la voix du Père s’est fait entendre : « Tu es mon Fils bien-aimé, en toi j’ai mis tout mon amour. » (Mc 1,11).

Ainsi Jésus se présente-t-il comme ces Prophètes qui se sont faits échos de Dieu, tel Moïse –entendu en 1re lecture- rappelant au peuple sa mission de serviteur et de témoin du projet de Dieu pour l’humanité. « Le Seigneur votre Dieu fera se lever un prophète comme moi, et vous l’écouterez. ». Ce prophète que Moïse annonçait sera la voix de Dieu, ce sera Jésus de Nazareth. Alors que recevons-nous ce dimanche de Jésus par sa Parole ? Jésus est le parfait révélateur du Père, de son projet d’amour et de miséricorde. Sa venue a été annoncée par les prophètes. Jésus réalise par sa parole et son agir cette alliance de Dieu, cette proximité de Dieu à toute l’humanité. Alors au cœur de sa prédication Jésus va illustrer ce projet de vie de Dieu par un acte de délivrance.

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Jésus l’interpella vivement : « Tais-toi ! Sors de cet homme. »

Cet homme, tourmenté par un esprit impur, va être délivré de son mal. Ce premier récit se présente comme une introduction et une synthèse de toute l’activité de Jésus qui va se développer tout au long des pages de l’Evangile. Jésus vient nous libérer de tout ce qui fait obstacle à l’éclosion et au développement de la Parole de Dieu en nous. « Tais-toi ! Sors de cet homme. » crie Jésus. Il ne peut supporter qu’un esprit impur empêche cet homme – et tout homme – de recevoir la vie de Dieu, d’entendre sa Parole. Et comme cet homme délivré va commencer une vie nouvelle, ainsi Jésus vient-il nous offrir cette possibilité d’être délivrés à notre tour de tous ces obstacles qui font écran en nous et empêche que la Parole de Dieu puisse s’imprimer en nos cœurs et porter du fruit. Aussi l’assemblée est-elle surprise par ce qu’elle entend et voit. La puissance de Dieu vient à la rencontre de la faiblesse des hommes. Et telle une introduction au commencement d’un devoir, ces premiers versets de l’évangile de St Marc nous rappelle ce que sera la mission de Jésus. Il est Jésus, c’est-à-dire Dieu sauve. Non, nous ne sommes pas condamnés à porter pour toujours tel ou tel poids qui nous écraserait et risquerait de bloquer la vie de Dieu en nous. En libérant cet homme, Jésus montre quelle sera sa mission, sa vie, son action. Alors n’y aurait-il pas pour vous comme pour moi un chemin nouveau qui s’ouvrirait ce dimanche, ces jours prochains ? Croyons-nous vraiment que cette Parole de Dieu acclamé il y a quelques minutes puisse être comme une nouveauté. Non une nouveauté qui chasserait une habitude, une morosité ou tel ou tel fléau, mais comme la signature de Dieu sur nous, sur nos existences, sur nos handicaps et nos peines pour attester que Dieu vient toujours à notre rencontre, à notre secours. Dieu, en son Fils Jésus nous ouvre toujours un espace de vie, faisant refleurir l’existence chahutée par toute sorte de maux. Accueillons cette Parole, la Parole de Dieu. Elle vient à nous et ouvre pour nous un espace de vie. Comme les personnes réunis dans cette synagogue de Capharnaüm, surprises de ce qu’elles ont entendu et vu, j’aimerais pour vous et pour moi que nous sortions tout à l’heure de cette chapelle avec au cœur cette même expression : « Voilà un enseignement nouveau, donné avec autorité. » Alors cette semaine qui commence pourrait être habitée par cette assurance : Dieu - par sa Parole – vient à nous, et nous libère de tous ces maux qui rongent notre âme. Utopie ou réalisme ? A nous d’en décider. Mais quel que soit le choix que chacun de nous fera, bonne semaine ; avec comme bâton de marche la Parole de Dieu. Elle sera le signe que Dieu en son Fils Jésus ne peut nous oublier. Encore faut-il y croire ? A chacun de nous d’y répondre.

fr. Didier-Joseph - (Couvent d’Avon)